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19 janvier 2026 1 19 /01 /janvier /2026 20:15
L'amour et la fureur, de Martin Suter

Je trouve injuste d'être belle et de ne pas avoir une belle vie.

 

Camilla da Silva est comptable, Noah Bach, artiste peintre: ce n'est pas une belle vie. Elle voudrait mener une vie où [elle n'aurait] pas à exercer un métier [qu'elle] hait pour permettre à quelqu'un d'autre d'exercer un métier qu'il aime.

 

Pour mener une belle vie, elle trouvera donc quelqu'un qui a de l'argentTant que je suis encore belle. Conclusion: elle quitte Noah, sans attendre le vernissage des oeuvres de cet homme qu'elle aime toujours. Ce n'est pas là la question.

 

Comme le dit l'adage: L'argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue. Or, très vite, une opportunité d'offrir à Camilla une belle vie se présente à Noah. À la Tulipe bleue, il fait la rencontre de Betty Hasler qui a le double de son âge:

 

Vous êtes jeune.

- Trente-trois ans.

- Trente-deux ans de moins que moi.

 

Tous deux boivent pour noyer leur chagrin d'amour. Lui, parce que Camilla le quitte. Elle, parce qu'elle est veuve de Pat, que son associé Pete a tué à petit feu, cruel et douloureux. Alors, Betty cherche un pro pour le descendre:

 

À mes yeux, cela vaut la moitié de ce que Pat m'a laissé [...]. Un million.

 

Le lecteur n'est pas surpris que Camilla et Noah cherchent l'un comme l'autre à suivre le programme qu'ils se sont mis en tête: elle de se trouver un homme riche, lui, s'il ne perce pas, de devenir le pro qui débarrassera Betty de Pete...

 

Elle se confie à Liz, sa meilleure amie, lui à Bernard, son meilleur ami, à qui il ne parle toutefois pas de Betty, qui, cardiaque, est pressée de voir disparaître Pete, qui a exploité tant et plus Pat, mort après un troisième infarctus.

 

L'histoire ne se déroule pourtant pas comme prévu, même si chacun commence d'exécuter son programme. Les expressions il ne faut pas se fier aux apparences et on n'est jamais trahi que par les siens y prendront tout leur sens.     

 

Une autre expression résumera bien le propos de l'auteur, qui aura induit en erreur le lecteur jusqu'au bout du récit: Contre la fureur, il y a l'amour, préférable à celle employée par lui plus tôt: Quand on meurt, la fureur meurt aussi.

 

Francis Richard

 

L'amour et la fureur, Martin Suter, 288 pages, Phébus (traduit de l'allemand par Olivier Manonni)

 

Livres précédemment chroniqués:

Le Cuisinier, Christian Bourgois (2010)

Le Temps, le temps, Christian Bourgois (2013)

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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 20:50
Cadre noir, de Alix de Saint-André

Le Cadre noir de Saumur, une vieillesse institution, dont le bicentenaire a été fêté l'an passé, fait aujourd'hui partie de IFCE, l'Institut français du cheval et de l'équitation. Sur son site, on peut lire:

 

Le Cadre noir est le responsable de la doctrine équestre. Celle-ci est fondée en 1825, au départ, sur les principes académiques hérités de l’école de Versailles, puis sous l’autorité du comte d’Aure, elle évolue vers une forme plus naturelle et plus hardie. Enfin, les apports techniques de François Baucher sont étudiés de près par cette communauté militaire qui cherche en permanence à améliorer sa technique.

 

Sur ce site, sauf erreur, en cherchant bien, on ne trouve guère mention du Colonel Jean de Saint-André (1912- 1996), qui en a été l'écuyer en chef de 1964 à 1972, sinon dans la rubrique Médiathèque.

 

Dans ce portail documentaire, figurent les livres précédents de Alix de Saint-André, mais, à ce jour, sauf erreur, ne figure pas celui qu'elle vient de consacrer au Cadre noir, sorti en librairie le 2 janvier 2026.

 

Il y a, peut-être, une bonne raison à cela. Dans ce livre d'hommages au Cadre noir et à son père, le Colonel Jean de Saint-André, elle revient en effet sur son renvoi de l'institution, sans explication, en 1972.

 

L'auteure n'a pas sa langue dans sa poche: talis pater, qualis filia. N'a-t-elle pas hérité de son sens de l'honneur mélangé au sens de l'humour, deux sens en voie d'extinction dans le monde d'aujourd'hui?

 

Ceci explique peut-être cela. Allez savoir. Quoi qu'il en soit, c'est un bel hommage que la fille rend à son père, qui a voué toute sa vie au Cadre noir, fameux dans le monde entier, notamment grâce à lui.

 

Ainsi, au début du livre, rappelle-t-elle que Sa Très Gracieuse Majesté, la reine Elizabeth II, avait assisté, au Champ de Mars, au spectacle donné en mai 1972 par le Cadre noir dirigé par son père.

 

Journaliste elle-même - elle avait quatorze ans à l'époque - elle cite des magazines originaux contenus dans une reliure rouge, qui relatent l'événement apprécié par une reine connaissant le sujet.

 

La mort d'Elizabeth II 1, le 8 septembre 2022, ne pouvait donc que la toucher, réellement. Le 19 septembre 2022, la BBC a, précise-t-elle, diffusé en direct ses funérailles pendant plus de huit heures... 

 

Le colonel n'avait pas eu de fils. Qu'à cela ne tienne, il lui avait appris l'escrime et à ... fumer la pipe. C'est pourquoi, la mort de ce premier homme de sa vie, qui l'aimait sans condition, l'a foudroyée:

 

Personne n'a de feuille de route pour l'état d'orpheline.

 

En tout cas cet homme ne discriminait pas les femmes. Il avait parrainé, et fait entrer au Cadre noirMireille, qui avait demandé à l'auteure d'être sa marraine pour être enterrée religieusement...

 

Son père a été viré en trois semaines, après trente-six ans de service. Beaucoup l'ignorent. Elle ne se prive pas de le dire haut et fort, et de le raconter dans ce livre, parce que, tout simplement, c'est vrai:

 

Il ne reçut jamais de lettre de licenciement, juste un préavis oral à effet immédiat. 

 

N'étant plus militaire depuis trois ans, il n'est plus tenu à l'obéissance en silence. Civil, il n'a pas atteint l'âge de la retraite qui est alors de soixante-cinq ans et ne sera de soixante qu'au 1er janvier 1983:

 

[Il] va convoquer la presse régionale, La Nouvelle RépubliqueLe Courrier de l'Ouest, et nationale, Le FigaroMatch.

 

C'était six mois après le triomphe du Champ de Mars devant la Reine... Il aura été le dernier écuyer en chef militaire et premier des civils. Alors Alix de Saint-André enquête et remonte le temps.

 

Le lecteur qui a connu l'époque se souviendra de ce temps, celui de la fin de règne du président Pompidou, gravement malade, et des tirages entre lui et Chaban-Delmas, son premier ministre.

 

Ce sont les notes écrites en novembre 1972 par le mari de Mireille, le docteur Belot, vétérinaire, et remises par elle à l'auteure, qui lui donneront les clés de la stupide injustice qui a frappé le colonel.

 

Démis de ses fonctions le 18 novembre 1972, le colonel qui devait présenter ce jour-là devant Michel Debré et Joseph Comiti les reprises des écuyers et des sauteurs en liberté s'en abstiendra...

 

Je laisse le soin au lecteur de prendre connaissance des autres pièces que Alix de Saint-André verse au dossier et qui donnent une piètre image du monde politique, ce qui n'est pas une surprise...

 

L'épilogue montre que ce père exceptionnel, qui ne voulait pas que sa fille travaille avec ses fesses, i.e s'intéresse à l'équitation, le sera jusqu'au bout: il aura son brevet de pilote à soixante-seize ans...

 

Le post-scriptum n'est pas moins insolite. Il ravira ceux qui non seulement auront apprécié, citations à l'appui, son maniement de la langue française mais aussi son humour qu'il faut bien qualifier de cavalier...

 

Francis Richard

 

1 - L'origine de ce livre, c'est la mort de la reine d'Angleterre, où l'on a vu papa resurgir à la télévision, quand ils ont ressorti des images, sur France 3 Saumur.

 

Cadre noir, Alix de Saint-André, 336 pagesGallimard

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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 22:30
Le nord à contre-jour, de Aude Seigne

La narratrice fait trois fois le même voyage vers le nord de l'Europe: en célibataire en 2005, en couple en 2014, en famille recomposée en 2024, emportant toujours davantage de bagages avec le temps, en fonction de l'évolution de la technologie. 

 

Le nord à contre-jour est le récit du voyage de 2024, qui se déroule pendant une dizaine de jours, à Pâques, c'est-à-dire pendant des vacances scolaires. Ce qui permettra à parents et enfants de vivre ensemble sous d'autres cieux que ceux du pays.

 

La famille recomposée en comprend deux, décomposées: séparée de Tom, la narratrice a emmené avec elle sa fille, Sophie, 5 ans; son nouveau compagnon, Luca, veuf de Fabienne, a emmené avec lui sa fille, Athena, 14 ans, et son fils, Nevil, 7 ans.

 

Après s'être connus deux années, Luca a enfin présenté ses enfants à la narratrice. C'était six mois plus tôt. Maintenant il va bien falloir que tout ce petit monde cohabite, en voyage de surcroît, chacun des cinq participants avec sa forte personnalité.

 

Il n'est pas indifférent de savoir que Luca et elle sont du même âge, à 7 jours près, qu'ils se sont croisés plusieurs fois sans se connaître et que lui et elle ont trouvé l'âme soeur au même moment, elle en la personne de Tom, lui en celle de Fabienne: 

 

Une gémellité d'âmes.

 

C'est en train qu'ils gagnent le Danemark. Ce qui signifie plusieurs changements avant de parvenir à Copenhague où une chambre pour cinq a été réservée, dans une auberge de jeunesse, ce qui, certes, ne favorise pas l'intimité du couple d'adultes.

 

Il n'est pas non plus indifférent de savoir que les parents de la narratrice ont divorcé et qu'elle a rencontré Luca sur une application. Ce sont choses banales à notre époque, où les liens se dénouent et se tissent bien plus facilement qu'auparavant.

 

Le lecteur apprendra toutefois plus loin que la narratrice a elle-même fait partie de familles décomposées et qu'elle avait surtout été reconnaissante à ses différents beaux-parents de lui avoir dit pour la rassurer qu'ils seraient là pour elle si besoin était.

 

Ce qui est difficile, cependant, c'est de faire abstraction du passé, qui laisse inévitablement des traces. Aussi ce voyage présente-t-il des risques de mésentente entre les participants qui devront se rassembler, c'est le but, pour composer une famille.

 

Ce qui est difficile également pour ce faire, c'est de concilier personnalités et âges de chacun, sans parler des préoccupations liées au sexe, même si, aujourd'hui, il est devenu courant de considérer, à tort, que ce n'est qu'une question de culture...

 

Aussi est-ce avec beaucoup de précaution que la narratrice essaie de bien faire, pour que tout se passe bien pendant ce séjour, au printemps, dans le froid scandinave, où il ne s'agit pas seulement de connaître des lieux mais ceux qui y habitent. 

 

Les cinq quittent Copenhague en voiture, visitent un village viking, gagnent le bord de mer où se trouve leur maison de vacances, située dans une péninsule, où, pour le bonheur des photographes Luca et Athena, la lumière est communicative... 

 

Six mois après leur retour, qu'est-il advenu? La narratrice réalise que les mots de composée, décomposée, recomposée à propos de la famille qu'ils forment n'ont de sens que pour Luca et elle. Leurs enfants ne leur appartiennent pas en réalité:

 

Nous mettons les enfants au monde pour les lancer dans la vie, mais [...] ils ont d'emblée leur propre trajectoire sur laquelle notre influence est très modeste.

 

Francis Richard

 

Le nord à contre-jour, Aude Seigne, 176 pages, Zoé

 

Livres précédents:

Chroniques de l'Occident nomade, 136 pages (2011)

Les neiges de Damas, 192 pages (2015)

Une toile large comme le monde, 240 pages (2017)

L'Amérique entre nous, 240 pages (2022)

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4 janvier 2026 7 04 /01 /janvier /2026 20:10
La soupe des pauvres, de Jean-François Haas

La ville où j'ai passé mes trente premières années - je l'ai quittée voici vingt ans - s'est bâtie sur les berges d'une rivière.

 

Le narrateur, Caleb - c'est ainsi qu'il se prénomme -, y retourne le dimanche 19 avril 2020, sur la Toile. Il a d'abord tapé Le Jardin et le nom de la ville, puis il a ajouté Carrousel.

 

Quatre jours plus tôt quelqu'un avait posté un film de quelques minutes. Dans Le Jardin, il a la surprise d'y voir un type qui tient un couteau et qui se dirige vers un jardinier:

 

Brusquement, le type se jette aux genoux du jardinier, lui tend son poignard en lui offrant sa gorge. Une femme arrive en courant près de l'homme agenouillé, s'agenouille près de lui, entoure d'un bras ses épaules. Lui prend son couteau. Le jardinier se penche sur l'homme, le relève, aidé par la femme.

 

Caleb reconnaît cet homme qui s'offre en sacrifice : Nous nous connaissons, lui et moi. Au temps de notre amitié, j'aurais dit: "Nous nous co-naissons." Angelo. Angelo Francesco.

 

Les prénoms donnés à la naissance peuvent être une charge pour celui qui les porte. En l'occurrence ce ne sera pas tant Angelo que Francisco qui pèsera sur l'ami de Caleb.

 

François d'Assise voulait vivre comme Jésus avait vécue, être pauvre comme lui. Un jour qu'il était en prière, il avait reçu de lui les stigmates, ses blessures infligées sur la croix.

 

La grand-mère d'Angelo le lui avait raconté et celui-ci avait voulu l'imiter. Avec une loupe et le soleil, il avait brûlé la paume de sa main gauche pour la percer, et menti à sa mère:

 

J'ai dit à ma mère que je m'étais brûlé avec des allumettes. Elle m'a donné une claque. [...] J'avais trop peur que ma grand-mère se fasse engueuler et qu'on lui dise une fois de plus qu'elle était devenue folle.

 

La mère du narrateur a voulu qu'il s'appelle Caleb. Son géniteur n'a jamais voulu qu'il porte son nom. Elle n'a voulu ni avorter, ni l'abandonner à la naissance. Elle l'a donc confié.

 

Les parents de son amie Madeleine se sont occupés de lui, ne lui ont rendu que lorsqu'elle a été libérée sous conditions après avoir attaqué une station-service avec un compagnon...

 

La soupe des pauvres est le récit de l'amitié entre Caleb et Angelo, de leur enfance jusqu'à la pandémie, le premier en quête de sa mère disparue, le second de plus de pauvreté:

 

Je veux vivre en pauvre pour manifester cette pauvreté qui est en moi, qui est mon besoin de recevoir la beauté d'autrui. L'autre est ma joie. Être dépossédé par tout ce qui nous est fraternel. Recommencer à partir de cela: tout m'est frère et soeur. Rien ne m'appartient. Tout m'est confié.

 

Comment une telle histoire pourrait-elle bien finir? Aussi le lecteur ne s'y attend-il pas. Elle lui aura donné matière à réflexion sur la pauvreté, qu'elle soit matérielle ou spirituelle.

 

La première peut se résoudre par la création de richesses à condition que soit laissée libre l'ingéniosité humaine, la seconde par l'éducation aux vertus: courage, justice, tempérance.    

 

Francis Richard

 

La soupe des pauvres, Jean-François Haas, 448 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédemment chroniqués:

 

La Folie du pélican (2022)

Le brochet de l'empereur Barberousse et autres nouvelles (2024)

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31 décembre 2025 3 31 /12 /décembre /2025 18:45
Post mortem, d'Olivier Tournut

L'individu de sexe masculin, la cinquantaine environ, a été découvert dans la position assise, entièrement dévêtu, le corps en partie couvert de sang, les chevilles et les poignets liés à la chaise par du plastique serrant.

 

Ainsi commence la première constat' de la lieutenante Blanche Charon de la police judiciaire de Paris. Le reste? Une oeuvre d'art pas belle à voir, que l'on peut résumer par de multiples mutilations, faites sûrement Post mortem.

 

Blanche Charon fait partie avec les lieutenants Avonne et Laplace du groupe dirigé par la capitaine Isabelle Le Peletier, sous la direction de Bosquet. Elle s'est rendue sur les lieux après qu'un témoin, vivant en face, a signalé le meurtre.

 

Le procureur Monceau confie l'affaire à Le Peletier. Elle a huit jours devant elle pour la résoudre. C'est le délai de flagrance prévu par l'article 53 du Code de procédure pénale. Ce qui est court pour une affaire de cette complexité.

 

Le polar d'Olivier Tournut se déroule bien pendant huit jours. Vraisemblablement début 2017, puisque la Direction de la police judiciaire va quelques mois plus tard emménager dans de nouveaux locaux, 36 rue du Bastion à Paris 17.

 

Le lecteur a un avantage sur le groupe policier. Au cours du récit, il lit les pensées du meurtrier, reproduites en italiques. Mais cet avantage n'est toutefois pas déterminant pour connaître avant la fin son identité, qui est surprenante.

 

Comme en a l'intuition Charon, qui a travaillé auparavant à l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels, le lecteur relèvera que la toile laissée à proximité du cadavre a son importance pour la résolution de cet imbroglio.

 

Le meurtre a eu lieu dans un appartement vide. Charon a reconnu dans le tableau, qu'elle a emporté, un Van Gogh. Après recherches sur Internet, elle identifie cette toile, peinte en 1888: elle s'appelle Le Peintre sur la route de Tarascon.

 

Le lecteur relèvera également que, d'après un expert de sa connaissance, Marcel Bouvillier, Charon a la confirmation que le tableau est un faux. De son côté Le Peletier a appris que la victime, dûment identifiée, peint des tableaux...

 

L'enquête s'orientera donc vers un trafic de tableaux. Mais le lecteur ne sera pas au bout de ses surprises, sinon ce ne serait pas un bon polar, auquel a été décerné le Prix du Quai des Orfèvres 2025, où se trouvait la Direction de la PJ.

 

L'énigme se termine par une dernière péripétie. Certes elle est résolue, mais l'auteur laisse le lecteur dans l'incertitude sur le sort réservé à une lettre reçue par Le Peletier, interrompue qu'elle est par l'annonce d'une bonne nouvelle.  

 

Francis Richard

 

Post mortem, Olivier Tournut, 408 pages, Fayard

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18 décembre 2025 4 18 /12 /décembre /2025 19:45
1466 - Le temps des sorcières, de Philippe Favre

Tout comme dans mon premier roman, 1352, Un médecin contre la tyrannie, la réalité dépasse ici la fiction, les parties romancées venant combler les vides afin d'emmener le lecteur au coeur du XVe siècle pour une expérience intense en 1466, au temps des sorcières !

Philippe Favre, Avant-propos

 

Le lecteur est prévenu. Il s'agit d'un roman historique et les deux termes sont importants. C'est bien sûr un roman, mais il raconte des faits réels, vécus par des personnes, pour la plupart, réelles 1.

 

Pour combler les vides que laisse l'Histoire, qui ne commence d'ailleurs pas en 1466, l'auteur donne la parole à Antoine dou Tórrèn, fils de Pierre, notaire d'Ayer, et de sa deuxième épouse, Catherine. 

 

L'histoire se passe dans le Val d'Anniviers. À douze ans, Antoine, contre la volonté de son père, assiste à sa première exécution: c'est ce jour-là que mon innocence d'enfant me fut brusquement ravie:

 

Je ne pouvais détacher mes yeux de la sorcière qui se tortillait, léchée par les flammes. Quand le mugissement sourd de la foule retomba, il me sembla entendre la plainte qu'exhalait la poitrine de la femme, à moins que ce ne fût le sifflement du bois qui dégaze.

 

Aux côtés d'Antoine, une fille de huit ans, Élisa, la fille de la sorcière, Ludina Macherel, pour laquelle Pierre dou Tórrèn a rédigé une longue lettre de bonne réputation, dont il n'a pas été tenu compte.

 

À l'époque le pouvoir dans la vallée est détenu par un châtelain, qui lui sera ôté par le prince-évêque de Sion; l'important, pour un homme libre, est la réputation, mais elle a fait place à la rumeur.

 

La rumeur? Elle prend la forme de dénonciations, ces dénonciations se traduisent par des arrestations, ces arrestations, par des interrogatoires, ces interrogatoires par des condamnations et exécutions 2

 

Or, toujours à l'époque, il y a deux camps dans la vallée: les Rarogne, et leurs nombreux partisans, et les Anniviards qui voudraient se libérer de leurs redevances envers eux, en les leur rachetant.

 

Pourquoi 1466 - Le temps des sorcières ? Parce que l'année précédente, en 1465, la neige est tombée en juillet et qu'il fallait désigner un ou une coupable de la survenance d'une telle malédiction.

 

Ce sera d'abord une coupable: Anthonia, veuve de Yani d'En-Haut-l'Église, élevée par les Zakine, Louisa, Fèngmong et Verena, trois soeurs, qui guérissent, par des plantes, ce qui est des plus suspect...

 

L'auteur n'épargne pas au lecteur la procédure qui amèneront Anthonia, et d'autres, au bûcher:

  • l'interrogatoire, conduit par le sautier 3 ou par un ecclésiastique, destiné à obtenir des aveux (à condition de savoir de quoi on est accusé...), 
  • l'enquête de voisinage,
  • l'audition de témoins,
  • l'obtention des aveux par la torture, c'est-à-dire la question, sans verser de sang ni donner la mort, si l'interrogatoire n'y est pas parvenu.

 

Le récit, dont le centre de gravité est le bourg de Véchóuy 4, est l'occasion pour Philippe Favre de reconstituer l'époque avec ses superstitions qui ne sont que singeries de religion, comme en France 5.

 

Le récit est aussi l'occasion de rappeler que les hommes, de tous temps, sont souvent mus par l'argent, le pouvoir et le sexe, et qu'ils peuvent alors, s'ils ne s'empêchent pas, devenir des criminels.  

 

L'auteur, dans sa postface, a raison de rappeler les expériences de Stanley Milgram. Ces expériences montrent qu'il convient de faire preuve d'humilité et de se demander ce qu'on ferait en situation:

 

L'individu peut se plier aux ordres d'une autorité qu'il accepte, même s'ils entrent en contradiction avec sa conscience. Concrètement, 65% d'entre nous sommes capables d'administrer un choc électrique létal à une victime malgré ses supplications du moment que l'autorité en place l'ordonne.

 

Francis Richard

 

1 - Le livre est très documenté: glossaire franco-provençal, liste des personnages ayant existé, liste des lieux, seize pages d'annexes. 

2 - Le même processus que lors de la Révolution française, l'occupation de l'Europe par les nazis, la libération de l'Europe par de soi-disant résistants...

3 - Huissier de justice.

4 - Vissoie.

5 - Le procès et la mort de Jeanne d'Arc ont lieu en 1431.

 

1466 - Le temps des sorcières, Philippe Favre, 368 pages, Favre

 

Livres précédemment chroniqués de Philippe Favre aux éditions Favre:

 

1352 - Un médecin contre la tyrannie (2014)

Cortex (2016)

La princesse celte (avec Olivier May, 2024)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 10:40
Un secret du docteur Freud, de Éliette Abécassis

C'est un voyage sans retour qui s'impose, dont vous ne sortirez pas indemnes mais qui vous sauvera peut-être la vie. Car vous n'avez pas le choix: l'histoire a déjà commencé.

 

En ces termes le docteur Freud s'adresse à ses collègues et disciples le 13 mars 1938, à Vienne. Lui-même pourtant reste, ainsi que son fils aîné Martin et sa fille cadette Anna.

 

Plus tard, Martin regrette de ne pas être parti, comment tant d'autres Juifs, qui à Jérusalem, qui en Amérique ou en France. Mais il est resté pour s'occuper de son père, avec Anna.

 

Après que des vandales ont envahi la maison d'édition, Martin est tenu en joue par l'un d'eux. Or il a en main une lettre qui contient Un secret du docteur Freud, à ne pas révéler:

 

Finalement, il en fut libéré grâce à des officiels nazis avertis par un voisin qui observait ce qui se passait depuis sa fenêtre, et qui ont chassé les profiteurs, tout en signifiant à Martin qu'ils l'avaient bien à l'oeil.

 

Un homme, Anton Sauerwald, responsable des avoirs de Sigmund Freud, compte en le faisant tomber, grâce à l'examen des documents saisis, monter dans la hiérarchie du Reich.

 

En effet il s'agit d'enrayer la diffusion de la pensée freudienne, considérée par ses maîtres nazis comme une véritable peste1, en atteignant la personne de son créateur et représentant.

 

Le même Sauerwald, accompagné de deux SS se rend au domicile de Freud pour procéder à une fouille. Mais Freud a brûlé la lettre que lui avait adressée son ami Wilhelm Fliess:

 

À présent, il faut qu'il remette la main sur les autres, les siennes, celles qu'il a envoyées à son correspondant, et dont la lettre brûlée est la réponse.

 

Le lecteur ne connaîtra le secret dont il s'agit qu'à la fin du roman d'Éliette Abécassis. En attendant, l'auteure lui aura conté les aboutissements de la psychanalyse, cette terra incognita:

 

Chaque jour, [Freud] en découvrait un peu plus l'étendue, tel un explorateur de son propre pays. La révélation de l'inconscient l'avait emmené sur le terrain de l'ethnologie, de l'histoire du monde, de la critique littéraire et artistique et, depuis peu, le confrontait à une autre saga, celle de son peuple.

 

Marie Bonaparte, qui a été sa patiente en 1925, revêtira une grande importance dans l'histoire, car c'est elle, entre autres, qui a acheté les lettres compromettantes de Freud à Fliess...

 

De son côté, Sauerwald, venu annoncer à Freud la réquisition de son appartement, sera, à la suite de sa conversation impressionné par ce dernier, et, même, à vrai dire, bouleversé:

 

Il pense qu'il détient en effet, sinon la clef du psychisme, celle du chemin qui mène à son inconscient, puisqu'il faut bien admettre cette hypothèse.

  

Grâce à Marie, Freud quittera son cabinet de Vienne, où il aura vécu quarante-sept ans, au milieu de ses livres, de ses chères statuettes et de tous ces personnages qui ont marqué sa vie.

 

Via Paris, Freud se rendra à Londres, où, grâce à Anton Sauerwald, dans son appartement, réplique de son cabinet viennois, il terminera ses jours au milieu de ses livres et statuettes.

 

Francis Richard

 

1 - Plus loin, Sauerwald dira à Marie Bonaparte: La psychanalyse est une science juive, et même, pire qu'une science, c'est une diffusion de la philosophie sémite dans la culture germanique. Et à Freud, exilé à Londres, à propos des Juifs: Je ne change pas d'avis sur eux. Ils sont nuisibles pour l'humanité. Ils doivent être éliminés. Ceci est déplorable, mais la fin justifie les moyens... Freud lui murmurera: Un jour viendra où vous aurez besoin de nous. Et ce jour-là, nous serons là.

 

Un secret du docteur Freud, Éliette Abécassis, 204 pages, Flammarion (paru le 27.08.2014)

 

Livres précédents:

 

Chez Albin Michel:

Et te voici permise à tout homme (2011)

Le palimpseste d'Archimède (2013)

Alyah (2015)

Le maître du Talmud (2018)

L'envie d'y croire (2019)

 

Chez Flammarion:

Philothérapie (2016)

L'ombre du Golem (2017)


Chez Grasset:

Nos rendez-vous (2020)

Un couple (2023)

Divorce à la française (2024)

 

Chez Robert Laffont:

La transmission (2022)

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12 décembre 2025 5 12 /12 /décembre /2025 21:55
Rachmaninov - Les forces du désir, d'Hélène Richard-Favre

Connaissez-vous le Concerto n°2 pour piano, en do mineur, de Rachmaninov

 

Dans Rachmaninov - Les forces du désir, le compositeur fait partie d'un trio amoureux avec Joe (obsédé par cette oeuvre, au point de ne plus écouter qu'elle) et l'ex-femme de ce dernier. 

 

Joe était un maître de ballet qui ne connaissait de désir pour sa femme que lorsqu'elle dansait sur les notes de ce concerto et, plus particulièrement, sur celles de son deuxième mouvement.

 

En quelque sorte de la voir danser était la seule manière pour lui d'écouter cette oeuvre. C'était au fond l'inverse de ce que disait Eugenio Montale dans un livre lu par un jeune homme:

 

Ascoltare era il solo tuo modo di vedere 1

 

Pour elle et l'état civil, ils sont divorcés. Pour lui, ils sont toujours mariés... Certes ils s'aiment toujours, chacun de son côté, mais elle ne peut lui revenir, car elle n'est pas un pur esprit...

 

Ce livre singulier se présente sous la forme d'un dialogue entre le jeune homme et cette femme. Il a lieu dans un lieu de plaisir, échangiste. Où elle peut satisfaire ses désirs de femme.

 

Ce jeune homme a connu le couple il y a une dizaine d'années. Il était alors livreur de pizzas. Maintenant musicologue, Joe devenu son ami, il voudrait écrire un livre sur Rachmaninov.

 

À ce sujet, à ce jeune homme, que peut-elle dire d'autre... que leur amour était sans proximité sinon celle qui transite par un concerto pour piano... écouté et dansé jusqu'à l'enivrement?

 

De plus elle ne tient pas, pour se préserver, à ce que leur amour à trois soit rendu public. En effet elle ne souhaite plus, comme [elle le fut] trop, être l'objet d'un plaisir qui [lui] échappe.

 

Sa patience l'ayant lâchée, elle s'est libérée de Joe. Dans cette histoire où les deux ont souffert ou souffrent, elle pose la question décisive au jeune homme: qui est coupable, qui est à plaindre?

 

Aussi, avant la fin, le lecteur se demande-t-il si le jeune homme bien intentionné écrira un jour son livre sur Rachmaninov. En effet cela aurait-il un sens pour Joe, pour elle, ou pour le public?

 

Francis Richard

 

1 - Écouter était ta seule manière de voir.

 

Rachmaninov - Les forces du désir, Hélène Richard-Favre, 120 pagesURSS Editorial (bilingue français-russe)

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Nouvelles de nulle part (2013)

Nouvelles sans fin (2016)

Sans nouvelles d'Igor - Bagdad 2003 (2019)

 

Deuxième mouvement du Concerto n°2 pour piano de Rachmaninov interprété par le London Philharmonic Orchestra:

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7 décembre 2025 7 07 /12 /décembre /2025 20:40
De boue & de sang, de Laurent Obertone

J'ai voulu par cette histoire raconter l'Histoire.
Laurent Obertone

 

Au XIXe siècle, les historiens conviennent de considérer la période de 1337 à 1453 comme la Guerre de Cent ans. 1337 est l'année où Philippe VI confisque la Guyenne, fief du roi d'Angleterre Édouard III. 1453 est l'année où la Guyenne est reconquise, après la bataille de Castillon.

 

Le roman De boue & de sang commence en 1413 pendant la Grande Trêve (1380-1415). Son héros et narrateur, né à la fin du XIVsiècle, venu de l'est, arrive à Paris après trois jours de marche, en tenant par le licol une vache pour la vendre à des bouchers, vers l'Hôtel-Dieu:

 

Je m'appelle Jehan, et on me surnomme La Hache car j'ai toujours aimé cet outil. Le manche prolongeant la main. Le bois et la chair. Le fer capable de fendre le monde. Ma rage passée à défricher les abords du village.

 

Après avoir vendu sa bête, moins cher qu'il ne l'espérait, il fait la connaissance dans une taverne d'un moine qui comprend tout de suite qu'il travaillait avec les bouchers mais qu'il n'était pas des leurs. Frère Renaud parlait beaucoup. Pour lui, le monde était simple. Il y avait deux camps:

 

D'un côté les bouchers, le duc de Bourgogne, Paris, les forces du mal. De l'autre la maison d'Orléans, les Armagnacs, le roi.

 

Alors que le comte Bernard d'Armagnac entre dans Paris, pour nettoyer la sédition, grâce à l'intervention d'un druide, il a la vie sauve: sa tunique, lardée de sang, l'assimilait aux bouchers... Il croisera plusieurs fois le chemin d'Isambard au cours de cette histoire, comme celui de Renaud.

 

Jehan Hastel s'enrôlera dans les combattants à pied du roi. Effectivement son histoire s'inscrira dans l'Histoire. Ainsi connaîtra-t-il la défaite d'Azincourt. Pour quitter ce village maudit il parviendra à monter à cru un destrier ayant perdu son cavalier dans la bataille... qui lui sera confisqué.

 

Après? Il connaîtra bien des tribulations personnelles, parallèlement à celles du pays, et, sur le conseil du druide, il rejoindra, en tant que servant, la compagnie du capitaine Étienne de Vignolles que tous nommaient La Hire, devenu capitaine en tuant des gens, dixit le même druide... 

 

Tribulations personnelles? Blessé à la jambe, il aura droit à une monture à laquelle il ne devra pas trop s'attacher et fera de la guerre son métier. Tribulations du pays? Ce ne seront que sièges de villes, les assiégés devenant assiégeants, et inversement, moult morts et prisonniers.

 

Les années passeront sans victoire ni défaite décisives. Jeanne commencera à faire parler d'elle: paysanne lorraine de dix-sept ans, venue à la rencontre du dauphin pour "libérer la France". La voyant à Orléans, il sera saisi par son assurance, ce regard noir et aigu, sa simplicité. 

 

Le druide et le moine débattront: Nul ne voulait arbitrer leur guéguerre. Le druide sonnait plus juste. Plus fou aussi. Nos esprits chrétiens comprenaient mieux le moine, plus fragile et friable. Plus humain. Réduit, contre ce monstre d'éloquence, à jouer l'autorité suprême de l'Église.

 

On connaît la suite de l'Histoire: Charles VII, le dauphin, sacré à Reims; Jeanne, piégée à Compiègne et faite prisonnière par Jean de Luxembourg, qui la vend aux Anglais; son procès; sa mort sur le bûcher à Rouen: Une ruade en plein ventre. Ma Jeannette. Je ne voulais y croire.

 

La Guerre de Cent ans ne s'arrête pas là. L'histoire de Jehan Hastel dit La Hache non plus. Comme lui dira le druide, à la fin, il aura mené deux combats à la fois: celui de l'agir, et celui du sens. Et il se retirera pour écrire ses mémoires pour que les fils de France sachent leur histoire:

 

Moi, fils de paysan, né dans la boue, j'ai vécu par le sang...

 

Francis Richard

 

De boue & de sang, Laurent Obertone, 352 pagesMagnus

 

Livres précédents:

 

La France Orange Mécanique (2013)

Utoya (2013)

La France Big Brother (2015)

Guerilla I, le jour où tout s'embrasa (2017)

La France interdite (2018)

Guerilla II, le temps des barbares (2019)

Éloge de la force (2020)

Game over (2022)

Guerilla III, le dernier combat (2022)

Raisonnablement sexiste (2023)

Guerre (2024)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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4 décembre 2025 4 04 /12 /décembre /2025 18:15
8,2 secondes, de Maxime Chattam

Éros et Thanatos. Tel pourrait être le résumé de ce livre. Avec pour constante de temps: 8,2 secondes:

 

Il faut très exactement 8,2 secondes pour tomber amoureux lors d'un baiser.

 

- L'onde de la mort? Moins de dix secondes. Environ 8 secondes, je crois.

[...]

- 8,2 secondes?

- C'est possible.

 

Les protagonistes de ce thriller sont deux femmes: une fliquette, May Malkasian, trente-quatre ans, et une scénariste, Constance Holloway, la cinquantaine ou presque.

 

L'une enquête à New-York et est rattachée au 6e commissariat, l'autre est partie de Brooklyn pour aller au chalet familial au bord du lac de Skaneateles, près du Canada. 

 

Lors d'une enquête sur la mort d'un certain Ribeiro, May interroge un voisin, Jack Tetler, qui se dit chefà domicile, et se trouvait en Californie au moment du décès.

 

Un an après la mort accidentelle de son mari Tom et de son fils Lenny, douze ans, intoxiqués par du monoxyde de carbone, Constance a besoin de faire le point.

 

À la suite d'un appel, May se rend sur les lieux d'un crime commis dans la chaufferie d'un immeuble. Tout laisse à penser que Grand Méchant Loup a encore frappé.

 

Dans le chalet familial, Constance, avec pour compagnie son chien Solace, va de découvertes en découvertes sur sa famille, qui n'est pas du tout ce qu'elle pensait...

 

May est draguée par le Dr Lerner, médecin légiste, chargé de l'autopsie de Ribeiro. Lamar Gallineo, qui enquête sur Grand Méchant Loup, la prend comme auxiliaire.

 

May n'est pas non plus indifférente au charme du voisin de Ribeiro - mort, semble-t-il, naturellement -, le prénommé Jack, qui, bien que quinqua, ne lui déplaît pas.

 

Au cours du récit le lecteur ne peut manquer de se demander quel lien il peut y avoir entre les histoires de May et Constance qui n'ont, semble-t-il, rien de commun.

 

Le lecteur est d'autant plus perdu que celle de Constance tourne au fantastique et à l'irrationnel, tandis que celle de May est encombrée de mensonges et de non-dits.

 

Avant même de parvenir à l'épilogue, qui n'est qu'une confirmation, Maxime Chattam lui dessillera les yeux, tandis que, par ailleurs, Grand Méchant Loup sera identifié.

 

Francis Richard

 

8,2 secondes, Maxime Chattam, 400 pages, Albin Michel

 

Roman précédent:

 

Prime Time (2024)

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26 novembre 2025 3 26 /11 /novembre /2025 20:50
La Fugue de Verena Ordenz, de Laurent Koutaïssoff

Valentine Fornerod, jeune journaliste, couvrait tous les concerts de la région et apportait à chaque fois un point de vue inattendu, avec cette originalité de style qui tranchait avec tout ce que Verena avait l'habitude de lire sur la musique.

 

Verena Ordenz, référence dont se réclament souvent de grands musiciens, demeure au Manoir du Cèdre, isolé sur les hauteurs, où Valentine sera invitée un jour, et où elle vit entourée de personnes qu'elle a choisies.

 

Ce sont par ordre d'apparition:  

  • Mathias, le mécano,
  • Akio Todoroki, l'un des plus grands chefs d'orchestre vivant,
  • Louise, une musicienne.

 

Valentine est la pièce manquante d'un puzzle dont Verena fait elle-même partie. Un certain Lucien en est la première pièce, le point de départ de sa Fugue en cours de composition, dont le thème est leur rencontre.

 

Pourquoi Valentine sera-t-elle invitée? Parce qu'elle représente, selon l'entourage de Verena, qui s'est laissé convaincre, les trois éléments qui lui permettront d'achever son oeuvreles mots, les sons, la mémoire... 

 

Il ne manque plus qu'une personne pour compléter la distribution de cette histoire singulière: la Mère Muche, qui tient un kiosque, dont Valentine est la protégée depuis l'enfance et qui est le bon sens personnifié.

 

Dans cette histoire l'acronyme VAGA a son importance. Il signifiait pour chaque grand musicien reconnaissant envers Verena: Verenae Arkadiae Gratias Ago: i.e. je rends grâce à Verana Arkadia (son deuxième prénom?).

 

Il prendra une toute autre signification à la fin: le V sera pour Valentine et le A pour Arcana, qui signifie en latin la discrètela secrète, comme Lucien appelait Verena. Verena et Valentine ne se ressemblent-elles pas?

 

Francis Richard

 

La fugue de Verena Ordenz, de Laurent Koutaïssoff, 304 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Atlas (2020)

Les chats noirs de Gallipoli (2022)

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24 novembre 2025 1 24 /11 /novembre /2025 21:05
Un monde low-tech - Anthologie du Prix de l'Ailleurs 2025

Créé en 2017 à l'initiative de la Maison d'Ailleurs et de l'Université de Lausanne, le Prix de l'Ailleurs est le premier prix littéraire suisse dédié à la science-fiction.

 

Le thème proposé pour 2025 était donc Un monde low-tech. Cette anthologie comprend:

 

  • Une préface de Laurence Malè et Olivier May, membres du Jury

 

  • Les textes des lauréats qui ont reçu leur prix le samedi 15 novembre 2025 lors du Festival Alterfictions au Château d'Yverdon:

 

Premier Prix: Cycles de vie d'Anthony Boulanger

Deuxième Prix: E-zabel de Yolene Boichard

Troisième Prix: Decelerando de Tristan Piguet

 

  • La sélection du jury: 

 

Coeur mécanique de Ginger Broglie

Le chant des grillons de Bastien Champougny

Métropole des castors de Romain Prina

Voyage à Eutope de Valentine Lévy

Le Réseau de Sébastien Lê

Pile je gagne, face tu perds de Robin Tecon

Le dernier cycle de Jean-François Morlaes

 

  • Des participations critiques:

 

- S'imaginer des choses: Pour une SF low-tech de Mélanie Fiévet

- Postface: Dans l'entre-deux mondes de la low-tech d'Ariel Kyrou

 

Que signifie low-tech? Avant de lire cette anthologie, j'ignorais même le mot. Un site lui est dédié, Low-tech Lab, d'où j'extrais cette vision:

 

La pensée low-tech permet de vivre mieux avec moins. Nous en sommes convaincus. Et si elle était plus largement connue, acceptée et adaptée, elle permettrait de lutter efficacement contre les maux tant environnementaux que sociaux et sociétaux du XXIème siècle.

 

Cette pensée mainstream m'est étrangère, pour ne pas dire étrange. Mais, étant d'un naturel curieux, des textes, qui l'illustrent, ne pouvaient qu'attirer mon attention.

 

Comme l'écrivent les préfaciers, les dix nouvelles de cette anthologie s'inspirent d'une ou plusieurs des trois voies qu'empruntent cette pensée pour gagner les esprits: 

  • Le volontarisme,
  • La contrainte,
  • L'adaptation après désastres annoncés.

 

La première voie ne me gêne pas; la deuxième réveille ma résistance; la troisième suscite mon incrédulité.

 

Le mot décroissance sous-tend ces textes, que ce soit pour s'en réjouir, s'en affliger ou s'en accommoder. 

 

En fait, de ce mot s'est emparée une idéologie liberticide, et rien moins que scientifique. Elle présuppose:

  • l'épuisement des ressources naturelles: or, si les ressources matérielles sont finies, les ressources intellectuelles sont infinies;
  • les limites du progrès scientifique: c'est minimiser la capacité de l'esprit humain à trouver des solutions, à condition qu'il soit libre de tirer leçons de ses erreurs et, par conséquent, d'être critique;
  • l'homme ne fait pas partie de la nature et est un parasite: la nature est en perpétuel changement et nombre de catastrophes sont évitées grâce aux soins que l'homme lui apporte, ne serait-ce que dans son propre intérêt.  

 

Cela dit, j'ai pris du plaisir à lire cette anthologie. Les préfaciers ont bien raison à propos des auteurs (pluriel neutre):

Au niveau littéraire, chacun d'entre eux nous offre un texte qui montre une maîtrise de l'art tout court, du concis et de la chute percutante, en bref, de l'art de la nouvelle.

 

Francis Richard

 

Un monde low-tech, Anthologie du Prix de l'Ailleurs 2025, 240 pages, Hélice Hélas

 

PS

Le thème de l'édition 2026 est Trous de mémoire.

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20 novembre 2025 4 20 /11 /novembre /2025 20:20
Un rendez-vous particulier, de Martina Chyba

À l'homme des marches du Sacré-Coeur,

... cette histoire faite de choses complètement vraies, de choses demi-vraies, de choses demi-fausses, de choses complètement fausses, de choses vécues, de choses vécues par d'autres, de choses jamais vécues, de choses qu'on espère vivre et de choses qu'on n'espère jamais vivre. Ne compte que la sincérité.

 

Avec une telle épigraphe, il est vain pour le lecteur de vouloir démêler le vrai du faux, le vécu de l'imaginé dans ce roman, si bien que l'auteure, un tantinet exhibitionniste, ne dévoile en réalité que ce qu'elle veut bien, même si elle ne cache pas grand chose.

 

Le lecteur saura assez vite, au détour d'une phrase, que le patronyme de l'héroïne signifie erreur en tchèque, c'est-à-dire Chyba - c'est du moins ce que lui dira l'ami Google, et vers la fin du roman, ô surprise, qu'elle se prénomme Martina, comme l'auteure.

 

Le lecteur apprendra l'importance pour cette quinqua du dédicataire de l'épigraphe, jamais autrement nommé: elle l'a rencontré sur les marches du Sacré-Coeur, à la suite d'Un rendez-vous particulier, pris en ligne, au bout de... dizaines d'échanges avec lui.

 

Au fil de sa lecture trois autres personnages, proches de l'héroïne, lui deviendront familiers: son ami Max, qui, en réalité, s'appelle Armand, son amie Sixtine, et son psy, le Dr David Maunoir, qui lui donne du Chère Madame, pour conserver quelque distance.

 

L'amitié entre la narratrice et Max est la preuve qu'une telle relation peut exister entre une femme et un homme, car il n'y aura jamais entre eux autre chose que de l'amitié, ce qui ne veut pas dire qu'un tel lien ne puisse pas être fort, le prologue, si besoin, en atteste.

 

Car elle accepte de l'accompagner chez l'urologue: il n'a pu le demander ni à son ex-femme, qui vient de "sortir" de l'hétérosexualité comme on sort d'une pièce en claquant la porte, ni à sa fille qui se fout complètement [...] du système reproductif de son vieux père.

 

Sixtine est sa meilleure amie. Originaire pourtant d'une commune bourgeoise, c'est-à-dire protestante, où tout est comme il faut à l'extérieur et blet à l'intérieur, celle-ci n'hésite pas à mettre les mots les plus directs sur ce que tout le monde voit mais n'exprime jamais.

 

Le Dr Maunoir est un psy original. Plutôt que des antidépresseurs, ou autres médications, il lui prescrit des tableaux, des sculptures, des oeuvres d'art, qu'elle doit voir en vrai: au musée, on vit une expérience avec un objet réel, le vrai, celui que l'artiste a transformé.

 

Son histoire est racontée avec beaucoup d'humour et d'autodérision. La narratrice en a, heureusement. Car, pour cette femme, qui ne puise pas sa force dans une foi religieuse, la vraie vie ne réservant pas que des bonnes surprises, ce sont des bouées de sauvetage. 

 

L'autre moyen de surmonter les épreuves, qui seront pour elle autant de deuils, au sens propre et figuré, c'est d'aller partout dans le monde dans des musées où l'envoie son psy et de répondre à cette question: En quoi ce que je vois peut-il me donner de la force? 

 

Un jour, elle se fera ses propres prescriptions. En attendant, elle conviendra, dans un monde bien imparfait, où femmes et hommes se complètent, surtout quand ils n'ont rien en commun, qu'elle et l'homme des marches du Sacré-Coeur s'accordent sur l'essentiel.

 

Francis Richard

 

Un rendez-vous particulier, Martina Chyba, 288 pages, Éditions Favre

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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