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9 octobre 2026 5 09 /10 /octobre /2026 22:30
Le héron et son double, de Matthieu Ruf

Sebastiáo est là et je vais mieux. Je pourrais presque danser sur le trottoir, comme ce moineau qui sautille devant moi, puis déguerpit dans une haie buissonneuse et piaille.

 

Simon a trente-cinq ans, il habite Lausanne. Avec son ami, il s'apprête à participer à une course de caisses à savon, qui sera, hélas, un fiasco... Pour ce faire, il a acquis un tandem, baptisé la Terrible, auquel les pédales ont été retirées, et ajoutées des petites roues latérales.

 

Hormis Sebastiáo, qu'il arrive à voir presque chaque année, bien qu'il réside au Portugal, font partie de son monde:

  • Oscar, qui s'était occupé de transformer le tandem, sa femme Zora, monitrice de ski, leur fils, Vadim, son filleul,
  • Olimpia, que lui a présentée sa cousine Daphné et qui lui donne des cours de chant,
  • Amandine, danseuse, en couple avec Ella,
  • Mariana, artiste-peintre,
  • Cédric et son acolyte Romi,
  • Marco, avec qui il court les mardis soir: un soir, ils s'étaient arrêtés à deux mètres d'un héron, qui marchait sur la glace d'un étang gelé, son reflet en miroir.
  • Le héron donc, qui lui parle, mais uniquement quand il n'est pas en sa présence... 

 

Simon? Un appartement agréable, un emploi fixe, un hobby artistique, pas de vrais problèmes, plus de couple, pas d'enfant. Avec ses amis, à distance les uns des autres, il nage dans le lac, même quand l'eau est froide: quand je me baigne, je suis une meilleure personne.

 

Simon est journaliste, dans un groupe de presse, racheté par un autre, si bien qu'il est maintenant à cheval entre l'édition et le flux d'actus web. Pas pour longtemps. Car il reçoit un mail deux jours avant ses trente-huit ans... Après entretien, il est libéré de l'obligation de travailler.

 

Auparavant, pressentant cette issue, il avait épluché les maigres annonces d'emplois vacants et rédigé des candidatures pour des postes à la radio publique, au service municipal des parcs et domaines, ou même à la haute école de musique... tout ça sans le moindre résultat.

 

Ce qui, sans qu'il s'en doute, va révolutionner la vie de Simon, c'est d'accepter la proposition d'Amandine de l'accompagner à Bruxelles à un stage d'improvisation, donné par un danseur, David, qu'elle aime beaucoup. Après cinq jours seulement, il ressent quelque chose:

 

Une façon de me sentir dans mon corps, qui ressemble à l'effet des baignades dans le lac ou de la course, mais plus profonde, un ancrage aussi, comme une limite plus claire et en même temps moins crispée entre moi et le monde.

 

Quand il aura quarante ans, son monde, son réseau d'amitiés continuera d'être son filet et le fêtera. Plutôt que de chanter ou de parler, il se mettra à danser pour lui: Je descends dans les orteils, je les remue, ça répond. Mon double est présent. Le contact des pattes sur l'étang gelé...

 

Francis Richard

 

Le héron et son double, Matthieu Ruf, 196 pages, Presses Inverses

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Percussions, Éditions de l'Aire (2016)

Le jour des silures, Zoé (2023), écrit avec Aude Seigne, Anne-Sophie Subilia et Daniel Vuataz

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4 octobre 2026 7 04 /10 /octobre /2026 22:40
Manifeste incertain 11, de Frédéric Pajak

Il y a huit cents ans, le samedi 3 octobre 1226, mon saint patron, François d'Assise, mourait. Il avait quarante-quatre, quarante-cinq ans. L'Église le fête le 4 octobre.

 

Le Manifeste incertain 11, de Frédéric Pajak (1955- ), dessinateur, écrivain et poète, est dédié à Pascal Blondeaux (1956-2022), dessinateur et poète, comme lui.

 

Le volume, comme le bandeau l'indique, comprend trois parties: François d'Assise, l'insensé de Dieu, précédé de Adieu bel autrefois et suivi de J'entends un chant lointain.

 

ADIEU BEL AUTREFOIS

 

Frédéric Pajak parle de la vieillesse qu'il n'a pas vue venir, mais que la maladie a précédé, envoyé à l'hôpital, où il a été opéré par deux fois. Il est vieux, pas encore un vieillard:

 

À quel âge sommes-nous des vieillards?

 

La mort? Il l'envisage comme une absence de réponse, un non-dit non négociable, un défaut d'explication, une incitation à l'ultime frayeur ou à l'ultime soulagement.

 

Dieu? À dix ans, il a cessé de croire en sa bonté puisqu'il avait laissé [son] père mourir dans un accident de voiture sans qu'il soit fautif.

 

Aussi ses souvenirs sont-ils ceux d'un éternel enfant. Il se souvient qu'après la guerre d'Algérie, la peinture de [son] père, qui était certes tourmentée, gagne soudain en violence...

 

Admiratif, cet anarchiste résolu évoque le suicide de Roland Jacccard1: 

 

Même s'il a pris toutes les précautions pour ne pas souffrir, il a réussi à dire adieu à bien des choses qui l'ont tenu en vie.

 

FRANçOIS D'ASSISE, L'INSENSÉ DE DIEU

 

On ne sait en quelle année François est né: 1181 ou 1182? Il s'appela d'abord Jean, mais son père, qui vend de belles étoffes d'origine française, changea son prénom: 

 

Ce qui est certain, c'est que François parlera le français, la langue des chevaliers, de la poésie et du chant...

 

À quinze ans, François fait partie de la jeunesse dorée d'Assise. À vingt ans, il est mis en prison à la suite de la guerre déclarée par Pérouse et perdue par Assise:

 

Le séjour de François dans les cachots de Pérouse a eu de lourdes conséquences: il est tombé gravement malade.

 

Un jour, il refuse de donner l'aumône à un mendiant, revient sur ses pas, au nom de Jésus-Christ et de Dieu Tout-Puissant, lui offre ses propres habits richement brodés.

 

À la suite d'un rêve, non seulement il multipliera les aumônes, mais mendiera à son tour en accord avec les paroles de Jésus qui demande de ne rien posséder.

 

Son père l'enfermera mais sa mère le libérera. Il partira de chez lui, armé de sa seule foi, vêtu sommairement. Après mésaventures, Dame Pauvreté sera son Épouse.

 

Il mendiera donc, mais il consacrera l'essentiel de ses journées, en 1207 et 1208, à la restauration de chapelles et d'églises à l'abandon. Puis il commencera à prêcher.

 

Lui et ses adeptes font voeu d'absolue pauvreté, mendient donc, mais ils ne sont pas inactifs. Ils donnent alors les deniers qu'ils récoltent à plus pauvres qu'eux.

 

François et ses adeptes pratiquent le jeûne et la flagellation, ce qui n'est pas sans conséquences, mais la maladie n'ouvre-t-elle pas aux chrétiens la porte du Salut?

 

François et ses compagnons ne peuvent soutenir le regard d'une femme. Pourtant il accueillera Claire, que ses parents veulent marier, et une certaine Pacifica:

 

C'est François en personne qui coupe les cheveux des deux jeunes filles avant de leur remettre une tenue rudimentaire... 

 

En matière économique, si les Franciscains excluent de leur vie la propriété privée, ils ne sont pas pour autant contre l'argent à condition d'en faire un bon usage:

 

L'argent des riches, à condition qu'il circule, participe activement à la croissance collective et au bonheur de la communauté civile. 

 

Après que François a présenté sa règle et fait allégeance au pape Innocent III, qui l'a vu en rêve, l'ordre franciscain naissant appartient [...] à l'Église romaine...

 

Si François rappelle à ses adeptes qu'il leur faut suivre la voie de l'humilité, il ne manque pas de souligner qu'ils doivent le respect au sacrement de l'autel et aux prêtres. 

 

Frédéric Pajak parle enfin des miracles de François, de son amour des animaux, des stigmates du Christ sur son corps usé, de sa mort paisible après avoir psalmodié2...

 

J'ENTENDS UN CHANT LOINTAIN

 

Ce sont les dessinateurs et les peintres qui ont le mieux perçu ce qu'est la mort, à quoi elle ressemble, comment elle se manifeste: elle est un être vivant, capable de bouger et de danser.

 

Ainsi commence cette troisième et dernière partie du Manifeste incertain 11. 

 

Le chant lointain est celui qu'entend l'auteur en se souvenant de l'adolescent qu'il était, se rendant à Gênes pour découvrir la première Fiera dei fumetti (salon de la bande dessinée).

 

Certes il considérait, et considère, celle-ci comme un art mineur, mais il y croyait quand même, car il faisait partie de ces gamins en mal d'aventure et de légèreté qu'elle distrayait.

 

Un jour, lui-même dessinateur, il sera engagé par Gébé3 pour dessiner dans L'Idiot international 4, où dessine également le fils de ce dernier, qui sera comme un frère pour lui:

 

Les amis s'en vont, ils finiront par me dépeupler tout à fait. Ils s'en vont les amis, vieux copains oubliés ou amis de toujours. Nous parlerons encore. Ce sera une conversation qui se passe de corps. 

 

Francis Richard

 

1 - Mort le 20 septembre 2021, peu après la parution de On ne se remet jamais d'une enfance heureuse ...

2 - Le psaume 142 du roi David.

3 - Georges Blondeaux (1929-2004), père de Pascal Blondeaux.

4 - Journal dirigé par Jean-Edern Hallier (1936-1997), fondé en 1969 et disparu en 1994.

 

 

Manifeste incertain 11, Frédéric Pajak, 320 pages, Les Éditions Noir sur Blanc (illustré de dessins de l'auteur)

 

Livres précédemment chroniqués:

Manifeste incertain 1 (2012)

Manifeste incertain 2 (2013)

Manifeste incertain 3 (2014)

Manifeste incertain 4 (2015)

Manifeste incertain 5 (2016)

Manifeste incertain 6 (2017)

Un certain Frédéric Pajak (2017)

Manifeste incertain 7 (2018)

Manifeste incertain 8 (2019)

Manifeste incertain 9 (2019)

Nietzsche au piano (2024)

Manifeste incertain 10 (2025)

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3 octobre 2026 6 03 /10 /octobre /2026 21:00
Café-Restaurant du Tunnel et Atelier-Galerie Jean-Jacques Hofstetter, à Fribourg

Café-Restaurant du Tunnel et Atelier-Galerie Jean-Jacques Hofstetter, à Fribourg

Bien qu'ayant toujours des soucis de santé, j'ai tenu à me rendre cet après-midi à Fribourg pour fêter l'anniversaire des 40 ans de Bernard Campiche Éditeur.

 

Par prudence, je n'ai pas pris ma voiture et m'y suis donc rendu en prenant le train de 12h40 à Lausanne, arrivant à 13h32 à Fribourg. Je n'ai pu que m'en féliciter, car, dans les rues de Fribourg se déroulaient des courses organisées par Morat-Fribourg ...

 

En arrivant à 14h00 à l'Atelier-Galerie Jean-Jacques Hofstetter où devait se tenir des lectures d'auteurs au rez-de-chaussée et au sous-sol, j'ai bien croisé Bernard Campiche, mais il était en grande conversation avec quelqu'un et je n'ai pas voulu déranger.

 

Aussi me suis-je dirigé vers la salle du rez-de-chaussée et me suis-je installé au premier rang.

 

Il y avait d'autres salles de lectures, au sous-sol et au 1er étage du Café-Restaurant du Tunnel, qui jouxte la Galerie. Malheureusement je n'ai pas le don d'ubiquité...

 

Bernard Campiche ayant eu la gentillesse de me faire parvenir régulièrement les livres de sa maison d'édition, je connaissais au moins en tant que lecteur, sinon de vue, la plupart des auteurs présents aujourd'hui pour le fêter.

 

Au programme du rez-de chaussée de la Galerie, il y avait donc:

  • Daniel Tschumy qui a lu un extrait de Un jour en ville, qui se déroule dans ma ville de Lausanne...
Daniel Tschumy

Daniel Tschumy

 

(livres également chroniqués: Le cristal de nos nuits (2019), Ninel (2025))

Frédéric Lamoth

Frédéric Lamoth

  • Antonin Moeri, qui a lu des notes prises dans le train et un extrait d'un livre à paraître: Le carrousel.

 

(livres précédemment chroniqués: Juste un jour (2007), Encore chéri! (2013), Pap's (2015), L'homme en veste de pyjama (2017), Ramdam (2019), Moi cet autre (2022), Années Solex (2024))

Antonin Moeri

Antonin Moeri

  • Thierry Luterbacher, qui a lu des extraits d'un livre à paraître: L'insignifiant monsieur Matere (orthographe non garantie...).

 

(livres précédemment chroniqués: Dernier dimanche de mars (2014), Desperado - La cendre des gestes (2017), Illégaliste (2021), Alarme à l'oeil (2024))

Thierry Luterbacher

Thierry Luterbacher

  • Sylviane Chatelain, qui a lu deux nouvelles de son prochain recueil: Le défilé et Si seulement.

 

(livres précédemment chroniqués: La Boisselière (2014), Déchirures (2019))

Sylviane Chatelain

Sylviane Chatelain

 

(livres précédemment chroniqués: Crois-moi, je mens (2014), Laisse tomber les anges (2017), Un garçon rencontre une fille (2020))

Nadine Richon

Nadine Richon

  • Marie-Claire Gross, qui a lu des extraits de Je vous ai, qui a paru en 2024 mais, un oubli sans doute, ne m'a pas été adressé...

 

(livres précédemment chroniqués: Relier les rives (2016), 5 minutes 44 (2018))

Marie-Claire Gross

Marie-Claire Gross

 

 

Raphaël Calmy

Raphaël Calmy

Malheureusement je n'étais pas en état de rester ni pour l'apéritif, ni pour les discours, ni pour les trois spectacles, qui suivaient les lectures.

 

En partant, j'ai eu une pensée pour Bernard Campiche, qui devait transmettre sa maison en 2027 et qui poursuit l'aventure selon un article du Temps de cette semaine ...

 

Là encore, attablé et en grande conversation, je n'ai pas voulu déranger et ai juste pris une photo souvenir...

 

Francis Richard

Bernard Campiche

Bernard Campiche

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1 octobre 2026 4 01 /10 /octobre /2026 22:45
Un imprévu, de Michel Layaz

Pas de quoi crier aux loups, mais tout de même, le smartphone ne donnait plus signe de vie.

 

Un imprévu pour Erik Dogam, bientôt 50 ans, qui est toujours tiré à quatre épingles. Qui est riche, immensément riche. Qui, homme de pouvoir, ne goûte pas les imprévus.  

 

Son secrétaire de direction, un sédentaire, lui a suggéré, puisque son épouse et ses fils sont à Londres, de faire une escapade dans les pâturages de la Gruyère. Et il l'a écouté.

 

À l'épicerie d'un village, il fait l'emplette d'un jus de fruit peu sucré et, comme il est en bonne forme physique, il se décide à rentrer à pied et range la bouteille dans son sac.

 

Sur la route, pour éviter une camionnette qui en double une autre, il saute sur le bas-côté et tombe, hélas, dans un champ fraîchement puriné. Ses habits en sont tout souillés.

 

Une voiture en fin de course, conduite par une jeune femme, s'arrête. Elle lui propose, habitant à dix minutes de là, d'arranger ça. Il n'hésite pas trop et monte à l'arrière.

 

Une fois douché et changé, Fortuna, tel est le prénom de la jeune femme, l'invite à rester la nuit et à prendre place dans son salon. Friedrich, son grand-oncle, fera la cuisine.

 

Débarquent alors Gwendoline, 30 ans, juriste, à la tête d'une recyclerie, Alizée, 29 ans, master en relations internationales, thésarde en éthologie, et Fernande, plus de 80 ans.

 

Après l'apéritif, Fortuna propose à Erik de jouer à un jeu avec ses amies. Elles ont institué une sorte de tribunal 1 où Alizée est la procureure, Gwendoline, l'avocate, elle, la juge.

 

Ce tribunal s'est déjà occupé de personnalités, mais aussi de personnes en chair et en os. Le rôle d'Erik, s'il accepte de jouer? L'accusé, car personne n'a rien à se reprocher... 

 

Erik Dogam est devenu le PDG d'une multinationale, Prospéra, après que son patron, dont la femme était sa maîtresse, est mort d'une crise cardiaque, ayant appris son infortune... 

 

Ce n'est pas cette mort qu'Alizée lui reprochera, mais un écocide, Prospéra étant une société qui produit des phytosanitaires et 100% des semences utilisées dans le monde:

 

Prospéra, je ne vous apprends rien, pour gonfler ses bénéfices, développe une agriculture qui épuise les sols et les pourrit.

 

Pour la défense d'Erik, Gwendoline se livrera à un réquisitoire: Qu'a-t-il fait d'autre que de se soumettre [aux] injonctions belliqueuses qui sont la sève de notre société capitaliste?

 

Le plus beau est qu'Erik sera davantage d'accord avec Alizée qu'avec Gwendoline et qu'il se sentira coupable, sans les circonstances atténuantes avancées par cette dernière...

 

Fortuna ne voudra pas aller contre la volonté de leur invité et prononcera la sentence qui convient pour le crime qu'il a commis et... qu'il exécutera lui-même, de façon imprévue.  

 

Francis Richard

 

1 - L'idée de ce jeu leur est venue à la lecture d'un roman remarquable, dont le lecteur sait par l'auteur qu'il s'agit de La Panne de Friedrich Dürrenmatt...

 

NB

Il  va de soi que le lecteur n'est pas obligé de partager avec les personnages de l'auteur leur écoanxiété, surtout après avoir lu des livres tels que Les écolos nous mentent de Jean de Kervasdoué... 

 

Un imprévu, Michel Layaz, 112 pages, Zoé

 

Livres précédents:

 

Louis Soutter, probablement (2016)

Sans Silke (2019)

Les vies de Chevrolet (2021)

Deux filles (2024)

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30 septembre 2026 3 30 /09 /septembre /2026 19:00
Vous ne serez jamais nous, de Pascal Houmard

Le volume s'ouvre sur une chronologie qui commence par la naissance, en 2000, d'Enrica Lahanne et se termine par le cryoréveil de l'Évanescente le 04.07.2243.

 

Le lecteur devra se référer aux événements, qui se déroulent entre ces deux dates, pour s'approprier le sujet du roman de Pascal Houmard, qui en est la suite.

 

Il ne sera pas au bout de ses peines. Car il lui faudra tenter de démêler ce qui est réel de ce qui est virtuel dans le récit. De cela il prendra conscience peu à peu.

 

Un avion se crashe dans un désert, avec ... Enrica Lahanne, inspectrice de la PJ, qui se demande comment elle connaît le nom des six autres personnes à bord: 

  • Chris Hippeau, spécialiste du démarchage
  • Tony Stecks, pilote de l'avion
  • Béryl, sans profession définie
  • Marydo McDallah, pasteure
  • Arthur Imboldt, écrivain (et joueur d'échecs)
  • Marie-Paule Lithic, politicienne

 

Aucune de ces personnes ne se souvient être montée à bord. Le lecteur sait qu'elles sont observées par le Ministre du Développement et 671007, le Médecin-Chef.

 

Pour ces deux personnages, qui forment avec le Commandeur des armées un triumvirat, et qui sont des androïdes, les personnes à bord sont des unités carbone.

 

Parmi elles, Béryl est leur instrument, qu'ils ne maîtrisent pas vraiment, puisque c'est lui qui inscrira, en l'absence des autres, sur le fuselage de l'avion, la phrase-titre:

 

VOUS NE SEREZ JAMAIS NOUS!

 

Béryl s'est donc mis au service des dominateurs, qui ont un projet, Transcendance, un programme qui, d'après la chronologie liminaire a commencé en l'an 2239:

 

L'objectif est de créer une nouvelle forme d'intelligence, fusionnant des éléments humains et artificiels.

 

Béryl est un ancien rebelle, qui, trahi, a trahi pour échapper à la prison, mais n'a pas renoncé pour autant à combattre les androïdes, en entraînant l'Évanescente...

 

Le lecteur se devra de revenir à la chronologie liminaire. Il pourra y lire que le Programme Transcendance est achevé justement avec le cryoréveil de cette dernière.

 

La fin du récit répondra à la question: Peut-on vivre un bonheur réel dans une réalité virtuelle? Ce sera une réponse bien humaine, en écho au titre... lumineux.

 

Francis Richard

 

Vous ne serez jamais nous, Pascal Houmard, 208 pages, Hélice Hélas

 

Livres précédemment chroniqués:

 

La Surnommeuse (Crystal 1), aux Éditions Mon Village (2017)

Acrostiches (Crystal 3), aux Éditions Mon Village (2020)

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28 septembre 2026 1 28 /09 /septembre /2026 18:25
Sagrada Familia, de Béatrice Riand

Big bang !

Le ciel m'est tombé sur la tête une première fois le 21 mars, à 15h37.

Dans le cabinet de gynécologie de Véronique qui, après un contrôle de routine, m'informe que je recevrai un paquet de trois kilos le 7 novembre.

 

Autrement dit, Jade, éditrice de son état, apprend qu'elle est enceinte: incroyable mais vrai! Pourtant elle prend la pilule, mais l'action de celle-ci aurait été contrariée par l'ingestion d'une moule, un animal acéphale, ayant produit chez elle vomissements et nausées...

 

Pour décider de ce qu'elle va faire du paquet, elle prend l'avion pour Barcelone, la ville de sa mère, Agathe, à laquelle elle ne peut plus demander conseil puisqu'elle est morte depuis vingt-cinq ans. Là elle se réfugie dans la Sagrada Familia où on fait taire les gniards...

 

Jade décide de garder le paquet par égard pour sa mère, pour continuer la lignée féminine, et parce qu'elle n'a pas la moindre envie de se faire charcuter. En attendant, elle compte bien rester l'éditrice la plus courtisée de Genève, informe le père putatif et son père, Victor.

 

Le moins qu'on puisse dire est que les mois de grossesse et les préparatifs pour accueillir le paquet ne sont rien en regard de ce qui l'attend après l'accouchement. Tout ça pour un bébé qui n'est pas le bon. Elle voulait l'appeler Ambre, ce sera César, i.e. un malinois.1

 

Car Jade a du vocabulaire2. Ainsi est-elle la Machine: usinée par et pour le texte. Et entend mener à bien son projet de future collection: des titres où se mêleraient science et littérature. Mais le paquet doit être déréglé: il a tendance à remettre en cause son autorité... 

 

Béatrice Riand décrit les quatorze semaines de maternité avec humour. Ainsi fait-elle dire à Jade à propos de César: Cet insatisfait chronique est toujours de mauvaise humeur alors qu'il bénéficie d'un room-service de qualité, vingt-quatre heures sur vingt-quatre...

 

Jade est coupée de tout, notamment des FAM, Femmes Ambitieuses à caractère Mâle, dont elle est fondatrice et présidente. Sa vie professionnelle est entre parenthèses. Ses neurones se sont transformés en déchets toxiques, contaminés par le bruit, la fatigue, l'inquiétude.

 

Les rendez-vous chez le pédiatre ne lui servent à rien: le bébé est en pleine forme. Pour tenir le coup, Jade fait appel le vendredi à Philomène, sa femme de ménage portugaise, ou à Simone, sa voisine, mère au foyer célibataire, ou à une séance de Net Consolation3. 

 

Le récit est entrecoupé de bons conseils de Victor, le paternel de Jade, qui cherche aussi des solutions pour elle et son gamin, qui lui fait des propositions et qui conclut ses messages par un proverbe de son cru: Jade tient vraisemblablement de lui son humour caustique.

 

Le lecteur ne peut que se demander comment une telle histoire peut finir. Il ne peut l'imaginer. Quand il saura, il pourra se dire que décidément, en dépit de toutes les tribulations, la nature n'est pas si mal faite que cela et que le sexe ne change rien à l'affaire: telle mère, tel fils... 

 

Francis Richard

 

1 - Elle appelle son patron le Grand Malinois...

2 - Le paquet est, suivant l'humeur de la génitrice, le truc, le machin, la chose, le malpropre...

3 - Des achats (compulsifs?) sur le Net... 

 

Sagrada Familia, Béatrice Riand, 104 pages, BSN Press

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26 septembre 2026 6 26 /09 /septembre /2026 18:40
Marzili, de Mélanie Richoz

Le Marzili est un quartier de Berne qui donne également son nom à l'une des plus belles piscines fluviales de la ville.

 

Dans les premières pages, Mélanie Richoz présente les trois protagonistes de Marzili lors d'une soirée mondaine qui a lieu chez Victor, dans sa propriété bernoise au bord de l'Aar, une villa avec piscine et sauna:

  • Alex, photographe indépendant, dont Victor est un client.
  • Cécile, qui a le toupet des rencontres.
  • Sarah, qui, ingénieure en robotique, a un projet de start-up: Macrew In Your Life.

 

La soirée, au cours de laquelle Alex, 50 ans, et Cécile, 30 ans, se sont baignés ensemble dans l'Aaar, se termine par un drame: Victor se noie dans sa piscine...

 

Alex laisse ses coordonnées à Cécile... qui les jette dans une poubelle publique.

 

La mort de Victor entraîne une enquête de la gendarmerie, où sont convoqués tous les invités. C'est l'occasion pour Alex et Cécile de se croiser à nouveau.

 

Cécile, qui habite une chambre de bonne, accepte, en sortant, de boire une bière à la collocation d'Alex, qui sous-loue une chambre à Bernard, un sexagénaire.

 

Tandis qu'ils regardent ensemble le téléjournal, Cécile sort un carnet pour croquer leurs pieds jumeaux. À sa demande, elle lui montre son carnet de croquis:

 

Il faut en faire quelque chose, Cécile! Exposer, publier... ou les deux!

 

Dès lors ils regarderont ensemble le téléjournal tous les lundis soirs et Cécile se cougnera contre Alex...

 

À l'enterrement de Victor, qui est mort d'une overdose, Sarah, qui compte sur Alex pour la promotion de sa start-up, Macrew in your Life, lui dit, avant de s'en aller:

 

On s'appelle bientôt?

 

Alex, lui, a fait la connaissance de Monique, la mère de son ami Victor: il passera chez elle chaque samedi matin, promènera son chien, et, bientôt, Cécile l'accompagnera...

 

Au fil du temps, Alex, qui a été la mascotte nationale de la photographie, découvre le talent de Cécile, qui ne se considère pas comme une artiste. Mais elle a confiance en Alex, qui est convaincu que son travail 1 doit être partagé et rendu public.

 

Alors ils envoient une vingtaine de dossiers. Sans résultat, sinon une réponse négative au bout de cinq mois...

 

Tout change quand Monique est hospitalisée en urgence, que Bernard met dehors Alex avec le chien de Monique qu'il a adopté.

 

Tout change quand Cécile reçoit une réponse positive de Paris sans réussir à joindre Alex, désorienté...

 

Tout change quand Sarah fait signe à Alex et lui propose un salaire mirobolant pour promouvoir sa start-up dans le home médicalisé Die Schwalbe, établissement pilote du projet Macrew in your Life...

 

Mais le succès d'un artiste n'est-il pas illusoire? Ne le renvoie-t-il pas finalement à sa solitude de créateur, à laquelle il répond différemment, suivant son tempérament?  

 

Francis Richard

 

1 - Faut-il mettre le mot travail sur les choses pour qu'elles aient de la valeur?

 

Marzili, Mélanie Richoz, 208 pages, Slatkine

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Mue (2013)

Le bain et la douche froide (2014)

J'ai tué papa (2015)

Un garçon qui court (2016)

Le bus (2018)

Contre la montre (2021)

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24 septembre 2026 4 24 /09 /septembre /2026 21:30
Pérégrine, de Joanne Chassot

Pérégrine est un récit. Comme le titre l'indique, c'est un récit de voyage.

 

Il commence par des préparatifs. Un 1er mars. À Vevey.

 

Le jour suivant, l'auteure prend le train pour Canterbury, via Paris.

 

Le lendemain, elle visite. Pas longtemps, puisque le 4 mars, déjà, elle repart. Elle a lu sur un panneau de la cathédrale que Rome se trouvait à 1800 km, en empruntant la Via Francigena.

 

Le lecteur, lui, commence à s'habituer à la forme du récit: un journal, en vers libres, sans ponctuation (hormis le point final...), où seule une majuscule indique le commencement d'une phrase.

 

Après avoir traversé la Manche en ferry, l'auteure marche. Elle pérégrine à l'ouest du Pas-de-Calais. Un panneau, à la sortie d'un village indique:

Canterbury 50 km

Rome 2080 km

 

Après, elle met le cap vers le sud-est.

 

Les jours passent. 

 

Peu à peu le lecteur comprend que nous sommes en 2020, que l'auteure a trente-huit ans, que la pandémie ne la décide pas à rentrer tout de suite pour autant.

 

Le 16 mars, sur la route entre Péronne et Saint-Quentin, elle écrit:

Macron dit

nous sommes en guerre

avec un tel vocabulaire

tout ça me paraît mal parti

 

Le 17 mars, elle prend tout de même le train à Paris, direction Lausanne.

 

Le 21 mars, rentrée à Vevey, le lecteur apprend qu'elle a quitté son boulot deux mois plus tôt. Son corps ne pouvait plus attendre:

aujourd'hui je promets

à ce corps qui sait

de toujours suivre ses élans 

 

Quand elle ne marche pas, elle court, autour de Vevey. Quand elle ne court pas, elle se dilue dans l'eau froide, voire glacée, du lac...

 

Les jours s'égrènent. Elle écrit:

S'autoriser 

à écrire

ce qui vient

quand ça vient

renoncer

à l'ordre au sens

à toute forme de structure

 

(le lecteur apprend incidemment qu'elle a commencé un roman...)

 

De temps en temps, elle cite un écrivain. Elle résume ce qu'il, ou elle, dit de l'existence, de la solitude existentielle, pour reprendre l'expression de sa psy.

 

Ses proches, hommes ou femmes, n'ont pas de nom, seulement une initiale.

 

Elle écrit tous les jours, où qu'elle se trouve. Le 28 mai, elle est anxieuse. Le 29 mai, sa gynéco lui dit:

effectivement mademoiselle

il y a quelque chose mademoiselle

ça peut être différentes choses

il n'est pas temps

de paniquer

mademoiselle

 

Le mot cancer n'apparaît que le 9 juin, et, le 10 juin, elle précise:

J'écris

pour le lire

j'ai une tumeur au sein

j'ai une tumeur de 7 cm au sein

j'ai un cancer du sein

j'ai un cancer

j'ai le cancer

 

Le CHUV 1 devient un des lieux du récit, à partir du 23 juin... Et, le 9 juillet, après s'être baignée à l'aube, et avant l'opération au CHUV, où elle restera jusqu'au 13 juillet, elle écrit:

C'est la première fois

que je contemple

une partie de mon corps 

pour la dernière fois

 

Le récit, où la maladie a remplacé, pour elle, la pandémie, se poursuit, jour après jour, jusqu'au 30 juin de l'année 2021.

 

Le lecteur découvrira tout ce qu'elle a subi pendant tout ce temps, les traitements, les effets sur son corps, ses états d'esprit, ses hauts et ses bas, ses réflexions, qui ne manquent pas d'humour.

 

Le 8 novembre 2020, elle écrit, par exemple:

je n'ai rien de mieux à faire

que l'essentiel

écrire courir nager regarder le lac

 

Ou le 18 décembre 2020:

Et si

ce congé sabbatique 

que je m'étais offert

était encore à faire

et si

ce temps que je prends aujourd'hui

c'était seulement

un congé maladie 

 

Ou le 31 décembre 2020:

La vie est douce

et légère

quand je me fous la paix

 

Le récit s'achève donc le 30 juin 2021 après qu'elle a été en résidence à Montricher 2 du 1er au 27 juin 2021. Où elle aura appris en lisant le texte d'un autre résident 

qu'il y a un patron des malades du cancer

et qu'il s'appelle saint Pérégrin

 

Elle écrit, pour terminer:

on sait maintenant

(on sait aussi qu'on oubliera

de temps en temps)

que le chemin ne finit pas

mais on dira que ce récit

s'arrête ici. 

 

Francis Richard

 

1 - Centre hospitalier universitaire vaudois.

2 - Où se trouve La Fondation Michalski pour l'écriture et la littérature.

 

Pérégrine, Joanne Chassot, 342 pages, Éditions de l'Aire

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18 septembre 2026 5 18 /09 /septembre /2026 19:30
On aurait pu se rencontrer, de François Cheng

Ce livre de François Cheng, né le 30 août 1929 à Nanchang, comprend trois parties.

 

Dans la première, Victor Hugo, entre mort et résurrection, il raconte une histoire peu banale:

Il y a plus de vingt ans, en 2004, invité par le lycée Marguerite-Yourcenar d'Erstein, non loin de Strabourg, j'eus un échange plein d'une chaleureuse sympathie avec les enseignants et un certain nombre d'élèves.

 

Jusque-là, rien que de banal. Ce qui l'est moins, c'est qu'à l'issue de la rencontre, une jeune femme lui a remis un petit tableau, peint par elle, en signe de remerciement. Et ce petit tableau, qui illustre la couverture du livre, était signé: Léopoldine Hugo...

 

Léopoldine Hugo était la fille de Victor Hugo, morte noyée dans la Seine, le

 

Après l'avoir cité, François Cheng souligne: Dans le gigantesque processus par lequel l'être humain assume son destin, des trois éléments qui le composent - le corps, l'âme, l'esprit -, l'élément central et fondamental,aux yeux de Hugo, est bien l'âme.

 

À partir de là, François Cheng considère, avec Hugo, que la mort est un dépassement du niveau individuel, un dépassement qui engage toutes les âmes; c'est le rétablissement de la grande lignée humaine , grâce à laquelle l'humanité triomphe de la mort:  

 

N'étant plus un agent destructeur, [la mort] se révèle un chaînon vital qui entraîne les générations dans l'immense processus du devenir. Il dépend des vivants que les morts ne soient point morts. Du coup, chaque vivant, au moment de sa propre mort, n'est pas hanté par la peur de l'anéantissement. Il se sait pris en charge pleinement.

 

Dans Ma voie tendue vers l'Ouvert, François Cheng dit tout le sens que le généreux geste de Léopoldine Hugo lui a apporté: Dans le tableau qu'elle [lui] a offert, l'espace animé s'étend jusqu'au ciel et l'emmène loin, en réponse à l'appel de son aïeul.

 

Il se livre: Je viens du Tao, "la Voie". Homme de voie, je devins homme de foi, en rejoignant celui qui a dit: "Je suis la Voie, la Vérité, la Vie." et rappelle la succession d'expériences et de rencontres qui, dans les années 1960, lui ont permis de subsister et d'écrire :

 

Mais la rencontre majeure, cruciale, a été celle de ma future épouse.

 

En 1961, il fait la connaissance de Micheline Benoit, qu'il épouse en 1963: Avec elle, j'entre dans la vraie vie française. Après avoir vécu à Chatou, ils s'installent à Paris 14e, pour que sa fille Anne, fruit de sa tentative d'union avec une artiste chinoise, entre au lycée.

 

Dans les années 1990, sa santé se dégrade. Pourtant, il commence à écrire un premier roman1, tout en assurant un enseignement à l'Institut national des langues orientales: deux cours sur la littérature classique et un séminaire sur la pensée esthétique chinoise.

 

En 1998, leurs deux petites-filles étant admises au collège Henri IV, ils trouvent un appartement dans le 5e arrondissement de Paris, rue du Cardinal-Lemoine. De là il peut se rendre au Collège des Bernardins où, ayant besoin de la présence des autres, il écrit2.

 

Fin 2012, Micheline commence à être malade, d'être atteinte de la maladie d'Alzheimer. Il décide de prendre en charge seul son avenir. Aussi la laisse-t-il seule le moins longtemps possible. Mais sa santé s'aggrave et, en 2020, ils intègrent un établissement spécialisé.

 

Mais ils se retrouvent séparés: tout le deuxième étage est réservé aux personnes atteintes d'Alzheimer. Là est la place de Micheline, tandis que moi, je suis logé à un autre étage. Il s'agit vraiment d'un grand bâtiment, dont la dimension dépasse celle d'un Ehpad ordinaire.

 

Après un incident grave, il décide de le quitter: À être continuellement et intimement auprès d'elle, le mystère de l'Être ne cesse de se révéler à moi. Je vois bien que si son esprit dont le siège est le cerveau se montre défectueux, son âme, qui réside en son coeur, demeure intacte.

 

Lors d'un échange surréaliste, au cours duquel François est devenu un étranger pour Micheline, celle-ci, parlant avec lui de la ville de Tours, dont elle est originaire, et qu'il a arpenté avec elle, a cette réplique qui donne son titre au livre: On aurait pu se rencontrer...

 

Après la mort de Micheline, le 30 juin 2024, en larmes, François s'entend dire, à l'instar de Hugo: Pas d'adieux, chérie, nous nous retrouvons. Il ajoute: Cette phrase définitive ne me quitte plus. Ma fidèle compagne vient m'habiter jour et nuit, plus vivante que jamais. 

 

Dans Vita nuova, François Cheng exprime en vers la pensée qu'effectivement il dépend des êtres vivants que les morts ne le soient pas:

En nous ils poursuivent leur vie,

Nous formant et nous transformant.

 

Et s'adresse au Créateur:

Toi seul, puissance créatrice, étais à même de créer les êtres.

De l'Être aux êtres, Ton geste relève de l'amour.

Nous ne pouvons te rejoindre que délivrés du terrible mal.

La donation vient de Toi; le don total, lui, de nous.

 

Francis Richard

 

1 - Le Dit de Tian-yi, 1998.

2 - Il est membre de l'Académie française depuis 2002.

 

On aurait pu se rencontrer, François Cheng, 208 pages, Albin Michel

 

Livres précédemment chroniqués:

 

Chez Albin Michel:

Assise-Une rencontre inattendue (2014)

De l'âme (2016)

Une longue route pour m'unir au chant français (2022)

Une nuit au cap de la Chèvre (2025)

 

Chez Gallimard:

Enfin le royaume (2018)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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15 septembre 2026 2 15 /09 /septembre /2026 19:45
Donutopia, de Alice Bottarelli

Les notes, qui composent l'ouvrage, sont supposées avoir été retrouvées en 2202. C'est du moins ce qui ressort du copyright de l'éditeur, Donutopia 1:

 

Les premières entrées remontent à début frontidor (ancienn, septembre) 2075. La dernière date du 12 tornadaire 2 2076.

 

L'édition comprend:

  • un premier carnet manuscrit,
  • des lignes manuscrites insérées entre les lignes des pages arrachées d'un livre, la pièce Henri V de William Shakespeare,
  • un second carnet manuscrit,
  • des notes écrites sur des liasses de feuilles d'arbres séchées.

 

D'autres textes, des vortextes, ont été insérés par la communauté du Vortex. L'éditeur a cru bon de les conserver tels quels... dans l'intérêt du lecteur.

 

Les notes sont écrites en français exclusif  3. Les vortextes, dans un français inclusif, où la grammaire est non binaire et les mots souvent phonétiques. 

 

Trente ans plus tôt, pendant les Troubles, Henri, le narrateur, s'est réfugié avec sa femme Solveig dans un fort des Alpes, où celle-ci mit au monde Abel.

 

Quand il sort du Fort, il laisse derrière lui trois décennies de vie souterraine. Il n'est plus habitué à la lumière du jour. Il a décidé d'écrire ce qu'il verrait...

 

Il abandonne femme et enfant, découvre un monde inimaginable dans leur refuge, se méfie des personnes qu'il rencontre, Beretta APX à portée de main.

 

Il descend la vallée du Rhône jusqu'au marécage des Grangettes, bivouaque, continue vers le lac Léman. Chemin faisant, de temps en temps, il écrit donc. 

  

À bord d'un pédalo qu'il a découvert, il dépasse Ouchy, puis accoste sur la plage entre l'embouchure de la Chamberonne et le petit port de Saint-Sulpice.

 

Là une jeune femme l'aide à débarquer, il la suit. Surprise, il découvre, au lieu des anciens stades du centre sportif, des parcs luxuriants et des armées d'insectes.

 

La jeune femme s'appelle Suzanne. Elle le conduit jusqu'à un rassemblement de femmes et d'hommes qui forment un cercle, chantent en se tenant par la main.

 

Il comprend plus tard que c'était une cérémonie funèbre... Après l'avoir délesté des cartouches de son Beretta, Suzanne l'emmène au Vortex, décrit en ces termes:

 

Le Vortex? Notre abrillage, notre maimonstre. Notre Globe, notre grand O de béton, notre tourbillon communautaire. Notre stade pas olympique, mais olympien, notre oyaume des déessieux.

 

Le narrateur, qui a été accepté sans problème par le bolo4, la communauté du Vortex, comprend quelle est la triste réalité des cultures: tout le monde aux champs.

 

Il ne sera pas bien habile dans les tâches agricoles et artisanales. Alors il sera assigné à la vaisselle et au ménage... puis mis à l'école, où il devra apprendre l'inclusivité...

 

La communauté du Vortex se réunit chaque semaine, en Assitenne, assemblée citoyenne, délibérative et décisionnelle. Au centre du bâtiment se trouve la Forêt-Jungle:

 

Elle exerce un attrait mystérieux. Mais les gens s'en tiennent éloignés. Quand ils en parlent, ils prennent un air humble et prudent.

 

Malgré qu'il en ait, Henri en saura quelque chose. Le lecteur saura seulement qu'il a bel et bien disparu le 13 janvier 2076, laissant derrière lui tous ses biens matériels...

 

Francis Richard

 

1 - Le nom de cette utopie vient de la forme en gros donut du Vortex, dont il est beaucoup question dans le roman... 

2 - Janvier.

3 - Alancienne pour reprendre le qualificatif et l'orthographe de l'éditeur...

4 - Communauté de base et autogérée, conçue en 1983 par P.M., alias Hans Widmer, un anarchiste suisse-allemand.

 

Donutopia, Alice Bottarelli, 240 pages, Verticales

 

Livres précédents:

 

Les quatre soeurs Berger, 256 pages, Éditions de l'Aire (2022)

 

Coécrit avec Marilou Rytz et Stéphanie Cadoret:

 

Voyage du Nautiscaphe et de sa cheminée dans la fosse des Nouvelles Hébrides, 230 pages, Presses Inverses (2024)

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11 septembre 2026 5 11 /09 /septembre /2026 17:15
Imperium, de Marc Voltenauer et Nicolas Feuz

Premier événement, mardi 23 juillet, à 21h42:

- Ici Louis Bovet, train 1677. Accident de personne en gare de Neuchâtel ! Je répète: accident de personne en gare de Neuchâtel.

 

Deuxième événement, dans le train 10889 de Zurich, parti à 21h05, à destination de Lugano, après que le frein d'urgence a été activé:

- Un contrôleur vient de me rejoindre dans la loco. Une altercation sévère s'est produite dans une voiture. Agression au couteau.

 

Dans le premier cas, le procureur Norbert Jemsen, assisté de sa greffière, Flavie Keller, est appelé par le commissaire Dan Garcia, pour enquêter avec lui sur la victime, qui apparemment est un employé des CFF1. Quand la tête de celle-ci est découverte, ils disent avoir un sérieux problème.

 

Dans le deuxième cas, c'est un des membres de la direction des CFF, Yves Tronchin, chargé de la Production Voyageurs, qui est informé par Pascale Haldimann de la mise en place d'une cellule de gestion de crise: des toxicomanes qui [...] "avaient pété les plombs" étaient impliqués.

 

Dans le premier, Jemsen connaît la victime, Bakary, un collègue vaudois d'Andreas Auer, avec qui il a vécu une épreuve au coeur de la forteresse de Dailly et mené enquête. Aussi lui apprend-il la nouvelle non sans avoir tenté en vain de joindre la cheffe de ce dernier, Viviane Bourgeaux.

 

Dans le deuxième, la situation a évolué. Les junkies ont en effet pris en otages les passagers de la voiture où s'est produite l'agression au couteau contre un contrôleur. Une intervention, dans le tunnel du Gothard où le train 10889 est immobilisé, est donc envisagée pour les libérer.

 

Un point commun aux deux événements: la drogue2. Car le lecteur apprend que, Bakary, la victime du premier, dont ladite Viviane gérait la couverture, était en infiltration pour Jemsen dans un réseau de trafic. Andreas, accompagné de sa collègue Karine Joubert, se rend sur les lieux.

 

Tout comme dans leur ouvrage précédent, Marc Voltenauer et Nicolas Feuz ne donnent pas ici d'éléments sans raison. Ainsi le compagnon d'Andreas, Mikaël Achard, enquête-t-il sur le séquestre d'oeuvres boliviennes aux Ports-Francs de Genève, destinés à une exposition au MAH3. 

 

Un personnage fait son apparition dès le début du récit. Il est surnommé le Faucon. Très vite, sans que son identité soit dévoilée, le lecteur sait que c'est lui qui a poussé Bakary sur la voie à l'arrivée en gare de Neuchâtel du train 1677 et qu'une des clés du roman est un adage4:

 

Tout empereur se doit de posséder un faucon.

Frédéric II de Hohenstauffen

 

Le lecteur, s'il veut savourer pleinement ce roman, se doit d'être très attentif. Tous les détails comptent. Ne dit-on pas que le diable se cache dans les détails ? Les derniers mots de l'épilogue font d'ailleurs entendre une petite musique qui est de cette tonalité-là: Salvete ad INFERNUM.5 

 

Francis Richard

 

1 - Les chemins de fer fédéraux.

2 - Le crackmeth dans le roman: il résulte d'un mélange instable de cocaïne et de méthamphétamine, parfois coupé avec des substances stimulantes.

3 - Musée d'art et d'histoire de Genève.

4 - C'est la première phrase du prologue.

5 - Bienvenue en enfer.

 

Imperium, Marc Voltenauer et Nicolas Feuz, 540 pages, Istya & Cie

 

Livre précédent de Marc Voltenauer et Nicolas Feuz:

Ultimatum, 460 pages, Istya & Cie (2025)

 

Livres de Marc Voltenauer précédemment chroniqués:

Le dragon du Muveran, 670 pages, Plaisir de Lire (2016)

Qui a tué Heidi?, 448 pages, Slatkine & Cie (2017)

L'Aigle de sang, 512 pages, Slatkine & Cie (2019)

Les Protégés de sainte Kinga, 544 pages, Slatkine & Cie (2020)

 

Livres de Nicolas Feuz précédemment chroniqués:

Eunoto - Les noces de sang, 394 pages,TheBookEdition.com (2017)

Le miroir des âmes, 224 pages, Slatkine & Cie (2018)

L'ombre du renard, 320 pages, Slatkine & Cie (2019)

L'engrenage du mal, 304 pages, Slatkine & Cie (2020)

Heresix, 288 pages, Slatkine & Cie (2021)

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3 septembre 2026 4 03 /09 /septembre /2026 18:30
L'adolescence du perroquet, de Amélie Nothomb

Quand je voyais la quasi-totalité de mes collègues en conflit constant avec leur moitié et leurs rejetons, je me félicitais de ma solitude.

 

Le narrateur tient une chronique radio, où il aborde seul des questions infimes. C'est un solitaire et pourtant il ne va pas l'être longtemps.

 

Au bas de son immeuble, il découvre sur le panneau des communications une annonce qui va changer sa vie, mais il ne le sait pas encore:

 

Perroquet nouveau-né à donner. Urgent. Sonnez au sixième.

 

Il sonne donc et se retrouve sans l'avoir vraiment voulu avec en main un oisillon, un perroquet, un gris du Gabon, une espèce protégée.

 

Lui qui n'a aucun désir de devenir père s'est laissé attendrir par le regard que lui a lancé le volatile, ne mesure pas la gravité de son acceptation.

 

Sur Internet il se renseigne sur l'espèce à laquelle appartient Jo et apprend qu'il ne devra pas le laisser seul plus de quarante-huit heures...

 

La suite lui prouvera que, dans son cas, tout du moins, l'assertion est juste. Le fait est qu'il ne s'occupera plus que de cet oisillon attendrissant.

 

Lui, qui est plutôt taiseux, ouvrira désormais souvent la bouche pour déverser à cet être, devenu son enfant, un torrent de sentimentalisme.

 

Il applaudira aux progrès qu'il fera mais constatera que, fasciné par son pouvoir de destruction, Jo ne résistera pas au désir d'utiliser son bec... 

 

L'histoire se poursuit pendant le confinement. Grâce au télétravail, le narrateur cohabitera avec Jo, à qui il a acheté une cage pour le limiter.

 

Jo commencera à parler. Le narrateur, émerveillé, tentera d'aborder avec lui divers sujets de conversation, souvent en vain. Parfois, il sera surpris.

 

Lui, soucieux d'indépendance, bientôt ne sera plus libre. Pis: À présent, je me retrouvais avec un grand enfant irascible qui détruisait mon logis.

 

Jo n'exercera pas seulement son pouvoir de destruction sur les objets... À chaque fois, ce sera pour le narrateur une révélation, pour d'autres aussi...

 

Une phrase résume le sentiment qu'alors il éprouvera: Il y a une étrange douceur à demeurer celui qui aime et dont dépend la survie de celui qui hait.

 

Il lui faudra attendre encore dix ans pour que L'adolescence du perroquet s'achève. Aussi imaginera-t-il ce que Jo éprouvera, sans doute, de son côté:

 

Rien de tel qu'une situation de gratitude pour engendrer de l'exécration.  

   

Francis Richard

 

L'adolescence du perroquet, Amélie Nothomb, 160 pages, Albin Michel 

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Le voyage d'hiver (2009)

Une forme de vie (2010)

Tuer le père (2011)

Barbe bleue (2012)

La nostalgie heureuse (2013)

Pétronille (2014)

Le crime du comte Neville (2015)

Riquet à la houppe (2016)

Frappe-toi le coeur (2017)

Les prénoms épicènes (2018)

Soif (2019)

Les aérostats (2020)

Premier sang (2021)

Le livre des soeurs (2022)

Psychopompe (2023)

L'impossible retour (2024)

Tant mieux (2025)

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2 septembre 2026 3 02 /09 /septembre /2026 16:00
Fille de, de Anne Pitteloud

Ma main tremblait quand j'ai tiré sur la tranche du premier volume, tout à gauche. J'ai dû m'y prendre à plusieurs reprises pour dégager la page de garde, le rabat en plastique collait, et puis s'est affiché à nouveau le titre, avec le nom de mon père juste au-dessous, et j'ai tourné la page. La suivante était blanche. La deuxième aussi. Pareil pour la troisième. J'ai sauté un peu plus loin. Rien. J'ai feuilleté plus rapidement.

Toutes les pages étaient blanches.

 

Christian Monnay est mort et enterré. Sa fille, Chloé, est enfin montée dans la tour, où il avait son bureau, avec sa mère, Céline, aveugle à la suite d'un accident, pour découvrir la grande oeuvre qu'il dissimulait à tous.

 

Le grantécrivain s'est arrêté d'écrire il y a trente-cinq ans, après avoir publié deux romans à succès, Yosemite, et Les désemparés. Il s'était retiré dans la tour de la maison familiale et tout le monde pensait qu'il écrivait.

 

Céline était impatiente de savoir ce que les neuf volumes contenaient et comptait sur sa fille pour le lui dire. Chloé ne voulait pas décevoir sa mère et retardait le moment de lui dire la vérité sur la grande oeuvre:

 

Il n'y avait rien dans les neuf romans inédits, et maintenant posthumes, de Christian Montenay.

 

Or Chloé avait dit après avoir feuilleté le premier volume que c'était difficile à dire, puis que ça avait l'air pas mal du tout. Quand sa mère lui avait demandé de lui lire un passage, elle n'avait pas fait marche arrière.

 

Qu'avait-elle donc fait? Elle avait mis le doigt dans un engrenage et, au lieu de demander pardon pour l'avoir induite en erreur, elle s'était mise à réciter le début de son deuxième roman, qu'elle connaît par coeur.

 

Le lecteur n'est pas surpris par la nouvelle qu'elle écrit à son tour, qu'elle est romancière: tel père, telle fille. Quelques pages plus tôt, Chloé, en effet, qui est la narratrice de Fille de, lui a avoué le projet de sa vie: 

 

Je voulais écrire. J'avais choisi d'enseigner le français pour partager ce que j'aimais mais surtout pour avoir du temps, de longues vacances pour écrire.

 

Tout, dès lors, va s'enchaîner. Non seulement elle ne fait pas marche arrière, mais encore elle continue à lui mentir en lisant à sa mère, pendant une nuit, l'intégralité du premier roman qu'elle a commis, en douce.

 

C'est un engrenage. Un mensonge de Chloé en entraîne un autre, aussi bien auprès de l'éditeur de son père, Richard Berlioz, que de son compagnon, Julien, qui aimerait avoir un enfant avec elle, qui temporise... 

 

Anne Pitteloud, par la voix de Chloé, fait alors le récit de toutes les conséquences personnelles et publiques du mensonge initial: publiés sous le nom de son père, les deux romans de Chloé ont en effet du succès...

 

Cette histoire pose, in fine, la question de la création littéraire et... de la procréation humaine, car il y a une similitude entre les deux: voudrions-nous leur succès qu'il ne dépendrait pas de notre seule volonté.  

 

Francis Richard

 

Fille de, Anne Pitteloud, 256 pages, Finitude

 

Livres précédents:

 

En plein vol, 148 pages, éditions d'autre part (2016)

Catherine Safonoff, réinventer l'île, 240 pages, Zoé (2017)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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