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22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 23:00
L'Amérique entre nous, d'Aude Seigne

La narratrice vit depuis quelque cinq ans avec Emeric. Elle est journaliste à STAR, un magazine de cinéma unique en Suisse. Lui est reporter animalier.

 

Ils se rendent par bateau aux États-Unis où ils vont faire un road-trip pendant trois mois. Elle a obtenu un congé sabbatique, mais en sortira une rubrique.

 

Elle profitera ainsi de ce voyage pour rencontrer des célébrités. Une idée d'article serait de parler de leur personnalité au travers du lieu qu'elles habitent.

 

Pour Emeric, en raison de son métier, l'Amérique est une aubaine. Tout au long de ce voyage, il pourra travailler de son côté, avant de mieux la retrouver.

 

Ce qu'Emeric ne sait pas et qui va tourmenter la narratrice, c'est que tout en l'aimant profondément, elle aime tout autant Henry, un collègue photographe.

 

Le Henry en question est marié, est très attaché à sa petite famille - lui et sa femme attendent un enfant -, mais cela ne l'empêche pas de la regarder...

 

La narratrice, trente ans, a appris qu'elle était enceinte... le lendemain de la réservation du voyage et, sans avoir consulté Emeric, n'a pas gardé l'enfant...

 

Aussi L'Amérique entre nous peut-il s'entendre comme la distance entre elle et Henry, ou celle qui pourrait exister entre elle et Emeric, s'il apprend leur relation:

 

Depuis toujours, on parle de ça, l'amour, les amours, la fidélité, la pluralité, lui a dit, pour la rassurer, son amie Sandra, à qui elle s'est confiée...

 

Une autre question tracasse la narratrice, c'est la frontière entre la fiction et le réel, qui peut aussi se comprendre comme celle entre le fantasme et la réalité:

 

Tout ce que nous ne sommes pas, nous le fantasmons, lui dit justement, en Amérique, une actrice célèbre...

 

Leur road-trip qui s'effectue d'est en ouest et retour, n'est donc pas sans rappeler Sur la route de Kerouac, qu'ils se lisent un seul et unique soir à tour de rôle...

 

Le récit du voyage est assorti de réminiscences de la narratrice sur les faits et projections qui le précèdent, mais également des rencontres qu'ils font route faisant.

 

Il se termine. Et l'épilogue, cinq ans plus tard, est une réponse à la question de savoir s'il est possible d'accorder à l'autre le droit d'aimer deux personnes à la fois...

 

Francis Richard

 

L'Amérique entre nous, Aude Seigne, 240 pages, Zoé

 

Livres précédents:

Chroniques de l'Occident nomade, 136 pages (2011)

Les neiges de Damas, 192 pages (2015)

Une toile large comme le monde, 240 pages (2017)

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21 janvier 2022 5 21 /01 /janvier /2022 20:00
Horizon R, de Marina Salzmann

C'est horrible à dire. Je me tais donc devant le lit. Je me contente de penser. On pense même quand nos pensées n'en valent pas la peine. Ça part dans tous les sens chez moi, à cause de la peur. Je peux toujours me concentrer sur ce mantra: le nom de Wallace.

 

Celui qui se contente de penser, c'est Tom. Il ne peut rien dire devant le lit de Wallace où elle demeure allongée sans mouvement, dans la chambre d'hôpital qu'elle occupe dans l'unité des soins intensifs.

 

Tom pense, ne parle pas. Il est désemparé devant le corps inerte de Wallace. Il ne sait que lui dire. Alors il se met à lui lire un livre, Vingt mille lieues sous les mers, parce qu'il sait que Wallace aime l'eau.

 

De son côté, Wallace évolue dans un monde à part, un monde noir qui ne laisse pas de la surprendre, un monde onirique dont elle se demande s'il est ou non cauchemardesque, où elle est déconnectée.

 

Comme Tom a du mal à s'exprimer devant elle, il a fait l'acquisition d'un appareil enregistreur qui a la forme d'un gros oeuf noir. Cela va lui permettre de lui parler, de monologuer sans exiger de réponse.

 

Horizon R est un dialogue de sourds singulier où Tom et Wallace monologuent chacun de son côté, lui sans savoir si elle l'entend, elle sans savoir s'il existe un autre monde que celui, intemporel, qui est sien.

 

Tom raconte des histoires à Wallace, via l'oeuf noir, des histoires qu'il engrange lors des lectures ou des déplacements qu'il fait: Je parle pour tu entendes demain ou dans un an ce que j'ai dit aujourd'hui.

 

Wallace ne sait toujours pas ni ce qu'elle est, ni où elle est - est-elle sur une planche, dans un tiroir? -, ni comment retrouver le monde d'avant, car la seule chose qu'elle devine, c'est qu'il y a bien un avant.

 

Marina Salzmann termine son roman qui apparaît comme un chant poétique à deux voix, le vibrato arabesque de Wallace et le monocorde murmure de Tom, par une coda surprenante et ... par cet aveu:

 

Comme dans les rêves quand on les raconte, j'ai oublié beaucoup des détails de leur histoire. De nouveaux se sont sans doute ajoutés. Le faux est parfois devenu vrai, et le vrai faux.

 

Francis Richard

 

 

Horizon R, Marina Salzmann, 112 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents:

 

Safran (2015)

La tour d'abandon (2018)

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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 22:50
Numéro deux, de David Foenkinos

Pour comprendre l'ampleur du traumatisme de Martin Hill, il fallait remonter à la source du drame.

 

Le traumatisme s'est produit quand il avait onze ans. Il n'est pas inutile de préciser que le cadre familial a son importance.

 

Son père, John, Anglais, sa mère, Jeanne, Française, se sont rencontrés en Angleterre lors d'un concert de The Cure en 1984.

 

Ils sont dissemblables, mais, au fond, complémentaires. Lui a la passion d'inventer; elle veut être journaliste politique.

 

Seulement lui n'est qu'un génie du dimanche - il exerce le métier d'accessoiriste de cinéma - tandis qu'elle réalise son rêve.

 

Cinq ans plus tard, Jeanne est enceinte de Martin, qui naît le 23 juin 1989, un mois, jour pour jour, avant Daniel Radcliffe.

 

En 1999, l'amour de Jeanne pour John s'est émoussé. Une opportunité professionnelle se présente en France. Elle la saisit.

 

John et Jeanne se séparent non seulement géographiquement, c'est-à-dire physiquement, mais aussi conjugalement.

 

Martin passe désormais la semaine avec son père et il rejoint sa mère à Paris pour les week-ends et les vacances.

 

Un jour, le hasard prend alors deux initiatives, qui vont changer la vie de Martin et en infléchir durablement la trajectoire.

 

Rose garde Martin d'habitude, mais un jour, en 2000, elle a un empêchement familial et il rejoint son père sur un tournage.

 

En 1995, une certaine Joanne qui a eu très tôt le goût d'écrire a apporté un manuscrit à l'agent littéraire Christopher Little...

 

Sous le nom de J.K. Rowling, elle est aujourd'hui mondialement connue pour avoir créé le personnage de Harry Potter.

 

Le producteur David Heyman, qui a obtenu de porter à l'écran l'histoire du petit sorcier, croise Martin à proximité du tournage:

 

Il aperçut, de l'autre côté de la rue, un petit garçon assis sur une chaise. Les lunettes rondes, les cheveux noirs en bataille [...], ce fut comme une apparition.

 

Martin participe au casting du film, mais il n'est pas retenu. Daniel Radcliffe lui est préféré. Il devient le Numéro deux:

 

Si Martin avait demandé: "Pourquoi lui et pas moi?", on lui aurait répondu que c'était de la faute de ce petit quelque chose en plus...

 

Le traumatisme, c'est ce retrait d'une aventure merveilleuse. Il va marquer Martin de manière indélébile pendant des années.

 

David Foenkinos montre combien Martin est atteint: ainsi fuit-il les autres pour ne pas risquer d'entendre le nom de Harry...

 

Ce syndrome du perdant pourrit sa vie personnelle - ce qui est un bien grand mot - et contrarie sa vie professionnelle.

 

Comment en sortir? Telle est la question. Il y a une réponse, bien sûr, donnée à la fin du livre ... à partir d'un constat universel:

 

Notre route unique n'offre pas le moindre accès aux chemins que nous n'empruntons pas.

 

Sauf si quelqu'un a la bonne idée de donner un petit coup de pouce salutaire pour dévier cette route de son tracé initial...

 

Francis Richard

 

Numéro deux, David Foenkinos, 240 pages, Gallimard

 

Livres précédents:

Les souvenirs (2011)

Je vais mieux (2013)

Charlotte (2014)

Le mystère Henri Pick (2016)

Vers la beauté (2018)

Deux soeurs (2019)

La famille Martin (2020)

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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 20:00
Anéantir, de Michel Houellebecq

Le verbe Anéantir signifie au sens propre, réduire à néant des choses ou des êtres; au sens figuré, abattre quelqu'un. Dans ce roman, Michel Houellebecq l'emploie dans les deux acceptions. 

 

Le récit commence à la fin de 2026 et du deuxième quinquennat du président. Paul Raison, bientôt 50 ans, est proche collaborateur de Bruno Juge, le ministre de l'Économie, successeur présumé.

 

En effet le président ne peut pas se représenter. Il lui faut céder la place, ne serait-ce que pendant cinq ans, avant de pouvoir revenir à l'Élysée. Ainsi le veut la constitution politique du pays.

 

Le quinquennat a été une réussite sur le papier en matière économique, puisque les soi-disant économistes ne s'intéressent qu'au PIB et à la balance commerciale et n'ont cure du chômage.

 

L'autre zone d'ombre, c'est bien sûr l'immigration. C'est ce qui donne le vent en poupe au candidat du Rassemblement National, qui cette fois-ci ne porte pas le nom néfaste de Le Pen.

 

C'est dans ce contexte des élections présidentielles qui auront lieu au mois de mai 2027, que se produisent plusieurs événements, qui ont des conséquences politiques et personnelles.

 

Un groupe de spécialistes informatiques met sur les réseaux sociaux trois vidéos d'attentats fictifs, mais qui démontrent une maîtrise hors normes de la simulation réaliste, à ne pas croire.

 

La signature de ces vidéos, qui se diffusent sans qu'il soit possible de l'empêcher, sont de mystérieux polygones et des messages qu'il semble impossible de décrypter, vu leurs caractères.

 

Tous les pays occidentaux sont en état d'alerte pour tenter de démasquer les activistes, soupçonnés de vouloir anéantir leur monde. Dans leur dernière vidéo, Bruno Juge est guillotiné...

 

La fratrie de Paul Raison, qui comprend sa soeur Cécile et son frère Aurélien, est anéantie par l'AVC qui touche leur père, Édouard. Il a fallu le transporter à l'hôpital pour le sauver in extremis.

 

Paul se rend en Beaujolais au chevet de son père où se trouve sa compagne, Madeleine, quinze ans de moins, toute dévouée, peut-être encore plus après cet accident qui les a anéantis.

 

Si Cécile et son mari Hervé s'entendent bien, il n'en est pas de même de Paul et de Prudence qui vivent ensemble l'un à côté de l'autre, et d'Aurélien et d'Indy que tout oppose dans la vie.

 

Les événements se précipitent. Les personnages, surtout Paul Raison, sont confrontés à des situations qui soulèvent le problème du sens de la politique et, davantage, celui de la vie personnelle.

 

Qui dit vie, dit également mort. Bien involontairement, Paul est amené à se poser la question. Ses rêves, fréquents, difficiles à interpréter, le laissent sans réponses quand ils l'évoquent.

 

Le vrai sujet est donc la mort - la petite permettant d'oublier momentanément la grande -, qui est aussi celui de toute religion. Face à elle, Paul s'ouvre d'autres vues que celle de Pascal qu'il cite:

 

Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste: on jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais.1

 

Francis Richard

 

1 - Pensée 210, édition Léon Brunschvicg

 

Anéantir, Michel Houellebecq, 736 pages, Flammarion

 

Livres précédents:

 

Chez Flammarion:

Sérotonine (2019)

Soumission (2015)

Configuration du dernier rivage (2013)

La carte et le territoire (2010)

 

A L'Herne:

En présence de Schopenhauer (2017)

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 23:55
Le Salève de A à Z, de Dominique Ernst

Tout, ou presque, ce que vous avez voulu (ou pas) savoir sur le Salève sans oser (ou pas) le demander se trouve dans ce conséquent Dictionnaire d'une montagne modeste et géniale.

 

Bien que se trouvant aujourd'hui en territoire français, ce massif est la Montagne des Genevois et la montagne préférée de Dominique Ernst, ce qu'il aurait tort de cacher.

 

On peut consulter Le Salève de A à Z comme un usuel ou le lire comme un roman. L'intérêt de cette dernière méthode est qu'elle facilite l'emploi à bon escient de la première.

 

Si on ne connaît le Salève que pour l'avoir vu à distance depuis Genève et/ou pour être passé à son pied sans s'arrêter, cela permet d'avoir une idée de ce que l'on peut y retrouver.

 

Qu'y a-t-il à savoir sur le Salève? D'où vient son nom; comment il s'est formé; quelles sont ses dimensions, son point culminant, sa topographie; ce qu'on y a fait; ce qu'on y fait...

 

Ce dictionnaire répond à toutes ses questions. Il permet d'en connaître les villages, les moyens d'accès d'aujourd'hui et du passé, l'histoire de ses hôtels et de ses châteaux.

 

Ce n'est pas seulement sa nature préservée, ses panoramas sur Genève, le lac ou les Alpes, qui le rendent insigne, ce sont aussi les hommes qui l'ont façonné, célébré ou décrié.

 

Ces hommes sont des habitants, des alpinistes, des aventuriers, des savants, des écrivains, des musiciens etc. Ce sont aussi bien des inconnus du grand public que des célébrités:

 

De Jean-Jacques Rousseau à Alphonse de Lamartine, de Richard Wagner à Franz Liszt, d'Alexandra David-Néel à Ella Maillart ou de Lénine à Philippe Noiret, ils ont tous tracé leur bout de chemin sur le Salève!

 

L'auteur n'en est pas à son premier livre sur le Salève. Il maîtrise parfaitement son sujet. A l'appui de ses dires, il cite souvent, avec justesse, la presse locale de jadis et de naguère.

 

Bref il s'agit d'un dictionnaire amoureux, sans doute le livre le plus complet écrit sur le Salève, et cet amour communicatif que l'auteur lui porte incite à s'y rendre ou à y retourner.

 

Francis Richard

 

Le Salève de A à Z, Dominique Ernst, 328 pages, Slatkine

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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 20:00
Girassol, de Julien Gonzalez-Alonso

Tournesol, tournesol

C'est le nom de la fleur

Le surnom de la fille

Jacques Prévert

 

Julien Gonzalez-Alonso, 47 ans, a décidé d'écrire de bon matin pour découvrir ce qu'il vit, parce que son tournesol s'est détourné de lui. Il dédie cette confession, cette introspection, à celle pour qui [son] coeur ne cesse de battre, afin de rendre son absence supportable.

 

C'est une déclaration d'amour, dans laquelle il se dévoile pour qu'elle s'aperçoive combien il est complexe. Ainsi écrit-il sans suivre de plan établi, ni de chronologie, révélant par là-même que sa démarche est chaotique (comme sa vie jusque-là), si elle n'est pas sans but.

 

Il a traversé des crises, qui ne s'expliquent pas par le manque d'amour que lui auraient témoigné ses parents: ils ont toujours été là pour le soutenir. Non, c'est pourquoi il a cherché dans d'autres directions et a trouvé qu'elles résultaient d'un conflit personnel inconscient.

 

Pour y parvenir, longue a été la route. Peut-être la rupture amoureuse avec celle à qui est dédié ce texte de connaissance de soi a-t-elle été le déclic lui permettant de chercher à voir clair en lui-même, comprendre qui il est vraiment et prendre enfin son destin en mains.

 

Pour illustrer son récit, il a choisi des poèmes (La poésie est à la vie ce qu'est l'émotion à l'amour): seule la poésie l'enivre. Il prétend ne pas lire beaucoup, ce qui est paradoxal pour un éditeur (il dirige les Éditions du Griffon), mais il lit tout de même pas mal.

 

Pour s'en convaincre, il suffit, tout en lisant son récit, de jeter un oeil sur ses notes, mises à la fin pour ne pas nuire à la lecture et ne satisfaire que les intéressés. Mais ses lectures ne sont pas celles du pékin, car elles sont peu ou prou en rapport avec sa quête de soi.

 

Ses mots de passe sont dépendance affective, peurs, notamment celle de l'abandon, syndrome de l'imposteur, transmission d'émotions par les gènes, confiance en soi, enfant intérieur, interaction entre les énergies et le corps-âme-esprit, et surtout amour inconditionnel.

 

L'auteur a échappé au monde imaginaire qu'il s'était créé. Il sait enfin qui il est, préférant être plutôt qu'avoir, ayant réussi grâce à la solitude à faire éclater en lui le plus de beau des mystères insolubles de Girassol - la guérison par l'amour de soi vers un libre essor.

 

Francis Richard

 

Girassol, Julien Gonzalez-Alonso, 232 pages, Éditions du Griffon

 

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16 décembre 2021 4 16 /12 /décembre /2021 21:00
Ciel, ma maison!, de Madeleine Knecht-Zimmermann

Un matin, au début du mois d'octobre, je me souviens qu'il faisait très beau, nous avons été réveillés par le cliquetis des échafaudages et les cris des ouvriers. Des bruits de planches jetées les unes sur les autres, des grincements de vis, de crochets, des flottements de toiles nous ont tirés du sommeil.

 

Sans crier gare, cet immeuble de douze étages, dans le sud de Lausanne, vraisemblablement à Ouchy, bâti dans les années 1960, est l'objet de travaux de restauration, de gros travaux.

 

Les locataires n'ont pas été prévenus. Ils ne se doutent pas que ces travaux vont durer des mois, de longs mois, et qu'ils vont devoir vivre dans le vacarme, la saleté, les coupures de courant.

 

N'ont été résiliés que les baux des bureaux, des commerces, des cabinets: nous, familles, personnes seules, couples [dont la narratrice et son compagnon], nous pourrions rester chez nous.

 

L'épigraphe, tirée de Terre des hommes, d'Antoine de Saint-Exupéry, éclaire le propos de l'auteure, qui raconte heurs et malheurs d'habitants survivant au milieu des travaux de l'immeuble:

 

On chemine longtemps côte à côte, enfermé dans son propre silence, ou bien on échange des mots qui ne transportent rien. Mais voilà l'heure du danger. Alors, on s'épaule l'un l'autre. On découvre qu'on appartient à la même communauté.

 

Ici, il ne s'agit pas à proprement parler de danger encouru, encore qu'un chantier qui dure aussi longtemps et où on démolit beaucoup pour reconstruire sans âme, n'en soit pas exempt.

 

Non, il s'agit d'une épreuve interminable et usante qui finit par rapprocher les rescapés qui la subissent et qui, auparavant, s'adressaient à peine la parole, confits dans l'anonymat urbain.

 

Mais le traumatisme d'un tel chantier n'affecte pas seulement les habitants. Ceux qui y travaillent - et qui viennent souvent de très loin - ne sont pas épargnés par l'ampleur du chamboulement.

 

Le lecteur, informé dans le détail de l'évolution des travaux et des misères faites aux habitants, involontairement, par les ouvriers, qui ne sont pas à meilleure enseigne, compatit avec tous.

 

À la fin l'immeuble froid, aux murs blanchis à la chaux, est méconnaissable. Les habitants y ont perdu leurs repères. Et la narratrice de Madeleine Knecht-Zimmermann peut s'exclamer:

 

Ciel, ma maison!

 

Est-ce préfiguration du monde d'après où l'on impose un mode de vie sans l'accord des intéressés? Ce chantier s'est terminé le mois où tout le pays [...] se mettait en hibernation à cause d'un virus...

 

Francis Richard

 

Ciel, ma maison!, Madeleine Knecht-Zimmermann, 212 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

 

Olga (2014)

Cathala, l'auberge de ma mère (2016)

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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 19:25
L'art d'arrondir les angles d'André Klopmann - Illustrations d'Hugo Baud

Les entrés [sic] sont masculines et féminines. L’édition originale était la première du genre. Aux parenthèses de féminisation « (e) » succèdent à présent des «·e » qui ne mettent pas le féminin entre parenthèses. Les « ·x » inclusifs, ce sera pour plus tard. L’évolution de la langue française se révèle ainsi…

a) débile
b) égalitaire

 

(Quatrième de couverture)

 

Publiée originellement en 2006 sous le titre La Diplomatie en 120 formules, cette édition signée André Klopmann a été enrichie d'une quarantaine d'autres formules et est, cette fois, illustrée par Hugo Baud.

 

L'art d'arrondir les angles, sous-titré Avant l'attaque, le tact, est celui de l'emploi de figures de style1 pour en atténuer l'impact. L'auteur utilise ainsi:

 

- l'antiphrase qui consiste à exprimer, souvent ironiquement, le contraire de ce qu'on veut dire et faire comprendre:

 

C'est un emmerdeur.euse.

Point de vue de la direction.

Il.elle entretient d'excellentes relations avec ses collègues.

 

- l'euphémisme qui est une sorte d'antiphrase, mais sans ironie, du moins sans cruauté, qui consiste à atténuer une idée pénible:

 

C'est nul!

Est-ce bien pertinent?

 

Même si c'est par dérision , il est toutefois regrettable que l'auteur ait cédé à une nouvelle étape dans l'évolution de la langue, souhaitée par une minorité agissante, qu'il qualifie pourtant de débile et d'égalitaire en quatrième de couverture.

 

Cette féminisation, qui, heureusement, ne va pas jusqu'à l'abominable inclusivité, enlève, faute de fluidité, un peu du plaisir que le lecteur, et voyeur, prend à lire et parcourir cet ouvrage illustré.

 

Ces formules ne sont pas exhaustives. L'auteur suggère au lecteur de les compléter à l'envi. Celles de ce recueil peuvent être employées - enfin avec modération,

 

dans les rapports en société:

C'est foutu!

Je reste raisonnablement optimiste.

 

pour décrire un état éthylique:

Rond.e comme une queue de pelle.

Pas au top de sa forme.

 

ou un comportement sexuel:

Une femme légère.*

Une femme galante investie dans le domaine public.

* Pas de masculin, les hommes sont lourds.

 

pour, dans l'entreprise, stigmatiser une attitude:

Rien à cirer!

J'en prends bonne note.

 

ou un comportement:

Il.elle n'en fout pas une rame.

Il.elle n'est pas très enthousiaste.

 

pour analyser des compétences:

Il est nul votre projet!

Voilà qui a le mérite d'inciter à la réflexion.

 

ou pour utiliser la langue de bois dans les médias:

On est dans la merde.

La situation est préoccupante.

 

Francis Richard

 

1 - Les définitions de ces deux figures de style sont tirées de ma Grammaire française - Classes de quatrième et suivantes, d'Albert Hamon, éditée par Hachette en 1963...

 

L'art d'arrondir les angles d'André Klopmann - Illustrations d'Hugo Baud, 194 pages, Slatkine

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11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 19:00
À un poil près, d'Yvan Sjöstedt

Au sommet de ton crâne, je vois ce cheveu comme un signe.

 

Vous ne connaissez pas Gratte-Cul Les moineaux? C'est que vous n'avez pas lu Un poil de trop. Mais ce n'est pas grave. Vous pouvez lire ce volume indépendamment du précédent. Sachez toutefois qu'il s'agit d'un village, que dis-je, une bourgade, située dans la région départementale de Veau les sapins, dont la capitale est Taupinière Les Chocottes.

 

Vous l'aurez compris, ce hameau d'une vingtaine d'âmes est le fruit de l'imagination fertile d'Yvan Sjöstedt, qui ne se prend décidément pas au sérieux, puisqu'il persiste et signe dans la dérision avec ce nouvel opus. Aussi, comme le toponyme l'indique, sérieux lecteurs s'abstenir. Encore que... 

 

Les prénoms (Grenadine, Escobar, Fascicule, Belluaire, Lentille, Synovie, Roulotte, Backgammon, Carpette, Alabama, Arachide, Email, Arthrose, Ramon, Quinconce, Gaufrette, Éléphantine, Balzac, Rotule ou Tribor) y sont tout aussi burlesques que les patronymes (Chignolle, Monticule, Gymophane, Milborne, Wonderful, Guingois, Camembert, Ciboulette, Mezzanine, Grangosier ou Duflacon)...

 

Le point bar des habitants est un établissement, à l'enseigne de Chez La Grosse. Ce troquet tenu par Éléphantine Grandgosier est tout autant que l'église au milieu du village, où des rumeurs prétendent que rien ne se passe, et donne sur sa place, comme la plupart des habitations de la localité.

 

Rien ne se passe à Gratte-Cul Les Moineaux, c'est bien ce qui turlupine le maire, Carpette Milborne, qui a un bon plan pour promouvoir et attirer du monde dans ce trou perdu, tout en devant permettre à ses administrés de gagner quelques Sapinets, la monnaie locale, et donc de joindre l'utile à l'agréable.

 

Ce bon plan, c'est une fête automnale, où chaque habitant aurait un rôle à jouer et qui assurerait la promotion de Gratte-Cul Les Moineaux, si bien qu'une bonne réputation en sortirait définitivement, même si Fascicule Autaquet pourrait toujours craindre que des exaltés du dehors ne viennent la ternir.

 

Après une divine séance à la salle communale, où les questions fusèrent et les votes laissèrent Carpette perplexe, tout le monde se mit aux préparatifs de la fête, y compris les nouveaux venus, Pettine Ciocca et Perquéno son épouse, les heureux parents de Gaufrette Mezzanine, la jolie petite souris qui suscitait tant de mystères envoûtants à Gratte-Cul Les Moineaux.

 

Comme l'avait prédit Gaufrette à Carpette, la fête eut bien lieu mais, elle ne se déroula pas, À un poil près, comme il l'avait imaginé... L'important n'était peut-être pas là où le maire le plaçait... De même, l'intérêt du lecteur est-il moins dans l'intrigue que dans la satire poilante d'un microcosme où tout le monde se connaît et où les caractères sont un tantinet archétypiques. 

 

Francis Richard

 

À un poil près, Yvan Sjöstedt, 192 pages, Éditions du Roc

 

Livre précédent:

 

Un poil de trop (2020)

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6 décembre 2021 1 06 /12 /décembre /2021 19:00
Deux petites maîtresses zen, de Blaise Hofmann

Le monde est une place de jeux.

 

Pendant sept mois, Blaise Hofmann voyage avec son amoureuse, Virginie, et ses deux filles, Eve, 3 ans, Alice, 2 ans, deux petites éponges amnésiques, qui sont partout chez elles et qui lui permettent par moments de retrouver sa propre enfance:

 

Septembre 2019: Japon

Octobre 2019: Cambodge - Laos

Novembre 2019: Birmanie

Décembre 2019 - Janvier 2020: Thaïlande

Février 2020: Sri Lanka

Mars 2020: Inde

 

Cette chronologie reconstituée, tant bien que mal, n'est pas celle de ce récit de voyage à quatre en Asie, interrompu pour cause de pandémie et qui aurait pu durer encore un mois ou deux, le temps d'aller faire un tour au Népal, par exemple.

 

Au Laos, au moment de s'endormir, Blaise Hofmann a à l'esprit des concepts fumeux: autarcie, mortalité infantile, empreinte écologique, respect des anciens, stagnation économique, circuit court. Au village, les habitants, pauvres, n'ont pas les convictions qu'il leur prête...

 

Au Japon, il s'interroge sur le monde qu'il va laisser à ses filles, alors qu'en Asie sévit une épidémie de dengue, qui s'étend sur toute la planète, sauf en Occident. Il dessine son itinéraire en fonction des chiffres publiés par l'Organisation mondiale de la santé...

 

Là le voyage ne serait pas le même s'il était tout seul: En famille, la liberté ne ressemble pas à un volcan enneigé, c'est plus modeste, c'est un espace clos, sans voitures, sans motos, sans vélos, sans danger, une cour de temple, une place de jeux, le grand lit d'un studio Airbnb, un cocon, un nid douillet.

 

Ce n'est donc pas vraiment un récit d'aventures, même si 40'000 kilomètres ont été parcourus en sept mois, mais plutôt un récit de rencontres, de lectures de livres de seconde main, de préoccupations parentales - attention - et de questions d'enfants - pourquoi.

 

Les 1'200 clichés pris avec son smartphone ne rendent pas compte de ce périple où tradition et modernité se mêlent: ils lui apparaissent en définitive comme des souvenirs froids, sans nuances, sans bruits, sans odeurs.

 

Dans un livre d'Annie Ernaux, Mémoire de fille, il trouve la réponse qu'il cherche à son besoin d'écrire ce qu'il vit: C'est l'absence de sens de ce que l'on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d'écriture.

 

Quand, en fin anticipée d'itinéraire, il s'agit d'embarquer pour le pays depuis l'aéroport de Delhi, les masques font leur apparition sur les visages et, attrapée - ou rattrapée? - par la paranoïa, la famille se tient dans un coin, à l'écart des autres êtres humains.

 

D'ailleurs, lorsque la famille arrive en Suisse, une autre règle de jeu s'applique: les filles ne doivent pas embrasser Tonton Alex qui a ramené la voiture en gare de Morges. Les rues sont vides et la récréation est bien terminée:

 

En traversant un village, les filles voient un tape-cul, un tourniquet et un animal à ressort, arrête-toi papa! Les installations sont habillées de rouges et blancs; un panneau rappelle que jusqu'à nouvel ordre, la place de jeux restera fermée.

 

Francis Richard

 

Deux petites maîtresses zen, Blaise Hofmann, 224 pages, Zoé

 

Livres précédents:

 

Monde animal, éditions d'autre part (2016)

La fête, Zoé (2019)

 

Avec Stéphane Blok:

Fête des vignerons 2019 - Les poèmes, Zoé et Bernard Campiche Éditeur (2019)

 

Collectif sous la direction de Louise Anne Bouchard:

Du coeur à l'ouvrage, L'Aire (2012)

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30 novembre 2021 2 30 /11 /novembre /2021 23:25
Casimir ou la vie derrière soi, de Pierre De Grandi

Un journal est l'ultime refuge où règne une totale liberté. Entre chance et discipline, il arrive même que cette liberté soit si transparente et si légère qu'elle mène à des instants d'apesanteur, d'allégresse.

 

Casimir, 88 ans, écrit, le 1er janvier, au début de son journal, cette phrase proustienne: Longtemps je me suis levé de bonne heure pour m'en aller sur les sentiers qui longent la rive du lac. Il en aura 89, quelques mois plus tard, le 15 septembre.

 

Le titre, Casimir ou la vie derrière soi, fait penser à Romain Gary, qui, pour le diariste octogénaire, fait partie des plus grands, ceux qui ont su se forger un style pour porter l'originalité de leur pensée et une vision du monde insolite et innovante.

 

Pierre De Grandi prête sa plume à Casimir, qui confie à son journal qu'il se sent fatigué - il s'abandonne à sa fatigue - et qu'il n'est plus temps pour lui de réparer des ans l'irréparable outrage. Le corps a ses raisons à partir desquelles il faut s'en faire une.

 

Quand, comme pour Casimir, la fin se profile, se pose la question de l'après-la-mort. Le leitmotiv de son journal est éclairé par l'épigraphe freudienne placée en tête: Si vis vitam, para mortem, ce qui signifie littéralement: si tu veux la vie, prépare la mort.

 

Casimir n'est pas croyant, comme peuvent l'être un chrétien ou un athée, dont il moque crûment les certitudes. S'il devait croire à quelque chose, ce serait au Tout, à l'immanence plutôt qu'à la transcendance, donnant, somme toute, raison à Spinoza.

 

Aussi ne craint-il pas tant la mort que la dépendance - le mot et la chose l'obsèdent -, surtout qu'après des mois plusieurs épées de Damoclès le suivent désormais en permanence et qu'il sait pertinemment que [son] principal facteur de risque est [son] âge.

 

Il n'a pas envie de finir ses jours dans un établissement pour dépendants. Il a en effet une piètre opinion de ses semblables, à l'exception de ses quelques rares amis survivants, et n'a donc pas du tout l'intention de finir sa vie en leur funeste compagnie.

 

Fin octobre, il s'interroge: Si je pense si souvent à la fin de la vie, si je n'ai pas peur de la mort, serait-ce secrètement parce que je la souhaite? À la fin de l'année, d'autres signaux d'alarme s'étant allumés, il prend ses dispositions avant le Tout, ou Rien:

 

Quitte à mourir, j'aimerais que ce soit avec cette mince couche de conscience lorsque, au cours d'une sieste, je sommeille assez superficiellement pour savoir que je dors.

 

Francis Richard

 

Casimir ou la vie derrière soi, Pierre De Grandi, 324 pages, Slatkine

 

Livres précédents chez Plaisir de lire:

 

Le tour du quartier (2015)

Quand les mouettes ont pied (2017)

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27 novembre 2021 6 27 /11 /novembre /2021 23:00
Léman - Légendes d'un lac, d'Isabelle Falconnier

Ce n'est qu'en me glissant au creux du lac, comme on se glisserait sous une couette infiniment moelleuse et accueillante, que je réussis à m'endormir.

 

Cette fin d'un rêve étrange que fait Isabelle Falconnier quand elle est enfant est le début d'une addiction au Léman. Quand elle a besoin de lui, elle s'en va le contempler, et s'en éloigne après, sereine, apaisée et nourrie:

 

Plus que partout ailleurs, c'est le lien vivant entre un lieu naturel, un paysage et les humains qui l'ont élu comme patrie spirituelle, qui fait l'intérêt du Léman.

 

Le Léman, en dehors du fait qu'il est le plus grand lac d'eau douce d'Europe occidentale, est une source de joie, d'inspiration, de bienfaits, de plaisirs, de jeux, de commerces, d'échanges, d'évasion, et de... nostalgie.

 

Il n'est pas étonnant que le Genevois Jean-Jacques Rousseau ait situé à Clarens les amours de Julie et Saint-Preux, inspirées de celles, sublimées, d'Héloïse et Abélard; que le Britannique Byron y ait suivi ses traces.

 

Ce dernier, adepte de l'amour libre et des paradis artificiels, avait au préalable, accompagné de son compatriote Shelley, visité le château de Chillon où un patriote genevois avait été enchaîné pendant six années à un pilier:

 

Le soir même, ils font escale à Ouchy, à l'hôtel d'Angleterre, où Byron compose le premier jet de son poème Le prisonnier de Chillon, hymne à la liberté, dédié à François Bonivard.

 

À sa suite, poètes et écrivains y ont pèleriné. Isabelle Falconnier rappelle la formule que Jacques Chessex a employée à propos du croissant géant. Il l'avait baptisé encrier dans lequel tout le monde trempe sa plume.

 

Isabelle évoque les pèlerins, tels René de Chateaubriand, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alexandre Dumas ou Gustave Flaubert; les écrivains saisis par sa beauté, tels Romain Rolland ou Léon Tolstoï.

 

Quel est le secret d'une beauté à laquelle des peintres, tels Ferdinand Hodler ou François Bocion, ont été si sensibles qu'ils ont consacré de nombreuses oeuvres à l'immensité liquide, encore plus idyllique vue de haut?

 

Nulle part ailleurs les contrastes ne s'additionnent de manière aussi spectaculaire: contrastes entre le cultivé et le sauvage, les Alpes violentes et le lac liquide et doux, l'infini du ciel et les eaux aux profondeurs insondables, les vallons verdoyants et les profonds ravins, les ciels sereins d'où surgit soudain une méchante tempête.

 

Le Léman a des ressources: les vignes de Lavaux; le doux climat de la Riviera; la neutralité de la Suisse qui en fait un refuge pour exilés; le rayonnement international; des eaux bienfaisantes sur son pourtour; le Rhône:

 

Se jetant comme un cheval fou dans le lac qui freine sa course, laissant suivant les saisons de longs tracés de boue dans les eaux claires, le Rhône crée au fond du Léman un rift profond, grand canyon sous-marin invisible depuis les berges, colmatant de ses alluvions la partie amont où il édifie siècle après siècle un vaste delta.

 

À moins d'être frontalier, on ne s'embarque pas sur les élégants bateaux à vapeur blancs qui sillonnent le lac dans un but précis, juste pour s'éloigner de la vie quotidienne et de la rive pour mieux la contempler à distance.

 

L'auteure connaît un lieu secret partagé des amoureux du Léman. Il n'est dévoilé, s'il ne le connaît pas déjà, qu'au lecteur. Lorsqu'on s'y retrouve seul, il invite, au soleil couchant, à s'y exposer nu à ses tout derniers rayons:

 

On appelle ça la magie de l'eau.

 

Francis Richard

 

PS

Ce récit est suivi d'entretiens avec Bruno Berthier, Marianne Chevassus Favey et Didier Zuchuat.

 

Léman - Légendes d'un lac, Isabelle Falconnier, 96 pages, Éditions Nevicata

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26 novembre 2021 5 26 /11 /novembre /2021 23:00
Chroniques du merle bleu, de Philippe Dubath

Je me suis rendormi dans mon lit mais sous l'aile du monticole, heureux de savoir que rien n'est fini, qu'un jour, le merle bleu me viendra.

 

Philippe Dubath se balade, aux sens propre et figuré. Ce marcheur de montagne n'a jamais rencontré le merle bleu, qui donne son nom à ses chroniques, mais il a fait d'autres rencontres, adorant mettre un nom sur ce qu'il croise dans la nature: Une montagne, une fleur, un oiseau.

 

Quand il ne sait pas, il s'adresse à des spécialistes ou fait des recherches. Ce n'est pas vaine curiosité. Même si ce livre a été achevé d'imprimer le 7 novembre 2021, anniversaire de la naissance d'Albert Camus, ce n'est pas pour soustraire quelque chose au malheur du monde:

 

Savoir comment s'appelle une plante, un oiseau, c'est accéder à sa vie, à ses moeurs, ses voyages, c'est comprendre.

 

Il est scrupuleux: Je sais surtout qu'il faut vérifier avant d'affirmer, même si j'oublie, parfois. C'est pourquoi l'exactitude du nom que l'on donne aux êtres et aux choses a tant d'importance à ses yeux, de même que d'employer le mot juste pour exprimer ce qu'il voit ou ressent.

 

Il emporte son appareil, prend des photos: il a le goût du safari photographique facile. Il se promène souvent, pour de vrai, dans la nature dont plein de gens semblent avoir découvert qu'elle est une amie précieuse et si proche, si disponible. Pour lui, elle représente bien davantage:

 

[La nature] est plus que jamais devenue ma maison, mon monde apaisant et rassurant.

 

Il ne se contente pas de s'y émerveiller, de converser avec les êtres qui la peuplent, de se demander ce qu'ils font quand ils ont disparu ou à quoi ils pensent: je me balade dans mes balades. Il ressort alors des photographies, des livres, des souvenirs, et commence d'autres voyages.

 

En fin de volume il est précisé que la plupart des chroniques publiées dans ce livre ont paru dans Le Journal de Morges, excellent hebdomadaire et solide ami de l'auteur: Elles ont parfois été légèrement adaptées pour les besoins de l'ouvrage. Aussi l'époque n'y est-elle pas ignorée:

 

Question confinement, elles en connaissent quelque chose. Elles en sont les championnes du monde. Mes amies les marmottes, qui vivent à quelque deux mille mètres d'altitude, entrent dans leur terrier au début du mois d'octobre pour en ressortir en avril et pas avant. Six mois au moins dans le même appartement, sans aller respirer l'air pur du dehors.

 

Francis Richard

 

Chroniques du merle bleu, Philippe Dubath, 224 pages, Éditions de l'Aire

 

Livre précédent:

 

Airs de fête (2019)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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