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21 février 2024 3 21 /02 /février /2024 17:30
L'été d'une femme, de Frédéric Lamoth

Une femme, Clémence, se penche sur son passé et, plus particulièrement, sur l'été 1988.

 

Clémence s'est mariée avec Alain en 1975, à vingt-neuf ans. Ils ont eu deux enfants, d'abord Nathalie, puis, deux ans plus tard, Damien.

 

Quand Alain, qui travaille dans l'industrie pharmaceutique, est promu, il annonce à Clémence pendant le dessert d'un repas pris à Évian pour fêter ça, qu'il est désormais inutile qu'elle travaille.

 

Clémence donne donc sa démission de son emploi d'assistante médicale - qui lui a permis de faire la connaissance d'Alain - pour se consacrer à son mari et à ses enfants.

 

Seulement, au début de l'été 1988, elle a un gros coup de fatigue, un burn-out, comme on dirait de nos jours:

 

Tout a commencé le jour où je n'ai pas pu me lever. Un samedi. Pas d'école, pas de réveil qui sonne. Un jour qui pointe le bout de son nez, sans prétention, sans exigence.

 

Aussi son médecin de famille, le Docteur Morier, auprès duquel Alain l'a accompagnée, lui a-t-il recommandé de voir un psychiatre, le Docteur K.. Pendant cet été-là, tous les mardis, Clémence se rend au cabinet de ce spécialiste.

 

Quand Clémence lit l'article de Solène M. sur le Docteur K., publié dans L'Écho du Samedi le 16 mai 2016, elle décide de se confier à la journaliste, mais pas seulement pour lui parler du Docteur K..

 

L'été d'une femme est le récit de cette rencontre qui lui a permis de vider son sac en racontant sa vie et ce qu'elle sait du Docteur K., qui va bientôt être honoré pour l'ensemble de ses travaux sur l'hystérie par un consortium international de psychiatrie.

 

En fond sonore, Frédéric Lamoth cite des extraits de chansons, sorties pendant les années 1980 et emblématiques de cette époque révolue, chansons que Clémence écoute à la radio pendant cet été où sa vie va basculer.

 

Le lecteur pourrait s'attendre à ce que Clémence fasse des révélations sur le Docteur K., qui d'après certaines rumeurs, ne se serait pas contenté d'une mise à nu du subconscient de ses patientes, comme l'écrit Solène M. dans son article.

 

Le lecteur pourrait en effet l'imaginer parce que, la première fois, le Docteur K. a demandé à Clémence de se déshabiller, mais elle précise qu'il l'a examinée, comme un médecin:

 

J'étais un corps censé exprimer les symptômes d'une maladie.

 

Clémence n'a pas répondu lorsque Solène lui a demandé s'il s'était limité à l'examiner, un appel sur le portable de celle-ci ne lui en ayant, opportunément, pas donné la possibilité.

 

En dehors des relations avec son mari et ses enfants, qui ne sont pas toujours amènes, Clémence en noue, pendant cette saison-là, avec Lucie, la mère d'un copain de Damien qui habite Lutry et chez qui elle l'a conduit.

 

Tout oppose Clémence à Lucie. Clémence ne vit pas dans le besoin. Lucie tire le diable par la queue. Clémence habite une villa à Belmont, Lucie un rez-de-chaussée dans un vieil immeuble à Lutry.

 

Clémence ne travaille plus et a une employée de maison, Lucie ne travaille plus dans un salon de coiffure, mais débarrasse les objets des morts et a ouvert une boutique de brocante.

 

Clémence et Lucie sympathisent. D'être occupée par les tâches que Lucie confient à Clémence, fait oublier sa fatigue à cette dernière et lui procure des instants de bonheur:

 

J'ai accepté, pas pour l'argent, mais parce que je me sentais bien ici.

 

C'était certainement trop beau pour durer. Il faut croire que des êtres ne sont pas voués au bonheur indéfiniment, a fortiori si, un jour, on restreint violemment leur liberté.

 

Et le récit se termine par cette citation d'une chanson de Mylène Farmer, Désenchantée (1991), qui en résume assez bien le propos:

 

Si je dois tomber de haut, que ma chute soit lente

Je n'ai trouvé de repos que dans l'indifférence

 

Francis Richard

 

L'été d'une femme, Frédéric Lamoth, 120 pages, Bernard Campiche Éditeur (à paraître)

 

Livres précédents:

Sur fond blanc (2013)

Lève-toi et marche (2016)

Le cristal de nos nuits (2019)

Le chemin des limbes (2022)

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18 février 2024 7 18 /02 /février /2024 18:50
Le gouffre du cafard, de Dunia Miralles

Dans Le gouffre du cafard, il y a une histoire dans l'histoire. La tentation est forte de parler, en l'occurrence, de mise en abyme. Le lecteur ne comprendra le titre et pourquoi j'utilise cette expression que lorsqu'il sera parvenu à la fin du roman, qui a toute sa place dans la collection Uppercut de son éditeur.

 

Cette histoire, qui se passe en Suisse protestante, commence en année scolaire 1973-1974. Concepción a affaire à une institutrice qui prend un malin plaisir à maltraiter ses élèves catholiques, ou d'origine étrangère, ou dont la tête ne lui revient pas, à inciter ses chouchous à s'en moquer de concert avec elle.

 

Madame Jaquet la martyrise tant et si bien que Concepción, de bon élève qui aime l'école, devient une élève qui redoute de passer ses journées en classe et qui, de plus, en arrive à être dégoûtée de la vie tout court devant l'incompréhension de ses parents qui trouvent charmante cette maîtresse hypocrite.

 

Concepción amorce dès lors une chute qui fait écho au gouffre de l'histoire qui se déroule parallèlement, début mars 1995, et avec laquelle le lecteur ne voit pas le moindre rapport. Le résultat est que l'écolière est placée l'année suivante dans une école où ses capacités et ses envies de connaissances s'étiolent.

 

C'est un véritable gâchis. Il ne faut pas s'étonner que plus tard, Concepción cède à des tentations qui guettent les esprits torturés et n'ait pas la carrière professionnelle à laquelle, intelligente et cultivée, elle pouvait normalement prétendre, bref que, rejetée par les uns et les autres, elle tourne mal, comme on dit.

 

Parallèlement donc à cette histoire, s'en déroule une autre, qui met aux prises Rose Leuba, une jeune spéléologue, qui occupe ses loisirs à protéger la nature, et Madame Krüger, une sexagénaire sportive, qui, elle, occupe sa retraite à rédiger le bulletin paroissial, Les Enfants de Fareau, à parution semestrielle.

 

Madame Krüger, admirative, se propose d'écrire un article sur ce que fait Rose pour l'environnement en nettoyant les gouffres de la région transformés en décharges, d'où elle a remonté les objets les plus insolites, dont un crâne humain, datant de l'entre-deux guerres, avec une balle de pistolet à l'intérieur.

 

Dunia Miralles, pour cette descente dans un gouffre, s'est beaucoup documentée, si bien que celle-ci est d'un grand réalisme. Aussi ne faut-il  pas beaucoup d'imagination au lecteur pour vivre, comme s'il était avec Rose et Madame Krüger, leur difficile parcours souterrain, la première instruisant la seconde.

 

Ces deux histoires se ressemblent. Dans les deux cas: il y a instruction d'un des personnages par l'autre, descente aux enfers au sens figuré et au sens propre, absence d'empathie et de compassion quand l'un dresse un obstacle devant l'autre, et une leçon: Comme un bienfait, un méfait n'est jamais perdu.

 

Francis Richard

 

Le gouffre du cafard, Dunia Miralles, 96 pages, BSN Press

 

Livres précédents à L'Âge d'Homme:

 

Inertie (2014)

Mich-el-le (2016)

Folmagories (2018)

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16 février 2024 5 16 /02 /février /2024 20:00
Une femme entre dans le champ, d'Emmanuelle Tornero

Une femme entre dans le champ est un roman qui sort de l'ordinaire, à tous points de vue. Par exemple, les chapitres ne sont pas dans l'ordre chronologique et sont quasiment tous datés d'un J suivi d'un plus ou d'un moins.

 

À la fin du livre, il y a une table qui les récapitule dans l'ordre d'apparition, avec une phrase qui les résume, et une chaise (sic) qui donne la correspondance entre ces dates et les jours et mois du calendrier, remis dans l'ordre chronologique.

 

Emmanuelle Tornero appelle la protagoniste L et dévoile au lecteur ses pensées les plus intimes, parfois très sombres, comme si elle avait accès à son cerveau et à son esprit qui est rien moins qu'équilibré, comme le montre cet exemple, à J-50:

 

On ne tue pas son enfant, c'est interdit, tuer, pas même un corps sorti de son propre corps, non, on ne peut pas, mais on peut l'imaginer, est-ce interdit aussi?

 

Alors, si cela n'est pas formellement interdit et que cela ne tire pas à conséquence, sinon pour son propre esprit, L imagine qu'elle écrase le petit corps de son enfant:

 

Elle sent sous son pied les petites côtes une à une céder, ployer d'abord puis se rompre en craquant, petits petits craquements sourds étouffés par la peau, par le pied. La pression écraserait les organes, qui chercheraient à sortir du torse, à trouver une issue absurde...

 

Au bout du compte, que saura le lecteur sur cette femme? Que, pour se rendre à son travail, depuis son appartement de banlieue avec balcon, elle prenait le RER puis deux métros et que tout a changé quand elle a attendu, puis eu son enfant.

 

Le lecteur continuera à se poser de sérieuses questions sur son état mental, quand l'auteure lui révélera, à J-43, qu'autour de L, pousse un figuier, un figuier qui ne donne pas de fruits, un figuier étrangleur ou banian, ou mutan, ou d'autres noms encore:

 

Depuis sa tête, le figuier a poussé  et jour après jour il chemine vers le sol, patiemment s'enroule autour du corps de L, femme-tuteur. Il la prend pour appui.

 

Le lecteur demeurera perplexe quand l'auteure lui apprendra qu'au matin de J-30, L constate que presque toutes les lettres de son nom ont disparu: Est-ce à cause du figuier? Est-ce lui qui les a éteintes une à une? Les lettres ont-elles été dérobées? Par qui? Par l'enfant?

 

Le monde de l'auteure est peut-être onirique, mais il est surtout cauchemardesque. Mais, peut-être, est-ce l'effet recherché? Il s'agirait d'ébranler le monde réel, lui proposer une alternative où tout serait déstructuré, tout serait dénaturé, notamment les rapports d'une mère avec son enfant.

 

Francis Richard

 

Une femme entre dans le champ, Emmanuelle Tornero, 170 pages, Zoé

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13 février 2024 2 13 /02 /février /2024 17:25
Messages d'Eesti, de Christophe Tournier

Dans Messages d'Eesti, Christophe Tournier fait part de ses Impressions d'Estonie, par l'image et par le texte. S'étant rendu en juillet 2023 au festival de l'improvisation, NOTAFE, à Viljandi, il en a profité pour parcourir le pays de long en large. Il en a rapporté des photographies où le ciel, dans ce pays sans relief, est sans cesse changeant, sans cesse mouvant.

 

C'est un pays singulier:

 

  • Les Estoniens ont résisté à la soviétisation sans verser de sang, grâce à leur tradition chorale et à l'amour de leur terre.

 

  • Après l'indépendance (1990), sous la direction de Mart Laar, le gouvernement estonien s'est inspiré de La liberté du choix (1980), le livre de Rose et Milton Friedman, pour opérer un véritable miracle, dû à:

 

- la liberté économique,

- un impôt proportionnel de 20%

- l'autonomie des établissements de formation.

 

L'auteur a pu en juger sur place: La liberté accomplit son oeuvre, que des années de réformes conventionnelles n'auraient pu achever.

 

Ce pays libre est, de plus, de toute beauté, ce qui confirme son attrait: Ici, la beauté se compte en étendues de lacs, de verdure et de forêts perpétuelles. Le charme qui en résulte est donc l'oeuvre de la nature, mais les hommes ont aussi contribué à ce charme, en édifiant notamment des demeures étranges.

 

Au XIIe siècle, pourtant en petit nombre, trois cents, les chevaliers teutoniques, dont le quartier général se trouvait à Fellin, l'actuelle Viljandi, ont réussi à évangéliser les Estoniens, malgré leur résistance farouche. Plus loin l'auteur apporte cette correction: l'Estonien compense la puissance des cieux en vénérant les pierres, ces autels païens, et les forêts.

 

En lisant ce qu'il raconte de son périple en Estonie, à sa suite, le lecteur imprime dans sa mémoire le vert que l'auteur a vu et le bleu du ciel, délivré de ses capricieux nuages, qui a détrempé ses yeux...

 

Francis Richard

 

Messages d'Eesti, de Christophe Tournier, 64 pages, Éditions de l'Eau Vive

 

N.B.

Il est également possible de commander ce livre directement à l'auteur en lui écrivant à l'adresse suivante: christophe@improse.net ou en s'adressant à lui en message privé sur Facebook

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12 février 2024 1 12 /02 /février /2024 16:45
Crimes pour une croix, d'Henri Gautschi

Ce polar se déroule en 1604 dans la Champagne genevoise, qui comprend encore aujourd'hui sept communes, à l'ouest de la République de Genève1.

 

Crimes pour une croix est dans la lignée des deux romans d'Henri Gautschi consacrés à une époque marquée par la Saint-Barthélemy et par L'Escalade.

 

En 1604, les cicatrices entre protestants et catholiques ne sont pas refermées et cela ne manque pas d'influer sur l'administration de la justice dans cette région.

 

Ainsi, suivant que la population d'un village où un crime est commis est protestante ou catholique, la juridiction relève ou de Genève ou du seigneur du lieu.

 

Ainsi, suivant que la victime est de l'une ou l'autre confession, les autorités judiciaires se disputent l'attribution de l'enquête relative à leur coreligionnaire.

 

Dans ce contexte, comme le titre l'indique, plusieurs crimes sont commis. Les victimes assassinées étant toutes des jeunes femmes portant chaîne avec croix:

 

Je suis persuadé que c'est l'oeuvre d'un protestant qui assassine nos jeunes filles, cria le sacristain.

 

Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que des erreurs judiciaires se produisent en raison non seulement des préjugés, mais des moyens d'obtenir les aveux2:

 

- Vous voulez dire que nous aurions pendu un innocent?

 

Le contexte, c'est aussi les relations entre nobles et roturiers, châteaux et églises, tout un monde révolu que l'auteur restitue avec finesse et érudition.

 

Enfin ces malheurs, propres au temps, n'empêche pas que des bonheurs, qui, eux, sont de tous les temps, y éclosent et y apportent leur halo de lumière:

 

Émeline l'observait depuis le pas de la porte. C'est le moment où il eut fini d'assembler sa pièce mortaisée en bois qu'il la vit. Cela le fit sursauter à la grande joie d'Émeline, qui éclata de rire. Ils décidèrent de se retrouver le dimanche après-midi suivant sous les remparts du château.

 

Francis Richard

 

1 - Par ordre alphabétique: Aire-la-Ville, Avully, Avusy, Cartigny, Chancy, Laconnex, Soral.

2 - Le témoin avait été soumis à la question et avait avoué.

 

Crimes pour une croix, Henri Gautschi, 280 pages, Éditions Encre Fraîche

 

Livres précédents:

 

La nuit la plus longue - Au temps de l'Escalade (2018)

Clothilde - Au temps de la Saint-Barthélemy (2021)

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10 février 2024 6 10 /02 /février /2024 23:55
Victorieux malgré le démon, de Lionel Clerc avec Pascal Pellegrino

Franchement, sur cette terre, combien d'êtres humains sont devenus exactement ce qu'ils ambitionnaient de devenir. Il est impossible de dessiner une trajectoire rectiligne dans les méandres et virages en épingle que nous réserve la vie.

 

Certes, mais un être humain peut, après avoir erré, découvrir quel est le véritable sens de la vie, le seul élément essentiel du bonheur. Cela revient à prendre des engagements qui se retrouvent dans toutes les philosophies spiritualistes, et, en ce monde, ont fait leurs preuves.

 

Lionel Clerc découvre d'ailleurs ce sens après avoir passé dix jours, début 2015, dans un temple bouddhiste. Après cette retraite, il lui faudra encore un peu de temps pour redresser la barre, addict qu'il est devenu, et renoncer surtout à ce que ces engagements prohibent.

 

Cette prise de conscience de la direction à prendre, suivie d'actes, ne signifie pas, de toute façon, que la trajectoire adoptée sera exactement rectiligne, mais ce sera une droite de tendance permettant de se rédimer, à condition de maintenir le cap en dépit des turbulences.

 

Ce récit, Victorieux malgré le démon, que Lionel Clerc a rédigé avec la collaboration de Pascal Pellegrino, à partir de ses carnets de notes, est l'histoire de cette correction de trajectoire, qui peut servir d'exemple à d'autres, comme il l'exprime bien dans son préambule:

 

Dépasser nos erreurs reste le meilleur moyen d'avancer; sur le chemin de la vie, elles s'apparentent à des cailloux qu'on ramasse et qu'on transporte jusqu'au moment, plus ou moins éloigné, où l'on s'autorise à s'en débarrasser. Cela instaure en soi une quête de sagesse, qui nous apprend à dépasser nos insuffisances humaines.

 

Pour s'en débarrasser, encore faut-il prendre conscience que ce sont des cailloux et en tirer les conséquences, ce qui est difficile quand tout semble réussir. Ainsi, en 2006, a-t-il été repéré pour devenir mannequin, fait la connaissance de Claudia et flambé l'argent avec elle.

 

Pour continuer à mener grand train, après avoir renoncé au mannequinat qui s'est avéré stressant et insuffisant pour satisfaire leurs besoins, il change de trajectoire, devient analyste financier dans une entreprise internationale, où il persévère dans le matérialisme.

 

Avec ses connaissances, à l'aide de complices, entre 2011 et 2015, au détriment de celle-ci, il détourne pas moins de 1,76 millions de francs, avant d'essayer de corriger la trajectoire, puis de rompre avec Claudia qui ne veut pas entendre que les festivités sont bien finies.     

 

Il accueille finalement avec soulagement de s'être fait prendre et, quand il passe au tribunal, son sincère repentir lui vaut d'être condamné, fin 2020, en appel, à un an de semi-détention dans l'établissement de la rue du Simplon, qui se trouve sous-gare à Lausanne.

 

Il est aussi condamné à rembourser tout l'argent détourné. Pour ce faire, il doit démontrer qu'il va reprendre sa vie en main, qu'il est utile à la société et qu'il pourra s'acquitter mensuellement de sa considérable dette, considérablement étalée sur un temps considérable. 

 

Lui qui a vagabondé d'une femme l'autre, d'un pays l'autre, aspire à une vie plus tranquille. Cela ne veut pas dire qu'il tombera pour autant dans la routine ou qu'il aura une vie conformiste, mais il aura d'autres priorités, notamment celles d'aimer sa femme et son enfant.

 

C'est en effet pendant sa semi-détention qu'il a connu sa femme, Lyna, grâce à qui le bonheur a fait son retour dans sa vie et à qui il dédie ce livre (dont l'origine singulière du titre n'est connu qu'à la fin). Et la naissance de leur fils sera le corollaire de sa renaissance.

 

Francis Richard

 

Victorieux malgré le démon, Lionel Clerc en collaboration avec Pascal Pellegrino, 184 pages, Favre

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9 février 2024 5 09 /02 /février /2024 23:30
Pensées pour une saison - Hiver, de Gabriel Bittar

Dans ce volume, Gabriel Bittar a principalement des pensées pour les animaux, petits et grands. Cela va de la fourmi jusqu'aux félins pour lesquels il a une véritable dilection.

 

Sur les 100 pensées qu'il a rassemblées pour les partager, sans rien imposer, une grande partie leur est consacrée. Car il s'applique à les comprendre, cet homme en recherche.

 

Pour ce faire, il faut savoir observer, ce qu'il sait faire, sans avoir besoin de s'en vanter: il offre au lecteur le fruit de ses observations et les détails qu'il donne sont convaincants.

 

Un de ses atouts est d'avoir des connaissances pluridisciplinaires. C'est ce qui lui évite de tomber dans le piège réductionniste: étudier le tout par ses parties et les liens entre elles.

 

En effet la réalité, qui est complexe, ne peut être comprise qu'en en distinguant les différents niveaux dont ses connaissances complémentaires permettent de franchir les seuils:

 

Souvent, le tout s'avère plus que la somme des parties.

 

Quand un seuil est franchi, d'autres seuils se profilent, ce qui met à mal les certitudes: ceux qui savent vraiment réalisent qu'ils ne connaissent jamais qu'une petite partie de la réalité.

 

L'esprit de l'auteur vagabonde. Il s'émerveille par exemple du miracle de la ponctuation. Celui qui la respecte prend son temps, mais ses phrases ne sont pas ambiguës, sont claires:

 

À l'instar de la pratique de l'orthographe et d'une syntaxe correcte, ou encore des règles de l'expression poétique, on voit se confirmer, dans ce cas également, que les contraintes de locution renforcent la qualité et l'intelligence de l'expression.

 

Mais revenons aux félins, et plus précisément aux chats. Ceux qui ont vécu en leur compagnie, reconnaîtront avec l'auteur que le chat est ami du silence et des activités calmes:

 

Dans toute interaction avec des félins, les mouvements doivent être lents et délibérés, toujours, car chez eux tous les mouvements rapides sont associés à l'attaque.

 

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, lui et son épouse, ayant partagé un temps de leur vie avec neuf petits chats, très différents l'un de l'autre, ont observé que:

 

La diversité des types psychiques semble plus marquée chez les félins que chez les humains ou les chiens!

 

Comment peut-on l'expliquer? Grâce à leur individualisme, ils ne subissent pas la pression de conformité sociale, mimétique ou biologique, comme d'autres êtres vivants, grégaires.


La pensée 100 est la plus longue1. Écrite en mémoire de Chamane, un chat, elle raconte les deux dernières années de sa vie de souffrance, son courage dans l'adversité et sa sagesse

 

Dix-huit jours après sa mort, je réalise combien Chamane emplissait ma vie, par la densité et la sobriété de sa présence. Par son intelligence, concentrée et discrète. Par sa tranquille douceur.

Il savait se faire aimer, se faire aider, toujours en conservant sa dignité. Sa noblesse d'attitude et d'expression, dont il ne se départait jamais, était une leçon.

 

Rien que pour cette pensée, Pensées pour une saison - Hiver vaut la peine d'être lu. Il atteste qu'un homme et un chat peuvent avoir de l'amitié l'un pour l'autre, que c'est précieux.

 

Francis Richard

 

1 - Un quart du livre...

 

Pensées pour une saison-Hiver, Gabriel Bittar, 168 pages, Éditions de l'Aire (paru en 2019)

 

Livres précédemment chroniqués:

Pensées pour une saison - Printemps (2020)

Pensées pour une saison - Été (2021)

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7 février 2024 3 07 /02 /février /2024 23:25
La vie heureuse, de David Foenkinos

On devrait même, pour aimer plus encore la vie, être mort une fois.

Charlotte Salomon

 

Telle est l'épigraphe du roman de David Foenkinos. Il s'en est inspiré pour raconter une histoire insolite, où la fiction rejoint la réalité: le lecteur pourra le vérifier sur la Toile1.

 

Les protagonistes vivent à notre époque - l'histoire commence en effet en 2019 et se termine en janvier 2024 - et, l'un après l'autre, ils vérifieront le bien-fondé de cette sentence.

 

Éric Kherson et Amélie Mortiers ne se seraient pas revus si Magali Desmoulins, une de leurs camarades de lycée, n'avait créé le groupe Facebook des Anciens de Chateaubriand.

 

Après l'élection d'Emmanuel Macron, Amélie a été nommée directrice du secrétaire d'État au Commerce extérieur et vu le profil d'Éric, ce qui l'a décidée à lui faire une proposition.

 

Pendant vingt ans Éric a gravi tous les échelons chez Decathlon y débutant comme simple vendeur au rayon tennis. Au moment de la proposition d'Amélie, il n'a plus le feu sacré.

 

Il s'agira pour lui d'intégrer un pôle d'action constitué par elle pour partir à la conquête des marchés étrangers et, en même temps, rendre la France attractive pour les investisseurs.

 

Sans qu'ils s'en rendent compte, ils sont tous deux à un tournant de leur vie personnelle. Elle est mariée à un professeur de lettres et a deux filles. Lui est divorcé et a un fils.

 

Début 2020, ils partent ensemble pour la Corée du Sud où ils doivent convaincre un grand chef d'entreprise de s'implanter à Mulhouse plutôt qu'en Allemagne ou en Roumanie.

 

Le lendemain d'une soirée passée ensemble, ils doivent se retrouver pour la réunion décisive mais il n'est pas au rendez-vous, alors que lui seul connaît le dossier dans le détail.

 

Éric, qui a eu un malaise la veille, sans conséquence pourtant, est repris par sa lassitude de vivre. Mais en déambulant dans Séoul, il fait une découverte qui le ramène à l'essentiel.

 

Ce nouveau concept de La vie heureuse fait basculer la vie d'Éric. Elle le transformera tellement qu'il n'aura pas la moindre idée de l'impression qu'il produira dès lors autour de lui.

 

Dans ce roman, une succession de petits faits font bifurquer les existences d'Éric et d'Amélie avant de leur indiquer une direction, comme c'est souvent le cas dans la vraie vie...

 

Francis Richard

 

1 - La découverte que fait Éric est à la portée de l'internaute pour peu que, dans son moteur de recherche, il emploie les bons mots-clés...

 

La vie heureuse, David Foenkinos, 208 pages, Gallimard

 

Livres précédents:

Les souvenirs (2011)

Je vais mieux (2013)

Charlotte (2014)

Le mystère Henri Pick (2016)

Vers la beauté (2018)

Deux soeurs (2019)

La famille Martin (2020)

Numéro deux (2022)

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5 février 2024 1 05 /02 /février /2024 22:35
Opération Éclipse, de Pierre-André Truffer

Début 1970, à Bucarest, le Président de la Roumanie, Nicolae Ceaucescu, ne décolère pas contre les Américains. Ils lui avaient fait miroiter l'adhésion de son pays au FMI et de lui accorder la clause de la nation la plus favorisée. Ce qui lui aurait permis dès lors de ne plus dépendre économiquement de Moscou.

 

Seulement le Président Nixon avait renoncé, après l'avoir promis, à octroyer ces avantages économiques à la Roumanie, sous la pression de la Chambre des représentants et du Sénat qui avaient menacé de lancer contre lui une procédure d'impeachment s'il persévérait, ce qui voulait dire sa possible destitution. 

 

Comment, cependant, contraindre le Président Nixon à tenir ses engagements? En réalisant un grand coup politique dont tout le monde se souviendrait et qui permettrait, par son ampleur, non seulement d'exiger que les Américains signent ces accords économiques, mais encore qu'ils quittent enfin le Vietnam.

 

Ce grand coup politique? Prendre en otage les astronautes lors d'une mission Apollo sur la Lune en utilisant la faiblesse des Américains prêts à tout pour sauver un équipage en danger dans l'espace. Lors d'une réunion avec Ion Mihai Pacepa, le dictateur lance en effet cette idée folle de l'Opération Éclipse.

 

Pierre-André Truffer raconte dans le détail les préparatifs de cette attaque terroriste, menée conjointement par la Roumanie et la Corée du Nord, où il s'agit de neutraliser ou de s'emparer de toutes les stations-radio de la Nasa, à travers le monde, nécessaires au retour très minuté sur Terre des astronautes.

 

Le lecteur apprend techniquement tout, ou presque, des missions Apollo et du contexte politique, de telle sorte que, même si les événements ne se sont pas tous déroulés exactement comme décrit, roman oblige, ils sont dans l'ensemble véridiques et les acteurs de cette histoire extraordinaire ont bien existé.

 

L'opération qui avait été préparée minutieusement ne se passe  pas comme prévu. L'habileté de l'auteur est de savoir retourner les situations, de les rendre plausibles ainsi que leurs coulisses et, comme dans la vraie vie, de semer le doute sur le résultat réel de La plus grande attaque terroriste de l'Histoire

 

Francis Richard

 

Opération Éclipse, Pierre-André Truffer, 448 pages, Slatkine

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28 janvier 2024 7 28 /01 /janvier /2024 23:50
Avec les fées, de Sylvain Tesson

À l'été 2022, Sylvain Tesson a pris rendez-vous Avec les fées. Où les a-t-il rencontrées, puisqu'en principe elles n'existent pas? Sur les promontoires de l'Atlantique, orientés vers l'ouest.

 

À ces extrémités de l'Europe occidentale, les Celtes ont terminé leur fuite et se sont éteints. Ce n'est pas étonnant parce que c'est à l'ouest que le soleil se couche et que l'Europe prend fin.

 

Avec deux comparses, Benoît et Humann, à bord d'un voilier de quinze mètres il a parcouru l'arc celtique, de la Galice à l'Écosse, via la Bretagne, l'Angleterre, le Pays de Galles et l'Irlande.

 

Ce grand lecteur devant l'Éternel a emporté avec lui toute une bibliothèque, sa façon de voyager amphibie, sur terre et sur mer, lectures et paysages lui permettant d'échafauder des théories.  

 

Les menhirs?

L'homme comprenant qu'il était un roseau vibratile aurait planté des pierres pour conjurer sa fragilité [...]. Luxe, calme et fixité. Quel repos!

Car le changement est la plaie, l'angoisse et le malheur de l'homme.

Plus loin, il dit que depuis trente ans sur la route il remâche la supériorité des invariants sur les agitations du monde.  Personnellement, pourtant, il passe de l'arrêt au mouvement et inversement.

Il se demande s'il ne devrait pas changer de méthode:

Elle consisterait à cesser le bras de fer. Alors la vie ne se réduirait plus à la bascule d'un bord à l'autre. Il s'agirait de s'engager à pas feutrés dans la douceur des choses.

 

Le merveilleux?

Est merveilleux ce qui suffit. Devient surnaturel ce qui n'a pas suffi.

[...]

Le merveilleux est ici et maintenant. La grâce sera toujours ailleurs.

Dans le même esprit:

La fée avait certes reculé devant la croix. Mais son retrait exprimait autre chose qu'un remplacement. C'était peut-être une trajectoire profonde. Elle menait de l'élémentaire au complexe, du mythologique au religieux, de l'unité à la trinité.

Les peuples des promontoires avaient diffusé leur mythologie pagano-tellurique, puis les Romains avaient ordonnancé la société celte, le christianisme structuré les âmes, le catholicisme adouci les corps.

 

La féerie d'un lieu?

Elle peut se définir par son charme. Le charme est le nom de la beauté domptée par la douceur:

L'esprit s'y rassure, l'âme s'y attendrit, le corps s'y repose.

 

La modernité?

Même si elle a perdu le combat au siècle 21, la fée incarne le refus d'un monde immonde gouverné par la stupidité des machines et la méchanceté des masses.

[Les machines ne sont pas stupides, ce sont des hommes qui le sont et... la méchanceté n'est pas l'apanage des masses, il suffit de quelques-uns pour les manipuler et leur pourrir la vie.]

 

La nostalgie?

Les hommes doux se méfient de la brutalité du présent, n'accordent pas foi à l'arrogance de l'avenir et regarde tout reflet du passé avec tendresse.

 

Les fées?

Elles existaient, puisque le soleil se lève chaque matin sur la mer.

Elles existaient, quand on cheminait vers elles.

Elles existaient, quand on travaillait à les faire apparaître.

Cheminer en douceur vers les fées, et avec elles, c'est emprunter aussi bien des chemins noirs que des chemins blancs...

 

Francis Richard

 

Avec les fées, Sylvain Tesson, 224 pages, Équateurs

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

 

PS

Sylvain Tesson est à Lausanne le 30 janvier 2024. Il donnera, au Métropole, à 20 heures, une conférence:

Le merveilleux comme destination.

 

Coordonnées de la salle Métropole:

Rue de Genève 12
1003 Lausanne

 

Livres précédents:

 

Livre précédent avec Thomas Goisque chez Albin Michel:

En avant, calme et fou (2018)

 

Livres précédents de Sylvain Tesson:

 

Aux éditions Équateurs:

Une très légère oscillation (2017)

Un été avec Homère (2018)

Notre-Dame de Paris - Ô Reine de douleur (2019)

Un été avec Rimbaud (2021)

 

Aux éditions Gallimard:

Dans les forêts de Sibérie (2011)

S'abandonner à vivre (2014)

Sur les chemins noirs (2016)

La panthère des neiges (2019)

Blanc (2022)

 

Aux éditions Guérin:

Berezina (2015)

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26 janvier 2024 5 26 /01 /janvier /2024 22:45
Mattmark, de Chiara Meichtry-Gonet

Mattmark ? C'est le nom d'un barrage dans la vallée de Saas en Valais. Alors qu'il est en construction, le 30 août 1965, un pan du glacier de l'Allalin, qui le surplombe, s'effondre sur les baraques du chantier. 88 personnes perdent la vie.

 

Parmi ces victimes, Luigi, qui a une double vie. En effet il est marié à Sveva, qui attend de lui un enfant, et il est l'amant de Clémence qui est également enceinte de lui, si bien que Luigi, sans l'imaginer jamais, aura deux enfants posthumes.

 

L'enfant de Clémence s'appelle Hector, celle de Sveva, Vittoria. L'un et l'autre ignorent qu'ils forment une fratrie et qu'ils sont nés à sept mois d'intervalle. Le père d'Hector est inconnu, celui de Vittoria est mort lors de la catastrophe.

 

Clémence vit en Suisse. Sveva en est partie à la suite de la catastrophe et vit au bord de la mer, en Italie du Sud, qu'elle avait quittée pour suivre son mari. L'une est considérée comme une fille-mère, l'autre comme une veuve éplorée.

 

Iacopo, que tout le monde appelle Joseph depuis qu'un fonctionnaire l'a prénommé ainsi à sa descente du train, travaillait sur le chantier avec deux autres compatriotes, Luigi justement et Giuseppe, qui périrent dans la catastrophe de 1965.

 

Quand le glacier avait vomi ses caillots, il avait enseveli les deux compari de Joseph, qui avait découvert leurs corps. Au cimetière où ils sont enterrés, Joseph a entendu leurs âmes dire qu'il les avait oubliés. Celle de Luigi lui a demandé:

 

Iacopo, où est ma femme? Et l'enfant? Tu as vu l'enfant?

 

Peut-être Joseph aurait-il voulu oublier ce terrible drame humain, mais le destin en décida autrement. Un 30 août, une cérémonie commémorative eut lieu dans ce cimetière et Joseph y rencontra Sveva. Il était désormais exclu qu'il oublie.

 

Avec beaucoup de tact, Chiara Meichtry-Gonet raconte que cette rencontre ne pouvait en rester là et qu'elle devait avoir un prolongement pour l'histoire de cette famille décomposée et que Joseph serait le chaînon la réunissant enfin.

 

Les liens du sang ne conduisent pas toujours au pardon ou n'effacent pas la révolte, mais ils favorisent la sollicitude. Pour le relater l'auteure suit une chronologie générationnelle, où des touches d'au-delà meuvent les protagonistes.

 

Luigi serait content de voir sa descendance obtenir les réponses qu'il n'a pu lui donner lui-même et que, bien des années plus tard, le dernier de sa lignée, après un détour en Suisse, renouerait naturellement avec ses racines italiennes.

 

Francis Richard

 

Mattmark, Chiara Meichtry-Gonet, 200 pages, Bernard Campiche Editeur

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Passage des coeurs noirs (2019)

Mathilde sous gare (2020)

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23 janvier 2024 2 23 /01 /janvier /2024 18:45
Mortelle petite annonce, d'Hélène Rumer

Ils étaient tous morts ! Le père, la mère et les trois enfants. Tous d'une balle dans la tête. À jamais gravées dans sa mémoire, ces images la hantent de jour comme de nuit. Toujours les mêmes: celles de ces corps immobiles, de ces visages ensanglantés.

 

C'est le début du roman d'Hélène Rumer. Il donne tout de suite le ton, noir: cela commence bien! Toute la famille Jarnac est morte, le père, Pierre, la mère, Marie-Ange, leurs trois enfants, Antoine, Augustin et Paul.

 

Dans la nuit du 27 au 28 juin 2020, Laurie, la baby-sitter, qui aurait dû prendre le train pour rejoindre à Rouen sa mère et sa soeur, en a été empêchée par des travaux sur la voie ferrée, et a fait la macabre découverte.

 

Comment et pourquoi ce drame s'est-il produit, alors que la famille Jarnac semblait sans histoires et habitait une grande maison dans un quartier cossu de Versailles? C'est l'objet de ce roman sombre et tout à fait singulier.

 

Pour ce faire, l'auteure donne d'abord la parole à quatre personnages, Marie-Ange, Pierre, Laurie et Denise. Singulièrement les deux premiers voient de l'au-delà se dérouler leur vie entière et les dix-huit mois qui précèdent:

 

Dans la chambre à coucher faiblement éclairée par les rayons de lune, je flotte au-dessus de mon corps inanimé. J'ai l'air de dormir. Envahie par une paix intérieure indéfinissable, je me vois suspendue au néant.

Marie-Ange

 

Mon corps gît sur le sol ensanglanté de la salle de bains, le carrelage est froid. J'ai le goût salé de mon sang dans la bouche, je ne ressens aucune douleur. Je viens tout juste de passer l'arme à gauche, je suis en train de quitter le monde.

Pierre

 

Laurie, engagée neuf mois plus tôt, a répondu à la Mortelle petite annonce qui donne son titre au livre: logée dans un studio indépendant, elle devra s'occuper de Paul, faire quelques repas et quelques tâches ménagères.

 

Laurie se confie à un psy et lui raconte ce qui s'est passé pendant le temps où elle a occupé son emploi et les circonstances dans lesquelles elle s'est trouvée impliquée dans ce drame qui l'a profondément traumatisée.

 

Denise Laborde est la tante de Pierre, la soeur de sa mère, Geneviève. Elle habite juste en face et son témoignage est donc déterminant, puisqu'il s'agit en fait d'une proche de la famille Jarnac, à tous points de vue.

 

Au fil du récit, il apparaît que la famille donne le change et n'est pas sans histoires, à la fois intimes et professionnelles, qui rejaillissent sur le comportement de ses cinq membres auxquels il faut ajouter un sixième.

 

Ce membre de la famille est bien mystérieux. Peu à peu le lecteur apprend qui est ce Nicolas qui a quitté la maison à la fin de 2018, Se confirme alors qu'il est en fait la clé de ce terrible fait divers, hors normes.

 

Les témoignages recueillis par la police au cours de son enquête et qui se trouvent à la fin du roman, éclairent les zones d'ombre de ce secret, qui, révélé, explique la tragédie qui s'est jouée et donne matière à réflexion.

 

Après tant de noirceur, l'épilogue, un peu plus d'un an plus tard, apporte une touche poétique bienvenue: les nouvelles en provenance de l'au-delà ne sont pas toutes sinistres, et le lecteur éprouvé en est réconforté...

 

Francis Richard

 

Mortelle petite annonce, Hélène Rumer, 204 pages, Pearlbooksedition

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21 janvier 2024 7 21 /01 /janvier /2024 17:00
Hors-jeu, d'Olivia Gerig

Isabella et Richard Pasquier ont eu du mal à procréer, mais, alors qu'ils avaient renoncé, elle était tombée enceinte et avait donné naissance en 1978 à des jumeaux monozygotes, Gregor et Anthony.

 

Ils se ressemblaient tellement physiquement que seule leur mère était à même de les distinguer. Ils avaient toutefois un caractère bien différent: Anthony avait un caractère plus fort que Gregor.

 

Contre toute attente, Isabella attendit puis mit au monde, en 1981, un troisième garçon, Jérémy. Il s'avéra que les trois frères intrépides étaient inséparables et qu'ils partageaient tous leurs jeux.

 

Un événement mit Hors-jeu le dernier né de la fratrie au cours d'une poursuite au bord de la rivière où ils jouaient en 1989: involontairement Anthony le fit tomber et il heurta une pierre de la tête.

 

Bien que ce fût un accident, Gregor et Anthony se sentirent coupables et mentirent effrontément pour annoncer la mort du benjamin à leurs parents: leur père ne s'en remit jamais et prit la fuite.

 

Un deuxième mensonge changea plus complètement encore leur vie. Alors que les deux rêvaient un jour de devenir footballeurs professionnels, grâce à ce mensonge, seul l'un des deux le serait.

 

Le lendemain de leurs dix-huit ans, parce qu'Anthony, le fêtard, meilleur joueur que Gregor, était mal en point, il fit pression sur celui-ci lors d'un match pour prendre sa place et vice-versa:

 

Gregor serait Anthony, et Anthony serait Gregor pendant le match.

 

Ce deuxième mensonge, révélé en deuxième mi-temps par Olivia Gerig, permet de comprendre qui est qui dans les pages précédentes. Les jumeaux ont basculé vers un univers de faux-semblants.

 

Le véritable Gregor devient policier, ce qui arrange bien les affaires d'Anthony alias Gregor, footballeur vedette, qui se croit tout permis, mais est retrouvé mort, en 2003, dans les vestiaires du stade.

 

Ce roman noir porte bien son titre puisque, se déroulant dans le monde footballistique, dont l'auteure connaît bien les codes, les personnages masculins se mettent hors-jeu les uns après les autres.

 

Francis Richard

 

Hors-jeu, Olivia Gerig, 144 pages, BSN Press

 

Livre précédent aux Éditions Romann

Witch Hunt (2023)

 

Livre précédent à Gore des Alpes:

Buffet de campagne (2022)

 

Livres précédents à L'Âge d'Homme:

Le Mage Noir (2018)

Les ravines de sang (2020)

 

Livres précédents chez Encre Fraîche:

Impasse khmère (2016)

L'Ogre du Salève (2014)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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