Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 juillet 2021 6 24 /07 /juillet /2021 22:30
Dedans/Dehors, réflexions d'une femme en cage, de Marina Jaques

Durant cinq années de traversée d'un désert aussi aride qu'hostile, ce sont toujours des personnes extérieures à mon intimité qui ont fait preuve de sollicitude et de bienveillance. C'est un constat triste et désolant, paradoxalement plein d'espoir quant à la nature humaine.

 

De janvier 2016 à septembre 2016, Marina Jaques, 54-55 ans à l'époque, est détenue dans une prison du canton de Vaud. Pendant ces neuf mois, elle a tout le temps de réfléchir à sa vie.

 

Son récit, c'est Dedans/Dehors. Dedans, ce sont ses mois de prison. Dehors, ce sont ces cinq ans de désert qui ont précédé la prison, mais aussi des souvenirs antérieurs, depuis l'enfance.

 

À 20 ans, elle écope d'un mois ferme. Ce passage en prison n'aura aucune incidence sur sa vie, tandis que son deuxième, plus long, en aura, parce que c'est elle-même qui lui donnera un sens:

 

La prison peut vous rendre plus fort, peut-être. Plus prudent sans doute. Mais en aucun cas elle ne vous enseigne à vous conformer avec intelligence et compréhension, tant le conformisme y est poussé jusqu'à l'indigestion.

 

L'auteure a travaillé successivement dans la restauration, les ressources humaines, le travail social. Mais sa vie n'est pas politiquement correcte: c'est une femme à femmes, dépendante à l'alcool.

 

Ce qui caractérise aussi bien ses souvenirs que son temps carcéral, c'est qu'elle veut comprendre, a un besoin irrépressible de savoir, de donner un sens, peut-être parce qu'elle en a manqué.

 

Hors normes, elle essaie d'être conforme à ce qu'on attend d'elle, mais cela ne lui réussit pas, parce qu'elle est intrinsèquement libre et inapte à se couler dans d'autres moules que le sien. 

 

Faite pour le terrain, les grandes théories déconnectées du réel l'insupportent, quand elles ne l'ennuient pas, et heurtent en elle le bon sens, qui n'a pourtant pas toujours raison de ses chimères.

 

Elle n'approuve pas ce qu'elle a commis, mais ce qui est fait est fait. Elle accepte d'être en prison et, finalement, s'y trouve bien, parce qu'elle comprend pourquoi elle a été condamnée.

 

Il lui faut bien en sortir, même si elle n'en a guère envie, y ayant fait son trou. Après avoir quitté cet univers structuré, le cerveau lavé, elle est plus forte d'avoir survécu mentalement et constate:

 

La lumière me fait mal aux yeux. Il me faudra du temps pour me réapproprier cette clarté, je le présume, je le sais, je le sens. Du temps.

 

Francis Richard

 

Dedans/Dehors, réflexions d'une femme en cage, Marina Jaques, 340 pages, Les Éditions Romann

Partager cet article
Repost0
22 juillet 2021 4 22 /07 /juillet /2021 22:55
Paris bas-ventre, suivi de, Éloge du coronavirus, de Richard Millet

Je ne fuis pas: l'altération profonde infligée au peuple français par le nombre migratoire me conduit à un retranchement spirituel et politique qui met en question les catégories d'identité et d'altérité.

 

Richard Millet parle dans Paris bas-ventre de retranchement, C'est sa manière à lui de se placer, de s'exclure lui-même, pour résister aux Barbares qui, à ses yeux, ne sont pas forcément les étrangers mais plutôt ceux qui se renient eux-mêmes par vertu mondialiste et à qui il en veut, pour commencer, de maltraiter la langue.

 

Le lieu infernal, représentatif de la barbarie (elle ne vient pas, elle est déjà là, depuis longtemps), c'est le RER ou Réseau Express Régional, à Paris, en lequel il voit comme le principe évacuateur du peuple français, le sous-titre de son essai. Ce monde souterrain, qu'il fréquente pourtant, est ainsi comparable à un égout.

 

Là transite un échantillon d'humanité auquel il se garde bien d'appartenir (de toute façon, ce dissident, opposé au grand consensus mondialiste, en est banni de facto comme il l'est de l'édition, où il ne s'est trouvé, naguère, que Pierre-Guillaume de Roux, et, aujourd'hui, La Nouvelle Librairie, pour sauver l'honneur perdu):

 

Ce que révèle la figuration cruciforme du RER, c'est la descente de l'homme en ses propres souterrains, sa condition banlieusarde, la mise au ban de lui-même, dans la négation de toute histoire spirituelle et nationale, sa chute dans la Cloaca Maxima postethnique...

 

En ce sous-sol, satanique pour un catholique, Richard Millet se sent surtout humilié d'avoir à partager avec des Français qui ignorent qui ils sont et des immigrés extra-européens qui ne veulent pas être français autrement que sur le plan administratif, une condition souterraine, aliénante, et une absence de destin commun:

 

Contrairement à ce que soutient le consensus, les peuples qui se côtoient ici entrent non pas dans une heureuse universalité postraciale mais dans cette négation réciproque de toute universalité qu'est le communautarisme pur et dur.

 

Ce voyage dans le RER, où il grossit le trait, s'apparente, dans son regard, à un stage de survie en "milieu extrême": le village global réduit à sa dimension latrinale. Peu de chances dans ces conditions que, s'ils le lisent, les chantres de la France multiculturelle et de l'immigration de masse extra-européenne apprécient.

 

Peu lui chaut, au point de bannissement où il est relégué. Et ce n'est pas son Éloge du coronavirus, virus qu'il considère comme un ironique retour de flamme, et son pouvoir "létal" comme un salutaire rappel au réel, qui va le faire rentrer dans leurs bonnes grâces, ce dont il n'a cure. Car, cet homme libre écrit ce qu'il pense:

 

L'homme est devenu impossible depuis qu'il n'est plus qu'un animal comme les autres, les aberrations sexuelles en plus, et l'animal une personne en attente de droits...

 

Aussi se réjouit-il de ce qui nuit au Nouvel ordre mondial: c'est bénéfique pour l'esprit. Quant au monde d'après, il n'est évidemment que l'antimonde où nous vivons déjà et où l'homme, en fin de compte, ne mérite que de rester en vie pour comptabiliser le chiffre de ses jours et les progrès de la destruction, en soi et autour de lui:

 

Si l'on peut regretter que le coronavirus ne tue pas assez de monde, c'est surtout parce qu'il laisse trop d'imbéciles sur terre. je me réjouirai toujours de voir mourir mes ennemis, qui sont légion. D'autres virus nous déferont des tièdes, parfois pires que l'ennemi.

 

Il conclut:

 

Je me demeure fidèle dans le pire: c'est là une forme de santé, tout comme la misanthropie est la seule forme d'amour lucide pour mon prochain. Pour le reste, je m'en remets non pas à la médecine, ni au hasard, mais à Dieu.

 

Francis Richard

 

Paris bas-ventre, suivi de, Éloge du coronavirus, Richard Millet, 118 pages, La Nouvelle Librairie

 

Précédents billets sur des livres de Richard Millet:

 

La souffrance littéraire de Richard Millet (21 septembre 2012) :

- Langue fantôme, suivi de, Éloge littéraire d'Anders Breivik

- Intérieur avec deux femmes

- De l'antiracisme comme terreur littéraire

Trois légendes (21 novembre 2013)

L'Être-Boeuf (3 décembre 2013)

Une artiste du sexe (30 décembre 2013)

Le corps politique de Gérard Depardieu (25 novembre 2014)

Solitude du témoin (3 mai 2015)

Province (28 juin 2017)

Étude pour un homme seul (17 mai 2019)

Français langue morte suivie de l'Anti-Millet (30 juillet 2020)

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 22:35
Geocratia, de Benoît Rittaud

L'humanité n'a pas su faire de la découverte de sa petitesse dans l'univers une leçon d'humilité. C'est la raison pour laquelle un nouveau renversement est nécessaire: la Terre doit redevenir le Grand Centre.

 

Dans ce roman, qui se situe dans les décennies qui suivent la nôtre, Benoît Rittaud explore les liaisons dangereuses entre l'idéologie et la pseudo-science et montre qu'un jour ou l'autre la science ne peut que mettre fin à leurs ébats.

 

Une nuit, les deux collaborateurs de Serge Nalliens, mènent, dans un laboratoire français, une expérience qui confirme dans un premier temps les résultats que Schwarz, un autre grand scientifique, a obtenus précédemment, en 2025.

 

Ce n'est donc pas encore une découverte. Mais, l'expérience étant poursuivie, les résultats prouvent indubitablement que l'homme n'est pas responsable par ses émissions de CO2 - qui reverdissent la planète - du réchauffement climatique:

 

L'atmosphère est un système mieux régulé que prévu. On ne peut pas bouleverser le climat comme nous le pensions. Des mécanismes correcteurs existent dans la nature pour prévenir les emballements que nous pensions inéluctables.

 

L'annonce de cette découverte peut mettre à mal le soi-disant consensus des spécialistes en matière climatique, dont les écologistes se sont emparés pour donner un vernis scientifique à leur idéologie, afin prétendument de sauver la planète.

 

Si Sonneyer, son directeur, est prêt à tout dévoiler, Niallens se montre hésitant. À sa décharge, il faut dire qu'il s'est fâché grave avec sa fille, laquelle a rejoint des écolos radicaux qui, pour parvenir à leurs fins, ont un projet, Geocratia.

 

Une telle révélation serait de nature à rendre le père et la fille définitivement irréconciliables. Quoi qu'il en soit, pendant que les deux collaborateurs de Niallens lui rendaient compte de leurs résultats, leurs locaux étaient vandalisés.

 

À partir de là, l'auteur emmène le lecteur dans les hautes sphères de plusieurs pays: la France, le Mexique, la Russie, le Portugal, où doit avoir lieu à Lisbonne une énième conférence sur le climat, et dans les coulisses des écolos radicaux.

 

C'est l'occasion pour lui d'écrire des chapitres d'anthologie, basés sur des documents antérieurs au milieu de l'année 2021 et projetés avec une grande plausibilité dans les décennies suivantes. Ainsi en est-il de deux d'entre eux en particulier:

 

- le texte de Richard Simonin intitulé Pour une loi Gayssot sur le climat;

- l'épilogue sous la forme d'une Demande de financement d'un projet de recherche.

 

De la science derrière laquelle tout le monde s'abrite, l'auteur fait dire enfin par Sonneyer qu'elle n'est véritable que si elle s'intéresse au message et non au messager. Il donne un exemple plein de bon sens pour illustrer ce propos essentiel:

 

La théorie de la relativité n'est pas vraie parce que le grand scientifique Einstein l'a dit. C'est parce qu'Einstein a énoncé la théorie de la relativité qu'il est un grand scientifique.

 

Francis Richard

 

Geocratia, Benoît Rittaud, 352 pages, Éditions du Toucan

 

Livres précédents:

 

Le mythe climatique, Seuil (2010)

La peur exponentielle, PUF (2015)

Partager cet article
Repost0
12 juillet 2021 1 12 /07 /juillet /2021 18:55
L'été froid, de Gianrico Carofiglio

- Tout a commencé le 12 avril, avec l'homicide de D'Agostino Gaetano, dit le Petit. Il a été tué à coups de pistolet dans le quartier de Libertà, où il était allé voir sa mère. Lui, il habitait à Enziteto - un quartier plutôt compliqué, pour employer un euphémisme - et il appartenait au clan de Grimaldi Nicola, dit le Blond, ou Trois Cylindres. 

 

Puis cela a continué avec la disparition, depuis le 23 avril, de Capocchiani Michele, un des lieutenants de Grimaldi, et l'homicide de Carbone Gennaro et la tentative d'homicide contre Andriani, tous deux des affiliés de Grimaldi.

 

Ce qui est curieux, c'est que deux autres affiliés de Grimaldi ont disparu, Losurdo Simone et Lopez Vito, un autre lieutenant du chef de clan. On parle d'une scission au sein de celui-ci, ce qui expliquerait les homicides et les disparitions.

 

Les carabiniers de Bari enquêtent sur la mort de Carbone, plus précisément le maréchal Fenoglio, sous la direction d'une magistrate, la dotoressa D'Angelo. À ce moment-là, le bruit court que le fils mineur de Grimaldi a été enlevé.  

 

Tout accuse les rebelles du clan de s'en être pris à cet enfant, sauf que celui qui est le principal visé, Lopez Vito, se livre à la police, ne pouvant à la fois lutter contre celle-ci et la mafia locale, déclarant n'être pour rien dans cet enlèvement.

 

Se livrer pour bénéficier de la protection judiciaire ne se fait évidemment pas sans contrepartie, ce qui permettra aux carabiniers de lancer une opération qui sera appelée Été froid parce qu'elle débute alors qu'il fait noir et pluvieux...

 

Si ce n'est pas Lopez Vito et ses complices, qui a commis cet enlèvement contre rançon? C'est tout le ressort de cette intrigue qui se passe en 1992 et qui fait pénétrer le lecteur dans les arcanes de la mafia, ses rites, ses codes, et... l'omerta.

 

Ce qui frappe, c'est l'intelligence avec laquelle sont préparés et accomplis tous ces crimes, mais être intelligent n'empêche pas de commettre des erreurs fatales, même dans un État de droit où il faut tout prouver avant de pouvoir condamner. 

 

Francis Richard

 

L'été froid, Gianrico Carofiglio, 464 pages, Slatkine &  Cie (traduit de l'italien par Elsa Damien)

 

Livre précédent:

 

Trois heures du matin (2020)

Partager cet article
Repost0
8 juillet 2021 4 08 /07 /juillet /2021 19:15
L'Impasse au loup, de Gilbert Pingeon

Alex pourrit la vie de ce quartier de la Vieille Ville, à cause de son existence éclatée en mille morceaux.

 

Alex est malheureux, désoeuvré. L'abandon est le maître-mot de son existence, si on peut appeler cela une existence: il a notamment subi l'abandon précoce de son père, tardif de sa mère.

 

Dans son jeune temps, il s'est adonné à la drogue, à l'alcool. Depuis, il cumule les étiquettes sur son bocal fêlé. Il est à la fois paranoïaque, mythomane, schizophrène. Rien que ça.

 

Paranoïaque, il se sent en permanence observé. Mythomane, il ne casse pas les objets qui l'entourent, il les punit. Schizophrène, il est Alex, celui qui dit MOI, et Axel, celui qui dit NON.

 

Il devrait être hospitalisé, mais non. Il vit dans L'Impasse du loup, où il se terre quand il en a assez de déambuler dans la ville. Et là, loup urbain, il hurle la nuit, réveillant ses voisins.

 

Le portrait que dresse Gilbert Pingeon de ce marginal est celui d'un possédé, dont personne ne peut chasser le démon, d'un prisonnier de son corps et de l'incompréhension des autres.

 

Bien que fou, celui-ci n'en est pas moins lucide: Je sais mes propos incohérents aux yeux des hommes, mais en harmonie avec mon désordre intérieur. Je parle vrai. Je ne suis pas un faux jeton. 

 

Se mettre dans la tête d'Alex, et dans celles de ceux qui l'entourent, est la prouesse à laquelle l'auteur se livre. A-t-il lu quelque part la métaphore correspondant à son délabrement?

 

Quoi qu'il en soit, Alex, dédoublé en Axel, la reprend à son compte, conscient que son existence éclate en morceaux et que cela finira mal, c'est inéluctable, comme le lecteur s'y attend: 

 

Je suis comme une bouteille Thermos, qu'on a laissée tomber. Extérieurement, elle semble intacte, mais elle ne contient plus que des milliers d'éclats de verre brisé.

 

Francis Richard

 

L'Impasse au loup, Gilbert Pingeon, 100 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

 

T, L'Âge d'Homme (2012)

Bref, Éditions de l'Aire (2015)

Oh, Éditions de l'Aire (2018)

Partager cet article
Repost0
7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 21:45
L'homme qui peignait les âmes, de Metin Arditi

Il se pouvait que le bois ait été coupé au XIe et que l'oeuvre n'ait été réalisée que trois siècles plus tard. Mais la probabilité qu'il soit resté intact étant quasi nulle, cette hypothèse est écartée.

 

Quel iconographe de génie a peint le Christ guerrier, cette icône qui se trouve aujourd'hui au monastère de Mar Saba, à une vingtaine de kilomètres au sud de Bethléem?

 

Metin Arditi raconte son histoire dans L'homme qui peignait les âmes, dans le contexte reconstitué de la fin du XIe en Terre Sainte, avant et pendant les deux premières croisades.

 

Reproduire l'image d'un être vivant n'était permis ni aux musulmans ni aux juifs. Pour ce qui concerne les chrétiens, ils le pouvaient mais à condition de respecter des canons.

 

Quand frère Anastase du monastère de la Sainte Trinité, laisse percevoir par Avner, qui est juif, une icône, puis d'autres, dans l'église, celui-ci repart avec l'esprit en feu.

 

Il ne le sait pas encore, mais il a trouvé sa vocation, celle d'écrivain d'icônes. Car Anastase lui a dit qu'on ne peint pas une icône qui est une représentation du divin, on l'écrit.

 

Pour ce faire, il est prêt à tout, à commencer par l'apprentissage des techniques de bois: d'abord le choisir, ensuite le découper en planches, enfin rendre lisses celles-ci.

 

Ces trois premières portes franchies, pour franchir les suivantes, il doit apprendre le grec, connaître les Textes, recevoir le baptême, buts qu'il ne peut atteindre sans tricher.

 

Bien qu'il ne soit pas animé par la foi, malgré qu'il en ait, il se fait baptiser, devient Petit Anastase et franchit les dernières portes pour être un écrivain d'icônes digne de ce nom:

 

Peu lui importait qu'il eût ou non la foi, il croyait en la beauté, en celle des icônes, en la consolation qu'elles offraient.

 

Seulement cette foi en la beauté, qu'il exprime dans ses icônes, n'est pas ce qui lui est demandé. On considère qu'il peint plutôt qu'il n'écrit. En avance sur son temps, il est rejeté.

 

Qu'importe qu'il honore le Seigneur à sa façon, en écrivant des icônes pour chanter l'Homme, la plus grande merveille de la Création. Ce n'est pas la foi qui convient...

 

Quoi qu'il en soit, cette façon d'honorer le Seigneur, si elle exalte les uns, exaspère les autres, surtout ceux qui dictent aux autres ce qu'ils doivent penser et... les jaloux.

 

Ce Juif est non conformiste, c'est-à-dire hérétique. Si la Terre Sainte est celle des trois religions du Livre, il ne peut que choquer en voulant les concilier et en disant sincèrement:

 

Notre religion dit la Loi. J'ai beau l'avoir abandonnée, sa rigueur et sa majesté m'impressionne. La vie du Christ m'enseigne la charité, et l'Islam me rappelle l'importance de l'humilité et de la soumission. Pourquoi devrais-je refuser l'hospitalité de l'une de ces maisons en faveur d'une autre?

 

Découvrir la beauté de chacun - sa part divine -, en faire une source de joie, lui faire confiance au lieu de le contraindre par la peur ou la violence, sont sa mission d'homme.

 

Francis Richard

 

L'homme qui peignait les âmes, Metin Arditi, 304 pages, Grasset

 

Romans précédents:

 

Le Turquetto, 288 pages, Actes Sud  (2011)

Prince d'orchestre, 380 pages, Actes Sud (2012)

La confrérie des moines volants, 350 pages, Grasset (2013)

Juliette dans son bain, 384 pages, Grasset (2015)

L'enfant qui mesurait le monde, 304 pages, Grasset (2016)

Carnaval noir, 400 pages, Grasset (2019)

Rachel et les siens, 512 pages, Grasset (2020)

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2021 5 02 /07 /juillet /2021 18:20
Les voisins, de Fiona Cummins

Personne ne voit la petite fille - la plus jeune du groupe - s'éloigner du théâtre de marionnettes, trébucher dans ses plus belles chaussures et marcher jusqu'à une réserve dont la porte aurait dû être fermée.

 

Il faut lire attentivement le prologue de ce roman policier bien ficelé. Tout n'y est pas dévoilé, mais le lecteur y trouve des éléments essentiels, qui remontent au passé et dont toute la suite découle.

 

En l'occurrence la petite fille ouvre un coffre dans la réserve du magasin à l'enseigne du Palais de la Poupée et de la Panoplie, y voit quelque chose qu'elle n'aurait pas dû voir et qui la fait hurler.

 

Trente-trois ans plus tard quatre cadavres sont trouvés dans un bois proche de l'Avenue, où, au numéro 18, se trouvait le magasin, devenu entre-temps une boutique en ligne de poupées très prisées.

 

Trefor Lovell, l'artisan qui fabrique ces poupées avec amour - chacune nécessitait des jours et des jours de travail -, habite lui-même, à deux pas, au numéro 32 de l'Avenue, située à Rayleigh, Essex.

 

Au numéro 27 de l'Avenue, habitent Audrina Clifton, une invalide en chaise roulante, dont les pâtisseries sont légendaires, et son mari Cooper Clifton, qui est retraité et qui s'y connaît en jardinage.

 

Au numéro 26 de l'Avenue, habitent Dessie Benedict et Fletcher Parnell, qui passe beaucoup de temps l'oeil rivé à son télescope qu'il n'oriente pas seulement vers les étoiles mais aussi vers les fenêtres.

 

Au numéro 25 de l'Avenue, au début de l'histoire, s'installent Garrick et Olivia Lockwood (qui ont la ferme intention de reconstruire leur couple en péril), avec leur fille Aster et leur petit garçon Evan.

 

L'enquête piétine mais est relancée après la découverte d'une cinquième victime, l'inspecteur Adam Stanton, mari de l'inspectrice Wildeve Stanton, qui ne va rien lâcher quand elle en sera écartée.

 

Les victimes ont été maquillées au pinceau, les yeux remplacés par des billes de verre, comme des poupées. Trois d'entre elles ont succombé à une crise cardiaque et deux à une détresse respiratoire.

 

Le récit chronologique des jours précédents le dénouement est ponctué de réflexions de l'assassin qui sont toutes datées d'aujourd'hui. L'auteure lui fait dire beaucoup mais pas assez pour l'identifier.

 

En dehors des membres de la police et des voisins, l'auteure fait apparaître un personnage, un postier, dont le rôle est ambigu, ce qui ne facilite pas la tâche du lecteur, décidément perdu en conjectures.

 

Difficile de se déprendre de ce livre où, le hasard faisant bien les choses, le Doll Maker, comme la presse l'appelle, est enfin démasqué, en même temps que sont révélés comment et pourquoi il a tué.

 

Francis Richard

 

Les voisins, Fiona Cummins, 512 pages, Slatkine & Cie (traduit de l'anglais par Jean Esch)

 

Livre précédent:

 

Le collectionneur (2018)

Partager cet article
Repost0
30 juin 2021 3 30 /06 /juin /2021 19:15
Le vieil homme et le livre, de Michel Moret

Le petit livre que je publie aujourd'hui n'a qu'une seule ambition, c'est de servir la cause de la lecture.

 

Ce petit livre devait s'intituler, s'inspirant du commencement de La Recherche, Longtemps encore je me souviendrai de ce bonheur. Mais un heureux concours de circonstance a fait changer d'avis Michel Moret:

 

J'ai reçu un courriel d'un employé que j'avais dû congédier, me disant que je suis un vieil homme qui ne veut rien lâcher. Le terme vieil homme m'a séduit et, immédiatement, j'ai pensé au roman d'Hemingway, Le vieil homme et la mer, que je relis chaque année en espérant le savoir un jour par coeur.

 

Le lecteur n'aura pas manqué de faire le rapprochement entre les deux titres. Mais il aura considéré que le vieil homme ne l'est pas tant que ça, même si, depuis peu, en admettant que le Journal de Tintin n'ait pas disparu, il ne fait plus partie des jeunes qui sont censés constituer son lectorat.

 

Michel Moret sait de quoi il parle en matière de livre puisque toute sa vie tourne autour de lui: libraire, éditeur et écrivain sont en effet ses trois facettes. C'est pourquoi il ne laisse pas de constater avec bonheur que le livre a résisté au cinéma, au téléphone, à la télévision, et maintenant à internet:

 

On n'enterre pas si facilement les oeuvres des géants que sont Shakespeare, Cervantes, Hugo, Tolstoï, Dante, Pessoa.

 

Le livre donc perdure. Ce qui permet toutefois de séparer le bon grain de l'ivraie, c'est-à-dire de distinguer les écrivains sans intérêt des guides éclairés, c'est de lire tout simplement (j'ajouterais cependant de laisser faire le temps). Pourquoi le livre perdure-t-il? Parce qu'il est irremplaçable:

 

Le livre nous éclaire sur la complexité de l'âme humaine et développe chez le lecteur le goût du paradoxe et le relativisme de certaines valeurs.

 

Michel Moret a, comme tout éditeur, la lourde responsabilité de donner une chance à un livre, ce qu'il fait non pas pour passer le temps ou pour se faire plaisir, mais parce qu'il a de l'enthousiasme et de la curiosité et qu'il pense à tous ces autres qui pourraient faire leur miel de ce qu'ils lisent.

 

Après plus de quarante ans de métier, Michel Moret ramasse les souvenirs littéraires à la pelle pour notre bon plaisir. Car, pendant ce temps-là, il a fait de nombreuses rencontres avec des écrivains et avec leurs livres. Lesquelles confirment la curieuse transsubstantiation opérée par la création:

 

Plus l'écriture sera travaillée, plus elle sera belle et mieux elle vieillira. D'ailleurs, souvent on a l'impression que l'auteur exprime ce qui le dépasse. Ecriture personnelle et message universel, voilà le paradoxe de la création.

 

L'autre paradoxe n'est-il pas que, si leur forme et leur style changent, le fond des livres demeure, alimente la vie intérieure et le goût du beau? Ce paradoxe est celui de l'évolution et de la permanence, qui nous caractérisent, si bien que Michel Moret constate sans qu'il soit possible de le contredire:

 

Les poèmes de Sapho et d'Ovide sont tout aussi modernes que ceux de notre jeune siècle: on invente si peu de choses mon amie la Rose.

 

Francis Richard

 

Le vieil homme et le livre, Michel Moret, 124 pages, Editions de l'Aire

Partager cet article
Repost0
29 juin 2021 2 29 /06 /juin /2021 18:10
Clothilde: au temps de la Saint-Barthélemy, de Henri Gautschi

- La nuit dernière, il y a eu une sorte de révolution à Paris. Les catholiques se sont soulevés et ont tué des centaines de protestants.

 

Ce lundi 25 août 1572, dans la région de Bourges, après avoir entendu cette parole de son père, Arthur, qui a appris que sa contemporaine de dix ans, Clothilde Burnand, et sa famille étaient protestants, comprend qu'ils sont en danger, décide de rejoindre leur maison et meurt en se faisant piétiner par une troupe de cavaliers.

 

Dix ans plus tard Clothilde, le mardi 22 mai 1582, à Genève, est traduite devant un tribunal, accusée d'avoir assassiné Victor Mugnier. Elle est condamnée à mort, après le témoignage de Fernand Picod, compagnon charpentier de Victor, qui l'a vue s'éloigner bras dessus, bras dessous, avec lui en direction de son domicile.

 

Ramenée en cellule, Clothilde sait que, dans quelques minutes ou quelques heures, on va venir la chercher, l'enfermer dans un sac, la soulever avec une corde attachée à une poulie et la plonger dans l'eau froide du Rhône, jusque ce que mort s'ensuive. Comme souvent ceux qui vont mourir, elle repense à ce qu'a été sa vie.

 

Au soir du 25 août 1572, sa grand-mère, ses parents, Pierre et Alice, son frère, et sa tante Hélène, soeur de Pierre, prennent la route pour Genève, havre des exilés protestants, de l'or cousu dans les ceintures, pensant faire étape à Lyon chez François Pelletier, un ami coreligionnaire de Pierre, à qui, drapier, il achète des tissus.

 

Henri Gautschi raconte les péripéties de ce voyage éprouvant, les routes n'étant pas sûres, protestants et catholiques rivalisant de cruautés et de violences en chemin. Clothilde parvient toutefois à Genève où elle est accueillie par les Gindrat (Benoît étant une vieille connaissance de son père), qui tiennent l'Hôtel de l'Écu.

 

L'auteur restitue si bien ce temps de la Saint-Barthélemy et des années suivantes que le lecteur a l'impression de le revivre et en est remué. Cela lui permet de se voir confirmer que ce temps échappe, comme tous les temps, aux schémas simplificateurs où s'opposeraient d'une part un camp du Bien et de l'autre un camp du Mal.

 

Francis Richard

 

Clothilde: au temps de la Saint-Barthélemy, Henri Gautschi, 280 pages, Éditions Encre Fraîche

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

Partager cet article
Repost0
26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 19:25
Je ne suis que ça, de Madeleine Bongard

On aurait pu se rencontrer différemment. Mais voilà, les normes sociales. En nous rencontrant, on portait déjà une étiquette. C'est comme ça, on ne peut pas se rebeller contre ça. Moi la journaliste, lui le comédien.

 

Ève Dambi, journaliste, se rend au 136, le théâtre où l'attend Yann Porsi, telle une sculpture au milieu du hall d'entrée. Le prix d'interprétation masculine au festival FFE vient de lui être décerné.

 

Le roman permet, ce que ne permet pas le théâtre, de se mettre dans la tête des personnages. C'est ainsi que l'auteure révèle au lecteur qu'Ève et Yann sont tout aussi empruntés l'un que l'autre.

 

Elle est stressée parce qu'il lui manque ce petit truc en plus qui rendrait tout plus paisible, lui parce qu'il vient de se rendre compte qu'il n'a plus de cigarettes et que, du coup, il est déjà en manque.

 

L'entretien se déroule pourtant bien. Yann adore ses questions. Ève trouve que l'interview n'était pas si désagréable que ça. Comme d'hab, elle attendra le dernier moment pour l'envoyer au journal.

 

Maria travaille comme femme de ménage, depuis quinze ans, au 136. Elle n'est pas originaire d'un pays de liberté. Elle n'a guère été récompensée pour sa soumission à ses deux maris successifs.

 

Pour être heureuse, Maria se raconte des histoires. Les bouts de papier qu'elle récupère au théâtre, et qui sont autant de bribes de vie, nourrissent son imaginaire, de même que leurs autres traces...

 

Jérôme Tascon est descendu à l'hôtel qui se trouve en face du 136. Il s'était réjoui trop vite d'avoir été embauché par la société L.B., car celle-ci a fait faillite aussitôt et son couple n'a pas résisté.

 

Lucie Barillon est descendue pour un rendez-vous médical au même hôtel que celui d'Ève, Jérôme et Yann. Elle y a rencontré ce dernier au bar, mais a surtout repéré un homme au fond de la salle...

 

Pendant la nuit, un malheur change la donne. les cartes sont redistribuées dans ce roman empreint d'une poésie douce, et se confirme le proverbe selon lequel à quelque chose malheur est bon.

 

Le mot de la fin revient cependant à Maria:

 

Être en mouvement.

Ne surtout pas devenir une carcasse.

Et rire. Il n'y a que ça de vrai.

C'est vrai, il est difficile de traverser la vie.

Mais tout ira bien.

 

Francis Richard

 

Je ne suis que ça, Madeleine Bongard (illustré par Claire Finotti), 212 pages, Les Editions Romann

Partager cet article
Repost0
25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 21:15
Mousse Boulanger - Femme poésie: une biographie, de Corine Renevey

Au moment d'inscrire son prénom à l'état civil de Boncourt, Otto Neuenschwander, son père, tint à lui donner un nom audacieux, différent des autres, une marque joyeuse qui évoque l'onde de choc d'une bouteille de bière que l'on vient de secouer, une vibration qui traverse de part en part le flacon créant des bulles à la surface, entraînant la formation d'un débordement onctueux.

 

Le prénom Mousse plaisait bien au père, mais pas du tout à la mère qui n'apprécia pas la plaisanterie et fit, dès le lendemain, rectifier le registre pour que sa fille se prénommât Berthe, comme elle.

 

Corine Renevey a pris le parti de la désigner jusqu'à ses douze ans par le prénom de sa mère, puis d'opérer le changement alors qu'elle quitte Boncourt pour se rendre à l'école secondaire de Porrentruy.

 

Avec le recul son père avait raison, Mousse convient bien à celle qui, différente des autres, fait montre, dès l'enfance, d'une personnalité bien affirmée, laquelle s'est confirmée tout au long de son existence.

 

Née en 1926, Mousse Boulanger est toujours de ce monde. Sa vie a été bien remplie et sa biographe la retrace avec beaucoup de bonheur, parce qu'il faut dire que c'est une personne vraiment très attachante.

 

Ses parents lui répétaient qu'ils étaient pauvres mais qu'ils l'aimaient. Elle aimait aussi ses parents, même si elle pouvait leur en faire voir de toutes les couleurs avec son caractère qu'elle avait bien trempé.

 

Toute sa vie montre qu'elle aime les pauvres, les démunis, et qu'elle n'a de cesse de les défendre, ce qui explique ses engagements, que personne n'est obligé d'approuver sinon peut-être dans les intentions.

 

Le sous-titre Femme poésie lui convient à merveille. Mais la poésie ne lui est pas apparue essentielle quand elle est devenue femme; elle en a eu en effet le goût, ainsi que celui des mots, dès l'école enfantine.

 

Après guerre, son engagement et ses fréquentations l'amènent à adhérer au parti communiste; ses goûts pour la poésie et pour les mots, la conduisent à suivre des cours de théâtre à Genève et à en faire.

 

Le 27 mai 1953, elle rencontre Pierre Hofstettler après son récital à Yverdon. Son nom de scène est Pierre Boulanger (comme le métier de son père), son patronyme étant considéré comme imprononçable.

 

À la Pâques 1955, Mousse et Pierre Boulanger se marient. Et sont inséparables jusqu'à la mort de ce dernier en 1976. Ensemble ils font de la radio et de la scène, où la poésie occupe une place de choix.

 

Ses engagements de féministe, de syndicaliste, ses rapports avec Corina Bille, Jacques Chessex (avec lequel elle se fâche puis se réconcilie...), Maurice Chappaz, René Prêtre ou Janine Massard, la dépeignent.

 

Car c'est une femme courageuse (elle a oeuvré pour que la correspondance de Vio Martin et Gustave Roud soit publiée in extenso...) et appréciée, bien qu'elle soit l'emmerdeuse, comme elle se qualifie.

 

Heureusement la poétesse, aujourd'hui solitaire, et privée d'écho à sa révolte parce que le monde a changé, ne tombera pas dans l'oubli grâce à cette biographie qui rend justice à son talent et à son humanité.

 

Francis Richard

 

Mousse Boulanger - Femme poésie: une biographie, 240 pages, L'Aire (à paraître)

 

Un livre de Mousse Boulanger à L'Âge d'Homme:

 

Les Frontalières (2013)

Partager cet article
Repost0
21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 17:15
Courir dans les vagues, de Harry Koumrouyan

Pour Simon, son père était une silhouette évanouie, une ombre qui avait disparu. La transparence d'un fantôme. D'ailleurs avait-il jamais existé? Simon finissait par en douter, comme s'il s'agissait d'un homme dont le temps a effacé les traces.

 

Simon vit en duo avec sa mère Pauline depuis toujours. Ils habitent un appartement modeste et exigu, au troisième étage d'un immeuble, rue Leschot, à Genève. Lui dort dans la chambre, elle, dans le salon.

 

Ce qui déclenche chez Simon une réelle quête du père, ce sont les confidences d'Alicia, la nouvelle élève, qui a pris place à côté de lui en classe et qui est revenue de Montevideo, où naquit Jules Supervielle.

 

Alors il interroge une nouvelle fois sa mère sur son père, mais celle-ci ne sait vraiment pas ce qu'il est devenu. Elle a perdu la trace de Matt Eastland, qui, parti sans crier gare, n'a jamais su qu'il allait avoir un fils.

 

Tout ce que Pauline peut raconter à Simon, ce sont les circonstances dans lesquelles elle a connu Matt, et tout ce qu'elle peut lui conseiller, en désespoir de cause, c'est de s'adresser à une certaine Renée Davel.

 

Cette dame, qui avait embauché Pauline aux Nations Unies, est une amie de la grand-mère de Matt. Laquelle veut bien l'aider mais, après avoir cherché un moment, ne retrouve que les coordonnées d'Hannah.

 

Hannah est la soeur de Matt. Après l'avoir jointe aux États-Unis par téléphone, il n'est guère plus avancé. Elle n'a plus de contact avec son frère. Simon n'a toujours pas d'autre élément qu'une photo du père.

 

Certes il  y a eu une présence masculine dans la vie de Simon enfant. Quand il avait six ans, Lionel, qui sortait avec Pauline, avait occupé un temps la place sinon d'un père, du moins celle d'un grand frère.

 

Mais Lionel s'en était retourné dans son Portugal natal, parce qu'il avait la nostalgie du pays. Aussi n'avait-il jamais été un père de substitution pour Simon et était-il reparti d'où il était venu pour se retrouver.

 

Une fois sa quête commencée, en dépit des faibles indices qu'il a, il la continue aussi bien à Genève qu'aux États-Unis, avec persévérance, ce qui n'exclut pas pour autant qu'il n'ait des moments de découragement.

 

Finalement, parvenu au terme de sa quête, il se rend compte que si l'on ne choisit pas ses parents, il vaut mieux juste savoir ce qu'ils sont réellement. Comme le lui a dit un jour Raffy, rencontré à New-York:

 

La réalité, on est bien obligé de l'accepter. Ensuite, on s'arrange le mieux possible avec elle et si elle nous brutalise vraiment, on essaie de la calmer comme on peut.

 

Francis Richard

 

Courir dans les vagues, Harry Koumrouyan, 316 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

Un si dangereux silence (2016)

L'impératrice des Indes (2018)

Partager cet article
Repost0
20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 12:00
Mais des choses pareilles !, de Joël Cerutti

En Valais, il y a ceux qui ont réalisé des affaires avec Kamerzin et qui sont restés amis avec lui. En Valais, il y a ceux qui ont travaillé avec Kamerzin et qui ne sont plus copains avec lui.

 

Jean-François Kamerzin, qui se fait appeler JFK2, règne sur le Valais, lequel lui a permis de gagner ses cent premiers millions. Il ne les a pas mis dans une banque, mais dans une armoire transparente, en plexiglas, dans la galerie d'une ancienne mine d'or, bien gardée.

 

Ces cent millions, il ne les montre pas à n'importe qui. Samuel Rinaldi fait partie des happy few, parce que, dans un premier temps, JFK2 l'a à la bonne, après qu'il a sauvé la vie d'un des hockeyeurs du club qu'il préside et sans la présence duquel il n'aurait pas d'avenir.

 

Seulement Samuel a commis un crime de lèse-majesté en s'intéressant à sa fille Betty, qui, ce qu'il ne soupçonne pas et ne peut pas comprendre, a également des sentiments pour lui. Sans l'exclusion musclée de Samuel, opérée par ses sbires, il n'y aurait pas eu de casse.

 

Car Samuel va dès lors monter une opération pour dérober ces cent millions en coupures violette de mille francs. Et, pour ce faire, il va s'entourer d'André Bourban qui connaît bien la montagne, d'Anna Da Silva, la mécanique, et de Jaerg Kalbermatten, les explosifs.

 

C'est l'histoire de ce casse que raconte ce thriller-raclette écrit par Joël Cerutti, où le fromage est représenté par les billets de banque, porté à ébullition par le casse, avant que la raclette ne le répartisse entre les quatre comparses, soit vingt-cinq millions chacun.

 

Évidemment des choses pareilles ne peuvent se produire tout à fait comme prévu. Le lecteur, qui sait par le prologue qu'il y aura un hic final, n'apprend les détails de l'opération rocambolesque qu'au fur et à mesure de son déroulement, lequel connaît bien des avatars.

 

Il faut que le lecteur soit vraiment de mauvaise composition pour ne pas s'amuser en lisant ce polar, où la satire et les invraisemblances ne peuvent que conduire au sourire, et, pourquoi pas, au rire, et où le rôle joué par un lutin asexué auprès de Samuel est déterminant.

 

Francis Richard

 

Mais des choses pareilles !, Joël Cerutti, 320 pages, Éditions du Roc (à paraître)

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
  • Contact

Profil

  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

Références

Recherche

Pages

Liens