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12 août 2026 3 12 /08 /août /2026 11:30
Une unique lueur, de Fred Vargas

Bon sang que cette fille était belle. Mais ses paupières presque closes ne cillaient plus. Il posa légèrement le dos de son index sur la joue, trop fraîche, et soupira.

 

Le commissaire Adamsberg, de la Brigade criminelle du 13e s'est rendu rue Monsieur le Prince, à la suite d'un appel du brigadier Jourdain du commissariat du 6e.

 

Il s'agenouille près du corps, soulève légèrement d'un doigt le revers gauche de la veste immaculée et éclaire une tache qui rougit une blouse blanche au niveau du coeur.

 

Il note, sachant que tous les détails ont leur importance: 

Dans les trente ans ou moins, grande et mince, abondante chevelure blond foncé ondulant sur les épaules, rouge à lèvres. Nul signe de peur ou de souffrance sur ses traits, veste échancrée en lainage pied-de-poule - carreaux noirs et blancs - serrée sur sa taille fine, jupe étroite d'un noir assez brillant, jambes parfaites, collant et fines chaussures de cuir à petits talons. Une montre au poignet gauche, un bracelet doré au droit. Une alliance. À ses côtés, son sac à main et, incongru, un bouquet de hautes fleurs violettes sans papier d'emballage.

 

Telle est la scène de crime, qui est, indubitablement, une mise en scène. Ce qui dit quelque chose au commissaire Adamsberg, qui a le sens de la formule absconse: 

 

Quelque chose que je ne sais pas alors que cela me dit quelque chose.

 

La victime sera identifiée d'après les papiers trouvés dans son sac. Et il s'avèrera qu'un sifflet doré est attaché à son bracelet découvert à son poignet droit...

 

Pour résoudre l'affaire, le commissaire Adamsberg est entouré de toute une équipe particulière, habituée à ses méthodes singulières et à ses capacités mnésiques.

 

Lors d'une recherche sur le Net, apparaît à Adamsberg le quelque chose qui l'a assailli la veille à la vue de la scène de crime: une affaire similaire remontant à six ans.

 

À partir de ces éléments, dont l'un sera un temps Une unique lueur, l'enquête sera menée par Adamsberg et son équipe, en suivant deux pistes non exclusives. 

 

La première de ces pistes ravira les amateurs de poésie ténébreuse, l'autre, les cinéphiles, et elles n'émergeront que grâce aux capacités mnésiques du commissaire...

 

Cette enquête sera émaillée de rebondissements qui montreront que l'assassin, surnommé l'ovni, a plusieurs coups d'avance comme les bons joueurs d'échecs... 

 

Mais c'est cette connaissance improbable qui permettra de démasquer l'homme du sacrilège, car tel sera le surnom que l'équipe et son chef lui donneront in fine.

 

Le lecteur aura apprécié les néologismes dont Adamsberg est friand, tel jonctionnement, ou expressions, telle faire chou rouge, ou l'emploi de formules anglo-saxonnes:

 

Hang on and go on1.

 

Francis Richard

 

1 - Accrochez-vous et continuez.

 

Une unique lueur, Fred Vargas, 528 pages, Flammarion

 

Livres précédemment chroniqués:

 

L'armée furieuse, 430 pages, Viviane Hamy (2011)

Temps glaciaires, 496 pages, Flammarion (2015)

Quand sort la recluse480 pages Flammarion (2017)

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9 août 2026 7 09 /08 /août /2026 17:20
Assaut contre la frontière, de Leïla Slimani

Toute littérature est assaut contre la frontière.

Franz Kafka

Journal

 

Quand Leïla Slimani était enfant, elle parlait la darija, langue vernaculaire du Maroc, [...] synthèse de l'amazigh et de l'arabe, qui a absorbé également des influences françaises et espagnoles.

 

De fait Leïla Slimani a grandi dans un univers multilingue: le français, le berbère, l'espagnol, l'allemand - langue de sa grand-mère maternelle alsacienne, qui avait choisi d'apprendre l'arabe. 

 

Au lycée, la langue française a alors tout dominé, cette langue d'une culture et d'une littérature dites "majeures". C'est aussi dans ce lycée qu'on [lui] a enseigné l'arabe classique, langue sacrée.

 

La question qu'elle se posait: Si je ne parlais pas arabe, pouvais-je être pleinement marocaineOr, quand son père est mort, le fait est qu'elle ne comprenait pas du tout sa langue paternelle... 

 

Quand, à dix-huit ans, elle s'est installée à Paris, elle a compris qu'elle était une Arabe, physiquement, et que sa connaissance de la culture française n'y changeait rien. Elle restait l'étrangère:

 

J'arrivais dans un pays qui était le mien tout en étant étranger. C'était mon identité, mais une identité inculquée, et à ce moment-là étrangère à mon intimité la plus profonde.

 

Ses parents l'avaient élevée avec l'idée [qu'elle pouvait] être à la fois marocaine et française, africaine et occidentale [...] [qu'elle pouvait] abriter en [elle] deux récits: c'était, hélas, idéaliste...

 

Pour elle, qui écrit en français, la langue pure n'existe pas, elle est un fantasme politique, une fiction. [...] Peut-être qu'écrire c'est justement ça, expérimenter sans cesse l'étrangeté de sa propre langue.

 

Dans sa famille, on aime à se moquer de [sa] propension à voir partout où [elle] va des traces infimes ou évidentes de la culture arabe, mais, parfois, elle en a marre d'être un écrivain maghrébin...

 

Finalement, dit-elle, grâce à la littérature, j'ai fait la paix avec ma propre étrangeté. Elle a en effet compris que son intranquillité pouvait être un extraordinaire carburant et n'a plus eu honte:

 

Oui, la littérature m'a permis de dépasser la honte tant il est vrai que l'art du roman est celui qui permet de partager ses hontes pour pouvoir s'en libérer. Je suis une Arabe qui parle mal l'arabe. Une Marocaine ni meilleure ni moins bonne qu'une autre. J'écris dans une langue pour en raconter une autre...

 

Plus loin elle ajoute:

 

L'universalisme auquel j'aspire ne nie pas les différences entre les êtres humains mais considère que ce qui nous distingue et que l'orgueil d'être différent ne doit pas nous empêcher d'être heureux ensemble. La littérature, si elle fait assaut contre les frontières qui nous enferment en nous-mêmes, peut-elle encore nous ramener vers l'Autre? Oui, je le crois car au coeur de la lecture il y a l'empathie, et il y a la tendresse.

 

Elle confie enfin:

 

Mon pays, je l'invente et je l'enferme dans mes romans comme dans une boule de verre que je pourrais remuer et il y aurait le vent et il y aurait la neige et des jours d'été où l'air serait si chaud qu'on ne pourrait rien faire. Écrire n'est peut-être rien d'autre que la tentative désespérée de rentrer chez moi, dans un pays dont j'aurais chaque jour à réapprendre la langue.

 

Francis Richard

 

Assaut contre la frontière, Leïla Slimani, 80 pages, Gallimard

 

Leïla Slimani est l'auteure de la trilogie Le pays des autres:

Le pays des autres (2020)

Regardez-nous danser (2022)

J'emporterai le feu (2025)

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8 août 2026 6 08 /08 /août /2026 18:00
Juste après Dieu, il y a papa, de Eric-Emmanuel Schmitt

Les gens d'en bas adorent voir tomber ceux d'en haut. Leur chute rétablit l'ordre selon lequel aucune tête ne doit dépasser et chacun doit ramper au milieu de ses semblables. Les médiocres n'aspirent pas à s'élever, ils attendent simplement l'effondrement de ceux qui se pavanent au-dessus d'eux - leur manière à eux de se grandir...

 

Eric-Emmanuel Schmitt aurait pu mettre ce texte en épigraphe de ce roman où les deux protagonistes sont Mozart, père et fils, Léopold et Wolfgang. Mais il figure à son début, rappelant au lecteur quels maux résultent du péché capital qu'est l'envie, dont l'expression moderne est l'égalitarisme.

 

Mozart père et fils sont musiciens. L'expression fait penser à une petite entreprise. Avec pour devise: Un Mozart ne doit pas être médiocre. Le fait est que Wolfgang enfant veut ressembler à papa - espérant le dépasser-, au point de dire à sa soeur un matin de ses cinq ans: Juste après Dieu, il y a papa.

 

Léopold n'est pas seulement fier de ses enfants, Nannerl et Wolfgang, il est lucide. Il ne croit pas qu'ils sont tous deux hors du commun, il le sait. C'est pourquoi il décide de demander congé au Prince-Évêque de Salzbourg et celui-ci le lui accorde après avoir écouté religieusement le petit Wolfgang:

 

Dieu a honoré la principauté archiépiscopale de Salzbourg en lui donnant un prodige. Il faut proclamer ce miracle à l'univers, sinon nous nous comporterions comme les plus ingrates de Ses créatures.

 

Pourquoi ce congé? Parce que Wolfi a besoin de voyager, pour assimiler, progresser, rencontrer des musiciens qui lui transmettent mille secrets. Au cours de ces voyages en Europe en famille, il ne rencontre pas que des musiciens, mais également des esprits éclairés de l'époque et... la maladie.

 

Les enfants de Léopold et Anna-Maria s'en sortent, heureusement. Léopold veut le meilleur pour eux. Il est prêt à mourir à la tâche pour qu'ils aient ce qui lui a manqué: le savoir, les livres, les partitions, les voyages, les rencontres. En résumé, leur instruction primera toujours sur sa fatigue.

 

Les années passent. Léopold n'a plus rien à apprendre à Wolfgang dans le domaine musical. L'élève a dépassé le maître. Alors il joue le rôle du mentor stratégique, du diplomate, de l'homme des réseaux. Désormais, il ne lui enseigne plus la musique, mais la prudence, la patience, l'art de plaire.

 

Quand l'archevêque de Salzbourg meurt, son successeur n'est pas aussi accommodant et exige que Mozart père et fils soient chaque jour à son service. Il n'est plus question qu'ils s'absentent en tournée, pendant des années, des mois, ni une semaine. Avec sa mère, Wolfgang claquera la porte...

 

Quand, sa mère morte, Wolfgang reviendra, ce ne sera pas pour longtemps. Il aura retenu la leçon de liberté que son père lui a enseigné. Il démissionnera et partira pour Vienne où il trouvera l'amour avec Constance, la fille de sa logeuse, tandis que sa soeur se résoudra à s'occuper de leur père. 

 

Wolfgang se sera passé du consentement de son père pour épouser Constance. Mais celui-ci s'occupera alors de marier Nannerl... À Vienne, Wolfgang connaîtra le triomphe devant Joseph Haydn qui dira à son père, après l'avoir été, qu'il est désormais le plus illustre compositeur de son époque.

 

Viendra le jour où Léopold mourra et ne pourra plus engueuler Wolfgang, qui ne pourra plus lui dire merci. Avant de quitter ce monde à son tour et de le rejoindre dans l'autre, Wolfgang composera le Lacrimosa de son Requiem. Ils se querelleront tendrement en s'esquivant ensemble:

 

- C'est toi, Mozart.

- Non, c'est toi.

- Non, toi.

- Toi.

 

Francis Richard

 

Juste après Dieu, il y a papa, Eric-Emmanuel Schmitt, 208 pages, Albin Michel

 

Livres précédemment chroniqués:

 

La nuit de feu (2015)

L'homme qui voyait à travers les visages (2016)

La Vengeance du pardon (2017)

Journal d'un amour perdu (2019)

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3 août 2026 1 03 /08 /août /2026 17:22
Le Roman des Romands - Édition 2026-2027

Le Roman des Romands est un prix littéraire qui a vu le jour en 2009. Il a pour objectif de promouvoir la littérature contemporaine de Suisse romande et de favoriser le lien entre les auteurs et leur public, et plus particulièrement le jeune lectorat.

 

L'association qui le décerne comprend trois comités:

Le Comité d’organisation:

Il met en relation les différents acteurs et coordonnent les différents événements autour du prix. Il favorise les rencontres entre les auteurs et les élèves, ainsi qu’entre les élèves de différentes régions, grâce à des dons privés. Il organise les débats locaux et inter-régionaux (lecteurs, élèves, librairies, bibliothèques). Il organise le vernissage de la sélection, les délibérations finales, ainsi que la cérémonie de remise du prix. Il détermine également la composition du Comité de lecture.

Il est composé de:

  • Fabienne Althaus Humerose (présidente, Genève)
  • David Burkhard (trésorier, Vaud)
  • Véronique Jobin (membre, Valais)
  • Fabienne Laloli (membre, Tessin)
  • Christophe Preisig (membre, Vaud)
  • Valery Rion (membre, Jura)

 

Le Comité de lecture:

Il est chargé de lire les romans suisses parus dans l’année et d’établir la sélection qui sera ensuite lue dans les classes:

Il est composé pour cette édition de:

  • Claire Chardonnens, Libraire, Fribourg
  • Martina Della Casa, Maître de conférence à l’Université et au Cycle annuel de Conférences Helvétiques, France
  • Jean-Michel Devésa, Professeur émérite, Fribourg
  • Maurane Formaz, en Master à l’Université de Fribourg, Valais
  • Claudia Souto Cuello, Institut littéraire de Bienne, Berne
  • Renato Weber, traducteur, Argovie

Le comité de lecture prépare déjà la prochaine édition avec une nouvelle membre :

  • Alma Decaix-Massiani, doctorante en littérature, Fribourg
Le Comité de parrainage:

Il est composé de:

  • Mmes Martine Brunschwig Graf (conseillère nationale, GE), Anne Emery-Torracinta (conseillère d’Etat, GE), Caroline Gueissaz (députée cantonale, NE) et Anne Seydoux-Christe (conseillère aux Etats, JU)
  • MM. Didier Berberat (conseiller aux Etats, NE), Dominique de Buman (conseiller national, FR), Antonio Hodgers (conseiller d’Etat, GE), Christian Levrat (conseiller aux Etats, FR), Guy Mettan (député cantonal, GE), Jacques Neyrinck (ancien conseil national, VD), Luc Recordon (ancien conseiller aux Etats, VD), Jean-Claude Rennwald (ancien conseiller national, JU), Stéphane Rossini (conseiller national, VS) et Jean-François Steiert (conseiller national, FR)

 

Voici les six romans qui ont été retenus pour l'édition 2026-2027:

 

Le Roman des Romands invite des classes du secondaire II (collégiens, gymnasiens, lycéens, élèves d’écoles professionnelles…) de toute la Suisse à lire une sélection d’ouvrages romands, à les évaluer, en discuter, rencontrer leurs auteurs.trices, en débattre avec d’autres classes et à déterminer leur favori.

 

Les élèves de ces classes forment le grand jury qui est appelé à sélectionner le roman lauréat dont l’auteur.rice recevra un chèque d’une valeur de CHF 15’000.- remis chaque année par la Fondation Francis & Marie-France Minkoff.

 

Calendrier:

  • Le 29 octobre 2026, le Grand Jury rencontre les six auteurs sélectionnés pour un grand débat au Lycée Jean Piaget à Neuchâtel.
  • Le 11 janvier 2027 les délégués du Grand Jury votent en un lieu encore à définir.
  • Le 29 janvier 2027 le prix est remis à Noda, la nouvelle salle de concert à Sion.

 

En attendant, même si vous ne faites pas partie du Grand Jury, n'hésitez pas à lire, les six romans sélectionnés...

 

Francis Richard

 

1 - Ayant oublié - sous l'effet des canicules - que j'en avais déjà fait une recension, j'en ai fait une seconde le 4 juillet 2026 ...

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3 août 2026 1 03 /08 /août /2026 15:50
L'affaire lombarde, de Jacques de Villiers

Estefan était à Montpellier pour une raison bien précise.

 

En cette fin avril 1290, le bâtard du Roussillon a pour mission de faire entrer au service du roi Philippe à Paris un nouvel arrivé là-bas, un professeur, Guillaume de Nogaret:

 

Notre jeune souverain manque cruellement d'hommes loyaux.

 

De quoi s'agit-il? De l'aider à inventer pour le royaume une administration plus précise et plus efficace. Pour le décider - il a d'abord refusé - il use de méthodes peu chrétiennes...

 

Le royaume, lui, manque cruellement d'argent. Aussi le roi a-t-il décidé de contourner l'interdit de l'usure en ayant recours aux banquiers lombards et l'explique à la reine:

 

Je ne leur devrai pas davantage que ce qu'ils m'auront versé. Je leur céderai le droit de percevoir une taxe. Ils paieront pour ce droit.

 

Entrant dans Paris, Stefan, Nogaret, sa femme Agnès et leurs deux filles, croisent un templier, le commandeur d'outre-mer, qui s'avérera être le méconnu Jacques de Molay1...

 

Les caisses étant vides, le roi doit faire un choix entre des voleurs et fourbes: d'une part Gandoufle d'Arcelles, de l'autre les frères Franzesi, surnommés Biche et Mouche.

 

La nouvelle mission confiée par le roi à Stefan est de s'assurer que les hommes qui fourniront l'argent seront à sa botte, physiquement et moralement et ne trahiront pas... 

 

Ce volume - il est vraisemblable qu'il y aura une suite 2 - est le récit de cette quête menée par le bâtard du Roussillon pour déterminer lequel des deux banquiers choisir.

 

Pour les approcher, Estefan, l'espion du roi, inventif 3, aura recours à ses méthodes peu chrétiennes qui ont fait leurs preuves mais failliront se retourner contre lui. 

 

Le lecteur d'aujourd'hui ne sera pas dépaysé: déjà, à l'époque, corruption, malhonnêteté, complots, ingérences ... vassales, notamment anglaises, feront partie du récit.

 

S'il lit le livre pendant les transhumances de l'été, il relativisera la durée de ses périples quand il les comparera aux longues chevauchées du bâtard à travers la France.

 

Au long du récit, où loyauté et félonie sont le sujet, le lecteur vérifiera à moult reprises la justesse de l'adage selon lequel on n'est jamais trahi que par les siens, ou siennes.

 

Le lecteur trouvera que Stefan ressemble au régisseur infidèle de l'évangile, mais qu'il ne l'est pas. Il retiendra qu'il devra, comme son roi, être avant tout au service de Dieu...   

 

Francis Richard

 

1 - L'un des hommes les plus influents d'Europe.

2 - À la toute fin réapparaît un personnage du premier volume, le cardinal Cholet...

3 - Il enchaîne les fausses identités.

 

L'affaire lombarde, Jacques de Villiers, 550 pages, Fayard

 

Livre précédent:

 

Le Bâtard du Roussillon 496 pages, Fayard

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29 juillet 2026 3 29 /07 /juillet /2026 17:30
La sélection du Prix du Polar Romand 2026

Pour la deuxième année consécutive, le Prix du Polar Romand sera décerné en même temps que le Prix du Polar Alémanique.

 

Le jury romand, coordonné par Fanny Meyer (déléguée à la politique du livre de la Ville de Lausanne, depuis le 3 mai 2023) est composé de:

 

Stéphanie Berg: Forte de 20 ans d'expérience en librairie, je cultive une passion de longue date pour les romans policiers et accompagne ce prix depuis ses débuts. C'est avec un regard de professionnelle et d'enthousiaste que je sélectionne, chaque année, les pépites du genre.

Francine Cellier: Active depuis plus de 45 ans dans les métiers du livre, aussi bien en librairie, dans la représentation ou la création de festival littéraire, ainsi que 10 ans de bénévolat pour une maison d’édition. Je suis bénévole dans l’association Temple du polar et j’organise des rencontres littéraires. Donc depuis fort longtemps lectrice d’ouvrages policiers mais aussi de romans contemporains.

Sonia Charruau: Je suis engagée à la Ville de Lausanne depuis 25 ans. Adjointe à la cheffe de service BAVL, mon quotidien n’est pas en relation directe avec les livres mais en rapport avec le suivi administratif et financier du service ainsi que la mise sur pied et le déploiement de nouveaux projets. A titre personnel, je suis fascinée depuis toujours par les mystères et les intrigues criminelles, je parcours les polars comme d’autres mènent des enquêtes. En tant que membre de ce Jury, je recherche des histoires bien amenées où chaque indice compte et où la vérité se révèle à la dernière page!

Sébastien Dyens: Entré dans le rang de la Police de Lausanne en 1998, j’ai rejoint la Police Judiciaire en 2006 et la Brigade des Stups en 2009, Brigade ton j’ai pris la direction en 2019. Marié et père de 2 enfants, passionné de sport, musique et lecture en générale, j’ai un intérêt spécifique pour le roman noir américain de Dashiell Hammett à James Ellroy, genre littéraire étroitement lié au polar. J’ai rejoint le jury du prix du polar romand en 2020 où j’apporte notamment mon expérience professionnelle.

Christian Zutter: Le jour de mes 26 ans, départ comme délégué du CICR sur le front du conflit Iran-Irak. Puis 10 ans de missions humanitaires en zones de conflits en Afrique et en Amérique Centrale, avec missions également au siège à Genève. Chef du Protocole de la Ville de Lausanne dès 1995, secrétaire municipal de 2012 à 2016, préretraite en 2020 à 62 ans, à la veille du confinement Covid. Président de l'association Lausan'noir et membre du jury du prix du polar romand depuis ses débuts.

 

Début juillet la sélection des cinq finalistes a été publiée:

 

-  La nuit viendra de Magali Meylan paru chez 180° éditions

-  Du sang sur les miens de Yves Paudex paru aux Éditions Montsalvens 

La fin du week-end de Michaël Perruchoud paru chez Okama

-  Ligne de fuite de Pierre Ronpipal paru aux Nouvelles Editions Humus

-  De pierre et de chair de Vanessa Trüb paru chez Favre

 

La Cérémonie de remise des Prix du polar suisse, romand et alémanique, aura lieu le 25 septembre 2026, à 20 heures, Salon Bailly de l’Opéra de Lausanne1, Avenue du Théâtre 12, 1005, Lausanne. Il est possible de s'inscrire gratuitement via ce lien.

 

D'ici là prenez bien du plaisir à découvrir ces cinq polars...

 

Francis Richard

 

1 - Mise à jour du 1er août 2026.

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28 juillet 2026 2 28 /07 /juillet /2026 21:20
La vie entière, de Timothée de Fombelle

J'ai des souvenirs d'avance. Je les écris, très vite, pour rester vivante. Quand ils n'ont pas encore existé, je les invente.

 

La narratrice de Timothée de Fombelle écrit au conditionnel ces souvenirs d'avance. Si elle veut rester vivante, c'est qu'elle est en danger.

 

Quel danger? La guerre.  Elle écrit donc en cadence sur sa machine à écrire Royal qu'elle a appris à maîtriser: Je sais pourtant qu'il ne faut rien écrire. Ne laisser aucune trace derrière moi. 

 

Quelle guerre? Le lecteur apprendra qu'il s'agit de la Seconde Guerre mondiale.

 

Elle précise: Quitter l'appartement. Disparaître s'il ne vient pas. C'est la règle. 

 

Elle invente: Il aurait retrouvé son vrai nom après la guerre, il ne s'appelle plus Blanche. Il a un nom civil, un nom de paix, Jean ou un autre nom.

 

Elle a dix-neuf ans depuis hier, mais elle imagine une femme très âgée qui parle et qui me survivra: c'est moi.

 

Elle raconterait à ses enfants, qu'elle aura eus avec lui, qu'elle cousait des messages dans les ourlets d'une robe d'été pour les cacher. 

 

Plus loin, le lecteur saura que ce sont messages qu'il lui dictait et qu'il appelait les Feuilles volantes, la feuille huit datant de décembre 1942, la feuille onze de février 1943...

 

Treize mois plus tôt, elle et lui s'étaient donnés rendez-vous dans le café de la rue des Écarts. Il avait prononcé son prénom, Claire, avec de l'air dans la seule syllabe.

 

Il avait convenu avec elle de la retrouver chez elle le lendemain à cinq heures...  C'était le début de son implication dans un réseau de résistance qui ne disait pas son nom...

 

Si, un jour, la machine à écrire Royal s'envole, les écrits resteront. Il saura où les trouver si elle disparaît. Il les lira et connaîtra alors La vie entière dévalée par Claire, comme elle l'avait prévu:

 

Ce n'est pas fini. Tu m'auras vivante.

 

Francis Richard

 

La vie entière, Timothée de Fombelle, 80 pages, Gallimard

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25 juillet 2026 6 25 /07 /juillet /2026 17:15
De pierre et de chair, de Vanessa Trüb

Un sentiment mauvais s'insinua dans son coeur. Elle était contente. Contente qu'il soit crevé comme le rat retrouvé dans les pièges de la grange. Oui, c'était ça. Contente. De toute façon le père lui disait assez qu'elle était mauvaise, une petite vicieuse.

 

Le lecteur ignore de qui il s'agit. Il sait seulement que cette personne se réjouit de la mort de son oncle lors de son enterrement dans le cimetière d'un village du Jura vaudois, Longirod, il y a quelques décennies, le 12 novembre 1973.

 

Même si tout bon chrétien ne doit pas se réjouir de la mort d'un homme, le lecteur comprend, sans approuver, qu'il y ait de quoi se réjouir de la mort de cet oncle, qui s'est comporté sa vie durant comme un porc, avec elle et avec son frère.

 

En décembre 2021, près de Marchissy, un autre village du Jura vaudois, Suzanne Müller, adepte de la marche nordique, se promène avec son chien Caramel. Celui-ci lui échappe. Elle cherche à le repérer, ne cesse de l'appeler, le trouve enfin:

 

Il était en train de dévorer allègrement la chair offerte à lui. L'abdomen était déjà bien entamé. Mais pas le visage. Il était presque entièrement recouvert de neige. C'était celui d'une adolescente. Elle avait les yeux ouverts. Ils ne regardaient rien de particulier. Elle était morte.

 

L'inspecteur Nathan Redlink se rend sur la scène de crime, car c'en est un, où se trouvent déjà la jeune Ajda, d'origine kurde: Parfaitement professionnelle. D'une redoutable efficacité; Paul Scher, qui dirige les opérations scientifiques et lui apprend:

 

Le coeur manque [...] . À la place du coeur, une pierre, plutôt boueuse a été déposée.

 

Le lecteur sait donc très vite le pourquoi du titre de ce polar: De pierre et de chair et ne peut que penser à l'expression un coeur de pierre, d'origine biblique, employée pour désigner une personne dure, insensible, sans compassion envers les autres:

 

Je leur donnerai un seul coeur et je mettrai en eux un esprit nouveau; j'extirperai de leur corps le coeur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair. Ézéchiel 11, 19

 

Assez rapidement la victime est identifiée. Il s'agit d'Aurélie Dutroit, née le 24 mai 2004. Sa mère, demeurant à Gilly, sur la Côte du lac Léman, avait signalé sa disparition au poste de police de Nyon. Nathan a appris la nouvelle aux parents d'Aurélie:

 

Nathan, au volant de sa voiture en direction de Bursins, sentit la colère traverser son corps de part en part. Il en avait la certitude. Il trouverait le meurtrier. Celui qui avait ôté la vie à Aurélie et le goût de celle-ci aux siens.

 

Deux récits, en parallèle, feront émerger la vérité sur cette horrible affaire. Si le lecteur aura une petite longueur d'avance sur la police, parce qu'il aura accès avant elle au passé qui explique le présent, cela ne lui permettra pas de l'élucider sans elle.

 

À la fin les deux récits parallèles se recouperont après que la police aura constitué un génogramme explicatif. Le lecteur comprendra alors pourquoi Vanessa Trüb a mis en épigraphe une citation de Paul Ricoeur, tirée de Réflexion faite (1995): 

 

Oui, atteindre le point où la vérité qui chasse les fantômes est celle-là: l'éternelle lutte entre la fraternité et le mal absolu.

 

Le lecteur ne laissera pas de penser que le rigorisme religieux d'aucuns ne les empêche pas de se comporter à rebours de ce qu'ils prêchent, ce qui ne justifie nullement de se croire l'instrument de Dieu pour les châtier en ce monde plutôt qu'en l'autre.

 

Francis Richard

 

De pierre et de chair, Vanessa Trüb, 288 pages, Favre

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19 juillet 2026 7 19 /07 /juillet /2026 18:45
La nuit viendra, de Magali Meylan

Tout commence par un appel au 117, le numéro d'urgence de la police en Suisse. Une femme, prénommée Audrey, confuse, haletante, signale une mort, le 4 juillet 2016, à Villeneuve, dans le canton de Vaud. Elle est mise automatiquement en contact avec la Centrale vaudoise police.

 

En fait, non. Tout commence en 1933, le 1er juillet. Ce jour-là, deux jumeaux d'origine italienne, Alfredo et Concetta, nés le 24 décembre 1921, se promènent au bord du lac à Villeneuve. Ils s'assoient, retirent leurs chaussures et mettent leurs pieds dans l'eau, quand ils sont interpellés:

 

"Hé, mais c'est les spaghettis ! Forcément, ça aime l'eau, les spaghettis. Après, ils sont cuits!"

 

L'interpellateur s'appelle Blaise. Il fait un peu office de chef de meute de cinq de leurs camarades de classe, deux garçons et trois filles, Blaise donc, Paul, Juliette, Anna et Muriel. Ledit Blaise a vu le père d'Alfredo sortir de chez lui, où se trouvait sa mère... Ils attachent Alfredo, Concetta fuit.

 

Le 4 juillet 2016, les inspecteurs, Natacha Laverrière et Samuel Roth, de la police criminelle, se rendent à Villeneuve: selon le médecin légiste, la défunte, Anna Emery, découverte par sa petite-fille Audrey Veyre, ne serait pas morte naturellement et tient dans sa main un billet où est écrit:

 

1er juillet 1933 - La nuit viendra, quand tu ne t'y attendras plus. 

 

Y a-t-il un lien entre les deux dates? Natacha trouve tout de suite étrange que le billet porte la date du 1er juillet et que Anna Emery meurt justement à cette date ou presque. Elle ignore encore ce qui s'est passé ce jour-là au bord du lac, seul le lecteur ayant été mis dans la confidence. 

 

Le lecteur apprendra plus loin que, ce 1er juillet 1933, Alfredo, ayant réussi au bout de deux heures à se défaire de ses liens, est parti à la recherche de sa soeur et qu'il a fini par la retrouver flottant à la surface de l'eaule dos tourné vers le ciel: il n'avait pas su la protéger, culpabilise.

 

Il faudra du temps au binôme d'inspecteurs pour ne serait-ce qu'apprendre ce qui s'est passé le 1er juillet 1933, au bord du lac. La découverte d'une photo de classe de 1933 leur permettra peu à peu de le savoir, mais le mystère s'épaissira avec d'autres morts survenues un 1er juillet.

 

La première hypothèse leur venant à l'esprit, comme à celui du lecteur, sera celle d'une vengeance commise par Alfredo, mais elle apparaîtra à plusieurs titres improbable, compte tenu des dates espacées des décès et, surtout, du temps écoulé depuis la date fatidique du 1er juillet 1933.

 

Au cours du récit, et, donc, de l'investigation, Magali Meylan livrera au lecteur les tourments personnels de Natacha, qui, ayant été malheureuse en amour, croira trouver l'âme soeur sur un site de rencontres, ce qui réveillera en elle des souvenirs du passé sans savoir les maîtriser. 

 

Le dénouement de cette histoire, au bout de près d'un mois d'enquête, sera inopiné, incroyable, mais vrai, bien qu'il restera toujours quelques zones d'ombre. La nuit sera donc venue pour certains, mais pas pour Natacha, pour qui, après bien des tribulations, une lueur sera permise...   

 

Francis Richard

 

La nuit viendra, Magali Meylan, 400 pages, 180° éditions

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16 juillet 2026 4 16 /07 /juillet /2026 18:20
Ligne de fuite, de Pierre Ronpipal

La voiture est montée sur le trottoir pour me renverser, ça ne fait aucun doute, pour me tuer, m'écrabouiller, m'éliminer. Elle a foncé sur moi.

 

Celui qui est victime de cet attentat s'appelle Pierre Larpipon. Issu d'un milieu ouvrier, il est devenu entrepreneur et dirige une boîte d'installations sanitaires et de chauffage central, SaniCalor S.A..

 

Pierre Larpipon a cinquante six ans, mesure un mètre quatre-vingt-quatre et pèse quatre-vingt-dix kilos. À la suite de l'agression il s'est retrouvé par terre, couché dans le sens de la pente, et ... il pleut.

 

Où se trouve-t-il? Dans une ville de cent cinquante mille habitants, au bord d'un lac, avec les sommets des Alpes comme horizon1. Ce qui l'a sauvé? Une borne hydratante2, contre laquelle il s'adosse:

 

Le SUV a foncé sur moi, il est monté sur le trottoir, je me suis jeté au sol et il m'aurait roulé dessus s'il n'y avait pas eu la borne hydratante pour le bloquer. 

 

Il est en piteux état, physiquement et moralement. Pourtant il sort de chez Sabrina, sa maîtresse, au double sens du terme: il a avec elle des relations sexuelles et BDSM, où il joue le rôle du soumis...

 

Pierre est marié, depuis trente-huit ans, avec Catherine, une bourgeoise. Lui, le pauvre, l'a rencontrée dans le jardin de ses parents à elle, où il creusait la terre... Il pensait avoir eu de la chance...

 

Pourtant c'est elle qu'il soupçonne dès le début de vouloir le tuer. En effet, quinze jours plus tôt, il l'avait accompagnée à une soirée d'anniversaire d'un peintre et il avait bien failli mourir...

 

Pierre croit avoir échappé au SUV, qui est reparti, mais il n'est pas au bout de sa peine. Plutôt que de rentrer chez lui, il trouve d'abord refuge chez ses enfants, Pablo et Prune, en colocation.

 

Ensuite il prend sa voiture pour aller chez sa soeur, mais le SUV le prend en chasse. Au bout de la course-poursuite, le SUV soudain la pousse dans un échafaudage qui se trouve en bord de route... 

 

Enfin, comme il n'a pas eu une jeunesse irréprochable, qu'il commet quelques entorses à la légalité, qu'il a des liaisons avec des femmes mariées, le nombre de ceux qui lui en veulent n'est pas limité... 

 

Le lecteur, même s'il a été attentif au passé qui défile dans la tête de Pierre, sera surpris, comme ce dernier, quand il saura qui lui en veut. À la fin, pour Pierre, la Ligne de fuite3 sera-t-elle une option?

 

Francis Richard

 

1 - Une ville qui ressemble à Lausanne...

2 - Il y en a 4821 à Lausanne... selon ECA.

3 - Ce livre est le numéro 25 de la collection Damned, qui en est à sa troisième saison.

 

Ligne de fuite, Pierre Ronpipal, 136 pages, Nouvelles Editions Humus

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15 juillet 2026 3 15 /07 /juillet /2026 17:45
Ibiza a beaucoup changé, de Frédéric Beigbeder

Ibiza a beaucoup changé est un recueil de vingt nouvelles dont le titre est celui de l'une d'entre elles. Plus de la moitié de leurs versions initiales ont paru dans des revues du monde d'avant.

 

Dans ces contes amoraux, "avant" était-il mieux? Pas sûr. En tout cas, il était bien différent. Et c'est le mérite de ce livre de le faire renaître avec impertinence, pour ceux qui l'ont connu, ou pas.

 

Un personnage apparaît dans plusieurs de ces nouvelles, Octave Parango, patronyme auquel il ne manque qu'une lettre pour être... archétypal, alors qu'il est de toute évidence... singulier.

 

Comme il serait sur-humain, en temps de canicule, de parler de chacune de ces nouvelles, je me résous à ne faire part au lecteur que de quelques extraits à la fois impertinents et... pertinents:

 

  • La performance est rarement à la hauteur de l'éloquence. Le plaisir de la femme, comme le changement en démocratie, est une utopie lointaine, une illusion de campagne électorale, une promesse rarement tenue. (Une histoire sans prénom)
  • Le désir inassouvi est peut-être un suicide lent. Pourtant c'est la satisfaction qui tue. La déception est vivante, le déçu a la foi. Le bonheur est assassin: en n'étant plus frustré, le mec heureux devient insomniaque et se demande pourquoi. C'est parce qu'il ne rêve plus. (L'éternel insatisfait)
  • Si, pour écrire, tous les écrivains du monde avaient attendu d'avoir quelque chose à dire, la librairie serait morte depuis longtemps. (Comment écrire Oona)
  • Je me sens très seul au milieu de toutes ces retrouvailles. Pourquoi je n'attends personne, moi? C'est ça, un écrivain. Un type qui regarde les autres et que personne n'embrasse. (Tentative d'épuisement d'un aéroport parisien)
  • La France est désormais coupée en deux: ceux qui pensent que la santé passe avant la liberté, et ceux qui pensent l'inverse. [...] Lorsque vous sortirez de chez vous pour venir à ma soirée interdite, n'oubliez pas de vous munir de votre chien en cas de contrôle. Si vous n'avez pas d'alibi canin, mettez une veste "Deliveroo", "Pizza Hut" ou "Uber Eats" et roulez en scooter. Ou alors dites à la maréchaussée que vous avez un avion à prendre. Vous pouvez aussi imprimer une attestation certifiant que vous devez aider votre grand-mère à tousser. (La nouvelle traversée de Paris)
  • Je ne vais pas vous raconter nos activités sexuelles entre deux voitures, dans l'obscurité, au fond d'une cour pavée, contre une maison bancale. Ce genre de plaisir n'est pas descriptible: une rencontre aussi rapide est aujourd'hui illicite. (Bayonne est une fête)
  • Le monde nouveau est un monde sain, hygiénique, aseptisé, aussi impeccable que l'Angleterre sous la reine Victoria, l'URSS sous Staline, ou mon linge sale lavé avec la lessive bio L'Arbre vert. (Ibiza a beaucoup changé)
  • Qu'on le veuille ou non, Paris est l'insupportable capitale du Vieux Monde. C'est la ville qui énerve toute la terre. Ceux qui y habitent sont insatisfaits, ceux qui n'y vivent pas se sentent méprisés. (Octave in Paris)
  • L'homme était déjà obsolète depuis longtemps quand il a cessé de se reproduire. (Le dernier homme)

 

Le monde des lecteurs de ce recueil de nouvelles sera coupé en deux: ceux, figés, qui s'offusqueront de l'amoralisme affiché de l'auteur, et ceux, vivants, qui se délecteront de ses pieds-de-nez... 

 

Francis Richard

 

Ibiza a beaucoup changé, Frédéric Beigbeder, 224 pages, Albin Michel

 

Livres de l'auteur publiés chez Grasset, précédemment chroniqués:

Un roman français (2009)

Oona et Salinger (2014)

Une vie sans fin (2018)

Un homme seul (2025)

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12 juillet 2026 7 12 /07 /juillet /2026 17:20
Petit fruit, de Marion Fayolle

Ça marchera le mois prochain. Voilà bientôt deux ans qu’il lui répète ces mêmes mots. Ça marchera le mois prochain. C’est pas son corps à lui qui fabrique un nid douillet pour leur bébé…

 

La femme et son mari ont pourtant tout prévu, une grande maison et une chambre pour leur bébé, qui doit être intimidé de se sentir tant attendu... 

 

Alors elle culpabilise: Elle n'est pas encore mère qu'elle s'y prend déjà mal. C'est sans doute pour ça qu'aucun bébé ne vient habiter la chambre du fond.

 

Un jour, un homme apparaît, taiseux. Le mari lui demande de partir s'il n'a rien à dire. L'homme n'a d'yeux que pour la femme et finit par lui dire:

 

Ça fait des années que j'attends ce moment, que j'imagine te retrouver.

 

Mais elle a beau fouillé dans sa mémoire, rien ne lui rappelle quoi que ce soit. À son tour, sincèrement, elle ne peut que lui dire, sans barguigner:

 

Je suis désolée monsieur mais vous faites erreur, nous ne nous connaissons pas.

 

L'inconnu invité à s'en aller s'incruste chez eux. Comme ils ont bon coeur, ils ne se voient pas le mettre dehors sans autre forme de procès.

 

Les éléments du problème traité par le roman de Marion Fayolle sont posés: l'infructuosité d'avoir un enfant, de mettre dehors un importun.

 

Le lendemain, le mari et la femme sont étonnés qu'il les suive dans leur automobile et qu'il ne regimbe pas quand ils le déposent à un carrefour.

 

La femme et le mari ne sont pas au bout de leur peine. Le surlendemain, l'homme mutique réapparaît alors que le mari est parti faire ses récoltes.

 

Car le mari et la femme ont quitté la ville: ils ont fait le pari fou de vivre désormais de ce que la nature leur offre, de glanage et de cueillette sauvage...

 

Quand il revient, l'homme n'a toujours pas décampé. Au contraire il s'est installé, a commencé à gribouiller dans son carnet des dessins de la femme.

 

Quand l'homme se met à parler en l'absence du mari, elle ne se souvient toujours pas, même quand il prétend qu'ils se sont aimés à quinze ans:

 

On ne pouvait pas le garder. Tu voulais faire des études, ne pas finir comme ta mère, à t'occuper des gosses et du ménage.

 

Décidément, dans la vie de la femme, tout lui rappelle le Petit fruit... qui ne veut pas venir. Ainsi lors d'une soirée entre filles, l'une de ses copines confie-t-elle:

 

Je ne suis plus certaine d'aimer mon mari. Mes enfants me dévorent.

 

Où Marion Fayolle emmène-t-elle le lecteur? Ça va finir par marcher, faisons confiance en la nature. [...] Mais si Dame nature pouvait se dépêcher...  

 

La nature a ses raisons que la raison ne connaît pas, enfin pas tout à fait. En tout cas, l'auteure imagine une issue possible, quoique incertaine, au problème...    

 

Francis Richard

 

Petit fruit, Marion Fayolle, 128 pages, Gallimard

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8 juillet 2026 3 08 /07 /juillet /2026 09:20
Le masque, de Magali Jenny

Le chien, couché devant le menhir, plonge son museau dans le trou béant. Vide. Le vieil homme a failli à sa mission. Le trésor qu'il devait garder a été volé. Sous le coup de l'émotion, il s'effondre.

 

De quel trésor s'agit-il? Qui est ce vieil homme? Ce sont des questions auxquelles des réponses seront données plus tard au lecteur.

 

En attendant, l'auteure l'invite à assister à une conférence donnée à l'Université de Rome par une ethnologue, docteure en anthropologie sociale, Joséphine Victorine Leszcinska-dit-Rhônois. Le sujet de cette conférence? Le carnaval de Mamoiada, village situé au centre de la Barbagia en Sardaigne

 

On peut y trouver, encore à l'heure actuelle, des résidus d'un rite archaïque dont les racines pourraient se situer dans la préhistoire.

 

En lisant ce qui est dit dans cette conférence, le lecteur fait le lien avec le prologue puisque la conférencière annonce, sans susciter de battement de cils dans l'assistance, que s'y trouvent des preuves protohistoriques de présence humaine dans cette région, tels que menhirs...

 

Jo - car c'est ainsi que ladite ethnologue souhaite être appelée, en signe d'affection - parle de masques - tiens tiens ! - que revêtent les douze mamuthones ce jour-là, chaque 17 janvier,  pour danser, en faisant tinter leur lourd chargement de cloches.

 

Deux personnes assistent à cette conférence qui auront leur importance dans la suite du récit, qui prendra assez vite des allures mythiques: un jeune homme vêtu de velours brun, aux yeux verts, presque jaunes  et le professeur S, surnommé le comtesu Conte.

 

Il n'est pas inutile de préciser que Jo est une romancière à succès et que son public habituel est différent de celui, compassé, des gens de l'université qui viennent de l'écouter, ce qui lui a permis de s'entourer de deux assistants, Adélaïde et Hugo.

 

Dans Rome, le lendemain, le mystérieux jeune homme disparu à l'issue de la conférence la rejoint et se présente: Gavino Sulas, sculpteur de masques, envoyé par son oncle Efizio, le Veilleur, c'est-à-dire un maître sculpteur chargé de protéger le Premier.

 

Le Premier? C'est le masque qui sert de modèle à tous les autresIl leur communique l'énergie qui favorise la métamorphose de l'homme en mamuthone. Le lecteur comprend qu'il s'agit du trésor disparu... qui avait fait s'effondrer un vieil homme, Efizio donc.

 

Mais l'histoire ne fait que commencer. Le messager se trouve mal. Partie chercher des secours, quand elle revient avec de l'aide, il a disparu à son tour. Quand il est retrouvé, il respire à peine. Elle part tout de même avec lui pour la Sardaigne où les péripéties fantastiques se succéderont...

 

Car Jo y sera investie de la mission de retrouver le Premier et, dans cette quête, fera la connaissance des personnages qui sont, peu ou prou, mêlés à sa disparition. Et, au fil des semaines, le lecteur découvrira le monde sarde, sur lequel pèse le poids de la tradition.

 

Magali Jenny malmène le lecteur jusqu'au bout. Son héroïne, Jo, se demandera même, à la fin, tout en n'y croyant pas, si elle n'a pas imaginé toute cette histoire abracadabrante.  Pour se rasséréner elle noircira des pages et des pages de ce qui sera un nouveau roman...

 

Et le lecteur est ravi de s'être laissé embarquer dans cette aventure qui se terminera le jour du rendez-vous annuel des mamuthones... Devançant ses interrogations persistantes, lecture achevée, une note finale de l'auteure lui permettra de démêler le vrai du faux... 

 

Francis Richard

 

Le masque, Magali Jenny, 282 pages, Favre

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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