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10 décembre 2025 3 10 /12 /décembre /2025 16:45
Les enfants perdus de la République, de Sonya Zadig

Sonya Zadig donne ici la parole, et c'est déjà un acte éthique, à des personnes qui souffrent de n'avoir trouvé aucune écoute possible dans leur espace identitaire, celui de l'islam où elles sont nées et ont grandi. Leur souffrance est telle qu'elles ont décidé d'en sortir, de rejeter explicitement leur islam d'origine.

Daniel Sibony

 

Ainsi commence le préfacier de ce livre consacré aux Apostats de l'islam par Sonya Zadig, psychologue, psychanalyste, linguiste et auteure, qui a grandi dans une culture arabo-musulmane, mais qui n'a jamais eu de pratique religieuse ni cru en Dieu.

 

Elle s'est intéressée à ces Enfants perdus de la République parce qu'elle-même, en tant que femme, a été incontestablement marquée, voire dévastée par la culture musulmane: il n'est pas nécessaire d'avoir la foi en l'islam pour être musulman.

 

Après avoir, au détour d'une conversation, appris l'existence du Cercle des Apostats par une amie, elle a rencontré, l'un de ses fondateurs, Momo, et réalisé un entretien avec lui sur sa chaîne YouTube, à l'issue duquel elle a décidé d'écrire un livre sur eux.

 

La tâche s'est révélée plus difficile qu'elle ne l'imaginait: L'herméticité du Cercle n'est pas d'exclusion mais de survie: les Apostats sont menacés de mort, ostracisés, doxés1Certains cachent leur apostasie à leur famille voire à leur conjoint; d'autres ont dû être "exfiltrés" comme ils aiment à le dire, c'est-à-dire relogés dans des endroits tenus secrets.

 

Dans ce livre, qui lui a demandé deux années de travail, l'auteure aura donné la parole à des femmes pour qui l'apostasie a été un acte de liberté, à des hommes pour qui elle a été une quête de sens. Au total, elle se sera entretenu avec 243 personnes, 90 femmes et 153 hommes.

 

En tant que thérapeute, ce sont les lourds dégâts psychiques qui l'ont interpellée:

  • Les femmes ont souvent des plaintes somatiques.
  • Les hommes éprouvent un fort sentiment de culpabilité, principalement envers leurs parents, surtout s'ils sont âgés.

 

Mais il y a, au-delà des violences réelles, que les unes et les autres ont subies, la terreur implantée dès l'enfance, imputable aux histoires d'horreur à propos du châtiment de Dieu et qui résulte de l'obligation d'apprendre les textes de la religion sans les comprendre.

 

Pourquoi alors ont-ils apostasié?

  • Quand ils ont appris l'âge d'Aïcha, l'épouse préférée du Prophète de l'islam: elle avait 9 ans quand il a eu des rapports sexuels avec elle.
  • Quand ils se sont rendu compte que le Coran comportait des erreurs scientifiques et qu'il était une création humaine.
  • Quand ils ont pris conscience de l'injustice et de la disparité du traitement des filles et des garçons dans leur famille d'origine.
  • Quand ils ont découvert que la traite arabo-musulmane s'est étendue sur treize siècles...

 

Comment sont-ils sortis de l'islam? En plusieurs étapes:

  • Ils ont connu le zèle religieux.
  • Les traumas qu'ils ont subis ont suscité chez eux questionnements et doutes.
  • Ils se sont bricolé un islam à eux, un self-islam 2: soit ils se disent coranistes et rejettent les autres sources, soit ils se contentent de ne plus en observer les rites.
  • Ils apostasient de manière personnelle, sans hâte.

 

Pourquoi souffrent-ils? Parce qu'ils sont réellement menacés de mort et qu'ils ne trouvent pas de soutien concret de la part d'une France qui ne cesse de les renvoyer à leur origine...

 

L'auteure pense que l'abandon de l'islam est certes un acte d'affranchissement, mais la route est encore longue avant de s'affranchir du moi pour advenir en tant que Je.

 

Elle ajoute in fine: L'apostasie [...] n'est pas une identité, elle est un passage. J'ose espérer que le Cercle des Apostats ne deviendra pas une tunique de Nessus 3.

 

Francis Richard

 

1 - Dénoncés publiquement sur le Net.

2 - Expression empruntée à Abdennour Bidar.

3 - Expression tirée de la mythologie grecque et qui signifie cadeau empoisonné.

 

Les enfants perdus de la République, Sonya Zadig, 256 pages, Fayard

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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2 novembre 2025 7 02 /11 /novembre /2025 23:30
Les nouveaux antisémites, de Nora Bussigny

Force est de constater que lorsqu'on aborde la question de l'ultragauche en France, chaque jour apporte son lot de péripéties nouvelles.

 

De père français et de mère marocaine, Nora Bussigny s'est infiltrée dans les rangs de l'ultragauche. Ce livre est l'enquête qu'elle a menée sur le terrain, pendant une année entière, en se rendant à des manifestations, sur les lieux de blocage de facultés, en participant, en toute discrétion, à des rencontres, à des discussions en ligne etc...

 

Le 7 octobre 2023 a permis au grand fleuve de l'ignominie d'emporter tout sur son passagedit-elle dans son introduction. Elle ne dit pas cela à la légère: Ceux qui me connaissent savent que je privilégie toujours les faits. Et les faits sont têtus: il y a de quoi être inquiet face à cet avenir placé sous le signe de la chasse aux juifs.

 

Tous les milieux, même de gauche, sont touchés par cette chasse aux juifs déclenchée depuis le pogrom du 7 octobre 2023, résultat d'une véritable infiltration de la mouvance islamiste dans toute la société française, grâce à l'aide efficace, réfléchie, programmée de la gauche radicale, véritable cheval de Troie de l'antisémitisme:

  • Il y a des militants LGBT, juifs ou nonqui ne se prononcent pas contre le "génocide" en Palestine: ils en sont alors considérés comme les complices; d'autres, nombreux, ouvertement pro-Hamas, reçoivent des subventions... 
  • Il y a des féministes qui sont solidaires des femmes israéliennes victimes du Hamas: elles reçoivent menaces de mort et messages antisémites; d'autres, nombreuses, prennent fait et cause pour le Hamas, dont elles excusent les viols et les meurtres (le Hamas répond avec sa culture, dit l'une d'elles), et forment un cordon sanitaire autour des premières dans des manifs1.

 

Comment cette infiltration se fait-elle? Grâce aux réseaux sociaux et leur puissance internationale, capables d'amplifier une idée et de convaincre ou de contraindre des milliers de personnes à considérer qu'elle était la bonne. Car les influenceurs pro-Hamas ne manquent pas, bloquent les célébrités qui ne sont pas pour la Palestine:

  • Messages antisémites abominables.
  • Cyberharcèlements.
  • Menaces.

 

Certains de ces influenceurs reçoivent de l'aide de la République islamique d'Iran... et utilisent l'arme de la convergence des luttes pour rallier du monde à la cause de l'antisionisme. Il est en fait difficile, auprès des jeunes, de contrer le narratif mondial instauré par le Hamas et par la République islamique d'Iran et propagé:

  • Dans les Sciences Po de Paris, Lille, Poitiers, Menton et Lyon.
  • Dans des facultés de Paris, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg et Bruxelles...
  • Dans des collèges, dans des lycées: savoir qu'une organisation reconnue comme terroriste dans de nombreux pays organise des événements pour des enfants fait froid dans le dos.

 

Ce que l'auteure raconte sur la manipulation de Wikipédia 2 est tout simplement fabuleux: le collectif Urgence Palestine organisait une formation en ligne, pour contributeurs, à laquelle elle a réussi à s'inscrire. Elle s'adressait à ceux qui souhaitaient se mobiliser "contre le sionisme" présent sur l'encyclopédie en ligne:

 

Tout moyen d'intervention doit être utilisé et Wikipédia, "encyclopédie en ligne collaborative et multilingue" qui permet "d'écrire et de modifier des contenus", peut devenir un instrument de choix pour contourner la vérité, influencer, détourner, faire passer des messages de propagande.

 

Le livre se termine par un portrait de Rima Hassan, qui surprendra... À son propos, elle conclutelle me paraît être le symbole de cet antisémitisme internalisé, peut-être même inconscient et qui constitue une menace réelle pour la démocratie et la pensée en France. Parce qu'elle incarne une ligne fédératrice de l'ultragauche.

 

L'auteure fait enfin part de son inquiétude. Car son enquête l'amène à penser que la question palestinienne, ce sujet devenu l'emblème de la convergence des luttes, pourrait à la fois influencer les prochaines échéances électorales et mobiliser la rue, en s'appuyant sur La France insoumise. Puisse donc ce livre ouvrir les yeux!

 

Francis Richard

 

1 - Lors de la marche pour les droits des femmes, le 8 mars 2025, à Paris, le terrorisme allié du féminisme a donné comme consignes d'en exclure le collectif Némésis et les femmes juives de Nous Vivrons, volontairement confondus sous l'appellation de fascistes sionistes, et de les encercler...

2 - L'article consacré à l'auteure sur Wikipédia fait place notamment aux critiques d'Élodie Safaris, journaliste qui sévit à Politis et à Arrêt sur images, des références... de gauche, bien sûr!

 

Les nouveaux antisémites, Nora Bussigny, 272 pages, Albin Michel

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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27 octobre 2025 1 27 /10 /octobre /2025 20:30
Réparation, du Cardinal François Bustillo

Dans Réparation, le Cardinal François Bustillo constate que la société occidentale est fracturée et que ses fractures apparaissent très clairement sur les réseaux sociaux. Il a raison de dire que ce ne sont que des outils et que ce qui est en cause, ce n'est pas leur existence mais la manière dont ils sont utilisés.

 

Dans Réparation, il ne cherche pas à faire la morale ni à dresser un réquisitoire, il cherche à faire part de son inquiétude, à réparer ce qui a été brisé parce qu'il est convaincu qu'une société meilleure est possible. Il en est d'autant plus convaincu que les remèdes existent et qu'il convient de les employer.

 

L’ÈRE DU SOUPÇON

 

Les fractures de la société ont plusieurs causes, qui sont les suivantes, grossièrement résumées:

  • Le soupçon l'emporte sur le doute, or celui-là ne cherche pas la vérité mais la faute.
  • Qui dit faute, dit coupable.
  • Qui dit coupable, dit condamné, en l'occurrence par le tribunal mouvant de l'opinion.
  • Qui dit condamnation, dit exécution par la vindicte populaire.
  • Qui dit exécution publique, dit sadisme médiatique, autrement dit acharnement déconcertant.

 

Le Cardinal Bustillo pense qu'il faut réparer la politique et que, pour ce faire, il faut soutenir la démocratie, qui doit avoir pour fin ultime le bien commun. Encore faut-il que ceux qui exercent l'autorité aiment leur peuple et fassent preuve d'humilité en écoutant toutes les voix pour discerner le meilleur chemin, qu'ils donnent l'exemple et qu'ils aient surtout une vision:

Offrir une espérance, élargir l'horizon, élever les consciences, ouvrir des chemins.

 

Il cite le discours du pape Léon XIV devant le corps diplomatique où il faisait part de sa réflexion sur la paix, la justice et la vérité.

 

Pour sa part il rappelle que:

  • La confiance est le souffle vital de toute vie sociale.
  • Toute relation humaine, quelle qu'elle soit - familiale, professionnelle, sociale ou spirituelle - repose sur une interdépendance organique et féconde.
  • Tandis que l'ego cultive le personnage social, le moi soigne la personne véritable.

 

Il est convaincu que les religions, mais aussi les sagesses philosophiques, le sport, les arts, la culture, le tissu associatif - tout ce qui, dans une société, élève l'âme - doivent se coaliser pour servir la cause de la fraternité.

 

Aussi l'éducation est-elle une priorité:

Famille, école, spiritualité: ces piliers doivent s'unir pour enseigner aux jeunes l'art de vivre ensemble, dans le respect et la joie partagée.

 

Sinon, qu'advient-il? La technique (qui a permis, entre autres, les réseaux sociaux), sans éthique, devient destructrice: elle ruine la liberté et piétine la dignité humaine. Il n'est pas alors surprenant que les relations humaines soient empoisonnées, que la confiance soit érodée, que le mal-être en résulte:

Dans un monde privé de repères moraux, l'homme glisse vers le désespoir.

 

Aussi faut-il retrouver gratuité et spontanéité sans lesquelles la vie se mécanise.

 

RETROUVER LE SENS

 

Bien évidemment le Cardinal François Bustillo prêche, si j'ose dire, pour sa paroisse, qui est la mienne. Comme la foi chrétienne ne s'impose pas, il recommande, à la suite du pape Benoît XVI, de vivre comme si Dieu existait, de vivre selon l'Évangile:

L'Église, sans contraindre, propose un art de vivre, une manière d'exister, qui peut être goûtée.

 

Autrement dit:

[L'Église] ne vend pas une idéologie, elle témoigne d'une existence. Elle ne prétend pas imposer la vérité, elle invite à goûter une paix "désarmée et désarmante" qui vient de Dieu. Ce qu'elle dit, au fond, est simple: Essayez.

 

Et de citer les Écritures:

  • "Tout ce que vous voudriez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eu aussi." (Mt 7,12)
  • "Jésus, là où il passait, faisait le bien." (Ac 10,38)
  • "L'homme bon tire le bien du trésor de son coeur qui est bon; et l'homme mauvais le mal de son coeur qui est mauvais. Car ce que dit la bouche, c'est ce qui déborde du coeur." (Lc 6,45)
  • "Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent [...] Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez et vous serez pardonnés. [...]" (Lc 6, 27-38)

 

Cela dit, la foi donne la force d'aimer, de construire, de réparer. 

 

Le Cardinal François Bustillo précise:

  • L'indulgence est la cousine de la clémence, de la bienveillance, de la compréhension. Elle est à l'opposé de la dureté, de l'intransigeance, de la rigidité, de la sévérité, du sectarisme.
  • La rédemption nous rend capables de croire que l'homme peut se transformer, croître, renaître. Elle nous invite à l'espérance.
  • Être innocent 1, ce n'est pas simplement ne pas commettre le mal: c'est refuser d'alimenter les logiques de fracture et d'agression dans nos relations.
  • Le pardon n'est pas un mot; c'est un chemin. Un arrachement. Une libération. Par le pardon, je choisis de ne plus être dévoré par le mal qui m'habite.
  • Dans un monde saturé de superficialité, seul le silence 2 peut nous restituer un peu de profondeur.
  • Il est vrai que certains considèrent la religion comme un carcan, une entrave. Mais la foi véritable n'enferme pas, elle délivre. Elle arrache l'homme à ses tristesses, elle l'élève au-delà de lui-même, elle le guide vers le bonheur vrai.
  • Dans son étymologie même, "bénir" signifie "dire du bien". Et si ce verbe noble, souvent confiné aux sphères liturgiques, retrouvait sa place dans le langage quotidien?

 

CONCLUSION

 

Nous ne pouvons abandonner aux seules institutions le soin de la responsabilité collective. À chacun de déposer sa pierre à l'édifice commun. Nous ne sommes pas des clones; c'est dans nos différences que se célèbre la beauté du monde. La vie est notre vie.

 

Francis Richard

 

1 - L'innocence, littéralement non-nocence, signifie le ne pas nuire. L'innocence originelle a précédé le péché originel.

2 - Les monastères recèlent une douceur relationnelle, une paix silencieuse, un art de vivre tissé de silence et de lumière.

 

Réparation, Cardinal François Bustillo, 168 pages, Fayard

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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25 octobre 2025 6 25 /10 /octobre /2025 18:00
La joute, de Richard Millet

La joute.

De quoi s'agit-il?

 

Le sous-titre en dit un peu plus:

Ou le combat de l'homme et de la femme dans la nuit du siècle.

 

Et [l'avertissement] Liminaire davantage:

Le combat dialogique entre l'homme et la femme  au sein du couple.

 

Où dialogique est un mot important.

 

Ce journal sans dates est fruit de l'expérience de l'auteur, hors de la morale et de la psychologie, dans le seul domaine sexuel et reproductif mais dans ce qui lui est propre, i.e. sa présence de soi à soi en un monde où le désert croît et où cette croissance implique la destruction des relations humaines aussi bien que l'authentique face à face de l'homme et de la femme.

 

Le lecteur est prévenu. Il ne doit pas s'attendre à un traité en bonne et due forme:

 

Ce livre eût été tout autre si le fragmentaire ne décidait de son ordre; un ordre secret, fait d'aimantations, relances et reprises plus que de simples répétitions, et où le lecteur tracera son chemin, tant il me semble que le sujet abordé ne peut que le renvoyer à sa subjectivité.

 

Le fait est que le lecteur doit faire face à un tourbillon de notes, qu'il ne peut lire d'une traite, qui exigent de sa part, parfois des relectures et, même, parfois des recherches dans le dictionnaire, des mots ne faisant pas partie de son vocabulaire habituel méritant d'être bien définis pour le bien comprendre.

 

Il est donc vain de faire un résumé de ce genre d'ouvrage, que le lecteur se doit de prendre, de laisser mûrir, de reprendre pour en savourer la quintessence.

 

Des exemples, d'inégales longueurs, choisis subjectivement, dans l'ordre où ils apparaissent, en donneront au lecteur une idée, une pâle idée, mais une idée tout de même, et peut-être l'envie de s'y plonger à son tour, sachant que des parties d'un texte, même en nombre, ne peuvent jamais rendre compte du tout, si elles peuvent être révélatrices de celui qui les a écrites et de celui qui les sélectionne:

 

  • L'amour n'est pas l'avenir d'une illusion conjugale, ni une construction narcissique. Il est la passion continuée par d'autres moyens, et le mariage souvent la condition de sa véritable naissance: un amour au-delà de l'amour, loin de tout idéalisme, mais toujours à naître - la joute étant moins une catharsis raisonnée, ou la transfiguration rhétorique des mille problèmes de la vie conjugale: elle tient à distance le pathos et la rancoeur, et les effets des idéologies sexuelles.
  • La joute est ce par quoi nous ne cessons d'aller l'un vers l'autre - et dans quoi la rencontre a moins d'importance que le cheminement.
  • Pas d'autre "identité sexuelle" que celle donnée par la nature. Le reste est la vieille antienne du démon faisant l'éloge de la variation amoureuse jusque dans les perversions. Ainsi la post-modernité a-t-elle conclu avec lui un pacte où tous les vices sont tolérés, hormis la pédophilie et le viol - l'enfant et la femme appelés à régner sur le monde nouveau, au détriment ou en lieu et place du mâle blanc. Nulle joute, là; l'idéologie relativiste coupe court à toute forme de dialogue.
  • Le langage de la joute n'est ni forcément séduisant, ni poétique, mais il a la fraîcheur d'une énonciation innocente, la séduction ayant déjà eu lieu, et la parole tendant à empêcher de choir dans l'inconnaissance, et le guidant vers la lumière d'un commencement perpétuel.
  • Le mariage est un consentement des noces perpétuelles; d'où la nécessité de cette paix supérieure non seulement des sens mais de l'esprit par la parole. Épithalame et contre-chant célébrés dans la joute.
  • On a "libéré" le sexe, la femme, le corps, la jouissance, mais pour quoi? La guerre des sexes fait plus que jamais rage, dans le vocabulaire, notamment, et dans l'hygiénisme étatique où l'amour n'est plus qu'une puissance secondaire au service d'un puritanisme ludique et tolérant. La liberté est ici, comme partout, un hochet entre les mains d'adultes qui ne veulent pas vraiment grandir - i.e. entrer dans la grande joute entre l'homme et la femme.
  • L'égalitarisme contemporain nie la joute au profit d'une judiciarisation de la guerre dans le discours relativiste: l'homme est même invité à une reddition sans conditions, par quoi sa jouissance est tolérée. La joute: une sorte d'insurrection.
  • La sexualité n'est acceptable que pendant peu de temps, et comme façon de célébrer la parole, non le contraire. La parole est une forme de sexualité transfigurée, bien plus que compensatoire.
  • Un homme qui pleure devant une femme se met hors-jeu, non par "stéréotype de genre", mais parce qu'il se place hors langage, et s'avoue vaincu, alors que, rappelons-le, la joute ne suppose ni vainqueur, ni vaincu.
  • Le christianisme a fondé le sujet moderne, démythifiant ou dépassant la libido au profit de la conscience de soi comme sujet désirant et conflictuel. En prétendant "libérer" le désir, donc le sexe, la post-modernité n'a fait que le rendre obligatoire, et libérer l'ensemble des déviances et des vices. La falsification du mariage et du "genre" n'attendait plus que la réhabilitation de Sodome et Gomorrhe par un relativisme satanique.
  • Le politiquement correct tente d'imposer le mot "partenaire" dans le discours général sur le couple devenu aujourd'hui un fourre-tout de toutes les apories d'une sexualité sans autre enjeu que sa perpétuation idéologique, un partenaire ne supposant rien d'autre qu'un accord peu ou prou commercial, dans quoi la joute ne saurait donner.
  • Le divorce est une inversion de la liberté, tout comme le mariage n'est plus qu'une sacralité parodique, comme le montre le mariage homosexuel ou le mariage "blanc".
  • La joute ressemble par moments à un immense hyppalage dans lequel chacun prête à l'autre ses pensées, désirs, peurs, doutes, afin de se les représenter à partir d'une impossible altérité...
  • Il peut y avoir de l'estime sans amour, mais pas d'amour sans estime - laquelle est aussi indispensable à la joute.
  • Nous cherchons dans la rhétorique amoureuse l'hapax qui scelle la vérité de notre couple et que nous n'ébruiterons pas.
  • Les femmes que j'ai aimées parlaient un bon français. On n'imagine pas que la joute ait lieu dans une langue vulgaire ou fautive.

 

Francis Richard

 

La joute, Richard Millet, 192 pages, Les Provinciales

 

Précédents billets sur des livres de Richard Millet:

 

Fatigue du sens (17 décembre 2011)

La souffrance littéraire de Richard Millet (21 septembre 2012) :

- Langue fantôme, suivi de, Éloge littéraire d'Anders Breivik

- Intérieur avec deux femmes

- De l'antiracisme comme terreur littéraire

Trois légendes (21 novembre 2013)

L'Être-Boeuf (3 décembre 2013)

Une artiste du sexe (30 décembre 2013)

Le corps politique de Gérard Depardieu (25 novembre 2014)

Solitude du témoin (3 mai 2015)

Province (28 juin 2017)

Étude pour un homme seul (17 mai 2019)

Français langue morte suivie de l'Anti-Millet (30 juillet 2020)

Paris bas-ventre, suivi de, Éloge du coronavirus (22 juillet 2021)

Nouveaux lieux communs (8 juin 2024)

Ozanges (25 septembre 2024)

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3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 17:35
Charpilles, de Valentin et Sacha Decoppet

Pour la compréhension de ce livre original, il convient au préalable de définir deux mots:

  • Charpille: Copeau, résidu de bois du rabot.
  • Mobbing: Harcèlement psychologique au travail.

 

Comme il est question de mobbing, le titre Charpilles évoque la mise en charpie psychologique d'un collaborateur.

 

Le livre est d'un format inhabituel: 31 cm x 24 cm (c'est pourquoi il n'est pas facile de l'emporter avec soi... et que j'ai mis du temps à m'y plonger).

 

Les frères Decoppet se sont répartis la tâche: les 45 textes sont de Valentin et la conception graphique de Sacha.

 

Pour le lire, il faut s'habituer à cette conception graphique: il faut certes lire les textes de haut en bas, mais, suivant le texte, lire de gauche à droite puis, parfois, de droite à gauche, parfois traverser de la page de gauche à la page de droite.

 

Par ailleurs d'une double page, l'autre, les polices et tailles de caractère changent, ce qui ne laisse pas d'avoir un effet... psychologique sur le lecteur.

 

Enfin la répétition lancinante de certains mots ne peut manquer de frapper son esprit.

 

Le lecteur, s'il veut comprendre l'ouvrage, a intérêt à lire le mot-clé de chaque double page, qui se trouve en marge, à gauche et à droite. S'il est malin, il n'attendra pas d'aller au bout de sa lecture pour aller à la page 101 où le nombre 45 est expliqué, qui éclaire la construction de l'ouvrage:

 

C'est en s'intéressant à plusieurs cas d'infirmières qui s'étaient suicidées ou avaient tenté de le faire que le psychosociologue suédois Heinz Lehmann (1932 - 1999) développe le Lehmann Inventory of Psychological Terror, une liste de 45 agissements constitutifs du mobbing - ou harcèlement psychologique. Pour Lehmann, il suffit qu'un des points de cette liste se produise au moins une fois par semaine pendant environ 6 mois pour que l'on puisse parler d'une situation de mobbing.

 

Le lecteur ainsi averti comprendra alors pourquoi il est fait allusion, de temps à autre, à Lehmann... dans les textes du livre.

 

Pour donner une idée du contenu, voici un extrait d'un des quarante-cinq textes, qui ne respecte volontairement pas la conception graphique du livre, difficile à reproduire, et introduit une ponctuation, inexistante:

 

La signature

Je vous ai demandé plusieurs...

- plusieurs fois, plusieurs fois... Il faut arrêter de se chercher des excuses. Si vous voulez ma signature, vous venez dans mon bureau. Vous dites là: j'ai besoin de votre signature pour les autorisations, et voilà. C'est pas sorcier. C'est pas plus compliqué que ça.

- C'est pas compliqué, mais...

- Mais. Pas de mais. Il faut vous secouer les puces. C'est pas une manière de travailler. Si tout le monde faisait comme vous, vous vous imaginez le merdier. Il faut vous secouer les puces, vous sortir les pouces, mon petit.

- Oui mais.

- Pas de "oui mais", nom de Dieu ! Vous êtes bouché ?

- Vous n'êtes jamais là.

- C'est le pompon ! C'est pas croyable ! C'est ma faute ! Vous n'aviez qu'à écrire un mail.

- Je vous ai écrit trois mails.

- Ah oui. Vous êtes sûr ? Je n'ai rien reçu.

- Je peux vous les renvoyer.

- Non. Mais c'est pas grave. Écoutez, passez-moi le papier. Je le signe. Comme ça, c'est fait et vous avancez, parce que la semaine prochaine je veux que ça soit réglé. Continuez à faire du bon travail. D'accord ?

- D'accord.

 

Ce texte est violent dans le fond, mais il l'est moins dans la forme. Ce n'est pas toujours le cas. Dans certains textes d'illustration, le supérieur hiérarchique se permet d'être délibérément beaucoup plus grossier... 

 

Il permet de comprendre le but recherché par les auteurs - puissent-ils être entendus par ceux qui se comportent mal avec leurs collaborateurs, sans souci des conséquences:

 

Nous ne voulons pas dénoncer, mais montrer, faire sentir la destruction des personnes. Et avec un peu de chance faire changer les choses.  

 

Francis Richard

 

Charpilles, Valentin et Sacha Decoppet, 104 pages, Bernard Campiche Éditeur

 

Livre précédent de Valentin Decoppet:

 

Les déshérités (2021)

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26 juillet 2025 6 26 /07 /juillet /2025 19:50
Face à l'obscurantisme woke, sous la direction d'Emmanuelle Hénin, Xavier-Laurent Salvador, Pierre Vermeren

Pourquoi lire ce volume? Parce qu'il a failli ne pas être publié, être censuré, ce qui veut dire qu'il fallait le cacher parce que dérangeant. Initialement prévu pour sortir le 9 avril 2025, il a finalement paru le 30 avril 2025 1, après suspension, justifiée en ces termes par les PUF dans un communiqué du 10 mars 2025:

 

Nous estimons que les conditions nécessaires à un accueil serein de ce livre collectif ne sont plus réunies aujourd'hui, le projet de cet ouvrage ayant été conçu il y a deux ans dans un contexte différent2.

 

Auparavant le ban et l'arrière-ban des tenants du wokisme français avaient tout fait pour que cet ouvrage soit interdit de parution. En l'occurrence il s'agissait de Patrick Boucheronet de journalistes de Libération et du Monde.

 

Ces wokistes accusaient notamment fallacieusement les PUF d'avoir été sponsorisées par Pierre-Édouard Stérin, qui, il est vrai, via Périclès, soutient L'Observatoire de l'éthique universitaire, dont sont contributeurs nombre des vingt-six auteurs de l'ouvrage, que voici, classés par ordre alphabétique de patronymes:

  • Michel Albouy
  • Florence Bergeaud-Blackler
  • Sami Biasoni
  • Andreas Bikfalvi
  • Guylain Chevrier
  • Joseph Ciccolini
  • Samuel Fitoussi
  • Renée Fregosi
  • Cyrille Godonou
  • Claude Habib
  • Nathalie Heinrich
  • Emmanuelle Hénin
  • Xavier Labat Saint Vincent
  • Claire Laux
  • Céline Masson
  • Michel Messu
  • Leonardo Orlando
  • André Perrin
  • Xavier-Laurent Salvador
  • Pierre-André Taguieff
  • Pierre Valentin
  • Tarik Yildiz
  • Florent Poupart
  • Vincent Tournier
  • Pierre Vermeren
  • Nicolas Weill-Parot

 

Tous ces auteurs ne sont pas des inconnus pour ceux qui me lisent. Voir mes compte-rendus de:

 

(un autre livre sur le sujet: La diffusion du wokisme en Suisse, de Jonas Follonier, montre qu'aucun pays n'est épargné par le wokisme, cette idéologie rétrograde).

 

Comme les contributions de l'ouvrage sont nombreuses et qu'il est difficile de parler de toutes de manière exhaustive, un choix de citations de chacune d'entre elles permettra au lecteur d'avoir peut-être envie de s'y plonger, après s'être fait ainsi une idée de son importance pour combattre ce nouvel obscurantisme.

 

INTRODUCTION 

 

Cet obscurantisme touche tous les domaines et est systémique, comme l'explique Emmanuelle Hénin dans son introduction:

Il est soutenu par l'ensemble des instances occidentales, de l'ONU à l'UE, jusqu'aux institutions culturelles et organismes de pilotage de la recherche, CNRS en tête, de sorte que les universités et grandes écoles s'empressent de s'aligner sur ce nouveau credo et de célébrer la sacro-sainte trinité "Diversité, Égalité, Inclusion" - devise fort lucrative du capitalisme mondialisé.


LA SUBVERSION DES INSTITUTIONS

 

La légitimité des causes défendues par les contempteurs de toutes les formes de discrimination voire de "phobie" (néo-féministes, néo-anti-racistes, intersectionnalistes, décoloniaux, activistes LGBT, etc.) tend à justifier aux yeux de leurs tenants tous les moyens disponibles, y compris les plus contraires à la démocratie, telles les annulations, chahuts, menaces voire atteintes physiques qui ont émaillé ces dernières années la vie universitaire et culturelle.

Nathalie Heinich

 

La radicalisation de certaines postures de militants du genre, l'acceptation anachronique d'une différence raciale entre les individus, l'accélération des emplois de l'écriture dite "inclusive" au sein d'institutions de premier rang sont autant de manifestations de l'emprise réelle du wokisme dans la société.

Sami Biasoni

 

Qu'on puisse proposer, dans un institut universitaire autonome [l'Université de Reims] dédié à la formation des maîtres, un cursus de master qui fasse de l'intersectionnalité son objet, et de la laïcité son ennemie, devrait à soi seul suffire à comprendre que l'entrisme sur lequel nous attirons l'attention du grand public est une réalité.

Xavier-Laurent Salvador

 

Les ressentis ne tiennent pas toujours compte de la réalité, car ils dépendent essentiellement de la vie psychique de chaque sujet. C'est pourquoi ils relèvent de l'intime et de la sphère privée. Les revendications qui confondent l'intimité des ressentis et les normes sociales participent d'une dérive idéologique qui fabrique des identités notamment victimaires.

Céline Masson

 

Selon Manent, le premier moment "négatif" (ou déconstructeur) ne saurait se clore, et cette possibilité est l'un des fils rouges qui traversent son ouvrage sur les divers théoriciens libéraux [Histoire intellectuelle du libéralisme]. Il n'est pas fortuit que les termes favoris de ce mouvement [la philosophie woke] soient "déconstruction", "anti-racisme", que ses pratiques soient "l'annulation" de personnes jugées infréquentables et le déboulonnement de statues, et que l'utopie de ses adeptes, quand ils prennent le temps de la décrire, se limite à une photographie négative: un monde sans domination, sans inégalités, sans sexisme, etc.

[...]

Seul, le dispositif théorique libéral constitue une réponse insuffisante. Il ne tient qu'aux libéraux de faire entendre leur voix davantage dans l'espace public sur ce sujet, en s'appuyant sur les nombreux éléments au sein de leur logiciel relevés dans ce chapitre (rationalisme, défense des droits individuels pour tous, etc.) pour se démarquer plus nettement de cette idéologie et aider ceux qui s'y opposent

Pierre Valentin

 

Deux grandes forces poussent les grandes entreprises mondialisées à mettre en oeuvre des politiques qui d'une certaine façon participent à la diffusion des idées issues des problématiques du wokisme: la pression des investisseurs à travers les scores ESG [Environnement, Social et Gouvernance] d'une part et leur volonté de répondre aux demandes de leurs consommateurs et de la société d'autre part.

Michel Albouy

 

Par wokisme, on entend l'idéologie qui soutient que le racisme et les discriminations ont un caractère systématique (ou "systémique"). Le CSA [devenu l'ARCOM, soit-disant autorité publique indépendante garante de la liberté de communication, en réalité organe de censure français] n'est évidemment pas à l'origine de cette idéologie mais il n'en a pas moins facilité sa diffusion à travers son baromètre de la diversité, instrument aussi étrange que contestable.

Vincent Tournier  

 

Le mouvement woke a en commun avec les religions de fournir une explication globale du monde, ici à partir de ces trois derniers concepts [masculinité, blanchité, hétéronormativité], la notion d'intersectionnalité permettant de relier entre elles et d'articuler toutes les formes d'exploitation, de domination et d'oppression: du Blanc sur le Noir, de l'homme sur la femme, de l'hétérosexuel sur le LGBTQ+, de l'homme occidental sur la nature voire, bien que ce dernier point ne soit pas central dans la pensée woke, du capitaliste sur le prolétaire.

André Perrin

 

SCIENCES SANS CONSCIENCE

 

Nous accordons un poids trop élevé aux éléments confirmant nos a priori, et sous-évaluons l'importance des autres.

[...]

Nous avons en effet beaucoup de mal à juger un raisonnement indépendamment de notre opinion sur sa conclusion.

Samuel Fitoussi

 

Il ne s'agit plus de dénoncer la "science sans conscience" et son application technique aveugle qui menace l'homme et la planète - ce qui serait légitime -; il s'agit cette fois de déconstruire la science elle-même, ce à quoi se sont employées depuis les années 1970 plusieurs générations de sociologues de la science inspirés par Foucault, Rorty, Latour et bien d'autres.

Nicolas Weill-Parot

 

Contrairement à ce que prétendent les platistes de la sociologie qui pullulent dans nos universités, le conflit, la coopération, l'économie, la justice ou encore la religion s'expliquent aussi par des facteurs liés à l'évolution de l'espèce humaine sur des millions d'années.

Leonardo Orlando

 

Les sciences, la technologie, l'ingénierie, les mathématiques et la médecine (Stemm) étaient initialement considérées comme immunisées contre l'intrusion idéologique en raison de leur méthodologie scientifique rigoureuse. Mais cette idée s'est révélée fausse, car l'intrusion idéologique dans la science s'est largement répandue dans de nombreuses institutions scientifiques et médicales (...) et dans les départements universitaires Stemm.

Andreas Bikfalvi 

 

Si pendant longtemps la dérive idéologique héritée de la French Theory et de la Théorie Critique de la Race a été cantonnée aux sciences sociales, des pans entiers de la recherche scientifique "dure" (chimie, physique, biologie, médecine) semblent désormais affectés par une même frénésie déconstructrice. C'est le cas curieux, notamment dans de nombreux pays anglo-saxons, de l'oncologie, une discipline médicale que l'on aurait pu croire immunisée contre les théories les plus loufoques du wokisme.

Joseph Ciccolini

 

Rien n'échappe aux velléités rééducatives de la morale postmoderne. En cela, elle a pu être qualifiée de totalitaire. Car elle ne s'arrête pas à l'espace public ni même à celui des relations privées - comme lorsqu'on propose un délit de non-partage des tâches ménagères, ou qu'on veut interdire les relation sexuelles sado-masochistes. La morale woke va plus loin, elle aimerait aussi contrôler l'espace le plus intime qui soit, celui de la réalité psychique: ainsi voudrait-on réformer l'humour, dissuader les enfants de rêver aux avions, et qualifier de viol le fantasme sexuel sur personnes non consentantes.

Florent Poupart

 

La première tâche, avant d'instruire, est d'éviter de blesser. Avant d'élever, il faut couver. Que signifie ses attentions de mère? La même chose que l'intervention de Leo Muscato, ce metteur en scène qui s'est permis en 2018 de changer la fin de Carmen pour éviter de montrer un féminicide: comme si Mérimée, puis Bizet, en représentant la mort de la gitane, faisaient la promotion du crime.

Claude Habib

 

Le choix des objets d'étude de la production historique actuelle n'échappe pas, en dépit de résistances, à des biais partisans. La démarche woke ne se limite pas à cette démarche conquérante, elle s'accompagne de surcroît d'une véritable volonté d'effacement de ce qui ne correspond pas à ses critères de valeur. Cet effacement s'appuie sur une méthode, tout sauf historienne: décontextualisation et troncage des événements et des acteurs de l'histoire.

Claire Laux et Xavier Labat Saint Vincent

 

FRACTURATIONS IDENTITAIRES

 

L'identité est la forme abstraite que prend la représentation que l'on se fait de soi, représentation partagée lorsqu'il est question d'identité collective.

[...]

[L'identitarisme] se caractérise par l'exaltation d'un trait identitaire partagé par un ensemble d'individus

Michel Messu

 

Il est une clientèle politique, religieuse et idéologique qui se plaint très peu de l'effondrement scolaire français alors même qu'il touche particulièrement leur groupe communautaire, surreprésenté dans les établissements de banlieues en difficulté, les Réseaux d'éducation prioritaire (ex-ZEP): les Frères musulmans et leur mouvance.

Pierre Vermeren

 

Loin des ressentiments et des contentieux d'une guerre des minorités, les inégalités ne peuvent être combattues que par l'objectif de l'égalité, contre des mises à part cent fois plus discriminantes que les discriminations en cause. L'individu singulier est socialement fondé, non pour s'enfermer en lui-même, mais pour se lier avec les autres dans l'écriture du destin commun, comme agent de son histoire.

Guylain Chevrier

 

Le passage par la délinquance ne signifie évidemment pas le basculement automatique vers le terrorisme, mais dans un contexte de vide idéologique, d'affirmation identitaire et de fonds culturel religieux, l'acception salafiste/takfiriste de l'islam apparaît comme une voie valorisante pour des individus sans repères, peu confrontés par ailleurs à l'exigence et à l'autorité.

Tarik Yildiz

  

Ceux qui prônent la liberté de se voiler ne veulent transiger avec aucune liberté, et la liberté de se contraindre en fait partie, une servitude volontaire, mais ils ne prennent pas en compte les raisons normatives du voile qui renvoient à une organisation de la société basée sur la définition et la séparation du féminin et masculin. Pour résumer, au féminin l'intérieur, au masculin l'extérieur. Le voilement n'est pas un vêtement, ni un signe, mais un instrument qui permet d'assurer cette séparation sexuelle de l'espace.

Florence Bergeaud-Blackler

 

Mutatis mutandis, face au totalitarisme islamiste, les islamo-complaisants et les foules européennes sidérées par les attentats et les horreurs perpétrés par les djihadistes depuis 2001 (Al Qada, les Talibans, Daech notamment), reproduisent le même type d'attitude irresponsable que leurs aînés face au nazisme. Négation ou sous-évaluation de la menace, minimisation des attaques, compassion et incantations pacifistes bêlantes, voire victimisation des assassins ayant prétendument subi non plus les humiliations du traité de Versailles mais de la colonisation, de l'exclusion, de la stigmatisation, et bien sûr de "l'islamophobie".

Renée Fregosi

 

La désinformation à l'égard des inégalités sexuées est omniprésente, touchant les sphères académique, médiatique, politique et militante, sur des sujets variés. Il convient d'y apporter autant que possible les correctifs idoines par souci d'objectivité scientifique.

Cyrille Godonou

 

ÉPILOGUE

 

Dans les effets de l'universalisme européen, dont on retient trop souvent, avec des intentions polémiques, la seule colonisation réduite à une forme de racisme et d'exploitation capitaliste brutale, il faut souligner le croisement des cultures et de leur reconnaissance, présupposant une capacité de critique de l'ethnocentrisme qui, située au principe de l'anthropologie sociale et culturelle, est aussi une invention de la pensée européenne. L'étonnement et l'interrogation n'ont cessé de la faire vivre, avec pour horizon la libre recherche de la vérité. On a bien des raisons de penser que l'esprit philosophique, depuis la Grèce ancienne, a joué un rôle décisif dans le surgissement et la formation de cette spécificité civilisationnelle aussi forte que positive.  

Pierre-André Taguieff

 

Francis Richard

 

1 - Ce jour-là, les vitres de la maison d'édition ont été dégradées par l'inscription: FEMINISTES CONTRE LA PROPAGANDE FASCISTE... (voir Le Figaro du 2 mai 2025)

2 - Le wokisme, qui n'existe pas, n'avait pas encore perdu une bataille aux États-Unis...

3 - Qui a inspiré les scènes historiques douteuses de la cérémonie d'ouverture des JO 2024...

 

Face à l'obscurantisme woke, sous la direction d'Emmanuelle Hénin, François-Xavier Salvador, Pierre Vermeren, 464 pages, PUF

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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21 juillet 2025 1 21 /07 /juillet /2025 21:55
Le double visage de la biodiversité, de Christian Lévêque

La nature a un double visage. Elle peut nous apparaître bonne et généreuse et nous rendre de multiples services. Mais elle peut aussi être la source de nombreuses nuisances.

 

Avec ces trois premières phrases, Christian Lévêque, dans son avant-propos, résume très bien l'objet de son livre.

 

Inutile de dire que, pour la pastorale écologique, tenir de tels propos est sacrilège, parce que, selon elle, la nature se porterait mieux sans les humains...

 

Dans la nature, tout serait bon, comme le cochon. Il n'est pas question de parler de nuisances, sinon le récit idyllique d'une nature harmonieuse et généreuse ne tiendrait pas.

 

L'auteur propose une définition réaliste de la nature:

La nature est [...] le produit historique de l'évolution et des aménagements des systèmes écologiques que les humains ont réalisé pour en faire usage, se protéger des dangers que cette nature représente aussi.

 

Que recherche l'être humain? Le bien-être. Pour y parvenir il doit satisfaire deux besoins de base: se nourrir et se protéger.

 

UN MONDE IMPRÉVISIBLE ET BRUTAL

 

Le monde vivant [est] un monde de mangeurs et de mangés.

 

C'est un constat indéniable, mais, comme l'auteur se situe dans la lignée des Lumières, ses idées sur la religion chrétienne s'en ressentent, ce qui ne manque pas de saveur de la part de quelqu'un ayant un tel patronyme:

L'Occident [sous-entendu chrétien] a vécu toute son histoire sous l'emprise de la crainte...

 

Il devrait lire les oeuvres d'historiens, tels que Sevillia ou Heers, qui remettent en cause cette vision caricaturale de la chrétienté, héritée de la littérature anti-cléricale du XIXe siècle. Mais, passons.

 

Il y a toujours eu, et il y a encore, des hommes sur Terre qui, pour asseoir leur pouvoir, quel qu'il soit, savent utiliser la peur, et contraindre, grâce à elle, ceux qu'ils dominent à agir dans le sens qu'ils souhaitent...

 

En l'occurrence, la nature n'a pas besoin d'hommes pour faire peur à d'autres hommes, parce que ses manifestations sont souvent imprévisibles et parfois brutales:

  • maladies,
  • ravageurs de culture,
  • calamités naturelles: éruptions volcaniques, tsunamis, changements climatiques, etc.

 

Les hommes ont dû, et doivent toujours, optimiser les conditions de leur survie par le développement:

  • de mesures d'évitement (de ce qui est toxique pour eux),
  • de moyens technologiques.

 

Ainsi les hommes ont eu l'intelligence:

  • d'utiliser les ressources disponibles,
  • de se protéger des forces aveugles et destructrices de la nature,
  • de trouver des ressources alternatives quand une ressource se faisait rare.

 

L'IDÉOLOGIE ÉCOLOGISTE

 

L'idéologie écologiste, selon l'auteur, qui persiste et signe, serait issue de la culture chrétienne, qui nous parle d'une nature harmonieuse créée par Dieu.

 

En réalité, le mythe de l'âge d'or est permanent dans l'histoire de l'humanité, et récurrent, c'est une autre façon de dire que c'était mieux avant... 

 

La nouveauté est que, quand l'idéologie écologiste naît, au XIXe siècle, la religion chrétienne a reculé et que des élites bourgeoises, qui ne sont pas confrontées à la nature comme le sont les ruraux, adoptent une vision mystique de la nature.

 

Le paradoxe est que, parallèlement, la nature fait l'objet d'études scientifiques qui ne confirment pas qu'elle est en équilibre et harmonieuse, qu'il faudrait donc la protéger de l'homme et que celui-ci ne devrait pas s'en protéger.  

 

À raison, l'auteur évoque à l'origine de cette idéologie, le romantisme et l'esthétisme de ces élites intellectuelles et bourgeoises du XIXe siècle, qu'il qualifie d'hors-sol... alors que les ruraux, eux, ont les pieds sur sol.

 

SE NOURRIR

 

Pour survivre, les hommes doivent se nourrir. Or ils ont longtemps connu des famines et des disettes. Aussi l'épuisement des ressources et la nécessité de bien les gérer sont-ils des préoccupations anciennes.

 

Dans la lignée de Malthus, qui croyait que la Terre ne pourrait pas nourrir une population en progression géométrique, alors que les ressources étaient en progression arithmétique, les experts du Club de Rome se sont magistralement trompés.

 

La peur de la surpopulation est similaire à celle du manque de pétrole. De même que les rendements agricoles et les OGM ont permis de nourrir toujours davantage de population, la découverte de nouveaux gisements a repoussé le pic...

 

La peur de s'intoxiquer avec des aliments est sérieuse, mais, justement, jamais il n'y a eu aussi peu d'intoxications alimentaires et la nocivité du glyphosate ou des OGM, par exemple, n'a jamais été démontrée par les faits.

 

Quant à la nourriture bio, a contrario, elle est à l'origine de réelles intoxications et n'est donc pas aussi saine que d'aucuns le prétendent.

 

PROTÉGER LA BIODIVERSITÉ  

 

Protéger la biodiversité ne va pas de pair avec la santé des hommes:

Qui peut croire un seul instant, à moins d'être totalement inculte en matière d'épidémiologie, que protéger la nature va nous protéger du paludisme, de la schistosomiase, de l'onchocercose, de l'amibiase, de la leishmaniose, de la trypanosomiase, de la maladie de Chagas, des ténias, des ascaris, des douves, des tiques, des punaises et des poux, pour ne citer que ces quelques parasitoses, sans compter toutes celles qui affectent les animaux domestiques... ou sauvages ! Et bien entendu toutes les maladies bactériennes ou virales !

 

Sans insecticides, sans pesticides, il ne serait pas possible de lutter contre, de même qu'il ne serait pas possible de combattre les ravageurs de culture. Quant aux antibiotiques, il faudrait, à ce compte-là, les interdire pour protéger les bactéries... 

 

Des écologistes ont même essayé de faire croire que l'épisode Covid-19 avait été une vengeance de la nature que nous n'avions non seulement pas protégée, mais détruite: la pensée magique était de retour !

 

Il est fallacieux de dire qu'il n'y a pas de tri à faire, ou fait, par les hommes entre les bonnes et les mauvaises espèces: 

Qui s'intéresse à la protection des rats, des cafards ou du ver solitaire?

 

Toutes les espèces n'ont pas droit à la vie dans le monde réel:

Il n'y a aucune éthique dans la nature, seulement des rapports de force pour que chacun puisse assurer sa survie.

Ce qui ne veut pas dire que les hommes doivent se comporter comme des barbares... 

 

Les écologistes n'ont pas le monopole de l'amour de la nature. D'autres, plus nombreux, aiment en fait une nature co-construite au fil du temps par des usages et par des processus spontanée, une nature aménagée pour leur bien-être.

 

CONCLUSION

 

Que faire face à l'incertitude, car le futur est, par définition, incertain?

La logique qui s'impose c'est que nous devons être particulièrement réactifs et nous adapter en permanence aux changements de toutes natures, climatiques et sociaux. C'est ce qu'on appelle une gestion adaptative qui prend en compte le fait que nos systèmes sont dynamiques, pas statiques !

 

Autrement dit: qui sommes-nous, les hommes?

Nous sommes biologiquement des animaux qui cherchent à pérenniser la survie de notre lignée. Ce que nous avons fait avec un certain succès et certainement pas en nous mettant à la merci de la nature. C'est parce que nous avons lutté contre les prédateurs et développé des systèmes techniques et sociaux de protection vis-à-vis des multiples nuisances de la nature, que nous sommes encore là.

 

Francis Richard

 

Le double visage de la biodiversité, Christian Lévêque, 288 pages, L'Artilleur

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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5 juillet 2025 6 05 /07 /juillet /2025 22:55
Comprendre l'incroyable écologie, de Bertrand Alliot

[Bertrand Alliot] a été démis de ses fonctions pour des raisons d'opinion, ce qui est invraisemblable dans un pays comme le nôtre.

 

Dans sa préface, Chantal Delsol dit que cet amoureux de la nature et défenseur de l'environnement dès son plus jeune âge, a été ostracisé parce qu'il mettait en doute la doxa écologiste1.

 

Dans son prologue, Bertrand Alliot dit que l'écologie a été une discipline scientifique et qu'elle est devenue un courant de pensée, un mouvement politique et même un véritable phénomène.

 

Aussi ce livre didactique a-t-il l'ambition de faire comprendre ce qu'est l'écologie et d'expliquer pourquoi et comment elle s'est immiscée dans nos vies.

 

QUELQUES DÉFINITIONS

 

Avant toutes choses, il définit les termes qu'il emploie:

  • L'écologie au sens commun actuel est ce mouvement affirmant que l'humanité se trouve dans une situation "exceptionnelle" de crise et qui, pour en sortir, incite ou propose d'élaborer des actions de "salut public".
  • L'environnement est ce domaine de l'action publique qui, "en temps normal", se développe pour corriger les effets pervers du développement économique.
  • La nature est un bien que l'on souhaite protéger pour des raisons immatérielles: c'est pourquoi on parle communément de "patrimoine naturel".

 

LE SALUT

 

Pour un écologiste correspondant à la définition ci-dessus, face à l'actuelle rupture 2 que connaît l'homo sapiens, due à l'apparition du capitalisme ou à la montée en puissance de l'industrie, le salut public ne peut venir que marginalement de la technologie:

 

L'écologie veut renouer avec un homme du passé, le plus souvent fantasmé, ce qui revient à vouloir forger un homme nouveau. 

 

Le salut public n'exclut pas le salut privé, qui se concrétise, pour simplifier, par un retour à la terre. Une des formes que ce dernier revêt est le survivalisme, sans qu'il relève toujours d'une démarche écologique...

 

Comme sont exclues les voies du progrès ou de l'adaptation, le salut public ne peut venir que de la sobriété, c'est-à-dire d'un retour à la situation antérieure à la crise.

 

L'AUBAINE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE


Un des documents inspirateurs est le fameux rapport du Club de Rome, publié en 1972, Halte à la croissance, dont les douze scénarios, à l'exception d'un seul, prévoyaient un effondrement de la population mondiale...

 

À mi-chemin entre sobriété et croissance, il a existé une écologie amoindrie: le développement durable, une utopie qui conciliait économie florissante, environnement préservé et situation sociale enviable... et qui a permis de minimiser les effets de la croissance sur l'environnement.

 

C'est toutefois le changement climatique, avec l'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre et notamment celle du COqui a permis aux écologistes d'affirmer que l'humanité se trouvait en situation de crise.

 

L'auteur a raison de rappeler qu'il n'y a pas consensus et qu'il existe plusieurs positions sur l'interprétation de ce réchauffement de 1,1°C depuis 1850:

  • L'effet du CO2 et des gaz à effet de serre est négligeable, il y a d'autres paramètres;
  • Il y a toujours eu des changements climatiques;
  • Les causes naturelles et humaines s'emmêlent;
  • Les modèles climatiques ne sont pas fiables;
  • Le changement climatique n'est pas dangereux.

 

L'INSTRUMENTALISATION DES PEURS

 

L'écologie s'est nourrie de crises successives, c'est-à-dire de peurs:

  • La peur de la dégradation généralisée par l'exploitation de la nature;
  • La peur de l'augmentation exponentielle de la population, avec des conséquences sur l'environnement;
  • La peur de l'atome qu'il soit civil ou militaire;
  • L'inquiétude climatique;
  • L'effondrement de la biodiversité. 

 

(Comme l'alarmisme climatique a bien fonctionné avec le GIEC3, créé en 1988, l'IPBESa été créée en 2012 pour propager l'alarmisme en matière de biodiversité...)

 

Le principal avantage du récit climatique est qu'il peut durer indéfiniment: 

L'inaction n'est jamais considérée comme un drame car, si la situation est grave, en considérant l'échelle de temps dans laquelle s'inscrit la crise climatique, il apparaît toujours que le temps de l'action soit possible.

 

L'IMPOSITION DE L'ÉCOLOGIE 

 

Quoi qu'il en soit, l'auteur remarque que le mot "écologie" s'est progressivement imposé partout et, dans le même temps, le mot "environnement" et l'expression "développement durable" se sont beaucoup raréfiés. Ce en France, mais dans beaucoup d'autres pays européens et occidentaux...

 

Comme dit plus haut, les effets du changement climatique ne sont pas par eux-mêmes suffisamment visibles pour passer à l'action spontanément, alors les pays européens utilisent la carotte et le bâton pour atteindre les objectifs de l'écologie:

  • La carotte: primes et crédits d'impôts.
  • Le bâton: normes et interdictions.

 

Mais, comme l'une et l'autre ont des effets pervers et minuscules en matière de climat, les mécontentements grandissent... d'autant que la transition écologique ne se produit pas à l'échelle mondiale:

 

L'écologie se trouve dans une attente inconfortable entre une attente et une espérance: l'attente d'une catastrophe et l'espérance d'une réaction salvatrice.

 

UNE RELIGION SÉCULIÈRE

 

Pour arriver à ses fins, l'écologie pose un diagnostic de crise qui ne correspond pas à la réalité mais qui s'inscrit nécessairement dans une dimension mystique du salut. Autrement dit c'est une religion séculière.

 

Dans cet esprit, l'homme est à la fois détesté et adoré: c'est bien l'homme qui détruit, mais c'est aussi l'homme qui doit sauver la Terre. L'écologie se nourrit des mythes de la catastrophe et de la réaction salvatrice évoquées plus haut:

 

Le récit écologique est adapté à cette époque où l'humanité est devenue, grâce à l'unification du monde et à l'amélioration des connaissances, une communauté de destin.

 

L'écologie se réclame de La Science, mais il ne s'agit pas de l'ensemble des individus utilisant la méthode scientifique pour étudier le monde, il s'agit d'une nouvelle entité ayant les caractéristiques d'une divinité, une divinité dont le rôle est de donner une existence incontestable à la "crise écologique".

 

Dans le monde de l'entreprise, il y a:

  • ceux qui composent avec cette religion dominante pour survivre,
  • ceux qui, enthousiastes, coopèrent avec elle et y trouvent leurs intérêts, notamment grâce aux aides publiques...

 

Chez les puissants de ce monde, il y a:

  • ceux qui, grâce à leurs moyens, lui servent d'amplificateurs,
  • ceux qui - ce sont souvent les mêmes - croient donner un sens à leur vie, 
  • ceux qui sont favorables à la constitution d'un monde politiquement et culturellement unifié.

 

L'ÉCOLOGIE EN PERTE DE VITESSE ?

 

La transition écologique est mise à mal par la problématique énergétique, et s'avère incompatible avec la biodiversité:

  • les énergies renouvelables, éoliennes et panneaux solaires, sont de plus en plus contestées,
  • les batteries électriques nécessitent un besoin accru en métaux,
  • le nucléaire, décarboné, et les OGM, avec des variétés végétales résistant à la sécheresse, apparaissent comme des technologies potentiellement salvatrices pour surmonter la crise climatique.

 

Pour que l'écologie perdure, il faut qu'il n'y ait pas de solutions technologiques aux diagnostics qu'elle pose. Le seul argument que les écologistes emploient alors est un argument d'autorité:

 

La Science a dit que

  • la crise climatique est avérée,
  • l'effondrement de la biodiversité est indiscutable.

 

Cette entité, ayant les caractéristiques d'une divinité, peut être d'autant moins discutée que les travaux de recherche sont aujourd'hui en grande partie déterminés par le pouvoir politique qui fixe les orientations en distribuant les subsides...

 

Cette invocation systématique à La Science est selon l'auteur un signe d'affaiblissement du récit écologique. Les pratiquants et le clergé de cette religion donnant de moins en moins l'exemple de la sobriété.

 

À cela s'ajoute l'appauvrissement économique généralisé que provoquent les politiques écologiques dont sont responsables carotte et bâton évoqués plus haut, sans parler des politiques économiques et monétaires qui conduisent à la banqueroute des États... 

 

CONCLUSION

 

Des mots vont peu à peu disparaître tel qu'écologie. D'autres vont renaître tel qu'environnement. Un mot déjà revient, dans la bouche des gouvernants, celui d'adaptation:

 

Ainsi, les politiques de lutte contre le changement climatique vont peut-être consister à décliner des mesures servant, tout simplement, à se prémunir contre les événements météorologiques extrêmes.

 

Francis Richard

 

1 - Il a perdu son poste de direction qu'il occupait à l'université pour mauvaise pensée écologique.

2 - Les précédentes ruptures sont par exemple la maîtrise du feu, l'apparition de l'industrie lithique, l'invention de l'agriculture...

3 - Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.

4 - Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques.

 

Comprendre l'incroyable écologie, Bertrand Alliot, 182 pages, Salvator

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2 juillet 2025 3 02 /07 /juillet /2025 22:00
Il faut parfois trahir, de Kamel Daoud

Kamel Daoud est-il un traître? Telle est la question. À laquelle l'écrivain franco-algérien répond par l'affirmative. Mais ce n'est pas ce que l'on croit.

 

Certes il est l'objet d'un mandat international pour avoir enfreint la loi de réconciliation nationale algérienne1 avec son roman Houris, Prix Goncourt 2024.

 

Comme l'indique le titre de cet essai, Il faut parfois trahir. Dans quel cas? Quand il s'agit de trahir l'immobilité. C'est à cela qu'on reconnaît les héros.

 

Au départ il y a une parole attribuée à un soldat au torse médaillé face à son supérieur, au début du siècle dernier, et qui explique ce qui lui est reproché: 

 

Un Arabe reste un Arabe, même s'il s'appelle le colonel Bendaoud!

 

Naturalisé Français, Bendaoud (1837-1912), élevé au grade de grand officier de la Légion d'honneur, avait été le premier Algérien à être devenu Saint-Cyrien.

 

Il était pour l'éternité le "judas" du nationalisme algérien qui se confond avec l'arabité, i.e. l'image d'une langue imaginaire servant à définir une identité:

 

L'identité arabe, imaginaire et fondée sur la langue, [...] imposa sa loi de pétrification à l'Algérie (et ceux qui en France s'en réclament) et qualifia de trahison toute forme de créativité.

 

Malek Haddad (1927-1978), se sentant coupable de trahison, aurait cessé d'écrire. Car un écrivain algérien trahit s'il écrit dans une autre langue que l'arabe... 

 

Kamel Daoud n'est pas séparé de [sa] patrie par la Méditerranée ni par la langue française. Il reste fidèle à sa volonté, dès l'enfance, d'être un homme libre:

 

Ce qui empêche l'Algérie de naître à elle-même, ce n'est pas la langue arabe ou française. C'est la pratique que l'on fait de l'amalgame entre Dieu, l'arabe et le pouvoir, et le refus de pluralité, le français et la trahison.

 

Kamel Douad veut bien être traître si cela veut dire penser la pluralité face à l'unanimité, imaginer un futur, mener la guerre contre la misère réelle et le pays idéalisé.

 

Il espère que tous les Algériens seront des traîtres un jour: 

  • Ils pourraient s'emparer de l'inconnu et de l'étranger, libérés des castes des interprètes d'un seul livre.
  • Ils seraient libres de lire tout, et d'écrire tout, dans toutes les langues

 

En effet:

  • La trahison représente un élan vers l'universalité.
  • Le contraire de l'universalité, c'est la rancune, c'est le repli et c'est l'anxiété.

 

Kamel Daoud est franco-algérien et est à la fois les deux

Je me sens français malgré certaines personnes. Je suis algérien malgré d'autres. C'est ainsi que je m'invente mes vies.

 

Il est infidèle:

  • à tout ce qui réduit ces deux pays à de l'absurdité et de l'antagonisme,
  • à la rigidité et à la fixité,
  • au livre unique et à la langue unique.

 

En conclusion:

Il n'y a pas d'avenir sans trahison du passé. Et il n'y a pas d'avenir sans fidélité ni sacrifice des semblables, des uns et des autres. Mes semblables m'ont voulu héroïque et libérateur depuis mes manuels scolaires du pays si jeune qu'il en a commis des erreurs. J'ai réussi à me libérer, et je rêve encore d'être un héros.

 

Francis Richard

 

1 - Adoptée par référendum le 29 septembre 2005.

 

Il faut parfois trahir, Kamel Dadoud, 64 pages, Gallimard

 

Livre précédent:

 

Houris (2024)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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18 juin 2025 3 18 /06 /juin /2025 17:05
Pourquoi je serais plutôt aristocrate, de Vladimir Volkoff

Après avoir fait paraître Pourquoi je suis moyennement démocrate, en mai 2002, Vladimir Volkoff a cru bon de lui donner une suite, deux ans plus tard, en mai 2004.

 

Pourquoi je serais plutôt aristocrate précise en effet comment il conçoit le gouvernement des hommes, une conception qui semble très éloignée de celle de l'époque. Encore que...

 

L'auteur tient à s'affubler du qualificatif d'aristocrate par esprit de contradiction. Dans la société où il vivait - et où nous vivons -, il n'y aurait point de salut hors de la démocratie

 

Dans le précédent essai, il avait opéré une censure mesurée de la démocratie, il examine cette fois l'anti-démocratie, son antonyme qu'est l'aristocratie, dont le principe est opposé:

  • la démocratie [...] se fonde sur la quantité des suffrages,
  • l'aristocratie [...] sur la qualité des personnes.

 

Il ne faut pas confondre gouvernement et structure. La démocratie et l'aristocratie sont des modes de gouvernement, la république et la monarchie sont des structures. 

 

La démocratie peut produire une république - qui est une polyarchie - aussi bien qu'une monarchie. Il en est de même pour l'aristocratie. Les exemples fourmillent.

 

Il ne faut pas confondre non plus aristocratie et noblesse. L'aristocratie est affaire de qualité, tandis que la noblesse qui vient de connu en latin, est affaire d'illustration.

 

C'est pourquoi il existe des adeptes de la démocratie aussi bien dans la noblesse que dans le peuple, et inversement d'adeptes de l'aristocratie dans le peuple que dans la noblesse.

 

Si, en grec, le substantif kratos signifie force, domination, puissance souverainearistos est le superlatif de agathos, ce qui évoque: 

  • la qualité,
  • un maximum de qualité,
  • plus de qualité que les autres. 

 

Autre distinction:

  • la démocratie est une utopie: on ne peut être égaux que si l'on est identiques, or, en démocratie 1=1, c'est-à-dire un imbécile égale un génie, et un voyou égale un saint.
  • l'aristocratie est un idéal: il serait bon que les meilleurs soient les plus puissants, et réciproquement.

 

L'auteur remarque:

On n'en finirait pas de faire la liste des hommes politiques sans don ni compétences que publicitaires et qui furent portés au pouvoir par les suffrages d'un peuple abusé.

Suivez mon regard...

 

Qui peut juger de la qualité d'un postulant en une quelconque matière?

  • Les maîtres dans le domaine en question.
  • Les pairs du postulant.
  • Le peuple souverain, c'est-à-dire une majorité ignorante de la spécialité dont il s'agit.

 

Il en résulte que la démocratie aplatit la réalité, tandis que l'aristocratie, éprise de toutes les qualités, exalte toutes les différences.

 

Autre distinction:

  • La démocratie est une idéologie;
  • l'aristocratie est une physiologie.

 

Que les hommes soient différents a pour conséquence, c'est un fait de nature, que d'aucuns sont supérieurs à d'autres dans tel ou tel domaine.

 

Les supériorités existent, ce qui ne veut pas dire que des erreurs caricaturales ne puissent pas être commises au nom du principe de supériorité...

 

L'aristocratie est :

  • un fait de société, que ce soit dans le commerce, dans l'armée, dans le sport;
  • une philosophie: c'est la philosophie de la différence: qui aime la différence ne peut pas aimer l'égalité;
  • une éthiquele pouvoir des meilleurs [...] est non pas un droit mais un devoir, non pas une prétention, mais un service. 

 

Le langage, parce que fondé sur la qualité, est aristocrate; ainsi sont aristocratiques:

  • le vocabulaire,
  • la grammaire,
  • l'orthographe,
  • la prononciation.

 

La tendance moderne est à l'écrasement de la langue...

 

Le christianisme est aristocrate: l'Église du Christ est fortement, peut-être excessivement, structurée.

 

Le couple est aristocrate: L'aristocratie n'est pas l'art d'être supérieur à autrui; c'est l'art d'être soi-même mieux qu'aucun autre ne saurait l'être. Et si on le fait à deux, il y a une chance proprement miraculeuse pour qu'en jaillisse la vie.

 

Vladimir Volkoff reconnaît que l'Histoire a quelquefois justifié, ou en tout cas légitimé, la démocratie:

Je ne songe pas à nier que le serment du Grütli (1291), qui a fondé la Confédération helvétique, ou la Boston Tea Party (1773), qui est à l'origine des États-Unis, n'aient produit des résultats d'importance.

 

Il constate in fine que la démocratie, en étant persuadée que le suffrage universel égalitaire est le meilleur mode de choix des meilleurs candidats et en s'imaginant mettre la quantité au service de la qualité, a une préoccupation aristocratique:

 

Dès qu'on dit "mieux" ou "meilleur", on pose la recherche de la qualité, c'est-à-dire que, peut-être sans le vouloir ni le savoir, on est aristocrate.

 

Francis Richard

 

Pourquoi je serais plutôt aristocrate, Vladimir Volkoff, 160 pages, Éditions du Rocher

 

Livre précédent:

 Pourquoi je suis moyennement démocrate (2002)

 

Sur l'auteur:

 

Vladimir Volkoff priait Jeanne pour les libertés de boire et de fumer le 8 mai 2005.

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11 juin 2025 3 11 /06 /juin /2025 16:45
Pourquoi je suis moyennement démocrate, de Vladimir Volkoff

Paru en mai 2002, cet essai de Vladimir Volkoff (1932-2005) n'a pas vieilli. L'écrivain français y montre sa liberté d'esprit et son insoumission aux modes, aux conformismes, de tout poil.

 

Par esprit de contradiction, il n'admettait pas que la démocratie lui soit imposée comme une panacée évidente et obligatoire. Il reprochait surtout aux représentants d'être irresponsables et précisait:

 

Le type d'homme à souhaiter être élu n'est pas nécessairement celui qui mérite le plus la confiance de ses électeurs1. 

 

Le vocabulaire est important: une majorité, quelle que soit sa proportion, n'est pas un consensus, la démocratie n'a plus comme antonyme l'aristocratie2, mais le fascisme ou les totalitarismes3

 

De même qu'entend-on par le peuple? C'est, tour à tour, la nation et la plèbe, et on ne sait jamais de laquelle on parle. Son indéfinition lui ôte l'envie d'asseoir dessus un système de gouvernement.

 

Comme il est logique, il récuse la pétition de principe selon laquelle la démocratie est bonne parce que le bien est la démocratie. De même récuse-t-il qu'il en soit fait une religion4:

 

À la démocratie, il manque un élément essentiel à toute religion, vraie ou fausse, la transcendance.

 

Oui mais, les droits de l'homme (abstraction toujours faite de ses devoirs)? 

 

Les droits de l'homme, quoi qu'on en pense par ailleurs, ne peuvent pas dépasser l'homme. Ils sont anthropocentriques par définition...5

 

Il avait beau jeu de dire que la démocratie repose sur l'un ou l'autre de [ces] deux postulats, contradictoires, le premier naïf, le second odieux:

 

le peuple veut spontanément le Bien, et, accessoirement, son propre bien;

- ce que le peuple veut devient aussitôt le Bien.

 

Il reprochait à la démocratie de reposer sur les vertiges du nombre, c'est-à-dire de l'incompétence, et de l'égalité, incompatible avec la liberté et conduisant au nivellement par le bas:

 

[Aujourd'hui], dans la plupart des cas, les démocraties semblent favoriser systématiquement l'égalité, avec toutes les limitations que cela suppose pour la liberté individuelle.

 

Après un rappel historique sur les grandes démocraties, qui montre qu'elles ne marchent jamais vraiment, il nuançait son propos:

 

Je le dis ouvertement: je suis "moyennement" démocrate et je veux bien effeuiller la marguerite démocratique. En Suisse, j'aurais pu l'être passionnément; aux États-Unis, un peu; en France, pas du tout.

 

Déjà il incriminait le rôle des médias où le débat a disparu et où la pensée unique est serinée par les divers organes d'information et de désinformation:

 

Dans un régime de démocratie absolue, on ne peut plus penser que ce que pense l'autorité et, par conséquent, la notion d'obéissance et de désobéissance est dépassée.

 

Enfin il reprochait aux démocraties de ne pas être démocratiques: tricheries électorales, intolérance de penser autrement, atteintes à la liberté de circulation6 ou décisions majeures prises sans consultations...

 

Il n'était pas du tout convaincu que, contrairement aux affaires, où le mérite est mesuré par le bénéfice, il y ait un moyen de le mesurer dans le monde de la politique:

 

Franchement, je suis de plus en plus sûr que ce n'est pas l'urne.

 

À méditer. A fortiori, en ayant présent à l'esprit la dissolution de l'Assemblée nationale française le 9 juin 2024...

 

Francis Richard

 

1 - Toute ressemblance avec un homme politique français actuel serait fortuite...

2 - Le gouvernement des meilleurs.

3 - Les totalitarismes du XXe siècle se réclamaient de la démocratie... dont ils étaient issus.

4 - Toute religion prétend détenir la vérité.

5 - La religion des droits de l'homme brille de plus en plus par un culte de la tolérance qui va jusqu'à une pratique généralisée de l'intolérance. 

6 - Et il n'avait pas connu la Covid...

 

Pourquoi je suis moyennement démocrate, Vladimir Volkoff, 112 pages, Éditions du Rocher

 

Sur l'auteur:

 

Vladimir Volkoff priait Jeanne pour les libertés de boire et de fumer le 8 mai 2005.

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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24 mai 2025 6 24 /05 /mai /2025 19:00
Pourquoi les intellectuels se trompent, de Samuel Fitoussi

Et si la culture, l'intelligence et l'éducation n'étaient pas gages de sagesse, mais prédisposaient à l'erreur?

 

Dans son introduction, Samuel Fitoussi donne les exemples de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Bertolt Brecht, Bernard Shaw, Louis Althusser, Louis Aragon, André Glucksmann, Edgar Morin, Noam Chomski, Martin Heidegger ou Carl Schmitt...

 

LES DEUX RATIONALITÉS

 

Selon l'auteur, l'évolution a doté l'être humain de deux rationalités:

  • La rationalité épistémique: une capacité à adopter des croyances valides.
  • La rationalité sociale: une capacité à avoir une bonne image auprès du groupe auquel il appartient.

 

Or ces deux rationalités ne se recouvrent pas: la vérité objective ne coïncide pas toujours avec la vérité socialement définie.

 

Se tromper:

  • peut être lourd de conséquences dans la sphère économique privée.
  • n'est de loin pas toujours pénalisant chez les intellectuels: persister dans l'erreur peut même s'avérer moins coûteux individuellement que de faire demi-tour, peu importe si cela débouche sur des désastres collectifs...

 

Si la rationalité épistémique est déterminante chez les entrepreneurs, la rationalité sociale est plus importante chez les intellectuels:

 

Les esprits les plus brillants sont ceux qui parviennent à justifier la plus grande gamme de comportements.

 

L'AVEUGLEMENT DE L'INTELLIGENTSIA

 

Au XXe siècle, l'intelligentsia occidentale est longtemps restée aveugle au bilan humanitaire des régimes communistes, malgré l'accumulation d'éléments qui auraient dû la conduire à réviser son jugement.

 

Ils partaient de la certitude, biais de partialité, que le communisme fonctionne et permet l'épanouissement du genre humain. Il était donc impossible que les informations contraires soient exactes. Leurs a priori idéologiques les empêchaient de voir ce qu'ils voyaient:

 

Il est difficile de juger un syllogisme lorsque nous sommes d'accord avec sa conclusion.

 

Le déni, biais de confirmation, permet de rester heureux en évitant les informations qui réfuteraient les idées que nous nous faisons sur le monde.

 

LES DIPLÔMÉS1

 

Il existe [...] des raisons de croire que le monde académique - les sciences sociales en particulier - sont parmi les plus poreux à l'irrationalité:

 

  • Les universitaires sont les plus à même de rationaliser des idées fausses.
  • Les thèmes des sciences sociales favorisent l'irrationalité.
  • Le manque de pluralisme est indéniable au sein des universités occidentales.
  • Il est préférable de rationaliser les erreurs consensuelles que de poursuivre la vérité.

 

Résultats: 

  • Le remplacement de traditions éprouvées, qui n'ont rien d'arbitraire, par des constructions sociales.
  • En raison du nombre de diplômés de l'enseignement supérieur, nombre d'entre eux vivent sans côtoyer des non-diplômés.
  • Les diplômés surnuméraires en sciences sociales sont formés avant tout aux idées et se radicalisent quand ils ne trouvent pas de postes pour les mettre en application.

 

L'IDÉOLOGIE DE L'INTELLIGENTSIA

 

L'intelligentsia occidentale croit que:

  • Les changements positifs de la société doivent être impulsés par le haut, ce qui leur permet de jouer un rôle: l'orienter vers un avenir meilleur.
  • La réalité est modifiable à souhait si elle est le fruit d'une construction verticale.

(La société capitaliste a été imposée de la sorte.)

  • La société dans laquelle ils habitent est mauvaise et ils sont les seuls compétents pour la changer.
  • Le mal n'est pas dans la nature humaine mais dans une institution, une classe sociale ou un groupe humain: la responsabilité n'est jamais individuelle, mais collective.
  • L'homme ordinaire doit être rééduqué, apprendre à être heureux, à faire bon usage de sa liberté, à échapper aux forces qui le conditionnent...

 

Bref l'intelligentsia occidentale croit détenir le monopole de la connaissance et du bien pour les autres... et ne veut pas voir que les connaissances sont dispersées.

 

De même s'illusionne-t-elle sur le contrôle qu'elle pourrait exercer, puisque, selon elle, les non-occidentaux ne feraient que réagir aux actions de l'Occident...

 

Dans cet esprit, elle a tendance à penser que l'Occident est toujours coupable et ne peut être victime: c'est l'inversion accusatoire permanente.

 

Que les idées de l'intelligentsia soient absurdes n'est pas rédhibitoire. Au contraire, elles permettent de distinguer ceux qui sont loyaux. Le signal envoyé est le suivant:

 

Je suis plus fidèle au groupe qu'à la réalité.

 

L'intelligentsia a enfin des croyances de luxe, celles que seule l'élite peut se permettre d'adopter:

 

Certaines politiques publiques, par exemple, imposent des coûts qui pèsent davantage sur les classes populaires.

 

L'INFLUENCE DE L'INTELLIGENTSIA SUR L'OPINION

 

Cette influence est grave:

  • parce qu'elle est disproportionnée,
  • parce que, quand elle diffuse une idée fausse, elle n'est pas considérée comme fausse,
  • parce qu'elle contrôle l'information,
  • parce qu'elle est répétitive,
  • parce qu'elle émane de l'arbitre des élégances,
  • parce qu'elle émane de l'élite, donc de ceux qui ont le statut social le plus élevé.

 

Cette influence est d'autant plus grave que l'opinion est malléable:

 

Les idées de certains intellectuels deviennent [...] de plus en plus populaires à mesure qu'elles sont appliquées...

[...]

Nous nous rangeons aux évolutions qui nous sont imposées.

 

CONCLUSION

 

L'idée selon laquelle les élites intellectuelles pourraient rendre service à la société en imposant à l'ensemble de la population leurs critères de vérité - mais, cette fois-ci, les bons critères - est une idée qui postule à tort la supériorité des intellectuels du présent sur ceux du passé, fait fi de la nature humaine, et oublie que ni l'intelligence, ni l'appartenance à l'élite, ni la volonté de combattre l'erreur ne protègent de l'erreur.

 

Francis Richard

 

1 - Ce n'est pas parce que l'on a fait les meilleures études que l'on est le plus intelligent et le plus à même de prendre des décisionsCharles Gave

 

Pourquoi les intellectuels se trompent, Samuel Fitoussi, 272 pages, Éditions de l'Observatoire

 

Livre précédent:

 

Woke fiction, 384 pages, Le Cherche Midi (2023)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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17 avril 2025 4 17 /04 /avril /2025 22:55
La terreur violette, de Pablo Ladam

Le danger ne réside [...] pas dans le féminisme lui-même, mais dans la conviction que lutter pour la cause des femmes passe nécessairement par l'invisibilisation, la stigmatisation ou la déconstruction de l'homme...

 

C'est la conviction du néoféminisme, qui a la couleur violette du féminisme, l'apparence du féminisme, mais n'est plus du féminisme.

 

À Sciences Po, Pablo Ladam a lui-même été victime de La terreur violette, c'est-à-dire de celle exercée par des néoféministes de l'institut.

 

Comment cette terreur a-t-elle pu s'installer? Grâce à la complaisance de son énarque de directeur, Mathias Vicherat, nommé en 2021:

 

Il fit de la lutte contre [les] violences [sexistes et sexuelles] [VSS] sa "priorité absolue".

 

Cela se retourna contre lui puisqu'il fut l'objet d'une campagne de haine après avoir été mis en garde à vue pour violences conjugales 1.

 

Pour les néoféministes:

  • Le privé est politique 2.
  • Un homme est toujours présumé coupable.
  • Une femme doit être crue et soutenue aveuglément.

 

Devant le blocage organisé par cette minorité agissante, la majorité suivit en silence pour ne pas être rangée dans le camp des "fachos".

 

Et Mathias Vicherat ne voulut pas faire appel à la force publique comme le Code de l'éducation le lui permettait pour lever le blocage.

 

Sa soumission ne servit de rien et il dut démissionner le 13 mars 2024... Sa compagne et lui seraient tous deux condamnés pour violences 3...

 

Le cas personnel de Pablo Ladam est édifiant. Le 22 septembre 2023, il prononça dans le cadre de Sciences Polémiques 4 un discours.

 

Dans ce discours 5, il se mettait d'abord à la place d'un prédateur sexuel d'une certaine élite masculine [...] pour le dénoncer ensuite sans ambiguïté.

 

Il provoqua un tsunami dans l'assistance. Une néoféministe le traita de violeur, de macho; une autre l'accusa d'avoir fait l'apologie du viol...  

 

Dès lors son sort était scellé:

  • Un cordon sanitaire se forma autour de lui: il devenait infréquentable et toutes ses amitiés furent rompues.
  • Son couple fut attaqué et sa petite amie, prenant sa défense, subit le même sort que lui.
  • Il fut exclu de toutes les associations étudiantes et sportives.
  • Toutes soirées étudiantes lui furent interdites.
  • Il fut l'objet de calomnies anonymes et de dénonciations mensongères.
  • Il fut banni du gala de fin d'année.
  • Il fut harcelé sur les réseaux sociaux.

 

Comment expliquer ce déchaînement? Il y voit ce que Gustave Le Bon nomme l'âme collective, dont tout esprit critique est exclu et qui commande d'agir:

 

Les militants woke et néoféministes de Sciences Po, sûrs de l'impunité que leur confère leur nombre, ne se sentent concernés par aucune limite, ni morale, ni légale...

 

Et l'institution? Sciences Po s'est avérée complice des néoféministes:

  • Après avoir signalé tout ce qu'il avait subi, il fut convoqué sur Zoom devant la Cellule d'enquêtes internes préalables, CEIP, créée par Mathias Vicherat... et composée uniquement de femmes, tout à la fois juges d'instruction, enquêtrices et procureures.
  • Pendant deux heures, les deux enquêtrices, refusant de lui donner le motif de l'entretien, l'assénèrent avec violence de griefs fantaisistes et grotesques. Et passèrent au crible sa vie privée avec un voyeurisme et une impudeur obscènes.
  • Tous les témoignages produits par les deux enquêtrices étaient à charge, notamment celui d'une ex avec laquelle il avait rompu parce qu'elle s'était montrée violente à son égard et qui se vengeait d'avoir été éconduite...
  • Bref la CEIP s'est montrée arbitraire, partiale et sexiste.

 

Un autre legs, consenti aux néoféministes par Mathias Vicherat, est l'automaticité des mesures conservatoires contre les étudiants mis en cause, c'est-à-dire:

 

L'exclusion préventive et systématique de tout étudiant accusé de VSS et faisant l'objet d'une enquête disciplinaire.

 

Pablo Ladam fut donc exclu trois mois avant d'être traduit devant la Section disciplinaire, composée d'un triumvirat néoféministe de la Terreur violette, qui applique le logiciel:

  • présomption de culpabilité,
  • sacralisation de la parole des femmes et dénigrement de celle des hommes,
  • absence de gradation (une main aux fesses vaut un viol; une gifle vaut un féminicide),
  • instructions à charge et condamnations sans preuve.

 

Pour ne pas aller à l'encontre de l'instruction de la CEIP, la Section disciplinaire décida son exclusion d'un mois de l'Institut d'études politiques de Paris:

 

La décision concédait que le dossier était dénué de toute preuve matérielle, et qu'aucun comportement relevant des violences sexuelles ou sexistes n'avait été établi. [...] C'était [sa] "difficulté au cours de l'instruction à comprendre la portée" de ce qui [lui] était reproché qui justifiait [sa] sanction...

 

À la fin de l'ouvrage, Pablo Ladam produit quatre témoignages d'étudiants qui ont subi les mêmes mauvais traitements que lui sans que l'institution intervienne...

 

Dans la conclusion de son essai, il reprend, en les résumant, toutes les injustices dont se rendent coupables à Sciences Po

  • les militants woke,
  • les militants néoféministes,
  • les directeurs de campus,
  • les enquêtrices de la CEIP,
  • le triumvirat de la Section disciplinaire.

 

Il termine par cette adresse:

 

J'implore enfin tous les étudiants écoeurés par les délires d'une minorité bruyante d'affirmer avec moi leur refus du sectarisme et de la violence politique, et de défendre face aux extrémistes la cause la plus essentielle, celle dont dépendent toutes les autres: la justice.

 

Francis Richard

 

1 - Le 4 décembre 2023 à 14h43, une notification du Monde afficha la nouvelle sur les 14'000 smartphones des étudiants de Sciences Po...

2 - En Suisse, la sphère privée est garantie par la Constitution...

3 - Par la 10e chambre du Tribunal correctionnel de Paris, le 24 octobre 2024.

4 - Une association d'éloquence.

5 - Il figure en annexe.

 

La terreur violette, Pablo Ladam, 176 pages, Éditions de l'Observatoire

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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