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24 septembre 2022 6 24 /09 /septembre /2022 19:30
L'écorce du réverbère, de Vincent Gilloz

capturer... c'est ça j'aimerais juste parvenir à figer ou conserver quelque chose... tu vois la force d'un moment, capturer l'instant, la sensation... surtout rien d'autre quoi rien de plus élaboré.

 

Voilà le projet poétique d'Igor tel qu'il le présente à son ami le narrateur, à qui il confie la mission impossible pour lui de trouver un éditeur pour son recueil de poèmes.

 

Les poèmes de ce vagabond ébloui, reproduits ici, ont des titres et des contenus conformes à ce projet de Captures: Prégnance, Infini Regard, Périscope, Déliquescence.

 

Les titre et sous-titres du livre de Vincent Gilloz évoquent plutôt une hybridation, que symbolise l'image du couple improbable d'un arbre et d'un réverbère enlacés1:

 

L'écorce du réverbère

Roman

Prose poétique

 

Or c'est bien cette gageure que le narrateur doit soutenir après qu'il a rencontré un éditeur connu, intéressé par ses poèmes, mais qu'il voudrait quelque peu romancés:

 

vous ne croyez pas que la distinction entre roman et poésie est difficile à faire?

 

Car le narrateur s'est bien présenté comme leur auteur et, piégé, maintenant doit assumer cette exigence, sans être sûr qu'elle ait l'heur de plaire du tout à son ami Igor.

 

Le texte, hybride donc, met en italiques l'accouplement de l'arbre et du réverbère, entre guillemets le récit secret du narrateur et en prose l'histoire proprement dite.

 

Comme il n'est guère de ponctuation dans ce roman, il faut lâcher prise, se laisser emporter par le rythme. Étrange, voire étranger, il devient alors familier et savoureux. 

 

Car, le narrateur a un regard infini sur les mondes de l'édition, de l'écriture, des enregistrements musicaux et des concerts, sur les relations de couple et la marginalité...

 

Francis Richard

 

1 - La photo de couverture le représente...

 

L'écorce du réverbère, Vincent Gilloz, 154 pages, Éditions des Sables

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18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 19:00
Chants de la Rue des Forgerons, de Ndriçim Ademaj

Tu peux t'habituer à mon absence

sans peine,

tout comme les oiseaux

lorsqu'on leur a coupé les fils du téléphone

 

Dans ce livre, il est question d'amour et de séparation, qui ne vont pas l'un sans l'autre, ce qui conduit le poète à cette exhortation:

 

Jeunes gens,

quoi que vous fassiez

éprenez-vous de femmes de villes lointaines...

 

Partir pour une ville lointaine peut se faire en avion, l'aéroport étant alors un lieu propice pour prononcer cette prière:

 

Je veux embrasser ton visage

à travers cette vitre sale,

et à ton départ

lui apprendre le chemin du retour

 

Ce peut être aussi une gare déserte en banlieue, où il n'attend pas l'amante et rend hommage aux stationnaires épuisés comme lui:

 

qui n'ont jamais su

si l'attente était plus dure

que l'oubli

 

Ses poèmes ne sont pas mièvres. D'ailleurs il n'aime pas les poèmes minables, ni les séparations, ni les fins non plus:

 

car dans la vie, c'est à la fin qu'on fait les comptes

or moi, mon ami,

je suis endetté jusqu'au cou

 

Le poète a peur, comme tout le monde, mais lui que son amante s'en aille ou qu'elle ne vienne pas, peur de trahir ou d'être trahi:

 

On naît avec la jalousie cachée

sous la peau

comme un grain de beauté attendant de se montrer,

et par malheur,

je suis l'enfant

au grain de beauté le plus monstrueux de tous

 

Le poète a même peur finalement de la tromper en étant aimé d'elle en toute méconnaissance de qui il est vraiment:

 

j'ai peur de tourner la tête et de voir la trace de mes pas,

comme la présence d'un homme qui me suit

caché dans les poches de mon manteau

ce lâche qui m'a toujours traqué

qui m'accompagnera jusqu'à toi

et pour qui ce soir encore

tu m'abandonnerais

 

Francis Richard

 

Chants de la Rue des Forgerons, Ndriçim Ademaj, 152 pages, Éditions d'en bas (traduit de l'albanais par  Festa Molliqaj)

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13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 19:30
Dans le cendrier du temps, de Markus Hediger

Dans le cendrier du temps

je trouve un souvenir écrasé

mais paraît-il bien vivant.

 

Dans ce début de poème, dédié à Nuno Jùdice, le titre du recueil de Markus Hediger fait son apparition, dans la quatrième partie, ou mouvement, de cette romésie, qui se termine en une naturelle coda.

 

Les mots-clés en sont les souvenirs (dont Georges Schehadé conseille impérativement de se méfier dans l'épigraphe, comme d'une montre arrêtée) et les mots, qui viennent sous sa plume sans passé:

 

Mots qui sont là dans la tête,

soudain se mettant en mouvement,

quelques-uns, parfois descendent

sur la page où prenant forme et chair,

ils s'accouplent ou bien ils se mettent

en ménage à mille et trois, certains

se quittant aussitôt, retrouvant

célibat ou solitude,

d'autres encor t'emmenant vers où

tu n'imaginais aller.

 

Les souvenirs émergent des transports que le poète emprunte, un tram ou un train, des lieux de rencontres que sont un arrêt, un hall de gare ou un café à dix pieds sous le ballast, ou à Istanbul.

 

Le poète a une dilection pour les cahiers à carreaux,  à l'appel desquels il répond et qui sont autant de fenêtres qui [le] regardent et semblent vouloir dire: - Allez, quelques mots, n'importe quoi...

 

C'est mieux d'écrire quelques mots quand ils évoquent les souvenirs d'êtres chers disparus, avec lesquels, enfant, il était complice, Nini, son père, sa grand-mère, Fraulein Lydia Lüscher ou Rosa:

 

En rentrant, chez moi, tard ce soir bon

de novembre flagellé de foehn,

en sentant sur mon visage

ce souffle chaud des saveurs du sud

qui m'entre dans les oreilles, 

et là, qui sait pourquoi, là

je me dis que je les entends, eux,

les morts, les mots qu'ils murmurent

mêlés à la langue universelle

du vent qu'ils ont choisi pour demeure.

 

Que reste-t-il des êtres et des choses? Rien, sinon des souvenirs. L'essentiel n'est-il pas de les revoir partout, ainsi que les lieux de son enfance, que le poète a failli faire précéder de hauts voire de ô

 

Francis Richard

 

Dans le cendrier du temps, Markus Hediger, 116 pages, L'Aire bleue

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3 août 2022 3 03 /08 /août /2022 21:30
Plein sud, de Quentin Dallorme

Plein sud, c'est une direction estivale:

du bleu arrive -

disperse dégage

rallume

l'été

 

Celui qui prend cette direction a trente ans, il en a mis trente à se rencontrer.

 

Ce recueil, comme un morceau de musique se décompose en trois temps, trois mouvements, italiens:

- Fuggire

- Tacere

- Riposarsi

 

Fuir, c'est s'isoler quelque part dans le sud, à proximité de la mer

où le soleil trempe les coudes

 

c'est courir

Vite - enjambées

à pleines secousses, fendiller

la plaque des chemins

se cogner au débris aux branches

s'entailler à toutes les marches de la chaleur

 

Se taire, c'est rester silencieux sous le soleil qui fusionne

Un filet d'ombre

tout ce qu'il reste

de liberté

 

C'est ressentir la faim et surtout la soif

monter là-bas

du vent, peut-être

sûrement

la même chaleur

 

C'est rester sec, même lorsque les milliers de doigts du courant du fleuve fouillent les côtes

La peau sèche, se tord sur mes os

remue de soif

car la lumière cloue

chaque mouvement

de l'ombre

comme du feuillage

[...]

Souffle

le soleil appuie de tout son poids

sur mes poumons

 

Se reposer, c'est trouver la paix

Silence

coule entre les draps

Par-dessus des odeurs de girofle, craque

une quiétude

elle s'approche

encore un peu et

vient gober

mes paupières

[...]

La mer le ciel

peu importe

la frontière

c'est la lumière

seule

qui délimite

le vivant

de l'ébloui

 

C'est enfin rendre grâce et prier le Créateur

Ne nous laisse pas, tout simplement

et ouvre la fenêtre

sur l'odeur des jardins.

 

Francis Richard

 

Plein sud, Quentin Dallorme, 104 pages, Éditions de l'Aire

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19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 22:55
Déesses profanées, de Shemsi Makolli

La guerre est le moyen d'obtenir ce que l'on désire par la spoliation plutôt que par l'échange. Elle s'accompagne toujours d'horreurs parce que la spoliation va de pair avec la violence.

 

Il ne faut jamais croire ceux qui prétendent que, dans une guerre, il y a un camp du Bien et un camp du Mal. Tous les camps font du mal et les premiers responsables en sont les dirigeants.

 

Il ne faut donc jamais taire les horreurs d'un camp, quelles qu'elles soient, parce que c'est s'en rendre complice, mais cela ne veut pas dire qu'il faille s'imaginer que l'autre est innocent.

 

Ce recueil est une Élégie aux vingt mille femmes albanaises violées par l'armée et la police serbes dans la guerre du Kosovo de 1998-99. Bertil Galland en résume l'intention dans sa préface:

 

Ce n'est pas un aveu de culpabilité requis des criminels, mais l'exilé lui-même qui se confesse.

 

Shemsi Makolli n'était pas sur place au moment de ces crimes. Exilé en Suisse, il se reproche surtout de n'avoir pu les empêcher et le fait savoir en s'exprimant par où il excelle, l'élégie.

 

Ce chant grave, pour reprendre l'expression de Bertil Galland, comporte quatre parties:

 

1) Déesses profanées, dans laquelle le poète s'interroge sur le sens de l'existence de celles qui l'ont été, qui plus est ont été torturées et ont donné naissance à de nombreux enfants non désirés.

 

Pourquoi?

 

Qu'elles s'appellent Leonora, Kristina ou Florié

L'appartenance albanaise est suffisante

Pour justifier une haine débordante

Viol et massacre.

 

2) Désespéré j'interrogeais le monde, dans laquelle le poète part à la recherche de déesses qu'il a connues au pays et à qui il a fait la promesse non tenue de revenir les défendre et faire revivre la patrie:

 

Cet égarement fut trop long

La vraie vie était ailleurs

La réalité était beaucoup plus dure

Là-bas on ne buvait plus le liquide d'éternité

C'était le sang qui coulait

Dans les rivières de mon pays.

 

3) Après la liberté que faire de la vérité, dans laquelle le poète s'adresse aux garçons et aux filles conçus dans le viol, à qui l'on a préféré cacher que leurs procréateurs étaient criminels de guerre:

 

On vous a condamnés à vivre

Oiseaux perdus et sans identité

Vous ne pouvez penser à votre passé

Vous avez peur de vos rêves.

 

4) Mea culpa, dans laquelle le poète ne sait comment expier d'avoir été lâche, le pardon des femmes violées et ses bonnes résolutions ne suffisant pas pour lui mériter la grâce d'une bonne mort:

 

Se peut-il que la mort ne veuille plus de moi?

Dans ce monde je ne sers plus à rien

Dans l'autre je crains d'être de trop.

 

Cette élégie rappelle - on ne le dira jamais assez - qu'aucune guerre n'est jolie, qu'il en est seulement de plus laides que d'autres et que, parmi les victimes, il peut y avoir morts d'âmes...

 

Francis Richard

 

Déesses profanées, Shemsi Makolli, 64 pages, Éditions de l'Aire

 

Recueils précédents:

 

L'anatomie du rêve (2017)

Élégie d'automne (2021)

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30 mars 2022 3 30 /03 /mars /2022 22:55
Pourquoi je suis communiste, de Quentin Mouron

Le titre de ce recueil de poèmes, en vers et en prose, ne peut qu'interpeller ou faire voir rouge, c'est selon.

 

En effet Pourquoi je suis communiste est un tantinet provocateur, quand on sait ce qu'on sait sur la mise en application de l'idéologie qui correspond à l'adjectif.

 

Les épigraphes du recueil donnent-elles une indication sur le sens qu'en l'occurrence il faut donner au titre?

 

La citation d'Alain Badiou en donne une, surtout la dernière phrase:

 

L'amour, c'est le communisme minimal.

 

Sans doute serait-il préférable d'en rester à cette forme-là de communisme...

 

La citation de Charles Baudelaire relève du bon mot:

 

Avis aux non-communistes: Tout est commun, même Dieu.

 

Elle est tirée de Mon coeur mis à nu où le poète, émule de Joseph de Maistre et d'Edgar Poe, fait, au contraire, l'éloge de l'individu et de l'aristocrate:

 

Il ne peut y avoir de progrès (vrai, c'est-à-dire moral) que dans l'individu et par l'individu lui-même. Mais le monde est fait de gens qui ne pensent qu'en commun, en bandes.

[...]

Qu'est-ce que l'homme supérieur? Ce n'est pas le spécialiste. C'est l'homme de loisir et d'éducation générale. Être riche et aimer le travail.

 

L'idéal communiste est donc bien éloigné de ses propos... d'autant que, pour lui, il n'existe que trois êtres respectables: le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer, créer.

 

Alors force est de constater que le lecteur ne doit pas s'en tenir là. Il n'a qu'une chose à faire: en en savourant la forme, lire le recueil, qui comprend quatre parties, c'est-à-dire les étapes de l'histoire d'un amour charnel: Rencontre, Engagement, Rupture, Vanité.

 

Cet amour que le poète Quentin Mouron chante, enchante, déchante, désenchante, est bien un communisme minimal qui peut parler à n'importe quel lecteur.

 

Ainsi trouvera-t-il juste et universel ce que dit l'amante à l'amant poète dans Rencontre, qui vante les mérites du couple sans lequel un être ne serait pas humain:

 

S'aimer c'est être responsable à deux de ce qui aurait pu ne jamais arriver.

 

De même, dans Engagement, un être particulier serait incomplet s'il ne se souciait pas du monde qui l'entoure:

 

Tu me dis que tu m'aimes mais

Tu me le dis en tremblant tu dis

Que dans un tel monde

On n'aime qu'en tremblant

De peur d'indignation de colère

 

Un monde où, selon Jean-Paul Sartre, ceux qui ont le temps s'opposent à ceux qui ne l'ont pas, sauf celui qu'on leur impose de l'extérieur...

 

Un monde où le titre du recueil prend tout son sens, même si la vision est réductrice et caricaturale, puisque le poète, qu'un autre poète, turc, inspire, Nâzim Hikmet, s'insurge:

 

... les entreprises les plus emblématiques du capitalisme tardif ne prennent plus la peine de se distinguer des réseaux mafieux et des cartels de drogue: c'est la même fureur monopolistique, c'est la même cruauté érigée en philosophie, c'est le même mépris des petites mains, c'est le même mépris des équilibres politiques, juridiques, sociaux.

 

Un monde où le salut ne se trouverait que dans la lutte, qui, pourtant, ne mènerait nulle part:

 

... nous étions immobiles, nous étions résignés, nous étions persuadés que le Même était chevillé à notre vie, qu'il n'y aurait rien d'autre que cette vie, qu'il n'y aurait rien d'autre que ce monde...

 

Dans Rupture, cette histoire d'un amour, comme tout, a une fin, y compris ce qui est beau:

 

C'est une rupture

Facile

Comme l'amour

Comme l'été

Torpide

Comme l'été

Passé

Comme l'été

Joyeux.

 

Cette étape ne se termine pas sans regrets:

 

... je pense à toi et je pense à nous et je pense à tout ce qui n'a pas eu lieu, et je pense à tous les voyages que nous n'avons pas faits, et je pense à tout ce que nous ne nous sommes pas dit.

 

La fin des fins, c'est la mort. Vanité clôture en effet le recueil par trois poèmes funèbres, dont le dernier est un Requiem en l'honneur de la dédicataire, Jeannine Mouron, et où les derniers vers expriment le désabusement:

 

- Et ton cercueil

Attendait

Sagement

Sur les dalles

Sans éclat

De l'église

Où tu aimais

Prier

Sous les vitraux sans art

De l'église

Où tu aimais

Chanter

Sous le Christ sans joie

De l'église

Que tu avais aimée.

 

Francis Richard

 

Pourquoi je suis communiste, Quentin Mouron, 170 pages, Olivier Morattel Éditeur

 

Livres précédents:

 

Au point d'effusion des égouts, Olivier Morattel Éditeur (2011)

Notre Dame de la Merci, Olivier Morattel Éditeur (2012)

La combustion humaine, Olivier Morattel Éditeur (2013)

Trois gouttes de sang et un nuage de coke, La Grande Ourse (2015)

L'âge de l'héroïne, La Grande Ourse (2016)

Vesoul le 7 janvier 2015, Olivier Morattel Éditeur (2018)

Jean Lorrain ou l'impossible fuite hors du monde, Olivier Morattel Éditeur (2020)

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26 février 2022 6 26 /02 /février /2022 20:15
Mon frère Icare - Ma soeur Ophélie, d'Huguette Junod

Il y a trente ans, dans Asters et Zébrures, Huguette Junod avait déjà parlé des morts de son frère Jean-Jacques et de sa soeur Michèle, survenues respectivement vingt et dix ans plus tôt.

 

Ces deux textes en prose poétique introduisent les deux longs chants qu'elle consacre aujourd'hui à chacun d'entre eux, précédés l'un d'une épigraphe baudelairienne et l'autre rimbaldienne.

 

Denise Mützenberg, dans son introduction, dit que, sans doute, pour surmonter ces deux pertes, qui se sont produites dans des circonstances brutales, pour leur survivre, l'auteure a choisi d'écrire:

 

Par nécessité, urgence de retenir, de dire, de crier, de mettre des mots sur l'indicible.

 

Jean-Jacques, Icare, est mort accidentellement, à dix-sept ans. Il se rendait à l'école en vélomoteur. Il a brûlé un feu rouge. Il a fait un vol plané au-dessus de son guidon et s'est sectionné l'aorte:

 

La mort l'a fauché

Il ne jouera plus

Il ne parlera plus

Atroce négation

d'une jeunesse fauchée

Le rideau est tombé

 

Michèle, Ophélie, s'est jetée du pont Butin dans le Rhône et s'est noyée comme la soeur de Laërte dans Hamlet et n'a été retrouvée qu'un peu plus d'un an plus tard lors de la vidange de Verbois:

 

Je suis partie à ta recherche

J'ai poussé les portes

de maisons inondées

ouvert les fenêtres des refuges

remonté les chemins

[...]

Je ne t'ai pas trouvée

 

La poète souffre toujours qu'ils ne soient plus là:

 

Ta lancinante absence me pèse

Savais-je que tu occupais tant d'espace

et de temps?

Mon frère Icare

 

Tu me manques

Présence perdue

Le vide

Cette poix qui vous englue

Ma soeur Ophélie

 

Pourtant les liens n'étaient pas les mêmes:

 

J'ai pétri la terre

pour façonner ton visage

à ma ressemblance

Mon frère Icare

 

Je t'avais souhaitée

à ma ressemblance

Je me suis abîmée dans nos différences

Ma soeur Ophélie

 

La fin de chaque chant est différente:

 

Je me suis mise à écrire

mais quelqu'un derrière moi

effaçait mes mots

pour qu'il n'en reste rien

[...]

Alors je me suis enfuie

mais quelqu'un derrière

effaça ma peur

pour qu'il n'en reste rien

Mon frère Icare

 

Dis-moi, depuis ce temps, où as-tu disparu?

Quels fleuves, quels chemins avons-nous parcourus?

Pourrons-nous aborder sur un autre rivage?

 

Les éclairs ont brûlé, les tonnerres vomi,

Les pluies ont lessivé toute contrée sauvage.

Nous voici dénudées sur le sol endormi.

Ma soeur Ophélie

 

Le recueil se termine par un texte qui met en scène, dans une mythique église blanche de Grèce, une dame, à la ressemblance d'Huguette Junod, et qui allume deux cierges couleur de miel:

 

L'un pour son frère, l'autre pour sa soeur, afin que la flamme ravive leur souvenir, brûle dans la solitude, leur redonne vie, le temps d'une mèche, embrase son coeur qui se souvient d'eux, les porte sur le chemin parcouru jusqu'à cette église-là, sur la place ombragée...

 

Francis Richard

 

Mon frère Icare - Ma soeur Ophélie, Huguette Junod, 120 pages, Éditions Encre Fraîche (illustré par Sylvie Monnier)

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12 février 2022 6 12 /02 /février /2022 23:30
Europa Popula, d'Antonio Rodriguez
Europa Popula, d'Antonio Rodriguez

Le 13 décembre 2021, Antonio Rodriguez recevait le Prix de Poésie 2021 Pierrette Micheloud, attribué par la Fondation éponyme, au Cinéma Bellevaux à Lausanne pour son recueil, Europa Popula.

 

Ce titre en latin signifierait population européenne et en espagnol Europe populaire... Ces deux sens ne semblent pas exclusifs l'un de l'autre en raison des profondeurs dans lesquelles le lecteur est plongé...

 

Quoi qu'il en soit, le recueil se compose de sept chants, en prose poétique, dont les noms interpellent, tout autant que leur forme et leur contenu qui semblent avoir une vie propre sous la plume du poète:

- prose baby

- puis vint la destruction de Paris

- le X de la salle X

- ma chambre au Belvédère

- dans le labyrinthe du continent

- viva popula

- rose robot

 

Le premier chant commence dans une salle d'accouchement, la chambre première, et le septième se passe dans une chambre de mort où l'infirmière est belle de robotique, d'une chambre l'autre en quelque sorte:

 

ici, "chambre" désigne la transition des époques, le franchissement des murs, l'infiltration par les fleuves, l'exploration des reflets, l'enchevêtrement des pièces, des lieux, des villes, des femmes, des enfants et même des cris...

 

Le  deuxième chant se passe, après la trahison, dans un abri confiné, où l'air est une promesse et où l'on attend des jours meilleurs, comme ceux où l'arbre de vie [...] poussait jadis à Paris, sur la Butte.

 

Le troisième se déroule à Vienne, c'est-à-dire au centre du continent, dans une salle de musée, où le X de la salle, et de ce qui s'y trouve, résume le mouvement des existences qui se croisent et se décroisent:

 

dans la salle Bruegel [...] les corps suspendus tentent de comprendre ce que les corbeaux attendent de nous

 

Le quatrième chant, qui résonne dans sa chambre au Belvédère, est celui des fantasmes suscités à cet homme-pistil par trois femmes-fauves (brune, blonde et rousse) et auxquels il s'est préparé picturalement:

 

la "mariée" de Klimt dort contre mon flanc, avec les couleurs du couchant

 

Le cinquième chant est sinistre. Il décrit un ordre nouveau inquiétant, où les êtres et les choses sont enfouis dans le labyrinthe d'un souvenir et où des jeunes gens chantent et marchent à son rythme...

 

Le sixième ne l'est pas moins, car la grandeur n'est qu'un simulacre de celle d'avant. Désormais, avec Popula, la médiocrité est un droit universel et la loi de l'égalité par le bas est celle en vigueur...

 

Le poète malgré lui1 parvient peut-être cependant à la poésie parce que l'Europe telle qu'il la porte en lui est complexe et tourmentée, comme l'existence. Le mot d'Europe d'ailleurs le fascine, hanté et enchanté...

 

Francis Richard

 

1 - Plus il s'efforce de ne pas l'être, plus il l'est.

 

Europa Popula, Antonio Rodriguez, 116 pages, Tarabuste Editeur

Antonio Rodriguez le 13 décembre 2021 à Bellevaux

Antonio Rodriguez le 13 décembre 2021 à Bellevaux

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30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 19:25
Le suc des sèves, de Laurent Galley

Une seule voix discordante

Une seule vie de traverse

Et la couleur du ciel est changée

 

Voilà un poète comme on les aime. Certes il se dit plus libertaire encore que libéral, mais il est, heureusement, affligé d'un

 

Strabisme convergeant: raison et coeur

 

La raison? Il voit dans le soleil la seule patrie habitable:

 

J'aime, soleil, ta jouissance et ton agonie d'amante

 

Ce qui ne l'empêche pas d'en connaître les limites:

 

L'astre à midi, si puissant soit-il, n'entame en rien le crépuscule en nous.

 

Le coeur? Il est pour lui un apôtre guilleret:

 

Nous abritons tous un coeur neuf

Convalescent, miraculé

 

Où se poser?

 

Une journée passée dans la cour d'un village

Ou sur le versant raide d'un mont incliné

Quoi que l'on dise ou pense de la ruralité

Voilà qui est moins baigner dans l'usage

Que dans la fontaine altière de l'éternité

 

Le poète aime la vie, même urbaine:

 

L'aridité des villes n'est plus une objection pour le monde animal. Chacun y mendie son pain, arpente son plumage d'acier, fréquente ses terrasses et ses cafés.

 

La vitalité, Le suc des sèves, est tellement importante pour Laurent Galley que son moto pourrait être:

 

Vivre d'aimer vivre

 

Le cycle des saisons se poursuit indéfiniment et la demeure du temps est à la nature. Mais c'est le printemps, un sortilège cuisant, qui est pour lui la seule ambition et fait pleinement de la vie sa propre finalité:

 

J'aime ces heures à la lueur des buis

Les ribambelles des rires printaniers

Les enfants et leur pied dans la marelle

Un, deux, trois... soleil, sous la pluie

Lorsqu'on a les yeux à hauteur de buis

 

Francis Richard

 

Le suc des sèves, Laurent Galley, 104 pages, Éditions de l'Aire

 

Livre précédent:

 

Le passage à gué (2019)

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16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 23:25
L'Arche des fous, de Françoise Matthey

Qui est fou? En ces temps de folies, de toutes sortes, c'est une bonne question. Elle se pose pour comprendre de quels fous parle Françoise Matthey dans ce récit poétique.

 

Les fous ne sont pas ceux qu'on croit. Ce sont tous ceux que le monde laisse désemparés, à la dérive des routes impalpables, des humains de seconde main en quelque sorte.

 

Ce monde est peuplé de caméras, d'interphones, de giratoires, de fenêtres scellées (afin que ne s'échappe pas l'air conditionné?), de portes automatiques qui dispensent de l'effort.

 

Ce monde fait croire aux humains que plus rien n'est éphémère, qu'ils peuvent aspirer à l'immortalité. Alors perdus, sans étoiles pour les guider, pour leur salut, ils embarquent:

 

Astreinte aux lois des flux croisés

l'arche des fous

sur les zébrures polluées des marées

espère non pas assistance avec force dieux

sculptés de leurres et d'artifices

mais la convergence du nombre et de l'unicité

langage commun

à restituer aux alliances ancestrales

de l'Homme

et de la terre

 

Cette recherche de l'unicité provient de leur fragmentation. Laquelle résulte de la révocation du défi de l'amitié et de celui de la fraternité. Aussi peuvent-ils paraître désormais  

 

Insensés à vouloir vivre leur destinée

sans déporter celle des autres

 

Pourtant ils continuent leur route, vaille que vaille. Faisant fi du temps et des contradictions, ils se font un devoir d'aborder l'énigme du vivant / l'humain en sa mortalité,

 

découvrent

par-delà tourments et lassitudes

une nature prodigue

 

à sauver

 

à partager

 

Ces fous, sur leur arche, déjoueront les pronostics. S'ils ne savent pas qu'ils sont fous, ils sauront être humains, c'est-à-dire capables de mesure, autrement dit de tisser serré:

 

bon-sens et probabilité

amour et dissemblance

 

Oeuvre d'éternité en somme

 

Vaste programme...

 

Francis Richard

 

L'Arche des fous, Françoise Matthey, 88 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

 

À la croisée des brides (2016)

Dans la lumière oblique (2019)

Feux de sauge (2021)

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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 23:00
Législation dérobade, de Pierre-André Milhit

Pierre-André Milhit projetait d'écrire une loi sur le pouvoir.

 

Il fallait donner une assise à ce projet. A est le radier de cette construction; il comprend les trois premiers articles de la charte d'une dictature et annonce par des textes elliptiques les vingt-trois autres articles de loi qui la composent et qui figurent dans les subdivisions de A.

 

Ces subdivisons, A1 et suivantes, jusqu'à A14, développent ces textes originels et se terminent par une phrase qui est la photographie vue d'en haut du corpus de chacune.

 

B, enfin, reproduit toutes ces dernières phrases les unes à la suite des autres, pour, en quelque sorte, résumer l'ensemble, qui ressemble alors à un inventaire à la Prévert...

 

Aussi l'épigraphe signé Matéi Visniec prend-elle tout son sens, c'est le cas de le dire:

 

Non je ne crois pas qu'on peut tout raconter.

Je ne crois pas qu'on peut tout comprendre.

Je ne crois pas qu'il y a un sens dans ce qu'on raconte.

Je ne crois pas qu'il y a un sens à ce que je dis.

 

Pour que le lecteur mesure à quel point le poète s'est donné licence, citons deux articles de la Législation dérobade:

 

- L'article un: 

il n'est pas besoin de nommer le chef, le chef est

 

- L'article dix-neuf:

les allumettes sont des armes de destruction massive

la cervelle des gens est une surface abrasive

 

Et deux extraits des développements:

 

A6.1 :

je décline au présent la charte d'une dictature

le passé ne t'appartient plus

          il est la mémoire des prisons, des murs d'exécution et des charognards

[...]

j'engage des moines copistes

          pour la multiplication de la pensée unique

etc.

texte qui se termine par:

le peuple des bannis allument des contre-feux

phrase reprise dans B.

 

A12:

[...]

les secrets de famille ne se dissolvent pas

          dans le bicarbonate et l'eau oxygénée

les secrets de famille se glissent

          sous le gravier de la cour qui ne dira rien

etc.

texte qui se termine par:

le gravier de ma cour est un musée

          qui se visite les soirs de peine

phrase reprise dans B.

 

S'il fallait tout de même trouver un sens à ces pérégrinations poétiques, ce serait de dire que la législation, surtout quand elle est sans concession, est une chose trop sérieuse pour ne pas chercher à se dérober à elle, ce que permet la poésie quand elle ne se confine pas... dans le convenu.

 

Francis Richard

 

Législation dérobade, Pierre-André Milhit, 64 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents aux éditions d'autre part:

 

La garde-barrière dit que l'amour arrive à l'heure (2013)

1440 minutes (2015)

La couleuvre qui se mordait la queue (2018)

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19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 19:55
Givre d'été, de Stéphanie Metzger del Campo et François Ledermann

La poésie se cristallise en une esthétique. Elle se givre dans l'été, à la fois saison estivale et événement inouï d'avoir été et d'être encore, de persévérer dans son intention, écrit Jacques Boesch en début de cet ouvrage, qui met vis-à-vis photos et poèmes, tantôt à une voix, tantôt deux.

 

Le paradoxe du titre oxymore n'est pas le seul de ce livre en couleurs et en noir et blanc. Car il n'est pas une photo qui ait été prise en été. L'été a donc bien été comme l'écrit Jacques Boesch, mais il est encore, en espérance ou en rémanence, autrement dit dans l'intention persistante.

 

Stéphanie Metzger del Campo et François Ledermann se sont baladés dans la ville, en ont tiré images et textes, et invitent à faire de même sous le Pont du Mont-Blanc, sur le Pont Rousseau, sur le Sentier des Saules (à la Jonction), en Vieille Ville, aux Bastions ou aux Eaux-Vives.

 

Même les bâtiments, tels celui des Forces Motrices ou celui du Seujet, tels ceux qui bordent les quais ou les côtés des rues et des places, incitent à la poésie, car c'est le regard que l'on porte sur eux en se promenant par beau ou par mauvais temps, qui les poétise et les idéalise.

 

En ce fol temps, c'est un bel hymne à la ville du bout du lac, dont, quand il n'est pas représenté par une image, la présence se devine proche, même lorsqu'une rue ou un bâtiment ne le sont pas. Car ses eaux entêtantes, mêlées à celles du Rhône qui le traverse, en emplissent l'atmosphère:

 

Lac de toutes les frontières

Lac de toutes les épaisseurs

Fréquence mystique

D'un rivage

Qui s'offre au bleu du ciel

 

SMDC

 

Voir le lac tant aimé

Le voir ivre de bise

Jouer sur les quais

 

Regard d'enfant

Sur le monde des bâtisses figées

Bordant les rêves mouvants

 

FL

 

Francis Richard

 

Givre d'été, Stéphanie Metzger del Campo et François Ledermann, 128 pages, Slatkine

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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 19:00
Je change et j'avance sous le marteau du temps, de Jacques Roman

Car il n'y a pas une idée des choses,

mais dix mille et dans le présent, je change et j'avance.

Antonin Artaud

 

Cette citation parmi d'autres, placées en fin de recueil par Jacques Roman, est méditation parmi d'autres que ces citations inspirent. Il en a vraisemblablement tiré le titre - il faudrait peut-être dire qu'il l'a étirée pour se le donner.

 

Il  avait d'autres titres sous la plume, mais il les a écartés. Et, même si certains étaient de bon aloi, ils étaient, pour la plupart, peut-être trop révélateurs du thème qui est celui de l'ouvrage, et n'en entretenaient pas le mystère.

 

Bien que le thème du recueil soit la solitude, qui, choisie ou subie, est une source obscure, il ne doit rien à la solitude déferlante, envahissante, née de la pandémie Covid-19 et du confinement qui s'ensuivit dès le 14 mars 2020.

 

Il est en effet le fruit de la réflexion du poète de janvier 2019 à août de cette année-là. Et ce n'est certainement pas fortuit qu'il l'ait dédié à l'être disparu, Michèle, une solitaire tout comme lui, et une complice pendant quarante ans.

 

Si le deuil est l'occasion de penser la solitude, pourtant il ne sied pas à l'aventure: La solitude est ce que nous possédons et nous possède, non pour le pire et le meilleur, mais pour la vérité d'être de là et d'ailleurs, sans frontières.

 

Il écrit erratiquement, mais non pas sans boussole, sur la solitude, et il précise d'emblée que l'écriture n'est pas la servante de la solitude: Elle est humaine, peuplée, la traversent foule de vivants et foule de morts, ombres, traces.

 

Aussi, pris par une agitation stérile - est-ce bien le bon adjectif? -, revisite-t-il des souvenirs, qui lui permettent de l'apprivoiser, d'apprendre d'elle, de la percevoir chez les autres: Et l'écrivant, je la sonde, la médite, la travaille.

 

Alors le lecteur devrait accepter de traverser avec lui la solitude, d'en jouer ensemble comme à la balle, de voir dans son écriture, adressée aux dieux disparus, l'ultime prière de qui a oublié toutes les prières, et leur impuissance...

 

Francis Richard

 

Je change et j'avance sous le marteau du temps, 72 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

 

L'apostrophe, Samizdat (2017)

La même nuit, le même meurtre, Éditions d'En Bas (2019)

Qui instruira le livre du calme (journal d'un émeutier), Éditions de l'Aire (2020)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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