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25 décembre 2022 7 25 /12 /décembre /2022 15:55
Crèche de l'église Saint Jean-Baptiste, à Saint Jean-de-Luz

Crèche de l'église Saint Jean-Baptiste, à Saint Jean-de-Luz

Hypocrites ! Chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache-t-il pas de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire? 

Luc, 13, 15

Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas.

Isaïe, 1, 3

 

Le boeuf et l'âne auraient réchauffé l'Enfant-Jésus de leur souffle dans sa crèche, ce que ne mentionnent pas les évangiles.

 

Ces deux braves bêtes sont discrètes1. L'une symboliserait le peuple juif attaché à la loi, l'autre, docile, les Gentils.

 

C'est en tout cas sur un ânon, monture royale, que Jésus est entré triomphalement dans Jérusalem le jour des Rameaux.

 

À quelques dizaines de kilomètres de là où je me trouve, à Hasparren, un autre Francis, Francis Jammes, a fini ses jours.

 

Il m'est doux, comme l'âne qui marchait le long des houx évoqué par ce poète, de reproduire ci-après, le poème où il parle d'eux.

 

C'est ma modeste façon de dire merci à mes lecteurs et de leur souhaiter Joyeux Noël, c'est-à-dire Eguberri on en basque. 

 

Francis Richard

 

On dit qu'à Noël

 

On dit qu’à Noël, dans les étables, à minuit,
l’âne et le bœuf, dans l’ombre pieuse, causent.
Je le crois. Pourquoi pas ? Alors, la nuit grésille :
les étoiles font un reposoir et sont des roses.

 

L’âne et le bœuf ont ce secret pendant l’année.
On ne s’en douterait pas. Mais, moi, je sais qu’ils ont
un grand mystère sous leurs humbles fronts.
Leurs yeux et les miens savent très bien se parler.

 

Ils sont les amis des grandes prairies luisantes
où des lins minces, aux fleurs en ciel bleu, tremblent
auprès des marguerites pour qui c’est dimanche
tous les jours puisqu’elles ont des robes blanches.

 

Ils sont les amis des grillons aux grosses têtes
qui chantent une sorte de petite messe
délicieuse dont les boutons d’or sont les clochettes
et les fleurs des trèfles les admirables cierges.

 

L’âne et le bœuf ne disent rien de tout cela
parce qu’ils ont une grande simplicité
et qu’ils savent bien que toutes les vérités
ne sont pas bonnes à dire. Bien loin de là.

 

Mais moi, lorsque l’Été, les piquantes abeilles
volent comme de petits morceaux de soleil,
je plains le petit âne et je veux qu’on lui mette
de petits pantalons en étoffe grossière.

 

Et je veux que le bœuf qui, aussi, parle au Bon Dieu,
ait, entre ses cornes, un bouquet frais de fougères
qui préserve sa pauvre tête douloureuse
de l’horrible chaleur qui lui donne la fièvre.

 

1897

(in De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir)

 

1 - Si l'âne et le boeuf sont bien là, derrière Marie et Joseph, ils ne figurent pas sur la photo que j'ai prise ce matin à l'issue de la messe de 10h30 dans l'église Saint Jean-Baptiste de Saint Jean-de-Luz.

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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 22:45
Hubris, de Carmen Campo Real

Carmen Campo Real a mis en épigraphe à son recueil Hubris cette citation de Christopher Gérard, tirée de son livre La Source Pérenne, publié à L'Âge d'Homme en 2007:

 

La faute suprême est ce que les Grecs, nos maîtres, appelaient l'hubris, la démesure. [...] Le plus terrible exemple d'hubris contemporain ce sont les totalitarismes modernes qui, à force de vouloir "changer l'homme" ne font que l'avilir.

 

Le monde actuel, vu du futur, ne donne pas envie:

 

L'éternel n'était plus qu'un trépas

Danse de l'attaque et de la fuite ici-bas

Comme conséquence de la rencontre de deux vies

Encéphalogramme plat et hagard

L'espèce était sa suprématie

Le service équitable de sa patrouille de crevards.

 

Dans ces conditions le repli devient urgent. Car l'ombre se propage, et la sensation d'abandon. La vie ralentit. Comment en sortir?

 

L'insatiabilité de la tête

Est la vertu suprême

Camoufler sa nature

Accepter l'incertitude noble et pérenne

 

N'est-ce pas l'attitude à adopter dans ce monde global?

 

Géographie de robots galériens

Le monde est un moulin

 

La politique s'est plantée de chemin. Il ne faut pas compter sur les journalistes souverains, ricanant et incultes pour le lui dire:

 

Il n'y a plus guère que quelques libelles palpables

Dans cette Hubris foisonne la misère et le culte.

 

La misère, c'est le champ de ruines des vies; le culte, c'est la prosternation, comme on assassine:

 

Production artificielle d'atmosphère

Stagnation de notre société qui prolifère

Comme lieu de l'antigravitation

Le poète constate la victoire des leçons

Du brio, du bluff et de la misère

Et chante, Ô témoignage sommaire.

 

Plutôt que d'affronter le pouvoir,

 

Agir en abandonnant le complexe de toute puissance

Préférer à la révolte, la passive désobéissance.

 

Autrement dit:

 

Partir d'un calcul pour décider pour soi

Ou partir de soi-même, hors-la-loi

L'action n'est plus affaire de rengaines

Mais d'expérimentations hors-système

Comprendre c'est admettre d'être vu.

 

Francis Richard

 

Hubris, Carmen Campo Real, 144 pages, Slatkine

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30 novembre 2022 3 30 /11 /novembre /2022 23:55
Coeurs battus, de Manon Leresche

La thérapie et la quête de la paix intérieure l'ont conduite à la danse et à l'écriture.

 

Cette phrase, qui se trouve en quatrième de couverture, est un résumé laconique du livre, illustré de photos en noir et blanc de l'auteure alors qu'elle danse dans la nature, contenant des mots qui, comme elle le dit dans l'introduction, n'ont d'autre lien entre eux que les coeurs battants, parfois battus, de ces corps qui dansent leur vie à pleins poumons.

 

Ce livre, ce sont des mots sur la vie:

 

N'oublie pas de vivre surtout.

Personne ne le fera à ta place.

 

Ou:

 

L'ennui n'est pas d'ignorer ce que l'on fera de la journée,

L'ennui est justement de savoir ce que l'on fera.

 

Des mots sur des personnes, telles que Diane:

 

Une femme qui aime les enfants, ceux de son neveu particulièrement, une femme qui a des copines et qui sort beaucoup avec elles. Une femme qui n'aurait pas de plaisir qu'avec un seul homme. Une femme qui est heureuse de la vie qu'elle a menée mais qui me montre le ciel en soufflant qu'il lui tarde d'y être.

 

ou Isabelle:

 

Isabelle est maigre.

Elle sent la vieillesse.

Elle raconte sa jeunesse.

Encore une fois.

Je la connais par coeur.

Sa voix tremble, elle avance lentement.

Je pense à René.

Il a eu raison de ne pas traîner.

Elle aurait dû le suivre.

Il y est allé seul lui.

 

Des mots sur la mort donc:

 

La mort est la seule chose plus forte que la vie. À sa vue, le monde s'atténue, se retire et périt dans le silence, les cris, la paralysie. Le temps s'immortalise.

 

Des mots sur la danse:

 

- Que souhaiterais-tu pour Noël ?

- Danser.

 

Sur la danse, plus expressive des émotions que les mots:

 

L'expression n'a pas de langue, elle est un vocabulaire d'émotions.

Et, la plupart du temps, les émotions sont innommables par la parole.

- Alors danse.

- Comment?

- En donnant vie à tes émotions.

 

Des mots sur l'amour:

 

Je l'ai laisser m'aimer. Enfin, je me suis laissée aimer plutôt. Je crois que je ne l'avais jamais fait auparavant. Mais c'est surtout que je ne comprends pas ce qu'il y a à aimer chez moi. Il n'y a peut-être rien, et peut-être que certaines personnes aiment ce rien.

 

Des mots sur ceux qu'il faut apprendre à danser:

 

Invite-moi à danser tes mots.

J'espère un jour pouvoir les comprendre.


Francis Richard

 

Coeurs battus, Manon Leresche, 84 pages, Éditions de l'Aire

 

Livres précédents:

 

Peau morte (2013)

Désacorps (2015)

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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 23:55
La Haine des oiseaux, de Quentin Mouron

Platon craignait que la poésie n'échappe à l'éternité, qu'elle se distribue dans la forme vide de l'événement, qu'elle échappe à la vérité...

 

Il n'avait pas raison. La poésie est plus large qu'il ne le pensait. Évoquer des événements ne la déroutent pas de l'éternité. Ils lui permettent seulement un repérage dans l'écoulement du temps.

 

En tout cas il ne faut pas reprocher au poète Quentin Mouron d'ignorer le monde qui l'entoure, dans toutes ses dimensions, qu'elles soient toutes proches ou, au contraire, bien lointaines.

 

De tous temps, les sentiments n'ont pas été empêchés par ce qui se déroule à l'extérieur de soi, telle que la guerre, commentée à l'envi par des experts sur des chaînes d'information en continu:

 

Ce soir

Tu pleures

Seule sous le ciel

Strié de missiles

 

Ce soir

Aucun semblable

Ne se ressemble plus

 

Si le poème n'est pas une vérité éternelle, il y a en lui quelque chose d'éternel quand le poète trouve les mots qui parlent à chacun pour exprimer ce qu'il peut ressentir dans son espace:

 

À l'Est

Quelque chose se passe

À l'Ouest

Quelque chose ne passe pas

 

Et dans le temps, qui s'écoule ou qu'il fait:

 

Les beaux jours reviennent

L'été est chaud

Les réfugiés refroidissent

Tu m'embrasses

 

Si ce qui l'entoure ne peut la laisser indifférente, l'amoureuse sans fond n'est pas pour autant détournée de jouer avec un garçon Assis/ Sur une serviette/ De plage/ Aux motifs/ Orientaux

 

Il te dit

Des bêtises

Sur la vie

Sur l'amour

Et les réfugiés

Climatiques

Tu mordilles

Son épaule

Tu chuchotes

Quelques mots

Dans son oreille

Percée

Rien ne se passe

Rien ne s'inscrit

Sur la surface

Étale

De l'été

 

La poésie n'est pas cantonnée dans la sublimation de l'âme, dans l'exaltation de la beauté, dans la bienveillance à l'égard d'autrui; elle dit le prosaïque, le laid, la cruauté, en y mettant des formes:

 

Tout pue:

Le bleu

Nos mains

Le souvenir

De notre passion

 

Ou:

 

Ils te frôlent

Tu sens l'odeur de la friture

Et du désir

Tu sens toutes les nuances

De la graisse et de la violence

Ils t'encerclent

Ils t'engloutissent

Ils te mastiquent avec l'application

Mécanique

Des grands fauves

 

Ces formes sont la marque du poète, sa façon de voir les êtres et les choses, dans un décor temporel, où des gestes singuliers et sensuels sont en fait la reproduction d'actes intemporels:

 

Viens

Pour l'amour

De moi

Viens

Pour l'oubli

Des morts

Viens

Retire le bas

De mon maillot

Embrasse mes cuisses

La guerre est loin

Viens

Rien n'existe

Que ta bouche

Et tes mains

Sur le haut

De mes seins

 

Francis Richard

 

La Haine des oiseaux, Quentin Mouron, 76 pages, Olivier Morattel Éditeur

 

Livres précédents:

 

Au point d'effusion des égouts, Olivier Morattel Éditeur (2011)

Notre Dame de la Merci, Olivier Morattel Éditeur (2012)

La combustion humaine, Olivier Morattel Éditeur (2013)

Trois gouttes de sang et un nuage de coke, La Grande Ourse (2015)

L'âge de l'héroïne, La Grande Ourse (2016)

Vesoul le 7 janvier 2015, Olivier Morattel Éditeur (2018)

Jean Lorrain ou l'impossible fuite hors du monde, Olivier Morattel Éditeur (2020)

Pourquoi je suis communiste, Olivier Morattel Éditeur (2022)

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24 septembre 2022 6 24 /09 /septembre /2022 19:30
L'écorce du réverbère, de Vincent Gilloz

capturer... c'est ça j'aimerais juste parvenir à figer ou conserver quelque chose... tu vois la force d'un moment, capturer l'instant, la sensation... surtout rien d'autre quoi rien de plus élaboré.

 

Voilà le projet poétique d'Igor tel qu'il le présente à son ami le narrateur, à qui il confie la mission impossible pour lui de trouver un éditeur pour son recueil de poèmes.

 

Les poèmes de ce vagabond ébloui, reproduits ici, ont des titres et des contenus conformes à ce projet de Captures: Prégnance, Infini Regard, Périscope, Déliquescence.

 

Les titre et sous-titres du livre de Vincent Gilloz évoquent plutôt une hybridation, que symbolise l'image du couple improbable d'un arbre et d'un réverbère enlacés1:

 

L'écorce du réverbère

Roman

Prose poétique

 

Or c'est bien cette gageure que le narrateur doit soutenir après qu'il a rencontré un éditeur connu, intéressé par ses poèmes, mais qu'il voudrait quelque peu romancés:

 

vous ne croyez pas que la distinction entre roman et poésie est difficile à faire?

 

Car le narrateur s'est bien présenté comme leur auteur et, piégé, maintenant doit assumer cette exigence, sans être sûr qu'elle ait l'heur de plaire du tout à son ami Igor.

 

Le texte, hybride donc, met en italiques l'accouplement de l'arbre et du réverbère, entre guillemets le récit secret du narrateur et en prose l'histoire proprement dite.

 

Comme il n'est guère de ponctuation dans ce roman, il faut lâcher prise, se laisser emporter par le rythme. Étrange, voire étranger, il devient alors familier et savoureux. 

 

Car, le narrateur a un regard infini sur les mondes de l'édition, de l'écriture, des enregistrements musicaux et des concerts, sur les relations de couple et la marginalité...

 

Francis Richard

 

1 - La photo de couverture le représente...

 

L'écorce du réverbère, Vincent Gilloz, 154 pages, Éditions des Sables

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18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 19:00
Chants de la Rue des Forgerons, de Ndriçim Ademaj

Tu peux t'habituer à mon absence

sans peine,

tout comme les oiseaux

lorsqu'on leur a coupé les fils du téléphone

 

Dans ce livre, il est question d'amour et de séparation, qui ne vont pas l'un sans l'autre, ce qui conduit le poète à cette exhortation:

 

Jeunes gens,

quoi que vous fassiez

éprenez-vous de femmes de villes lointaines...

 

Partir pour une ville lointaine peut se faire en avion, l'aéroport étant alors un lieu propice pour prononcer cette prière:

 

Je veux embrasser ton visage

à travers cette vitre sale,

et à ton départ

lui apprendre le chemin du retour

 

Ce peut être aussi une gare déserte en banlieue, où il n'attend pas l'amante et rend hommage aux stationnaires épuisés comme lui:

 

qui n'ont jamais su

si l'attente était plus dure

que l'oubli

 

Ses poèmes ne sont pas mièvres. D'ailleurs il n'aime pas les poèmes minables, ni les séparations, ni les fins non plus:

 

car dans la vie, c'est à la fin qu'on fait les comptes

or moi, mon ami,

je suis endetté jusqu'au cou

 

Le poète a peur, comme tout le monde, mais lui que son amante s'en aille ou qu'elle ne vienne pas, peur de trahir ou d'être trahi:

 

On naît avec la jalousie cachée

sous la peau

comme un grain de beauté attendant de se montrer,

et par malheur,

je suis l'enfant

au grain de beauté le plus monstrueux de tous

 

Le poète a même peur finalement de la tromper en étant aimé d'elle en toute méconnaissance de qui il est vraiment:

 

j'ai peur de tourner la tête et de voir la trace de mes pas,

comme la présence d'un homme qui me suit

caché dans les poches de mon manteau

ce lâche qui m'a toujours traqué

qui m'accompagnera jusqu'à toi

et pour qui ce soir encore

tu m'abandonnerais

 

Francis Richard

 

Chants de la Rue des Forgerons, Ndriçim Ademaj, 152 pages, Éditions d'en bas (traduit de l'albanais par  Festa Molliqaj)

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13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 19:30
Dans le cendrier du temps, de Markus Hediger

Dans le cendrier du temps

je trouve un souvenir écrasé

mais paraît-il bien vivant.

 

Dans ce début de poème, dédié à Nuno Jùdice, le titre du recueil de Markus Hediger fait son apparition, dans la quatrième partie, ou mouvement, de cette romésie, qui se termine en une naturelle coda.

 

Les mots-clés en sont les souvenirs (dont Georges Schehadé conseille impérativement de se méfier dans l'épigraphe, comme d'une montre arrêtée) et les mots, qui viennent sous sa plume sans passé:

 

Mots qui sont là dans la tête,

soudain se mettant en mouvement,

quelques-uns, parfois descendent

sur la page où prenant forme et chair,

ils s'accouplent ou bien ils se mettent

en ménage à mille et trois, certains

se quittant aussitôt, retrouvant

célibat ou solitude,

d'autres encor t'emmenant vers où

tu n'imaginais aller.

 

Les souvenirs émergent des transports que le poète emprunte, un tram ou un train, des lieux de rencontres que sont un arrêt, un hall de gare ou un café à dix pieds sous le ballast, ou à Istanbul.

 

Le poète a une dilection pour les cahiers à carreaux,  à l'appel desquels il répond et qui sont autant de fenêtres qui [le] regardent et semblent vouloir dire: - Allez, quelques mots, n'importe quoi...

 

C'est mieux d'écrire quelques mots quand ils évoquent les souvenirs d'êtres chers disparus, avec lesquels, enfant, il était complice, Nini, son père, sa grand-mère, Fraulein Lydia Lüscher ou Rosa:

 

En rentrant, chez moi, tard ce soir bon

de novembre flagellé de foehn,

en sentant sur mon visage

ce souffle chaud des saveurs du sud

qui m'entre dans les oreilles, 

et là, qui sait pourquoi, là

je me dis que je les entends, eux,

les morts, les mots qu'ils murmurent

mêlés à la langue universelle

du vent qu'ils ont choisi pour demeure.

 

Que reste-t-il des êtres et des choses? Rien, sinon des souvenirs. L'essentiel n'est-il pas de les revoir partout, ainsi que les lieux de son enfance, que le poète a failli faire précéder de hauts voire de ô

 

Francis Richard

 

Dans le cendrier du temps, Markus Hediger, 116 pages, L'Aire bleue

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3 août 2022 3 03 /08 /août /2022 21:30
Plein sud, de Quentin Dallorme

Plein sud, c'est une direction estivale:

du bleu arrive -

disperse dégage

rallume

l'été

 

Celui qui prend cette direction a trente ans, il en a mis trente à se rencontrer.

 

Ce recueil, comme un morceau de musique se décompose en trois temps, trois mouvements, italiens:

- Fuggire

- Tacere

- Riposarsi

 

Fuir, c'est s'isoler quelque part dans le sud, à proximité de la mer

où le soleil trempe les coudes

 

c'est courir

Vite - enjambées

à pleines secousses, fendiller

la plaque des chemins

se cogner au débris aux branches

s'entailler à toutes les marches de la chaleur

 

Se taire, c'est rester silencieux sous le soleil qui fusionne

Un filet d'ombre

tout ce qu'il reste

de liberté

 

C'est ressentir la faim et surtout la soif

monter là-bas

du vent, peut-être

sûrement

la même chaleur

 

C'est rester sec, même lorsque les milliers de doigts du courant du fleuve fouillent les côtes

La peau sèche, se tord sur mes os

remue de soif

car la lumière cloue

chaque mouvement

de l'ombre

comme du feuillage

[...]

Souffle

le soleil appuie de tout son poids

sur mes poumons

 

Se reposer, c'est trouver la paix

Silence

coule entre les draps

Par-dessus des odeurs de girofle, craque

une quiétude

elle s'approche

encore un peu et

vient gober

mes paupières

[...]

La mer le ciel

peu importe

la frontière

c'est la lumière

seule

qui délimite

le vivant

de l'ébloui

 

C'est enfin rendre grâce et prier le Créateur

Ne nous laisse pas, tout simplement

et ouvre la fenêtre

sur l'odeur des jardins.

 

Francis Richard

 

Plein sud, Quentin Dallorme, 104 pages, Éditions de l'Aire

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19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 22:55
Déesses profanées, de Shemsi Makolli

La guerre est le moyen d'obtenir ce que l'on désire par la spoliation plutôt que par l'échange. Elle s'accompagne toujours d'horreurs parce que la spoliation va de pair avec la violence.

 

Il ne faut jamais croire ceux qui prétendent que, dans une guerre, il y a un camp du Bien et un camp du Mal. Tous les camps font du mal et les premiers responsables en sont les dirigeants.

 

Il ne faut donc jamais taire les horreurs d'un camp, quelles qu'elles soient, parce que c'est s'en rendre complice, mais cela ne veut pas dire qu'il faille s'imaginer que l'autre est innocent.

 

Ce recueil est une Élégie aux vingt mille femmes albanaises violées par l'armée et la police serbes dans la guerre du Kosovo de 1998-99. Bertil Galland en résume l'intention dans sa préface:

 

Ce n'est pas un aveu de culpabilité requis des criminels, mais l'exilé lui-même qui se confesse.

 

Shemsi Makolli n'était pas sur place au moment de ces crimes. Exilé en Suisse, il se reproche surtout de n'avoir pu les empêcher et le fait savoir en s'exprimant par où il excelle, l'élégie.

 

Ce chant grave, pour reprendre l'expression de Bertil Galland, comporte quatre parties:

 

1) Déesses profanées, dans laquelle le poète s'interroge sur le sens de l'existence de celles qui l'ont été, qui plus est ont été torturées et ont donné naissance à de nombreux enfants non désirés.

 

Pourquoi?

 

Qu'elles s'appellent Leonora, Kristina ou Florié

L'appartenance albanaise est suffisante

Pour justifier une haine débordante

Viol et massacre.

 

2) Désespéré j'interrogeais le monde, dans laquelle le poète part à la recherche de déesses qu'il a connues au pays et à qui il a fait la promesse non tenue de revenir les défendre et faire revivre la patrie:

 

Cet égarement fut trop long

La vraie vie était ailleurs

La réalité était beaucoup plus dure

Là-bas on ne buvait plus le liquide d'éternité

C'était le sang qui coulait

Dans les rivières de mon pays.

 

3) Après la liberté que faire de la vérité, dans laquelle le poète s'adresse aux garçons et aux filles conçus dans le viol, à qui l'on a préféré cacher que leurs procréateurs étaient criminels de guerre:

 

On vous a condamnés à vivre

Oiseaux perdus et sans identité

Vous ne pouvez penser à votre passé

Vous avez peur de vos rêves.

 

4) Mea culpa, dans laquelle le poète ne sait comment expier d'avoir été lâche, le pardon des femmes violées et ses bonnes résolutions ne suffisant pas pour lui mériter la grâce d'une bonne mort:

 

Se peut-il que la mort ne veuille plus de moi?

Dans ce monde je ne sers plus à rien

Dans l'autre je crains d'être de trop.

 

Cette élégie rappelle - on ne le dira jamais assez - qu'aucune guerre n'est jolie, qu'il en est seulement de plus laides que d'autres et que, parmi les victimes, il peut y avoir morts d'âmes...

 

Francis Richard

 

Déesses profanées, Shemsi Makolli, 64 pages, Éditions de l'Aire

 

Recueils précédents:

 

L'anatomie du rêve (2017)

Élégie d'automne (2021)

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30 mars 2022 3 30 /03 /mars /2022 22:55
Pourquoi je suis communiste, de Quentin Mouron

Le titre de ce recueil de poèmes, en vers et en prose, ne peut qu'interpeller ou faire voir rouge, c'est selon.

 

En effet Pourquoi je suis communiste est un tantinet provocateur, quand on sait ce qu'on sait sur la mise en application de l'idéologie qui correspond à l'adjectif.

 

Les épigraphes du recueil donnent-elles une indication sur le sens qu'en l'occurrence il faut donner au titre?

 

La citation d'Alain Badiou en donne une, surtout la dernière phrase:

 

L'amour, c'est le communisme minimal.

 

Sans doute serait-il préférable d'en rester à cette forme-là de communisme...

 

La citation de Charles Baudelaire relève du bon mot:

 

Avis aux non-communistes: Tout est commun, même Dieu.

 

Elle est tirée de Mon coeur mis à nu où le poète, émule de Joseph de Maistre et d'Edgar Poe, fait, au contraire, l'éloge de l'individu et de l'aristocrate:

 

Il ne peut y avoir de progrès (vrai, c'est-à-dire moral) que dans l'individu et par l'individu lui-même. Mais le monde est fait de gens qui ne pensent qu'en commun, en bandes.

[...]

Qu'est-ce que l'homme supérieur? Ce n'est pas le spécialiste. C'est l'homme de loisir et d'éducation générale. Être riche et aimer le travail.

 

L'idéal communiste est donc bien éloigné de ses propos... d'autant que, pour lui, il n'existe que trois êtres respectables: le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer, créer.

 

Alors force est de constater que le lecteur ne doit pas s'en tenir là. Il n'a qu'une chose à faire: en en savourant la forme, lire le recueil, qui comprend quatre parties, c'est-à-dire les étapes de l'histoire d'un amour charnel: Rencontre, Engagement, Rupture, Vanité.

 

Cet amour que le poète Quentin Mouron chante, enchante, déchante, désenchante, est bien un communisme minimal qui peut parler à n'importe quel lecteur.

 

Ainsi trouvera-t-il juste et universel ce que dit l'amante à l'amant poète dans Rencontre, qui vante les mérites du couple sans lequel un être ne serait pas humain:

 

S'aimer c'est être responsable à deux de ce qui aurait pu ne jamais arriver.

 

De même, dans Engagement, un être particulier serait incomplet s'il ne se souciait pas du monde qui l'entoure:

 

Tu me dis que tu m'aimes mais

Tu me le dis en tremblant tu dis

Que dans un tel monde

On n'aime qu'en tremblant

De peur d'indignation de colère

 

Un monde où, selon Jean-Paul Sartre, ceux qui ont le temps s'opposent à ceux qui ne l'ont pas, sauf celui qu'on leur impose de l'extérieur...

 

Un monde où le titre du recueil prend tout son sens, même si la vision est réductrice et caricaturale, puisque le poète, qu'un autre poète, turc, inspire, Nâzim Hikmet, s'insurge:

 

... les entreprises les plus emblématiques du capitalisme tardif ne prennent plus la peine de se distinguer des réseaux mafieux et des cartels de drogue: c'est la même fureur monopolistique, c'est la même cruauté érigée en philosophie, c'est le même mépris des petites mains, c'est le même mépris des équilibres politiques, juridiques, sociaux.

 

Un monde où le salut ne se trouverait que dans la lutte, qui, pourtant, ne mènerait nulle part:

 

... nous étions immobiles, nous étions résignés, nous étions persuadés que le Même était chevillé à notre vie, qu'il n'y aurait rien d'autre que cette vie, qu'il n'y aurait rien d'autre que ce monde...

 

Dans Rupture, cette histoire d'un amour, comme tout, a une fin, y compris ce qui est beau:

 

C'est une rupture

Facile

Comme l'amour

Comme l'été

Torpide

Comme l'été

Passé

Comme l'été

Joyeux.

 

Cette étape ne se termine pas sans regrets:

 

... je pense à toi et je pense à nous et je pense à tout ce qui n'a pas eu lieu, et je pense à tous les voyages que nous n'avons pas faits, et je pense à tout ce que nous ne nous sommes pas dit.

 

La fin des fins, c'est la mort. Vanité clôture en effet le recueil par trois poèmes funèbres, dont le dernier est un Requiem en l'honneur de la dédicataire, Jeannine Mouron, et où les derniers vers expriment le désabusement:

 

- Et ton cercueil

Attendait

Sagement

Sur les dalles

Sans éclat

De l'église

Où tu aimais

Prier

Sous les vitraux sans art

De l'église

Où tu aimais

Chanter

Sous le Christ sans joie

De l'église

Que tu avais aimée.

 

Francis Richard

 

Pourquoi je suis communiste, Quentin Mouron, 170 pages, Olivier Morattel Éditeur

 

Livres précédents:

 

Au point d'effusion des égouts, Olivier Morattel Éditeur (2011)

Notre Dame de la Merci, Olivier Morattel Éditeur (2012)

La combustion humaine, Olivier Morattel Éditeur (2013)

Trois gouttes de sang et un nuage de coke, La Grande Ourse (2015)

L'âge de l'héroïne, La Grande Ourse (2016)

Vesoul le 7 janvier 2015, Olivier Morattel Éditeur (2018)

Jean Lorrain ou l'impossible fuite hors du monde, Olivier Morattel Éditeur (2020)

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26 février 2022 6 26 /02 /février /2022 20:15
Mon frère Icare - Ma soeur Ophélie, d'Huguette Junod

Il y a trente ans, dans Asters et Zébrures, Huguette Junod avait déjà parlé des morts de son frère Jean-Jacques et de sa soeur Michèle, survenues respectivement vingt et dix ans plus tôt.

 

Ces deux textes en prose poétique introduisent les deux longs chants qu'elle consacre aujourd'hui à chacun d'entre eux, précédés l'un d'une épigraphe baudelairienne et l'autre rimbaldienne.

 

Denise Mützenberg, dans son introduction, dit que, sans doute, pour surmonter ces deux pertes, qui se sont produites dans des circonstances brutales, pour leur survivre, l'auteure a choisi d'écrire:

 

Par nécessité, urgence de retenir, de dire, de crier, de mettre des mots sur l'indicible.

 

Jean-Jacques, Icare, est mort accidentellement, à dix-sept ans. Il se rendait à l'école en vélomoteur. Il a brûlé un feu rouge. Il a fait un vol plané au-dessus de son guidon et s'est sectionné l'aorte:

 

La mort l'a fauché

Il ne jouera plus

Il ne parlera plus

Atroce négation

d'une jeunesse fauchée

Le rideau est tombé

 

Michèle, Ophélie, s'est jetée du pont Butin dans le Rhône et s'est noyée comme la soeur de Laërte dans Hamlet et n'a été retrouvée qu'un peu plus d'un an plus tard lors de la vidange de Verbois:

 

Je suis partie à ta recherche

J'ai poussé les portes

de maisons inondées

ouvert les fenêtres des refuges

remonté les chemins

[...]

Je ne t'ai pas trouvée

 

La poète souffre toujours qu'ils ne soient plus là:

 

Ta lancinante absence me pèse

Savais-je que tu occupais tant d'espace

et de temps?

Mon frère Icare

 

Tu me manques

Présence perdue

Le vide

Cette poix qui vous englue

Ma soeur Ophélie

 

Pourtant les liens n'étaient pas les mêmes:

 

J'ai pétri la terre

pour façonner ton visage

à ma ressemblance

Mon frère Icare

 

Je t'avais souhaitée

à ma ressemblance

Je me suis abîmée dans nos différences

Ma soeur Ophélie

 

La fin de chaque chant est différente:

 

Je me suis mise à écrire

mais quelqu'un derrière moi

effaçait mes mots

pour qu'il n'en reste rien

[...]

Alors je me suis enfuie

mais quelqu'un derrière

effaça ma peur

pour qu'il n'en reste rien

Mon frère Icare

 

Dis-moi, depuis ce temps, où as-tu disparu?

Quels fleuves, quels chemins avons-nous parcourus?

Pourrons-nous aborder sur un autre rivage?

 

Les éclairs ont brûlé, les tonnerres vomi,

Les pluies ont lessivé toute contrée sauvage.

Nous voici dénudées sur le sol endormi.

Ma soeur Ophélie

 

Le recueil se termine par un texte qui met en scène, dans une mythique église blanche de Grèce, une dame, à la ressemblance d'Huguette Junod, et qui allume deux cierges couleur de miel:

 

L'un pour son frère, l'autre pour sa soeur, afin que la flamme ravive leur souvenir, brûle dans la solitude, leur redonne vie, le temps d'une mèche, embrase son coeur qui se souvient d'eux, les porte sur le chemin parcouru jusqu'à cette église-là, sur la place ombragée...

 

Francis Richard

 

Mon frère Icare - Ma soeur Ophélie, Huguette Junod, 120 pages, Éditions Encre Fraîche (illustré par Sylvie Monnier)

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12 février 2022 6 12 /02 /février /2022 23:30
Europa Popula, d'Antonio Rodriguez
Europa Popula, d'Antonio Rodriguez

Le 13 décembre 2021, Antonio Rodriguez recevait le Prix de Poésie 2021 Pierrette Micheloud, attribué par la Fondation éponyme, au Cinéma Bellevaux à Lausanne pour son recueil, Europa Popula.

 

Ce titre en latin signifierait population européenne et en espagnol Europe populaire... Ces deux sens ne semblent pas exclusifs l'un de l'autre en raison des profondeurs dans lesquelles le lecteur est plongé...

 

Quoi qu'il en soit, le recueil se compose de sept chants, en prose poétique, dont les noms interpellent, tout autant que leur forme et leur contenu qui semblent avoir une vie propre sous la plume du poète:

- prose baby

- puis vint la destruction de Paris

- le X de la salle X

- ma chambre au Belvédère

- dans le labyrinthe du continent

- viva popula

- rose robot

 

Le premier chant commence dans une salle d'accouchement, la chambre première, et le septième se passe dans une chambre de mort où l'infirmière est belle de robotique, d'une chambre l'autre en quelque sorte:

 

ici, "chambre" désigne la transition des époques, le franchissement des murs, l'infiltration par les fleuves, l'exploration des reflets, l'enchevêtrement des pièces, des lieux, des villes, des femmes, des enfants et même des cris...

 

Le  deuxième chant se passe, après la trahison, dans un abri confiné, où l'air est une promesse et où l'on attend des jours meilleurs, comme ceux où l'arbre de vie [...] poussait jadis à Paris, sur la Butte.

 

Le troisième se déroule à Vienne, c'est-à-dire au centre du continent, dans une salle de musée, où le X de la salle, et de ce qui s'y trouve, résume le mouvement des existences qui se croisent et se décroisent:

 

dans la salle Bruegel [...] les corps suspendus tentent de comprendre ce que les corbeaux attendent de nous

 

Le quatrième chant, qui résonne dans sa chambre au Belvédère, est celui des fantasmes suscités à cet homme-pistil par trois femmes-fauves (brune, blonde et rousse) et auxquels il s'est préparé picturalement:

 

la "mariée" de Klimt dort contre mon flanc, avec les couleurs du couchant

 

Le cinquième chant est sinistre. Il décrit un ordre nouveau inquiétant, où les êtres et les choses sont enfouis dans le labyrinthe d'un souvenir et où des jeunes gens chantent et marchent à son rythme...

 

Le sixième ne l'est pas moins, car la grandeur n'est qu'un simulacre de celle d'avant. Désormais, avec Popula, la médiocrité est un droit universel et la loi de l'égalité par le bas est celle en vigueur...

 

Le poète malgré lui1 parvient peut-être cependant à la poésie parce que l'Europe telle qu'il la porte en lui est complexe et tourmentée, comme l'existence. Le mot d'Europe d'ailleurs le fascine, hanté et enchanté...

 

Francis Richard

 

1 - Plus il s'efforce de ne pas l'être, plus il l'est.

 

Europa Popula, Antonio Rodriguez, 116 pages, Tarabuste Editeur

Antonio Rodriguez le 13 décembre 2021 à Bellevaux

Antonio Rodriguez le 13 décembre 2021 à Bellevaux

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30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 19:25
Le suc des sèves, de Laurent Galley

Une seule voix discordante

Une seule vie de traverse

Et la couleur du ciel est changée

 

Voilà un poète comme on les aime. Certes il se dit plus libertaire encore que libéral, mais il est, heureusement, affligé d'un

 

Strabisme convergeant: raison et coeur

 

La raison? Il voit dans le soleil la seule patrie habitable:

 

J'aime, soleil, ta jouissance et ton agonie d'amante

 

Ce qui ne l'empêche pas d'en connaître les limites:

 

L'astre à midi, si puissant soit-il, n'entame en rien le crépuscule en nous.

 

Le coeur? Il est pour lui un apôtre guilleret:

 

Nous abritons tous un coeur neuf

Convalescent, miraculé

 

Où se poser?

 

Une journée passée dans la cour d'un village

Ou sur le versant raide d'un mont incliné

Quoi que l'on dise ou pense de la ruralité

Voilà qui est moins baigner dans l'usage

Que dans la fontaine altière de l'éternité

 

Le poète aime la vie, même urbaine:

 

L'aridité des villes n'est plus une objection pour le monde animal. Chacun y mendie son pain, arpente son plumage d'acier, fréquente ses terrasses et ses cafés.

 

La vitalité, Le suc des sèves, est tellement importante pour Laurent Galley que son moto pourrait être:

 

Vivre d'aimer vivre

 

Le cycle des saisons se poursuit indéfiniment et la demeure du temps est à la nature. Mais c'est le printemps, un sortilège cuisant, qui est pour lui la seule ambition et fait pleinement de la vie sa propre finalité:

 

J'aime ces heures à la lueur des buis

Les ribambelles des rires printaniers

Les enfants et leur pied dans la marelle

Un, deux, trois... soleil, sous la pluie

Lorsqu'on a les yeux à hauteur de buis

 

Francis Richard

 

Le suc des sèves, Laurent Galley, 104 pages, Éditions de l'Aire

 

Livre précédent:

 

Le passage à gué (2019)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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