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6 juin 2021 7 06 /06 /juin /2021 16:45
Flashs - Aphorèmes, de Timba Bema

Ce recueil comprend 100 Flashs sous forme d'Aphorèmes, encore que le deuxième et le soixante-sixième soient identiques...

 

Aphorème est un néologisme créé à partir d'aphorisme et de poème par Timba Bema.

 

Pour lui, l'aphorème est l'unité fondamentale du poème, comme l'atome est l'unité fondamentale de la matière.

 

Et les Flashs? Le saisissement de l'essence des êtres et des choses: ils impressionnent brièvement les parois de notre esprit, le temps d'un clignement des yeux, d'un battement d'ailes.

 

En quatre vers, tout est dit dans un flash formulé en aphorème, à la ponctuation minimale voire inexistante, rythmé par le seul passage à la ligne...

 

Exemples:

4

Le bruit

Aimait

Les talons

Des dames

 

12

Je vivais

Entre les morts

Du lundi matin

Au vendredi soir

 

24

Après la pluie

Ma terre

Est souvent

Triste

 

29

Tu es étrangement seul

Toi qui oses

Visiter

Les profondeurs du monde

 

46

Comme

Il est difficile

De parler, simplement

Parler à ceux de son espèce

 

49

Est à craindre

Toute

Société

Fière de ses lois

 

74

Notre histoire

Sera toujours

Entre trois points

De suspension...

 

84

Au grand désespoir

Du chef d'orchestre

On dansait sur sa musique

Sans jamais l'écouter

 

97

On t'aimait

Comme on aime les fleurs

Après le passage

Des abeilles

 

Ces quelques exemples se passent de commentaires. Chacun peut y trouver ce qui lui parle...

 

Francis Richard

 

Flashs - Aphorèmes, Timba Bema, 120 pages, Éditions Stellamaris

 

Livre précédent:

 

Les seins de l'amante (2018)

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 22:55
Essai pour un paradis, suivi de Pour un moissonneur, de Gustave Roud

Un homme a fait éclore en moi ce paradis humain qui gît épars dans notre corps, dans notre coeur, - par sa seule présence.

 

Cet homme s'appelle Aimé dans Essai pour un paradis (1933). Dans la vraie vie, c'est un paysan, Olivier Cherpillod, à qui il dédie cette prose poétique.

 

Aimé est le grand frère qu'il aime: les causeries, les calmes promenades, le pays autour de nous, jaune et sec sous un ciel épais et violâtre à l'horizon...

 

Ce paradis ne l'est que parce qu'il est près d'Aimé, de son plus jeune fils, avec tout ce bonheur d'une présence, et auprès de la nature qui est celle du Jardin:

 

Le marronnier vert tendre, toutes ses lampes ouvertes. Les feuilles des poiriers sont de la peluche verte et grise, douce aux yeux...

 

La nature, c'est celle maîtrisée par l'homme:

 

L'herbe est si haute que l'on entend des bruits de faux sans voir personne. Derrière le beau mur bruissant et soyeux des épis, Aimé fauche.

 

La présence, c'est celle du corps d'Aimé au bain:

 

Voici la tête où veille la pensée, ces bras durcis par la gerbe, par la faux, la large poitrine couleur de pain, le ventre où le soleil allume un crin doré, ces genoux qui fendaient sans fin ces fleurs pressées, la double colonne des jambes qui t'assurent de ton royaume...

 

Et celle des mains d'Aimé quand il mange et qu'il boit:

 

Mains très dures, mains brunes et brûlées, pleines du pain vivant, pleines de ce vin rose dans son verre comme une braise.

 

Mais toute saison a une fin...

 

Pour un moissonneur (1941) est dédié à Fernand Cherpillod, neveu du précédent. Il n'ose redire son nom qu'une fois, au tout début, à voix basse.

 

Après, il se permet de le tutoyer, parce qu'il a été pris sous son charme dès qu'il le vit, dans la sombre salle, alors même qu'il ne savait pas encore son nom:

 

J'ai vu ta main vivante près des miennes et ses plaies de bûcheron mal guéries; j'ai vu vivre ta poitrine sous le drap sombre, taché d'une seule perce-neige, battre à ton cou la longue veine du sang nouveau.

 

C'est lui le moissonneur, qu'il est prêt à suivre, sans rien dire:

 

Quelque chose d'immense par-delà les murs nous appelle, quelque chose pour nous seuls commence où nous entrerons comme dans la mer.

 

Ils sont donc partis ensemble ce jour-là, côte à côte. Ils se sont arrêtés pendant une heure, dont il garde un souvenir impérissable:

 

Pour toute une heure, le temps de notre halte sous le toit de tuiles ruisselantes, les pieds dans la poussière pleine de brins de paille, de fragiles empreintes d'oiseaux, il m'a paru que je pouvais vivre encore.

 

Mais, aujourd'hui, il se demande où est passé ce faucheur de froments, et non pas d'herbes, nuance:

 

Cent fois j'ai repris la même route, sachant bien pourtant que ce ne serait plus la même, qu'elle n'irait jamais plus vers toi.

 

Cette fois, contrairement à l'Essai pour un paradis, lequel n'existe que par la seule présence, c'est l'absence qui se fait cruellement sentir:

 

Est-ce que tu ne peux me dire si tu respires encore, si ton coeur bat, si cette épaule où poser ma main, une seule fois encore m'est refusée?

 

Francis Richard

 

Essai pour un paradis, suivi de Pour un moissonneur, Gustave Roud, 128 pages, Zoé

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17 février 2021 3 17 /02 /février /2021 19:15
Élégie d'automne, de Shemsi Makolli

Le titre, Élégie d'automne, donne l'idée directrice et le moment de parution du recueil. Car une élégie, étymologiquement, est un chant de mort; la saison de 2019 où tombent les feuilles est celle où il est paru.

 

Dans la première partie, Un reflet de l'âme, comme dans la deuxième, Amants éternels, la mort bien présente évoque davantage l'éternité que la disparition: c'est ce à quoi aspirent les hommes, qu'ils y croient ou non.

 

Ce n'est donc pas fortuit que le poète, pour qui la poésie est magie de la vie, s'empare dans deux de ses poèmes des mythes millénaires de la belle Hélène, au regard un peu doux mais glacial, et du Cheval de Troie.

 

Quelles que soient leurs croyances, le poète sait bien qu'il est facile aux hommes de se chercher des excuses. Mais ils ont pour devoir essentiel de se perfectionner, toujours. C'est la responsabilité qui leur incombe:

 

Qui est responsable ?

Pour tous nos malheurs

Ce n'est ni ceci ni cela

Mais nous et seulement nous-mêmes.

 

Comme c'est l'automne, il est bien sûr question dans plusieurs poèmes des feuilles qui se trouvent désormais à terre et qui le symbolisent (en anglais il se dit the fall, c'est-à-dire la chute); ainsi, dans Le corbeau, écrit-il:

 

Feuilles jaunes

Tombées autour d'un arbre

Comme un joli et doux lit

Pour une longue nuit de noces

De toutes les couleurs paré et embelli.

 

Dans Discussions de feuilles, celles-ci se font part de leurs états d'âme qui correspondent au moment où elles se sont détachées pour joncher le sol: toutes séchées, très jeunes, morte dans la sève ou petite nouvelle...

 

Le poète imagine Ceux qui [lui] parlent (comme dans un cortège funèbre) et qui, en réalité, [le] tuent. Ils arborent une tristesse de façade mais ils sourient sous cape, bref, en fait, ils l'aiment mieux mort que vivant:

 

Ils sont venus avec des nuages sous les bras

Pourquoi des nuages à ma rencontre ?

Afin qu'après moi

Leurs journées s'éclairent.

 

Il imagine son après, autrement dit quand il ne sera plus de ce monde. Que restera-t-il de lui ? Il ne disparaîtra pas pour autant, il ne se taira jamais jusqu'à la fin de [sa] chanson, il renaîtra même par [ses] rêves:

 

Même enchaîné, enseveli

Libre je sortirai la tête haut levée

Comme un coquelicot séditieux

Au milieu du champ de blé

Dressé sur un drap bleu-vert

Pétales rouge sang

Caressés par les vents.

 

Il est aussi question dans cette partie d'assassinats de légendes et de rêves, de leur renaissance (par les siens, comme on l'a vu), mais aussi de renaissance de destins communs. Cela présuppose de rester enfant...

 

Dans la deuxième partie il s'adresse à l'âme soeur, c'est-à-dire non plus à l'âme en général ou à la sienne en particulier. Il sanctuarise cette âme soeur et se propose de frapper discrètement et d'attendre à sa porte:

 

Ton âme est un temple sacré

Plus vieux que le temps

Et plus jeune que nous

Car c'est une âme

Et jamais l'âme ne vieillit

Seule change l'alentour

Elle reste pour l'éternité.

 

Là encore, dans cette partie, il y a une nostalgie de l'enfance et de son innocence (celle des enfants sortis tous droits du Paradis de Dante) ou de l'adolescence: le poète aimerait redevenir le garçon de jadis, et le dit...

 

Il y a aussi que le temps s'écoule trop vite pour ceux qui s'aiment; aussi même les mots peuvent-ils être de trop; les regards sont éloquents; et, quand ils ne se distinguent pas dans l'obscurité, c'est elle qui leur parle:

 

Pour nous l'attente n'a plus de temps à perdre

En nuits blanches

À porter remède aux plaies célestes

Et ramasser les étoiles dispersées

Dans le ciel au-dessus de nos têtes.

 

La séparation des amants peut être volontaire; elle peut ainsi résulter d'un accord de ne plus se voir, mais cela ne signifie pas pour autant l'oubli. Elle peut être involontaire, mais l'amour n'en demeure pas moins:

 

Ne sois pas triste pour moi

Je suis imprégné d'un bonheur du passé

J'en nourrirai mes derniers instants

Sans rien regretter de cette vie

Sauf les instants vécus loin de toi.

 

Francis Richard

 

Élégie d'automne, Shemsi Makolli, 82 pages, Éditions de l'Aire

 

Recueil précédent:

 

L'anatomie du rêve (2017)

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17 décembre 2020 4 17 /12 /décembre /2020 19:00
Esquilles, de Nuria Manzur-Wirth

Esquille, nom féminin:

. Petit fragment osseux provenant d'une fracture, le plus souvent complexe.

. Petit éclat de bois.

(Larousse)

 

Si Nuria Manzur-Wirth a choisi ce mot pour en faire un titre pluriel, c'est parce que, pour elle, la langue française est l'os de nos noms  et qu'elle a besoin, pour l'apprivoiser (ce n'est pas sa langue maternelle mais celle de sa fille) de la mettre en petits morceaux pour mieux recomposer un accès inouï au monde.

 

Ces esquilles sont de voix et de souffle:

 

DE MA MÉMOIRE

avec ton nom

           entre cristaux

il se perdit,

          le premier phonème

          le souffle

 

et la voix qui pouvait te prononcer

aveugla en saphirs

les alvéoles de lumière

 

de ma parole

 

 

Ces esquilles sont anatomie du souffle:

 

TRAJET OSSEUX DU SOUFFLE

L'

ossature

du rythme respiratoire

et,        encore,       la

structure        haubanée       du rachis

doit

concilier                deux              impératifs

mécaniques                                         contradictoires

rigidité et souplesse

                                 

 

Ces esquilles sont anatomie comparée:

 

étends ta main contre ma bouche inspire

estende a tua maõ contra mina boca et respira,

et sens comme je respire contre    elle,

e sente commo respiro contra ela,

et sans que je ne dise rien    sens-la

et sem que eu nada diga,

la trémule touchée colonne d'air

sente a trémula, tocada coluna de ar

espoir de la spore

a sorvo e sporo

gorgée à gorgée    multiple    diaspore

ò

 

Dans ce recueil, la poète explore le terroir des mots et dessine avec eux des formes et des sons, qu'il revient au lecteur de parcourir. Elle lui dit: vous êtes libre

 

de sauter       comme dans une marelle

d'une ligne à l'autre

d'un texte à l'autre

 

sans avertir personne de votre choix

sans devoir obéir à n'importe quelle

raison colonisatrice raison

d'ordre du terroir

 

Alors le lecteur de langue française doit accueillir avec bonheur cette liberté qui lui est donnée s'il veut à son tour redécouvrir sa propre langue sous les aspects singuliers que lui révèle celle qui a l'expérience d'une grande diversité de cultures.

 

Francis Richard

 

Esquilles, Nuria Manzur-Wirth, 80 pages, Éditions de l'Aire (à paraître)

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8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 01:00
Immaculée Conception, de Paul Verlaine

Le poème de Paul Verlaine que je reproduis ci-dessous a été publié dans son recueil intitulé Liturgies intimes en 1892.

 

Dans sa préface, l'auteur prétend que, dans ces poèmes, au nombre de vingt-trois, sans compter le Final, sa pensée ne franchit jamais les limites du Dogme.

 

En l'occurrence il s'agit dans le poème ci-dessous du dogme de l'Immaculée Conception que, dans sa Constitution apostolique Ineffabilis Deus, le Bienheureux Pape Pie IX a défini et proclamé le mercredi 8 décembre 1854.

 

Dans ce texte, Pie IX expose que la Mère du Christ fut toujours sans aucune tache, entièrement exempte de l'esclavage du péché, et qu'elle dut ce privilège à sa maternité divine.

 

Ce n'est pas une nouveauté. Depuis les temps les plus anciens, l'Église a professé, soutenu, propagé et défendu le culte et la doctrine de l'Immaculée Conception.

 

Elle a interprété ainsi le qualificatif pleine de grâces, qui fut donné par l'Ange à Marie lors de sa salutation, et l'a considérée comme la nouvelle Ève, qui ne prêta jamais l'oreille au serpent.

 

Il ne restait plus à l'Église par la voix solennelle de Pie IX que de proclamer que cette doctrine était révélée par Dieu et que par conséquent elle devait être crue fermement et constamment par tous les fidèles.

 

Auparavant, le samedi 27 novembre 1830, la Vierge, lors de sa deuxième apparition à Catherine Labouré, lui demandait de faire frapper une médaille à l'avers de laquelle, sur le pourtour, devait être inscrite cette invocation:

 

Ô Marie conçue sans péché priez pour nous qui avons recours à vous.

 

Plus tard, le jeudi 25 mars 1858, jour de la fête de l'Annonciation, lors de sa seizième apparition, la Vierge devait dire en gascon à Bernadette Soubirous comme elle se nommait:

 

Que soy era immaculada councepciou.

 

Cette expression théologique, bien sûr inconnue de la jeune bergère de 14 ans, figure aujourd'hui au pied de la statue de la Vierge de la Grotte de Massabielle à Lourdes...

 

En Suisse, dans un certain nombre de cantons et de communes catholiques, le 8 décembre est considéré comme un jour férié. Il en est ainsi, en Suisse romande, dans le Canton du Valais...

 

Ce n'est évidemment pas le cas en France où les princes ne sont plus très chrétiens et, même quand ils se prétendent catholiques, ne trouvent pas que la messe soit essentielle...

 

Francis Richard

 

Immaculée Conception

 

Vous fûtes conçue immaculée,
Ainsi l'Église l'a constaté
Pour faire notre âme consolée
Et notre foi plus fort conseillée,
Et notre esprit plus ferme et bandé.

La raison veut ce dogme et l'assume.
La charité l'embrasse et s'y tient,
Et Satan grince et l'Enfer écume
Et hurle : "L'Ève prédite vient
Dont le Serpent saura l'amertume" :

Sous la tutelle et dans l'onction
De votre chaste et sainte mère Anne,
Vous grandissez en perfection
Jusqu'à votre présentation
Au temple saint, loin du bruit profane,

Du monde vain que fuira Jésus
Et, comme lui, toute au pauvre monde.
Vous atteignez dans de pieux us
L'époque où, dans sa pitié profonde.
Dieu veut que de vous sorte Jésus.

L'ange qui vous salua la mère
Du Rédempteur que Dieu nous donnait
Ne troubla pas votre candeur fière
Qui dit comme Dieu de la lumière :
"Ce que vous m'annoncez me soit fait."

Et tout le temps que vivra le Maître,
Vous le passerez obscurément,
Sans rien vouloir savoir ou connaître
Que de l'aimer comme il daigne l'être,
Jusqu'à sa mort, prise saintement.

Aussi, quand vous-même rendez l'âme,
Pendant à votre conception
Immaculée, un Décret proclame
Pour vous la tombe un séjour infâme,
Vous soustrait à la corruption

Et vous enlève au séjour de la gloire
D'où vous régnez sur l'Ange et sur nous.
Participant à toute l'histoire
De notre vie intime et de tous
Les hauts débats de la grande Histoire.

 

Paul Verlaine

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 21:18
Qui instruira le livre du calme (journal d'un émeutier), de Jacques Roman

Ce recueil devait s'intituler Odyssée d'un émeutier. Il comprend trente-sept poèmes, composés en septembre et octobre 2015, juste avant les attentats du 13 novembre à Paris.

 

Cinq ans plus tard seulement il paraît sous le titre: Qui instruira le livre du calme, juste après que la barbarie a encore frappé, cette fois en grande banlieue parisienne, à Conflans.

 

Pour Jacques Roman, émeutier signifie que le poème soulève l'émotion et lève un geste pensé. Peut-être que dire tout haut le Mal est une façon de le conjurer et de s'apaiser:

 

te souviens-tu des haltères de la sensibilité?

tu sais qu'on ne peut les lever

qu'à hauteur d'homme

 

Le poète compose sur commande des vers de reporter, quitte à ce qu'ils soient jetés au feu par les héros de demain. Évidemment il pourrait tout simplement y renoncer, y surseoir

 

mais l'homme ne peut s'enfuir de l'homme

 

Du moins le poète peut-il se tenir en sentinelle, du moins peut-il faire entendre sa voix, fût-elle un murmure, sans espérer pour autant qu'elle couvre le mur du son de la discorde:

 

venge un enfant de treize ans abattu

agrandis les lettres sur le mur du palais

éblouis la bouche souillée du pouvoir

arrache le livre de la main des pharisiens

 

Cet émeutier fait seulement couler l'encre et n'emploiera d'autre arme que la lame aiguisée des mots. Il ne deviendra ni saint ni héros. Il prendra le large quand celui-ci lui sera rendu:

 

s'il écrit c'est pour te dire que l'évasion est belle

belles dans l'incendie les fleurs de la révolte

 

Dans les derniers poèmes, ses mots recrachent l'angoisse après que nombreux ont voulu étouffer sa voix. Il murmure: ne pas se taire. Il cherche où se loge le mal de l'homme:

 

la caverne se trouve à deux pas de la taverne

- où donc les monstres siègent-ils?

qui donc instruira l'oeuvre du calme.

 

Pour surmonter son désarroi, l'homme n'a pas d'autre choix que de continuer à aller (aucune ombre de l'Histoire n'avalera la vie) et que de suivre cette injonction intemporelle:

 

retourne aux partitions jaunies apprends et recopie

Homère Eschyle la tragédie le chagrin l'horreur

 

Francis Richard

 

Qui instruira le livre du calme (journal d'un émeutier), Jacques Roman, 72 pages, Éditions de l'Aire (à paraître)

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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 22:00
Emblèmes moraux et autres poèmes, de Robert Louis Stevenson

Robert Louis Stevenson est surtout célèbre pour ses romans, L'Île au trésor  et L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, et pour son récit, Voyage avec un âne dans les Cévennes (au succès posthume).

 

Mais il a écrit aussi des poèmes, dont quelques uns sont traduits dans ce volume et illustrés de 20 gravures effectuées ad hoc par Robert Louis Stevenson lui-même.

 

Jean-Pierre Vallotton ne s'est pas contenté d'en faire une traduction littérale. Il les a mis en vers, avec des rimes, et en a restitué l'esprit, sans les trahir, avec parfois des clins d'oeil anachroniques.

 

Les Emblèmes moraux sont de courts poèmes qui sont en quelque sorte la mise en texte de gravures très simples mais évocatrices, que le poète a mises en regard. Ils les expliquent, les commentent et en tirent une petite leçon, par exemple:

 

Veuillez voir comment les enfants dans cet image

Se jettent sur le livre, y voir ce qu'il contient !

Ô, puissiez-vous aussi, tels ces charmants bambins,

Prendre ce volume et en faire bon usage !

 

En dehors des Emblèmes moraux, figurent dans ce recueil, d'où quelques vers exemplaires sont extraits:

 

- Pas moi et autres poèmes

 

D'aucuns aiment pleurnicher,

Et d'autres rire aux éclats,

D'aucuns aiment plaisanter;

           Moi pas.

 

Sérieusement ?

 

- Élégie martiale pour soldats de plomb

 

Nous avons pleuré pour leur Capitaine,

Pour leur cher Capitaine au coeur bien affligé

Et dont les poches sont entièrement vidées,

Qui a vu tout le sang versé par ses héros,

Et pour en racheter n'a plus le moindre euro !

 

- Le burin et la plume ou scènes de la nature avec des vers idoines

 

Deux muses sont mes fées marraines,

Muse des graveurs, muse des rengaines,

A suivre en mes lieux préférés

Mes tracent qui sinuent dans la rosée.

 

- Contes moraux 

 

Ces trois contes sont les plus longs des poèmes du recueil. Dans Ben et Robin, le pirate n'est pas celui qu'on croit. Dans Guérison exemplaire, le guéri finit par regretter sa maladie. Dans La malédiction du bâtisseur, celui-ci n'est-il pas finalement puni pour avoir fait fortune

 

Pour mortifier la brique et le mortier,

Ou économiser la moindre piastre

En substituant la latte et le plâtre ?

 

Tout cela, destiné aux petits comme aux grands, est bien moral, mais pas triste, ni pesant pour autant, parce que c'est justement exprimé avec légèreté et dérision, sans insistance, les faits rapportés parlant d'eux-mêmes.

 

Francis Richard

 

Emblèmes moraux et autres poèmes, Robert Louis Stevenson, 88 pages, L'Atelier du Grand Tétras (traduits par Jean-Pierre Vallotton)

 

Recueils du traducteur:

 

Orphelins de l'orage , L'Atelier du Grand Tétras (2018)

Le corps inhabitable suivi de Ici-Haut et de Précédemment, Éditions Empreintes (2015)

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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 19:30
Papiers, vos poètes !, de Jean-Daniel Robert

Il y a cinquante ans, c'est-à-dire hier, Léo Ferré sortait un album, Amour Anarchie, dans lequel figurait Poète, vos papiers !, dont les paroles étaient pour le moins anticonformistes, moqueuses, d'une grande ironie.

 

Jean-Daniel Robert ne cache pas s'en être inspiré pour donner, clin d'oeil à cette chanson, un titre à une anthologie en deux volumes de ses poésies, écrites pendant trente ans, de 1975 à 2004: Papiers, vos poètes!

 

Ce premier volume couvre la période de 1975 à 1990. Mais il ne s'agit pas d'une pure et simple réédition, puisque ces poèmes sont retravaillés et que s'y sont glissées des variantes, voire un ou deux nouveaux textes.

 

Le recueil comprend cinq parties, qui sont en fait les cinq premiers recueils que le poète chrétien a publiés, dans l'ordre chronologique de parution, et où, avec subjectivité, ont été puisés les courts extraits suivants:

 

- Pain et levain (1975)

 

Nous restons avec nos regrets

De savoir mieux parler au vent qu'aux filles

A pleines mains nous saisirons la vie

Nous cultiverons nos secrets

 

(Aux chasseresses de poètes, qui les adôôôrent)

 

- Égrènements (1986)

 

Les quatorze stations sont remplacées

Par tes stations de ski

Valais de foi

Je ne te reconnais plus

Ou alors

Ai-je perdu mon enfance?

 

(Les chemins de croix)

 

- Enterré le troisième jour (1988)

 

La terre dit sa peur

Hurle et gémit sa chanson résignée

Adieu aux hommes détruits

qui l'ont détruite

 

(Enterré le troisième jour)

 

- Remontées (1990)

 

8.8.1988

Pourquoi

pourquoi donc m'a-t-il pareillement imprégné?

Et aujourd'hui je reviens à lui.

Sur ton île, Félix 1, tu es mort. Désormais tu vis. Et quelqu'un t'accueille à sa manière. Sans façon.

 

(De l'autre côté des dolines)

 

- La coulée du temps (1990)

 

Nous auscultons la fin des étoiles

et l'ouverture du ciel

Nous prenons le pouls des horizons

          la lente patience des orangés

          avant l'or de gloire

Rien ne bascule

et rien ne bouscule

Tout est dans l'ordre des choses

 

(Cantique de Matines)

 

Francis Richard

 

Félix Leclerc, dont Jean-Daniel Robert met en épigraphe à son poème Vadrouillages (in Pain et levain) cette p'tite phrase: J'ai retrouvé ma p'tite chanson perdue... qui se trouve au début de Do Ré Mi Fa Sol La Si.

 

Papiers, vos poètes!, Jean-Daniel Robert, 176 pages, Slatkine (illustré par Talou)

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 17:30
Les Aigrettes, de Jean-Luc Fornelli

Jean-Luc Fornelli est un poète singulier. Il se dit poète givré même l'été, mais son grain de folie est celui du rire communicatif sans qu'il soit besoin de l'assistance d'un public. Car le lire, c'est accepter volontiers de rire tout seul, tout son soûl et sans honte.

 

Il est donc fortement recommandé de lire Les Aigrettes par temps gris, les jours de spleen. Cela ne signifie pas que cela ne soit pas possible par beau temps. Dans ces moments-là, si ce n'est pas absolument nécessaire, cela reste tout de même bien agréable.

 

Le monde de Fornelli est celui de la synthèse, du rapprochement improbable, du jeu de mots ingénieux. Il doit sans doute savoir que les plaisanteries les meilleures sont les plus courtes puisqu'il pratique avec bonheur le haïku(ku) suisse et l'historiette.

 

Le monde de Fornelli est aussi bien spirituel qu'humoristique. Il sait rire aussi bien d'une idée que d'un défaut, des autres que de lui-même. Et le lecteur fait de même à sa suite, riant de bon coeur, même lorsqu'il doit bien reconnaître que c'est à ses dépens.

 

Ses poésies légères et drôles, il les appelle des aigrettes. Il n'entend pas par aigrette le nom d'oiseau, de plante ou de huppe de certains oiseaux. Il s'agit simplement de la tête ébouriffée du pissenlit après floraison. Qui n'a pas soufflé dessus tout en riant?

 

Des exemples, choisis en toute subjectivité, seront plus éloquents que tout ce qu'on pourrait dire de ces aigrettes, que tous les longs discours que l'on peut faire à leur propos. Il convient donc de faire une petite place à son indéniable sens du raccourci.

 

Écrivain suisse

J'ai plus d'éditeurs que de lecteurs

 

Pâques végane

Cabri

C'est fini

 

Arbre mal nommé

Le bouleau

Reste planté là

A rien foutre

 

L'amitié homme-femme

C'est quand l'un des deux

Ne veut pas faire l'amour avec l'autre

 

Le rêve érotique du SDF

J'ai envie de toit

 

L'alligator

Il a beau avoir tort

C'est pas moi qui vais le contredire

 

De bonne humeur

Je ne suis las pour personne

 

Le chômeur pro

Ma candidature a été retenue

Je ne l'ai jamais envoyée

 

En réaction à l'air du temps

Je suis le créateur

de l'application

Rencontre ton porc

 

La prière de la féministe

Notre mère qui êtes aux cieux

Délivrez-nous du mâle

Ainsi soit-elle

Amen

Pardon

Awomen

 

Neige

Tu tombes mal

 

Instant cynique

L'amour est dans le prix

 

Francis Richard

 

Les Aigrettes - Journal d'un poète givré même l'été, Jean-Luc Fornelli, 104 pages, Éditions du Roc

 

Livre précédent:

 

Les feuilles du mal, BSN Press (2015)

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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 16:00
Hangars, de José-Flore Tappy

Dans ces Hangars, José-Flore Tappy a rangé Limaille, Elémentaires et Gravier.

 

Limaille est ce qui reste d'un métal quand il a été limé. Ici c'est ce qui reste de

Toute une existence

réduite

à quelques mètres carrés

de cendres et de déchets

 

Semblablement

Sur l'abîme

la bâtisse penche

livrée au vide

 

ou

La table de fer

avec ses pieds rouillés

sous la pluie redevient

tôle

soudures

 

Elle s'en est allée, lui est resté et le poids de l'absence est

dans cette lame de poussière

qui nous déchire en deux

 

Elle est impuissante, en manque

toute ma maison

dans une piètre

valise

 

Elémentaires sont l'eau, la terre et le feu qui peuvent redonner espoir:

 

A force de rompre

l'équilibre

de frapper la terre

comme si le sol

d'un coup

pouvait s'ouvrir

 

une eau vive jaillira

du rocher

 

suspendue sur les gouffres

 

précipité d'écume !

 

[...]

 

Sous l'épaisseur du gel

travaille un feu

coriace

 

invisible à l'air libre

il brûle

contre la masse

 

ronge le silence

le dévore

 

Gravier  est ce dont est fait le sentier des jours, lourd et rigoureux pour les déchaussés, les maladroits.

 

Le manque le dispute à l'oubli. Pourtant

on a tenu la terre

ce jour-là

comme un bras familier

 

Maintenant, dit elle,

Vivante

enveloppée par le soir

poussiéreux

je hante

les rues vides

 

mais les pas

ne savent plus

 

Pourquoi ?

Tenace

comme racine de thym

le chagrin

 

s'agrippe au sable

se tient

 

percute le vide

trompe la faim

 

Le salut est dans le vieux chemin qu'elle berce avec [ses] pieds:

 

Un chemin désuet

s'accroche

 

tout bas murmure

porte secours

 

L'équilibre de précaire devient ferme:

 

Alors sous les grands acacias

s'endort la peur

alors seulement

s'apaisent

les émeutes du vent.

 

Comme le dit Philippe Jaccottet dans son avant-propos, la poétesse, âprement, retourne la peur en combativité...

 

Francis Richard

 

Hangars, José-Flore Tappy, 112 pages, Zoé

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 17:15
Moi, la grue, de Barbara Polla et Julien Serve

Conte philosophique ou dialogue poétique? Les deux, ami lecteur. Tel, pour toi, se présente Moi, la grue. La grue qui, souviens-t'en, a plusieurs acceptions en français, langue qui sait si bien jouer avec les sens:

 

- un grand oiseau;

- une femme légère et vénale;

- une machine à soulever les charges.

 

C'est dans cette dernière acception qu'il faut, en principe, prendre ici le terme. Même si l'auteure s'amuse par moments à confondre les trois, pour introduire dans son texte une ambiguïté pleine de malice.

 

Ces machines elles-mêmes ne sont après tout que des humains est d'ailleurs la dernière phrase, signée August Strinberg, que Barbara Polla a mise en épigraphe, pour ouvrir des perspectives à son propos.

 

Les machines sont des créations de l'Homme et en sont en quelque sorte les porte-parole muets, parce qu'elles sont l'illustration de son génie et de sa transformation personnelle comme celle de la nature.

 

Le grutier (c'est Lui) et la grue (c'est Moi) parlent tour à tour. Ils sont inséparables le temps d'un chantier, encore que la séparation est tout de même douloureuse pour Moi les week-ends et pendant les fêtes.

 

L'auteure a étudié homme et machine, qui forment un couple beaucoup plus intime qu'on ne le croit: ces deux solitaires ne passent pas autant de temps l'un avec l'autre sans que cela déteigne l'un sur l'autre.

 

Cette étude est même parfois assez technique pour ce qui concerne la machine elle-même que Lui décrit très bien en employant les termes propres au métier, et assez psychologique pour ce qui le concerne.

 

La grue n'est pas exempte de sentiments. Quand Moi n'est pas au travail, elle danse. Cette danse singulière est celle qu'elle exécute quand le grutier la met en girouette en partant: divertissement salutaire.

 

Parmi les dernières innovations en matière de grues, il y a les topless, des grues qui sont sans tirants pour tenir la flèche ou la contre-flèche. Il aurait été improbable que Moi n'utilisât pas l'expression:

 

Le plus souvent, il faut le dire

les grues sont méprisées

Au mieux elles sont ignorées

Et méprisées encore plus

quand elles sont topless

D'ailleurs le topless est mal vu

Que l'on soit grue ou non

 

Comme dans la vraie vie, tout a une fin. Ici c'est la fin de chantier, qui n'est plus ce qu'elle était. Naguère les couples se juraient fidélité pour la vie. Ce n'est plus le cas. Il en est de même pour Lui et pour Moi:

 

Carpe diem...

 

Francis Richard

 

Moi, la grue: texte de Barbara Polla et dessins de Julien Serve (hormis celui de la page 37, dû à Ella Serve), 72 pages, éditions Plaine page

 

Livres précédents de Barbara Polla:

Victoire, L'Age d'Homme (2009)

Tout à fait femme, Odile Jacob (2012)

Tout à fait homme, Odile Jacob (2014)

Troisième vie, Editions Eclectica (2015)

Vingt-cinq os plus l'astragale Art & Fiction (2016)

Femmes hors normes, Odile Jacob (2017)

Ivory Honey, New River Press (2018)

Le nouveau féminisme, Odile Jacob (2019)

 

Collectifs sous sa direction ou sa coordination:

Noir clair dans tout l'univers, La Muette - Le Bord de l'Eau (2012)

L'ennemi public, La Muette (2013)

Éloge de l'érection La Muette (2016)

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 18:20
Le cracheur de crayons, de Lucas Moreno

Le cracheur de crayons est un recueil d'une quarantaine de textes poétiques, en prose pour la plupart, où Lucas Moreno aime jouer avec les mots.

 

Il ne fait pas seulement des jeux de mots proprement dits:

 

... il a bonne mine le crayon, c'est le crayon bonne pâte, doux, gentil, compréhensif...

(le cracheur de crayons)

 

Il fait aussi des allitérations:

 

... l'apport des portes, l'apport de tes portes, l'apport de ta peau, l'apport de tes pores...

(portes)

 

Des énumérations à perdre haleine faute de virgules et de points:

 

le petit suisse la petite ville la petite passion le petit blanc les petites distances la petite ambition le petit cholestérol...

(le petit vide)

 

Des suites de verbes, actions à mener:

 

accélérer, comprendre, se mobiliser, conjuguer des verbes, conjurer des parties de corps le matin, aller mobile au bout de la vie, se lever du sol froid et commencer à conjuguer ses verbes, chaque jour et chaque soir...

(conjugaison des verbes)

 

Des suites de mots où le son prime sur le sens, sans souci de syntaxe ou crainte de néologismes, et dont l'assemblage finit par faire sens:

 

vais, va, te va, m'en vais, aller, va-je, vais nous m'en, vouloir, allez, voule, j'y vas,vas-y, nous, noue-toi, te nous, vas nous, tais-te, taire tête, vas-tu veux, es-tu, nous nous voulons, avaler, m'en vais, va-les, c'est nous, à tout-va, vas te savoir, veule, voule, va, vivants...

(phényléthylamine (2))

 

Quand le texte semble prose classique avec la respiration que lui donne une ponctuation tout aussi classique, le sens prend le pas sur le son:

 

En rentrant chez moi, j'ai fait un lâcher de poèmes. Un mandala de lettres. J'ai parlé en dedans, dans la douceur des mots rebelles avec lesquels j'avais grandi. J'ai ouvert la fenêtre, laissé passer quelques instants. Une brise les a emmenés. Et j'ai senti un mouvement à l'intérieur de moi. J'ai su que je ne pourrais jamais être seul, même au milieu des gens.

(reportage)

 

Un poète, qui expérimente tant de registres, ne le serait pas s'il ne parlait d'amour, d'inquiétude et, peut-être, de fin:

 

Une partie de mon corps te fouille.

Une partie de mon corps te lèche.

Une partie de mon corps s'inquiète pour toi et pour nous tous.

Une partie de mon corps tombe en poussière.

(le corps (2))

 

Francis Richard

 

Le cracheur de crayons, Lucas Moreno, 88 pages, BSN Press

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 17:15
Sucres, de Matthieu Corpataux

Les sucreries de Matthieu Corpataux ne se veulent pas mièvreries.

 

Ses poèmes sont des Sucres

Qui attaquent lentement, à la racine

A l'aide de la langue, ce muscle infini.

 

Il aimerait bien en tout cas qu'ils émergent du flot

De mots mis en livres

 

Comme il y a trop de tout, comment retrouver ses grains parmi des

Sahara entiers?

 

Eh bien, par les souvenirs qui les tamisent:

- les chaussures de sa prof d'école

- sa maman

Qui shoote dans un ballon

- une guêpe qui le pique

- un but marqué

- un nom sur un maillot

- des mots sur lesquels il heurte:

D'autres vies

que la mienne

- les clés perdues alors

Que les seules clés à ne pas perdre

Sont celles de lecture

- la console cassée

Etc.

 

Oui, mais ne faut-il pas, devant l'immensité vertigineuse de l'univers

Faire des noeuds avec des grains

Puis des mots que l'on conglo-

Mère, pour combler de la mémoire

Les trous et les trous noirs?

 

En somme, il faut un grain au jeune poète pour décomposer d'abord, recomposer ensuite:

Quelle folie

Me reprend

Aujourd'hui?

De condenser en châteaux

Des lettres

De Sahara et de sucre

 

L'accomplissement poétique ne peut qu'être un sonnet, en alexandrins, dédié à sa belle, avec pour grain de sucre final ce tercet, où le un et le tout pactisent:

Je les aime. J'aime ces souvenirs gigognes

Ces dépôts - le thé vert et la robe d'été,

Petits grains de sable, des Sahara entiers.

 

Francis Richard

 

Sucres, Matthieu Corpataux, 56 pages, Éditions de l'Aire

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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