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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 15:00
Les anges musiciens, de Morgane Marolleau

Attention: Ce livre contient de puissants allergènes (mathématiques, physique, géologie(<1%) et biochimie (traces))

 

Ce trait d'humour est placé au début des Anges musiciens, le dernier roman de Morgane Marolleau (qui en a déjà cinq autres à son compteur, dont quatre écrits sur les bancs de l'école quand elle était encore adolescente...). Le fait est qu'il y est question de fréquence propre et de résonance:

 

- Tout ingénieur sait qu'un système stable se caractérise par sa fréquence propre, celle des oscillations qui permettent le retour à sa position d'équilibre quand on l'en écarte.

- Tout ingénieur sait qu'il est possible de mettre en résonance un système, avec des oscillations qui vont s'amplifiant, en lui fournissant de l'énergie à la même fréquence que sa fréquence propre.

 

L'avertissement qui suit l'attention préalable n'est pas moins humoristique que celle-ci: Ceci est une fiction, malgré une base de recherches solides, les résultats et les lois de la physique ont été adaptés selon les caprices de l'auteur. Merci de ne pas tenter l'expérience chez vous. Ni chez les autres, est-il précisé dans une note de bas de page.

 

Lucie et Mélodie ne sont qu'une seule et même personne: Lucie est infirmière le jour, Mélodie est chanteuse le soir. Cette dualité explicite se retrouve dans son physique: c'est une métisse à la peau ébène, aux yeux couleur huître et à la chevelure blonde (un physique qui n'aurait pas déplu à Georges Fourest...).

 

A ses moments perdus, rares, cette jeune femme, la trentaine, mène des recherches, jusque-là infructueuses, qui pourraient concilier en elle ses deux aspects professionnels et physiques: elle cherche à trouver la bonne musique qui limiterait les risques de maladie et aiderait à la guérison des patients.

 

La bonne musique serait celle où les fréquences des notes agiraient sur l'ADN, les cellules cancéreuses, l'activité cérébrale etc. N'utilise-t-on pas déjà les radiofréquences dans les hôpitaux pour détruire des tumeurs? Des études n'ont-elles pas prouvé le côté néfaste des fréquences émises par des téléphones portables et du Wifi?

 

Toute découverte peut évidemment être employée à mauvais escient. Ce n'est pas la découverte elle-même qui est en cause, ce que l'on a tendance à oublier, comme lorsqu'on incrimine le pistolet plutôt que celui qui appuie sur la détente... Ainsi la musique n'adoucit-elle pas toujours les moeurs. Elle est même ici à l'origine d'un séisme improbable.

 

Les fréquences des notes d'une musique transmises par les enceintes d'un groupe musical font ainsi s'effondrer, par résonance avec leurs fréquences propres, des bâtiments de la ville, où habite Lucie-Mélodie, à commencer par le centre commercial à l'heure de pointe, provoquant un grand nombre de victimes, sans que l'on comprenne alors quelle en est la cause.

 

Les événements s'enchaînent à partir de là dans ce thriller à rebondissements et, peu à peu, le lecteur découvre pourquoi un repris de justice s'acharne à détruire des bâtiments publics de la ville en employant cette arme de destruction massive que peut être la musique quand elle est fréquentiellement mauvaise.

 

Tous les protagonistes sont des jeunes gens, de 20 ans à 30 et quelque. Ils ont tous de bons sentiments, même, au fond, le méchant de ce thriller original, qui n'a pas besoin de sombrer dans le glauque pour captiver l'attention du lecteur. L'auteur fait preuve de beaucoup d'inventivité et d'humour; elle a une vision rafraîchissante du monde dont son style est le fidèle reflet.

 

Le livre contient quelques morceaux de bravoure qui confinent à la satire moliéresque et qui montrent un réel potentiel, tel que ce passage où la saxophoniste Lorelei explique le style de poésie qu'elle a adoptée, la télégrammie, après être tombée sur de vieux télégrammes et avoir été subjuguée par la puissance de leur énoncé signifiant malgré leur concision:

 

Chaque mot était payant, les mots sont donc simplifiés au maximum, au point d'en devenir complètement asyntaxique, et pourtant le sens est toujours là, porté par l'essence même des unités significatives et la transparence d'une syntaxe positionnelle qui juxtapose les éléments dans l'ordre de la phrase courante.

 

Tout cela est prometteur. D'autant que l'auteur souhaite à son lecteur de prendre autant de plaisir à la lire qu'elle en a pris à écrire. Sans avoir lu ses précédents ouvrages, il ne peut que penser qu'elle a acquis quelque façon en les mettant de la sorte sur le métier. Dans son cas, persévérer ne sera donc pas diabolique.

 

Francis Richard

 

Les anges musiciens, Morgane Marolleau, 326 pages, Les éditions Ganou

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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commentaires

MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS 09/07/2016 16:32

EXCELLENT !
Cela m'a rappelé :
1- une découverte de ma part sur une fréquence de radio FM en Californie il y a environ 30 ans : THE WAVE AID. Traduit littéralement : l'onde médicament. Expérimenté sur route endormante à 35 Miles (US) /heure de vitesse limite sur SEPULVEDA boulevard, j'ai découvert le maintien de l'éveil et en même temps l'apaisement que ces musiques écrêtées intelligemment procuraient. C'était une invention due à Elizabeth TAYLOR.
2- Dans le registre du mal, même involontaire, ce rythme de marche d'une compagnie de 120 sur un pont dont il avait procuré l'écroulement. Un pont a aussi sa fréquence. Mise en résonance avec la fréquence de marche des frappes de pieds en cadence, il se disloque.

Oui, la musique peut être bonne pour le corps, l'intellect, l'ESPRIT. Oui, elle peut aussi provoquer une crise cardiaque, rendre fou, abêtir, abrutir, tuer. C'est dire que je préfère l'AVE MARIA de SCHUBERT ou les Concertos Brandebourgeois de Jean-Sébastien à... la techno, au rap, au "métal" et autres inventions sataniques.

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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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