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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 21:18
Qui instruira le livre du calme (journal d'un émeutier), de Jacques Roman

Ce recueil devait s'intituler Odyssée d'un émeutier. Il comprend trente-sept poèmes, composés en septembre et octobre 2015, juste avant les attentats du 13 novembre à Paris.

 

Cinq ans plus tard seulement il paraît sous le titre: Qui instruira le livre du calme, juste après que la barbarie a encore frappé, cette fois en grande banlieue parisienne, à Conflans.

 

Pour Jacques Roman, émeutier signifie que le poème soulève l'émotion et lève un geste pensé. Peut-être que dire tout haut le Mal est une façon de le conjurer et de s'apaiser:

 

te souviens-tu des haltères de la sensibilité?

tu sais qu'on ne peut les lever

qu'à hauteur d'homme

 

Le poète compose sur commande des vers de reporter, quitte à ce qu'ils soient jetés au feu par les héros de demain. Évidemment il pourrait tout simplement y renoncer, y surseoir

 

mais l'homme ne peut s'enfuir de l'homme

 

Du moins le poète peut-il se tenir en sentinelle, du moins peut-il faire entendre sa voix, fût-elle un murmure, sans espérer pour autant qu'elle couvre le mur du son de la discorde:

 

venge un enfant de treize ans abattu

agrandis les lettres sur le mur du palais

éblouis la bouche souillée du pouvoir

arrache le livre de la main des pharisiens

 

Cet émeutier fait seulement couler l'encre et n'emploiera d'autre arme que la lame aiguisée des mots. Il ne deviendra ni saint ni héros. Il prendra le large quand celui-ci lui sera rendu:

 

s'il écrit c'est pour te dire que l'évasion est belle

belles dans l'incendie les fleurs de la révolte

 

Dans les derniers poèmes, ses mots recrachent l'angoisse après que nombreux ont voulu étouffer sa voix. Il murmure: ne pas se taire. Il cherche où se loge le mal de l'homme:

 

la caverne se trouve à deux pas de la taverne

- où donc les monstres siègent-ils?

qui donc instruira l'oeuvre du calme.

 

Pour surmonter son désarroi, l'homme n'a pas d'autre choix que de continuer à aller (aucune ombre de l'Histoire n'avalera la vie) et que de suivre cette injonction intemporelle:

 

retourne aux partitions jaunies apprends et recopie

Homère Eschyle la tragédie le chagrin l'horreur

 

Francis Richard

 

Qui instruira le livre du calme (journal d'un émeutier), Jacques Roman, 72 pages, Éditions de l'Aire (à paraître)

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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 22:00
Emblèmes moraux et autres poèmes, de Robert Louis Stevenson

Robert Louis Stevenson est surtout célèbre pour ses romans, L'Île au trésor  et L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, et pour son récit, Voyage avec un âne dans les Cévennes (au succès posthume).

 

Mais il a écrit aussi des poèmes, dont quelques uns sont traduits dans ce volume et illustrés de 20 gravures effectuées ad hoc par Robert Louis Stevenson lui-même.

 

Jean-Pierre Vallotton ne s'est pas contenté d'en faire une traduction littérale. Il les a mis en vers, avec des rimes, et en a restitué l'esprit, sans les trahir, avec parfois des clins d'oeil anachroniques.

 

Les Emblèmes moraux sont de courts poèmes qui sont en quelque sorte la mise en texte de gravures très simples mais évocatrices, que le poète a mises en regard. Ils les expliquent, les commentent et en tirent une petite leçon, par exemple:

 

Veuillez voir comment les enfants dans cet image

Se jettent sur le livre, y voir ce qu'il contient !

Ô, puissiez-vous aussi, tels ces charmants bambins,

Prendre ce volume et en faire bon usage !

 

En dehors des Emblèmes moraux, figurent dans ce recueil, d'où quelques vers exemplaires sont extraits:

 

- Pas moi et autres poèmes

 

D'aucuns aiment pleurnicher,

Et d'autres rire aux éclats,

D'aucuns aiment plaisanter;

           Moi pas.

 

Sérieusement ?

 

- Élégie martiale pour soldats de plomb

 

Nous avons pleuré pour leur Capitaine,

Pour leur cher Capitaine au coeur bien affligé

Et dont les poches sont entièrement vidées,

Qui a vu tout le sang versé par ses héros,

Et pour en racheter n'a plus le moindre euro !

 

- Le burin et la plume ou scènes de la nature avec des vers idoines

 

Deux muses sont mes fées marraines,

Muse des graveurs, muse des rengaines,

A suivre en mes lieux préférés

Mes tracent qui sinuent dans la rosée.

 

- Contes moraux 

 

Ces trois contes sont les plus longs des poèmes du recueil. Dans Ben et Robin, le pirate n'est pas celui qu'on croit. Dans Guérison exemplaire, le guéri finit par regretter sa maladie. Dans La malédiction du bâtisseur, celui-ci n'est-il pas finalement puni pour avoir fait fortune

 

Pour mortifier la brique et le mortier,

Ou économiser la moindre piastre

En substituant la latte et le plâtre ?

 

Tout cela, destiné aux petits comme aux grands, est bien moral, mais pas triste, ni pesant pour autant, parce que c'est justement exprimé avec légèreté et dérision, sans insistance, les faits rapportés parlant d'eux-mêmes.

 

Francis Richard

 

Emblèmes moraux et autres poèmes, Robert Louis Stevenson, 88 pages, L'Atelier du Grand Tétras (traduits par Jean-Pierre Vallotton)

 

Recueils du traducteur:

 

Orphelins de l'orage , L'Atelier du Grand Tétras (2018)

Le corps inhabitable suivi de Ici-Haut et de Précédemment, Éditions Empreintes (2015)

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27 juillet 2020 1 27 /07 /juillet /2020 19:30
Papiers, vos poètes !, de Jean-Daniel Robert

Il y a cinquante ans, c'est-à-dire hier, Léo Ferré sortait un album, Amour Anarchie, dans lequel figurait Poète, vos papiers !, dont les paroles étaient pour le moins anticonformistes, moqueuses, d'une grande ironie.

 

Jean-Daniel Robert ne cache pas s'en être inspiré pour donner, clin d'oeil à cette chanson, un titre à une anthologie en deux volumes de ses poésies, écrites pendant trente ans, de 1975 à 2004: Papiers, vos poètes!

 

Ce premier volume couvre la période de 1975 à 1990. Mais il ne s'agit pas d'une pure et simple réédition, puisque ces poèmes sont retravaillés et que s'y sont glissées des variantes, voire un ou deux nouveaux textes.

 

Le recueil comprend cinq parties, qui sont en fait les cinq premiers recueils que le poète chrétien a publiés, dans l'ordre chronologique de parution, et où, avec subjectivité, ont été puisés les courts extraits suivants:

 

- Pain et levain (1975)

 

Nous restons avec nos regrets

De savoir mieux parler au vent qu'aux filles

A pleines mains nous saisirons la vie

Nous cultiverons nos secrets

 

(Aux chasseresses de poètes, qui les adôôôrent)

 

- Égrènements (1986)

 

Les quatorze stations sont remplacées

Par tes stations de ski

Valais de foi

Je ne te reconnais plus

Ou alors

Ai-je perdu mon enfance?

 

(Les chemins de croix)

 

- Enterré le troisième jour (1988)

 

La terre dit sa peur

Hurle et gémit sa chanson résignée

Adieu aux hommes détruits

qui l'ont détruite

 

(Enterré le troisième jour)

 

- Remontées (1990)

 

8.8.1988

Pourquoi

pourquoi donc m'a-t-il pareillement imprégné?

Et aujourd'hui je reviens à lui.

Sur ton île, Félix 1, tu es mort. Désormais tu vis. Et quelqu'un t'accueille à sa manière. Sans façon.

 

(De l'autre côté des dolines)

 

- La coulée du temps (1990)

 

Nous auscultons la fin des étoiles

et l'ouverture du ciel

Nous prenons le pouls des horizons

          la lente patience des orangés

          avant l'or de gloire

Rien ne bascule

et rien ne bouscule

Tout est dans l'ordre des choses

 

(Cantique de Matines)

 

Francis Richard

 

Félix Leclerc, dont Jean-Daniel Robert met en épigraphe à son poème Vadrouillages (in Pain et levain) cette p'tite phrase: J'ai retrouvé ma p'tite chanson perdue... qui se trouve au début de Do Ré Mi Fa Sol La Si.

 

Papiers, vos poètes!, Jean-Daniel Robert, 176 pages, Slatkine (illustré par Talou)

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 17:30
Les Aigrettes, de Jean-Luc Fornelli

Jean-Luc Fornelli est un poète singulier. Il se dit poète givré même l'été, mais son grain de folie est celui du rire communicatif sans qu'il soit besoin de l'assistance d'un public. Car le lire, c'est accepter volontiers de rire tout seul, tout son soûl et sans honte.

 

Il est donc fortement recommandé de lire Les Aigrettes par temps gris, les jours de spleen. Cela ne signifie pas que cela ne soit pas possible par beau temps. Dans ces moments-là, si ce n'est pas absolument nécessaire, cela reste tout de même bien agréable.

 

Le monde de Fornelli est celui de la synthèse, du rapprochement improbable, du jeu de mots ingénieux. Il doit sans doute savoir que les plaisanteries les meilleures sont les plus courtes puisqu'il pratique avec bonheur le haïku(ku) suisse et l'historiette.

 

Le monde de Fornelli est aussi bien spirituel qu'humoristique. Il sait rire aussi bien d'une idée que d'un défaut, des autres que de lui-même. Et le lecteur fait de même à sa suite, riant de bon coeur, même lorsqu'il doit bien reconnaître que c'est à ses dépens.

 

Ses poésies légères et drôles, il les appelle des aigrettes. Il n'entend pas par aigrette le nom d'oiseau, de plante ou de huppe de certains oiseaux. Il s'agit simplement de la tête ébouriffée du pissenlit après floraison. Qui n'a pas soufflé dessus tout en riant?

 

Des exemples, choisis en toute subjectivité, seront plus éloquents que tout ce qu'on pourrait dire de ces aigrettes, que tous les longs discours que l'on peut faire à leur propos. Il convient donc de faire une petite place à son indéniable sens du raccourci.

 

Écrivain suisse

J'ai plus d'éditeurs que de lecteurs

 

Pâques végane

Cabri

C'est fini

 

Arbre mal nommé

Le bouleau

Reste planté là

A rien foutre

 

L'amitié homme-femme

C'est quand l'un des deux

Ne veut pas faire l'amour avec l'autre

 

Le rêve érotique du SDF

J'ai envie de toit

 

L'alligator

Il a beau avoir tort

C'est pas moi qui vais le contredire

 

De bonne humeur

Je ne suis las pour personne

 

Le chômeur pro

Ma candidature a été retenue

Je ne l'ai jamais envoyée

 

En réaction à l'air du temps

Je suis le créateur

de l'application

Rencontre ton porc

 

La prière de la féministe

Notre mère qui êtes aux cieux

Délivrez-nous du mâle

Ainsi soit-elle

Amen

Pardon

Awomen

 

Neige

Tu tombes mal

 

Instant cynique

L'amour est dans le prix

 

Francis Richard

 

Les Aigrettes - Journal d'un poète givré même l'été, Jean-Luc Fornelli, 104 pages, Éditions du Roc

 

Livre précédent:

 

Les feuilles du mal, BSN Press (2015)

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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 16:00
Hangars, de José-Flore Tappy

Dans ces Hangars, José-Flore Tappy a rangé Limaille, Elémentaires et Gravier.

 

Limaille est ce qui reste d'un métal quand il a été limé. Ici c'est ce qui reste de

Toute une existence

réduite

à quelques mètres carrés

de cendres et de déchets

 

Semblablement

Sur l'abîme

la bâtisse penche

livrée au vide

 

ou

La table de fer

avec ses pieds rouillés

sous la pluie redevient

tôle

soudures

 

Elle s'en est allée, lui est resté et le poids de l'absence est

dans cette lame de poussière

qui nous déchire en deux

 

Elle est impuissante, en manque

toute ma maison

dans une piètre

valise

 

Elémentaires sont l'eau, la terre et le feu qui peuvent redonner espoir:

 

A force de rompre

l'équilibre

de frapper la terre

comme si le sol

d'un coup

pouvait s'ouvrir

 

une eau vive jaillira

du rocher

 

suspendue sur les gouffres

 

précipité d'écume !

 

[...]

 

Sous l'épaisseur du gel

travaille un feu

coriace

 

invisible à l'air libre

il brûle

contre la masse

 

ronge le silence

le dévore

 

Gravier  est ce dont est fait le sentier des jours, lourd et rigoureux pour les déchaussés, les maladroits.

 

Le manque le dispute à l'oubli. Pourtant

on a tenu la terre

ce jour-là

comme un bras familier

 

Maintenant, dit elle,

Vivante

enveloppée par le soir

poussiéreux

je hante

les rues vides

 

mais les pas

ne savent plus

 

Pourquoi ?

Tenace

comme racine de thym

le chagrin

 

s'agrippe au sable

se tient

 

percute le vide

trompe la faim

 

Le salut est dans le vieux chemin qu'elle berce avec [ses] pieds:

 

Un chemin désuet

s'accroche

 

tout bas murmure

porte secours

 

L'équilibre de précaire devient ferme:

 

Alors sous les grands acacias

s'endort la peur

alors seulement

s'apaisent

les émeutes du vent.

 

Comme le dit Philippe Jaccottet dans son avant-propos, la poétesse, âprement, retourne la peur en combativité...

 

Francis Richard

 

Hangars, José-Flore Tappy, 112 pages, Zoé

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 17:15
Moi, la grue, de Barbara Polla et Julien Serve

Conte philosophique ou dialogue poétique? Les deux, ami lecteur. Tel, pour toi, se présente Moi, la grue. La grue qui, souviens-t'en, a plusieurs acceptions en français, langue qui sait si bien jouer avec les sens:

 

- un grand oiseau;

- une femme légère et vénale;

- une machine à soulever les charges.

 

C'est dans cette dernière acception qu'il faut, en principe, prendre ici le terme. Même si l'auteure s'amuse par moments à confondre les trois, pour introduire dans son texte une ambiguïté pleine de malice.

 

Ces machines elles-mêmes ne sont après tout que des humains est d'ailleurs la dernière phrase, signée August Strinberg, que Barbara Polla a mise en épigraphe, pour ouvrir des perspectives à son propos.

 

Les machines sont des créations de l'Homme et en sont en quelque sorte les porte-parole muets, parce qu'elles sont l'illustration de son génie et de sa transformation personnelle comme celle de la nature.

 

Le grutier (c'est Lui) et la grue (c'est Moi) parlent tour à tour. Ils sont inséparables le temps d'un chantier, encore que la séparation est tout de même douloureuse pour Moi les week-ends et pendant les fêtes.

 

L'auteure a étudié homme et machine, qui forment un couple beaucoup plus intime qu'on ne le croit: ces deux solitaires ne passent pas autant de temps l'un avec l'autre sans que cela déteigne l'un sur l'autre.

 

Cette étude est même parfois assez technique pour ce qui concerne la machine elle-même que Lui décrit très bien en employant les termes propres au métier, et assez psychologique pour ce qui le concerne.

 

La grue n'est pas exempte de sentiments. Quand Moi n'est pas au travail, elle danse. Cette danse singulière est celle qu'elle exécute quand le grutier la met en girouette en partant: divertissement salutaire.

 

Parmi les dernières innovations en matière de grues, il y a les topless, des grues qui sont sans tirants pour tenir la flèche ou la contre-flèche. Il aurait été improbable que Moi n'utilisât pas l'expression:

 

Le plus souvent, il faut le dire

les grues sont méprisées

Au mieux elles sont ignorées

Et méprisées encore plus

quand elles sont topless

D'ailleurs le topless est mal vu

Que l'on soit grue ou non

 

Comme dans la vraie vie, tout a une fin. Ici c'est la fin de chantier, qui n'est plus ce qu'elle était. Naguère les couples se juraient fidélité pour la vie. Ce n'est plus le cas. Il en est de même pour Lui et pour Moi:

 

Carpe diem...

 

Francis Richard

 

Moi, la grue: texte de Barbara Polla et dessins de Julien Serve (hormis celui de la page 37, dû à Ella Serve), 72 pages, éditions Plaine page

 

Livres précédents de Barbara Polla:

Victoire, L'Age d'Homme (2009)

Tout à fait femme, Odile Jacob (2012)

Tout à fait homme, Odile Jacob (2014)

Troisième vie, Editions Eclectica (2015)

Vingt-cinq os plus l'astragale Art & Fiction (2016)

Femmes hors normes, Odile Jacob (2017)

Ivory Honey, New River Press (2018)

Le nouveau féminisme, Odile Jacob (2019)

 

Collectifs sous sa direction ou sa coordination:

Noir clair dans tout l'univers, La Muette - Le Bord de l'Eau (2012)

L'ennemi public, La Muette (2013)

Éloge de l'érection La Muette (2016)

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 18:20
Le cracheur de crayons, de Lucas Moreno

Le cracheur de crayons est un recueil d'une quarantaine de textes poétiques, en prose pour la plupart, où Lucas Moreno aime jouer avec les mots.

 

Il ne fait pas seulement des jeux de mots proprement dits:

 

... il a bonne mine le crayon, c'est le crayon bonne pâte, doux, gentil, compréhensif...

(le cracheur de crayons)

 

Il fait aussi des allitérations:

 

... l'apport des portes, l'apport de tes portes, l'apport de ta peau, l'apport de tes pores...

(portes)

 

Des énumérations à perdre haleine faute de virgules et de points:

 

le petit suisse la petite ville la petite passion le petit blanc les petites distances la petite ambition le petit cholestérol...

(le petit vide)

 

Des suites de verbes, actions à mener:

 

accélérer, comprendre, se mobiliser, conjuguer des verbes, conjurer des parties de corps le matin, aller mobile au bout de la vie, se lever du sol froid et commencer à conjuguer ses verbes, chaque jour et chaque soir...

(conjugaison des verbes)

 

Des suites de mots où le son prime sur le sens, sans souci de syntaxe ou crainte de néologismes, et dont l'assemblage finit par faire sens:

 

vais, va, te va, m'en vais, aller, va-je, vais nous m'en, vouloir, allez, voule, j'y vas,vas-y, nous, noue-toi, te nous, vas nous, tais-te, taire tête, vas-tu veux, es-tu, nous nous voulons, avaler, m'en vais, va-les, c'est nous, à tout-va, vas te savoir, veule, voule, va, vivants...

(phényléthylamine (2))

 

Quand le texte semble prose classique avec la respiration que lui donne une ponctuation tout aussi classique, le sens prend le pas sur le son:

 

En rentrant chez moi, j'ai fait un lâcher de poèmes. Un mandala de lettres. J'ai parlé en dedans, dans la douceur des mots rebelles avec lesquels j'avais grandi. J'ai ouvert la fenêtre, laissé passer quelques instants. Une brise les a emmenés. Et j'ai senti un mouvement à l'intérieur de moi. J'ai su que je ne pourrais jamais être seul, même au milieu des gens.

(reportage)

 

Un poète, qui expérimente tant de registres, ne le serait pas s'il ne parlait d'amour, d'inquiétude et, peut-être, de fin:

 

Une partie de mon corps te fouille.

Une partie de mon corps te lèche.

Une partie de mon corps s'inquiète pour toi et pour nous tous.

Une partie de mon corps tombe en poussière.

(le corps (2))

 

Francis Richard

 

Le cracheur de crayons, Lucas Moreno, 88 pages, BSN Press

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 17:15
Sucres, de Matthieu Corpataux

Les sucreries de Matthieu Corpataux ne se veulent pas mièvreries.

 

Ses poèmes sont des Sucres

Qui attaquent lentement, à la racine

A l'aide de la langue, ce muscle infini.

 

Il aimerait bien en tout cas qu'ils émergent du flot

De mots mis en livres

 

Comme il y a trop de tout, comment retrouver ses grains parmi des

Sahara entiers?

 

Eh bien, par les souvenirs qui les tamisent:

- les chaussures de sa prof d'école

- sa maman

Qui shoote dans un ballon

- une guêpe qui le pique

- un but marqué

- un nom sur un maillot

- des mots sur lesquels il heurte:

D'autres vies

que la mienne

- les clés perdues alors

Que les seules clés à ne pas perdre

Sont celles de lecture

- la console cassée

Etc.

 

Oui, mais ne faut-il pas, devant l'immensité vertigineuse de l'univers

Faire des noeuds avec des grains

Puis des mots que l'on conglo-

Mère, pour combler de la mémoire

Les trous et les trous noirs?

 

En somme, il faut un grain au jeune poète pour décomposer d'abord, recomposer ensuite:

Quelle folie

Me reprend

Aujourd'hui?

De condenser en châteaux

Des lettres

De Sahara et de sucre

 

L'accomplissement poétique ne peut qu'être un sonnet, en alexandrins, dédié à sa belle, avec pour grain de sucre final ce tercet, où le un et le tout pactisent:

Je les aime. J'aime ces souvenirs gigognes

Ces dépôts - le thé vert et la robe d'été,

Petits grains de sable, des Sahara entiers.

 

Francis Richard

 

Sucres, Matthieu Corpataux, 56 pages, Éditions de l'Aire

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 19:30
Autour de Proust, Collectif de poètes francophones

Marcel Proust, né en 1871, obtient le Prix Goncourt en 1919 pour A l'ombre des jeunes filles en fleurs, deuxième volume de la Recherche.

 

L'année 2020 est donc une année particulière pour les amoureux de Proust. Elle se situe entre deux anniversaires, celui du centième de son prix littéraire et du cent cinquantième de sa naissance.

 

C'est pourquoi des poètes francophones, sous la direction de Danièle Duteil et de Patrick Simon, rendent hommage cette année à l'écrivain hors du commun dans Autour de Proust.

 

Pour ce faire, ces poètes, femmes et hommes, ont pris leur plus belle plume, à partir de cinq citations extraites de la Recherche:

 

Cet escalier détesté où je m'engageais toujours si tristement exhalait une odeur de vernis qui avait en quelque sorte absorbé, fixé, cette sorte particulière de chagrin que je ressentais chaque soir, et la rendait peut-être plus cruelle encore pour ma sensibilité parce que, sous cette forme olfactive, mon intelligence n'en pouvait plus prendre sa part.

( Du côté de chez Swann)

 

Empourpré des reflets du matin, son visage était plus rose que le ciel. Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur.

(A l'ombre des jeunes filles en fleurs)

 

Dès le matin, la tête encore tournée contre le mur et avant d'avoir vu au-dessus des grands rideaux de la fenêtre de quelle nuance était la raie du jour, je savais déjà le temps qu'il faisait.

(La prisonnière)

 

Le ciel tout entier était fait de ce beau bleu radieux et un peu pâle comme le promeneur couché dans un champ le voit parfois au-dessus de sa tête, mais tellement uni, tellement profond, qu'on sent que le bleu dont il est fait a été employé sans aucun alliage, et avec une si inépuisable richesse qu'on pourrait approfondir de plus en plus sa substance sans rencontrer un atome d'autre chose que de ce même bleu.

(La prisonnière)

 

Sans laisser de côté ces mystères qui n'ont probablement leur explication que dans d'autres mondes et dont le pressentiment est ce qui nous émeut le plus dans la vie et dans l'art.

(Le temps retrouvé)

 

Chaque contribution commence par une de ces cinq phrases, qui y est incorporée et comporte ce qu'on appelle au Japon des tanka-prose et des haïbun, autrement dit des textes où se juxtaposent poésie et prose.

 

Dans leur préface, les éditeurs expliquent l'effet recherché:

 

Le tanka s'immisce presque dans la prose comme une narration dans la narration. Jouant parfois sa partition dans une autre dimension, il peut creuser un décalage spatio-temporel intéressant.

 

Un peu plus d'une trentaine d'auteurs se sont prêtés à cet exercice avec pour résultat un peu plus d'une quarantaine de textes.

 

Tous ces poètes sont francophones, la plupart d'entre eux vivent en France, mais cinq d'entre eux s'expriment depuis le Canada, la Belgique, la Suisse, et même depuis la Roumanie et l'Italie.

 

Pour chacune ou chacun, c'est l'occasion originale, avec sa sensibilité, de retrouver le passé, le temps qu'elle ou il croyait avoir perdu, en employant le plus souvent l'imparfait dans leur prose et en se tournant vers le futur proche.

 

Francis Richard

 

PS

Les poètes du recueil sont par ordre alphabétique:

Claudine Baissière, Blandine Berne, Daniel Birnbaum, Régine Bobée, Micheline Comtois-Cécyre, Chantal Couliou, Gisèle Cribaillet, Marie Derley, Nathalie Dhénin, Hélène Duc, Danièle Duteil, Patrick Faucher, Jacques Ferlay, Alhama Garcia, Joëlle Ginoux-Duvivier, Patricia Hocq, Guilhem Joanjòrdi, Lavana Kray, Martine Le Normand, Nadine Léon, Françoise Maurice, Francine Minguez, Catherine Monce, Jo(sette) Pellet, Jean-Pierre Petit, Germain Rehlinger, Marie-Jeanne Sakhinis de Meis, Sylvie Salaün, Françoise Serreau, Patrick Simon, Salvatore Tempo, Michelle Tilman, Sandrine Waronski

 

Autour de Proust: Tanka-Proust Haïbun-Proust, Collectif, 168 pages, Éditions du tanka francophone

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 19:30
Crever l'écran, de Thierry Raboud

Thierry Raboud est né en 1987 et la Toile trois ans plus tard. Il y a donc pour lui un avant et un après.

 

Comme il n'est pas, semble-t-il, technophobe, son recueil comprend deux parties, #avant et #après, qui sont conformes aux notes du temps et qui débutent ainsi :

 

#avant :

Je n'étais

Pas né

Ou si peu

 

#après :

l'autre mystère

si fier de n'être

 

Dans #avant, tous les vers commencent par une majuscule; dans #après, ce n'est plus le cas, comme si tout dès lors devenait minuscule...

 

Dans les deux parties, le jeune poète reprend à son compte ce que disait Paul Valéry:

 

Le poème, cette hésitation prolongée entre le son et le sens.

 

Exemples tirés de #avant :

 

Et croyais

Sûr de prendre

Vie

 

[...]

 

Remuer ciel

Se taire

 

Tirés de #après:

 

il est leurre

d'éteindre

 

[...]

 

diverti de solitude

ce corps à corps

me glace le sens

 

Ces jeux entre le son et le sens ne peuvent que rendre complice de celui qui écrit celui qui lit...

 

Avant ?

Nous rêvions

A la fenêtre

 

Après ?

je tiens à rêver

fenêtre fermée

 

Avant ?

Nous aimions

Suspendre le temps

Le laisser sécher

 

Après?

le temps plié

aux présents impératifs

par les temps qui courent

marchons

 

La révolution numérique a changé le mode de vie et son rythme, la vision des choses. Cela donne au poète une envie forte :

 

crever l'écran

beauté en touche

à tout reflet

 

Car

on ne s'habitue jamais

au regard d'une vitre

 

Ses derniers mots répondent aux premiers du recueil :

je serai toujours

ou si

peu

 

Car, sur la Toile les traces sont indélébiles, alors qu'avant il fallait se souvenir...

 

Francis Richard

 

PS

 

Thierry Raboud est lauréat du Prix de poésie Pierrette Micheloud 2019, décerné par la Fondation Pierrette Micheloud.

 

La cérémonie de remise du prix aurait eu lieu le 2 mars 2020 à la Datcha, à Lausanne, si un méchant virus, qui n'était pas informatique, ne l'avait piratée...

 

Crever l'écran, Thierry Raboud, 68 pages, Éditions Empreintes

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13 février 2020 4 13 /02 /février /2020 18:45
Orphelins de l'orage, de Jean-Pierre Vallotton

Orphelins de l'orage est un recueil de textes poétiques. Car, quel que soit le sujet qu'il aborde et quelle que soit la forme qu'il adopte pour le traiter, Jean-Pierre Vallotton le regarde en poète:

 

Où la poésie va?

Même si je le savais, je l'y suivrais...

 

Quand il va à la Tate, c'est en poète qu'il décrypte les tableaux accrochés et c'est le miracle d'internet que d'avoir la possibilité de mettre ses mots dans les siens pour contempler des oeuvres intemporelles, telles que la Proserpine, de Dante Gabriel Rossetti:

 

Aux mains de la déesse, le fruit d'amour, silencieux, ravive la plaie.

 

Dans ses Sourdines, il se révèle tel qu'en lui-même l'obscur le tourmente:

 

Le falot du coeur s'éteint

quand le dernier espoir

a mouché sa bougie

 

A ses tableaux de chasse il met, entre autres, Fâcheuse nouvelle, de Carel Willink (il se trouve aisément sur internet sous le titre de Mauvaise nouvelle), dont un détail illustre la couverture du livre, et commence à en parler sur un ton lamartinien:

 

Les arbres le savaient qui prennent instinctivement la forme de l'effroi: un seul pavé manque à la rue et c'est un gouffre, soudain, qui s'ouvre sous vos pas.

 

Quelles sont les Fraternitudes du poète? Il n'est guère étonnant qu'il s'agisse de Baudelaire, de Hölderlin, de Lewis Carroll, de Max Jacob ou de Joë Bousquet et qu'il rende ainsi hommage à Nerval:

 

Fille ou feu, une ombre dans l'ombre a frôlé le silence.

 

Francis Richard

 

Orphelins de l'orage, Jean-Pierre Vallotton, 128 pages, L'Atelier du grand Tétras

 

Livre précédent:

Le corps inhabitable suivi de Ici-Haut et de Précédemment, Éditions Empreintes (2015)

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31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 18:00
Lacunes, de Florence Grivel et Julien Burri

Lacunes est un recueil de poèmes illustré par des aquarelles, telle celle de la couverture. Les poèmes sont de Julien Burri, les aquarelles de Florence Grivel.

 

Les uns comme les autres ont pour thème le lac Léman. Le préfixe du titre en est comme une réminiscence, évoquant les trous dont toute mémoire est semée.

 

Les aquarelles représentent des fragments de bleu, de gris et d'or, le nuancier dont se parent l'eau du lac et le ciel, qui se mire en lui, tandis que le temps passe.

 

Les images, dont on devine la trame, jouent leur partie en couleur tandis que les sons, qui émanent des mots des poèmes, font appel à d'autres sens.

 

Les sons et les images sont des souvenirs de ce lac obsédant, captés au cours de l'existence et le ramenant toujours à lui comme à un paradis perdu.

 

Enfant, ce sont les bains pris à la maison dans une bassine bleue:

 

Chaque fois que tu voyais le lac, de la même

forme que la bassine

ton corps se souvenait

 

Ce sont les vacances à la Grande Motte:

 

Au retour, le lac était un écho

sans sel, sans vagues, sans sel

 

Ce sont les amusements:

 

Tes premiers jeux sous le noyer âcre

créer un lac

avec l'arrosoir

 

Aussi, à propos de ce lac qui est

 

l'eau du déluge, oubliée au creux d'une vallée

 

et à qui il sait devoir tant, le poète s'inquiète-t-il:

 

De cet espace vertigineux et secret

est venu tout ce que tu as reçu.

Tout te sera repris?

 

Francis Richard

 

Lacunes, Florence Grivel et Julien Burri, 72 pages, BSN Press

 

Livre précédent de Florence Grivel chez BSN Press:

Conquistador (2013)

 

Livres précédents de Julien Burri chez Bernard Campiche Éditeur:

Muscles suivi de La Maison (2014)

Prendre l'eau (2017)

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17 décembre 2019 2 17 /12 /décembre /2019 23:00
Abécédaire, de Pablo Jofré

Abécédaire est un recueil de poèmes bilingue, espagnol-français. Il y a, dans les titres de ce dictionnaire poétique, plus d'initiales de mots - trente-trois - que de lettres de l'alphabet. C'est un abécédaire prolongé.

 

En épigraphe à la version française, il est indiqué que ce dictionnaire est inspiré du dictionnaire de Flaubert consacré aux idées reçues, qui se trouve en appendice à Bouvard et Pécuchet, le célèbre roman ébauché par l'écrivain.

 

Le choix des mots effectué pour son abécédaire par Pablo Jofré est révélateur de cette inspiration hétéroclite, mais, plus que dans le cas de Flaubert, la signification qu'il donne aux mots choisis est ambiguë: on ne sait pas toujours si le poète se veut ironique ou tragique, ou les deux.

 

La forme d'un poème est moins lapidaire que celle d'une définition et laisse donc au lecteur une plus grande liberté d'interprétation. Par exemple, on peut voir dans ce recueil, au-delà de sa dérision, tout le tragique de la condition humaine.

 

C'est par exemple manifeste dans le poème consacré au Baiser qui commence ainsi:

 

Conversation de bouches,

échange palpitant de rêves,

espoir projeté en salive.

 

et qui se termine moins bien, de manière bien lugubre (le titre d'ailleurs d'un autre poème), puisque le poète, après avoir évoqué l'abandon qui viendra; inévitablement, dit:

 

Et nous porterons des restes de cadavre: des gouttes de baisers morts,

à la commissure des lèvres, entre nos dents en deuil.

 

Il y a ainsi dans plusieurs des poèmes une vision idyllique, voire prometteuse, suivie, comme en contrepoint, par un retour à une réalité prosaïque. On pourrait dire que cela commence parfois bien mais que cela finit beaucoup moins bien; ou que cela commence parfois doucement mais que cela finit durement.

 

Ainsi la beauté a-t-elle son revers:

 

La rosée sont des larmes du ciel

                        sur les replis des vignes,

                        sur les aéroports et leurs avions.

 

Dans d'autres poèmes, le balancement se fait dans l'autre sens, par exemple dans Hommage, où, au début, le poète incite à descendre à la réalité abrupte, dans la banlieue, ce qui a priori n'a rien de palpitant, puis montre que cette démarche de prise de contact avec les autres n'est pas vaine:

 

L'hommage est un acte d'humilité, une pause

dans notre existence de héros;

un moment vierge

auquel nous nous abandonnons; pour donner.

 

Ces retournements de situation, dans un sens ou dans un autre, rendent compte de la complexité du monde, de ses contradictions et d'un phénomène qui se produit souvent pour les résoudre avant d'aller plus loin:

 

Les nuances apparaissent quand la couleur se fatigue,

ou quand le noir et le blanc s'usent

et que tous ensemble, mélangés,

tombent amoureux d'un autre objet.

 

Le même objet peut cependant être une chose et son contraire. Tel est le Seuil:

 

Lieu totalement ambigu

l'entrée et la sortie.

La pause, le salut,

le protocole situé dans l'espace.

 

La dernière initiale de l'Abécédaire en français est un X, comme Xénophobie et, là encore, il y a dans ce poème toute l'ambiguïté de l'être humain et de la tentative du poète de la cerner à travers une phobie existentielle puisqu'elle est à la fois peur de l'autre et de l'inconnu et terreur de sa propre identité...

 

Francis Richard

 

Abécédaire, Pablo Jofré, 80 pages, BSN Press (traduit de l'espagnol par Pierre Fankhauser)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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