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16 août 2020 7 16 /08 /août /2020 09:25
L'Anatomie de l'État, de Murray N. Rothbard

La Terre entière est occupée par des États, un peu plus de deux cents. Chaque individu qui naît, atterrit donc dans un État. Aussi ne se pose-t-il pas de questions à son sujet. Il devrait.

 

Dans L'Anatomie de l'État, Murray Rothbard répond aux questions qu'un individu ne se pose pas parce que l'État est une organisation qui lui semble aller de soi. Pourtant...

 

 

L'ÉTAT, CE N'EST PAS NOUS

 

L'État cherche à s'identifier à la société dont l'individu est membre. L'expression L'État, c'est nous est un tour de passe-passe pour lui faire assumer une responsabilité collective.

 

L'État, ce n'est pas nous, les individus, mais une organisation qui tente de conserver un monopole de l'usage de la force et de la violence sur une zone territoriale donnée.

 

De plus il s'agit de la seule organisation dans la société tirant ses revenus non pas de contributions volontaires ou de rémunérations pour services rendus, mais de la coercition.

 

 

L'ÉTAT PRÉDATEUR

 

Comment acquérir la richesse sinon par le processus de production et d'échange, ou par celui de la prédation. Or il ne peut exister de prédation sans production préalable.

 

L'État, c'est la systématisation du prédateur sur un territoire donné. Il ne produit rien, il soustrait et fournit un canal légal, ordonné et systématique à la prédation de la propriété privée:

 

Il rend certain, sûr et relativement "paisible" le mode de vie de la caste parasitaire de la société.

 

 

LA CASTE PARASITAIRE

 

Ces parasites doivent cependant, pour opérer leur prédation, obtenir l'acceptation active ou résignée de la majorité des citoyens et avancer des arguments qui les convainquent:

 

- ils sont des sages qui savent ce qui est bon pour les autres;

- ils se dévouent pour les autres et n'ont pas comme certains d'avidité égoïste;

- ils protègent les autres contre les criminels et les maraudeurs sporadiques;

- ils personnifient le patriotisme naturel;

- ils incarnent au besoin la tradition, toujours la légitimité.

 

Etc.

 

Bref, afin de conserver leur fromage et faire oublier leur prédation, ils font ce qu'il faut pour complaire à leur clientèle...

 

 

L'ÉTAT SANS LIMITES

 

Comme le plus grand danger pour l'État est la critique individuelle indépendante, ces parasites s'attaquent à toute voix isolée, jouent la collectivité contre l'individu et le culpabilisent.

 

Mais ils font mieux que cela. En principe, la Constitution - ici, américaine - fixe des limites à l'État, mais il peut les repousser autant qu'il le veut parce qu'il est juge et partie.

 

Qui juge de la constitutionnalité d'une extension de ses limites? L'État lui-même puisque c'est la Cour suprême qui en décide et qu'elle fait partie de l'administration fédérale...

 

 

L'ÉTAT EST ANTICAPITALISTE

 

Il est possible d'imaginer le contentement de Karl Marx puisque l'État est anticapitaliste. En effet ce prédateur vit nécessairement de la confiscation forcée du capital privé:

 

Son expansion implique nécessairement des incursions toujours plus nombreuses chez les individus et les entreprises privées.

 

Mais il n'est pas, conformément au credo marxiste, le "comité exécutif" de la classe dirigeante actuelle: il en incarne et constitue la source [...] et s'oppose en permanence au véritable capital privé.

 

 

LES CRAINTES DE L'ÉTAT 

 

L'État peut craindre de mourir s'il est conquis par un autre État ou renversé par ses sujets. Mais guerre ou révolution peuvent être des aubaines pour se renforcer ou éliminer des adversaires:

 

- Chaque guerre moderne a apporté aux peuples belligérants un héritage permanent de fardeaux étatiques accrus sur la société.

 

- Les crimes les plus graves selon le lexique de l'État sont presque invariablement non pas l'invasion de personnes ou de propriétés privées, mais des dangers pour sa propre satisfaction...

 

 

C'ÉTAIT MIEUX AVANT...

 

La guerre n'est plus ce qu'elle était:

 

À l'ère moderne de la guerre totale, combinée à la technologie de destruction totale, l'idée même de limiter la guerre à l'appareil de l'État semble encore plus désuète et obsolète que la Constitution originale des États-Unis...

 

L'empiétement de l'État sur la société, qui avait diminué du XVIIe au XIXe siècle, s'est accru au XXe:

 

Durant ce siècle, la race humaine fait face, une fois encore, au règne virulent de l'État; l'État désormais armé du pouvoir créateur de l'homme, confisqué et perverti à ses propres fins.

 

 

LE PROBLÈME DE L'ÉTAT

 

Au cours des derniers siècles, toutes les tentatives pour tenir l'État sous contrôle ont échoué:

 

Le problème de l'État est évidemment loin d'être résolu. Peut-être de nouvelles voies doivent-elles être explorées, si l'on veut que la solution finale et réussie à la question étatique puisse être à jamais résolue.

 

Francis Richard

 

N.B.

 

Ce texte est extrait d'un livre de Murray N. Rothbard publié en 1974 et réédité en 2000, Egalitarianism as a Revolt Against Nature and Other Essays. Il correspond aux pages 55 à 88.

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

L'Anatomie de l'État, Murray N. Rothbard, 50 pages, Résurgence (traduit par Stéphane Geyres et Daivy Merlijs)

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 19:30
Éclairs de liberté, de Stéphane Geyres

Éclairs de liberté est un recueil d'articles anciens mis à jour, parfois enrichis et souvent corrigés. Ce sont des éclairs, qui, comme de juste, éclairent et frappent. Car, dans ce recueil, Stéphane Geyres pousse jusqu'au bout la logique libérale.

 

Certes il se présente comme libertarien plutôt que libéral pour signifier qu'il est un libéral rigoriste, intransigeant, un libéral qui a mûri. Encore qu'il préférerait dire qu'il n'est ni l'un ni l'autre:

 

Je suis juste quelqu'un de normal qui fiche la paix aux autres. Et qui s'attend à ce que les autres fassent de même envers lui.

 

Les trois piliers

 

La logique libérale repose sur trois piliers seulement:

- Liberté individuelle

- Propriété individuelle

- Responsabilité individuelle

 

L'adjectif individuel est important, parce qu'il souligne que c'est l'individu qui compte: difficile de faire plus simple et de plus centré sur l'individu. Et rien de plus humaniste.

 

Stéphane Geyres précise ce que sont ces trois piliers:

 

- La liberté repose sur le principe de non agression et le droit naturel, qui revient au même.

 

- La propriété sert à prévenir les confits dus à la rareté des ressources. La propriété privée est donc le socle de la société libre. Elle est même le seul. Et cela suffit pour notre exercice. Première conséquence, il n'y a rien d'autre que de la propriété privée dans notre future société. Seconde conséquence, l'intégralité de notre planète serait découpée en espaces sous propriété privée.

 

- De la liberté de l'individu découle sa responsabilité, du droit découle le devoir. Chacun assume pleinement les conséquences de ses actes et en répond quand ces derniers ne respectent pas le droit naturel ou la propriété d'autrui. (Point 4 du Manifeste Libertarien)

 

Quoi qu'il en soit la logique libérale est imperturbable et permet à Stéphane Geyres de traiter de sujets tels que la justice sociale, le risque, la démocratie, le port d'arme, la fiscalité, la mondialisation, la corruption, la propriété intellectuelle, la technologie, les riches, l'écologie, l'environnement, le climat, l'utilitarisme, le déterminisme, les "droits" des animaux, etc.

 

Le libéral, adversaire de l'état

 

Logiquement le libéral ne peut tout simplement qu'être un adversaire de l'état. En effet l'état est un organe monopolistique qui impose à l'individu et se passe de son consentement.

 

( Stéphane Geyres écrit état avec une minuscule parce qu'étant le premier ennemi de la Liberté, il ne mérite pas l'honneur qui lui est ainsi fait. Personnellement je l'écris avec une majuscule non par usage, mais pour bien montrer qu'il s'agit d'un monstre, le Léviathan...)

 

Même les fonctions régaliennes que remplit (mal) l'état peuvent très bien être assumées autrement que par lui, mieux même puisqu'il est juge et partie. Dans une société libre, il est donc possible de se passer de lui.

 

La stratégie libérale

 

Comment parvenir à la société libre en France?

- La révolution? Trop de risques qu'elle soit sanglante.

- La démocratie? C'est une illusion.

- La sécession? C'est la stratégie que les grands penseurs libéraux, spécialement Hoppe pensent la plus adaptée à notre monde.

 

Stéphane Geyres y adhère et pense qu'en faisant connaître les idées libérales, les seules à la fois cohérentes, réalistes et humanistes, il sera possible - en quelques années, une génération plus probablement - de susciter une vague de sécessions spontanées un peu partout sur le territoire, que la France ne pourra pas toutes repousser du fait de sa déliquescence...

 

Francis Richard

 

Éclairs de liberté, Stéphane Geyres, 212 pages, Amazon

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 17:00
Deux morales, de Frédéric Bastiat

Le texte dont il s'agit, Deux morales, est le deuxième chapitre de la deuxième série des Sophismes Économiques, de Frédéric Bastiat, parue en 1848. Dans le premier chapitre de cette série, il étudie la Physiologie de la Spoliation et rappelle notamment que:

 

Il n'y a que deux moyens de se procurer les choses nécessaires à la conservation, à l'embellissement et au perfectionnement de la vie: la Production et la Spoliation.

 

Frédéric Bastiat appelle Spoliation la  force malfaisante qui s'exerce dans la Guerre, l'Esclavage, la Théocratie, le Monopole et dont l'agent le plus viral est l'État qui repousse sans cesse les limites de sa sphère de nuisance.

 

 

L'agent et le patient

 

Frédéric Bastiat cherche à identifier la force bienfaisante qui tendrait à surmonter progressivement la force malfaisante. Pour ce faire, il analyse comment celle-ci se propage, comment elle contamine la société: 

 

Tout acte malfaisant a nécessairement deux termes: le point d'où il émane et le point où il aboutit; l'homme qui exerce l'acte, et l'homme sur qui il est exercé; ou, comme dit l'école, l'agent et le patient.

 

Il ne voit que deux possibilités pour que l'acte malfaisant soit supprimé:

- l'abstention volontaire de l'être actif;

- la résistance de l'être passif.

 

Autrement dit il y voit la généalogie de deux morales qui concourent, loin de se contrarier:

- la morale religieuse ou philosophique;

- la morale économique ou défensive.

 

 

La morale religieuse ou philosophique

 

La morale religieuse ou philosophique s'adresse à l'homme en tant qu'agent, et parle à son coeur:

 

Corrige-toi; épure-toi; cesse de faire le mal; fais le bien, dompte tes passions; sacrifie tes intérêts; n'opprime pas ton prochain que ton devoir est d'aimer et soulager; sois juste d'abord et charitable ensuite.

 

Cette morale est individuelle, personnelle. L'agent peut, par exemple, se donner, pour s'y conformer, une règle de vie, telle que celle proposée par un moine bénédictin.

 

Cette morale, ajoute-t-il, sera éternellement la plus belle, la plus touchante, celle qui montrera la race humaine dans toute sa majesté; qui se prêtera le plus aux mouvements de l'éloquence et excitera le plus l'admiration et la sympathie des hommes.

 

 

La morale économique ou défensive

 

La morale économique ou défensive aspire au même résultat que la morale religieuse ou philosophique mais elle s'adresse à l'homme en tant que patient, et parle à son intelligence:

 

Elle lui montre les effets des actions humaines, et par cette simple exposition, elle le stimule à réagir contre celles qui le blessent, à honorer celles qui lui sont utiles. Elle s'efforce de répandre assez de bon sens, de lumière et de juste défiance dans la masse opprimée pour rendre l'oppression de plus en plus difficile et dangereuse.

 

Mais cette morale destinée à l'opprimé n'est pas sans effet sur l'oppresseur, même si elle ne s'adresse pas à lui directement. L'oppresseur n'opprimerait pas si des maux qu'il inflige il ne tirait de biens pour lui-même. Il faut qu'il prenne conscience que:

 

Le fait même d'opprimer entraîne une déperdition des forces, crée des dangers, provoque des représailles, exige de coûteuses précautions.

 

La morale économique ou défensive est donc plus facile à mettre en oeuvre et plus sûre que la morale religieuse ou philosophique parce qu'en dessillant les yeux des opprimés, en éclairant les dupes, elle trouble la sécurité des oppresseurs.

 

 

Corriger Tartuffe ou déniaiser Orgon

 

J.-B. Say a déjà fait observer que pour faire cesser le désordre introduit par l'hypocrisie dans une famille honorable, il y avait deux moyens: corriger Tartuffe ou déniaiser Orgon.

 

Molière, précise Frédéric Bastiat, ce grand peintre du coeur humain, paraît avoir constamment eu en vue le second procédé, comme le plus efficace.

 

L'histoire enseigne que ce sont les monopolés qui maintiennent les monopoles; qu'en matière d'élections, ce n'est pas parce qu'il y a des corrupteurs qu'il y a des corruptibles, c'est le contraire; et la preuve, c'est que les corruptibles payent tous les frais de la corruption.

 

Ceux qui commettent des abus n'y renoncent jamais volontairement, il faut donc plutôt qu'ils cèdent à la virile résistance de ceux qui en souffrent. Encore faut-il que ces derniers prennent bien conscience de la source des maux qui les atteignent.

 

C'est le rôle des économistes de prosaïquement déniaiser les Orgon, de déraciner les préjugés, d'exciter de justes et nécessaires défiances. C'est celui des religieux et des philosophes de poétiquement corriger les Tartuffe, d'ouvrir la source des vertus:

 

Que les deux morales, au lieu de s'entre-décrier travaillent de concert, attaquant le vice par les deux pôles.

 

 

Conclusion

 

La société doit peut-être passer par ce prosaïque état, où les hommes pratiqueront la vertu par calcul, pour de là s'élever à cette région plus poétique, où elle n'aura plus besoin de ce mobile...

 

Francis Richard

 

PS

 

Il semble que les volumes des Oeuvres Complètes de Frédéric Bastiat, éditées par l'Institut Charles Coquelin, ne soient plus disponibles.

 

On peut toutefois se procurer les Sophismes Économiques aux Belles Lettres ou les lire en ligne sur le site Bastiat.org.

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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 23:45
Responsabilité - Réactiver la responsabilité individuelle, d'Alain Laurent

Comme le dit Alain Laurent, jamais autant qu'aujourd'hui on n'a employé le mot de responsable alors que, dans la réalité, on n'a jamais été aussi irresponsable. Ce n'est un paradoxe qu'en apparence.

 

La raison de ce pseudo paradoxe réside en effet dans le sens que l'on donne au mot Responsabilité. De nos jours on récuse ainsi la responsabilité individuelle mais pas la responsabilité collective.

 

Or la responsabilité collective est justement une construction perverse de l'esprit. On ne peut être responsable qu'individuellement et ce n'est pas le fait de vivre en société qui y change quoi que ce soit.

 

Comme dit Jean-François Revel: La responsabilité collective est le degré le plus vil de la morale. Car, tous ensemble étant responsables, au bout du compte personne ne l'est, ce qui est bien commode.

 

Cette aberration vient de la mise en cause du libre arbitre par les adeptes de ce que l'auteur appelle d'une part le neuroscientisme (où d'aucuns confondent corrélation et causalité), de l'autre le sociologisme.

 

Les premiers invoquent un neurodéterminisme sans tenir compte du pouvoir rétroagissant de la prise de conscience par l'être humain, capable de s'y opposer et d'agir dans une direction non prédéterminée.

 

Les seconds invoquent un déterminisme social, sans tenir compte de l'accès d'individus, personnellement ou en coopérant avec d'autres, [...] à une certaine autonomie en exerçant un pouvoir sur soi.

 

Ces seconds, que caractérisent le causalisme social et l'idéologie de l'excuse, mettent en cause notamment le caractère "illimité" de la responsabilité individuelle dans un contexte supposément "néolibéral".

 

Or personne, fût-il un indécrottable "néolibéral" ou un invétéré partisan du libre arbitre, n'a jamais pu professer une thèse aussi absurde. Ce qui est vrai, c'est que la responsabilité de soi est illimitée:

 

Dans la responsabilité de soi s'exprime une revendication d'autonomie et d'indépendance individuelles, le fait de vouloir autant que possible ne pas dépendre de l'arbitraire de volontés extérieures à soi.

 

En fait la responsabilité individualisée est perçue comme une charge trop lourde à supporter à réduire au minimum ou à laquelle tout simplement renoncer. Et l'État-providence encourage cette perception.

 

Alors, pour aller contre, il faut rappeler l'étymologie du mot responsabilitése porter garant (sponseo: répondre des dettes commises par une autre personne), et être fier de se porter garant et d'"y arriver".

 

Comme l'écrivent Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin dans Échec de l'État: Rendre à chacun la responsabilité de sa vie est non seulement souhaitable pour chacun, mais également nécessaire pour la société.

 

Alain Laurent commente:

 

Parce qu'on peut a priori y faire davantage confiance à des individus garants d'eux-mêmes, capables d'auto-discipline, aimant le gouvernement de soi et appréciant d'en être récompensés, qui font d'eux-mêmes ce qui convient, et assument volontiers les conséquences de leurs éventuelles inconséquences, une "société de responsabilité" est ipso facto une société de liberté qui peut amplement s'autoréguler.

 

Ce n'est pas gagné d'avance, selon l'auteur:

 

Pris en étau entre les déterminismes de l'inconscient neural et les automatismes de la métaconscience prescriptive et prédictive de l'IA [l'Intelligence "artificielle"], l'individu du futur sera de moins en moins en mesure de pouvoir gouverner lui-même sa propre vie.

 

Francis Richard

 

Responsabilité - Réactiver la responsabilité individuelle, Alain Laurent, 174 pages, Les Belles Lettres

 

Livre précédent:

En finir avec l'angélisme pénal (2013)

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 19:00
Le Monde selon Tocqueville, de Nicolas Baverez

Alexis de Tocqueville (1805-1859) a surtout écrit trois chefs-d'oeuvre:

- De la démocratie en Amérique: sur la montée de la société démocratique et ses contradictions

- Souvenirs: sur l'analyse à chaud de la chute de Louis-Philippe, des journées de juin 1848 puis de la mise à mort de la République par Louis Napoléon Bonaparte

- L'Ancien Régime et la Révolution: sur les origines de la Révolution française et les raisons de son destin violent, mêlant Terreur et guerres extérieures

 

Dans sa longue introduction, Nicolas Baverez présente ce mal connu et mal aimé des Français qui, a contrario, est lu, reconnu et admiré dans le monde anglo-saxon où il fait figure de classique.

 

S'il a été redécouvert par Raymond Aron et François Furet, Alexis de Tocqueville dérange toujours en France parce qu'il a cherché à penser le monde qui naissait, autour de la démocratie et de l'égalité de conditions, sans pour autant l'aimer ou le célébrer.

 

Après cette introduction où l'essentiel est dit sur cet aristocrate de coeur et démocrate de raison, Nicolas Baverez lui donne longuement la parole sur quelques grands thèmes et c'est nécessaire pour comprendre sa pensée complexe. Par exemple:

 

La passion de l'égalité, qui fonde la démocratie, peut se retourner contre la liberté pour frayer la voie au despotisme.

 

Ceux qui sont sensibles au style seront donc comblés par les larges extraits que reproduit l'auteur, où ils découvriront, ou redécouvriront, son écriture lumineuse.

Le Monde selon Tocqueville, de Nicolas Baverez

Il serait vain d'aborder tous les thèmes recensés par l'auteur dans les trois chefs-d'oeuvre, entre autres textes, évoqués ci-dessus (qui représentent pas moins de 1180 pages en petits caractères dans l'édition Bouquins de 1986...).

 

Quelques considérations de Tocqueville, ô combien actuelles, sur l'égalité, la liberté et la démocratie, c'est-à-dire la liberté politique, permettront d'avoir quelque appétence de lire ce livre:

 

L'inégalité permanente

 

La plupart des aristocraties sont mortes, non point parce qu'elles fondaient l'inégalité sur terre, mais parce qu'elles prétendaient la maintenir éternellement en faveur de certains individus et au détriment de certains autres. C'est une espèce d'inégalité plutôt que l'inégalité en général que haïssent les hommes.

 

La liberté individuelle

 

D'après la notion moderne, la notion démocratique, et j'ose le dire la notion juste de la liberté, chaque homme, étant présumé avoir reçu de la nature les lumières nécessaires pour se conduire, apporte en naissant un droit égal et imprescriptible à vivre indépendant de ses semblables, en tout ce qui n'a rapport qu'à lui-même, et à régler comme il l'entend sa propre destinée.

 

Le pouvoir démocratique

 

Je ne pense pas que la nature d'un pouvoir démocratique soit de manquer de force ou de ressources; je crois, au contraire, que c'est presque toujours l'abus de ses forces ou le mauvais emploi de ses ressources qui le font périr. L'anarchie naît presque toujours de sa tyrannie ou de son inhabileté, mais non pas de son impuissance.

 

Le nivellement par le bas

 

Il y a [...] une passion mâle et légitime qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands; mais il se rencontre aussi dans le coeur humain un goût dépravé pour l'égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l'égalité dans la servitude à l'inégalité dans la liberté. 

 

La propriété acquise

 

Il n'y a pas de révolution qui ne menace plus ou moins la propriété acquise. La plupart de ceux qui habitent les pays démocratiques sont propriétaires; ils n'ont pas seulement des propriétés; ils vivent dans la condition où les hommes attachent à leur propriété le plus de prix.

 

Le pouvoir absolu d'une majorité

 

Si, à la place de toutes les puissances diverses qui gênaient ou retardaient outre mesure l'essor de la raison individuelle, les peuples démocratiques substituaient le pouvoir absolu d'une majorité, le mal n'aurait fait que changer de caractère. Les hommes n'auraient point trouvé le moyen de vivre indépendants; ils auraient seulement, chose difficile, une nouvelle physionomie de la servitude.

 

Le désir des Français de vivre de l'impôt

 

La vérité est, vérité déplorable, que le goût des fonctions publiques et le désir de vivre de l'impôt ne sont point chez nous une maladie particulière à un parti, c'est la grande et permanente infirmité de la nation elle-même; c'est le produit combiné de la constitution démocratique de notre société civile et de la centralisation excessive de notre gouvernement; c'est ce mal secret, qui a rongé tous les anciens pouvoirs et qui rongera de même tous les nouveaux.

 

Comme le dit Nicolas Baverez, s'il est un enseignement à tirer de la pensée de Tocqueville, c'est que la liberté n'est jamais donnée ou acquise, mais toujours à construire, a fortiori en France...

 

Francis Richard

 

Le Monde selon Tocqueville, Nicolas Baverez, 288 pages, Tallandier

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 20:30
Éloge du libéralisme, de Joseph Macé-Scaron

L'émotion, l'immédiateté et l'apparence mènent le bal. Cette curieuse et furieuse trinité a accouché d'une religion monstrueuse avec son Église, son clergé, ses servants et ses inquisiteurs.

 

Bref l'obscurantisme est de retour et avec lui celui des Grandes Peurs:

 

L'essentiel est de créer la panique, de la propager, puis de condamner. L'étape du procès n'est même plus nécessaire. Il ne s'agit pas de relever le débat, mais d'élever l'estrade du bourreau...

 

Et la plus effroyable des menaces, c'est le libéralisme...

 

Le mot libéral

 

Mal nommer un objet est ajouter au malheur du monde, disait Brice Parain, repris par Albert Camus.

 

Le sens originel du mot libéral (qui convient à une personne libre), il est vrai, ne rend pas compte de ses multiples acceptions, parce qu'être libéral, c'est être pour la pluralité, la singularité, l'individu et, au final, la liberté, avec lesquels il convient désormais de découdre.

 

La seule certitude est en effet que personne en France ne s'affirme plus libéral et qu'il est de bon ton de communier dans sa détestation au point de l'adjectiver quand il faut l'employer:

 

On peut être ainsi ultralibéral, social-libéral, néo-libéral, libéral social, libéral libertaire, national libéral, libéral de gauche, libéral de droite...

 

Le mur de Berlin dans les têtes

 

Le mur de Berlin est peut-être tombé, mais il est encore bien dressé dans les têtes, il a même été fortifié puis surélevé par cette intoxication élémentaire que sont la crainte de la liberté, la peur panique du risque, la volonté d'abdiquer.

 

Il n'est pas étonnant dans ces conditions que le libéralisme soit considéré comme le responsable de tous les maux, des camps totalitaires, du dérèglement climatique, des famines, du retour des grandes épidémies sur la planète et de l'empoisonnement des sources...

 

Quand on croit que l'homme descend du songe, on oublie que la raison, la modération, le doute, propres au libéralisme, sont des outils forgés patiemment pendant les siècles précédents pour se libérer des pensées iniques mais aussi, surtout, pour comprendre ou anticiper les bouleversements à venir...

 

On ne peut être singulier qu'en étant pluriel

 

Il y a autant d'appartements dans la vaste demeure libérale qu'il y a de résidents. A cela une raison toute simple: le libéralisme repose sur la capacité des femmes et des hommes à s'adapter continuellement à des conditions changeantes et imprévisibles.

 

Il n'y a pas de doxa libérale: tous les chemins mènent au libéralisme à partir du moment où l'on est convaincu que la liberté est comme la vie elle-même, qu'elle refuse de se laisser enfermer...

 

Le libéralisme est bien français: il s'inscrit dans le cours le plus intérieur de l'histoire des idées politiques de notre pays avec Tocqueville et Raymond Aron, La Boétie et Jean-Baptiste Say, mais aussi avec Madame de Staël, François de la Mothe Le Vayer, Benjamin Constant et même Stendhal...

 

Les pensées iniques

 

Les pensées iniques, ce sont par exemple:

 

- le refus de l'existence même des inégalités et non pas de leur simple augmentation: aucune tête ne doit dépasser, ce qui justifierait l'emploi de la violence par les envieux;

 

- le refus de la contradiction: vouloir débattre serait blasphématoire, voire négationniste (Ce n'est pas le doute qui rend fou, ce sont les certitudes, disait Nietzsche);

 

- le refus de l'individualisme, qui est tout bonnement le prolongement de l'humanisme: actuellement un individu est obligé de plonger dans le grand bain tiède du collectif au risque d'être pris pour un monstre.

 

Raison et déraison

 

Il existe un pacte pluriséculaire entre la grandeur du libéralisme et la primauté de la raison. L'individu de raison est, en effet, né de la pensée libérale. Aussi les coups portés à notre individualité fragilisent d'autant plus le libéralisme qu'il n'est pas une doctrine, qu'il s'appuie sur le doute, le raisonnement, la logique et non juste l'acte de foi.

 

Le recours au raisonnement suppose pour l'éprouver et le fortifier de le confronter à d'autres raisonnements, mais, pour cela, il faut respecter l'Autre et ne pas en avoir le dégoût, il faut être dans la subtilité plutôt que dans le slogan ou le dénigrement:

 

Nous baignons dans les larmes tout en jetant la réputation d'une femme ou d'un homme aux chiens.

 

La déraison, ce sont tous les phénomènes de mode tels que l'écologisme devenu acte de foi que nul ne peut remettre en cause et qui ambitionne le retour au début du XIXe siècle, le véganisme de stricte obédience qui veut en finir avec l'exploitation des abeilles par l'homme...

 

La déraison, ce sont les religions contemporaines, exemptées de toute attaque, de toute critique puisque cette dernière est immédiatement présentée comme une preuve d'"irrespect" et de "discrimination". Une opinion politique, comme le libéralisme, se discute. Pas une opinion religieuse même si elle semble aberrante (il est tentant d'écrire: surtout si elle est aberrante...). 

 

Les marchandises frelatées

 

L'étiquette libérale sert, depuis trop longtemps, à masquer des marchandises frelatées telles que conservatismes périmés, situations monopolistiques avec addictifs inconnus, ou autres capitalismes sous OGM.

 

Où est le libéralisme par exemple dans la crise des subprimes qui est partie d'un mécanisme créé par le pouvoir politique pour échapper à la règle libérale selon laquelle on ne prête pas aux personnes insolvables?

 

Une bibliothèque ne suffirait pas à recenser les contre-vérités véhiculées par ceux qui estiment que la liberté est un boulet et qui se pelotonnent sous l'État comme s'il s'agissait d'une grosse couette meringuée.

 

Tenir bon

 

Il existe de réelles menaces: Ce qui s'approche de nous est la tyrannie au front bas, brute, totale, épaisse, sanglante. Elle a pour visage les monstres froids que sont le totalitarisme islamique et le totalitarisme chinois:

 

Ces menaces ont grandi mais, en plus, elles ont aboli les distances et s'invitent dans notre quotidien. L'ère des tyrannies commence au coin de la rue.

 

Alors il faut tenir bon selon l'injonction de l'économiste Etienne Mantoux, c'est-à-dire:

 

- réapprendre à penser par soi-même

 

- rallumer les Lumières

 

- adopter le principe du risque plutôt que le principe de précaution

 

- ne pas céder face aux obscurantistes

 

- accepter l'idée que la liberté est la fin politique la plus haute (Lord Acton)

 

Francis Richard

 

Éloge du libéralisme, Joseph Macé-Scaron, 128 pages, Éditions de l'Observatoire

 

Livre précédent:

Ticket d'entrée, Grasset (2011)

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1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 20:00
Sans la liberté, de François Sureau

Sans la liberté il n'y a rien dans le monde.

Chateaubriand

 

Depuis vingt ans François Sureau constate que les Français s'habituent à ce que l'air de la liberté se raréfie et que l'édifice de l'État de droit conçu pour la garantir, par beau comme par mauvais temps, s'effrite de plus en plus.

 

Dans sa jeunesse, tout le monde s'accordait encore sur les grands principes - ceux de la Déclaration des droits - qui semblaient établis pour l'éternité, même si, exceptionnellement, des entailles y étaient pratiquées:

 

La règle paraissait être celle des jésuites: péchez, mais du moins ne corrompez pas les principes.

 

Les temps sont difficiles, dit-on, pour justifier les lézardes: Les temps sont toujours difficiles pour ceux qui n'aiment pas la liberté. Ce n'est pas une surprise de la part des gouvernants, c'en est une de la part des citoyens.

 

Est-ce au moins efficace? Même pas:

 

La demande de sécurité relève de l'évidence et n'est pas illégitime. C'est la réponse des États qui est surprenante, en ce qu'elle échoue toujours, la diminution des libertés n'entraînant aucun bénéfice en ce qui concerne la sûreté.

 

Qu'il s'agisse de la loi anticasseurs du 10 avril 2019, de la loi organisant la répression des fausses nouvelles en période électorale ou de la loi visant les discours de haine sur internet, le constat d'inversion des valeurs est le même:

 

Les libertés ne sont plus un droit mais une concession du pouvoir.

 

Est abandonnée cette idée simple que penser n'est pas agir, que dire n'est pas faire, qu'avant l'acte criminel il n'y a rien. Un contrôle social de plus en plus rigoureux, exercé conjointement par acteurs publics et privés, en résulte.

 

La liberté a un prix. Le refuser, c'est en faire peu de cas. L'accepter, c'est rester fidèle à cette idée que la contradiction, fille aînée de l'inquiétude ontologique, est le plus sûr aiguillon pour bâtir, siècle après siècle, une société meilleure.

 

Le citoyen seul a qualité pour juger de l'emploi qu'il fait de sa liberté. L'État n'a pas à s'arroger le rôle de tuteur de celui-ci, supposé défaillant dans son intelligence et donc dans ses choix. Aucune loi ne peut légitimement le lui conférer:

 

Cette société du paternalisme étatique a pour conséquence que la liberté d'autrui ne nous concerne plus.

 

L'idéal des libertés est remplacé par le culte des droits: Au tourniquet des droits, chacun attend son tour. Au lieu de garantir les droits naturels, l'État n'a désormais d'autre fonction que de garantir les désirs de chacun et de châtier l'autre.

 

Le résultat est mirifique:

 

Nous avons réussi le prodige d'asservir le citoyen en diminuant dans le même temps l'efficacité de l'État, sans améliorer pour autant la qualité de la représentation: c'est à la fois Kafka et Oblomov, le sapeur Camember et Courteline, les chambres au sens propre introuvables et le cabinet noir.

 

François Sureau ne désespère pas, à condition de comprendre que les inconvénients de la liberté, même chèrement payés, ne l'emporteront jamais sur ses avantages, puisque c'est elle et elle seule, qui soutient la vocation de l'homme.

 

A défaut, nous devrions préférer la simple licence, la pulvérisation de l'idée de liberté en cent images irréconciliables, sa diffusion en mille comportements opposés, plutôt que ce que l'ordre social nous promet: la dictature de l'opinion commune...

 

Francis Richard

 

Sans la liberté, François Sureau, 62 pages, Gallimard

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16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 22:30
Le vrai libéralisme, de Pascal Salin

Pendant des décennies, inlassablement, Pascal Salin a écrit des articles, été interviewé pour dire ce qu'est le Vrai libéralisme et pour montrer que la droite et la gauche françaises sont unies dans l'erreur, comme l'indique le sous-titre.

 

Dans ce livre, l'auteur publie une somme de ces textes où le lecteur peut se convaincre, références de parution à l'appui, que le mal français n'est pas récent, qu'il perdure et qu'il perdurera tant que le bon diagnostic ne sera pas établi.

 

Les responsables en alternance de la situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays, de droite comme de gauche - il n'y a entre elles qu'une différence de degré dans la capacité de nuisance - illustrent l'adage romain:

 

Errarre humanum est, perseverare diabolicum.

 

Le vrai libéralisme

 

Pour discréditer le libéralisme et lui attribuer tous les maux dont souffre le pays, il existe un consensus idéologique qui le caricature et en détourne les esprits, alors qu'il est le seul remède à ces maux, jamais appliqué.

 

Ce consensus est celui de la classe politique, de l'enseignement et des médias, dont l'inculture intellectuelle n'a d'égale que la présomption à détenir la vérité et à donner des leçons à ceux qui ne se soumettent pas à la doxa.

 

Être libéral, par exemple, ne veut pas dire, comme ils le prétendent, en bons héritiers de Marx qui voient partout des antagonismes, être pour les riches contre les pauvres, pour les entrepreneurs contre les salariés:

 

Être libéral, ce n'est pas soutenir l'entreprise ou privilégier une catégorie sociale particulière [...] mais défendre la liberté individuelle et le respect des droits.

 

La société libérale

 

Si le marché existe toujours, quelque imparfait qu'il soit, ce n'est pas par le recours au marché que se définit la société libérale, contrairement à ce qui se dit communément, mais par la trilogie liberté individuelle, propriété, responsabilité.

 

C'est pourquoi on peut dire qu'un libéral est fondamentalement individualiste et social. Car l'individualisme libéral consiste à respecter la liberté accordée à chacun de poursuivre ses propres objectifs, mais dans le respect des droits d'autrui:

 

Une société libérale n'est pas une société sans règles, mais une société dans laquelle on respecte les règles [éternelles] nécessaires à la défense des libertés individuelles.

 

Le mot respect est bien ce qui caractérise la société libérale: respectueux des êtres humains - de tous les êtres humains, riches ou pauvres, jeunes ou âgés, etc. - [les libéraux] respectent profondément la morale universelle mais aussi toutes les morales personnelles.

 

La morale universelle est celle qui consiste à respecter les droits légitimes des individus, c'est-à-dire leurs droits sur leur propre personne et les droits de propriété sur les biens qu'ils possèdent légitimement.

 

La morale personnelle est celle qui consiste par exemple pour chacun à choisir à l'égard de qui il veut être altruiste et comment il souhaite se comporter à l'égard d'autrui.

 

La société collectiviste

 

La collectivisation est la source de tous les maux dont souffre la société française. L'État y est de plus en plus le gestionnaire de la vie de tous: le sort des individus, quels qu'ils soient, dépend de moins en moins de leurs propres efforts et de plus en plus de ce que les luttes politiques leur permettent d'obtenir. 

 

Ainsi, via des monopoles, qui sont toujours sources de gaspillages, d'inefficacités et d'injustices, l'État gère-t-il l'enseignement, la santé, les transports; prétend-il réduire les inégalités par l'impôt; décide-t-il de la durée du travail et de l'âge de la retraite et réglemente-t-il à tout va etc.

 

Plutôt que de comprendre que l'économie est le résultat des processus de décisions librement mis en oeuvre par les êtres humains, les tenants de la collectivisation, qui s'inspirent largement de Keynes, raisonnent en termes de quantités globales et d'individus interchangeables.

 

L'économie est pour eux une mécanique où il suffirait d'actionner les bons leviers pour qu'elle fonctionne bien. Ils croient diminuer le chômage et produire de la croissance par la relance de la consommation globale, ce qui est une erreur intellectuelle majeure, dont les résultats calamiteux sont là.

 

Rien n'y fait, et pour cause, puisque l'économie-vaudou est une erreur idéologique et constructiviste fondamentale: ni la politique budgétaire, ni la politique monétaire, ni l'investissement public, ni les subventions, ni la fiscalité, ni la réglementation n'en peuvent mais.

 

Tout ce à quoi parviennent ces idéologues consensuels, en attentant aux droits légitimes des personnes, c'est à la destruction de la cohésion sociale, à l'émergence d'un individualisme anarchique et à la division en deux France:

 

Un nombre croissant de Français vivent du travail et des efforts d'un nombre décroissant d'autres personnes.

 

Défiscaliser, déréglementer, privatiser

 

Telles sont les trois maximes de l'État libéral.

 

Défiscaliser :

 

La seule relance possible de l'économie est de supprimer la progressivité de l'impôt sur les revenus, l'impôt sur la fortune (qu'elle soit immobilière ou plus large), les droits de succession, parce que la croissance résulte des efforts d'épargne et d'investissement privés (qui augmentent la productivité) et des incitations productives:

 

- il faut inciter à produire plus, à travailler plus, à innover, à épargner

 

- il ne faut pas confisquer une grande partie du rendement de l'effort [...] par l'impôt et les cotisations sociales

 

- il ne faut donc pas décourager ceux qui sont les plus productifs, les plus innovateurs, les plus courageux.

 

Parallèlement, il faut vigoureusement réduire les dépenses publiques.

 

Déréglementer :

 

Pour redonner l'initiative aux entreprises et permettre la concurrence, il faut vigoureusement déréglementer, parce qu'il n'y a pas meilleure régulation que celle qui est faite par des marchés libres: c'est un chantier énorme.

 

Pour revenir au plein-emploi, il faut libérer le marché du travail, ce qui consiste à remettre en cause:

 

- le salaire minimum, qui constitue une barrière à l'entrée sur le marché de l'emploi, en particulier pour les plus jeunes

 

- les règles visant les licenciements difficiles et coûteux, qui freinent en fait les embauches.

 

Et à rétablir la liberté contractuelle dans les relations de travail (comme dans celles du logement), notamment pour ce qui concerne la durée du travail.

 

En matière de retraites, il faut adopter un système par capitalisation, c'est-à-dire redonner aux Français cette liberté fondamentale qui consiste à faire eux-mêmes leur choix de vie (durée de leur vie active, âge de leur retraite).

 

Privatiser:

 

Il faut ouvrir à la concurrence et supprimer les monopoles publics tels que :

 

- la sécurité sociale : les Français ont le droit de décider du type d'assurance qu'ils préfèrent pour leurs dépenses de santé

 

- l'université : libérer le marché des idées

 

Etc.

 

Conclusion

 

S'il était appliqué, ce vaste programme, non exhaustif, dont Pascal Salin expose les grandes lignes depuis plus de quarante ans, serait la marque d'un vrai libéralisme.

 

Il va de soi qu'aucune d'entre ces mesures n'a jamais été adoptée (ou sinon partiellement, ou temporairement) par aucun des gouvernements qui se sont succédé pendant toute cette période. Celles qu'ils ont adoptées finalement ne ressemblent en rien à des mesures que d'aucuns, par ignorance ou par incompétence, qualifient de libérales

 

Les mesures libérales ci-dessus correspondent à une éthique, à une conception de l'homme et à une méthode d'analyse qui n'est pas de mise dans la France technocratique d'aujourd'hui:

 

On ne peut comprendre le fonctionnement d'une société qu'en ayant une vision réaliste de ce qu'est un être humain, de sa nature profonde, de son comportement.

 

Ce sont des mesures urgentes depuis des décennies... Pour qu'elles soient couronnées de succès, il faudrait qu'elles soient prises simultanément et rapidement...

 

Francis Richard

 

Le vrai libéralisme, Pascal Salin, 320 pages, Odile Jacob

 

Livres précédents:

Revenir au capitalisme pour éviter les crises, Odile Jacob (2010)

Libérons-nous, Les Belles Lettres (2014)

La tyrannie fiscale, Odile Jacob (2014)

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28 novembre 2019 4 28 /11 /novembre /2019 23:55
Éloge de l'inégalité, de Jean-Philippe Delsol

C'est le dévoiement de l'égalité qui oblige à faire l'éloge de l'inégalité.

 

Le dévoiement de l'égalité s'appelle l'égalitarisme, qui a pour but ultime d'établir l'égalité absolue, c'est-à-dire l'égalité de condition, ce qui n'est guère vertueux puisqu'elle ne peut être obtenue - de manière utopique - que par la contrainte et des atteintes à la liberté et à la propriété.

 

Pour faire bonne mesure, Jean-Philippe Delsol ne se fait pas pour autant le défenseur absolu de l'inégalité, même si l'inégalité est naturelle et souvent efficace: elle est toujours nuisible quand elle est infondée et dès lors souvent excessive. Tout est justement question de mesure:

 

La bonne vie est dans la recherche d'équilibres toujours instables plutôt que d'imposer la mise en oeuvre d'un modèle parfait et inaccessible.

 

L'envie

 

Quel est le moteur de l'égalitarisme? L'envie (bien française), qui exprime la tristesse ressentie face à la possession par autrui d'un bien que l'envieux voudrait bien posséder à sa place, et la volonté de se l'approprier par tout moyen et à tout prix. Son contraire est l'admiration (bien anglo-saxonne)...

 

D'où vient cette envie d'égalité sans limites? C'est la faute à Rousseau et à son imagination fertile. Il a en effet inventé la fable selon laquelle les hommes, naturellement bons, auraient été dénaturés par la société: ce serait donc à elle d'oeuvrer pour les rétablir dans ce paradis originel.

 

En sanctifiant l'égalité, Jean-Jacques Rousseau a suscité involontairement les atrocités commises au XXe siècle pour qu'advienne par la force ce rêve, bien vite devenu cauchemar, d'une société égalitaire, dont la Terreur de 1793 et la Vendée décimée auront été les prémisses...

 

La nature humaine

 

L'égalitarisme forcené se traduit aujourd'hui par la négation de la nature humaine et l'indifférenciation généralisée, jusqu'à l'égalisation des hommes avec les mondes animaux et inertes, en leur accordant à tous des droits similaires, alors que le droit est une affaire exclusivement humaine:

 

La justice est propre aux hommes, pas aux animaux, en ce sens qu'elle est ordonnée à leur fin [...] Le droit est ce qui permet aux hommes de vivre en société.

 

Avec le transhumanisme, l'homme serait tout aussi déshumanisé que par l'égalitarisme: on n'aurait finalement plus affaire à des personnes, mais à des produits. Ce qui ne devrait d'ailleurs pas déplaire aux égalitaristes puisqu'il serait enfin possible d'égaliser les humains en les chosifiant...

 

La liberté

 

Quant aux robots, ils ne seront jamais que des fabrications humaines, dénués de cette liberté qui est le propre de l'homme, lui permettant d'être responsable et le distinguant du monde animal. Cela n'empêche pas d'aucuns de poser déjà la question de leur personnalité juridique... 

 

A propos de liberté, l'auteur parle de son paradoxe: la liberté fonde l'égalité d'agir par laquelle s'institue nécessairement l'inégalité sous le bénéfice de la capacité de penser et de faire qu'elle permet. Il donne comme exemple l'échange égal (librement consenti), qui crée des richesses inégales.

 

Données chiffrées à l'appui, il montre qu'il y a plus de croissance dans les pays où la redistribution et les dépenses publiques sont moindres, et que, dans ces pays, la pauvreté recule sans que nécessairement les inégalités reculent pour autant. Mais l'important est moins l'inégalité que la pauvreté

 

Les études les plus sérieuses montrent que la pauvreté régresse dans le monde en même temps que la liberté y progresse, et vice-versa le cas échéant.

 

La propriété

 

Un ferment de développement est la propriété qui est antinomique à l'égalité. C'est pourquoi les égalitaristes cherchent à la supprimer ou, à défaut, à exproprier par l'impôt. Or la propriété, c'est la liberté. De plus, elle est efficace parce qu'elle est naturelle à l'homme et lui est essentielle:

 

La propriété coexiste à l'homme, elle est constitutive de sa nature en ce sens que l'homme est déjà propriétaire de lui-même, c'est-à-dire aussi responsable de lui-même; en ce sens aussi que la propriété est l'outil de sa liberté, de son indépendance.

 

L'égalité en droit

 

L'égalité en droit est le moyen de permettre à chacun que toute sa dignité soit reconnue et d'exercer toute sa liberté, notamment celle de créer des richesses et des emplois: celui qui s'enrichit en vendant des produits ou des services à des consommateurs libres de lui acheter ou non, ne vole personne.

 

A contrario, plus l'État est présent dans l'économie, plus l'autorité publique intervient dans l'allocation des ressources, plus le risque est grand que des connexions particulières permettent de bafouer l'égalité en droit en concédant des avantages particuliers à certains, en leur attribuant des droits préférentiels souvent monnayés au bénéfice de ceux qui délivrent les permis et autres autorisations nécessaires à l'exercice de telle ou telle activité.

 

Abordant le sujet de l'égalité des chances, l'auteur souligne qu'elle ne doit pas être instaurée au détriment de l'égalité en droit, mais plutôt et seulement en accompagnement de celle-ci. C'est pourquoi ce n'est qu'à titre subsidiaire [que l'État] doit lui-même mettre en place les moyens d'accueil, d'accompagnement et de soin qui font défaut aux plus démunis et aux incapables avérés.

 

La condition humaine

 

L'homme a à la fois un sentiment d'insuffisance et un désir d'élévation: la condition humaine est faite d'une commune misère de l'être insatisfait et d'une commune étincelle d'espérance. C'est pourquoi l'égalité fondamentale est celle de chacun dans la recherche de ses fins, elle est dans la liberté de chacun de combattre pour se réaliser.

 

La réalité est qu'en chacun le mal le dispute en permanence au bien. Il reste pourtant possible de croire que l'espérance est dans la vocation de l'homme à rechercher sans cesse ce qui l'élève dans son être, qui n'est ni la richesse ni le pouvoir, ni l'égalité ni l'inégalité, mais son chemin sans fin vers la Vérité à rechercher sans relâche pour dépasser les querelles et les infirmités de ce monde.

 

Francis Richard

 

Éloge de l'inégalité, Jean-Philippe Delsol, 214 pages, Manitoba

 

Livres précédents de Jean-Philippe Delsol:

Pourquoi je vais quitter la France Tatamis (2013)

L'injustice fiscale ou l'abus de bien commun Desclée de Brouwer (2016)

 

Livre précédent de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin:

A quoi servent les riches JC Lattès (2012)

Échec de l'État Éditions du Rocher (2017)

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 20:15
Contre l'écologisme - Pour une croissance au service de l'environnement, de Bruno Durieux

Alors que la couleur verte est de plus en plus de mise, Bruno Durieux affiche la sienne: il est certes Contre l'écologisme, mais il est Pour une croissance au service de l'environnement.

 

On veut vous faire croire pourtant que croissance et environnement sont antinomiques. Mais, justement, il ne faut pas écouter on, c'est-à-dire les écologistes, les médias et politiques, qui, à la quasi unanimité, aujourd'hui, sans précaution ni prudence, leur servent la soupe.

 

L'homme, voilà l'ennemi

 

L'écologisme est une idéologie qui se pare des habits de la science (tout en s'opposant au progrès, aux scientifiques et à la technologie) pour imposer une religion hostile à l'être humain, prédateur parmi les prédateurs:

- il croît et se multiplie

- il exploite la nature dont il épuise les ressources naturelles et les terres arables

- il est responsable du réchauffement climatique

- il est responsable de la disparition d'espèces.

 

L'écologisme, une religion de la société civile

 

Religion, l'écologisme s'est substitué au marxisme défaillant et dénonce, comme celui-ci le fit, capitalisme, économie de marché et libre entreprise. Bref, il condamne le productivisme, à la différence du marxisme, qui ne le condamnait pas mais voulait en répartir autrement les bienfaits.

 

Comme toute religion, l'écologisme a son Dieu, la Nature, un Dieu unique et trinitaire: la Terre, l'Eau et le Ciel; ses valeurs fondatrices: le climat, la biodiversité, le principe de précaution, le naturel (le bio, par opposition au chimique), etc. Y porter atteinte, c'est mortellement pécher.

 

L'écologisme est une religion de la société civile, là où s'épanouissent et prospèrent les ONG, qui croient, disent, pensent, font le juste, le bien, le vrai: ce sont les sanctuaires d'où le meilleur du clergé écologiste veille sur nous et nous enseigne.

 

La pastorale de la peur

 

Comme la religion catholique, l'écologisme a son Saint-Siège, l'ONU (il élève les ONG aux dignités les plus éminentes) et un autre lieu saint, le Parlement de l'Union européenne: tous deux célèbrent les grands-messes écologistes mondiales avec d'autant plus d'empressement qu'elles se réservent le rôle de vicaires de la Nature... 

 

La pastorale de l'écologisme est une pastorale de la peur: l'écologisme est une religion où il faut voir, sentir, toucher le Mal pour atteindre le Bien; où la conversion n'est possible qu'en mettant le catéchumène face aux désastres de ses comportements mauvais; où la peur du péché ouvre le chemin de la vertu.

 

Des prophéties démenties par les faits

 

Les prophètes écologistes (malthusiens) se sont trompés au sujet de la population mondiale:

- l'augmentation de la population mondiale ne s'est pas traduite par une augmentation des famines: en 2017, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde était trois fois plus faible qu'en 1970

- l'augmentation de la population mondiale est due à la diminution simultanée de la mortalité et de la fécondité, non pas à cause de l'augmentation des naissances mais à cause de la baisse de la mortalité.

 

C'est pourquoi la population mondiale devrait se stabiliser vers 2050 avant de diminuer...

 

Les prophètes écologistes se sont trompés au sujet des ressources:

- les réserves des ressources identifiées sont encore et toujours sous-estimées

- les ressources sont en fait illimitées: professer l'épuisement, c'est en fait fixer une limite à l'intelligence humaine et lui dénier les capacités d'innovation et d'adaptation qui ont conduit l'humanité à son niveau de connaissance et de développement présents.

 

Le monde va de mieux en mieux

 

On (voir plus haut) vous dit que le monde va de mal en pis, alors que le monde va de mieux en mieux. On se trompe là aussi et on vous trompe:

 

L'amélioration des conditions d'existence de milliards d'êtres humains sur la planète, l'allongement général de la durée de vie, les progrès de l'éducation, l'amélioration de l'état de santé, des conditions de logement et de l'alimentation et de bien d'autres éléments économiques et sociaux, font de l'homme contemporain un heureux comparé à ses parents et ancêtres.

 

L'écologisme, enfant gâté de la prospérité

 

Le paradoxe est que mieux l'humanité se porte, plus l'écologisme prospère, s'impose et ordonne: les progrès de l'humanité ont pourtant été acquis grâce à des politiques qu'il ne cesse de combattre, que ce soit dans le domaine de la croissance économique, de l'énergie, de la santé, de l'alimentation, ou grâce à des technologies qu'il déteste.

 

L'écologisme a réussi à imposer:

- le principe de précaution: l'État est tenu d'agir sur l'incertain et dans l'incertain pour éviter l'incertain...

- l'union sacrée pour le climat: d'aucuns qui craignaient un refroidissement dans les années 1970 se sont convertis au réchauffement avec la même ardeur catastrophiste...

- la retraite du nucléaire: la sagesse serait pourtant de soutenir cette source d'énergie décarbonée, avec l'éolien et le solaire en complément, si l'on veut réduire les gaz à effet de serre...

- la condamnation de la salutaire génétique, alors que le danger des OGM n'a jamais été établi, ni expérimentalement, ni scientifiquement...

- la sanctuarisation de la biodiversité: pourtant un esprit raisonnable considère [...] qu'un écosystème est par nature dynamique, mouvant, en constante évolution...

- la lutte contre les menaces cachées: les risques invisibles [...] sont une aubaine pour les écologistes lanceurs d'alerte...

 

Capitalisme et croissance conditions de l'environnement

 

On ne sauvera pas la planète en condamnant la croissance économique, en renonçant aux technologies, en bannissant la libre entreprise. S'il faut encore s'en convaincre, il suffit de se tourner vers les pays les moins avancés: c'est là que sévissent les problèmes environnementaux les plus graves, que le manque de moyens, de technologies et d'entreprises empêchent de traiter; il suffit d'observer les pays émergents où la progression du revenu permet l'amélioration de l'environnement; et de constater que dans les pays riches, la situation environnementale n'a jamais été aussi satisfaisante qu'aujourd'hui.

 

Francis Richard

 

Contre l'écologisme - Pour une croissance au service de l'environnement, Bruno Durieux, 264 pages, Éditions de Fallois

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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 07:30
Antoine-Elisée Cherbuliez - Un économiste libéral suisse oublié, de Paul-Jacques Lehmann

Il n'a laissé aucun disciple qui aurait pu développer et mettre en oeuvre quelques-unes de ses préconisations, écrit Paul-Jacques Lehmann. Ce qui est explique pourquoi Antoine-Elisée Cherbuliez est Un économiste libéral suisse oublié.

 

Après avoir été quasiment taxé de socialiste à son époque, il a été considéré comme l'un des économistes libéraux les plus importants. C'est sans doute dû à l'évolution de sa pensée parallèle à celle de sa vie.

 

Voici, en tout cas, quelques éléments de réflexion traités par l'économiste suisse, et exposés dans ce livre de réhabilitation.

 

Le droit de propriété

 

Initialement Cherbuliez est hostile au droit de propriété, qui n'est pas naturelle mais l'ouvrage des lois. Puis il se rend compte que les progrès de la société ne peuvent avoir lieu qu'à une condition, que la propriété soit efficacement et complètement garantie.

 

Sans la propriété, il n'y aurait pas de civilisation. Sans elle, il n'y aurait pas de développement économique: Limiter la propriété des riches, c'est les empêcher d'aider les pauvres.

 

Propriété et liberté sont complémentaires: à partir du moment où la propriété est garantie, les efforts sont récompensés par une somme certaine et proportionnelle de liberté et d'élévation.

 

Les inégalités

 

N'est-ce pas source d'inégalités sociales? Supprimez l'inégalité des conditions, et la société, frappée d'une soudaine léthargie, consommera dans l'inaction les produits de son activité antérieure, et la civilisation, ce brillant résultat du travail humain combiné avec l'accumulation de richesses, ne tardera guère à disparaître...

 

Logiquement il est pour l'héritage: L'hérédité, en permettant à chaque famille d'ajouter aux fruits de son propre travail et de ses propres épargnes ceux du travail et de l'épargne des générations antérieures, a rendu les riches plus riches qu'ils ne l'auraient été à son défaut, sans toutefois rendre les pauvres plus pauvres, si ce n'est en imagination et par contraste.

 

La science économique

 

La science économique a pour objet la richesse: Les phénomènes par lesquels se manifestent la production, la distribution de cette richesse sont ceux qu'observe l'économiste.

 

Mais elle n'a pas pour but d'accroître la richesse d'un pays: elle a pour mission d'étudier tous les phénomènes économiques, pourvu qu'on ne les étudie qu'en vue de la connaissance et non pour formuler des préceptes quelconques.

 

Le salaire minimum

 

La fixation d'un salaire minimum par les pouvoirs publics est inefficace: même si l'État le voulait, il ne pourrait pas imposer aux entreprises de garantir le juste prix du travail des ouvriers.

 

Cette fixation est dangereuse: elle aurait pour résultat inévitable, si le minimum fixé était supérieur au salaire normal, une augmentation de l'offre et une diminution de la demande de travail, par conséquent la suppression de tout salaire, c'est-à-dire de tout moyen d'existence, pour un certain nombre de travailleurs.

 

Le droit au travail

 

Qui peut assurer ce droit à sinon l'État: puisque la loi ne peut forcer les capitalistes à employer tous les travailleurs qui se présentent, il faut que l'État se charge de fournir du travail à ceux qui en manquent.

 

Comment peut-il le faire puisqu'il ne crée pas de capitaux? Il ne peut donc que disposer de ceux qui existent déjà, et il ne saurait s'attribuer la disposition d'une partie quelconque de ces capitaux sans l'ôter à quelqu'un, sans priver les capitalistes d'une partie des moyens qu'ils avaient d'employer du travail et de le salarier...

 

Phase ultime du processus: les ouvriers qui ne pourront plus être employés par ces derniers voudront obtenir ce que la loi promet à tous et l'État sera conduit inéluctablement à s'attribuer tous les capitaux disponibles de la société...

 

Conséquences: La production ira décroissant de jour en jour et les capitaux existants se détruiront peu à peu, sans être renouvelés et le paupérisme ne fera que s'accroître...

 

Le protectionnisme

 

Qu'est-ce le protectionnisme sinon le refus de la concurrence et de la liberté qui vont de pair: Le monopole et la réglementation de l'industrie ont pour inévitable conséquence la routine, c'est-à-dire une production stationnaire, qui ne suit pas et ne cherche pas à suivre les variations continuelles de la demande, et qui, au lieu de viser la plus grande somme possible de satisfactions avec la moindre somme possible d'efforts, s'applique uniquement à exploiter les besoins croissants de la société, pour lui faire payer de manière de plus en plus onéreuse une somme invariable de satisfactions, correspondant à une somme invariable d'efforts...

 

La charité légale

 

Cela n'est pas de la charité: La charité légale, par conséquent forcée, n'est pas une vertu, c'est un impôt. Or, un sacrifice, imposé aux uns en faveur des autres par la contrainte, perd évidemment tout caractère de charité.

 

Les propos de Cherbuliez sont prémonitoires: L'assistance légale n'a pas de limite et peut dépouiller la moitié de la population au profit de l'autre moitié.

 

La charité légale devient un droit: L'assistance perd tout caractère d'incertitude. Les classes pauvres s'habituent à y compter, s'abandonnent de plus en plus à l'imprévoyance, à la paresse...

 

Le rôle de l'État

 

L'État ne doit pas se substituer aux entrepreneurs: Le rôle de l'entrepreneur ne convient pas à l'État car il ne connaît pas les besoins du marché.

 

Il y a deux exceptions, selon lui:

- lorsqu'il y a des productions dangereuses ou des tentatives de fraude;

- lorsque le monopole d'État offre le moyen le plus certain, le plus direct, le plus simple et le plus efficace, de couper court à tous les inconvénients et les abus qui sont inhérents aux monopoles privés, même si les services rendus par un monopole sont toujours antiéconomiques.

 

Conclusion

 

Les éléments de réflexion ci-dessus, traités par Antoine-Elisée Cherbuliez, sont quelques-uns parmi de nombreux autres que Paul-Jacques Lehmann développe dans son livre. Ils permettent déjà d'en apprécier l'actualité. Le lecteur intéressé par les questions économiques le lira donc avec profit.

 

Francis Richard

 

Antoine-Elisée Cherbuliez - Un économiste libéral suisse oublié, Paul-Jacques Lehmann, 228 pages, Slatkine

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6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 17:00
La rage de l'impôt, de Simone Wapler

Il y a ceux qui veulent taxer tout ce qui bouge et matraquer encore si ça continue à bouger. Il y a ceux qui n'en peuvent plus et qui, un beau jour, mettent un bonnet rouge, enfilent un gilet jaune ou fuient à l'étranger.

 

Avec ce début, Simone Wapler donne tout de suite le ton de son livre sur les impôts qu'elle a voulu facile à lire et qui, s'il est basé sur la fiscalité en France, championne du monde de La rage de l'impôt, a une portée universelle.

 

"Que faites-vous du pognon?"

 

Elle cite Jacline Mouraud s'adressant aux politiques: Mais que faites-vous du pognon?, qui, dans un premier mouvement, le bon, semblait appartenir au camp des révoltés de l'impôt, mais qui a fini par rejoindre celui de la matraque fiscale.

 

Jacline Mouraud? C'est l'égérie du mouvement des Gilets jaunes. Sa vidéo, devenue virale, a contribué aux premiers rassemblements, en novembre 2018. Depuis, abandonnant les problèmes concrets, elle est partie dans les symboles...

 

Les missions concrètes de l'État

 

Pendant des millénaires, les impôts ont donné les moyens à l'État, qui est le mode d'administration d'une nation, façonnée par le temps long, de remplir, au sein de ses frontières, des missions concrètes: police, justice, armée et diplomatie.

 

L'impôt est de toute façon une atteinte à la propriété privée. Aussi faut-il, pour que l'État et son gouvernement l'emploient de manière légitime, que ce soit au service de la liberté, de la propriété, de la sûreté et de la résistance à l'oppression.

 

L'État au service des droits naturels et des individus

 

Le rôle fondamental de l'État est d'être au service des individus et de ces droits naturels, lesquels préexistent à tout pouvoir: Ce sont des "droits individuels" qui existent parce que les individus existent. Ils ne sont ni religieux, ni politiques.

 

Si l'État outrepasse, illégitimement donc, ces limites dites régaliennes (en comptant très large, 20% des dépenses publiques actuelles en France), se propage la rage de l'impôt inégalement réparti pour la charge comme pour les bienfaits.

 

"Pas de taxe sans représentation"

 

Pas de taxe sans représentation est une des idées sur lesquelles se fonde la Magna Carta, la Grande Charte anglaise des libertés. Ce principe, issu du droit naturel selon lequel la propriété privée est sacrée, l'État ne peut donc le violer:

 

Ce qui est à un individu est à un individu, pleinement. Son droit le plus absolu est de dépenser ou de donner, mais dans les deux cas, c'est à lui de choisir.

 

Ce principe est violé quand une partie de la population est taxée sans être représentée ou quand une autre partie s'arroge le droit de taxer tout en se soustrayant elle-même à l'impôt. Ce peut être le méfait d'une minorité comme d'une majorité.

 

La dette publique

 

La dette publique est un exemple de violation, car son remboursement pèse sur les générations futures, qui n'ont pas eu droit de regard sur les dépenses. Elle représente en France 98% du PIB, sans compter toutefois la dette hors bilan.

 

Or la dette hors bilan (qui correspond pour moitié aux montants des futures pensions des retraités de la fonction publique) est nettement plus élevée que celle qui figure au bilan. La dette totale s'élèverait en France à 270% du PIB... 

 

L'impôt, instrument politique pour façonner la société

 

Quand l'impôt devient un instrument politique permettant de façonner la société selon un intérêt général discerné par quelques esprits éclairés, il ne peut plus être au service des libertés, il n'est plus contributif, il est constructiviste.

 

L'impôt progressif (Karl Marx en fait la deuxième des mesures à prendre dans son Manifeste du parti communiste, précisant qu'il doit l'être fortement) est un exemple de cette instrumentalisation politique pour changer la société.

 

Cet impôt contredit d'ailleurs ce que dit l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, au sujet de la contribution commune pour l'entretien de la force publique et pour les dépenses d'administration:

 

Elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

 

Le modèle social français

 

Comment façonne-t-on la société en France? En affectant plus de la moitié des dépenses publiques (57,5%), soit un tiers du PIB, à la protection sociale, et en transformant des primes d'assurances sociales en impôts sur les revenus.

 

Le résultat de ce modèle social, que le monde entier envie à la France, mais qu'aucun autre pays n'adopte, est de fabriquer des pauvres, car plus un pays est libre économiquement plus les revenus y sont élevés (et moins importantes les inégalités):

 

Élaborer des règlements compliqués, taxer pour distribuer des aides gaspillées en se servant au passage, n'est pas le chemin de la prospérité pour tout le monde, y compris les plus démunis.

 

Les trois idéologies

 

Trois idéologies sont à l'origine de ce modèle égalitariste, redistributif, solidaire: le marxisme, le socialisme, le solidarisme, qui ont fait oublier que toute richesse est produite par quelqu'un et qu'elle appartient à cet être humain et à lui seul:

 

Le marché [toujours imparfait], c'est la concurrence, c'est la liberté de s'organiser dans son travail sans pressions de lobbies, de corporations, sans avoir à remplir des tonnes de documents estampillés Cerfa (Centre d'enregistrement et de révision des formulaires administratifs), sans avoir à se conformer à des milliers de normes et de réglementations superflues.

 

La pompe à impôts du "réchauffement climatique"

 

Simone Wapler montre que le réchauffement climatique (qui, depuis 20 ans, marque une pause non prévue par les modèles...) est un bon prétexte pour lever des impôts et pour subventionner des entreprises de connivence avec l'État.

 

Qu'importe qu'il n'y ait pas corrélation entre CO2 et augmentation de la température du globe terrestre, qu'importe que le CO2 soit bénéfique pour la végétation, qu'importe que les scientifiques ne soient pas unanimes sur le sujet: on taxe.

 

Pour quel résultat taxe-t-on (60 milliards d'euros en France en 2019)? Pour 0,17 °C à déduire d'une hausse de 2,7°C en 2100, si les accords de Paris sont respectés, avec une ardoise mondiale de 89000 milliards de dollars d'ici 2030...

 

La monnaie

 

Depuis tous temps, l'État veut contrôler la monnaie, pas pour le bien-être des gens, mais pour faire rentrer des impôts de manière furtive. Pour ce faire, il dispose de trois instruments ruineux pour ces derniers: la dévaluation, l'inflation, les taux d'intérêts:

 

- La dévaluation permet, par exemple, de diminuer la dette publique, mais elle est une manière de taxer les importations et le travail exporté qui utilise des produits importés.

 

- L'inflation permet, par exemple, d'encaisser l'impôt sur une plus-value immobilière inexistante, mais elle fait perdre aux propriétaires du pouvoir d'achat immobilier.

 

- Les taux d'intérêts bas permettent, par exemple, d'emprunter plus facilement, mais, quand ils sont inférieurs à l'inflation, ils font perdre de sa valeur à l'épargne.

 

Les hommes politiques coupables, mais pas responsables

 

Quand les politiciens français échouent, ils n'en subissent pas les conséquences.

 

Que risquent-ils quand ils adoptent toujours plus de taxes? quand ils adoptent des mesures protectionnistes pour tel producteur ou tel secteur?

 

Rien, même si c'est ruineux. Si, ils peuvent ne pas être réélus, ce qui les incite à satisfaire toujours plus leurs clientèles électorales.

 

L'impôt confiscatoire et l'arbitraire fiscal se justifient pour eux parce qu'ils considèrent que l'individu est au service de l'État et non pas l'inverse, si bien que Simone Wapler peut dire qu'en France:

 

L'État décide pour nous de plus en plus de choses essentielles: la durée du travail, l'âge de notre retraite, les programmes scolaires de nos enfants et l'école dans laquelle ils doivent aller, les assurances-maladie et accident. L'État décide même de la culture [...]. L'État décide aussi de ce qu'il doit y avoir dans notre assiette, donne aux agriculteurs une liste de semences qu'ils doivent planter, nous empêche de manger trop salé, trop sucré, trop gras ou de boire trop gazeux...

 

Conclusion

 

Il faut choisir entre une société de redistribution et une société d'échange. Dans une société de redistribution certains prennent et d'autres reçoivent. Dans une société d'échange, chacun a besoin de l'autre. La redistribution repose sur la contrainte, l'échange repose sur la liberté.

 

Francis Richard

 

La rage de l'impôt, Simone Wapler, 288 pages, Larousse

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 17:45
Contre La Propriété Intellectuelle, de N. Stephan Kinsella

Quels sont les droits de propriété sur lesquels s'accordent tous les libertariens (l'auteur est un avocat américain)?

- les droits envers les ressources tangibles

- les droits envers son propre corps (encore qu'ils ne soient pas unanimes sur son caractère aliénable)

 

Ils sont en désaccord sur la notion de propriété intellectuelle, qui sont des droits sur des choses intangibles.

 

Après avoir rappelé quels sont les types de propriété intellectuelle - le Droit d'Auteur, le Brevet, le Secret Commercial, La Marque Déposée - et parcouru le spectre des positions libertariennes, notamment favorables (jusnaturaliste et utilitariste), sur la question, l'auteur explique pourquoi il est Contre La Propriété Intellectuelle.

 

Pour cela il revient à l'origine des droits de propriété:

 

La fonction sociale et éthique fondamentale des droits de propriété est de prévenir les conflits interpersonnels envers les ressources rares.

 

Or, pour éviter les conflits, il faut que ces droits soient visibles, dans le sens d'observables ou perceptibles; et il faut qu'ils soient justes, dans le sens que le propriétaire doit être le premier occupant ou utilisateur d'une telle propriété.

 

Avec la propriété intellectuelle, il en va tout autrement:

 

Les idées ne sont pas rares naturellement. Cependant, en reconnaissant un droit sur un objet idéal, on crée une pénurie là où aucune n'existait auparavant.

 

Qui crée cette pénurie, temporaire ou permanente? L'État:

 

Les brevets et les droits d'auteur sont des monopoles injustifiables accordés par la législation étatique.

 

Ces droits sont injustifiables, parce qu'ils modifient le statu quo en redistribuant la propriété d'individus d'une catégorie (propriétaires de biens tangibles) aux individus d'une autre (auteurs et inventeurs). 

 

L'auteur relève la confusion dans la justification des droits de propriété:

 

La création n'a de pertinence sur la question de la propriété d'une ressource rare "créée" donnée, telle qu'une statue, une épée ou une ferme, que dans la mesure où l'acte de création est un acte d'occupation ou sinon une preuve de première occupation.

 

Ce n'est pas parce qu'un auteur-inventeur "crée" quelque chose, qu'il serait en droit de la posséder. Il est en droit de la posséder s'il en est le premier occupant en vertu de la collecte de matières premières et de l'acte même de création: 

 

Ce n'est pas la création en soi qui donne lieu à l'appropriation. Ce n'est pas non plus parce que le travail doit être récompensé.

 

Comme le souligne l'auteur:

 

En fait, il n'y a aucune raison pour que le simple fait d'innover donne à l'innovant le contrôle partiel de la propriété que les autres possèdent déjà.

 

La propriété intellectuelle est une règle arbitraire injustifiable qui permet à d'aucuns d'exercer un contrôle partiel sur les ressources tangibles de tous les autres:

 

La seule règle justifiable d'appropriation [est] la première occupation.

 

L'auteur montre que la résolution du droit de la propriété intellectuelle par des contrats est impossible parce que la limite de propriété qui en résulte pour les tiers est informe, invisible, mystique, apeurante, probablement inconnue et inconnaissable... 

 

Les secrets commerciaux sont justifiables, à la différence des brevets ou des droits d'auteur: ils peuvent avoir été acquis indûment ou être divulgués en violation d'une obligation contractuelle.

 

De même est justifiable le droit des marques déposées, encore que, remarque l'auteur, ce sont les consommateurs dont les droits sont violés et non ceux du titulaire de la marque.

 

N. Stephan Kinsella conclut que le droit de la propriété intellectuelle, du moins sous la forme de brevet ou de droit d'auteur, exige la violation d'autres droits de propriété individuels, p. ex. ceux d'utiliser ses propres bien tangibles comme bon nous semble.

 

Il invite donc ceux qui s'intéressent à la liberté, à la vérité et aux droits à ne pas tenir la légitimité de la propriété intellectuelle pour acquise et à réaffirmer la primauté des droits individuels sur notre corps et sur les ressources rares que nous possédons.

 

Francis Richard

 

N.B.

Ce texte a été initialement publié dans le Journal of Libertarian Studies, Vol. 15, N°2 (printemps 2001), puis par le Mises Institute (07.28.2008).

 

Contre La Propriété Intellectuelle, N. Stephan Kinsella, 80 pages, Amazon (traduit par Stéphane Geyres et Daivy Merlijs)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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