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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 23:00
La Grande Fiction - L'État, cet imposteur, de Hans-Hermann Hoppe

On connaît, ou devrait connaître, ce que dit Frédéric Bastiat dans L'État:

 

L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

 

Hans-Hermann Hoppe en a tiré le titre de son livre The Great Fiction, paru en 2012. La Grande Fiction est la première publication en français d'un livre de celui que Jörg Guido Hülsmann appelle, dans sa préface, le doyen incontesté de l'école autrichienne d'économie, se situant dans la lignée de Ludwig von Mises et de Murray Newton Rothbard.

 

Dans ce livre brillant, courageux, anti-intellectuel, l'universitaire allemand montre que l'État, par essence, ne peut remplir le rôle de protecteur des biens et des personnes: il est tout simplement contraire à sa nature de respecter et de faire respecter les droits de propriété, ne serait-ce que parce qu'il est partie et juge en dernier ressort dans les conflits en la matière.

 

La propriété privée est pourtant ce qui permet de résoudre le problème de l'ordre social. En effet chacun est propriétaire de son corps physique, ainsi que de tous les lieux et les biens donnés par la nature qu'il occupe et utilise au moyen de ce même corps, pourvu qu'aucun être humain n'ait déjà occupé ou utilisé ces lieux et ces biens avant lui.

 

C'est cette appropriation originelle qui permet d'accroître le bien-être social en accroissant le bien-être individuel, sans amoindrir celui des autres (et de déterminer qui est l'actuel propriétaire). Car le propriétaire privé prend soin de ce qui lui appartient individuellement, alors que la possession de biens en commun et l'indivision sont toujours sources de conflits...

 

Les propriétés communes de naguère, telles que les routes, ont été expropriées par l'État et sont devenues propriétés publiques. Avec pour conséquence que l'État, soi-disant propriétaire, peut décider, comme pour les autres biens publics, tels que les écoles, les hôpitaux etc., l'usage que les contribuables, exclus de tout droit de propriété sur elles, peuvent et doivent en faire.

 

Hoppe relate ainsi comment l'État est passé de l'aristocratie à la monarchie, puis de la monarchie à la démocratie. C'est-à-dire comment c'est allé de mal en pis, du consentement à la taxation et de la soumission au droit de tous (y compris l'État), à la production de maux par l'État, jouissant de l'exclusivité de taxer et du pouvoir de faire et de défaire des lois:

 

La sélection des dirigeants de l'État via des élections démocratiques fait qu'il est pratiquement impossible pour une personne honnête ou inoffensive d'atteindre les sommets du pouvoir...

 

Les méfaits de l'État sont multiples et la liste suivante n'est de loin pas exhaustive:

 

- en matière d'immigration: aux micro-migrations, dépendant d'une multitude de propriétaires privés ou associations de propriétaires, se sont substituées des macro-migrations décidées par lui, se traduisant par des exclusions et des intégrations forcées, par une immigration sans frein ou sous contrôle

 

- en matière de monnaie: la création monétaire ex-nihilo a provoqué, et provoque, des cycles boom-crise, sans que des richesses soient créées, ce qui lui permet de redistribuer celles préexistantes en sa faveur et en celle d'amis et relations, tels les ploutocrates, que d'aucuns appellent capitalistes de connivence

 

- en matière de guerre: plus l'État contrôle de personnes productives, mieux ce sera pour lui. Dans ce désir d'expansion, il se heurte à l'opposition d'autres États. Sur un territoire donné, il ne peut y avoir qu'un seul monopole de la prise de décision ultime. Autrement dit, la concurrence entre différents États ne souffre aucun compromis...

 

Pour Hans-Hermann Hoppe la solution à l'imposture de l'État est de substituer une société de droit privée à ce monopole, qui s'avère incompatible avec la protection des biens et des personnes contre les violences intérieures et les agressions extérieures, et incapable de produire et de maintenir l'ordre social:

 

Si, au lieu de contribuer à la prévention des conflits, l'État est une source permanente de conflits; et si, plutôt que d'assurer sécurité et stabilité juridiques, l'État génère lui-même insécurité et instabilité en permanence, via la législation, en remplaçant les lois immuables par des caprices arbitraires et "élastiques", alors jaillit inéluctablement la question de savoir si la bonne solution à apporter au problème de l'ordre social ne serait pas, évidemment, non étatiste.

 

Et Hans-Hermann Hoppe d'expliquer comment...

 

Francis Richard

 

La Grande Fiction - L'État, cet imposteur, Hans-Hermann Hoppe, 204 pages Éditions Le Drapeau Blanc

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 22:45
Échec de l'État, de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin

Échec de l'État n'est pas un livre-programme. C'est un livre de propositions pour remédier à l'échec de l'État français. Cet échec résulte du fait que l'État s'est approprié des libertés qu'il aurait dû au contraire garantir aux citoyens et qu'il doit maintenant leur restituer. C'est à la fois une question de principe et d'efficacité.

 

Une question de principe:

 

Sans responsabilité, il n'y a pas d'humanité parce que c'est la responsabilité qui est un caractère fondamental du genre humain, qui le distingue des animaux et des créatures inertes en l'insérant dans une histoire dont il n'est pas qu'un jouet, en lui donnant à penser son avenir et à raisonner sur celui de toute communauté dans laquelle il vit. Cette responsabilité ne peut s'exercer que si l'homme qui la supporte dispose bien entendu de la liberté de faire ses choix.

 

Une question d'efficacité:

 

La liberté retrouvée alors démultipliera ses fruits. Elle permettra plus de choses que ce que nous pouvons imaginer, comme elle l'a fait depuis la machine à vapeur et le métier à tisser dans le grand progrès des sciences et des arts qui nous permettent de vivre mieux et plus longtemps.

 

Les pistes que donnent les auteurs avec ces propositions s'articulent autour de quatre thèmes:

 

- L'assurance, plutôt que l'assistance

- La libération de la fiscalité

- La libération de l'éducation

- L'État garant de la stabilité et subsidiaire.

 

L'assurance vaut mieux que l'assistance

 

Le modèle social français, que tout le monde envie mais que personne ne copie, est désastreux: il est compliqué, fort coûteux, largement déficitaire. La protection sociale d'aujourd'hui en France, financée par la dette, se fait aux dépens des générations futures.

 

Or il existe une solution pour réduire les charges sociales: c'est d'ouvrir ce système défaillant à la concurrence, en laissant toutefois à la charge de la collectivité certaines dépenses telles que les handicaps congénitaux ou liés à des catastrophes, les aides aux familles ou aux plus démunis, sous la forme d'une allocation unique, mais pas universelle, variable suivant la situation, et qui remplacerait avantageusement les nombreuses allocations sociales actuelles.

 

Ouvrir à la concurrence, c'est permettre à ceux qui le souhaitent de souscrire librement leurs assurances sociales auprès d'une compagnie ou mutuelle de leur choix comme ils le font en matière d'assurance automobile, pour les risques maladie, maternité, vieillesse, en interdisant aux assureurs la sélection des risques. Cela suppose de verser aux salariés leur salaire complet, c'est-à-dire leur salaire net augmenté des charges sociales actuelles pour qu'ils aient les moyens de souscrire aux assurances de leur choix.

 

Le système de retraite par répartition est condamné en raison du vieillissement de la population. C'est bien pourquoi les pays de l'OCDE ont évolué vers la capitalisation, qui, contrairement aux idées reçues, comme le montrent les auteurs, est moins risquée que la répartition et présente l'avantage de participer au financement de l'économie. Curieusement, en France, des fonds de pension existent surtout pour les élus locaux, les fonctionnaires et les sénateurs, dont les cotisations sont déductibles de leur revenu imposable...

 

Les auteurs proposent de sauver l'assurance-chômage en l'ouvrant également à la concurrence (resteraient adhérents à l'assurance publique ceux qui le souhaiteraient). Les prestations comprendraient une allocation forfaitaire minimum et des assurances complémentaires, dans des conditions librement débattues en termes de durée d'indemnisation, de franchise, de montant de l'allocation et de cotisation.

 

Rien de tel que de privatiser le logement social pour en augmenter l'offre et d'en baisser le prix, surtout si c'est accompagné d'une baisse de la fiscalité (il existe trente prélèvements directs ou indirects sur les biens immobiliers perçus par l'État) et d'un allègement des réglementations, ce qui favoriserait en outre l'acquisition de leur logement par ceux qui les occupent...

 

Une fiscalité libérée

 

Libérer la fiscalité, c'est démêler le maquis fiscal: il existe près de 500 régimes fiscaux dérogatoires et 75 niches fiscales (il y a aussi 132 niches sociales chiffrées et 57 non chiffrées...) et rendre la fiscalité la plus neutre possible. C'est pourquoi les auteurs proposent:

 

- de supprimer les niches et l'impôt progressif sur le revenu et d'adopter un impôt sur le revenu proportionnel, ou flat tax, à deux taux (2 et 15%): ce serait plus simple et plus égalitaire (il faut être bien informé pour profiter des niches...)

 

- d'adopter un taux unique de TVA (il y en a 9 actuellement...)

 

- d'aménager le taux de l'impôt société (dont la légitimité est contestable...) de manière la plus rationnelle et juste possible: l'idéal serait [...] que l'impôt sur le revenu soit fixé à un taux unique (cf. ci-dessus) et que l'impôt société soit fixé au même taux.

 

Il faut libérer l'éducation

 

La France ne manque pas de moyens en matière d'éducation, mais de résultats: Selon les résultats de l'étude PISA de 2012, la France se situe dans la moyenne, ou même au-dessous de la moyenne pour chaque catégorie (mathématiques, sciences et écrit), ce qui n'est pas terrible! Or, depuis, le système s'est dégradé: davantage d'élèves en difficulté, moins de chances de réussir pour les élèves issus de milieux défavorisés.

 

Ces mauvais résultats proviennent de son manque d'autonomie et du défaut de concurrence, autrement dit de l'étatisation de l'éducation: le mammouth est inefficace. Certes il existe des écoles libres, mais leurs effectifs sont bridés par l'État. La solution serait de permettre à ces écoles d'accueillir les élèves que les parents veulent y inscrire, de permettre l'ouverture d'écoles entièrement privées et de permettre aux élèves plus aptes à la pratique qu'à la théorie de bifurquer vers l'apprentissage.

 

Le moyen d'assurer le libre choix de l'établissement par les parents est de les faire bénéficier du bon scolaire, ce qui ne coûterait pas plus cher à la collectivité, ce qui, au contraire, permettrait de réduire les charges administratives et de se consacrer pleinement aux missions d'éducation. Le bon scolaire? Il représenterait le montant équivalent au coût moyen d'une classe concernée, que les parents pourraient remettre à l'école privée de leur choix.

 

Les auteurs proposent que l'université soit payante, comme aux États-Unis, où les universités privées sont les meilleures du monde dans tous les classements, ce qui n'est pas le cas des universités françaises: Le système d'université payante responsabilise les étudiants. Ils ne s'inscrivent pas en première année de quoi que ce soit parce qu'ils ne savent pas quoi faire, ou juste en attendant de trouver un job qu'ils ne cherchent guère, ou pour être assurés sociaux à prix modéré...

 

Un cadre institutionnel stable et subsidiaire

 

Sous prétexte d'harmoniser, l'Union européenne cherche plus que jamais à uniformiser, le contraire de la concurrence. Étymologiquement l'harmonisation n'est pas l'uniformisation, mais l'accord des différences: c'est justement ce qui caractérise la concurrence, du moins lorsqu'elle est respectueuse de certaines règles déontologiques.

 

Ce faisant l'Union européenne a abandonné son projet initial: créer une vaste zone de liberté pour permettre que l'échange permanent et libre des hommes, des biens et des services contribue à l'enrichissement de tous, que chacun puisse voter avec ses pieds en allant voir ailleurs si l'herbe y est plus verte, s'il n'est pas satisfait du ratio biens publics/fiscalité.

 

L'Union européenne a joué à l'épicier en voulant peser les échanges, standardiser les produits, imposer des normes à l'infini dans la mauvaise idée que le marché exige l'uniformité quand il suppose la diversité. Elle a voulu régenter la concurrence des entreprises quand celles-ci par définition ont besoin de liberté. Et dans le même temps elle travaille sans fin à empêcher la compétition fiscale entre les États qui est pourtant protectrice des contribuables comme la concurrence des entreprises l'est des consommateurs.

 

Les auteurs souhaitent donc qu'elle revienne à une Europe subsidiaire des nations, une Europe limitée et respectueuse des pays qui la composent, une Europe puissante à l'extérieur sans s'ingérer dans la vie des uns et des autres, une Europe fière de sa grandeur et de son histoire, forte de ses principes, de sa liberté, de sa capacité d'innover et capable de permettre à ceux qui y vivent de mieux grandir en êtres responsables d'eux-mêmes, peut-être alors qu'elle redeviendra le creuset de la paix et de la puissance, de la confiance et de la prospérité.

 

Ce qu'ils disent de l'Europe subsidiaire devrait s'appliquer au niveau de l'État: Au-delà de la représentation extérieure, de la sécurité et de la Justice, l'État a vocation aujourd'hui plus qu'hier à faire en sorte que chaque enfant reçoive l'enseignement le mieux adapté à ses capacités, que chacun vive décemment. Mais c'est aussi l'État subsidiaire; il ne doit pas obligatoirement tout faire, mais plutôt laisser faire ceux qui peuvent avant que d'intervenir s'il y a carence: en bas tout le possible, en haut tout le nécessaire.

 

Aujourd'hui c'est l'État qui tue la France et non pas, comme d'aucuns disent, le libéralisme ou la mondialisation: Pour lutter contre l'immigration, il faut en finir avec l'État-providence et l'assistanat; pour combattre le chômage, il faut plus de libertés économiques et moins de pression fiscale.

 

Les auteurs proposent en conséquence de défonctionnariser la classe politique, car, en France, la politique est devenue un emploi à vie pour ceux qui y accèdent. La carrière politique ressemble à la fonction publique. Comment faire? L'ouvrir au privé et à la société civile.

 

Conclusion

 

Le rôle de l'État doit être limité: L'État a moins vocation à faire le bien en lieu et place des hommes que de les empêcher à faire le mal. Mais il se conçoit en seule vue du bien des hommes. Il promeut la liberté, mais il ne peut et ne doit la défendre corps et biens, que pour ce qu'elle permet. Si à cet égard elle est la fin des États, elle n'est jamais pour les individus qu'un moyen, suprême certes, mais un moyen seulement au service de leurs fins.

 

Toutes ces propositions de réformes - elles n'ont rien de révolutionnaire - ont fait leurs preuves dans d'autres pays, et les auteurs en donnent de nombreux exemples, probants. Aucun des candidats à l'élection présidentielle ne les reprend pourtant à son compte, sans doute parce qu'elles heurteraient les préjugés de la majorité des électeurs, formatés pour la servitude volontaire par le monopole de l'éducation et par des médias uniformément corrects.

 

Ces propositions ont donc peu de chances de se réaliser un jour prochain. Mais, peut-être, quand la France aura atteint le fond, s'il n'est pas trop tard, seront-elles mises alors à l'ordre du jour et, mises en application, exauceront-elles le voeu de Jean-Philippe Delsol et de Nicolas Lecaussin:

 

Que l'État fasse son devoir de garantir la liberté et la liberté fera le reste dans une société de libre choix.

 

Francis Richard

 

Échec de l'État - Pour une société de libre choix, Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin, 272 pages Éditions du Rocher

 

Livres précédents de Jean-Philippe Delsol:

Pourquoi je vais quitter la France Tatamis (2013)

L'injustice fiscale ou l'abus de bien commun Desclée de Brouwer (2016)

 

Livres précédents de Nicolas Lecaussin:

Au secours, ils veulent la peau du capitalisme! Editions First (2009)

L'obsession anti-libérale française Libréchange (2014)

 

Livre précédent de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin:

A quoi servent les riches JC Lattès (2012)

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 23:55
Culturellement incorrect, de Bertrand Allamel

Attention, danger! Ce livre est incorrect. Il ne respecte pas la pensée française dominante en matière de culture. Il ose en effet s'attaquer aux politiques culturelles, à l'interventionnisme de l'État. Ce qui ne signifie pas qu'il considère que la culture soit de peu d'importance dans la vie des hommes. Bien au contraire.

 

L'auteur pourrait ironiser comme le fait Frédéric Bastiat, qui, dans Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, écrivait: Pensons-nous que l'État ne doit pas subventionner les artistes? Nous sommes des barbares qui jugeons les arts inutiles...

 

Ce qu'on voit.

 

Bertrand Allamel, dans Culturellement incorrect, démontre d'abord le bien-fondé des politiques culturelles, qui, pour être légitimes, doivent être conformes à la morale, à la raison et à la justice:

 

Démontrer consiste à établir une vérité ou une évidence par un raisonnement.

 

Quel est le raisonnement? Il part de deux principes:

- préserver la culture des lois du marché.

- réduire les inégalités d'accès à la culture.

 

Avant tout, Bertrand Allamel définit de quoi il est question. Le mot culture a deux sens, liés l'un à l'autre:

- un sens esthétique puisqu'elle recouvre les différentes oeuvres de l'esprit

- un sens anthropologique puisqu'elle est propre à une population.

 

Ce que disait Condorcet de l'instruction publique s'applique à la culture: c'est un instrument privilégié de libération de l'esprit humain. Ce que disait Schiller de l'éducation esthétique ne s'y applique pas moins: c'est un instrument de conciliation du sensible et du raisonnable.

 

La conviction fondatrice de l'intervention publique se base sur ces effets bénéfiques que, selon Les Lumières, la culture a sur l'humanité. Les individus cultivés sont, de fait, ouverts d'esprit grâce à:

- la diversité des représentations du monde auxquelles ils sont confrontés

- la diversité des langages qu'ils acquièrent et qui leur permettent de comprendre les autres.

 

Comme la culture est un bien exceptionnel, collectif et pacifiant, c'est bien à la collectivité d'en assurer la plus large et la plus équitable diffusion pour que la variété et la diversité de l'offre ne soient pas réduites:

 

Les productions culturelles pointues sont moins rentables et ont tendance à être exclues du marché.

 

Il y a également le problème de l'entrée gratuite, soulevé par Ronald Dworkin: Les consommateurs de disques et de films financent la production du bien culturel dont bénéficient ceux qui choisissent de se procurer et de jouir du bien sans le payer.

 

Si ce comportement prend de l'amplitude et que de tels biens culturels ne puissent plus être financés, ne devient-il pas utile de recourir à l'impôt et pertinent de les subventionner pour maintenir un certain niveau de culture?

 

Il est évident qu'il existe des inégalités d'accès à la culture. Ce ne sont pas tant d'ailleurs des inégalités économiques que sociologiques: Il faut avoir un minimum de culture pour être intéressé par la culture, et s'intéresser à la culture donne envie de s'y intéresser encore plus.

 

Ce qui peut légitimer une action de la collectivité en faveur de ceux qui ne s'y intéressent pas: Si je n'ai pas un accès à la culture égal à mon voisin, ai-je la même liberté de penser que lui? [...] La personne cultivée a le choix de profiter ou non des biens culturels, celle qui ne l'est pas, non.

 

Enfin, il y a un devoir de transmission aux générations futures et donc une nécessité d'entretien de la culture, dans son sens anthropologique. L'État semble le plus apte à assurer cet entretien et à remplir ce devoir moral.

 

Ce qu'on ne voit pas

 

La légitimité de l'interventionnisme de l'État, dans le domaine culturel, comme dans d'autres, ne résiste pourtant pas à l'épreuve de la réalité. Et Bertrand Allamel le prouve:

 

Prouver revient [...] à établir une vérité mais en s'appuyant sur des faits ou des pièces à conviction.

 

Bertrand Allamel fait une remarque liminaire: tout le monde n'est pas d'accord avec l'idéalisme des Lumières. D'aucuns pensent, comme Rousseau, que la culture est néfaste à l'homme et à la société. D'autres que la culture de masse, non sacrée, va de pair avec le déclin de la spiritualité.

 

Il donne également des contre-exemples de créations culturelles, diversifiées et de qualité selon lui, faites par des opérateurs privés, dans le secteur télévisuel (que je connais mal) depuis les années 2000: des séries américaines et une émission française de divertissement.

 

Puis, et c'est là, où la légitimité des politiques culturelles est grandement mise à mal, il publie des statistiques de fréquentation des équipements culturels qui prouvent leur inefficacité. Ce sont des statistiques de fréquentation globales, par type d'équipement, par pratiques culturelles, par catégories sociales et par revenus.

 

Il ressort de ces statistiques, établies sur des années, que la fréquentation des équipements culturels est faible et que ceux qui profitent de ces équipements sont essentiellement ceux qui ont les moyens économiques de se passer de facilitation d'accès à la culture: Cela revient à dire, de façon caricaturale, qu'en matière culturelle, "le pauvre paie pour le riche".

 

Ce qui met encore plus à mal la légitimité de l'intervention publique, c'est un recensement effectué aux États-Unis, qui fait apparaître des pratiques culturelles proportionnellement identiques à celles des Européens, à la différence près que les financements là-bas sont privés:

 

Ce constat est plutôt embarrassant en regard des sommes investies par la collectivité et de l'état de dégradation avancée des finances publiques de notre pays.

 

Plus fondamentalement, dans un dernier chapitre, l'auteur soulève trois problèmes que pose l'intervention publique en matière culturelle: Un premier problème connu concerne les dérives bureaucratiques de l'action culturelle publique. Deux autres aspects sont moins fréquemment évoqués mais méritent attention. Il s'agit de l'atteinte aux préférences et la liberté de choix des individus, et du paternalisme.

 

Pour expliciter ces deux derniers aspects, force est pour l'auteur de faire de la sémantique et de montrer de manière synthétique, sur un tableau éloquent, ce qui sépare l'idéologie socialiste dominante en France de la pensée libérale qui y est inexistante, du moins sur le plan politique.

 

Cette distinction est nécessaire parce que la plupart des gens ignorent en France que le libéralisme est d'abord une philosophie du droit et une conception politique, avant d'être une doctrine économique. Alors que le socialisme est une idéologie politique qui repose sur le diagnostic d'une inégalité dans la répartition des richesses entre les hommes.

 

Quoi qu'il en soit l'intervention publique en matière publique ressort de l'idéologie socialiste, où la culture est une affaire publique car liée au destin collectif: il faut élever le niveau de culture des masses, et rendre la culture accessible au plus grand nombre. Pour un libéral, la culture est une affaire privée, individuelle, qui ne saurait faire l'objet d'une politique publique:

 

Les individus sont contraints de financer un bien collectif qu'ils ne désirent pas forcément, et la liberté de celui qui ne veut pas payer pour un spectacle, un musée, une exposition est atteinte.

 

Ce qui est vrai pour la culture l'est pour bien d'autres domaines, ce qui se traduit par une augmentation indéfinie du périmètre de l'État, devenu un État-providence démesuré. Où une élite décide pour le reste de la population, en exerçant une forme de paternalisme:

 

Dire que la culture est bénéfique ou indispensable et qu'il appartient à la collectivité d'en assurer les conditions de production comme de diffusion revient à se considérer comme un éclairé sachant ce qui est bon pour le peuple (et le sachant mieux que lui).

 

Au début de son livre, l'auteur écrit que tout le monde trouve aujourd'hui normal que la collectivité intervienne dans le champ culturel. A son terme, il écrit qu'il n'y a pas de mesure particulière à prendre, sinon un désengagement de la collectivité, accompagné tout au plus d'une meilleure politique d'incitation fiscale. On en est encore bien loin...

 

Francis Richard

 

Culturellement incorrect, Bertrand Allamel, 272 pages Les Éditions Libréchange

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 22:55
Frédéric Bastiat de A à Z

Les Oeuvres complètes de Frédéric Bastiat représentent quelque 3 700 pages. L'Institut Coppet  les a rééditées, facilitant leur diffusion en France, où ce génie méconnu n'est pas prophète, sans doute parce que nul ne l'est dans son pays...

 

L'Institut Coppet a complété cette édition par un abécédaire, qui peut être consulté comme un usuel, ou être lu in extenso. C'est un travail synthétique d'une grande utilité, c'est-à-dire qui sert grandement à faire connaître les idées de Bastiat.

 

Cet abécédaire peut être lu in extenso parce que, comme le rappelle Benoît Malbranque dans sa préface, Frédéric Bastiat a un style d'une grande légèreté et parce qu'il a le sens de la formule.

 

Comme disait Etienne Boileau :

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement

Et les choses pour le dire viennent aisément.

 

Comment parler d'un abécédaire, sinon en en donnant un aperçu par quelques citations, bien choisies, subjectivement, soit parce qu'elles sont percutantes, soit parce qu'elles donnent matière à réflexion.

 

Dans quel ordre les mettre ces citations, sinon en cédant à la facilité de suivre l'ordre alphabétique des thèmes, dans lesquels l'Institut Coppet les a mises et regroupées.

 

Pourquoi, enfin, ne pas les commenter, même brièvement?

 

Capital

Quand je vois le Travail s'irriter contre le Capital, il me semble voir l'inanition repousser les aliments.

 

Depuis l'expérience soviétique, on sait de manière probante que les anticapitalistes sont des affameurs...

 

Concurrence

La concurrence a pour effet de provoquer, révéler et universaliser les bonnes méthodes, et de faire sombrer les mauvaises.

 

La mise en pratique de la parabole du bon grain et de l'ivraie...

 

Enseignement

Tous les monopoles sont détestables, mais le pire de tous, c'est le monopole de l'enseignement.

 

L'Education Nationale en France ne contredit pas cette affirmation...

 

Importations

Le but réel de toute nation (quoi qu'elle en pense elle-même) est d'importer le plus possible et d'exporter le moins possible, comme le but de tout homme, dans ses transactions, est d'obtenir beaucoup en donnant peu.

 

Comme quoi la balance commerciale...

 

Impôts

J'appelle bon impôt celui en retour duquel le contribuable reçoit un service supérieur ou du moins équivalent à son sacrifice.

[...]

J'appelle mauvais impôt celui qui ne confère pas au contribuable un avantage égal à son sacrifice.

 

A ces aunes-là, il y a beaucoup de mauvais impôts et peu de bons...

 

Si un impôt est graduellement et indéfiniment élevé, par cela même qu'à chaque degré d'élévation il restreint un peu plus la consommation ou la matière imposable, un moment arrive nécessairement où la moindre addition à la taxe diminue la recette.

 

Avec sa célèbre courbe, Arthur Laffer ne disait pas autre chose à Ronald Reagan...

 

Loi

Comment reconnaître la spoliation ? C'est bien simple. Il faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d'un citoyen et aux dépens des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime.

 

Qu'est-ce d'autre que l'Etat- providence?

 

Monopole

Le monopole est ainsi fait qu'il frappe d'immobilisme tout ce qu'il touche.

 

Les exemples abondent en France et ailleurs ...

 

Propriété

La propriété, le droit de jouir du fruit de son travail, le droit de travailler, de se développer, d'exercer ses facultés, comme on l'entend, sans que l'Etat intervienne autrement que par son action protectrice, c'est la liberté.

 

En France, que reste-t-il de la liberté?

 

Richesse

Il n'y a et ne peut y avoir que deux manières d'acquérir : produire ou ravir.

 

En France on produit de moins en moins et on ravit de plus en plus...

 

Socialisme

Après avoir jugé tous les hommes sans exception capables de gouverner le pays, nous les déclarons incapables de se gouverner eux-mêmes.

 

C'est l'inconséquence du socialisme démocratique...

 

Valeur

Que j'ai pris une peine d'une heure ou d'un jour, peu importe à celui à qui j'offre mon service. Ce qu'il regarde, ce n'est pas la peine que je prends, mais celle que je lui épargne.

 

Il ne faut jamais perdre de vue comment se déterminent les consommateurs que nous sommes tous ...

 

Les idées de Frédéric Bastiat sont tellement contraires à la pensée unique qu'il n'est pas étonnant qu'elles soient occultées. Etienne de La Boétie n'a-t-il pas écrit avant lui, sans plus d'effet, un Discours de la servitude volontaire

 

Puissent toutefois ces quelques extraits inciter à lire l'abécédaire, voire à plonger dans les Oeuvres complètes pour découvrir les raisonnements de bon sens qui les soutiennent et qui, toujours pertinents, permettent aujourd'hui de démêler le vrai du faux, de voir ce qu'on ne voit pas.

 

Francis Richard

 

Frédéric Bastiat de A à Z, 204 pages Institut Coppet

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 22:55
Le vote libéral, de Jacques Garello

Les élections présidentielles françaises approchent: le premier tour aura lieu dans tout juste sept mois. Pour un libéral, comme pour tout électeur français, le choix semble simple: il ne peut que s'abstenir ou se résigner à voter pour le moins mauvais. C'est mal connaître Jacques Garello de croire que lui, comme d'autres de son acabit, puisse se satisfaire d'un tel dilemme. D'autant que la situation actuelle de la France plaide comme jamais pour l'antidote au mal français des idées libérales... 

 

Jacques Garello montre d'abord que, pour en expliquer les votes, l'approche sociologique de l'électorat français exagère le poids de l'appartenance à un groupe, qu'il soit familial ou professionnel, ou religieux, ou géographique; ensuite que le vote libéral en France est rare et sans lendemain; enfin que ce n'est ni le cas en Allemagne ni en Grande-Bretagne, et que le vote libéral est même présent dans la quasi totalité des pays européens...

 

Le dilemme cornélien évoqué ci-dessus résulte de l'examen des options qui se présentent au libéral, comme d'ailleurs à tout électeur français: il ne peut être satisfait d'un vote socialiste, qui menace son emploi et sa propriété, ni d'un vote conservateur, qui reconduit une classe politique usée et des privilèges abusifs, ni d'un vote écologiste qui mène à l'utopie et au sectarisme, ni d'un vote populiste qui nie la diversité et la compréhension.

 

Les idées libérales ne sont pas celles qu'on croit: Beaucoup de Français se croient et se disent libéraux, mais ne le sont pas en réalité. A l'inverse, sont encore plus nombreux les Français qui sont libéraux mais ne le savent pas. Rien d'étonnant à cela puisque le libéralisme n'a que très rarement été enseigné, et presque jamais appliqué. Le libéralisme est ignoré, donc caricaturé, diabolisé, ou dévié.

 

Jacques Garello rappelle qu'il ne faut pas réduire le libéralisme à une doctrine économique prônant la libre entreprise et le libre-échange, c'est-à-dire décentralisée, à l'opposé de l'économie dirigée, enfermée derrière des frontières politiques ou administratives, centralisée: il n'a rien à voir non plus avec le capitalisme de connivence, qui se nourrit, par exemple, de subventions ou d'exemptions fiscales. 

 

Le libéralisme est une conception de l'être humain qui lui confère sa dignité, sa spécificité, sa vocation. Un libéral a ainsi confiance en l'être humain, il est humaniste. Il sait que l'être humain  a besoin de la liberté pour développer ses capacités et que la propriété, fondement de la pensée libérale, a pour ennemi le collectivisme, fondement de la pensée socialiste. Il sait que l'homme libre est non seulement créateur, mais qu'il est serviteur:

 

C'est la rencontre des besoins des autres qui lui permet de satisfaire ses propres besoins, d'où la nécessité de l'empathie, ce sentiment moral mis en évidence par Adam Smith, sentiment qui est à la base de l'échange, lui-même base de l'économie.

 

Si le libéral a confiance en l'être humain, c'est parce qu'il le sait faillible, mais perfectible, capable de tirer des leçons et de rendre compte de ses actes, c'est-à-dire d'être responsable. Une société de confiance est fondée sur la coopération volontaire, sur la solidarité spontanée, sur l'état de droit. La crise actuelle est une crise morale, qu'il ne sera possible de résoudre qu'en se libérant de l'Etat Providence, inefficace et asservissant.

 

L'Etat Providence a en effet la prétention de prendre totalement en charge les individus, de la naissance à la mort, et de les guider dans leurs activités économiques, voire dans leur vie privée. Il étend indéfiniment son emprise: A travers ses réglementations et ses administrations il couvre tous les besoins et toutes les aspirations: la santé, l'éducation, la formation, l'emploi, la culture, la recherche scientifique, le logement, les transports, le sport, l'environnement etc.

 

Comment en sortir? Jacques Garello perçoit des signes de réveil de la société civile. Il donne notamment deux exemples encourageants, celui de Contribuables Associés  (350.000 adhérents),  qui a pour objectif moins d'impôts, moins de dépenses publiques, moins d'Etat, et celui de l'UNPI, Union Nationale de la Propriété Immobilière (250.000 adhérents), qui a pour objectif la défense de la propriété immobilière privée contre une législation pénalisant les bailleurs.

 

Les primaires ouvertes à droite et au centre représentent une opportunité pour transformer ce réveil en vote. Le Collectif des libéraux, CDL, s'est constitué à cette fin. Il regroupe actuellement l'ALEPS, le Cercle Droit & Liberté, le site Contrepoints, Contribuables Associés, le Cerel, l'Institut Economique Molinari, l'IREF-Europe, le think-tank Libéral Sciences-Po, l'UNPI. Ce collectif s'est donné pour objectif de rencontrer les candidats, de leur poser une liste de questions et de rendre public un rapport sur leurs réponses.

 

Le CDL s'est donné en fait pour objectif de persuader le plus grand nombre de libéraux de participer à ces primaires de telle manière à peser sur elles en leur apportant l'information qui peut les aider dans leur choix: On peut estimer à 500.000 les adhérents et militants de la droite et du centre qui participeraient à la primaire. Recueillir 50.000 votes libéraux est une performance suffisante, puisque 10% des voix mettent les électeurs en position d'arbitrage et démontrent l'importance et  la mobilisation des électeurs libéraux.

 

Si l'essai est transformé, il sera dès lors bien difficile aux politiques et aux médias de continuer à ignorer et à mépriser le libéralisme. Et nombre de Français pourront se rendre compte qu'ils sont, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, des libéraux sans le savoir, parce qu'ils ont simplement du bon sens:

 

Ne pas dépenser l'argent qu'on n'a pas, gagner son argent par le travail, le mérite et l'effort, ne pas réduire les faibles et les pauvres à l'assistanat qui les exclut de la société, respecter la propriété, accepter les différences, respecter la tradition mais innover et s'adapter au changement, etc.

 

Le projet libéral, dont le livre de Jacques Garello donne les grandes lignes, est le seul qui permet de relever les défis actuels: Le proposer, l'expliquer, l'imposer à la classe politique, c'est gratifiant et motivant pour ceux qui le conçoivent et le propagent.

 

Ce projet est à même de:

- porter la croissance économique

- réduire le chômage

- mettre un frein à l'endettement public et à l'oppression des prélèvements obligatoires

- redonner des perspectives de retraites solides

- apaiser les tensions sociales

- réduire l'Etat à son seul domaine d'intervention: la sécurité intérieure et la défense extérieure

- promettre une justice plus lucide.

 

Puisse ce rêve à partager sans modération devenir réalité...

 

Francis Richard

 

Le vote libéral, de Jacques Garello, 198 pages Libréchange

 

Pour s'inscrire aux primaires ouvertes de la droite et du centre: http://www.primaire2016.org/

(Pour les Français de l'étranger: https://inscription.francaisdeletranger.primaire2016.org/#/)

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 21:30
Jacques Rueff - Un libéral français, de Gérard Minart

Il y a autant de libéralismes que de libéraux.

 

Il est excessif, bien sûr, de parler ainsi, mais il y a du vrai dans cette assertion, car la diversité de la pensée libérale ne peut être que le reflet de la diversité de la pensée humaine quand elle s'exerce librement, sans contrainte autre que la soumission à l'impératif catégorique de la raison.

 

Un libéralisme, fût-il français, se reconnaît toutefois aux mêmes principes sur lequel ils se fondent tous: liberté individuelle, droits de propriété, sécurité des biens et des personnes, égalité en droit, avec la caractéristique qu'aucun de ces principes ne peut exister sans les autres.

 

Le livre sur Jacques Rueff de Gérard Minart expose la théorie économique d'un libéral français, qui a la particularité d'être un ingénieur (il part des faits pour vérifier et articuler ces principes entre eux de manière cohérente) et de l'avoir mise en pratique avec succès en 1926, en 1938 et en 1958.

 

Comme cette théorie économique est très vaste et que, de plus, elle s'insère dans une théorie encore plus vaste qui la concilie, par exemple, au social, il convient, pour la goûter, d'en prélever quelques singularités qui en font la richesse et qui la distinguent des autres libéralismes sans présenter pour autant avec eux de solution de continuité. 

 

Sa formation scientifique a par exemple permis à Jacques Rueff de valider, grâce à l'outil statistique, l'équilibre auquel aboutit le mécanisme des prix, ce qui n'avait pas été fait avant lui, et qu'il compare à l'équilibre global d'un gaz où les molécules, indépendantes, sont prises dans un mouvement brownien.

 

Ce merveilleux mécanisme, ce monarque discrets'applique à tous les domaines, qu'il s'agisse des prix, des salaires, des taux d'intérêt, des changes ou du chômage. Son biographe résume: il présente [...] cette faculté que tout en respectant la liberté, les désirs, les préférences, les penchants des individus, il organise un ordre collectif qui permet à la société de durer. 

 

Selon Jacques Rueff, il faut distinguer le droit de propriété de la chose possédée: le premier réside dans la faculté de disposer de la seconde. Le droit de propriété naît avec la richesse qu'il englobe et meurt quand elle cesse d'exister, par consommation ou destruction. Il n'est pas autre chose qu'un récipient de valeur.

 

A partir de là Jacques Rueff explique ce qu'est un vrai droit: Un droit dont le volume répond à la valeur que représente son contenu, non aux yeux de quelque théoricien de cabinet, mais sur le marché, à la lumière des offres et des demandes effectivement formulées, et de telle façon que les premières soient absorbées par les secondes.

 

Et il explique ce qu'est un faux droit: Un faux droit, au contraire, est un droit dont le volume a été fixé a priori sans égard aux conditions qui doivent être satisfaites pour que toutes les quantités effectivement offertes trouvent preneur sur le marché.

 

Jacques Rueff ne définit pas de périmètre de l'Etat (des libéraux sont pour plus ou moins d'Etat, d'autres pour pas d'Etat du tout). Pour lui, l'Etat peut intervenir à fins sociales, morales ou politiques. Mais il faut que ces interventions soient compatibles avec le mécanisme des prix, qu'elles affectent essentiellement le cadre juridique et monétaire, les causes des prix ou les effets des prix.

 

La croyance de Jacques Rueff dans l'or n'a rien de fétichiste, n'est pas de nature religieuse: L'or n'est pas une fin en soi. Comme l'explicite Gérard Minart, dans une économie fonctionnant sous le système de l'étalon-or, c'est la perte d'or que subit le pays débiteur qui, en réduisant sa masse monétaire interne, réduit la demande globale, ce qui a pour effet d'obtenir une baisse des prix intérieurs.

 

Là encore ce pilotage automatique s'apparente au mécanisme des prix: Les ajustements des balances des paiements s'effectuent par sorties ou entrées d'or, selon que les pays concernés sont débiteurs ou créanciers, et l'avantage de tels ajustements est qu'ils s'effectuent en douceur, sans brusques embardées.

 

Ces singularités qui sont la marque du libéralisme de Jacques Rueff s'inscrivent pourtant dans la filiation directe de:

- Turgot pour son exigence rationnelle,

- Jean-Baptiste Say pour le droit de propriété analysé comme premier facteur de l'expansion économique,

- Frédéric Bastiat pour la liberté des échanges, ainsi que pour le refus du protectionnisme et la dénonciation des attitudes malthusiennes,

- Walras et Colson  pour les aspects bénéfiques du mécanisme des prix libres, sur des marchés libres, dans des sociétés libres. 

 

Le libéralisme français de Jacques Rueff est donc le point d'aboutissement de cette tradition, mais il est aussi le point de départ d'une autre tradition, celle des ingénieurs-économistes, qui entend rajeunir et mettre de l'ordre dans cet héritage par une exigence de rationalité sans tomber dans un excès de mathématisation...

 

Francis Richard

 

Jacques Rueff - Un libéral français, Gérard Minart, 364 pages Odile Jacob

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 22:30
Charles Monnard 1790-1865, sous la direction d'Olivier Meuwly

30 novembre 2013. Un colloque consacré à Charles Monnard a lieu au Théâtre du Lapin Vert à Lausanne. Il est organisé par le Cercle démocratique Lausanne, l'Institut libéral, le Cercle littéraire et la Société de Belles-Lettres.

 

26 mai 2016. Au Cercle littéraire a lieu le vernissage des actes de ce colloque. Ce livre, bénéficiant d'une riche iconographie, est précieux: il représente la mémoire de ce qui s'est dit près de trois ans plus tôt et il est également le n°143 de la Bibliothèque historique vaudoise.

 

En début de volume, se trouvent une préface de Pascal Petter, président du Cercle démocratique Lausanne, un texte de Pierre Bessard, directeur de l'Institut libéral, sur La signification contemporaine de Charles Monnard, et un texte d'Olivier Meuwly, directeur de la publication, sur l'homme Charles Monnard et sa pensée, à redécouvrir.

 

Huit auteurs ont contribué au colloque:

- Bernard Reymond: Charles Monnard et le protestantisme de son temps

- Roger Francillon: Charles Monnard et Alexandre Vinet

- David Auberson: Charles Monnard et Juste Olivier

- Michael Lauener: Le Canton de Vaud de Charles Monnard sous l'oeil d'un conservateur bernois (Jeremias Gotthelf)

- Olivier Meuwly: Le libéralisme moral de Charles Monnard

- Marie-Thérèse Guignard: Charles Monnard et la liberté de la presse

- William Yoakim: Charles Monnard et Henri Druey

- Nicolas Gex: Charles Monnard, historien de la Confédération helvétique

 

Ces huit contributions dessinent le portrait et la pensée de Charles Monnard, en le situant dans le contexte de son temps, en reprenant ses écrits, en reconstituant ses relations éclairantes avec ses amis, tels que Vinet et Olivier, ou avec ses adversaires tel que le radical Druey.

 

Charles Monnard est un libéral atypique, comme le sous-titre le dit, si l'on considère son existence: il a été théologien, pasteur, philosophe, journaliste, professeur de littérature, critique littéraire, historien, homme politique local et national.

 

Charles Monnard est un libéral typique, si l'on considère sa pensée. Car il est foncièrement libéral, quoi qu'il arrive, et tout en nuances, choisissant toujours la réforme contre la révolution, restant calme et serein dans les vicissitudes:

 

- Protestant, il n'est pas au sens strict pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais il est pour la liberté religieuse et la liberté des cultes, et, selon lui, l'Eglise doit être associée à l'Etat mais ne pas en être esclave.

 

- Philosophe, il s'oppose à son adversaire l'hégélien Druey, qui ne croit pas à la liberté de l'individu isolé: il ne lie pas comme lui la liberté à la communauté qui constitue un Etat.

 

- Journaliste, il est pour la liberté de la presse: La liberté de penser et de dire des bêtises est encore une de celles que je défendrai constamment.

 

- Historien, il a le souci de la vérité, comme tout historien digne de ce nom doit lui être dévoué, avant même de l'être à son pays. Sa vision de l'histoire helvétique? La liberté est le principe majeur de la Suisse et le lien fédéral en est l'expression privilégiée.

 

- Homme politique, il est pour la publicité des séances du Grand Conseil vaudois ou de la Diète fédérale: c'est pour lui un principe de philosophie politique et d'éducation civique.

 

Ce qui peut résumer son libéralisme (qui n'est pas utilitarisme), mieux que tout autre citation, c'est peut-être ce qu'il dit du rapport entre le droit et le devoir:

 

Le premier et le plus noble droit de l'homme, c'est le droit de remplir son devoir.

 

Qu'est-ce que le devoir, sinon une contrainte librement acceptée par la raison? Qu'est-ce que le droit, sinon la liberté de chacun limitée par la liberté de tous? Autrement dit, devoir et droit sont alliés comme le sont responsabilité et liberté. Ce qui est typiquement libéral.

 

Francis Richard

 

Charles Monnard 1790-1865 Un libéral atypique, sous la direction d'Olivier Meuwly, 170 pages, Bibliothèque historique vaudoise

 

Autre livre sur Charles Monnard:

 

Charles Monnard - L'éthique de la responsabilité, Pierre Bessard, 94 pages, Institut Libéral (2014)

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 22:15
Libéralisme et liberté d'expression (2/2), sous la direction d'Henri Lepage

Libéralisme et liberté d'expression est un livre collectif paru il y a quelques six mois sous la direction d'Henri Lepage. Il comprend une introduction, une présentation des auteurs, neuf contributions, et une postface.

 

Après une recension des trois premières contributions, faite dans une première partie, voici celle des six suivantes, qui sont la reprise de textes déjà publiés sur le site de l'Institut Turgot.

 

Damien Theillier remarque que les autorités publiques françaises menacent davantage la liberté d'expression que "les fanatiques proclamés". En effet elles se sont dotées d'un arsenal juridique répressif en la matière comme nulle part ailleurs, avec, par exemple, les lois Pleven et Gayssot qui font un délit, respectivement, de la provocation à la haine et à la discrimination et de l'opinion sur la Shoah.

 

La prémisse de la philosophie politique libérale est le principe de non-agression. Il faut entendre le terme d'agression au sens fort d'agression physique, à laquelle ne peuvent être assimilés aucune parole, aucun discours, aucune insulte. Il en va différemment d'une menace d'agression ou d'un appel à l'agression, qui, à l'évidence, ne sont pas des opinions.

 

Sinon, "on ne répond à des opinions que par des opinions. Et on réprime des actes."

 

Damien Theillier donne trois raisons pour justifier le marché libre des idées:

- morale: sans liberté de choisir et de penser par soi-même il n'existe pas de responsabilité morale

- épistémologique: "le libre échange des idées est le meilleur moyen de faire émerger la vérité"

- prudentielle: la censure a pour effet d'exacerber les passions en les rendant souterraines et plus difficiles à combattre et elle permet de réduire au silence les adversaires politiques...

 

Les limites de la liberté d'expression ne doivent pas être fixées par la loi dont "le rôle est simplement de réprimer les agressions, les violences, pas de décider qui, ni quand, ni comment on a le droit de s'exprimer". Dans l'espace privé, "la liberté d'expression est intrinsèquement limitée par le respect du droit de propriété".

 

(Exemple: sur mon blog, "j'ai le droit d'exprimer les opinions qui me tiennent à coeur"... et de ne publier que certains commentaires...)

 

La liberté d'expression doit s'accompagner de retenue dans son usage. En matière de liberté d'expression cette retenue, c'est la civilité, comme le rappelle Pierre Bessard: "La liberté d'expression n'est pas une caution à dire ou à publier n'importe quoi en n'importe quelles circonstances, elle est la condition de pouvoir dire et publier ce que l'on juge approprié et pertinent." Mais c'est au libre arbitre de chacun de concilier liberté et responsabilité. 

 

Gilles Dryancour constate, en comparant les Etats-Unis et la France sur la même période des deux derniers siècles, que le premier pays, hors la période de la guerre civile, est plus stable politiquement que le second (quinze constitutions, trois révolutions, quatre guerres civiles à son compteur etc.) et qu'il y a un lien avec la liberté d'expression (premier amendement aux Etats-Unis, nombreuses périodes de censure en France):

 

"A l'aune de l'histoire, il semble donc que les sociétés tolérant la diversité des opinions ne sont menacées ni d'éclatement ni de radicalisation. En revanche, celles réprimant les opinions marginales ne trouvent aucun équilibre durable et connaissent la menace permanente de sombrer dans le chaos et la violence."

 

Il explique que "dans une société de liberté, l'intégration des valeurs se fait par l'échange social ou économique. Les individus se rendent rapidement compte qu'un comportement fondé sur des opinions marginales nuit à l'échange."

 

Il n'en est pas de même dans une société fortement socialisée, où "les revenus ne dépendent pas uniquement des efforts personnels" et où la plupart d'entre eux sont redistribués par la contrainte: "Les individus peuvent nourrir des opinions hétérodoxes sans avoir à redouter d'être marginalisés."

 

Gilles Dryancour reprend l'argument employé par Jean-Philippe Delsol dans sa contribution (voir partie 1/2).

 

Celui-ci dit en effet: "Par sa prodigalité mal placée, l'État social alimente une poudrière qu'il n'a plus les moyens de contenir. Il abaisse, en l'entretenant de mauvais subsides, une population qui bientôt se révolte en se nourrissant des thèses radicales qui lui donnent à rêver."

 

Gilles Dryancour, s'appuyant sur ce que l'on connaît des parcours de vie des frères Kouachi et de Coulibaly, confirme: "L'hostilité induite par les politiques de redistribution renforce le repli sur des opinions qui redonnent un statut valorisant à tous ceux que l'on empêche de réaliser leur potentiel."

 

Patrick Simon dit dans sa contribution (voir partie 1/2): "On criminalise l'opinion fausse, lui donnant par là même une importance qu'elle n'avait pas." Gilles Dryancour abonde dans ce sens: "L'interdiction de certaines théories historiques, des plus marginales, donnent du grain à moudre à leurs adeptes qui voient dans cette interdiction la preuve même qu'ils sont détenteurs de quelque vérité cachée et ignorée de tous."

 

Philippe Nemo revient sur les délits d'opinions sanctionnés par les lois françaises de censure et, notamment, sur la discrimination.

 

Pour que celui qui s'exprime soit désormais condamné, "il suffira 1) qu'il opère intellectuellement une distinction entre diverses catégories de personnes, et 2) que le fait d'avoir opéré cette distinction puisse être interprété par certains comme étant de nature à nuire un jour, de quelque manière non précisée, à la catégorie concernée, du seul fait qu'il l'aura distinguée d'une autre". 

 

Cela revient à faire d'une simple idée un acte, alors qu'il n'y a aucun moyen de prouver qu'une idée émise aura tels ou tels effets sociaux et alors qu'il n'y a aucun moyen de prouver la responsabilité personnelle de celui qui l'a émise...

 

En fait, comme le dit Philippe Nemo, il s'agit pour le juge, saisi par une association reconnue par le pouvoir, de condamner un groupe de personnes, considérées collectivement comme méchantes en s'en prenant à un de ses représentants, quand bien même il serait innocent. Le juge doit en somme procéder selon "une logique de culpabilité collective et de bouc émissaire"...

 

"Pour que la responsabilité soit un concept utile, il faut interrompre la chaîne des causalités quelque part, et disposer pour cela d'un critère", écrit Henri Lepage. Ce critère, dans la tradition occidentale du droit, c'est la faute: "que celle-ci soit appréciée en fonction d'attributs objectifs comme "l'invasion de propriété" (l'emissio romain), ou qu'elle résulte d'une évaluation subjective des faits de nature jurisprudentielle". Toutes les causes antérieures sont dès lors effacées et invalidées.

 

S'il n'y a pas de faute, alors il n'y a pas de responsabilité individuelle, et c'est le législateur qui désigne le responsable et distribue le risque par décret... Or un décret peut en cacher un autre, d'où une instabilité juridique, une attribution du risque arbitraire (parce que soumise aux pressions politiques) et une source de discorde et de conflit.

 

Le principe de précaution, inscrit dans la Constitution française, s'inscrit dans cette perspective de dégradation fondamentale du droit, puisqu'il consacre le concept vicié de responsabilité collective (la responsabilité de l'humanité présente vis-à-vis des générations futures etc.). Or il n'existe pas de responsabilité collective, ni d'ailleurs de risque objectif:

 

"Ce qui existe, ce sont des espérances individuelles qui font que, ex ante, nous gérons nos actes en fonction d'anticipations de gains ou de pertes. Le risque n'apparaît qu'ex post lorsque nous essayons a posteriori de reconstituer les probabilités statistiques que nous avions de réaliser ou non nos espérances."

 

Pourtant le principe de précaution, devenu critère de responsabilité, conduit à sanctionner "en décidant a posteriori de ce que vous auriez dû faire (ou ne pas faire) en fonction d'un ensemble d'informations qui n'étaient pas disponibles au moment où vous aviez à prendre la décision".

 

Comment le juge pourra-t-il en décider? Il fera appel à la gente scientifique dont on sait depuis la nuit des temps, et plus récemment depuis l'invention de la religion climatique, que les arguments peuvent être sujets à contestations et révisions...

 

Le libre arbitre individuel sera nié. Car la prise de risque ne se fera plus en conscience mais en "application de règles et de critères imposés en fonction de l'idée qu'une opinion dominante - médiatisée par ses prêtres - se fera de ce à quoi correspond le savoir scientifique du moment".

 

Le plus beau dans cette affaire, si je puis dire, c'est le paradoxe qu'Henri Lepage observe: "Le mouvement de plus en plus accentué vers la responsabilité sans faute s'accompagne d'une exigence croissante de transparence, et donc de responsabilité - au sens classique du terme: des responsabilités individuelles (À qui est-ce la faute? À qui - et non à quoi - doit-on notre malheur? Qui rendre responsable?) - de la part de l'opinion publique."

 

La conséquence, puisqu'"on a sorti la morale universelle du droit", est de désigner des boucs émissaires pour répondre à cette exigence... et, ainsi, de faire droit à l'arbitraire.

 

Drieu Godefridi donne justement une définition de l'arbitraire en la matière: "Est arbitraire, en droit, ce qui procède d'une volonté souveraine, plutôt que des règles de droit." Il donne pour exemple la criminalisation de la violence psychologique, qui l'est à cinq titres:

- le concept de violence psychologique n'est pas défini de manière cohérente par le législateur

- il ne peut l'être davantage par le juge pénal

- il revient alors à l'expert-psychiatre de le faire

Mais il fera de manière arbitraire:

- parce que le dommage psychologique dépend de l'état psychologique préalable de la victime

- parce que la notion de violence psychologique est extensible et a pour conséquence une loterie pénale, dépendant du verdict psychiatrique

 

En réalité, la criminalisation de la violence psychologique, dont les hommes auraient le monopole de l'exercice contre les femmes, relève de la logique du genre, c'est-à-dire de la culture et non pas de l'anatomie: "Selon Butler, le concept culturel de sexe, qui cristallise la violence masculine, procède des tabous de l'inceste et de l'homosexualité. C'est en prohibant l'inceste et l'homosexualité que le lobby phallogocentrique et hétérosexualiste perpétue son implacable domination"...

 

Les législations française et espagnole, la Convention d'Istanbul du Conseil de l'Europe s'inspirent de cette idéologie qu'est la théorie du genre pour faire de la violence psychologique un délit dont la matérialité est pourtant inexistante.

 

Ce genre, sans jeu de mots, d'incrimination pénale, vague et imprécise, se multiplie et englobe "tous et chacun des aspects de la vie de l'individu dans ses détails les plus intimes (silences, regards, etc.)"... N'est-ce pas le symptôme de sociétés dont les membres cherchent à s'exonérer de leur responsabilité face aux aléas de l'existence en la reportant sur le judiciaire, fût-ce au prix de leur liberté?

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Libéralisme et liberté d'expression, sous la direction d'Henri Lepage, 112 pages, Texquis

 

Episode précédent:

 

Libéralisme et liberté d'expression (1/2), sous la direction d'Henri Lepage

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 17:15
Libéralisme et liberté d'expression (1/2), sous la direction d'Henri Lepage

Libéralisme et liberté d'expression est un livre collectif paru il y a quelques six mois sous la direction d'Henri Lepage. Il comprend une introduction, une présentation des auteurs, neuf contributions, et une postface.

 

Les trois premières de ces contributions - les plus longues - sont les versions écrites d'interventions faites lors d'une réunion organisée par l'Institut Turgot  à l'Assemblée nationale le 26 janvier 2015.

 

Patrick Simon demande qu'il soit mis un terme en France au "retour vers la société archaïque que nous connaissons depuis peu, le législateur ayant promulgué par certaines lois des interdictions d'exprimer telle ou telle opinion".

 

Exemples non exhaustifs de cette régression:

- la persécution subie par le professeur Sylvain Gouguenheim pour avoir osé écrire que la pensée d'Aristote avait été transmise par le monde occidental avant la transmission arabe

- les condamnations judiciaires subies par l'ancien député Christian Vanneste pour avoir repris à son compte le propos d'Oscar Wilde: "Je remercie Adam de n'avoir pas été homosexuel car s'il l'avait été je n'existerais pas" (décisions cassées sans renvoi par la Cour de Cassation)

- l'interdiction de dire du mal d'une religion à l'exception du christianisme: "là on peut y aller à fond la caisse"

- l'interdiction d'évoquer le trafic d'esclaves organisé par les Arabes

- les lois mémorielles et les lois sanctionnant l'expression d'opinions jugées racistes ou discriminatoires

- la condamnation judiciaire d'Eric Zemmour pour avoir dit lors d'un débat télévisé que la raison de l'interpellation fréquente pour contrôle d'identité de noirs ou d'Arabes était que "beaucoup de trafiquants de drogue sont noirs ou arabes"

 

Patrick Simon rappelle que "souvent, les pensées nouvelles comme les grandes découvertes ont été des ruptures radicales et se sont opposées à la "doxa" de l'époque".

 

Conformément à la Convention européenne des droits de l'homme, "même les opinions qui heurtent, choquent ou inquiètent doivent pouvoir s'exprimer".

 

Sinon on aboutit à un tabou inversé: "Au lieu de laisser la vérité combattre le mensonge et s'affronter à lui en utilisant la seule méthode digne des sociétés qui ont des règles de droit, à savoir les preuves, on criminalise l'opinion fausse, lui donnant par là même une importance qu'elle n'avait pas, et l'on sanctuarise l'opinion vraie, la retranchant dans une forteresse dont elle n'avait nul besoin et qui ne fait que l'affaiblir."

 

La conception de la liberté d'expression est fondamentalement différente en France et aux Etats-Unis, rappelle Jean-Philippe Feldman, faisant référence à l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 d'une part, au premier amendement de 1791 à la Constitution américaine de l'autre:

 

"Dans un pays, on déclare une liberté que l'on met aussitôt sous la protection du législateur, alors que, dans l'autre, on garantit la liberté contre celui qui est considéré comme son violateur potentiel le plus dangereux: le législateur fédéral."

 

La Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est du même genre de construction socialiste que la Déclaration française, mais la Cour européenne des droits de l'homme adopte une jurisprudence des plus libérales... et elle condamne régulièrement la France dans le domaine de la liberté d'expression... qui y est mise à mal au nom de la prévention.

 

Au nom de la prévention, en 2014, le Conseil d'État a ainsi interdit les spectacles de Dieudonné en application d'un prétendu principe de "dignité" ou de la protection de l'individu contre lui-même. Or pour être un État de droit et non pas un État de police, la France doit appliquer un régime répressif et non pas préventif:

 

"C'est le régime répressif qui est le plus favorable à la liberté, puisqu'au lieu d'interdire a priori, il permet de réprimer a posteriori en tant que de besoin. En matière de liberté d'expression, un État de droit se traduit donc non pas par une censure interdisant les expressions individuelles, mais par d'éventuelles poursuites à la suite de propos tenus."

 

Or si l'on applique ce principe de prévention en matière pénale, on arrive "à cautionner le maintien en détention d'un individu présumé dangereux à l'issue de sa peine"... et à transformer l'État de droit en État sécuritaire. La tolérance au risque dans nos sociétés étant de plus en plus faible, l'État est encouragé à intervenir toujours plus: "Prompt à s'insurger contre l'arbitraire, l'homme est enclin à dénoncer tout aussi spontanément les faiblesses de la répression". 

 

Certes, si l'État doit avoir un rôle, c'est d'assurer la sécurité des personnes. Mais cette dérive sécuritaire aboutit à ce que les individus n'aient "plus d'autre liberté que celle de se sentir - prétendument - en sécurité". A mesure qu'il prend de l'expansion, en se muant en État-providence, et qu'il s'avère incapable de résoudre les calamités qu'il engendre par là même, l'État se conforte dans son rôle de protecteur abusif: "Ainsi l'impuissance de l'État se nourrit-elle de son omnipotence." Ce qui nourrit aussi l'utopie de ceux qui rêvent d'une société sans État...

 

La société sans risques, c'est celle des régimes totalitaires, du moins c'est ce qu'ils prétendent: "Pour paraphraser Friedrich Hayek, la liberté d'agir, qui conditionne le mérite moral, comporte la faculté d'agir mal. Le libre arbitre implique la possibilité de l'erreur; la suppression de l'erreur aboutit à gommer le libre arbitre pour établir une société prétendument parfaite."

 

Cette société prétendument parfaite, c'est le fameux modèle social français, où l'État hypertrophié se révèle incapable d'assurer la sécurité publique. Jean-Philippe Delsol explique pourquoi: "C'est que l'État consacre tant de ses dépenses à assister les résidents français, il dépense si volontiers pour soigner et loger, nourrir et éduquer tous ceux qui habitent son territoire, qu'il attire toujours plus ceux du monde entier qui veulent bien y vivre pour autant qu'ils n'aient pas à y travailler et qu'il n'a plus les moyens de supporter les charges de ses fonctions régaliennes: défense, sécurité, justice."

 

Et cette prodigalité a l'effet inverse de celui escompté: "Le naturel humain hait celui qui le sauve en soulignant ses faiblesses, il n'aime pas la main qui le nourrit. Par sa prodigalité mal placée, l'État social alimente une poudrière qu'il n'a plus les moyens de contenir. Il abaisse, en l'entretenant de mauvais subsides, une population qui bientôt se révolte en se nourrissant des thèses radicales qui lui donnent à rêver."

 

La France laïcarde nie son origine chrétienne et méconnaît le principe de base de la séparation du politique et du religieux, conforme à la parole du Christ ("Rendre à César ce qui est César et à Dieu ce qui est à Dieu"), qui n'est pas négation du religieux, mais reconnaissance de deux domaines distincts:

 

"Cette séparation a contribué à la création d'interstices de liberté là où il n'y avait jamais auparavant qu'un pouvoir unique et généralement omnipotent. Elle a fait germer la liberté de pensée et de parole, protégée tantôt par l'un tantôt par l'autre, et ce faisant elle a favorisé l'initiative, la recherche, la créativité, le progrès en ressourçant le judaïsme, la philosophie grecque et le droit romain à partir desquels elle a contribué à la naissance d'une civilisation unique au monde par sa richesse et son inventivité.

"En niant cette origine, l'idéologie française a voulu affirmer un modèle unique, celui de la laïcité militante et exclusive, et la supériorité de sa parole. Ce faisant, elle a donné des armes aux islamistes qui condamnent également, mais différemment la séparation du religieux et du politique."

 

Résultat: "Les jeunes dont la soif de spiritualité est conforme à leur nature, comme à celle de tous les hommes, se laissent volontiers séduire par l'Islam, qui, à tout prendre, apparaît plus prometteur que la pauvre laïcité française dont l'idéal se limite à la manne très fade d'un État-providence qui n'a plus les moyens de sa politique."

 

La loi, du fait de l'instauration furtive de ce modèle unique, laïque et obligatoire, tend de plus en plus à dicter le comportement que chacun doit avoir plutôt que d'interdire les comportements des uns qui nuisent aux autres. Bref, prenant la place de la responsabilité individuelle, de loi-liberté elle devient loi-soumission et loi unique, avec pour corollaire une parole unique et unilatérale. Dieudonné et Zemmour, pour ne citer qu'eux en savent quelque chose.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Libéralisme et liberté d'expression, sous la direction d'Henri Lepage, 112 pages, Texquis

 

Episode suivant:

 

Libéralisme et liberté d'expression (2/2), sous la direction d'Henri Lepage

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 22:40
Contre le droit au travail, d'Alexis de Tocqueville

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 , toute imparfaite qu'elle soit, s'appuyait au moins sur le Droit naturel. Sous l'influence de l'Union Soviétique, la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 s'en est considérablement éloignée.

 

Cette déclaration a en effet créé de nouveaux droits, les droits-créances, qui n'ont rien de naturels et qui, même, sont contraires au Droit naturel.

 

Alors que les droits naturels sont attachés à la nature des individus, qui ont des droits de, les droits-créances obligent des individus à se mettre au service d'un autre individu ou d'autres individus, qui auraient des droits à.

 

Où l'on voit qu'une préposition peut changer complètement le sens d'un substantif...

 

Cette homologation officielle et pernicieuse des droits-créances n'est pas une pure innovation du XXe siècle. En 1848, un siècle plus tôt, il a été question d'introduire dans la Constitution de la IIe République française, un droit au travail.

 

Le député Mathieu de la Drôme proposait l'amendement suivant à l'article 8 du Préambule de cette Constitution:

La République reconnaît le droit de tous les citoyens à l'instruction, au travail et à l'assistance.

 

Le texte de l'article 8, de la Constitution, datée du 4 novembre 1848, sera quelque peu différent:

La République doit protéger le citoyen dans sa personne, sa famille, sa religion, sa propriété, son travail, et mettre à la portée de chacun l'instruction indispensable à tous les hommes; elle doit, par une assistance fraternelle, assurer l'existence des citoyens nécessiteux, soit en leur procurant du travail dans les limites de ses ressources, soit en donnant, à défaut de la famille, des secours à ceux qui sont hors d'état de travailler.

 

Dans un discours prononcé le 12 septembre 1848, Alexis de Tocqueville s'oppose à l'amendement de Mathieu de la Drôme. Les Belles Lettres, dans leur collection [Petite] bibliothèque classique de la liberté, dirigée par Alain Laurent, viennent de publier ce discours, précédé d'une préface de Pierre Bessard, directeur général de l'Institut Libéral - qui est un excellent éclairage sur la portée actuelle des propos de Tocqueville - et suivi des notes préparatoires de l'orateur.

 

Dans ce discours, Tocqueville s'oppose à l'amendement qui accorde à chaque homme en particulier le droit général, absolu, irrésistible au travail, en raison des conséquences qu'auraient un tel droit s'il était reconnu. Car, ou bien l'Etat deviendra le seul et unique entrepreneur industriel - c'est le communisme -, ou bien l'Etat deviendra le grand et unique organisateur du travail - c'est le socialisme.

 

Alexis de Tocqueville dessine alors les traits communs à toutes les formes de socialisme:

- Un appel énergique, continu, immodéré, aux passions matérielles de l'homme;

- Une attaque tantôt directe, tantôt indirecte, mais toujours continue, aux principes mêmes de la propriété individuelle;

- Une défiance profonde de la liberté, de la raison humaine.

 

Dans tous les socialismes, l'État ne doit pas seulement être le directeur de la société, mais doit être pour ainsi dire le maître de chaque homme; que dis-je! son maître, son précepteur, son pédagogue:

De peur de le laisser faillir, il doit se placer sans cesse à côté de lui, au-dessus de lui, autour de lui, pour le guider, le maintenir, le retenir.

 

En résumé, qu'est-ce que le socialisme, sinon une nouvelle formule de la servitude...

 

A ces traits du socialisme, Tocqueville oppose les bienfaits de la révolution française:

- les grands sentiments qui font faire aux hommes de grandes choses;

- la propriété consacrée et répandue;

- la liberté substituée aux entraves de l'ancien régime que le socialisme veut rétablir, similairement.

 

Tocqueville souligne l'incompatibilité du socialisme avec la démocratie, comprise comme elle s'exerce à l'époque le plus souverainement, c'est-à-dire en Amérique:

La démocratie étend la sphère de l'indépendance individuelle, le socialisme la resserre. La démocratie donne toute sa valeur à chaque homme, le socialisme fait de chaque homme un agent, un instrument, un chiffre. La démocratie et le socialisme ne se tiennent que par un mot, l'égalité; mais remarquez la différence: la démocratie veut l'égalité dans la liberté, et le socialisme veut la liberté dans la gêne et la servitude.

 

Alexis de Tocqueville souhaite que la révolution de février 1848 continue celle de 1789, c'est-à-dire:

- qu'il n'y ait plus de classes politiquement;

- que les charges publiques soient égales;

- que chaque homme dispose de lumières et de liberté, pour n'avoir rien de plus à demander à ceux qui le gouvernent;

- que l'État ne se mette pas à la place de la prévoyance et de la sagesse individuelles mais qu'avec les moyens dont il dispose il vienne au secours de tous ceux qui souffrent, au secours de ceux qui, après voir épuisé toutes leurs ressources, seraient réduits à la misère, s'[il] ne leur tendait pas la main.

 

Tocqueville parle à propos de ce dernier point de christianisme appliqué à la politique. Mais est-ce bien du ressort de la politique et de l'État de pratiquer ainsi le christianisme par la contrainte, ôtant à ceux, au nom desquels il l'exerce, tout mérite moral et charitable?

 

Francis Richard

 

Contre le droit au travail, Alexis de Tocqueville, 96 pages, Les Belles Lettres

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 01:00
"La marche des lemmings" de Serge Federbusch

"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde." Albert Camus

 

Dans la dernière page de son livre, La marche des lemmings, Serge Federbusch fait cette citation, en manière de conclusion. Et il est vrai que cette citation résume bien sa démarche, nommer sans détours le danger que représentent les progrès de l'islamisme en France.

 

Pour cela il montre dans son livre que ce danger n'a pas été mesuré à sa juste hauteur avant et après la première mort de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

 

Le premier chapitre s'intitule Les grands cimeterres sous la lune, qui font immédiatement penser au livre de Georges BernanosLes grands cimetières sous la lune, où il dénonçait les atrocités commises par les nationalistes espagnols, prétendument chrétiens, pendant la Guerre Civile.

 

Le premier paragraphe de ce premier chapitre s'intitule Balles tragiques chez  Charlie: douze morts, qui font immédiatement penser à la une fatale de Hara-Kiri après la mort de Charles de Gaulle: Bal tragique à Colombey: un mort. Une semaine plus tard Hara-Kiri, qui s'était fait seppuku, renaissait de ses cendres, tel le phénix, sous le nom de Charlie-Hebdo...

 

Ces allusions, à peine voilées, à des titres antérieurs, ne sont pas fortuites: il y a d'un côté l'islam fondamental, celui des origines - les cimeterres sont des sabres courbes employés par les musulmans du Moyen-Orient lors de leurs conquêtes -, de l'autre le goût souvent douteux des attaques contre les cibles de l'hebdo satirique:

 

"Charlie Hebdo avait tendance, on l'oublie un peu vite, à réserver les plus salaces croquis aux catholiques, moins hargneux et moins dangereux que les musulmans."...

 

Une étude montre de plus que les unes de l'hebdo sur une période de dix ans prennent trois fois plus pour cibles les chrétiens que les musulmans...

 

Les cibles des frères Kouachi, Chérif et Saïd, et d'Amedy Coulibaly n'étaient pas toutes des caricaturistes ni des journalistes, mais il faut croire qu'il y a des victimes moins anonymes que d'autres...

 

Quoi qu'il en soit, tous ces morts sont le résultat d'un nombre incroyable de carences que Serge Federbusch souligne d'entrée, force détails à l'appui: allègement insensé de la protection de  Charlie Hebdo peu de temps auparavant, étonnante inertie des services de renseignement à l'encontre des futurs assassins, étrange cavale des frères Kouachi, qui n'ont rien fait pourtant, dans leur fuite, pour se dissimuler...

 

Pour occulter les responsabilités de l'État, rien de tel qu'une diversion, si possible de grande ampleur, histoire aussi de faire oublier, un temps du moins, les piteux résultats d'une politique socialiste: hausses ralenties seulement de l'impôt et des dépenses publiques, inversion improbable de la courbe du chômage, croissance des déficits et de la dette, soumission à Berlin...

 

La communication est essentielle dans ces circonstances et les communicants présidentiels, aidés par la presse socialisante, vont transformer Hollande "en quasi héros ayant su dominer ses émotions et la situation alors qu'il fit le minimum obligé":

 

"Hollande a été absous de ses errements antérieurs grâce aux frères Kouachi et à Coulibaly. Les crimes de janvier 2015 n'ont eu qu'un seul bénéficiaire objectif et il se trouve à la tête de l'État."

 

Mais, pour faire diversion, une grande manifestation populaire, c'est encore mieux qu'une simple communication médiatique, fût-elle unanime:

 

"Le principe d'une manifestation sous la houlette de l'État fut acquis dès le 8 janvier. Elle devint immédiatement l'une des préoccupations essentielles du pouvoir, aussi importante que la traque des assassins. Les services de la préfecture seront en effet mobilisés avec des moyens jamais vus dans des délais aussi courts pour un événement imprévisible trois jours plus tôt."

 

Et tout est fait pour contribuer au succès de cette grande manifestation: moyens considérables alloués à l'organisation, appels au peuple des médias unanimes, invitation à manifester faite à des représentants d'États étrangers, dont nombre d'entre eux, pourtant, n'hésitent pas, chez eux, à réduire les journalistes au silence...

 

Et puis il y a la trouvaille de Joachim Roncin, directeur artistique de la revue Stylist, qui publie son logo "Je suis Charlie" à 12:52 sur Twitter le 7 janvier, une heure et quart à peine après le massacre, et qui aura, repris par une foultitude, le succès phénoménal que l'on sait, sans que l'on sache comment l'interpréter:

 

"Un premier niveau de lecture y voit une forme directe et émouvante de solidarité courageuse. Un second y décèle au contraire une pulsion suicidaire, une incitation à l'attentat, un réflexe d'identification périlleux. Un troisième y voit un talisman protecteur: arborer "Je suis Charlie", c'est montrer à d'éventuels adversaires qu'on fait partie d'une communauté nombreuse et puissante qui ne se laissera pas malmener.

 

Après avoir fait diversion pour occulter les responsabilités du pouvoir en place, une autre diversion est mise en place, se superposant à la première, avec pour but de dévier "la charge émotive susceptible de se diriger contre les musulmans". Ce fut l'adoption des deux lignes de défense suivantes:

 

"La première consistait à réfuter le lien entre islam et terreur en le qualifiant d'amalgame; la seconde ne craignant ni paradoxe ni contradiction, à opérer aussitôt un amalgame en mettant sur le même plan l'extrême-droite et le terrorisme musulman."

 

Ces deux lignes de défense, où un amalgame chasse l'autre, sont adoptées par tout ce qu'il existe de médias à gauche: Libération, L'Obs, Médiapart etc. et "repris, comment s'en étonner, par la plupart des politiciens de gauche et une large fraction de ceux de droite".

 

François Hollande, en visite à l'Institut du monde arabe à Paris, poussera le bouchon plus loin en parlant, sans rire, des "musulmans, premières victimes du fanatisme, du fondamentalisme et de l'intolérance"...

 

Serge Federbusch pose la question qui fâche: "L'islam et les populations d'origine immigrée ont-ils une responsabilité particulière dans ces événements? En d'autres termes, comment en sommes-nous arrivés là?"

 

L'auteur rappelle que deux lobbies ont trouvé un intérêt dans l'immigration africaine: dans un premier temps le patronat et ses sergents recruteurs pour bénéficier d'une main-d'oeuvre à bas prix et obéissante; dans un deuxième temps, la gauche, notamment socialiste, pour bénéficier d'un électorat de "grande substitution", comme l'appelle le think tank de gauche Terra nova, aux ouvriers partis massivement voter FN:

 

"Dans ce contexte, la pression migratoire a en retour alimenté une réaction de rejet à l'extrême-droite qui a touché ensuite un plus large spectre de la sensibilité politique. Sa formulation la plus directe, qui a été donnée par Renaud Camus sous le nom de "grand remplacement", peut être considéré comme le pendant de la grande substitution de Terra nova."

 

Force est de constater que "l'islam se répand rapidement en France" et qu'on peut y voir une réaction identitaire et une recherche de dignité de la part de populations réduites à des emplois subalternes ou qui ont des difficultés à s'insérer dans le marché du travail: "L'islam est la réponse conservatrice, protectrice" à un univers perturbant de compétition permanente.

 

Force est de constater que cette dynamique religieuse s'accompagne d'une "montée d'un sentiment antijuif, d'une haine de l'ordre établi et d'un fondamentalisme musulman qui peut déraper vers une violence à la Kouachi". Il n'y a pas de "séparation étanche entre islam et islamisme".

 

L'islam, au contraire de l'Eglise catholique qui s'est assagie et n'est plus celle de l'Inquisition et des croisades, éprouve de grandes difficultés à s'adapter et le blasphème reste pour lui un crime. Et le nombre de plus en plus important de musulmans "permet une radicalité et une véhémence que l'extrême minorité des temps passés n'autorisait pas".

 

Le fait est que "les prédicateurs extrémistes  investissent un nombre croissant de mosquées", que nombre de musulmans ne se sont pas sentis "Charlie" et que peu de Français arabes et noirs ont participé à la grande manifestation du 11 janvier.

 

Il n'en demeure pas moins que ce refus généralisé de voir cette réalité de la montée de l'islamisme conduit à une attitude de plus en plus conciliatrice - Serge Federbusch parle de dhimmicratie - à l'égard de ce fondamentalisme et à une censure et autocensure "sur les sujets migratoires et/ou musulmans" pour prétendument éviter l'amalgame: 

 

"En définitive, le résultat paradoxal des meurtres de janvier 2015 est d'ores et déjà de conférer aux fondamentalistes davantage d'impunité."

 

Bref, les foules qui ont manifesté le 11 janvier, ont été trompées: "La marche républicaine peut donc être considérée comme un défilé de lemmings." Au sens symbolique que leur confère la croyance populaire de leur suicide en masse lors de leurs migrations:

 

"En s'identifiant à la victime, avec comme seul correctif le nombre, la foule espère se protéger sans avoir à combattre. Mais l'islamisme agit comme un germe qui a déjà franchi les barrières immunitaires de la société d'accueil. La multitude d'organismes hôtes et leur proximité ne peuvent, au contraire, qu'accélérer la diffusion."

 

Les seules piètres réponses de l'État aux progrès de l'islamisme? Réprimer davantage ceux qui dénoncent les dérives de l'islam et donner tout pouvoir, liberticide, aux espions français "pour écouter ou intercepter les conversations ou correspondances électroniques de présumés suspects".

 

Il ne sert de rien, comment l'État le fait, de détourner ainsi son regard des progrès de l'islamisme: "Tôt ou tard les lemmings vont devoir apprendre à lutter."

 

Francis Richard

 

La Marche des lemmings, Serge Federbush, 190 pages, Ixelles éditions

 

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 11:15
"Piketty, au piquet!" de Frédéric Georges-Tudo

Paru il y a près de deux ans maintenant, à l'été 2013, Le Capital au XXIe siècle, de Thomas Piketty, est un best-seller: il se serait vendu à un million et demi d'exemplaires dans le monde... Ne serait-ce que feuilleter ce pavé de 976 pages ne donne pourtant pas envie au lecteur le plus impénitent de s'y plonger...

 

Dans son essai, Piketty, au piquet!, Frédéric Georges-Tudo le résume en 10 points, qui, à lire les recensions, favorables ou non, ne semblent pas trahir les grandes lignes de ce pensum et permettent de ne pas s'en infliger la lecture, même s'il doit être certainement un excellent remède contre l'insomnie...

 

Le résumé du Capital de Piketty

 

En résumé de ce résumé, Thomas Piketty tente de démontrer, force données statistiques à l'appui (115 tableaux et graphiques):

 

1) que le capitalisme génère exponentiellement les inégalités de richesse entre les individus

2) que la part du total des revenus capté par le 1% des plus riches Américains n'a cessé de s'accroître (30% contre 20% au début des années 1980)

3) que ce centile supérieur a capté 60% de la croissance des revenus au cours des 30 dernières années

4) que les inégalités patrimoniales sont encore bien plus criantes

5) que l'explication de ces inégalités est donnée par la loi fondamentale selon laquelle le rendement du capital est toujours supérieur au taux de croissance

6) que cette loi a été mise entre parenthèses pendant une partie du XXe siècle grâce une imposition élevée sur le capital

7) que, la croissance étant désormais atone, environ1%, due à une faible démographie et un ralentissement de l'innovation, et l'imposition sur le capital étant plus faible, cette loi se vérifie à nouveau: le rendement du capital est de l'ordre de 5%

8) que l'accroissement des inégalités qui en résulte est amplifiée du fait que les revenus du travail des plus riches pèsent moins que leurs revenus provenant du capital, du fait qu'ils peuvent faire des placements plus rentables que les autres individus, et du fait que, si leur capital est placé dans des multinationales, son rendement est encore plus élevé

9) que les rentiers sont favorisés au détriment des entrepreneurs

10) que le seul moyen de remédier aux inégalités est d'augmenter la progressivité des impositions sur les revenus et fortunes

 

Les escroqueries intellectuelles

 

La démonstration de Piketty serait, peut-être, davantage convaincante si elle ne reposait pas sur des escroqueries intellectuelles:

 

1) Pour comparer les revenus Thomas Piketty omet d'ajouter les aides sociales et de soustraire les impôts subis, bref il ne tient pas compte des mécanismes de redistribution

2) Une investigation menée par le Financial Times montre qu'il y a, dans les chiffres cités en abondance à l'appui de sa démonstration, des erreurs de transcription, des calculs de moyenne laissant à désirer, des extrapolations hasardeuses, des ajustements inexpliqués etc.

3) Une étude de l'IREF montre, quant à elle, que Thomas Piketty confond sciemment les notions de capital et de patrimoine détenu par les ménages, et qu'il compare les rendements du capital en prix courants aux taux de croissance en prix constants...

4) Thomas Piketty arrive miraculeusement à tracer les graphiques du rendement du capital (après impôts) et du taux de croissance depuis l'Antiquité jusqu'à l'an 2000 et à faire une projection de leur évolution jusqu'en 2200...

5) Thomas Piketty afirme que les millionnaires font des placements peu risqués et très profitables en comparaison de ceux du petit peuple, mais passe sous silence leurs investissements en bourse, qui sont on ne peut plus aléatoires

6) Thomas Piketty attribue à Roosevelt, en 1933, le relèvement à 63% de la dernière tranche d'imposition, alors que c'est Hoover qui l'a fait en... 1932

 

Thomas Piketty est pris la main dans le pot de confiture d'un autre truquage de chiffres par Frédéric Georges-Tudo: il avait dit en 2011, avant la présidentielle de 2012, que "plus vous êtes riche, moins vous payez d'impôts". C'était un mensonge éhonté de l'économiste français... que Tudo démonte sans problème.

 

Les erreurs d'analyse

 

Exemples:

 

1) La contradiction sur le rendement du capital

 

La plus belle contradiction de Thomas Piketty se trouve dans ses deux affirmations suivantes, résumées en ces termes par Frédéric Georges-Tudo:

 

1) "Le capital se reproduit seul et de manière automatique, ce qui contribue à son irréfrénable accumulation entre les mains d'un nombre de plus en plus réduit de bénéficiaires."

2) "Le capital est hautement volatil et incertain comme mécanisme individuel d'accumulation de richesses."

 

La première affirmation vient au secours de sa loi fondamentale du capitalisme (le rendement du capital est supérieur au taux de croissance) et la seconde à son refus de toutes retraites par capitalisation...

 

Si l'affirmation 1) est vraie, elle suppose que le capital est de connivence avec l'Etat. Autrement, le rendement du capital est imprévisible: "L'économie réelle se charge de désigner des vainqueurs et des vaincus dans chaque couche de la société."

 

Frédéric Georges-Tudo passe en revue les démonstrations des contradicteurs de Thomas Piketty. Ils sont légion ceux qui soulignent ses interprétations erronées des lois fondamentales de l'économie:

 

"Qu'ils appartiennent à l'école marxiste, keynésienne, néo-classique ou autrichienne, les chercheurs en science économique sont donc nombreux à rhabiller notre génie national pour l'hiver."

 

Le lecteur lira avec profit leurs diverses démonstrations exposées dans le livre de Frédéric Georges-Tudo.

 

2) Le petit nombre qui accroît sa richesse et qui devient infime

 

Thomas Piketty ne sait pas (en tout cas il se garde d'en parler) que les plus grosses fortunes sont détenues essentiellement par des entrepreneurs (au niveau mondial il n'y a que 13% d'héritiers parmi les 211'275 individus qui ont une fortune supérieure à 30 millions de dollars).

 

Et ce ne sont pas toujours les mêmes au cours du temps: "Une étude du Crédit Suisse révèle ce chiffre saisissant: parmi les 613 milliardaires identifiés en 2000, seuls 52 l'étaient toujours dix ans plus tard." Ce qui est vrai pour les fortunes l'est d'ailleurs pour les gains annuels.  Ce qui remet en cause la théorie de Piketty d'accumulation automatique de capital.

 

Et sa théorie sur la concentration des richesses? Une partie de la réponse se trouve dans cette alternative: est-il préférable d'avoir des inégalités et moins de pauvreté ou moins d'inégalités et plus de pauvreté?

 

Encore faut-il s'entendre sur le terme de pauvreté. Comme on définit le seuil de pauvreté en termes relatifs - vit en-dessous du seuil de pauvreté "la part de la population dont les revenus sont inférieurs à 60% du revenu médian constaté" -, plus une société est riche, plus il est élevé...

 

Si l'on utilise le PIB par tête, "la situation des américains "pauvres" est  dans l'ensemble préférable à celle de la plupart des classes moyennes du reste de l'humanité". Si l'on utilise l'indice de bien-être de l'OCDE, "la catégorie du décile inférieur américain profite d'une existence plus enviable que celle du décile supérieur israélien, russe, portugais, brésilien, mexicain, turc etc.".

 

En admettant que le rendement du capital soit de 5% et que le taux de croissance soit de 1% comme le prétend Piketty, et que le centile supérieur réinvestisse 70% de ses revenus de capital, que se passe-t-il? L'IREF s'est livré  à cet exercice théorique et aboutit à la conclusion que l'histoire s'arrête en 2034: "Faute de patrimoine disponible pour permettre la croissance de leur richesse, les plus riches n'ont plus rien à se mettre sous la dent"...

 

Le ralentissement conjoint de la démographie et de l'innovation risquent-ils de priver durablement l'Occident d'un fort taux de croissance? Cette affirmation pikettyste, basée sur sa deuxième loi fondamentale du capitalisme, relève tout simplement de la science-fiction... Et Frédéric Georges-Tudo, en réponse, envisage des options plus réjouissantes et plus vraisemblables, que le lecteur de son livre découvrira par lui-même.

 

Les recommandations désastreuses

 

Pour stopper la spirale inégalitaire sans fin d'un "capitalisme inhumain" à l'agonie, Thomas Piketty préconise "l'avènement d'un néo-communisme cauchemardesque". Comment? En instaurant une fiscalité mitonnée tout spécialement pour les riches:

 

- un ISF, impôt sur la fortune, annuel, mondial ultraprogressif, idéalement de 10% au-delà d'un milliard d'euros

- un IR, impôt sur le revenu, ultraprogressif, idéalement de 80% au-delà de 400'000 euros.

 

Stefan Homburg, professeur à l'université de Leibniz, a pris un exemple pour voir ce que cela donnait:

 

- patrimoine de 1 milliard d'euros: ISF = 100 millions d'euros

- revenu de ce patrimoine, selon l'affirmation pikettyste: 50 millions d'euros (=5% de 1 milliard)

- IR de 50 millions: 40 millions (=80% de 50 millions)

 Total = 140 millions d'impôt pour 50 millions de revenu disponible, soit 280% de taux d'imposition global (= 140/50)

 

Cet exemple suffit à démontrer qu'avec de telles recommandations, on va droit dans le mur, comme dirait Agnès Verdier-Molinié. Thomas Piketty, prétendument économiste, ne sait pas comment les richesses sont créées et ce qui motive un entrepreneur:

 

"Il est vrai que Thomas Piketty n'a jamais mis les pieds dans la moindre PME ou multinationale. Rémunéré par le contribuable depuis le premier jour de sa carrière sans avoir à se préoccuper d'où sort l'argent qui le fait vivre, il ne cache pas son désintérêt pour ce pan vulgaire de sa discipline qu'est la commercialisation de biens ou de services marchands."

 

Alors Frédéric Georges-Tudo lui rappelle cette vérité d'évidence: UN ENTREPRENEUR NE JOUE JAMAIS POUR L'HONNEUR... Et les entrepreneurs qui réussissent ont un insatiable appétit entrepreneurial. "Sans cet état d'esprit et sans créativité, une entreprise ne serait rien d'autre qu'un tas de déchets et de fer rouillé", disait Ludwig von Mises, le père de l'économie autrichienne...

 

Thomas Piketty ne connaît pas davantage la courbe d'Arthur Laffer (version américaine, et vérifiée dans les faits, de "trop d'impôt tue l'impôt"), il ne sait pas que ce sont les pauvres qui morflent quand les riches sont surimposés et qu'en économie il faut choisir:

 

"Un petit gâteau de plus en plus petit, mais découpé en parts égales? Ou un gâteau que l'on cherche à faire grossir, quitte à accepter que tout le monde n'ait pas une portion identique dans son assiette? Plus d'égalité en nivelant vers le bas ou plus de prospérité en laissant quelques têtes dépasser très largement? Et la seconde option ne peut fonctionner qu'à condition d'accepter... l'inacceptable: certaines d'entre elles vont grimper jusqu'aux nuages."

 

La France de François Hollande a choisi la première option, pikettyste... avec les résultats que l'on sait.

 

Le militant d'extrême-gauche travesti en chercheur scientifique

 

Une citation vaut mieux que toute démonstration. A la page 867 du pensum du documentaliste besogneux qu'est Piketty et qui n'a de chercheur scientifique que le nom, Frédéric Georges-Tudo cite ce passage éloquent:

 

"L'impôt sur le capital permet d'apporter une réponse à la fois plus pacifique et plus efficace [que le communisme] à ce problème éternel posé par le capital privé et son rendement."

 

Frédéric Georges-Tudo commente: "Quelle belle âme! Grâce à lui, il devient inutile d'anéantir le rendement du capital en exterminant les capitalistes, comme l'ont fait les dictateurs du XXe siècle. Il suffit de tout leur confisquer après coup, par le biais de lois démocratiques. Le grand soir fiscal, en somme. On comprend donc que Thomas Piketty ne renie rien de l'héritage intellectuel de Karl Marx. Tout juste se contente-t-il d'emprunter une autre voie pour parvenir à la même peste universelle, nommée égalitarisme."

 

Thomas Piketty ne renie pas non plus l'héritage familial: ses deux parents militaient à Lutte Ouvrière... Il est parfaitement en ligne avec eux quand il laisse entendre qu'il n'est de fortune que dérobée à la collectivité et qu'elle doit donc lui être restituée par l'impôt.

 

Doit-on sous-estimer les thèses de Thomas Piketty? Que non pas: "La société égalitariste, magnifiée par Thomas Piketty, a été tentée à plusieurs reprises et dans de nombreux pays au cours du XXe siècle. Sachant qu'elle n'a engendré que misère, privation et désolation, nous devrions en être vaccinés à tout jamais. Las, la jalousie qui sommeille en chacun rend les peuples amnésiques."

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Piketty, au piquet!, Frédéric Georges-Tudo, 224 pages, Editions du Moment

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 23:55
"Changer Bercy pour changer la France" de Bernard Zimmern

Bernard Zimmern, avec l'assistance de Dominique Mercier et Valérie Pascale, vient de publier un livre à contre-courant des économistes en vogue, des égalitaristes tels que Joseph Stiglitz ou Thomas Piketty, qui, obsédés par la chasse aux inégalités, ne comprennent rien au processus de création de richesses et induisent en erreur ceux qui se laissent séduire par leurs thèses basées sur l'envie.

 

Pour ces prétendus économistes, le riche, surtout américain, voilà l'ennemi, surtout le très riche, et, davantage encore, le très très riche, qui serait un rentier, un profiteur des richesses créées par d'autres. Or, manque de chance, ces très très riches, ces milliardaires américains, sont en grande proportion des entrepreneurs dont les aïeuls étaient pauvres ou sans fortune notable.

 

Bernard Zimmern montre, chiffres à l'appui, l'imposture de ces prétendus économistes. En effet ils voient que la croissance des revenus des très riches est plus rapide que la moyenne, mais ne voient pas que ce sont ces très riches qui font la croissance en créant des richesses et des emplois.

 

Ces prétendus économistes ne voient pas non plus que, si la croissance est toujours plus forte aux Etats-Unis qu'en Europe et que le chômage y est moindre, c'est qu'aux Etats-Unis il y a davantage de milliardaires en proportion qu'en Europe et que ces milliardaires y sont, en outre, en plus grande proportion des entrepreneurs.

 

Ceux qui créent le plus d'emplois, ce sont toutefois les millionnaires, donc les très riches, qui, aux trois quarts, sont des entrepreneurs individuels et représentent plus de la moitié de la fortune industrielle et de l'investissement américains.

 

Parce que ces entrepreneurs, qui risquent leur fortune personnelle, sont mis à l'index par l'administration Obama, et menacés par les dirigeants démocrates, et parce qu'ils sont écoeurés, la reprise américaine est plus lente et plus hésitante qu'elle n'aurait pu l'être...

 

Vous avez dit risque? "Le concept de risque est totalement étranger à des professeurs d'université dont la paie est assurée jusqu'à la fin de leurs jours." C'est pourtant le risque, souvent considérable, que prennent les entrepreneurs qui fait la force d'une économie et qui peut être aussi bien à l'origine de leur fortune que de leur chute.

 

Quand ces prétendus économistes parlent de justice sociale, ils oublient justement le risque pris par les entrepreneurs, qui se traduit pour eux par une plus grande instabilité de revenu que celle d'un salarié: un entrepreneur a certes plus de chances qu'un salarié de grimper l'échelle des revenus, mais il a aussi plus de chances de la dégringoler.

 

Qui sont-ils ces économistes, ces égalitaristes? Ils sont tous fonctionnaires: "Ils réalisent le rêve de tout fonctionnaire: appartenir au secteur public et garder la garantie de l'emploi, mais avec les avantages du secteur privé."... 

 

Si ces égalitaristes promeuvent la redistribution, celle-ci n'améliore pas pour autant réellement les conditions d'existence des plus pauvres et des plus déshérités. Ils n'en perçoivent qu'une partie en espèces, tandis qu'une petite minorité, appartenant au secteur public, perçoit la plus grande partie de la redistribution en nature...

 

Pour étayer leurs propos sur les inégalités croissantes en France, ces égalitaristes trichent avec les statistiques et ne retiennent que les éléments qui vont dans le sens de leurs thèses. Ainsi ils ne tiennent pas compte par exemple dans l'évolution des revenus des revenus de la redistribution ou ils y intègrent au contraire les bénéfices non distribués.

 

Quand ces égalitaristes font des comparaisons de patrimoine, ils ne prennent pas en compte l'âge des détenteurs, de même qu'ils ne tiennent pas compte des capitaux correspondant aux rentes de retraites versées ou des autres prestations sociales perçues, lesquels réduisent pourtant les inégalités entre riches et pauvres.

 

Il n'est pas besoin d'être Einstein pour comprendre qu'en démocratie les voix des pauvres sont plus nombreuses que celles des riches et qu'en conséquence la redistribution sous forme d'avantages en espèces ou en nature, est le moyen le plus efficace pour se faire une clientèle électorale.

 

La redistribution est aussi un alibi moral pour les étatistes, qui présentent ce vol des uns pour remplir la poche des autres, sous les traits vertueux de la justice sociale et qui, en fait, substituent l'immorale solidarité forcée des programmes étatiques à la philanthropie volontaire des anglo-saxons.

 

Bercy est une forteresse imprenable et l'instrument implacable de la redistribution. Le donjon de cette forteresse, c'est la Direction de la Législation Fiscale. C'est cette dernière qui décide de la politique fiscale du pays et l'impose au Parlement qui n'a pas les moyens de s'y opposer. D'autant que ses contrôleurs sont tous issus de Bercy... Quant à la Cour des Comptes, ses membres sortent de la même école que ceux qu'ils examinent...

 

Comment apprécier la valeur des fonctionnaires de Bercy? Comme il n'existe pas d'instrument de mesure au sein de cette entité, un moyen simple de les jauger est de voir ce qu'ils donnent quand ils dirigent des entreprises privées. Là les contre-performances des Pierre-Yves Haberer, Jean-Marie Messier, Michel Albert ou autres Alain Minc sont éloquentes et se passent de commentaires...

 

Bercy décide donc en fait du sort de 63 millions de Français. Le malheur est que les agents de Bercy ne connaissent rien à l'entreprise, pour la bonne raison qu'ils n'y ont jamais travaillé. Aussi toutes les mesures qu'ils cogitent depuis trente ans pour favoriser l'emploi - formation, insertion etc. - sont-elles surtout créatrices de chômage. Parce que, selon Bernard Zimmern, ils ne savent pas notamment que seules les entreprises nouvelles créent des emplois...

 

Pour terminer, Bernard Zimmern raconte toutes les batailles pour l'emploi et pour les Business Angels qu'il a menées de 2002 à 2012 sous un gouvernement dit de droite. Toutes ont été des échecs, parce qu'il n'est pas acceptable pour Bercy d'"encourager les riches à s'enrichir"... Or il ne sert à rien de chercher à réduire la dépense publique si, parallèlement, on ne favorise pas justement la création d'entreprises nouvelles...

 

Selon l'auteur il faut donc que Bercy accepte d'aider les riches à devenir plus riches et accepte de ne pas taxer les plus-values de capital à l'impôt sur le revenu. Dans cet ordre d'idée, exempter tout investissement dans une entreprise de moins de 50 salariés et de moins de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires d'impôt sur les plus-values serait bénéfique pour l'emploi et ne coûterait rien puisque "toutes les données chiffrées montrent que cette "dépense fiscale" retourne dans les caisses de l'Etat avant d'en être sortie".

 

Même si les mesures préconisées par Bernard Zimmern sont discutables, elles iraient dans la bonne direction en cas d'adoption. Tant il est vrai que la libération de l'économie est la seule voie qui puisse conduire à la prospérité et que "la voie de l'égalitarisme est celle qui mène à la pire forme d'inégalité: le chômage".

 

Francis Richard

 

Changer Bercy pour changer la France - Les riches sont la solution, pas le problème, Bernard Zimmern, avec l'assistance de Dominique Mercier et Valérie Pascale, 196 pages, Tatamis

 

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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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