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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 23:55
Etat svelte: idéalisme ou nécessité? - Une conférence à Genève

Hier soir avait lieu à Genève une conférence organisée par l'Institut Libéral sur le thème d'actualité: État svelte: idéalisme ou nécessité?

 

Étaient prévues au programme trois brèves communications (suivies d'une discussion):

 

- de Charles Lassauce, membre de la direction de la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève, sur Les avantages de la modération fiscale et budgétaire

- de Jean-Philippe Delsol, avocat, auteur de L'injustice fiscale, sur Existe-t-il un impôt juste?

- de Thierry Afschrift , avocat, auteur de La tyrannie de la redistribution, sur La morale de l'État redistributionniste

 

La communication de Thierry Afschrift, empêché, a été lue et résumée par Patricia Commun.

 

A l'appui de sa communication, Charles Lassauce a projeté des données tirées d'une brochure, publiée en octobre 2016 par la CCIG, intitulée Finances publiques et fiscalité: des enjeux majeurs pour l'avenir de Genève.

 

Il en ressort que:

- la baisse d'impôts acceptée en votation en 2009 s'est traduite par une augmentation des recettes au cours des années suivantes (confirmation si besoin était de la fameuse Courbe de Laffer, même si elle n'a pas été évoquée...)

- cette baisse est toute relative puisque, pour ce qui concerne les recettes fiscales par habitant, le canton de Genève occupe la première place, devant tous les autres cantons de Suisse...

- pour ce qui concerne les dépenses par habitant, le canton de Genève occupe la deuxième place derrière Bâle: il faut dire que Genève occupe tout de même la première place en matière de dépenses culturelles et sociales...

- pour 1000 habitants, il y avait 97 emplois dans le secteur public en 2012 à Genève, qui occupait la deuxième place derrière Bâle (132) et qui occupait cependant la première place en dépenses de personnel du secteur public par habitant (les salaires dans le public y sont d'ailleurs plus élevés que dans le privé...)

- le canton de Genève est le plus endetté de Suisse (40 000 francs par habitant) et son autofinancement moyen au cours des 25 dernières années n'est que de 62%

 

Ces résultats mirobolants sont obtenus en faisant payer les riches:

 

- 34,6% des contribuables ne paient pas d'impôt sur le revenu

- 0,6% des contribuables dont le revenu est supérieur à 500 000 francs paient 18% de l'impôt

- 85% de l'impôt sur la fortune est payé par 4,3% des contribuables

 

et en imposant au taux le plus élevé de Suisse les personnes morales (24,6%).

 

Or, seule la modération fiscale et budgétaire permet l'essor économique et la création d'emplois... Genève en est le contre-exemple. 

 

Jean-Philippe Delsol rappelle la distinction entre le droit et la loi:

 

- le droit est l'ensemble des meilleures règles pour les hommes, constatées par les gens sages au cours des siècles

- la loi est l'appropriation du droit par le pouvoir comme cela a été le cas par l'Empire romain

 

Quand il y a confusion entre le droit et la loi, il est impossible d'assurer le bien commun, c'est-à-dire les conditions du vivre ensemble, sous le prétexte de faire le bien...

 

Comme le disait Emmanuel Kant, un gouvernement qui serait fondé sur le principe de bienveillance envers le peuple (...) est le plus grand despotisme que l'on puisse concevoir. (Préface à la Critique de la raison pure).

 

Pour éviter cette confusion entre droit et loi, il faut retrouver des règles de conduite objectives: dans l'exemple des trois enfants qui se disputent une flûte (l'un est pauvre, ce serait son seul jouet, l'autre sait en jouer, le troisième l'a fabriqué), c'est la règle de propriété qui s'applique pour être juste...

 

Qu'est-ce que l'homme? L'homme est responsable de sa vie. La liberté est un moyen pour lui de l'être et il ne peut l'être que s'il ne subit pas de spoliation. En dehors des fonctions régaliennes, les dépenses sociales de l'État doivent en conséquence être analysées sous le critère de la responsabilité.

 

Qui dit dépenses, dit recettes. Pour que l'impôt soit juste, tout le monde doit participer à son paiement. Et, pour assurer sa neutralité, il ne peut qu'être proportionnel: l'État n'a pas à rendre la justice fiscale.

 

Thierry Afschrift va plus loin. Il s'insurge contre le mot même de redistribution: comme s'il y avait eu une distribution initiale.

 

En réalité il y a redistribution de par la volonté des autorités publiques qui considèrent que tous les biens sont en fait à leur disposition. A partir de ce moment-là elles se croient autorisées à prélever l'impôt sur ces biens sans qu'il soit nécessaire de demander leur consentement à leurs détenteurs.

 

Et lesdits détenteurs de biens, en grand nombre, du fait de la complexité de ladite redistribution, se rendent d'autant moins compte qu'ils sont victimes d'un vol, qu'ils croient finalement entre être les bénéficiaires... Pourtant l'État ne possède rien d'autre que ce qu'il a volé.

 

La droite et la gauche sont toutes deux intéressées à ce vol: elles ne divergent que sur les bénéficiaires, qui correspondent à leurs clientèles électorales. Pour justifier la redistribution, les uns comme les autres parlent de solidarité... Or la solidarité n'existe tout simplement pas sous la contrainte.

 

Au cours de la discussion qui suit, Charles Lassauce emploie l'expression d'État pampers pour exprimer qu'on demande à l'État de colmater toutes les fuites... Tant il est vrai que plus on en fait, plus on en demande.

 

Jean-Philippe Delsol exprime son désaccord avec Thierry Afschrift: il n'y a pas d'homme sans société; et avec Charles Lassauce: quand on parle d'harmonie fiscale, on entend uniformisation  alors que l'harmonie est accord de différences...

 

Francis Richard

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 23:15
Journée libérale romande 2016: Système de santé: comment passer de la dépendance à la prévoyance?

Aujourd'hui, l'Institut Libéral et Médecine et Liberté, en partenariat avec le Cercle Libéral Lausanne, le Cercle Libéral de Genève et le Cercle des Libertés, organisent une Journée libérale romande, sur le thème:

 

Système de santé: comment passer de la dépendance à la prévoyance?

Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral

Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral

Dans son message d'accueil, Pierre Bessard, Directeur de l'Institut Libéral, n'est pas porteur de bonnes nouvelles:

 

- les dépenses de santé ont augmenté deux fois plus que les revenus depuis l'adoption de la loi sur l'assurance-maladie, LAMal, il y a vingt ans

- cette année la hausse des primes d'assurance-maladie en Suisse romande va de 4,9% dans le canton de Vaud à 7,3% dans le Jura

- la prime mensuelle moyenne d'assurance-maladie, qui était de 173 Francs en 1996, passera à 447 Francs en 2017.

 

Ce sont les fruits d'une philosophie collectiviste, égalitariste, qui se caractérise par une augmentation des subventions et des réglementations, et par une baisse de la responsabilité. On parle de concurrence réglementée, où le mot important est le qualificatif.

 

Cette journée fait partie d'une réflexion prolongée de l'Institut Libéral sur le système de santé:

- l'an passé, il a coorganisé avec Médecine et Liberté un séminaire socratique sur Médecine et économie

- il a publié deux ans plus tôt un livre collectif: Au chevet du système de santé

Gilles Rufenacht, président de Genèves-Cliniques et directeur général de Clinique des Grangettes

Gilles Rufenacht, président de Genèves-Cliniques et directeur général de Clinique des Grangettes

La concurrence fait-elle peur aux autorités cantonales?

 

Gilles Rufenacht répond oui à la question, mais c'est un oui mais, parce qu'il a bon espoir que la réforme de 2012 de la LAMal, qui est un véritable big bang, sera peu à peu appliquée.

 

Il cite d'abord Raymond Barre: La santé n'a pas de prix, mais elle a un coût.

 

Gilles Rufenacht a bon espoir parce que ce n'est pas la première fois que des monopoles connaissent une fin. Il donne l'exemple des transports aériens et des télécommunications. Ce qui s'est traduit par des prix plus bas et une plus grande efficacité.

 

Il a bon espoir parce que désormais les hôpitaux publics emploient de nouveaux mots, ce qui est le début d'un changement de paradigme: il est question maintenant de marketing, d'efficience, de concurrence...

 

Qu'il s'agisse d'établissements publics ou privés, ce sont toutes des entreprises, qui ne peuvent survivre que si elles gagnent de l'argent et n'en perdent pas, ce qui distinguait naguère le secteur privé du secteur public.

 

Le but est de soigner avec la meilleure qualité, au meilleur prix. Il ne peut être atteint que par le libre choix de l'hôpital par le patient et par une spécialisation des établissements.

 

Toutefois ce qui est dans les textes n'est pas encore traduit dans les faits, d'une part parce que les cantons restent juges et parties, sont arbitres et joueurs de champ, à la fois planificateurs et gestionnaires; d'autre part parce que le secteur public a peur et leur demande protection.

 

Le public a raison d'avoir peur, s'il ne s'améliore pas, parce que le privé est 10% moins cher que lui. Dans le canton de Genève, on limite l'accès au privé au lieu de réformer. Dans le canton de Vaud on limite l'acquisition d'équipements lourds.

 

On pense que plus il y a d'offre, plus il y a de demande. Du coup on limite l'accès aux soins... Mais, en réalité, la concurrence fait peur. Ce qui est un aveu de faiblesse. 

Yves Cuendet, membre du conseil d'administration d'Helsana, Lausanne

Yves Cuendet, membre du conseil d'administration d'Helsana, Lausanne

Comment concilier assurance sociale et concurrence?

 

L'exposé d'Yves Cuendet comporte sept points:

 

1. Le principe de l'assurance.

 

L'assurance se caractérise par:

- un regroupement de personnes

- un danger analogue

- une solidarité entre ces personnes

- une prime qui est fonction du risque, c'est-à-dire de sa probabilité et de sa gravité.

 

Le risque peut être représentée par une courbe de Gauss, une courbe en cloche. Les risques peuvent en effet être:

- normaux

- d'une gravité extrême: une personne mourante n'est pas assurable, la prime est incalculable

- d'une faible gravité: cela justifie l'existence de franchises.

 

2. Les piliers fondateurs de l'assurance-maladie en Suisse

 

Ce sont:

- l'obligation de s'assurer

- la prime par tête

- le libre choix de l'assureur

- la compensation des risques

- un catalogue unique de prestations

- l'obligation de contracter

- une protection tarifaire

- un financement par l'impôt et les primes

- des modèles alternatifs (qui permettent d'accorder des rabais de primes)

- une concurrence dans une certaine mesure

- des gains d'efficience rétrocédés aux assurés.

 

3. L'importance de la compensation des risques

 

Comment un assureur peut-il être bon marché?

- en maîtrisant ses coûts

- en maîtrisant ses risques.

 

Or il existe des risques in-assurables, d'où l'importance de leur compensation. Le problème est que cette compensation se fait au niveau cantonal, alors que les risques sont calculés sur une base nationale, à partir de moyennes, fonction de l'âge et du sexe ... D'où la limite du système...

 

4. Retour sur la LAmal

 

Ses buts ont-ils été atteints? Oui, si l'on considère que les buts étaient la solidarité et l'accès aux soins pour tous. Non, pour ce qui concerne les coûts.

 

La LAMal est une loi-cadre qui donne une marge de manoeuvre, mais le fédéralisme la rend inefficiente.

 

5. Hausse des coûts

 

Si la hausse des coûts des médecins est dans la moyenne des coûts, les quantités de soins, de RMI (Resonance Magnetic Imaging) et de CTS (Computed Tomography Scan) sont au-dessus.

 

Les facteurs:

a) dans le cadre de la LAmal:

- l'obligation de contracter

- l'augmentation de l'offre (discutable)

- l'information dissymétrique des patients et des médecins

- la couverture de prestations inutiles

b) dans le cadre général:

- le progrès

- la démographie

- le fédéralisme

- le mode de financement (dual)

- la régulation des prix et des primes

- l'absence de responsabilité individuelle

- l'inégalité des subventions suivant les cantons

 

6. Défis et régulations

 

Ce qui péjore le système, c'est donc :

- la régulation croissante

- l'obligation de contracter

- le financement dual : l'hôpital stationnaire est financé à 55% par le canton.

 

A quoi il faut ajouter que:

- les réseaux de santé sont très limités

- les prestations hors catalogue ne sont pas prises en compte (la prévention par exemple)

 

7. Conclusion

 

Le système de santé suisse est bon, mais cher.

 

En priorité, il faudrait:

- un financement moniste

- de la qualité et de la transparence

- une tarification adéquate

- la suppression de l'obligation de contracter

- une responsabilité individuelle croissante (contrats de longue durée)

- une réforme de la territorialité.

Dr Fabienne Gay-Crosier, médecin, Genève, et Dr Alphonse Crespo, médecin, Vevey

Dr Fabienne Gay-Crosier, médecin, Genève, et Dr Alphonse Crespo, médecin, Vevey

Quelle protection des données et quelle sphère privée pour les patients?

 

Alphonse Crespo a prêté le serment d'Hippocrate. Il constate que la tendance est à la disparition du contrat individuel entre le médecin et son patient. Or le contrat hippocratique a pour caractéristiques:

- qu'il n'y a pas d'intermédiaire entre le médecin et le patient,

- que le médecin s'engage à soigner le patient le mieux possible,

- qu'il s'engage à observer le secret médical,

- qu'il s'engage à ne divulguer sa science qu'à ceux qui ont prêté le serment.

 

Alphonse Crespo est bien conscient qu'à l'heure d'Internet le serment hippocratique ne peut être conservé tel quel, mais il n'en demeure pas moins que la transmission de données à une tierce personne est génératrice de conflits d'intérêts et pose des problèmes d'éthique.

 

Or le régulateur exige de plus en plus d'être informé, fût-ce de manière anonyme. Et cette information n'est même plus de médecin à médecin, mais de médecin à institution.

 

Par ailleurs la transmission de toutes ces données est chronophage, ce qui laisse moins de temps à consacrer aux patients.

 

Fabienne Gay-Crosier parle de deux projets qui montrent que le régulateur est effectivement de plus en plus exigeant en matière de données et qu'il entend piloter le système de santé:

 

- le projet MARS (Modules Ambulatoires des Relevés sur la Santé), mené par l'OFS (Office fédéral de la statistique), dont la base légale est l'art. 59a  de la LAMal, en vigueur depuis le 1er janvier 2016, prévoit la surveillance de la qualité des médecins en leur demandant notamment:

. leur genre d'activité et leurs moyens en personnel et en équipement

. leur nombre de patients

. leurs comptes

. leurs indicateurs de qualité

 

- le projet OBELISC (Objective Evaluation and Leadership in Scientific Health), mené par l'entreprise New Index, dont la base légale est l'article 31 de l'ordonnance sur l'assurance-maladie, OAMal, RS 832.102, prévoit des données nominatives sur les fournisseurs de prestation et s'intéressent à leur qualité et à l'évolution de leurs coûts.

 

Aujourd'hui, dans la spécialité de Fabienne Gay-Crosier, l'allergologie, les connaissances évoluent à une grande vitesse, ce qui fait de l'époque une période scientifique fantastique. Or cette quête obligatoire de données considérables lui rend a contrario l'époque catastrophique, et l'amène à s'interroger sur le but poursuivi par le régulateur.

 

Le but du régulateur n'est-il pas de reconnaître que les prestations doivent être faites non pas par le médecin, mais par une instance supérieure? Ne s'agit-il pas d'exclure les patients qui n'ont pas le profil de certaines pratiques? etc.

 

Or, pour Fabienne Gay-Crosier, comme pour Alphonse Crespo, il s'agit, en tant que médecin, d'intégrer l'art du soin à la biologie, c'est-à-dire de conjuguer l'art et la science, pour lutter contre la souffrance humaine. Seul un mandat personnalisé permet d'y parvenir, ce qui suppose la responsabilité du médecin dans ses choix médicaux, mais également sociaux/politiques.

Dr Olivier Marmy, médecin-dentiste, Lausanne

Dr Olivier Marmy, médecin-dentiste, Lausanne

Médecine dentaire: un cas d'école.

 

La médecine dentaire, rappelle Olivier Marmy, est financée à 89% par les patients eux-mêmes. Il n'y a de prise en charge, selon l'article 31 de la LAMal que dans le cas de maladie grave et non évitable.

 

Olivier Marmy prend l'exemple des caries pour montrer, chiffres à l'appui, combien le comportement individuel peut avoir de l'importance. Le fait de se faire contrôler régulièrement permet en effet au patient de faire de grandes économies, à la fois directement et indirectement, parce que ce qu'il fait pour ses dents a un effet sur l'ensemble de sa santé.

 

La médecine dentaire se caractérise par un rapport direct du médecin avec son patient, ce qui le conduit à tenir compte de sa situation psycho-sociale et engage sa responsabilité de praticien. Le patient lui aussi a sa responsabilité engagée. Un professeur d'Olivier Marmy a illustré celle-ci par un exemple:

 

Qu'emporteriez-vous sur une île déserte? Une brosse à dents ou un dentiste? La bonne réponse est: une brosse à dents.

 

Mais le fait que la LAMal ne prenne pas en charge la médecine dans la plupart des cas ne pose-t-il pas le problème d'une assurance dentaire obligatoire? Michel Marmy répond que le nombre de patients qui renoncent à des soins dentaires est deux fois moins élevé en Suisse qu'en France...

 

De plus, Michel Marmy a relevé, sur le site d'Economiesuisse, ces chiffres éloquents sur ce que représentent en moyenne plusieurs dépenses annuelles en Suisse:

- 7'752 Francs sont consacrés au divertissement

- 8'712 Francs à la santé

- et seulement 489 Francs à la santé bucco-dentaire (y compris les soins de confort et esthétiques).

 

Enfin le coût du projet d'assurance dentaire obligatoire se monterait à 350 millions de Francs par an, qui devrait être financé par des cotisations de 1,2 à 1,5% sur les salaires.

 

En conclusion, la médecine dentaire suisse est un cas d'école, basé sur:

- la prévention

- un rapport direct entre patient et praticien

- la responsabilité des deux parties.

Dr Laurent Seravalli, médecin, La Chaux-de-Fonds, et Jean-Hugues Busslinger, Centre Patronal, Paudex

Dr Laurent Seravalli, médecin, La Chaux-de-Fonds, et Jean-Hugues Busslinger, Centre Patronal, Paudex

Face aux défis, quelles évolutions?

 

Ce que dit Jean-Hugues Busslinger est quelque peu redondant avec ce qui a été dit au début de la journée sur ce qui caractérise la LAMal:

 

- une assurance obligatoire

- un catalogue (qui a subi une inflation avec le temps: il comporte 108 pages...)

- le libre choix de l'assureur

- le rôle des cantons qui sont à la fois planificateurs et acteurs.

 

Dans ces conditions Jean-Hugues Busslinger ne voit pas comment le privé pourrait sortir gagnant de la course avec le public. Et il donne l'exemple des PIG (Prestations d'intérêt général) qui sont des dotations aux hôpitaux publics. Elles sont variables dans leur attribution d'un canton à l'autre. Ainsi 15% sont consacrés à la formation dans le canton de Genève et 87% dans le canton de Zurich, ce qui introduit des distorsions de concurrence plus ou moins grandes avec le privé.

 

En tout cas, dans le canton de Vaud, on assiste à une main-mise de plus en plus grande de l'État sur le système de santé, ce qui a pour effet de multiplier les obligés et ce qui correspond à une philosophie:

- le refus des bénéfices

- l'égalité érigée en dogme, ce qui se traduit par un contrôle renforcé.

 

Jean-Hugues Busslinger donne les exemples:

- du projet de répartition des établissements hospitaliers en quatre régions avec un directeur unique nommé par le Conseil d'État

- des mises en réseau d'abord volontaires, puis obligatoires, pour aboutir à une intégration.

 

Quelles sont les pistes pour endiguer cet envahissement étatique?

- casser l'assurance obligatoire (c'est politiquement impossible)

- abolir l'obligation de contracter

- maintenir la planification par les cantons, mais leur retirer la gestion

- redonner leur autonomie aux établissements pour leurs investissements.

 

Quand il était enfant, son parrain avait offert à Laurent Seravalli un jeu de construction très particulier: Badaboum. En fait, pour que les 21 pièces en bois de ce jeu d'adresse et d'équilibre tiennent ensemble, tout reposait sur un mot l'alignement.

 

Cette idée d'alignement sur quelque chose est applicable au système de santé. Il faut savoir ce que l'on veut. Après seulement se pose la question: comment?

 

Laurent Seravalli donne l'exemple de Mayo Clinic aux États-Unis: son excellence résulte d'un alignement de tous, celui de donner la priorité au besoin du patient sur le résultat (en général estimé à 20% d'EBITDA). Car, sans alignement de tous sur un objectif, dans un système de contraintes, tout se casse la figure...

 

Francis Richard

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 23:45
Oeuvres complètes de Frédéric Bastiat - Institut Charles Coquelin

Oeuvres complètes de Frédéric Bastiat - Institut Charles Coquelin

Dimanche 26 septembre 2016

 

9 heures

 

A l'hôtel Sourcéo de Saint Paul-Lès-Dax,  les conférences de ce dernier matin du 7e Week-End de la Liberté, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, avec le concours de

- l'ALEPS

- l'ASAF

- Contribuables Associés

- l'Institut Coppet

- l'iFRAP

- l'IREF Europe

- Students For Liberty - France

sont consacrées à La France face au défi de sa Défense, à La séparation de l'école et de l'État et au Développement économique et l'emploi, la libre entreprise, la liberté économique.

Le Général (2s) Pierre Zammit, Membre de l'Association de Soutien à l'Armée Française

Le Général (2s) Pierre Zammit, Membre de l'Association de Soutien à l'Armée Française

Pierre Zammit rappelle que, le 10 juin 1990, Laurent Fabius avait souhaité que la France engrange les dividendes de la paix et le fait est que, pendant 25 ans, elle a réduit considérablement son effort de Défense.

 

A la suite des attentats du 7 janvier 2015, François Hollande a décidé un moratoire sur la baisse des effectifs des forces armées et du budget de la Défense. La Défense du pays est-elle pour autant assurée avec le niveau atteint au bout de 25 ans de baisse, le budget militaire étant devenu une variable d'ajustement du budget général?

 

Avant de dresser l'état des lieux de la Défense aujourd'hui - qui est confondue avec la Sécurité nationale dans le concept de Défense globale, alors que les finalités ne sont pas les mêmes - il convient de situer la place de la France dans un monde à la dangerosité croissante.

 

Deux remarques liminaires:

 

- la guerre a changé de nature et les menaces sont multiples, si l'ennemi actuel est l'islamisme politique

- au sein de l'Europe, qui sous-traite sa défense à l'OTAN, la France demeure une puissance européenne au rayonnement global.

 

Le contexte international?

 

- il y a des conflits chauds dans tout le pourtour méditerranéen et au Moyen-Orient

- plusieurs pays possèdent l'arme nucléaire: l'Iran, la Corée du Nord, l'Inde, le Pakistan

- des pays réarment tels les États-Unis, la Russie, la Chine

- les phénomènes migratoires créent des problèmes, des tensions

- l'Europe a choisi la voie du désarmement

- les États-Unis regardent du côté de l'Asie où se trouvent désormais ses intérêts stratégiques majeurs.

 

Dans ce contexte, la France appartient au monde libre, à l'Europe continentale et maritime. Avec des eaux territoriales de 11 millions de km2, elle est en effet une puissance maritime et a conclu des accords avec de nombreux pays au-delà des mers. Membre du Conseil de sécurité de l'ONU et puissance nucléaire, elle se distingue des autres États européens.

 

Le problème est que la France est au maximum de ses capacités, ce qui ne remet pas en cause le professionnalisme de son armée, mais ce qui hypothèque l'avenir. Entre 2007 et 2012, le budget de la Défense a baissé de 25% et, depuis 2012, d'autant. En 1990, ce budget représentait 3% du PIB. En 2015, il ne représente plus que 1,5% du PIB. 

 

 

Au moment où les menaces augmentaient, les capacités opérationnelles ont diminué:

 

 

Armée de terre

Armée de l'air

  LPM 1997-2002

50 000 hommes

 100 avions de combat

  Livre blanc 2008

30 000 hommes

   70 avions de combat

  Livre blanc 2013

15 000 hommes

   30 avions de combat

 

La réduction des effectifs et des moyens n'est évidemment pas en adéquation avec les interventions sur les théâtres d'opérations extérieures - 34 000 hommes sont déployés dans le monde - et la Défense est en conséquence taillée trop juste, autrement dit elle manque d'épaisseur stratégique.

 

La France est une grande puissance moyenne et se doit d'adopter une stratégie générale en accord avec cette dimension, sachant qu'elle ne doit pas trop compter sur l'allié américain ni sur une Défense européenne significative. Pour ce faire, elle doit opérer une remontée en puissance progressive (sur dix ans) pour:

 

- anticiper les engagements (grâce aux renseignements de sources humaines et pas seulement technologiques)

- garder l'initiative dans les opérations

- accroître la mobilité des forces

- optimiser la disponibilité des matériels (moyens et maintenance).

 

Pierre Zammit propose donc:

 

- un effectif opérationnel de 100 000 hommes

- la construction d'un deuxième porte-avions

- une réévaluation de la flotte de surface

- l'acquisition de l'A400M pour le transport aérien stratégique (pour ne plus dépendre des avions américains ou russes)

- la maintenance de 50 Rafale

- la révision de la dissuasion nucléaire (inadaptée à un adversaire non-étatique ou lors d'un conflit asymétrique).

 

 

 L'OTAN préconise à ses membres un seuil de dépenses en matière de Défense de 2% de leur PIB. 2%, c'est le coût pour:

 

- bénéficier du progrès technologique

- avoir du personnel de qualité

- maintenir les capacités

 

Mais pour une remontée en puissance, 2,5% est nécessaire. Et 3% pour une puissance nucléaire comme la France.

 

Cette remontée en puissance pourrait raisonnablement se faire selon le calendrier suivant:

 

- 2% en 2018

- 2,5% en 2020

- 3% en 2025

 

En conclusion, la France doit:

 

- renouer avec une volonté de puissance proportionnée à sa situation dans le monde

- rénover sa stratégie

- inscrire son action dans le long terme

- mener une politique étrangère cohérente avec ses intérêts majeurs

- restaurer son esprit de défense

- être fier de ses valeurs: le patriotisme n'est pas le nationalisme

 

Comme le dit Jean-Philippe Delsol:

 

La liberté a besoin de sécurité, pour le reste, elle se débrouillera.

 

Damien Theillier, Président de l'Ecole de la Liberté

Damien Theillier, Président de l'Ecole de la Liberté

Damien Theillier rappelle que la situation actuelle de l'éducation en France (il vaudrait mieux parler d'instruction) peut se résumer en deux mots:

- déliquescence

- démoralisation

Or, des enfants bien éduqués permettent le bon fonctionnement d'une société...

 

Aujourd'hui qu'observe-t-on ?

 

- 25 à 30% des élèves de terminales rêvent de partir à l'étranger contre quelques % il y a quelques années

- l'école française est au plus bas dans les classements internationaux

- la dégradation est continuelle.

 

On peut donc se demander:

 

- si c'est bien le rôle de l'État d'enseigner: il s'en montre incapable

- si le monopole de l'État ne doit pas être supprimé: à supposer que l'État soit capable de bien enseigner, il y a spoliation.  

 

Privatiser l'école? Impensable! La privatisation de l'école c'est:

- la marchandisation du monde

- l'asservissement à l'économie et à la finance.

 

L'éducation est une chose trop importante pour être laissée au marché. Seul l'État peut être un rempart contre l'exploitation de l'homme par l'homme et contre les inégalités.

 

Damien Theillier résume ainsi les griefs qui sont adressés aux libéraux quand il est question de privatiser l'école. Il va plus loin. Il imagine ainsi qu'un ministre hypothétique tienne ce discours:

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Mon propos n'est pas de mettre en doute l'efficacité du modèle libéral qui a fait ses preuves, mais s'il est un domaine où il n'est pas possible de laisser faire, c'est bien celui de l'éducation.

Vous conviendrez avec moi que les mathématiques, la langue française et la philosophie ne sont pas des produits comme les autres.

Je me suis laissé dire que les activités marchandes pouvaient être exercées par des gens honorables. Soit. Mais s'il y a un monde qui doit être préservé de la dictature de l'argent, c'est bien celui de l'éducation.

Le droit à l'éducation, mais aussi à la musique, au cinéma, à la lecture, à la peinture, doit être garanti à nos concitoyens sans distinction de milieu social, de sexe, de race ou de moyens financiers.

Sans l'intervention de l'État, seuls seraient éduqués ceux qui auraient les moyens financiers de supporter les coûts d'une école privée. La nationalisation de l'éducation permet donc de garantir le droit à une école gratuite et égale pour tous.

 

Ce discours, toujours le même, est le discours sur les inégalités, les droits à, les prestations que État doit fournir gratuitement...

 

Arguments économiques

 

Damien Theillier cite d'abord Frédéric Bastiat:

 

Tous les monopoles sont nocifs, mais le pire de tous c'est le monopole éducatif.

 

Le monopole éducatif, c'est le système actuel. L'État est le seul:

 

- à décerner les diplômes, les grades universitaires

- à élaborer les programmes

- à choisir les méthodes pédagogiques

- à financer les écoles et les professeurs.

 

Frédéric Bastiat dit aussi:

 

Le monopole frappe d'immobilisme tout ce qu'il touche.

 

En l'occurrence, l'immobilisme c'est la stérilisation de la vie scientifique. Seule la concurrence incite à:

 

- l'excellence

- l'innovation

- l'expérimentation.

 

Quand l'État protège un secteur économique, quel qu'il soit, se créent des groupes de pression pour défendre les privilèges induits par cette protection et pour en capter d'autres. C'est ainsi que, quand il y a monopole, les bénéficiaires font tout pour que rien ne bouge.

 

Dans le domaine éducatif, cela a un impact sur la science elle-même avec la mise en place d'une censure:

 

- on occulte certains livres

- on ignore certains courants de pensée (la pensée anglo-saxonne notamment)

- on enseigne des erreurs en uniformisant les esprits et les pensées (Dans ce régime d'éducation décrété et uniforme, l'erreur est permanente, universelle et irrémédiable, dit encore Frédéric Bastiat)

- tuer la concurrence, c'est tuer l'intelligence (Frédéric Bastiat).

 

Le libéralisme est particulièrement censuré parce que justement il s'oppose aux rentiers... C'est le cas de Frédéric Bastiat qui ne se trouve pas dans les programmes, dont les oeuvres ne sont d'ailleurs pas disponibles en librairie: pour se les procurer, il faut chercher... sur Amazon.

 

Signalons les rééditions de:

 

- l'Institut Charles Coquelin, grâce à Jacques de Guénin, fondateur du Cercle Frédéric Bastiat (voir photo des oeuvres complètes en tête de cet article)

- l'Institut Coppet

 

En 1920, trois ans après la Révolution d'Octobre, Ludvig von Mises écrit un article prémonitoire, intitulé Le calcul économique en régime collectiviste. Il montre dans cet article:

 

- que, pour faire un calcul économique (nécessaire, par exemple, pour déterminer si un investissement est rentable), il faut s'appuyer sur des prix réels, c'est-à-dire des prix qui informent sur l'offre et la demande quand les échanges sont librement consentis

- qu'un régime collectiviste est incapable de savoir à quel prix les produits doivent s'échanger, qu'il est obligé de les fixer arbitrairement et qu'il en résulte un gaspillage généralisé: surproductions ou pénuries.

 

Ce raisonnement est de portée générale et applicable à l'éducation, où se forme et se transmet un capital culturel. En l'absence de vrais prix fournis par un marché libre et concurrentiel, avec des droits de propriété, le résultat est:

 

- que les professeurs sont mal payés

- qu'il y a pénurie de professeurs (ils sont déprimés ou incompétents)

- qu'il y a surproduction d'enseignements totalement inutiles et ennuyeux

- qu'il y a désintérêt des parents (ils n'ont pas payé de leur poche) et déresponsabilisation généralisée.

 

Arguments juridiques et philosophiques

 

Dans ses écrits, Frédéric Bastiat distingue deux types de droits:

 

- les droits négatifs qui sont contreparties d'un devoir positif: ce sont les droits à ne pas être entravé dans son action, d'être libre de ses choix, ce qui exige des autres de s'abstenir de nuire; ils sont le fondement de la responsabilité individuelle (exemple: j'ai le devoir de veiller à ma santé mais j'ai le droit de choisir les biens et les services qui pourront la conserver)

- les droits positifs: la société, c'est-à-dire les autres, doit fournir, sans contrepartie, un bien ou un service; il y a déresponsabilisation, transfert de la responsabilité individuelle à la collectivité. Ce ne sont pas des droits naturels, ce sont des droits économiques et sociaux, des droits collectifs, qui n'ont pas toujours existé...

 

A l'époque de Bastiat ces droits positifs, ces droits à, ont commencé à fleurir. Et il s'est rendu compte que la démocratie n'était pas la panacée, qu'elle n'était pas synonyme de liberté, puisque la majorité pouvait spolier la minorité.

 

Quel est le rôle de l'État dans le droit à l'éducation, expression ambivalente?

 

- si on l'entend comme un droit négatif, le rôle de l'État est de garantir le droit de propriété, le respect des contrats (par exemple: si les gens se maltraitent, il intervient comme arbitre)

- si on l'entend comme un droit positif, le rôle de l'État est maximal: il doit financer l'école et fournir une égale prestation à tous les enfants; on tombe alors non seulement dans les travers vus précédemment, mais aussi on va produire ce que Bastiat appelle la spoliation légale.

 

Bastiat appelle socialisme l'ensemble de tous ces droits collectifs qui ont en commun la spoliation légale. Car l'État n'a pas d'argent, il ne produit pas de richesses. Pour financer un service, il doit prendre aux uns, sans leur consentement et sans contrepartie, pour donner aux autres.

 

Bastiat précise que cette spoliation est déguisée sous les noms de fraternité, solidarité, équité... 

 

Que fait-on alors pour les pauvres?

 

- si l'État ne spoliait pas autant, les gens seraient moins pauvres: il faut leur rendre le fruit de leur travail, leur rendre leur salaire complet, et non pas amputé de taxes et de charges sociales

- des solutions de marché émergent spontanément (pour le moment de l'autre côté de l'Atlantique):

  • le home schooling, c'est-à-dire l'école à la maison (2 millions d'enfants étaient déjà scolarisés à la maison il y a 10 ans...): les coûts sont bas, parce que ce sont des associations de parents qui les organisent
  • les mooks, c'est-à-dire les cours en ligne, sur Internet

- le chèque-éducation, qui est une solution entre-deux (il reste une part de spoliation, de redistribution): on ne donne pas l'argent aux écoles, mais aux parents.

 

Nicolas Lecaussin, Directeur de l'Institut de Recherches Economiques et Fiscales

Nicolas Lecaussin, Directeur de l'Institut de Recherches Economiques et Fiscales

Nicolas Lecaussin commence par un panorama de l'emploi en France.

 

Officiellement le taux de chômage y est de 10,3%. En réalité il est de 25,58% si on enlève le nombre de fonctionnaires (il y a plus de 6 millions de fonctionnaires et agents publics en France) et que l'on compare le nombre de chômeurs avec la population active.

 

Partout le taux de chômage a baissé après la crise de 2008-2009. Même au plus fort de cette crise, le taux de chômage américain n'a pas atteint le taux de chômage français, qui était de 12%. La France bat le record des taux de chômage depuis des années et des années.

 

Cela se voit avec le taux d'emploi:

 

PaysTaux d'emploi
France63,6%
Royaume-Uni71,9%
Allemagne77,7%
Suisse79,8%
Canada73,0%

 

(La Suisse avec un taux d'emploi de la population élevée, près de 80%, au contraire de la France, a choisi l'entrepreneuriat et les impôts bas)

 

Et avec le taux de chômage des jeunes:

 

PaysTaux de chômage des jeunes
France      24,7%
États-Unis11,6%
Allemagne7,3%
Autriche10,6%
Pays-Bas11,3%
Royaume-Uni14,0%
OCDE13,9%

 

Ce taux de chômage élevé des jeunes est le constat d'échec de leur formation par l'éducation nationale et de l'apprentissage piloté par des hauts fonctionnaires de celle-ci, alors qu'il l'est par les entreprises en Allemagne.

 

L'IREF publie un Index de l'efficacité de la dépense publique . En matière d'éducation, la France occupe la 15e place sur 30 de l'Union européenne, alors qu'elle y consacre 7% de son PIB... Ce ne sont pas les moyens qui manquent, mais l'efficacité.

 

Les pays où il y a le moins de chômage sont ceux où il y a le plus de flexibilité:

 

PaysTaux de chômage
France10,5%
Allemagne4,7%
Royaume-Uni5,1%
Danemark6,4%
Pays-Bas6,5%
Autriche5,1%

 

Pour ce qui concerne les entreprises:

 

- la Banque Mondiale fait le classement Doing Business: la France y occupe le 31e rang sur 122.

- s'il est difficile de créer une entreprise en France (51 jours), le plus difficile est de la développer:

  • les taux de prélèvements obligatoires sont élevés:

 

PaysTaux de prélèvements obligatoires
France66.0%
Allemagne46,8%
Royaume-Uni 35,5%
Singapour27,6%

 

  • le taux de marge est passé de 31,7% en 2007 à 28,4% en 2013 et il y a 10 points d'écart par rapport à la zone euro
  • le capital est taxé 5 fois plus que les revenus
  • 90% des autoentrepreneurs gagnent moins que le SMIC, mais sortent des chiffres du chômage
  • beaucoup d'entreprises sont créées mais 55% d'entre elles, des TPE (très petites entreprises) n'ont pas de salariés: elles n'embauchent pas à cause des réglementations, des taxes, des impôts, du manque d'argent pour se développer (sur 3 millions d'entreprises,    5 000 seulement dépassent les 10 salariés)
  • 52% des entreprises créées n'existent plus après 5 ans d'activité
  • en France il existe 5 000 ETI (entreprises de taille intermédiaire) contre 10 000 au Royaume-Uni et 12 000 en Allemagne
  • parmi les 35 entreprises les plus performantes, 30 ont été créées il y a entre 40 et 50 ans: en France il n'y a pas de nouvelles entreprises créées telles qu'Amazon, Google ou Uber et les petites entreprises ne se développent pas suffisamment
  • alors que le taux d'imposition des sociétés, IS, est passé de 30 à 20% au Royaume-Uni, il est resté le même en France, à 33.33%
  • le tableau suivant montre les taux d'imposition d'il y a 3 ans et les rentrées fiscales correspondantes, c'est la confirmation de la courbe de Laffer (l'Irlande a un taux d'IS 3 fois moindre que la France et des rentrées fiscales supérieures...):

 

PaysTaux d'ISRentrées fiscales en % du PIB
Norvège24.0%11%
Luxembourg17,1%5,0%
Grande-Bretagne26,7%3,0%
Belgique17,1%3,0%
Irlande12,5%2,6%
Canada27.0%3,7%
France34,0%2,5%

 

  • les gazelles, ces PME qui se développent très vite, sont au nombre de 200 000 au Royaume-Uni et de 50 000 en France. Cela s'explique par les réglementations, les impôts et les taxes, mais aussi par le financement: il y a en France 4 500 business angels (investisseurs privés) contre 45 000 au Royaume-Uni
  • les créations d'emplois publics et privés dans les deux pays sont très différentes:

 

2010-2015Royaume-UniFrance              
Emplois publics créés- 631 000+ 300 000
Emplois privés créés + 2 500 000+ 36 000

 

Pourquoi cette situation?

 

Les causes qui font fuir les entrepreneurs sont connues:

 

- les dépenses publiques: 57% du PIB

- la dette publique: 95,2% du PIB

- les prélèvements obligatoires: 47% du PIB

- un code du travail qui tombe des mains.

 

Selon l'IREF, pour réformer la France, il faut réformer l'école et l'IREF est:

 

- pour le chèque-éducation

- pour la concurrence

- pour l'autonomie au sein des écoles, pour donner de vrais pouvoirs aux chefs d'établissement, sur le modèle, par exemple, des academic schools du Royaume-Uni (ils peuvent embaucher et licencier les enseignants, trouver de l'argent etc.)

- pour le changement des manuels d'économie: l'IREF a fait, il y a 3 ans, une étude sur une dizaine de manuels d'économie de premières et de terminales:

  • la plupart d'entre eux critiquent l'entreprise et les chefs d'entreprise
  • ils citent Alternative économique, mais pas les think tanks libéraux
  • ils ne dressent pas de portraits de chefs d'entreprise

- pour le retrait de l'apprentissage des mains de l'Éducation nationale: ce devrait être aux entreprises de décider ce qu'il faut faire, comme en Allemagne ou en Suisse, où le chômage est beaucoup moins élevé.

 

Plus généralement l'IREF est:

 

- pour la flexibilité (en Allemagne les entreprises de moins de 10 salariés ont la liberté totale de licencier)

- pour l'instauration de plusieurs SMIC en France (il y en a 4 au Royaume-Uni), à défaut de le supprimer

- pour le contrôle des chômeurs et pour la concurrence des assurances-chômage

- pour les job centers: les commerciaux sont rémunérés en fonction du nombre de personnes qu'ils ont réussi à placer

- pour réduire le Code du Travail à 50 pages, comme en Suisse (en Allemagne il n'y a pas de Code du Travail mais des accords par branches)

- pour la flat tax à 2 et 15%

- pour l'IS à 25% pour être dans la moyenne européenne

- pour moins d'État (il y a 1 million 600 000 fonctionnaires de plus que la moyenne de l'OCDE)

- pour la suppression de l'ENA

- pour la suppression du paritarisme qui est aux mains des syndicats

- pour la suppression des aides aux entreprises

- pour la création de fonds de pension (ce ne sont pas seulement des retraites, mais des emplois).

 

Certains candidats à la primaire de la droite et du centre ont repris un certain nombre de ces propositions. Il ne faut pas désespérer. Il faut continuer à se battre. Et c'est ce que veut faire l'IREF dans les années à venir.

 

Francis Richard

 

Articles précédents:

7e Week-End de la Liberté à Dax 1/5

7e Week-End de la Liberté à Dax 2/5

7e Week-End de la Liberté à Dax 3/5

7e Week-End de la Liberté à Dax 4/5

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Published by Francis Richard - dans Rencontres libérales
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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 16:30
7e Week-End de la Liberté à Dax 4/5

Samedi 24 septembre 2016

 

20 heures

 

A l'hôtel Sourcéo de Saint Paul-Lès-Dax,  les conférences du dîner du 7e Week-End de la Liberté, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, avec le concours de

- l'ALEPS

- l'ASAF

- Contribuables Associés

- l'Institut Coppet

- l'iFRAP

- l'IREF Europe

- Students For Liberty - France

sont consacrées l'une aux Migrations européennes en 2015 et l'autre à L'Europe: le libre échange, la libre circulation des personnes et des biens.

7e Week-End de la Liberté à Dax 4/5

Jean-Paul Gourévitch, consultant international, est l'auteur de plusieurs études sur l'immigration et l'expatriation pour Contribuables associés. Sa dernière étude a pour objet les Migrations européennes en 2015, thème de la conférence de ce soir.

 

Le conférencier, en préambule, rappelle le déchaînement médiatique que lui a valu la parution, le 11 septembre 2014, de son livre Les migrations pour les nuls aux éditions First, un ouvrage de 400 pages pourtant très documenté et aussi objectif que possible en la matière.

 

Jean-Paul Gourévitch a dû ce déchaînement à une dépêche de l'AFP, rédigée par une journaliste militante qui n'a rien trouvé de mieux que de dire que l'auteur était intervenu auprès d'organismes de droite en omettant de parler de ses interventions auprès d'organismes de gauche ou apolitiques.    

 

A cette occasion, il a pu se rendre compte qu'il était impossible d'obtenir un droit de réponse à une dépêche de l'AFP ni aux médias qui s'étaient contentés de la reproduire. De ceux qui en avaient rajouté, il a pu l'obtenir.

 

A la faveur de ses droits de réponse Jean-Paul Gourévitch a prédit des migrations en Europe de l'ordre de 1 million à 1 million et demi en 2015. Ce sont des chiffres qui ont été corroborés par la suite par Eurostat... A l'époque d'aucuns les avaient cependant considérés comme un fantasme d'expert et l'avaient traité lui de compagnon de route de la fachosphère...

 

Les migrations d'une telle ampleur, que l'Europe a connues en 2015, posent un problème financier et un problème sociétal.

 

Le coût de l'immigration a été un sujet tabou pendant 20 ans, grosso modo de 1987 à 2007. Le premier ouvrage sur la question, L'immigration sans haine ni mépris, est rédigé par Pierre Milloz pour le compte du Front national... mais elle comporte cette mention: L'immigration, une malchance pour la France.

 

En 2010, il devient possible de parler du coût de l'immigration sans se faire traiter d'extrémiste de droite ou de compagnon de route de l'extrême-droite, ou d'être considéré comme instrumentalisé par l'extrême-droite.

 

En effet, cette année-là, Xavier Chojniki, professeur de l'Université de Lille, tire la première salve. Dans une étude il conclut à un bénéfice de l'immigration de 12 milliards €, autrement dit ce que payent les immigrés est largement supérieur à ce qu'ils reçoivent de l'État.

 

En 2012, Chojniki publie un ouvrage avec Lionel Ragot, L'immigration coûte cher à la France. Qu'en pensent les économistes?, le bénéfice, basé sur des chiffres de 2005 et relatif à l'immigration légale, y est ramené à 3,9 milliards €. 

 

Tous les autres experts qui travaillent sur la question sont arrivés à des déficits. François Gemenne est le plus près de zéro: ses calculs le conduisent à un déficit de 3 à 5 milliards €, tandis que l'OCDE arrive à un déficit situé entre 3 et 10 milliards €. Marine Le Pen parle de 70 milliards de déficit...

 

Pour sa part, Jean-Paul Gourévitch situe le déficit à 8,9 milliards € (la balance recettes-dépenses de l'immigration régulière est déficitaire de 5,6 milliards et celle de l'immigration irrégulière de 3,3 milliards), auquel il convient d'ajouter les investissements de l'État.

 

Parmi ces investissements pour l'intégration des migrants, à hauteur de 6,9 milliards €, il y a:

- des investissements rentables tels que la formation, l'amélioration du logement ou la politique de la ville, mais cette rentabilité n'est pas mesurable.

- des investissements non rentables tels que l'aide au développement (dans le domaine de laquelle le conférencier travaille): cette aide devait permettre de limiter l'immigration, or c'est exactement le contraire qui s'est produit...

 

En 2015, Jean-Paul Gourévitch s'est intéressé au coût des demandeurs d'asile, au nombre de 79 130. En incluant le coût des migrants irréguliers non demandeurs d'asile, il parvient à un montant de 1,380 milliard € de coût des migrations irrégulières. Ce qui n'est pas énorme mais s'ajoute au déficit annuel.

 

En tout cas c'est un domaine dans lequel on pourrait faire des économies financières et des avancées sociétales (une majorité de Français sont en situation de rejet de l'arrivée de migrants).

 

La droite et la gauche sont d'accord sur deux choses. Il faudrait:

- traquer la fraude à l'identité: l'industrie des faux papiers est en plein développement de part et d'autre de la Méditerranée (200 000 par an selon Christophe Naudin et 15 000 selon la police de l'air et des frontières)

- traquer les passeurs: 3 000 selon une étude de Jean-Christophe Dumont de l'OCDE, mais, comme les Allemands en ont arrêté 1 500 en 2014 et à peu près autant en 2015, on aurait dû constater leur disparition: il devait y en avoir davantage ou leur nombre continue d'augmenter...

 

En fait plusieurs autres actions pourraient être entreprises:

- réduire une partie des subventions aux associations d'aide aux migrants: 50 millions sur les 200 millions € annuels

- faire contribuer les migrants aux frais de santé: paiement d'une cotisation de 50 €, qui permettrait un suivi médical de ces personnes

- faire contribuer les migrants aux frais de justice: paiement de frais de dossier de 200 €, remboursables en cas d'acceptation (18 mois de délai des recours, rejetés à 80%)

- appliquer les décisions concernant les déboutés (96% des déboutés restent en France selon la Cour des Comptes).

 

Jean-Paul Gourévitch évalue ces économies possibles, résultant de mesures raisonnables, à un total de 764 millions €, c'est-à-dire à plus de la moitié du 1,380 million € de coût total des migrations irrégulières.

 

Pour ce qui concerne le problème sociétal, ce problème est un mélange de rejet, de xénophobie et d'islamophobie.

 

Il y a en France 8,5 millions de musulmans, et non pas 4 millions comme le disent des gens comme Chevènement qui en sont restés aux années 1990: il y en avait déjà 5,5 millions en 1998 selon Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, et 6 millions en 2002 selon Bruno Etienne, président de l'Observatoire du Religieux. On ne voit pas comment 2 millions se seraient évaporés... d'autant qu'il y a de plus en plus de migrations et un différentiel de natalité.

 

Sur ces 8,5 millions, il y a environ 4 millions de musulmans actifs. Sur ces 4 millions, il y a environ 150 000 personnes qui sont proches intellectuellement de l'islamisme radical, mais pacifistes, et, sur ces 150 000, il y a environ 15 000 activistes, qui sont tout à fait prêts à commettre des attentats.

 

Compte tenu de cela, on comprend la peur, on comprend un certain rejet de l'islam que Jean-Paul Gourévitch ne confond pas pour autant avec l'islamisme.

 

Si on se projette un petit peu dans le futur, on a trois grands scénarios:

- le scénario diabolique de l'affrontement, avec ses variantes: l'invasion, la natalité, l'islamisation

- le scénario angélique du vivre ensemble, avec la multiculturalité, avec le métissage social ou avec le développement solidaire

- le scénario de la frontière, auquel on n'est pas préparé, le scénario de la coexistence, le scénario du vivre côte à côte, avec le risque de conflit quand une communauté veut intervenir chez la communauté voisine.

7e Week-End de la Liberté à Dax 4/5

Jacques Garello, président d'honneur de l'ALEPS, va répéter la conférence qu'il a faite devant le Cercle Frédéric Bastiat, le samedi 8 juin 1991, sur le thème L'Europe, super État à l'américaine ou Confédération à la Suisse?, puisque rien n'a changé depuis...

 

Le sommet européen de Bratislava vient de se terminer sur un échec. Matteo Renzi a qualifié l'Europe d'Angela Merkel et de François Hollande de sans âme et sans horizon. Joseph Stiglitz, le plus fantaisiste, le plus hétérodoxe et sans doute le plus nul des prix Nobel, a recommandé la sortie de l'euro pour l'Allemagne afin de sauver l'Europe: ceux qui resteraient dans la zone bénéficieraient d'une dévaluation compétitive...

 

L'Europe est un sujet important, un choix stratégique, et qui n'a jamais été fait.

 

Dans l'actualité, l'importance de l'Europe n'est pas niable, avec:

- Le Brexit (bien malin est celui qui pourra dire quel chemin emprunteront l'Angleterre et l'Europe)

- L'immigration (qui ne se résoudra pas dans des États-providence où en prenant aux uns pour donner aux autres on crée des privilèges, à l'origine des haines entre les gens)

- Le traité de libre-échange entre les États-Unis et le Canada d'une part et l'Union européenne de l'autre (qui suscite des oppositions, notamment en Allemagne).

 

L'Europe est déterminante pour la France:

- 2/3 des textes votés par les parlementaires français sont des textes d'introduction dans le droit français de directives données par Bruxelles

- la politique monétaire et budgétaire est guidée par les choix keynésiens et socialistes effectués par la Banque Centrale européenne (des milliards d'euros ont été mis sur le marché financier pour prétendument relancer la machine, selon le précepte que plus on dépense, plus on s'enrichit...)

- l'harmonisation fiscale est un objectif poursuivi par Bruxelles: il est scandaleux que les taux d'imposition des sociétés soient de 12% en Irlande et de 33% en France, que les impôts sur le revenu ne soient pas partout les mêmes, ce qui incite des Français à déménager en Belgique ou en Suisse...

- les élites françaises partent pour des pays où leurs efforts seront récompensés. 

 

L'Europe souffre d'un mal depuis sa création: elle n'a pas voulu choisir ce qu'elle allait être. Elle a refusé de faire un choix. Le problème est que le choix, maintenant, devient une contrainte.

 

Dès le début, il y a deux Europe:

- celle des vrais pères (Robert Schumann, Konrad Adenauer et Alcide De Gasperi):  travailler ensemble est la garantie de vivre en paix; la dimension institutionnelle n'est pas envisagée

- celle des structures (Jean Monnet), des techniciens, de la Communauté européenne du Charbon et de l'Acier, d'Euratom etc.

 

Deux Europe s'opposent et se superposent: l'Europe de la planification et l'Europe du laissez-se-développer:

- le Traité de Rome (1957): c'est à la fois le marché et le libre commerce, et la politique agricole commune

- l'Acte Unique (1986): c'est à la fois une poussée vers l'Europe marchande et une poussée vers l'Europe planifiée, avec l'Union monétaire (ajoutée à l'instigation de Jacques Delors), qui induira les politiques monétaire, budgétaire et industrielle...

 

La Chute du Mur de Berlin, en 1989, a fait naître un grand espoir, vite contrebattu par les fonctionnaires de Bruxelles. Et le choix n'a jamais été fait clairement entre:

- l'Europe de la centralisation, de la planification, et celle de la liberté de circulation des personnes et des biens

- l'Europe du droit imposé et celle du droit fruit d'une lente évolution sociale

- l'Europe du pouvoir et celle de l'espace.

 

Un exemple de la vertu de concurrence est celui de la TVA sur les véhicules qui se vendaient TTC: en France, taxés à 30%, ils étaient confrontés à la concurrence des véhicules allemands taxés à 17%. En deux mois, la TVA sur les véhicules français a dû être baissée de 10 points... Cela n'empêche pas d'aucuns de considérer que la concurrence est horrible, même si elle est toujours bénéfique pour le consommateur...

 

Ce non-choix a conduit à une Europe toujours plus centralisée, plus socialisée, une Europe où l'État-providence est la règle.

 

Aujourd'hui le choix doit être fait parce que les Européens ne sont pas les maîtres de leur stratégie: ils sont intégrés dans un espace qui est beaucoup plus large. S'ils veulent se refermer sur eux-mêmes et se donner un pouvoir central, ils seront détruits. Pèsent sur eux deux hypothèques:

- la première: ils vont se disputer entre eux (l'Europe type Merkel n'est pas l'Europe type Hollande)

- la deuxième (la plus lourde): ils vont être balayés par la mondialisation (l'Europe surchargée de règlements et d'impôts n'est pas compétitive)

 

L'Europe peut imaginer cependant être celle des espaces ouverts, des espaces de libre-échange, ce qu'elle a été à la Renaissance et au XIXe siècle. Le libre-échange est en effet bon pour les gens les plus modestes: c'est le vrai progrès social, qui naît de la concurrence et de la liberté.

 

Le libre-échange n'a jamais signifié la division du travail, la spécialisation internationale. 2/3 du commerce mondial est fait d'échanges croisés: les Français exportent des voitures vers l'Allemagne, les Allemands en exportent vers la France etc.

 

Ce qui existe, c'est la communication entre les gens et la circulation des idées: peu à peu on s'enrichit parce qu'on voit ce que les autres font. Ce n'est donc pas la division du travail, c'est la division du savoir. Voilà l'intérêt de l'échange, l'intérêt du marché: permettre d'accéder sans cesse à ce qu'il y a de mieux pour tout le monde.

 

Quand, au contraire, on refuse au véhicule du savoir d'entrer, parce que, justement, on ne sait pas faire, cela veut dire que l'on n'est pas prêt à fragmenter son travail, à diminuer ses impôts et sa réglementation. Comme on n'est pas compétitif, on dit au véhicule de rester à la rue.

 

Mais, aujourd'hui, c'est l'Europe qui va rester à la rue, ou certains pays d'Europe, qui continueront à prendre l'Europe pour une forteresse contre le reste du monde.

 

L'Europe forteresse est une catastrophe. Les protectionnistes français disent, comme du temps de Bastiat: Ce n'est pas tellement pour nous, c'est pour l'intérêt général. Dans La pétition des marchands de chandelles, Bastiat disait qu'il fallait les protéger de la concurrence du soleil en fermant portes et volets...

 

Le protectionnisme est en fait une démagogie invraisemblable. On fait remarquer que ce ne sont pas les privilèges des fonctionnaires qu'on défend, ce n'est pas la SNCF, ce n'est pas l'URSSAF. Ce qu'on défend, dit-on, c'est l'intérêt général français. C'est dramatique:

 

L'échange est une rencontre libre entre des hommes libres. Si vous supprimez l'échange, si vous ne libérez pas l'échange, naissent l'incompréhension, puis, après l'incompréhension, la xénophobie, et, après la xénophobie, la guerre.

 

Entre 1930 et 1938, le commerce mondial a été divisé par 8. Les échanges étaient réduits à de purs trocs, négociés de gouvernement à gouvernement. Ce qui s'est passé? L'autre est devenu l'ennemi. Il y avait une crise? Ça venait de l'étranger. On a dit: Fermons les frontières. Enfermons-nous chez nous. Et puis la crise sera vaincue. Mais c'est la guerre qui est advenue.

 

Les dirigeants de l'après Deuxième Guerre mondiale ont eu l'intelligence de signer la Charte de La Havane (1947) parce qu'ils se sont rendus compte que, si cette guerre avait eu lieu, c'est parce qu'il y avait eu une flambée de nationalisme et de haine entre les peuples. Ils ont dit qu'il fallait faire tout ce qu'on pouvait pour aller vers le libre-échange:

- les tarifs douaniers ont été réduits, puis ont disparu

- les contingentements, les quota ont été supprimés

 

L'Europe l'a fait, en traînant les pieds...

 

Méfions-nous des discours nationalistes, patriotiques - aujourd'hui on embellit même le vice. Ces discours ne prédisposent-ils pas à haïr celui qui vient de l'étranger? Cela va poser des problèmes à l'intérieur des frontières et à l'extérieur des frontières.

 

L'Europe divisée a des racines communes. On a honte de dire que ces racines communes sont celles de la chrétienté, non pas en raison du sacrifice du Christ, qui est remarquable pour le croyant que Jacques Garello est, mais parce que la chrétienté est synonyme d'amitié, d'amour réciproque, de reconnaissance et de respect des autres, de responsabilité.

 

L'Europe va-t-elle prendre la voie de la liberté, de la responsabilité et de la dignité de la personne humaine, ou va-t-elle s'enfermer dans la protection, la collectivisation? Ses enfants seront-ils marqués par le déficit de connaissance et d'éducation, qui leur auront été inculquées à travers un système de monopole public?

 

Il faudra bien que la France et que l'Europe choisissent.

 

Francis Richard

 

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7e Week-End de la Liberté à Dax 1/5

7e Week-End de la Liberté à Dax 2/5

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 22:45
Hôtel Sourcéo à Saint Paul-lès-Dax

Hôtel Sourcéo à Saint Paul-lès-Dax

Samedi 24 septembre 2016

 

14 heures 30

 

A l'hôtel Sourcéo de Saint Paul-Lès-Dax,  cet après-midi du 7e Week-End de la Liberté, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, avec le concours de

- l'ALEPS

- l'ASAF

- Contribuables Associés

- l'Institut Coppet

- l'iFRAP

- l'IREF Europe

- Students For Liberty - France

est consacré à la politique publique.

Sandrine Gorreri

Sandrine Gorreri

Libérer la politique du logement

 

Sandrine Gorreri, Directrice de la Rédaction de Société civile, mensuel de la Fondation iFRAP, a publié en mai 2016 un dossier très complet sur ce sujet.

 

La politique du logement en France se caractérise par un déchaînement de l'interventionnisme étatique:

- La loi ALUR (n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové) comporte 177 articles

- Les réglementations techniques ont pesé pour un tiers dans l'augmentation de 60% des coûts de la construction

- La fiscalité immobilière est passée de 37 milliards € en 2000 à 63 milliards € en 2013

- Les dépenses publiques en matière de logement représentent 2,3% du PIB, soit 40 milliards €, soit 2 fois la moyenne européenne et 3 fois les dépenses publiques de l'Allemagne ou de l'Italie en la matière.

 

Les objectifs de la politique du logement sont:

- d'assurer à chacun un logement qui correspond à ses besoins et à ses capacités financières

- d'assurer à chacun un logement décent

- d'encourager l'accession à la propriété

- d'assurer une certaine mixité sociale

 

Les aides au logement représentent 40,782 milliards € qui se répartissent ainsi:

 

2013

Total

Consommateurs/
locataires

Bailleurs
sociaux

Bailleurs privés et
propriétaires occupants

Prestations sociales

19,942

19,942

  

Subventions d'investissement

3,411

 

2,918

0,493

Subventions d'exploitation

0,214

 

0,214

 

Avantages fiscaux

14,519

 

4,668

8,359

Avantages de taux (prêts)

2,696

 

1,762

0,934

 

40,782

19,942

9,562

9,786

 

Ce tableau appelle les remarques suivantes:

 

1) Les prestations sociales

 

Les aides personnelles au logement (près de 20 milliards €) sont à comparer aux allocations familiales (12 milliards) et au RSA Socle (8 milliards).

 

Ces aides:

- ne sont pas maîtrisées, sont inflationnistes et, donc, difficiles à financer;

- créent des disparités entre ceux qui en bénéficient et ceux qui n'en bénéficient pas;

- s'articulent mal avec le foisonnement des autres aides sociales (95 milliards au total) et creusent un fossé entre les niveaux de vie.

 

L'iFRAP propose de fusionner toutes les prestations sociales sous condition de ressources en une prestation unique, qui serait dégressive en fonction du revenu et plafonnée, pour favoriser le retour à l'emploi.

 

2) Le logement social

 

Ce qui est édifiant, dans ce domaine, c'est de vouloir faire le bonheur des gens à leur place...

 

Le logement social, c'est, on l'a vu, 9 milliards versés aux bailleurs sociaux qui perçoivent en outre, directement, 7 milliards des APL, soit une masse d'argent considérable qui est dirigée vers une partie du logement.

 

Les 9 milliards proviennent d'avantages fiscaux, aides à la pierre, de subventions des collectivités locales, de subventions et prêts à faible taux d'intérêt du 1% logement etc. Les bailleurs sociaux bénéficient de prêts consentis par la Caisse des Dépôts et Consignations à partir des fonds du Livret A dont l'encours est de 228 milliards €...  

 

Ne vaudrait-il pas mieux que cette épargne, stérilisée dans le logement, soit investie dans les entreprises plutôt que dans un parc social dont on n'a plus forcément besoin?

 

La conséquence est qu'il y a en France 17% de logements sociaux, soit deux fois la moyenne européenne, plus que l'Italie (5,3%) et l'Allemagne (4,6%), un peu moins que le Royaume-Uni et la Suède (18%).

 

L'article 55 de la loi SRU (loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain) prévoit que les communes de plus de 1 500 habitants en Ile de France et de plus de 3 500 habitants dans les autres régions doivent disposer de 20% de logements sociaux. En 2013, ce taux a été porté à 25%...

 

La loi Dalo (Droit au logement), la loi de Mobilisation du foncier public, complètent ce dispositif étatiste. La loi Égalité et citoyenneté est en discussion au Sénat... L'objectif de tout cet appareil est de faire en sorte qu'on ne consacre pas trop d'argent pour se loger...

Malgré toutes ces lois, le nombre de demandeurs de logements sociaux n'a guère baissé: de 2 millions en 2002 il est de 1,8 millions en 2015. Selon des associations, telles que celle de l'Abbé Pierre ou Droit au logement, il y aurait 8 à 12 millions de mal logés en France...

 

Plus on construit de logements sociaux, plus il en manque... N'est-ce pas un constat d'échec? N'est-ce pas une fuite en avant?

 

Explications factuelles:

- comme les plafonds sont élevés 66% des Français sont éligibles pour bénéficier d'un logement social...

- 50% des demandeurs de logements sociaux en sont déjà bénéficiaires (changement de métier, de situation de famille etc.), mais, comme les prix du privé sont plus élevés, ils ont du mal à changer: ce sont des bénéficiaires de véritables rentes...

 

A Paris, la commission d'attribution des logements sociaux reçoit 25 dossiers par logement social. La bureaucratie mise en place en retient 3. Pour les départager, elle s'immisce dans la vie privée des gens d'une manière telle que c'en est choquant et qu'un bailleur privé serait poursuivi devant les tribunaux s'il agissait de même.

 

Le logement social est en fait un instrument de pouvoir pour les élus, un moyen de se faire une clientèle électorale. Le résultat est qu'il y a des zones très étendues où le nombre de logements sociaux vacants est élevé. Ainsi dans des villes telles que Stains, Sarcelles ou Villiers-le-Bel, plus de la moitié des logements sont des logements sociaux.

 

Mais  ces logements sociaux constituent de véritables ghettos, où la mixité sociale que d'aucuns prônent est improbable: quel Français moyen a envie d'y habiter alors que la sécurité des biens et des personnes n'y est pas assurée? Les questions de la sécurité et du chômage sont en réalité préalables à celle du logement.

 

Le tableau ci-dessous montre l'évolution du parc de logements  à Paris:

 

En milliers

Locatif social

Locatif privé

Propriétaire
occupant

1996

146000

488000

348000

2014

214000

307000

516000

Évolution

68000

-181000

168000

Évolution

47%

-37%

48%

 

Le locatif privé a fortement reculé au profit du locatif social et de l'occupation des logements par leurs propriétaires:

- comme il est difficile de construire à Paris, on conventionne du logement privé et on dit que l'on mène une politique sociale

- des locataires deviennent propriétaires dans les quartiers bon marché (ce qui n'est pas en soi une mauvaise chose).

 

La conséquence est donc ce recul du locatif privé. C'est regrettable, parce que le locatif privé est essentiel à la mobilité:

- les logements sociaux sont occupés par des personnes qui avancent en âge

- à Paris, il est plus simple, et moins coûteux, de louer que d'acheter.

 

En conséquence ceux qui entrent dans la vie active n'ont accès ni au locatif social, ni au locatif privé, ni à la propriété et sont repoussés loin en région parisienne.

 

Le paradoxe est que c'est pourtant dans le locatif privé que se trouve la plus grande proportion du premier décile de revenus... Ce qui montre bien son importance et l'inanité de favoriser le locatif social, à moins de l'utiliser pour se faire une clientèle électorale...

 

Quelles sont les propositions de l'iFRAP?

- supprimer l'article 55 de la loi SRU

- attribuer les HLM aux seules personnes défavorisées, dont les bailleurs peuvent être des bailleurs privés (au Royaume-Uni la gestion des logements sociaux est confiée à des charities)

- revoir les règles de maintien dans les lieux

- favoriser la revente du locatif social à leurs occupants ou à des bailleurs privés

- s'attaquer aux puissants lobbys des bailleurs sociaux, au clientélisme des élus, au lobby de la construction

- diminuer la fiscalité immobilière qui dissuade les investisseurs (l'Etat est un pompier pyromane qui prélève toujours plus pour encourager l'investissement dans le logement)

- supprimer l'encadrement des loyers

- revoir les réglementations entre propriétaires et locataires

- accélérer les procédures de jugement en cas de litige.

Patrick de Casanove

Patrick de Casanove

Santé, retraite: comment éviter la catastrophe sociale?

 

Patrick de Casanove, Président du Cercle Frédéric Bastiat, rappelle que les retraites et la protection de la santé en France reposent les unes comme l'autre sur des pyramides de Ponzi, c'est dire que ce sont des constructions purement artificielles.

 

Les individus qui en sont les concepteurs ont voulu construire un monde parfait, un monde parfait pour eux, qui ne tient pas compte de la réalité humaine. Ils croient, et ils font croire, que les êtres humains sont incapables de diriger librement leur vie.

 

Pour bâtir ces pyramides de Ponzi, il leur fallait un alibi: c'était d'aider les plus démunis, l'alibi de la spoliation légale. En fait cela conduit à l'appauvrissement de tout le monde, parce qu'avec un tel système il n'y a jamais assez d'argent. Aussi, pour parvenir à leurs fins, créent-ils des lois, des réglementations, des impôts et taxes (il y en a 360).

 

Comment procèdent-ils ?

- en jouant sur l'émotionnel et en pratiquant à la fois l'abus de faiblesse et l'abus de position dominante : pour ce qui concerne la santé en jouant sur l'angoisse de ne pas être soigné, pour ce qui concerne les retraites en jouant sur l'angoisse de ne pas avoir assez pour ses vieux jours

- en infantilisant et en déresponsabilisant: l'État seul peut soigner les gens, les assurer d'avoir une retraite décente (il peut d'autant plus le faire croire qu'il détient le monopole de la protection sociale, ayant détruit tout ce qui existait auparavant).

 

Les conséquences sont:

- la création de privilèges, tels que les régimes spéciaux de retraite

- des surcoûts: en matière de santé, on paye la sécurité sociale et une mutuelle, et on a encore une partie à sa charge; en matière de retraite on cotise à la retraite de la sécurité sociale, à une retraite complémentaire, à une retraite supplémentaire, et on doit encore constituer une épargne

- le but des caisses et de ceux qui en vivent n'est pas d'aider mais de se survivre: aussi vont-ils se battre pour que le système perdure.

 

Ce qu'on voit, ce sont les buts officiels:

- mettre les gens à l'abri du besoin

- les soigner.

 

Ce qu'on ne voit pas, c'est que ces systèmes ont été conçus pour contrôler et soumettre les populations.

 

Ces systèmes en effet ont été conçus à la Libération par les gaullistes et les communistes qui les uns comme les autres étaient des partis étatistes. Rien de plus efficace pour ce faire que d'avoir le monopole de la protection sociale (voir Bismarck en Prusse, les Frères musulmans à Gaza ou en Égypte).

 

En 1960 il y avait 4 cotisants (4 esclaves) pour (entretenir) un retraité, en 2010 la proportion était de 1,8 pour 1, en 2050 elle sera de 1,2 pour 1. Le déficit des retraites en 2010 était de 32 milliards €, il sera de 70 milliards en 2030 et de 102 en 2050. Pour sauver le système de retraite il faut donc davantage d'actifs d'où la nécessité d'avoir toujours plus d'immigrés qui seront à leur tour les esclaves de leurs prédécesseurs...

 

Comme ces systèmes de retraite et de santé sont des monopoles et que tout dépend du caprice du législateur, les Français n'ont pas le choix. Et ils n'ont pas le choix en réalité parce qu'il n'y a pas de contrat et donc pas de sanction en cas de non respect: ils ne savent jamais combien ils vont payer et combien ils vont recevoir en retour.

 

Les systèmes de retraite et de santé ne peuvent que gérer la pénurie:

- quand on prend sa retraite, on a travaillé toute sa vie pour rien, puisqu'il ne reste rien en contrepartie de ce que l'on a versé, sinon des droits sociaux, c'est-à-dire le droit de piller les générations suivantes

- quand on a besoin de se soigner, on n'a rien mis de côté non plus de ce qu'on a versé et là encore il faut piller les autres.

 

Les conséquences:

- les prestations sont en baisse et les prélèvements en hausse

- les entreprises sont accablées de prélèvements et de réglementations de sorte qu'elles ne sont pas compétitives

- l'épargne n'existe pas: on fait marcher la planche à billets et on contracte des dettes

- la société est sujette à des conflits et à des divisions: qui volera qui? de combien? et pourquoi?

- le système n'est même pas remis en cause: le soumis réclame lui-même sa soumission et demande que le modèle social soit sauvé...

 

Comment éviter la catastrophe sociale?

- le salaire complet: verser au salarié l'entier de son salaire (part dite salariale + part dite patronale) et verser à l'indépendant l'entier de la différence entre son chiffre d'affaires et les frais nécessaires à l'exercice de sa profession

- un impôt proportionnel faible

- la retraite par capitalisation (l'ALEPS a montré tout ce qui est subtilisé aux smicards et aux salariés hors plafond via la retraite par répartition)

- le compte épargne santé (transmissible), tel qu'il existe à Singapour

- des assurances santé en libre choix

- un filet de sécurité pour les plus démunis (le chèque santé)

- la liberté des prix et des services pour déterminer les prix véritables (aujourd'hui les prix sont administrés) : quand on a une information juste les besoins sont adaptés (en matière de santé cette adaptation se fait par l'appréciation des médecins par leurs patients).

 

Les thuriféraires de la Sécurité Sociale disent qu'il faut la sauver parce que les traitements seront toujours plus chers. Or c'est faux. Ils sont chers au début, puis ils baissent. Ce qui compte c'est que, vieilles ou pas, les personnes n'aient pas besoin de soins (un jeune malade coûte plus cher qu'un vieux en bonne santé).

 

Aujourd'hui une véritable révolution technologique innovante est en marche. Elle devrait aboutir à éviter les soins. Le système de santé français, véritable usine à gaz, n'est évidemment pas prêt pour une telle révolution. Le système de santé libre, lui, est simple: c'est le colloque singulier entre le patient et son médecin (il n'a pas besoin de tiers).

 

Alors que la spoliation légale conduit à la pénurie et à une société matérielle qui n'a plus d'idéal, qui n'a plus d'espoir, qui ne permet pas l'épanouissement personnel et qui ne permet pas non plus à une personne de devenir quelqu'un, le libéralisme est opposé à cette société socialiste matérialiste: il est juste et, parce qu'il est juste, il est efficace.

 

Le libéralisme en effet responsabilise les gens, il retisse le tissu social (chacun est responsable de lui-même et chacun a des liens particuliers avec son prochain; chacun a une mission à remplir, mais il l'a remplie librement), il permet à chacun d'avoir un idéal, un destin, de poursuivre son épanouissement personnel et de donner un sens à sa vie.

Vincent Bénard

Vincent Bénard

Pour l'aménagement du territoire: la liberté ou la contrainte légale

 

Vincent Bénard, analyste économique, donne quelques éléments sur les infrastructures du territoire:

- les lignes ferroviaires sont publiques

- le réseau routier public représente 950 000 km

- les autoroutes concédées représentent 8 000 km

 

L'État, les départements, les communes sont les propriétaires de la plus grande partie du réseau routier, mais:

- la conception des routes est de plus en plus privée

- la construction des routes est entièrement privée

- l'entretien courant des routes est public, mais il y a recours croissant à l'externalisation pour l'entretien lourd

 

Quels sont les problèmes?

- les décisions, en raison de la mode pro-rail, sont anti-routières, anti-voiture

- la gestion publique est mauvaise, inefficace

- le public est autoritaire particulièrement en matière d'expropriations, au mépris du droit

 

Les ressources ? Les taxes sur les automobilistes. La TICPE (ancienne TIPP) représente 34 milliards €. Ne sont restitués pour la route que 16 milliards, ce qui donne une marge de 18 milliards... Si l'on ajoute aux 34 milliards les 8 milliards de péages perçus, on arrive à 42 milliards et à une restitution de 21 milliards. La marge de l'État est donc de 111%, tandis que celle des sociétés d'autoroutes est de 56%...

 

Par ailleurs les autres moyens de transport sont subventionnés, à hauteur de 13 milliards pour le ferroviaire et à environ 10 milliards pour les transports publics. On peut donc dire que tout ce payent les automobilistes et qui ne leur est pas restitué paye la plus grande part des déficits de tous les autres moyens de transport.

 

Des économistes parlent des externalités négatives:

- l'insécurité qui, avec ses 3 000 morts par an, coûterait 11 milliards à la collectivité

- la congestion des routes

- les pollutions des automobiles

 

Mais ils se gardent de parler des externalités positives:

- les vies sauvées par la route, estimées à 20 000 par an

- les activités rendues possibles grâce à la mobilité

- l'hygiène dans les transports publics.

 

Les activités rendues possibles par la route le sont par le fait que:

- c'est le seul moyen de faire du porte à porte: la voiture est le moyen le plus commode

- cela permet de gagner du temps: des études montrent que ce gain est de 10% dans les bassins urbains et que cela correspond à 3% de gain de productivité

- 30 à 50% du PIB, soit 660 à 1100 milliards €, sont liés à la capacité de se déplacer: si l'on considère que les dépenses des automobilistes sont évaluées à 230 milliards et le transport routier à 44 milliards, on se rend compte que la valeur de la mobilité est énorme

- les coûts de la route sont moindres que ceux du rail: le coût du km d'une route de campagne est 1,5 million €, le coût du km d'autoroute de 5 à 6 millions et le coût du km de rail est de 25 millions.

 

La gestion publique est inefficiente:

- on prend des décisions plus politiques qu'économiques

- on a tendance à surestimer les bénéfices et à sous-estimer les coûts

- on exproprie sans accorder une juste indemnisation aux propriétaires contrairement à ce qui se fait en Angleterre ou en Allemagne, où on prévoit plus longtemps à l'avance

- on met 15 à 20 ans à mener un projet dont on est incapable d'évaluer le coût global

 

Peut-on complètement privatiser les routes ? A l'heure actuelle non. Mais le paradigme est en train de changer, car le paiement à l'usage devient possible technologiquement, ce qui n'était pas envisageable il y a encore dix ans.

 

Il faut toutefois dire qu'il n'est pas très attractif d'investir dans la route:

- Celle-ci, en dehors de quelques jours par an est sous-utilisée

- Les dépenses se font pendant dix ans

- Dix ans plus tard seulement l'investissement commence à rapporter.

 

Alors, comme disent les économistes, l'équilibre du  monopole est sous optimal. Le monopole, s'il fixe ses prix trop haut, conduit inévitablement à une baisse des autres consommations. Quelle est la meilleure solution? La régulation de l'État ou la fixation des prix par le monopoleur, dont les coûts doivent être rendus transparents au maximum?

 

Conclusions:

- Privatiser complètement la gestion opérationnelle est possible: à Sandy Springs, dans la banlieue d'Atlanta, sont privatisés tous les services de la ville (80 000 habitants), qui se comporte comme un syndic de propriété

- Instaurer un péage est technologiquement possible: encore faut-il avoir résolu les problèmes de protection de la vie privée qu'il pose

- Le monopole de la route ne sera malheureusement pas cassé par l'évolution technologique avant longtemps (quand les véhicules voleront...).

 

Francis Richard

 

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 12:30
Patricia Commun et Pierre Bessard

Patricia Commun et Pierre Bessard

Hier soir, à la Société de Lecture, à Genève, Patricia Commun était invitée par l'Institut Libéral , que dirige Pierre Bessard, pour parler des Ordolibéraux, sujet de son dernier livre paru ce printemps aux éditions Belles Lettres.

 

L'Ordolibéralisme est-il un libéralisme? Pour certains libéraux, il s'agit d'une dérive constructiviste, pour d'autres, le fait qu'il se préoccupe d'intérêt général est rédhibitoire, pour d'autres encore il entretient une relation ambiguë avec l'Ecole autrichienne.

 

En fait, quand le terme est apparu, au début des années 1950, il désignait un courant du libéralisme qui trouvait urgent de réintroduire le devoir comme contrepartie du droit. Cette démarche est d'autant plus actuelle que sont inventés régulièrement des droits nouveaux sans contrepartie, tels que les droits au logement, au travail, à la santé, à l'éducation etc. dont le texte fondateur est la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.

 

Parler de devoir était considéré comme conservateur, alors que parler de droit à quelque chose était considéré comme un progrès indépassable de l'humanité: allègrement on substituait à l'exploitation de l'homme par l'homme l'exploitation du riche par le rentier, caractéristique du totalitarisme redistributif des socialistes et des verts.

 

Ce totalitarisme redistributif, bien actuel, revient à faire de l'Etat un Père Noël, qui pour prodiguer ses cadeaux a besoin irrépressiblement de sous et se surendette. Frédéric Bastiat l'avait pressenti qui écrivait dans Justice et fraternitéLe peuple sera écrasé d’impôts, on fera emprunt sur emprunt ; après avoir épuisé le présent, on dévorera l’avenir.

 

L'ordolibéralisme, qui a été mis en pratique avec succès en Allemagne pendant une décennie après la Seconde Guerre mondiale, et qui est donc praticable, retrouve de l'actualité aujourd'hui:

 

- le monde occidental est saisi par une fièvre anticapitaliste, qui s'attaque plus particulièrement au capitalisme financier (on sait qu'un tel anticapitalisme fut à l'origine, au XXe siècle, de l'antisémitisme et de la mise en place de régimes dictatoriaux et totalitaires)

 

- le monde occidental donne le primat au politique sur l'économique, ce qui se traduit par un renouveau des idées protectionnistes.

 

L'ordolibéralisme offre un cadre méthodologique pour résister à ces idées néfastes. Il se veut en effet:

 

- protecteur de l'économie de marché en lui donnant des conditions-cadres, en instaurant un droit concurrentiel (cette surveillance de la concurrence le diffèrencie du libéralisme américain) qui, par exemple, empêche les ententes et, même les condamne

 

- défenseur de la stabilité budgétaire et monétaire: le surendettement génère tôt ou tard de l'inflation, voire de l'hyper-inflation

 

- défenseur de l'économie sociale de marché qu'il oppose à l'Etat-providence, car seule l'économie permet de surmonter le problème de la rareté

 

- défenseur de la cohérence plutôt que de l'équilibre en menant des raisonnements qui ne sont pas seulement économiques mais politiques, géographiques, culturels pour lever les blocages microéconomiques dans les domaines correspondants

 

- défenseur d'un ordre social où l'individu ne se retrouve pas tout seul face à l'Etat, mais où la société civile s'interpose entre les deux: le social, dont l'Etat fait croire qu'il peut le prendre en charge, est une dégénérescence du principe de solidarité, qui repose en réalité sur le devoir d'autonomie (ne pas dépendre des autres) et le devoir d'aider ses proches

 

- défenseur de la décentralisation et des petites sociétés politiques, en application du principe de subsidiarité, qui, système progressif, doit partir du bas vers le haut, et non l'inverse, ce qui peut permettre d'améliorer le sort des plus démunis sans passer par la case redistribution.

 

Au crédit de l'ordolibéralisme, ce libéralisme pragmatique, qui n'est certes pas parfait, mais qui apporte des solutions viables dans un monde imparfait, il faut donc porter:

 

- d'avoir passé avec succès l'épreuve des faits en Allemagne, de la fin des années 1940 à la fin des années 1950, donc d'être passé de la théorie à la pratique

 

- d'avoir prôné et favorisé l'Etat décentralisé qui s'avère plus effcicient que s'il est centralisé (Il n'y a pas d'économie d'échelle en politique: cela ne fonctionne pas)

 

- d'avoir prôné et établi la stabilité budgétaire et monétaire qui permet d'éviter les crises dues au surendettement

 

- d'avoir cherché le consensus entre public et privé, employeurs et employés.

 

Bref, même si d'aucuns peuvent à bon droit ne pas le trouver satisfaisant, pas assez libéral, avec toutes ses imperfections l'ordolibéralisme semble très proche de la culture libérale suisse, telle qu'elle est illustrée par un  Charles Monnard ou un Louis Guisan.

 

La Suisse actuelle, sans être un modèle idéal de libéralisme, a sans doute été fortement inspirée par l'ordolibéralisme, que Wilhelm Röpke a enseigné à l'Institut des Etudes internationales de Genève, de 1937 jusqu'à sa mort en 1966.

 

Aujourd'hui la Suisse héritière de ce courant est-elle le pays au monde le plus désagréable pour y vivre?

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 21:45
Gilles Granereau, Yves Durand-Raucher et Olivier Postel-Vinay

Gilles Granereau, Yves Durand-Raucher et Olivier Postel-Vinay

Samedi 24 septembre 2016

 

9 heures

 

A l'hôtel Sourcéo de Saint Paul-Lès-Dax,  ce matin du 7e Week-End de la Liberté, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, avec le concours de

- l'ALEPS

- l'ASAF

- Contribuables Associés

- l'Institut Coppet

- l'iFRAP

- l'IREF Europe

- Students For Liberty - France

est consacré à l'environnement.

Gilles Granereau

Gilles Granereau

Le dit "Réchauffement climatique" à l'épreuve des faits.

 

Gilles Granereau, auteur de L'affaire climatique, se présente: je suis un connard, au sens où l'entend Nathalie Kosciusko-Morizet... Il rappelle en effet qu'il ne fait pas bon, de nos jours, être climato-sceptique ou climato-réaliste (j'en sais quelque chose pour avoir reçu nombre de commentaires injurieux sur mon blog avant la COP21, que, par charité chrétienne pour leurs auteurs, je n'ai pas publiés...).

 

Bonjour l'intolérance !

 

Si, dans le Grand Journal de Canal+, le 5 octobre 2015, la candidate à la primaire de la droite et du centre a traité les climato-sceptiques de connards, Corinne Lepage, le 8 novembre 2015, dans l'émission Agora de France Inter, a dit : Il va falloir tenir un registre très précis de tous ceux qui se seront prononcés et qui auront agi dans un contexte climatosceptique, pour que, dans quelques années, ils portent la responsabilité au moins morale de ce qu’ils auront fait.

 

Sur i-Télé, le 10 septembre 2015, sur le plateau d'Olivier Galzi, François Gemenne , à bout d'arguments, a littéralement agressé Serge Galam: Il faut que vous vous rendiez compte à un moment donné de la débilité, et de la stupidité de vos propos.C’est quand même incroyable, en 2015, de sortir encore des propos comme ça ! Comment osez-vous  ?

 

Obama, un grand démocrate, a lancé une chasse aux sorcières contre les deniers, les négationnistes, sur son site de Président des Etats-Unis d'Amérique:

97% des scientifiques du climat sont d’accord que le changement climatique est réel et causé par l’Homme, et affecte les communautés dans toutes les régions du pays.

Pourtant, un trop grand nombre de nos élus nient la science du changement climatique. Avec leurs alliés de pollueurs, ils bloquent les progrès dans la lutte contre le changement climatique.

Trouvez les négationnistes près de chez vous et appelez-les dès aujourd'hui!

 

L'ONG Awaaz, lors de la COP21, a placardé à Paris des affiches avec la photo de criminels climatiques, tels que Chris Horner, avec la mention WANTED...

 

En matière de climat, la science est-elle établie? Il suffit déjà de comparer la courbe de température moyenne du globe au cours du temps telle qu'elle figure dans le premier rapport du GIEC en 1990 à la fameuse, et controversée, courbe de hockey de Michael Mann, qui apparaît par la suite...

 

Pour ce qui concerne le CO2, le moins qu'on puisse dire est qu'il n'y a pas corrélation entre la courbe de sa teneur et la courbe de la température moyenne au cours du temps. La teneur en CO2 continue d'augmenter tandis que la température moyenne marque un palier depuis 1990, si l'on excepte la hausse de 2015-2016, due à El Niño...

 

Si l'on se réfère aux relevés des satellites, la hausse des océans est de 3.3 mm/an et de 1.15 mm/an selon le marégraphe de Brest. Rien à voir donc avec ce que l'on entend ici ou là sur la montée des eaux.

 

Hormis les pics de 1992-1996 et de 2002-2004, la fréquence des tempêtes n'est pas plus grande que par le passé. D'ailleurs, c'est un indice probant, les assureurs n'ont pas eu à indemniser davantage de sinistres depuis 2004...

 

Si les glaces ont baissé en Arctique jusqu'en 2007, elles se sont stabilisées depuis. Dans l'Antarctique, elles sont toujours restées stables...

 

En conclusion:  l'augmentation de la teneur en COn'explique pas les variations climatiques et les phénomènes extrêmes ne croissent pas.

 

Alors RCA (réchauffement climatique d'origine anthropique)? Ou influence des médias, des lobbys, ou encore des politiques?

 

François de La Rochefoucauld disait sagement:

 

Il vaut mieux employer notre esprit à supporter les infortunes qui nous arrivent qu'à prévoir celles qui nous peuvent arriver.

Yves Durand-Raucher

Yves Durand-Raucher

Le fiasco des énergies dites renouvelables.

 

Yves Durand-Raucher, Ingénieur des Ponts et Chaussées Honoraire, souligne que la sémantique employée n'est pas innocente. On parle ainsi en français de parcs d'éoliennes, de fermes éoliennes et en allemand de Stahlwald... Mais, c'est pour mieux mentir:

 

- Premier mensonge: les éoliennes sont écologiques. Or elles fonctionnent pas intermittence et ont besoin de centrales d'apport, émettrices de CO2.

 

- Deuxième mensonge: les éoliennes sont tout le temps actives. Or, quand le vent est trop fort, il faut les arrêter pour éviter qu'elles ne se cassent; quand est le vent est trop faible, elles ont besoin de soutien énergétique.

 

- Troisième mensonge: les énergies renouvelables permettent d'alimenter des milliers de foyers. Quand on parle de puissance, on parle de puissance théorique maximale, fonctionnant 24h/24; on ne parle pas de puissance effectivement délivrée. C'est ce qu'exprime le facteur de charge qui est le rapport de la seconde à la première. Il est de:

- 0.26 pour l'éolienne terrestre

- 0.33 pour l'éolienne marine

- 0.14 pour le solaire (qui, par définition, ne fonctionne pas la nuit...)

D'autre part quand on parle de desservir les habitants, on exclut le chauffage. Or il représente la moitié de la consommation énergétique...

Il faut donc diviser le nombre d'habitants réellement desservis par ces énergies par un facteur 5 ou 6...

 

- Quatrième mensonge: les énergies renouvables seraient issues d'une technique jeune (c'était vrai en 1980 ou 2000), indispensables pour sauver la planète (!), qu'il faudrait aider par des subventions (l'électricité produite serait facturée 2 fois et demie le prix d'aujourd'hui pour l'éolien terrestre, 4 fois pour l'éolien marin et encore plus cher pour le solaire).

Ces subventions sont payées au moyen d'une taxe, la contribution au service public de l'électricité, qui figure au dos des factures d'électricité. Son taux est de 16% et pourrait passer à 25 ou 30%. Elle représente 8.5 milliards € par an, TVA comprise... versés aux promoteurs.

 

Cinquième mensonge: les machines seraient installées seulement dans des zones dites favorables. Or tout le territoire est déclaré favorable hormis les abords des grandes villes et des très gros bourgs...

 

Sixième mensonge: les machines ne créent pas de nuisances à plus de 500 m des habitations. C'est oublier le bruit lancinant que font les pales toutes les trois secondes, les clignotants visibles la nuit à 20 km de disatnce et le fait que les habitations proches deviennent invendables... (en Allemagne les éoliennes sont disposées à une distance de 10 fois leur hauteur, soit à 1500 m).

 

Septième mensonge: l'arrivée de ces machines seraient une chance pour la commune...

 

Huitième mensonge: l'industrie des énergies renouvelables serait créatrice d'emplois stables et pérennes. Toutes les machines proviennent d'Allemagne ou du Danemark... De plus, qui aura envie de faire du tourisme dans des régions enlaidies par ces forêts d'acier?

 

Neuvième mensonge: les machines seraient démantelées en fin de vie. Au moindre problème, en réalité, les machines sont abandonnées par les promoteurs. C'est le propriétaire du terrain qui devient responsable de l'éviction de la machine... sans en avoir les moyens.

 

Conclusion: il n'y aura plus de douce France: ce sera un trou financier, une estafilade sur le visage de la France...

Olivier Postel-Vinay

Olivier Postel-Vinay

L'environnement: problèmes publics, solutions privées?

 

Olivier Postel-Vinay, directeur du magazine Books, donne d'abord un exemple qui va compléter les exposés précédents sur le climat et sur les énergies renouvelables. C'est celui de la norme européenne de la teneur en nitrate dans l'eau de boisson, qui ne doit pas dépasser 50 mg/l.

 

Aujourd'hui, d'après tous les experts, cette norme n'a aucun sens. On peut boire tout le nitrate qu'on veut: l'organisme en fait son affaire. Il n'y a donc aucune raison médicale de maintenir cette norme impérative. D'ailleurs on mange du nitrate dans les légumes et les fruits...Et les cellules du corps produisent des nitrates...

 

Or cette norme est intouchable. Elle s'impose dans tous les Etats européens aux producteurs d'eaux, aux médecins. C'est un bon exemple des aberrations auxquelles peut conduire l'action publique en matière de sécurité sanitaire.

 

Olivier Postel-Vinay invite à réfléchir sur les mots employés dans la question à laquelle il lui a été demandé de répondre, à commencer par le mot environnement. Le mot environnement est un mot piégé. On a tendance à penser que c'est la nature. 

 

Ainsi il y aurait d'un côté la nature et l'homme de l'autre. La nature comprend pourtant non seulement les végétaux et les animaux mais aussi les hommes eux-mêmes. Et le sens de l'environnement mériterait d'être élargi et comprendre les institutions créées par l'homme et le progrès technique... 

 

Le progrès technique est certes créé par l'homme, mais il est devenu en quelque sorte une force indépendante de l'homme, qui se nourrit d'elle-même et que l'homme ne peut qu'espérer canaliser. Il fait, ô combien, partie de notre environnement comme l'exposé sur les éoliennes l'a montré.

 

Séparer l'homme de la nature, ou de son environnement, est par conséquent une dichotomie dangereuse, destinée à brouiller les cartes.

 

Le mot privé a au moins deux sens très différents: c'est d'une part ce qui est relatif à l'individu et à son autonomie, c'est d'autre part la distinction entre les activités privées et les activités publiques. Il faut ajouter que certaines entreprises privées sont problématiques à l'égard aussi bien de la sphère privée que des pouvoirs publics.

 

Bastiat aurait eu beaucoup à dire face à ces mammouths que sont Google, Facebook etc. qui sont des quasi monopoles particulièrement imposants par ... leur nouveauté et leur aspiration à l'hégémonie.

 

Deux prix Nobel d'économie, George Akerlof (2001) et Robert Shiller (2013) ont publié en 2015 un livre, Phishing for Phools, dont le titre pourrait être traduit par La pêche aux poires... Ils y mettent en cause la main invisible d'Adam Smith: les entreprises qui gagnent sont celles qui réussissent le mieux dans la pêche aux poires.

 

Les poires, ce sont les consommateurs qui sont atteints par la publicité et le marketing, mais aussi les pouvoirs publics qui se laissent séduire par les entreprises qui les courtisent en y consacrant des sommes considérables: c'est la notion de lobby.

 

Du point de vue d'Olivier Postel-Vinay, la vraie dichotomie est à faire entre la personne privée et les forces qui cherchent à l'encadrer, que ces forces soient d'origine publique ou privée. Ainsi fait-on, dans l'exemple des éoliennes, accepter par le consommateur des surcoûts pour sauver le climat.

 

Alors se pose la question de l'expertise, comme on l'a vu dans les cas du réchauffement climatique ou dans celui des éoliennes. Quels experts faut-il croire? Comment distinguer le vrai du faux? Comment séparer le bon grain de l'ivraie? L'expertise est une question fondamentale.

 

Olivier Postel-Vinay trouve Frédéric Bastiat trop optimiste, et trop naïf, parce qu'il porte trop haut les facultés de discernement des individus, même s'il reconnaît qu'ils ne sont pas toujours capables de voir que l'organisateur, c'est-à-dire l'Etat, n'est pas infaillible.

 

Les psychologues s'intéressent à ce qu'ils appellent les biais cognitifs. Indépendamment des intoxications et des émotions, il y a toutes sortes de biais qui transforment notre perception de la réalité. On a tendance, par exemple:

- à enjoliver le passé (c'était mieux avant!),

- à occulter l'avenir prévisible (je peux fumer tant que je veux, je peux m'endetter lourdement).

- à surévaluer des événements récents (c'est le syndrome du requin: une attaque exceptionnelle de requin devient un risque considérable d'être attaqué par un requin)

- à voir dans les éléments que nous percevons la confirmation de ce que nous pensons (c'est ce que les Américains appellent l'effet de silo)

 

Compte tenu de tout ce qui précède, Olivier Postel-Vinay est hésitant pour répondre à la question posée. Il cite une interview d'Emmanuel Macron, qui a travaillé à l'Etat et dans le privé, au cours de laquelle il dit (c'est un homme politique):

 

Je crois dans la place de l'Etat. Dans notre histoire, l'Etat tient la France, tient la nation

 

Je crois toutefois qu'il faut moins d'Etat dans la société et dans l'économie. A vouloir sur-réguler l'Etat s'est affaibli et s'est transformé en étouffoir. On a longtemps considéré que l'Etat devait se substituer à la société pour agir et que la norme protégerait le faible selon la philosophie de Lacordaire. Ce n'est plus vrai dans un monde ouvert. Quand la norme sur-réglemente, elle entrave. Elle empêche la liberté d'entrer dans de nombreuses maisons, y compris celles des plus pauvres.

 

Les énergies renouvelables sont des fonctions de production de l'énergie très décentralisées, au plus près du terrain. 

 

Contre la prétention des hommes politiques à imposer leurs projets à la société, comme dirait Frédéric Bastiat, contre la pêche aux poires, qui joue un rôle central dans la société, Olivier Postel-Vinay se demande: Que nous reste-t-il? Que pouvons-nous faire? Et il répond: Très franchement, je ne sais pas.

 

Il termine tout de même par une note optimiste: Une voie intelligente consiste à trouver moyen de développer notre culture de l'esprit critique, développer les moyens de l'exprimer, afin de tendre à exposer au grand jour ce qu'on ne voit pas.

 

Francis Richard

 

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7e Week-End de la Liberté à Dax 1/5

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 22:55
7e Week-End de la Liberté à Dax 1/5

23 septembre 2016

 

18 heures

 

A l'hôtel Sourcéo de Saint Paul-Lès-Dax,  le 7e Week-End de la Liberté, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, avec le concours de

- l'ALEPS

- l'ASAF

- Contribuables Associés

- l'Institut Coppet

- l'iFRAP

- l'IREF Europe

- Students For Liberty - France

commence par une introduction, par son président, Patrick de Casanove, des conférenciers déjà présents à ce congrès dont le thème est d'une brûlante actualité et taboue:

 

France, sortir de l'étatisme pour sortir de l'impasse: la solution libérale.

 

En effet, dans sept mois aura lieu le premier tour des élections présidentielles françaises... et tous les candidats déclarés et, vraisemblablement, ceux qui se déclareront, sont adeptes de ce que Frédéric Bastiat appelle la Spoliation légale, c'est-à-dire la spoliation qui porte atteinte aux droits naturels, que sont la Propriété, la Liberté et la Personnalité.

Damien Theillier, Jean-Philippe Delsol, Jean-Paul Gourevitch, Vincent Benard, Patrick de Casanove, Sandrine Gorreri, Jean Bouheben, Jacques Gautron

Damien Theillier, Jean-Philippe Delsol, Jean-Paul Gourevitch, Vincent Benard, Patrick de Casanove, Sandrine Gorreri, Jean Bouheben, Jacques Gautron

Dans La Loi, Frédéric Bastiat dit:

 

La chimère du jour est d'enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres; c'est de généraliser la Spoliation sous prétexte de l'organiser. Or, la spoliation légale peut s'exercer d'une multitude infinie de manières; de là une multitude infinie de plans d'organisation: tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l'assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, etc. Et c'est l'ensemble de tous ces plans, en ce qu'ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme.

Jean-Philippe Delsol

Jean-Philippe Delsol

21 heures

 

La société française sous l'emprise de la puissance publique: comment retrouver le sens du bien commun?

 

Jean-Philippe Delsol rappelle que l'homme aspire naturellement à la liberté et à la responsabilité, mais qu'il peut être saisi par l'hubris, la démesure. C'est pourquoi le droit a beaucoup d'importance parce qu'il est protecteur des libertés.

 

Au risque de déplaire à d'aucuns, Jean-Philippe Delsol dit que l'impôt est un progrès. C'est en effet un moyen d'exercer le pouvoir autrement que par la spoliation ou la conquête; et c'est en fait une règle qui prévoit comment va être payée la protection du droit.

 

Or, aujourd'hui, on assiste à un excès du pouvoir que confère l'impôt: 57% du PIB  sont dépensés par la machine de l'Etat. Les dépenses sociales et la redistribution représentent 1/3 du PIB, dont plus de la moitié est payé par l'Etat.

 

Cette dérive résulte de la perte de vigueur du droit. Qu'est-ce que le droit? L'ensemble des règles qui conviennent le mieux à la vie commune des hommes, règles qui s'imposent au législateur lui-même. Or, avec l'empereur Justinien, le droit a été absorbé par la loi.

 

Par droit romain, on entend donc deux acceptions différentes: c'est, en Grande-Bretagne, la common law, le droit commun, et, sur le continent, la loi romaine, héritière hélas de Justinien. Or le Droit naturel est un droit qui s'élabore sur ce qui réussit et qui a vocation à s'imposer à la Loi.

 

S'il fallait faire une comparaison, le Droit serait une lame de fond, tandis que la Loi ne serait qu'une vaguelette du rivage.

 

Jean-Philippe Delsol rappelle qu'il existe deux formes de justice: la justice commutative et la justice distributive. La justice commutative est celle de l'équilibre dans l'échange. La justice distributive consiste à donner à chacun ce qui lui revient.

 

Pour bien comprendre la différence qu'il y a donc entre le Droit et la Loi, Jean-Philippe Delsol souligne qu'il est différent de dire: Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse (l'impératif catégorique de Kant) et Fais ça. Ne fais pas ça est la grande règle de la liberté.

 

La justice est dans ce Ne fais pas. La charité est dans Fais à autrui le bien que tu voudrais qu'il te fasse; elle relève de la décision de chacun. C'est pourquoi il y a confusion des choses quand la justice est transformée en bienfaisance.

 

La justice est là pour s'occuper de l'échange et du conflit, mais pas du bien, qui est personnel. Quand l'Etat, le pouvoir ou le juge s'occupe du bien, cela conduit au pire des despotismes. Bastiat s'en prend à l'Etat philanthropique qui veut s'occuper de bien-être, d'instruction, de moralité...

 

Xenophon rapporte dans la Cyropédie que le grand Cyrus n'a été châtié qu'une fois par son Maître pour n'avoir pas bien jugé: 

 

Un grand garçon avait une robe qui lui était trop petite et ayant rencontré un petit garçon qui en avait une qui lui était trop grande, il la lui ôta, et lui donna la sienne: je jugeai qu'il était à propos que chacun garde la robe qui lui était propre. Mais mon Maître me reprit, disant que, quand il faudrait juger sur ce qui ferait plus ou moins à propos, il faudrait juger comme j'avais fait; mais que, puisqu'il était question de prononcer à qui la robe devait appartenir, il fallait considérer si celui qui l'avait prise de force devait plutôt l'avoir que celui qui l'avait faite, ou qui l'avait achetée.

 

Jean-Philippe donne un autre exemple, celui de la flûte:

- Anne est seule à en jouer

- Bob est pauvre et ce serait son seul jouet

- Pierre l'a taillée

 

Les deux premiers critères sont subjectifs. Le troisième est objectif. Quand il s'agit de permettre aux gens de vivre ensemble, le bien communil faut essayer de trouver les critères objectifs. Le bien commun correspond au régalien, c'est-à-dire à l'exécution de la justice, à la sécurité intérieure et extérieure.

 

A cela il faut ajouter, pour tout le monde, l'accès à l'éducation avec le bon scolaire , qui permet le libre choix de l'école, et à l'assurance sociale, moyennant quelques %, avec sinon l'obligation de s'assurer, tout en étant libre de le faire auprès de l'assureur de son choix.

 

Quand il n'y a plus de responsabilité, il y a pauvreté matérielle, intellectuelle et spirituelle. C'est pourquoi la responsabilité doit être l'aune de la dépense publique. Toutefois, pour donner les moyens au régalien, à l'accès à l'éducation et à l'assurance sociale, il faut bien prélever.

 

Le prélèvement, cependant, doit être pérenne et neutre, c'est-à-dire qu'il ne doit pas y avoir de modification des situations relatives. Il ne peut donc être que proportionnel et certainement pas progressif, car c'est alors la porte ouverte, sans limites, à l'arbitraire et à l'injustice.

 

C'est seulement dans ces conditions - ne fais pas à autrui etc., critères objectifs de la justice, responsabilité aune de la dépense publique,  etc. -, que le sens du bien commun peut être retrouvé.

 

A ceux qui ne voient qu'un rêve dans cette quête de la justice et de la liberté - que l'on cherche toujours sans jamais les atteindre -, Jean-Philippe Delsol, pour qui aucune parole n'est jamais vaine, répond en citant Georges Bernanos:

 

Les mots sont du vent, mais le vent pousse le monde.

 

Francis Richard

 

Livres de Jean-Philippe Delsol:

 

A quoi servent les riches? (2012) JC Lattès

Pourquoi je vais quitter la France (2013) Tatamis

L'injustice fiscale (2016) Desclée de Brouwer 

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 22:55
Journal décalé de mai: une conférence de Pierre Bessard sur l'anarchie libérale

18 mai 2016

 

Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral, est l'invité de l'Association des étudiants de l'Unige pour l'étude de la philosophie libérale, à Uni-Mail, à Genève.

 

Le thème de sa conférence est: L'anarchie libérale: plus qu'une utopie?

 

Dans le débat public, dès que l'on parle d'anarchie, on entend chaos, règne de la violence, émeutes, trafic routier en Inde... Bref c'est un mot qui est inutilisable parce que connoté désordre.

 

Dans le débat intellectuel, en philosophie, il n'en est pas de même, l'anarchie suppose l'existence d'un ordre, d'une reconnaissance du droit, sans monopole de la force, sans autorité basée sur la contrainte.

 

L'anarchie n'est pas synonyme d'anomie, c'est-à-dire d'absence de règles. De même convient-il de distinguer la liberté, qui équivaut à faire ce que l'on est en droit de faire, de la licence, qui équivaut à faire n'importe quoi; de faire la différence entre le droit  et une législation arbitraire.

 

Dédramatiser la notion d'anarchie

 

Il faut d'autant plus dédramatiser la notion d'anarchie qu'elle est omniprésente dans la vie quotidienne: nous sommes libres de choisir notre profession ou notre partenaire, d'avoir des enfants, de créer une entreprise, de voter ou de nous abstenir etc.

 

Il n'existe pas de gestion centrale de notre vie. Nous nous passons de l'État dans la plupart des actes de notre vie.

 

Ainsi une économie libre est largement anarchique et largement harmonieuse. A contrario, plus une économie est réprimée, plus il existe de marché noir et de contrebande

 

Ainsi toute prohibition faite à des adultes consentants, qu'il s'agisse de drogues, de pornographie ou de prostitution, est incompatible avec une société libre, à condition bien sûr que ces adultes ne nuisent pas à autrui ni à ses biens.

 

L'éthique libérale

 

L'éthique libérale repose sur le principe de la propriété de soi, c'est-à-dire de l'existence de la personne et de son libre arbitre. Ce qui revient à respecter les autres et à respecter la propriété des autres. Ainsi les libéraux ont-ils été à l'avant-poste de l'abolition de l'esclavage.

 

Les gouvernants ne sont pas au-dessus du droit. Ils ont pour devoir de protéger et de garantir le droit.

 

L'État contrevenant

 

Avec l'impôt, l'État est le plus grand contrevenant au droit de propriété qui soit:

 

Tout impôt inutile est un vol, un vol d'autant plus odieux qu'il s'exécute avec les solennités de la loi. Benjamin Constant

 

Dans les sociétés modernes, la spoliation par l'impôt s'exerce à une grande échelle. Frédéric Bastiat

 

Ayn Rand suggère un impôt volontaire pour le financement des fonctions régaliennes.

 

L'imposition est sur un pied d'égalité avec les travaux forcés. Robert Nozick

 

L’impôt est un vol, purement et simplement, même si ce vol est commis à un niveau colossal, auquel les criminels ordinaires n’oseraient prétendre. Murray Rothbard

Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral

Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral

Les autres atteintes au droit par l'État

 

L'État contrevient également au droit de propriété avec

 

- les assurances sociales, qui ne sont pas des assurances,

- l'AVS, qui est une redistribution basée sur un système de Ponzi (elle avait été rejetée par 60% des voix du peuple suisse en 1931...),

- l'épargne forcée de la prévoyance professionnelle,

- le service militaire obligatoire (Milton Friedman était opposé à la conscription),

- l'école publique qui est au service des intérêts de l'État, c'est-à-dire du légalisme, du conformisme et de la formation de contribuables inoffensifs (Denis de Rougemont),

- le financement de médias audiovisuels par une taxe (recouvrée par Billag en Suisse).

 

La gouvernance

 

L'État est-il indispensable pour l'exercice des fonctions régaliennes, armée, police et justice, c'est-à-dire pour que les règles de bonne conduite soient observées et pour que les conflits soient réglés?

 

Pour que la gouvernance privée ne dégénère en gouvernance publique, la solution est la propriété. Ainsi dans une communauté privée de propriétaires, ces derniers réclament-ils des comptes précis.

 

Si gouvernance publique, tout de même, il y a, il existe au moins, en Suisse, deux limites à son pouvoir discrétionnaire: le frein à l'endettement et les recours référendaires.

 

Quoi qu'il en soit, si État il y a, son rôle doit rester subsidiaire.

 

L'État n'est pas indispensable

 

La culture morale est la première source de sécurité en Suisse: dans bien des cas, elle permet de se passer de l'État et évite la corruption (elle se retrouve d'ailleurs dans les pratiques de paiement). La Suisse se caractérise en effet par un degré très élevé de moralité, par une culture de l'intégrité.

 

Il faut savoir que s'il y a 5'000 policiers, il y a en Suisse romande 7'000 agents de sécurité privés...

 

La justice privée joue un rôle majeur en Suisse avec les tribunaux d'arbitrage:

- dans les conflits boursiers,

- dans l'économie immobilière,

- dans le sport,

- dans le commerce international etc.

 

Cette justice privée a pour caractéristique de résoudre les conflits:

- dans des délais courts,

- dans la discrétion,

- à moindre coût,

- en substituant la réparation des dommages à l'emprisonnement.

 

Conclusion

 

A défaut de pouvoir tout privatiser, comment limiter l'État?

- en propageant une culture morale, une culture libérale,

- en agissant au niveau sectoriel (initiative No Billag),

- en introduisant le plus de concurrence possible dans la gestion publique,

- en privilégiant les micro-états et les villes libres aux grandes structures telles que l'Union européenne ou le G20,

- en cantonnant l'État dans des fonctions subsidiaires,

- en développant le scepticisme envers l'État, qui a une forte propension à multiplier les lois et, donc, à se croire nécessaire...

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 22:55
Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Au Graduate Institute Geneva, Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement, du 14 au 16 avril 2016, s'est tenu un colloque sur Wilhelm Röpke (1899-1966), économiste libéral et philosophe social allemand.

 

Le cinquantenaire de sa disparition est l'occasion de faire connaissance avec ce penseur qui a vécu une trentaine d'années en Suisse au XXe siècle, qui a justement enseigné au Graduate Institute Geneva, et qui a aimé la Suisse, où le libéralisme est mis en pratique.

 

Röpke bénéficie d'une entrée dans le Dictionnaire historique de la Suisse:

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Ce colloque a été organisé par l'Institut Libéral, représenté par son directeur, Pierre Bessard, en collaboration avec le Graduate Institute Geneva, l'Aktionsgemeinschaft Soziale Marktwirtschaft, représenté par son président du Conseil, Nils Goldschmidt, le Wilhelm Röpke Institut, représenté par son vice-président, Stefan Kolev, et l'Agora - Université de Cergy-Pontoise, représentée par Patricia Commun, professeur d'études germaniques:

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Le colloque s'est déroulé en trois parties:

- le colloque proprement dit avec dix-sept interventions académiques en anglais

- une intervention publique du président de l'Institute for Liberty and Democracy, Hernando de Soto, en direct depuis le Pérou

- une conférence publique avec huit interventions (une en anglais, trois en allemand et quatre en français)

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Au terme de ces trois journées denses et fécondes, que retenir de ce qui a été dit sur Wilhelm Röpke par les différents intervenants?

 

Röpke a dû quitter l'Allemagne en 1933 lors de l'arrivée des nazis au pouvoir. Après guerre, ce combattant des idées sera tout autant opposé au totalitarisme communiste qu'il l'aura été au totalitarisme nazi. Pour des raisons similaires. Après trois ans passés à Istanbul, il s'établit à Genève.

 

Etait-il conservateur? Les réponses divergent. Sans doute parce que tout le monde ne s'accorde pas sur la définition du mot. Une chose est sûre, il accordait beaucoup d'importance aux vertus individuelles, telles que le respect, l'honnêteté, la déférence, la politesse, l'humilité dans l'échange avec les autres et s'affligeait de la perte du sens communautaire.

 

L'ensemble des intervenants s'accorde à dire qu'il était pessimiste. Mais le pessimisme ne va-t-il pas de pair avec le réalisme? En tout cas, il craignait que le collectivisme ne l'emporte dans le monde. A son époque, cette crainte n'était-elle pas fondée? Aujourd'hui, ne l'est-elle pas, d'une autre manière?

 

Röpke se situait lui-même entre le capitalisme et le communisme. Il se disait favorable à une troisième voie, mais n'était pas pour autant keynésien. Promoteur d'une économie sociale de marché, il voulait surtout donner un cadre éthique et légal au marché.

 

Etait-il interventionniste pour autant? Ludwig von Mises ne disait-il pas lui-même que soutenir et assurer la propriété privée n'étaient pas des interventions? En tout cas Röpke ne voulait pas comme Keynes que le marché soit régulé par l'Etat, par exemple par la pratique de politiques de relance.

 

Etait-il libéral? Indéniablement puisqu'il était pour un état de droit, un gouvernement limité, le respect de la propriété privée, la liberté humaine et la responsabilité qui lui est indissociable. Mais il ne croyait pas que l'économie de marché soit suffisante pour créer une société libérale.

 

Röpke pensait que le social était l'affaire de tous et non pas des pouvoirs. Il se méfiait des monopoles, quels qu'ils soient, et souhaitait leur contrôle. Il était opposé notamment à celui de la morale que s'arrogent des pouvoirs civils ou religieux.

 

A la différence d'autres libéraux - le libéralisme est polyphonique, dixit Alain Laurent -, Röpke assimilait le rationalisme à l'utilitarisme, qu'il rendait responsable de la dégradation du libéralisme et il n'avait pas de mots assez forts pour fustiger l'individualisme, ce culte de l'individu concentré sur lui-même.

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Dans son intervention Hernando de Soto, étudiant de Röpke à Genève, a rappelé le suicide, il y a cinq ans, de Mohammed Bouazizi en Tunisie, en rapport avec l'expropriation dont il a été victime. Mais, ce qu'on ne dit pas, c'est qu'il n'était pas le seul à s'être suicidé par le feu.

 

Son institut a découvert qu'ils étaient 64 au total à avoir fait une tentative de suicide dans les deux mois qui ont suivi, dont 37 ont survécu. Son institut est allé interroger les survivants et s'est rendu compte qu'il leur avait été interdit d'acheter et de vendre...

 

A l'heure actuelle seuls 10% des habitants du monde bénéficient de droits, tels que ceux de s'associer pour entreprendre, ou de commercer. Les droits de propriété, et les marchés, sont pourtant la plus belle promesse faite aux pauvres pour sortir de leur condition.

 

Car le problème pour sortir de la pauvreté n'est pas la technologie, mais l'absence d'état de droit. C'est la grande leçon qu'Hernando de Soto retire de son expérience sur le terrain et de ce qu'il a appris avec Wilhelm Röpke.

 

Francis Richard

 

PS

Deux articles ont paru dans la presse pendant le colloque au sujet de Röpke:

- le 14 avril 2016 dans la NZZ, Neue Zürcher Zeitung, sous la plume de Gerhard Schwarz

- le 16 avril 2016 dans Le Temps, sous la signature d'Emmanuel Garessus

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva
Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva
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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 23:55
Journée libérale romande 2015: l'éducation et la formation: entre tradition et défis

Le samedi 14 novembre dernier, s'est tenue à l'Hôtel Alpha-Palmiers, à Lausanne, la Journée libérale romande 2015, organisée conjointement par le Cercle libéral Lausanne et l'Institut libéral, sur le thème de la formation et de l'éducation.

 

Dans son mot de bienvenue, Pierre Bessard rappelle que, dans l'esprit des populations, le système de formation ne peut être que du ressort des autorités publiques, sans doute parce qu'elles n'en ont pas connu d'autres.

 

Ici, en Suisse, cet a priori et cette autosatisfaction sont confortés par le fait que le monopole public de l'éducation et de la formation y est tempéré par l'héritage libéral et moral du pays et par une forte décentralisation des institutions.

 

Faut-il pour autant se satisfaire de ce statu quo?

 

La nécessité du pluralisme éducatif et scientifique

 

Damien Theillier, philosophe, enseignant, président de l'Institut Coppet (Paris), souligne l'importance du pluralisme en matière d'éducation et de formation. Le clivage droite-gauche n'est pas pertinent. L'opposition se fait entre liberté et servitude.

 

Dans le débat pédagogique, à droite on défend la culture générale et à gauche la culture de masse. Dans le débat sociologique, à droite on met en cause la crise de la famille, le fait qu'elle soit déstructurée, que les pères soient absents; à gauche on répète que la famille est source d'inégalités.

 

Tout le monde s'entend cependant pour dire que les familles ne peuvent pas faire les bons choix et que c'est à l'Etat de les faire. Le problème de l'éducation et de la formation est trop important pour le confier au marché, à son arbitraire pour les uns, à la dictature de l'argent pour les autres.

 

Ce n'est pas le point de vue des libéraux, pour lesquels le problème n'est ni pédagogique, ni sociologique, mais structurel: il faut séparer l'école et l'Etat, privatiser l'éducation et la formation. L'Etat, par sa nature même, est en effet incapable de s'en occuper et, de plus, c'est illégitime qu'il le fasse.

 

Des arguments conséquentialistes

 

"Le monopole est ainsi fait qu'il frappe d'immobilisme tout ce qu'il touche", dit Frédéric Bastiat dans Baccalauréat et socialime. Le monopole conduit à l'immobilisme de la pensée et s'oppose à la diversité. Si l'on impose la vérité, on peut tout aussi bien imposer l'erreur. La vérité ne peut surgir que du pluralisme.

 

Frédéric Bastiat dit encore, dans ses Harmonies économiques: "Il est évident que la Concurrence, c'est la liberté. Détruire la liberté d'agir, c'est détruire la possibilité et par suite la faculté de choisir, de juger, de comparer; c'est tuer l'intelligence, c'est tuer la pensée, c'est tuer l'homme."

 

En fait le monopole a pour conséquence l'émergence d'une caste de privilégiés et de groupes de pression. L'intérêt général n'est rien d'autre que le paravent derrière lequel se dissimulent des intérêts particuliers, les leurs en l'occurrence.

 

Dans Socialisme (1920), Ludwig von Mises montre que, faute de pouvoir faire un calcul économique, du fait que les prix véritables ne peuvent pas être établis par la confrontation de l'offre et de la demande, le monopole est planificateur et que cela conduit inévitablement à la pénurie ou à la surproduction.

 

En matière d'éducation et de formation, le monopole conduit ainsi à un manque de personnel qualifié et à une pléthore d'enseignements inutiles.

 

Des arguments déontologiques

 

Est-ce juste que l'Etat exerce un monopole sur l'éducation et la formation? Ne dit-on pas que l'éducation est un droit et qu'il est légitime que l'Etat garantisse ce droit?

 

Qu'est-ce qu'un droit? Il convient de distinguer les droits individuels, tels que les droits de propriété, la liberté d'expression, la liberté d'association etc., et les droits collectifs, tels que les droits au travail, au logement, à la santé, à l'éducation etc.

 

Les vrais droits sont les droits individuels. Ils se traduisent par le fait que les individus ne sont pas empêchés de faire telle ou telle chose, qu'ils peuvent choisir et sont responsables de leur choix. Benjamin Constant, dans son Commentaire sur l'ouvrage de Filangieri, pour exprimer que l'Etat doit les garantir, dit:

 

"Les fonctions du gouvernement sont purement négatives. Il doit réprimer les désordres, écarter les obstacles, empêcher en un mot que le mal n’ait lieu. On peut ensuite s’en fier aux individus pour trouver le bien."

 

Les droits collectifs correspondent à des spoliations opérées par l'Etat, qui devrait au contraire les empêcher. Pour les satisfaire, l'Etat devient en effet spoliateur lui-même. Sans consentement et sans compensation il prend aux uns pour donner aux autres.

 

Frédéric Bastiat pouvait dire que la spoliation légale, c'est le socialisme, et que le refus de la spoliation, c'est le libéralisme.

 

Si l'éducation et la formation sont privatisées, comment les pauvres pourront-ils y accéder? Les gens seraient moins pauvres s'il n'y avait pas de spoliation; les inégalités se réduiraient; et du libre marché surgiraient des solutions qui leur seraient accessibles, tels que l'e-learning.

 

Damien Theillier termine ses propos par cette citation de Benjamin Constant, qui, dans Principes de politique, dit:

 

"En éducation comme en tout, que le gouvernement veille et préserve; mais qu'il reste neutre. Qu'il écarte les obstacles, qu'il aplanisse les chemins. L'on peut s'en remettre aux individus pour qu'ils y marchent avec succès."

Journée libérale romande 2015: l'éducation et la formation: entre tradition et défis

L'école actuelle prépare-t-elle à affronter la liberté?

 

Jacques-André Haury, ancien député au Grand Conseil vaudois, évoque le Plan Langevin-Wallon de 1946-1947, qui, en France, projette la constitution d'un collège unique, d'un tronc commun de l'enseignement jusqu'à 15 ans et d'une formation universitaire unique.

 

Il cite Célestin Freinet: "Au lieu d’attendre une improbable révolution, il faut que la révolution entre dans la classe des enfants pauvres pour transformer la société à venir."

 

Il rappelle que Jean Piaget considère le cerveau comme un organe autonome et qu'il le traite comme un tube digestif. 

 

Ces propos sont une introduction au socioconstructivisme, selon lequel il faut favoriser le développement naturel de l'enfant, l'enseignant n'étant qu'un guide, et s'appuyer sur les acquis individuels et collectifs.

 

D'un côté on dit que l'enfant n'a pas besoin de certaines connaissances pour apprendre naturellement, de l'autre on dit qu'il faut le construire sur ses bases propres, ce qui revient à reprendre les inégalités de départ, à moins, dès le berceau, de retirer l'enfant à sa famille...

 

On dit qu'il faut placer l'enfant en situation de déséquilibre. Or il ressort d'une étude américaine effectuée dans les milieux défavorisés, sur 10 ans et 325'000 élèves, que l'enseignement direct, qui part du plus simple pour aller au plus compliqué, obtient de meilleurs résultats que cette pédagogie, en termes de connaissances, de compétences et d'estime de soi.

 

Dans cette lignée du socioconstructivisme, EVM 1996, l'école vaudoise en mutation, adoptée en décembre 1996 par le peuple, supprimait les notes, donc la moyenne, et les manuels de référence, prônait la pédagogie de la découverte et la mise en situation de l'enfant.

 

Il s'agissait en fait de supprimer l'échec, de valoriser et de ne pas sanctionner, de remplacer la note normative par une évaluation formative. Tout autant de choses qui n'existent pas dans la vraie vie et qui n'y préparent donc pas.

 

L'idée était qu'il fallait empêcher l'enfant de se comparer aux autres, qu'il devait découvrir les règles par lui-même, qu'il n'avait pas besoin de bases, ni de références, ni de hiérarchie des valeurs, ce qui conduit pourtant au relativisme.

 

Dans la vraie vie, c'est tout le contraire: l'enfant a besoin de se situer par rapport aux autres, d'identifier les règles, de s'appuyer sur des bases solides, de hiérarchiser les choses et de distinguer l'essentiel de l'accessoire (avec PECARO, le plan d'études cadre romand, les disciplines étaient classées par ordre alphabétique!).

 

Aujourd'hui, dans le canton de Vaud, la LEO, la loi sur l'enseignement obligatoire, donne quelques espoirs: les notes et les moyennes réapparaissent, les branches principales et secondaires sont distinguées, le redoublement est redevenu possible, dans les ouvrages, dont le choix est laissé aux enseignants, il est à nouveau question de règles.

 

N'est-il pas nécessaire en effet de connaître les règles, puis de choisir de les respecter ou de les transgresser? Car ignorer les règles ne rend pas libre mais désorienté.

 

Jacques-André Haury critique donc la pédagogie main stream, mais comment choisir la bonne? Faut-il l'imposer par en haut? Ce sont des questions qu'un libéral doit poser, même si le consensus pour l'école publique est fort en Suisse. Car seule la remise en cause du monopole permet d'en éviter les inévitables conséquences néfastes.

Journée libérale romande 2015: l'éducation et la formation: entre tradition et défis

Les liens entre le système de formation et l'économie

 

Le Pr Michel Rochat est depuis cinq ans le directeur général de l'Ecole hôtelière de Lausanne. Les mots-clés de cette école prestigieuse, fondée par la Société suisse des hôteliers à la fin du XIXe, sont internationalité et professionnalité, au service de la personne.

 

Internationale l'EHL? Aujourd'hui les étudiants sont de 90 nationalités différentes. L'objectif est de parvenir à 100 nationalités. Professionnelle l'EHL? Cela résulte d'une forte sélection à l'entrée: sur 1'200 candidats, 300 seulement sont admis. Et Michel Rochat aimerait même qu'il y ait davantage encore de candidats pour le même nombre d'élus ...

 

Qu'est-ce qu'un étudiant éduqué? Un étudiant responsable, qui combine le sens des affaires et l'éthique. Dès la première semaine de son admission, un étudiant doit travailler en groupe, mais un groupe mixé, c'est-à-dire où sont représentées toutes les sensibilités.

 

Les objectifs sont l'auto-organisation et l'auto-évaluation. Dans les métiers d'accueil il s'agit en effet de faire preuve à la fois d'une grande ouverture d'esprit et d'avoir l'esprit d'entreprise. Aujourd'hui 120 millions de personnes travaillent dans ces métiers dans le monde.

 

Internationale l'EHL? 9 écoles sont certifiées par elle dans le monde: au Brésil, en Chine, en Corée du Sud, en Inde, au Liban, au Mexique, en Thaïlande, aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite.

 

Professionnelle l'EHL? Y sont enseignées la liberté d'esprit, la liberté d'agir, la responsabilité (respect d'autrui et des délais), qui sont autant de valeurs qui permettent à la fois d'être efficace et d'avoir une vie bien remplie.

 

Fathi Derder est président du Réseau et conseiller national PLR. Son association a pour mission d'exercer une influence politique pour l'innovation avec pour objectif premier de développer les conditions-cadres favorables à l'entrepreneuriat.

 

La première fois que Fathi Derder s'est rendu à la Silicon Valley, c'était en 1999. Facebook n'existait pas, Amazon perdait de l'argent, la part d'Apple sur son marché n'était que de 3%, Google n'avait pas de business model... On sait ce qu'il est advenu de ces Big Four.

 

Quand Fathi Derder parle de mesures à prendre, compte-tenu du contexte toujours plus réglementé, il faut comprendre ce qu'il entend par là:

- 1ère mesure: ne pas pourrir la vie des entrepreneurs: ils doivent pouvoir innover et embaucher qui ils veulent, d'où le problème posé par le vote du 9 février 2014 de l'initiative Contre l'immigration de masse...

- 2e mesure: encourager le capital-risque en tissant des liens entre formation et recherche d'une part et entreprises de l'autre.

 

L'Etat ne doit pas avoir d'autres rôles que de garantir la transparence, la liberté de recherche, la liberté d'entreprise. Les autres conditions-cadres favorables à l'entrepreneuriat? Ce sont les conditions-cadres helvétiques, à savoir une monnaie stable, un environnement stable, un niveau éducatif stable...

Journée libérale romande 2015: l'éducation et la formation: entre tradition et défis

Le pluralisme privé face aux monopoles publics

 

Pierre-Antoine Hildbrand est secrétaire général de l'Association vaudoise des écoles privées. Cette association fondée en 1940 regroupe une cinquantaine d'établissements. Ses buts? Comme au moment de sa fondation, défendre les intérêts de ses membres, faciliter l'entrée d'étudiants étrangers, établir une meilleure collaboration entre écoles publiques et écoles privées.

 

Aujourd'hui il y a prédominance de l'Etat de Vaud, qui autorise, surveille les écoles privées etc. (voir la loi sur l'école privée, LEpr). Pour que le pluralisme puisse exister, il faudrait que plus de pouvoir soit donné aux institutions privées.

 

L'Etat exerce le monopole de décerner les diplômes. A ce sujet, Pierre-Antoine Hildbrand a appris un néologisme. Ce pouvoir monopolistique de décerner les diplômes s'appellerait la nostrification... En anglais, le mot signifie la reconnaissance d'un diplôme décerné par une université étrangère... Un moyen de contourner le monopole étatique est justement d'obtenir la reconnaissance par d'autres systèmes. 

 

La cinquantaine d'écoles privées vaudoises représente 15'000 éléves, de 50 nationalités, et 1 à 2 % du PIB. Ces écoles sont:

- des écoles catholiques

- des internats pour étrangers

- des écoles à la pédagogie différenciée (Steiner, Montessori etc.)

 

Aucune école privée ne bénéficie de financement public, qui n'est d'ailleurs prévu dans aucun des 15 articles de la LEpr. Toutefois, les écolages de l'ensemble des écoles privées ne pèsent pas autant sur le budget des parents que celui de la prestigieuse école Le Rosay (100'000 francs par an, repas inclus il est vrai...). Comme les initiatives pour des chèques scolaires ont toutes été rejetées à chaque fois par 70 à 80% des voix, il faut trouver d'autres voies de financement. Un moyen serait de limiter les ressources étatiques pour en laisser davantage aux parents...

 

A la suite du vote du 9 février 2014 de l'initiative Contre l'immigration de masse, les écoles internationales sont menacées, parce que qui dit écoles internationales dit personnel enseignant étranger et obtentions de permis... L'offre d'enseignement international est pourtant une façon de revivifier les écoles privées, à la faveur de l'implantation d'entreprises multinationales (qui pourrait être remise en cause par la réforme fiscale des entreprises...).

Journée libérale romande 2015: l'éducation et la formation: entre tradition et défis

Victoria Curzon-Price , professeur honoraire d'économie politique à l'Université de Genève, préside le comité de l'Institut libéral. Elle remarque que rien de tel pour faire disparaître un monopole public que l'innovation. C'est ainsi que le téléphone mobile a brisé celui de la téléphonie.

 

Victoria Curzon-Price a bon espoir qu'il en sera de même du monopole public de l'enseignement. En effet l'enseignement en ligne se développe et il y a raréfaction du financement public. De plus il existe une concurrence mondiale de la matière grise. Ainsi un bachelor pourra être obtenu à bon marché sur Internet.

 

Les universités les plus à même de venir en appui aux étudiants en bachelor seront des institutions privées. Le grand nombre de certifications possibles établies par elles aura raison du monopole étatique des diplômes.

 

L'enseignement post-grade et la recherche seront davantage du ressort des universités et les Etats essaieront de les conserver pour eux. Mais ils se heurteront à ce que Victoria Curzon-Price appelle les trois F:

 

- le Financement alternatif par les entreprises, par le mécénat, par les associations d'anciens élèves, par les start-up: il sera plus proche du marché, plus interactif avec l'économie et facilitera la concurrence des modes d'enseignement.

 

- la Flexibilité par des rémunérations variables, par des contrats à durée déterminée, par la sélection des meilleurs enseignants et des meilleurs étudiants (aujourd'hui le financement de l'enseignement post-grade par les étudiants est de plus en plus fréquent à Genève).

 

- le 9 Février sera d'autant moins applicable que la Suisse a besoin d'enseignants, d'étudiants, de spécialistes d'entreprises en provenance du monde entier.

 

La recherche a besoin de gens libres: ce sont nos libertés qui nous sauveront.

 

Francis Richard

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 22:55
Les livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à Cologny

2 juin 2015, par une chaude fin d'après-midi ensoleillée, à Cologny.

 

La Fondation Martin Bodmer  se trouve en haut de la rampe de Cologny. Il faut marcher une bonne heure depuis la Gare de Cornavin à Genève pour s'y rendre. Sur les pelouses, le long du quai Gustave Ador, des jeunes femmes et des jeunes hommes cuisent au soleil en tenues balnéaires...

 

La Fondation Martin Bodmer est avant tout une bibliothèque phénoménale, puisque 160'000 pièces originales y sont réunies. Ayant hérité d'une grosse fortune, alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme, Martin Bodmer, bibliophile précoce, décide de la consacrer à l'acquisition d'éditions originales de tous pays et sur tous supports.

 

La Fondation Martin Bodmer est aussi un musée. L'exposition permanente retrace l'histoire de la civilisation. Au moment où Genève commémore le bicentaire de son entrée dans la Confédération helvétique, le 19 mai 1815, l'actuelle exposition temporaire est consacrée, jusqu'au 13 septembre 2015 aux Livres de la liberté.

Les livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à ColognyLes livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à Cologny

L'Institut Libéral organise donc ce 2 juin une visite guidée par le commissaire de cette exposition, Bernard Lescaze, historien, membre du conseil de la Fondation.

 

Sont exposées, dans cette exposition temporaire, les éditions originales de livres de libéraux anglais, français et... genevois. Si des traductions originales en français de livres d'Adam Smith ou de John Stuart-Mill sont présentes, ce sont les éditions originales de livres de Français et de Genevois libéraux qui prédominent, tels que: 

 

- pour les Français: Réflexions sur la formation et la distribution de richesses, d'Anne-Robert-Jacques Turgot, De l'esprit des lois de Charles de Montesquieu, De la démocratie en Amérique d'Alexis de Tocqueville, Harmonies économiques de Frédéric Bastiat, Commentaire sur l'ouvrage de Filangieri de Benjamin Constant etc.

 

- pour les Genevois: Principes du droit naturel de Jean-Jacques Burlamaqui, Le libéralisme de Jacques-Henri Serment, Théorie des peines et des récompenses d'Etienne Dumont etc.

Les livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à ColognyLes livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à Cologny

Parmi les nombreuses anecdotes que Bernard Lescaze rapporte pendant la visite, il en est trois qui me marquent suffisamment pour que je me les rappelle une semaine plus tard.

 

La première illustre le fait qu'il existe un réseau de libéraux à travers l'Europe, qui correspondent entre eux, voire se rencontrent. Ainsi Burlamaqui connaît-il Montesquieu. Burlamaqui montre à Montesquieu, en 1747, l'édition qu'a faite pour lui, à Genève, le libraire Barillat de son livre sur les Principes du droit naturel. Cette édition plaît tellement à Montesquieu qu'il fera éditer De l'esprit des lois en 1748 par le même Barillat.

 

La deuxième est un démenti apporté aux histoires sur le libéralisme en général qui disent que le premier livre intitulé Le libéralisme a paru en 1903, sous la plume d'Emile Faguet... Or, Le libéralisme de Jacques-Henri Serment, que désigne dans une vitrine le conférencier, est paru en 1860... J'ajoute que la première occurrence du mot libéralisme est bien antérieure et date de 1818, dans le Journal de Maine de Biran, qui le définit comme "une doctrine favorable au développement des libertés" (sic)...

 

La troisième interpelle le stendhalien que je suis. L'exposition temporaire comporte un exemplaire original de La Chartreuse de Parme. Dans ce roman (page 147, Tome II des Romans et Nouvelles, Bibliothèque de la Pléiade, 1968), Stendhal met dans la bouche de Fabrice les paroles suivantes: "Les mots liberté, justice, bonheur du plus grand nombre, sont infâmes et criminels: ils donnent aux esprits l'habitude de la discussion et de la méfiance."

 

Stendhal n'ignore pas qu'en 1817, c'est en ces termes que Jeremy Bentham résume l'utilitarisme, dont est proche Jean-Baptiste Say: "[Il] établit comme seule fin qui convient à la visée du moraliste et du législateur le plus grand bonheur du plus grand nombre."...

 

Francis Richard

 

Pendant la durée de l'exposition Les Livres de la liberté, les jeudis à 18:30, une série de conférences ont lieu à la Fondation. Les prochaines sont données:

 

- Le 11 juin 2015 par Emmanuelle de Champs sur Un code constitutionnel pour toutes les nations professant des opinions libérales. Libéralisme et utilitarisme dans la pensée de Jeremy Bentham.

 

- Le 18 juin 2015 par Marie-Pierre Rey sur Le libéralisme d'Alexandre 1er, Tsar de Russie entre 1815 et 1820.

 

- Le 2 juillet 2015 par Laurent Theis sur François Guizot, un libéral sous la Restauration.

 

- Le 27 août 2015 par Pascal Couchepin sur Libéralisme et politique.

 

- Le 3 septembre par Philippe Roch sur Le libéralisme au défi de la croissance et de l'écologie.

 

- Le 10 septembre par Léonard Burnand sur Liberté et terreur selon Benjamin Constant.

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 23:20
Philippe Nemo invité de l'Institut Libéral à la Société de Lecture de Genève

Jeudi 26 mars 2015, il est dix-neuf heures passées. Nous sommes dans le Grand Salon Jaune de la Société de Lecture de Genève. Laquelle se trouve dans un bel hôtel particulier du XVIIIe siècle, au 11 de la Grand-Rue, dans la vieille cité. Un lieu magique, qui fait rêver, avec sa bibliothèque de 400'000 volumes...

 

Après une brève présentation de Philippe Nemo par Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral, l'auteur d'Esthétique de la liberté commence sa conférence sur La beauté d'une société libre.

 

L'idée d'écrire son livre est venue à Philippe Nemo lors d'un séminaire en Italie, à Dogliani, où il avait été invité à s'exprimer sur le thème de l'Anthropologie de la liberté, en octobre 2011. A cette occasion il avait pu établir la relation entre la beauté et la liberté, la beauté et le libéralisme. Et a contrario la relation entre le socialisme et la laideur.

 

Tout était en fait parti d'une fable de La Fontaine, Le chien et le loup. Où le loup, tout maigre et efflanqué qu'il est, apparaît beau, tandis que le chien, gras et poli, apparaît laid. Le premier est en effet libre, tandis que le second a le cou pelé par le collier dont il est attaché...

 

Philippe Nemo part de trois points:

 

1) Avec les philosophes grecs et chrétiens, et avec Kant, il apparaît que le vrai, le bien et le beau ne peuvent être poursuivis que dans la liberté. Avec Orwell, Arendt, Hayek et Zinoviev, que la laideur est la marque de la servitude;

 

2) Il ya un lien étroit entre l'être et l'avoir: la propriété privée permet de conserver ce que nous avons et ce que nous sommes, alors que le collectivisme confond les avoirs et empêche les êtres de se différencier;

 

3) Le voyage, qui comporte de l'imprévu, change l'être et révèle à nous-mêmes ce que nous sommes.

 

Conclusion: seules les sociétés libérales permettent de donner un sens à la vie.

 

Barry Smith, philosophe britannique qui enseigne à l'université de Buffalo, définit ainsi le sens de la vie: créer une forme originale, qui modifie le monde et qui est constatée par des témoins extérieurs. Exemples: Beethoven, Mahomet, Alekhine (joueur d'échecs), Faraday ont donné, dans cette acception, un sens à leur vie...

 

Or, seules les sociétés libérales, c'est-à-dire libres, maximisent les chances qu'un individu pris au hasard donne un tel sens à sa vie.

 

Philippe Nemo conteste cependant qu'il soit besoin de témoins extérieurs pour créer une oeuvre originale qui donne du sens à la vie: une vie peut avoir un sens sans conscience et inversement. Ce qui compte, c'est le commerce avec les idéaux de l'esprit, une oeuvre pouvant être créée en réalité sans conditions. Une vie, si brève soit-elle,  a d'ailleurs de la valeur si elle a plu à Dieu...

 

Pour Philippe Nemo, ce qui importe, c'est donc de poursuivre les idéaux de l'esprit: il faut ainsi préférer le bien au mal et aimer la vérité quand bien même elle n'est pas reconnue. Pour ce qui est de la beauté, il s'agit là d'un idéal de l'esprit différent des deux précédents.

 

Il existe en effet deux conceptions de la beauté:

- platonicienne: la beauté est transcendante, elle n'est pas fonctionnelle;

- aristotélicienne: toute découverte est merveilleuse, elle rend semblable à Dieu, elle est le signe de la perfection, c'est-à-dire, étymologiquement, de ce qui est fait entièrement.

 

Dans les deux conceptions, c'est l'idée d'éclat qui ressort. Le sage rayonne par sa beauté morale (les Grecs parlent de καλοκἀγαθία, Cicéron d'honestas): le sage est bel et bon, il pratique les vertus.

 

Pour que la beauté puisse éclore, il y a nécessité d'un contexte. Ce contexte pour l'homme doit favoriser l'exercice par lui des quatre vertus cardinales que sont la prudence, la tempérance, la force d'âme et la justice. Mais la première de ces vertus est encore la justice, parce que les autres s'ensuivent.

 

Il existe deux sortes de justice:

- la justice distributive (selon le mérite);

- la justice commutative (où il y a égalité dans les échanges).

 

On ne peut être pleinement juste que dans la cité. On ne peut pas être homme dans son coin. On ne peut pas l'être dans une société de servitude.

 

Dans sa Somme théologique , Saint Thomas d'Aquin, sur 3'000 pages, en consacre 2'000 à la morale et il passe en revue vertus et vices. Parmi les vertus connexes:

 

- la véracité peut se définir comme la propension à dire le vrai: la société socialiste favorise au contraire la tromperie sur la marchandise par l'irresponsabilité;

- la libéralité consiste à donner un peu plus que ce que l'on doit: on ne peut pas être libéral dans ce sens-là si l'on ne possède rien;

- l''esprit de paix reconnaît que la prédation n'est pas payante: il est difficile de commercer en cas de guerre et commercer, c'est renoncer à la violence;

- la tolérance revient à laisser autrui faire ce qu'il veut et à ne pas se préoccuper de ce qu'il fait: les socialismes, au contraire, sont intolérants, par construction, puisqu'ils font des comparaisons entre ce que possèdent les gens.

 

Toutes ces vertus ne peuvent donc se développer que dans le contexte d'une société libre, où on aime produire, et non pas dans celui d'une société socialiste, où on fait du lobbying, ce qui se traduit pas un amoindrissement de l'humain.

 

Philippe Nemo termine par les trois vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité. Ce ne sont pas des vertus qui sont en elles-mêmes favorisées par la société libre, mais il est tout de même plus facile de les y pratiquer que dans la société socialiste.

 

Répondant à des questions, Philippe Nemo remarque qu'en France les adversaires du libéralisme ont réussi leur coup en prenant l'école, que, si la gauche a perdu en fait la bataille des idées, elle n'en possède pas moins les institutions, qu'elle détient le pays légal et qu'elle n'écoute pas le pays réel...

 

François Hollande a déclaré qu'il ne lisait  pas de livres. En sortant de La Société de Lecture, je fais remarquer à Philippe Nemo la phrase latine - elle est de Saint Thomas d'Aquin -, inscrite sur son frontispice: "Timeo hominem unius libri", c'est-à-dire "Je crains l'homme d'un seul livre". Il me fait remarquer en retour que c'est une phrase qu'un musulman ne devrait en principe pas apprécier... Je lui réponds qu'il faut de toute façon craindre davantage l'homme d'aucun livre...

 

Francis Richard

 

Esthétique de la liberté, Philippe Nemo, 220 pages, PUF

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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