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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 18:00
Conférence d'Alain Laurent sur l'individualisme libéral, à l'hôtel Bristol, à Genève

Hier soir, Alain Laurent était l'invité de l'Institut Libéral pour intervenir sur le thème: L'individualisme libéral: la belle alliance entre liberté et responsabilité.

 

Pierre Bessard, directeur de l'Institut, rappelle que l'intervenant est philosophe, essayiste et directeur des collections Bibliothèque classique de la liberté et Penseurs de la liberté aux Belles Lettres, auteur de l'anthologie L'autre individualisme.

 

Il rappelle que gauche et droite sont anti-individualistes et qu'elles l'assimilent à l'égoïsme. A gauche, on voudrait interdire aux individus de prendre l'avion, de consommer de la viande etc., et, à droite, on voudrait qu'ils appartiennent à un groupe, à un peuple, à une nation.

 

Alain Laurent se propose de parler de trois monstres: l'individualisme, le libéralisme et... l'individualisme libéral.

 

L'individualisme est même fustigé par des capitalistes. Ainsi Harmonie mutuelle a fait passer une publicité dans Le Monde avec le slogan: Avançons collectif! et avec l'engagement de son président pour une société plus inclusive et plus solidaire...

 

Dans Causeur un éditorialiste s'en est pris récemment au libéralisme débridé et à l'individualisme forcené.

 

Le libéralisme serait bon en politique et mauvais en économie. Le libéralisme ne serait acceptable que dans le sens américain, c'est-à-dire quand il est progressiste, socialiste...

 

Les penseurs libéraux ne souffrent pas d'une telle hémiplégie. Qu'il s'agisse, par exemple, de John Locke ou de Benjamin Constant qui se disait libéral en tout et pour lequel chacun doit développer ses facultés comme bon lui semble sans que s'exerce sur lui de pouvoir arbitraire.

 

Dans A l'Est d'Eden, John Steinbeck écrit:  Notre espèce est la seule créatrice et elle ne dispose que d’une seule faculté créatrice : l’esprit individuel de l’homme. Deux hommes n’ont jamais rien créé. Il n’existe pas de collaboration efficace en musique, en poésie, en mathématiques, en philosophie. C’est seulement après qu’a eu lieu la création que le groupe peut l’exploiter. Le groupe n’invente jamais rien. Le bien le plus précieux de l’homme est le cerveau isolé de l’homme.

 

Autrement dit, il n'existe que des individus et il ne peut y avoir de groupes sans individus. Cette conception est à l'opposé du paternalisme ou du collectivisme, qu'il soit sociologique, moral ou économique: les communautés sont des lieux de résidence forcée.

 

L'individualisme bien compris se caractérise par le libre gouvernement de soi, l'autodétermination et le vivre pour soi et par soi. Il diffère des individualismes aristocratique, anarchisant, existentiel, spirituel, libertaire ou libertarien. Il se trouve à l'intersection entre l'individualisme et le libéralisme.

 

Pour les penseurs libéraux (John Locke, Benjamin Constant, John Stuart-Mill, Yves Guyot, Albert Schatz, Alain, Karl Popper, Bruno Leoni, Friedrich Hayek, Jean-François Revel, Norberto Bobbio ou Mario Vargas Llosa), il ne peut y avoir de libéralisme sans individualisme et celui-ci est prééminent.

 

Le libéralisme apporte à l'individualisme sa philosophie sociale, une manière de vivre avec les autres: on ne peut pas être libéral tout seul. Il limite l'individualisme, il sanctuarise les droits individuels et il fait assumer les conséquences de ses actes avec la responsabilité individuelle.

 

L'individualisme apporte au libéralisme une méthodologie pour pallier l'insuffisante prise en compte de la souveraineté de l'individu, maître et propriétaire de lui-même, dont les ennemis sont non seulement l'État, mais le collectif, c'est-à-dire l'appartenance à un groupe, qui serait donc propriétaire de l'individu.

 

Les phénomènes collectifs sont inter-individuels: on vit en société, ce qui ne veut pas dire que la société existe.

 

Cette synergie entre liberté et individualisme est ce qui fonde l'Occident. Lequel a à résoudre les problèmes de la distribution équitable des chances d'émancipation, du narcissisme de groupe (nationalismes, corporatismes etc.) et de la minoration des menaces.

 

Alain Laurent, qui est pour un libéralisme musclé, est fâché avec l'humanisme actuel qui relève de la naïveté sur la réalité humaine et d'un excès d'optimisme béat. Il ne faut pas confondre la tolérance avec l'hyper-tolérance. La tolérance n'est pas synonyme d'acceptation des idées dominantes.

 

Les libéraux doivent mettre le paquet contre les ennemis de l'individu et ne pas accepter lâchement n'importe quoi: ainsi faut-il empêcher de nuire les intolérants avérés.

 

En résumé: La liberté, ça se défend.

 

Francis Richard

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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 22:00
10e Week-End de la Liberté du Cercle Frédéric Bastiat, à Saint-Paul-lès-Dax 3/3

Du 20 septembre 2019 à midi jusqu'au 22 septembre 2019 à midi a eu lieu, à Saint-Paul-lès-Dax, dans les Landes, le 10e Week-End de la Liberté, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, en collaboration avec l'École de la Liberté et avec le concours de:

 

- l'ALEPS

- Contrepoints

- l'Institut Coppet

- l'IREF

- SFL

 

Le thème de ce Week-End était:

 

En finir avec l'inflation réglementaire et législative: revenir au Droit de propriété.

Patricia Commun

Patricia Commun

Samedi 21 septembre 2019, 14h00

 

Conférence de Patricia Commun, professeure de civilisation allemande, sur Le choix de la servitude: les entreprises et la course à la conformité.

 

Après avoir entendu les conférences précédentes, Patricia Commun a entièrement réécrit sa conférence pour parler plus précisément des régulations en France, en Allemagne et en Suisse.

 

Elle avait présent à l'esprit ce qui s'est dit lors d'un colloque organisé par l'Institut libéral à Genève (au cours duquel elle est intervenue), le 25 septembre 2018, sur le thème de la Better Regulation, c'est-à-dire du passage de la surréglementation à une meilleure régulation.

 

Les régulations associées au pouvoir peuvent être une arme de destruction massive et causer de lourds dommages. C'est non seulement vrai en France, mais également en Allemagne et en Suisse. Mais elles peuvent être utiles.

 

En effet des régulations positives, qui ont pour but de protéger contre le pouvoir arbitraire, ont été adoptées en Allemagne et en Suisse, à l'initiative de libéraux, et ont permis:

- la réduction de l'endettement et l'équilibre des comptes publics (Frein à l'endettement adopté en Suisse en 2003 et en Allemagne en 2016)

- des accords de libre-échange (CETA)

- des améliorations de régulations au niveau micro-économique.

 

L'idée n'est pas de supprimer la régulation mais de la mettre en phase avec la modernisation de la société.

 

Il y a trois types de régulations:

- l'auto-régulation (exemple historique des hanses)

- la réglementation

- les conditions cadres (pour favoriser l'activité économique).

 

Dans un contexte de surréglementation il s'agit de se défendre plutôt que de déplorer.

 

Le nombre de fonctionnaires, s'il n'y a pas de pressions de la part de la société civile ou des acteurs économiques, augmente inexorablement en vertu de la Parkinson's Law (1955): 

 

Le travail étant extensible, il n'y a pas (ou très peu) de relation entre un travail donné et la taille de l'équipe qui en est chargée.

 

L'inefficacité est ainsi récompensée... 

 

Quand la société civile et les acteurs économiques se défendent, ils obtiennent des résultats.

 

Ainsi était présent au colloque du 25 septembre 2018 sur la Better Regulation un représentant du SECO, le Secrétariat d'Etat à l'Economie suisse. Or le 7 décembre 2018, moins de trois mois plus tard, le Conseil fédéral (le gouvernement suisse) a adopté le rapport Frein à la réglementation qui sera maintenant inévitablement suivi d'effet.

Jean-David Nau

Jean-David Nau

Samedi 21 septembre 2019, 16h00

 

Conférence de Jean-David Nau sur Inflation réglementaire ou législative et démocratie.

 

Depuis le début de l'année, 1000 textes ont été adoptés en France.

 

En 2010-2011, pendant 541 jours, la Belgique s'est trouvée sans gouvernement et l'inflation réglementaire s'est interrompue sans dommages. Après, elle a provisoirement retrouvé le droit chemin jusqu'à la vacance gouvernementale suivante… 

 

A ses débuts, le mouvement des Gilets Jaunes était un mouvement demandant moins de taxes et moins de règles. Certes des routes ont été bloquées, ce qui n'est pas bien, mais quand Français fâché lui toujours faire ainsi...    

 

Jean-David Nau est allé voir les Gilets Jaunes du commencement et, en connaissance de cause, il peut tracer le portrait du Gilet Jaune moyen d'alors:

- il ne fait pas de politique

- il a une voiture

- il est petit patron, artisan ou salarié

- il est libéral sans le savoir.

 

Il est libéral sans le savoir parce qu'il trouve qu'il y a trop de règles, trop de taxes et que ce serait une bonne chose de les baisser, de s'attaquer à l'Etat-providence.

 

Ce qui caractérise ce mouvement à ses débuts, c'est qu'il est spontané, qu'il prend une envergure nationale et qu'il est instantanément détesté par la presse: on n'avait pas vu ça depuis Poujade... 

 

Il est heureusement très vite récupéré par les professionnels de la subversion et ses demandes sont maintenant bien cadrées:

- rétablissement de l'ISF (impôt de solidarité sur la fortune)

- augmentation du SMIC (salaire minimum)

- lutte contre le CO

 

C'est orwellien!

 

Ne subsiste des demandes initiales que le RIC (référendum d'initiative citoyenne) en toutes matières, ce qui pourrait être bienfaisant mais qui est à double tranchant, car il peut être la voix de la raison ou de la majorité, mais immanquablement, plus souvent, celle de la majorité, donc de l'inflation réglementaire.

 

Et la démocratie alors?

 

Etymologiquement c'est le pouvoir du peuple. Le pouvoir commande, contraint, interdit. Le peuple, ce sont les citoyens. La démocratie représentative directe se caractérise par une délégation de pouvoir. Ceux à qui est délégué le pouvoir décident à la place des citoyens. Ce qui aboutit à la coercition des uns sur les autres.

 

Mon vélo peut être peint par moi ou par un tiers. Si je peins le vélo du voisin, c'est du vandalisme sauf si le voisin me donne mission de le peindre. Dans le cas de la démocratie représentative il y a négation de la propriété privée puisque le voisin n'est plus que le copropriétaire de son vélo et que d'autres peuvent décider qu'il soit peint ou non.

 

Ce que les uns décident pour les autres est soit une agression quand il s'agit de leur personne, soit un vol quand il s'agit de leurs biens. La démocratie est de fait une machine à faire des lois qui contredisent la propriété. Et tout le monde trouve ça normal du moment que c'est voté et que c'est pour le bien de la société: d'ailleurs quand il y a un problème, on fait une loi:

 

Toujours plus, jamais moins.

 

L'idée révolutionnaire est donc de dire: la démocratie est le problème, pas la solution. 

 

Faire des cours, lire les auteurs, c'est bien, mais les arguments ne convainquent pas. Alors il faut emprunter une porte dérobée: créer une culture. C'est la loi alternative de la liberté.

Victor Fouquet

Victor Fouquet

Samedi 21 septembre 2019, 21h00

 

Dîner débat avec Victor Fouquet sur Marché politique et niches fiscales.

 

Pour illustrer ce qu'est la redistribution, Victor Fouquet a un jour redistribué une partie des bonnes notes de ses meilleurs élèves à ceux qui en avaient de mauvaises et leur a demandé s'ils trouvaient ça juste. L'un d'entre eux regrettait de s'être donné du mal...

 

Que dit l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789? 

 

Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable: elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

 

Les niches fiscales (terme journalistique) sont, dans le langage de l'administration des impôts, des dépenses fiscales (les impôts que l'Etat ne perçoit pas), bien qu'on ne puisse dépenser que ce que l'on possède... et sont des dérogations, autrement dit des privilèges, qui mettent à mal le principe de l'égalité devant l'impôt. Les premières niches ont été introduites en 1979.

 

Il y a à l'heure actuelle 474 niches fiscales en France. Elles sont une façon de redistribuer et... de se faire une clientèle électorale. Le Conseil constitutionnel admet d'ailleurs très bien la redistribution et la progressivité de l'impôt qui est pourtant contraire à l'article 13 cité plus haut. Tout cela est donc bien légal... 

 

Quelles formes prennent les niches fiscales?

- les quatre taux de TVA (pour orienter les comportements): 2,10% (médicaments, presse), 5,5% (alimentaire de première nécessité, gaz, électricité), 10% (restauration, hôtellerie), 20% (taux normal); les taux applicables ne sont pas les mêmes suivant les spectacles que l'on veut favoriser ou non, ou qui pourraient choquer ou non les prudes… 

- les investissements ultramarins (tels que ceux prévus par la loi Pons, aujourd'hui abrogée) pour orienter les investissements, qui se traduisent automatiquement par des surinvestissements… 

- la distorsion de concurrence: on taxe fort, puis on déroge (après avoir volé, on fait des cadeaux)...

- la complexification: par exemple les demi-parts supplémentaires dans la détermination du quotient familial, accordées à la fin de 1970, et qui sont un instrument de subvention aux familles.

 

Etc.

 

Le grand prétexte de la redistribution est de réduire les inégalités, ce qui ne peut que plaire à un marxiste tel que Thomas Piketty. Pourtant la France réduit déjà pas mal l'écart de richesses via les impôts: il passe en effet de 1 à 24 avant impôts à 1 à 6 après impôts.

 

La solution juste ne serait-elle pas de supprimer toutes les niches fiscales et de s'en tenir à l'article 13 évoqué plus haut? Après tout l'impôt proportionnel (flat tax), qui lui est conforme, était déjà préconisé par Sébastien de Vauban et Pierre de Boisguilbert.

Pierre Bentata

Pierre Bentata

Dimanche 22 septembre 2019, 9h00

 

Conférence de Pierre Bentata, enseignant chercheur à SCBS et président du cabinet d'études Rinzen sur La déresponsabilisation de la population et sa soumission à une demande de sécurité.

 

Quelles sont les causes du désir d'interventionnisme? Pour Pierre Bentata, elles sont de trois sortes:

1 - sociologiques ou macro-économiques 

2 - philosophiques

3 - psychanalytiques

 

1 Les causes sociologiques ou macro-économiques

La société est trop risquée. Les économies sont interdépendantes du fait que le marché financier est mondial. On ne maîtrise pas ce qui se passe. Les découvertes scientifiques sont d'une grande complexité. Cette insécurité est intolérable. On n'est plus maître de soi.

D'ailleurs, dans les informations en continu, on ne parle que de ce qui va mal. Tout est éphémère. Tout va trop vite. L'instabilité est due à la technologie. Il n'y a plus d'attaches.

Bref, comme le dit Zygmunt Bauman, la société est devenue liquide

 

2 Les causes philosophiques

On croyait en des valeurs absolues, alors qu'en fait on est en pleine anomie et qu'il y a pluralisme des valeurs (Isaïa Berlin). Les valeurs sont en contradiction. Il y a confrontation par exemple entre liberté et égalité.

Si la réalité se trompe, il faut harmoniser à un niveau global. Ce qui suppose une déresponsabilisation volontaire.

 

3 Les causes psychanalytiques

Il y a un désenchantement du monde (Marcel Gaucher), une recherche d'hétéronomie , une quête de sens collectif, ce qui explique le succès de la thèse rassurante de Yuval Noah Harrari, et une quête de sens tout court, ce qui explique le succès des livres de développement personnel

 

Comment assouvir ce désir?

Qui peut être garant du sens sinon l'Etat. Qui peut harmoniser sinon lui. Qui peut être l'assureur en dernier ressort sinon lui.

Les gens sont imperméables aux arguments rationnels de déconstruction de l'Etat, qui serait inefficace. La critique leur paraît trop aride, trop scientifique.

Les gens pensent qu'aujourd'hui l'Etat est plus faible que jamais et qu'il faut au contraire davantage d'Etat pour retrouver un sens collectif. 

 

La solution libérale, pour enrayer cette déresponsabilisation et cette soumission au Père immanent que serait l'Etat, est donc de ne pas parler seulement de la raison, mais de faire de la poétique libérale, de créer un autre récit, de chercher et de donner un sens en dehors de l'Etat. Bref, de faire du Bachelard!

 

Francis Richard

 

La partie 1/3 se trouve ici.

La partie 2/3 se trouve ici.

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 22:00
10e Week-End de la Liberté du Cercle Frédéric Bastiat, à Saint-Paul-lès-Dax 2/3

Du 20 septembre 2019 à midi jusqu'au 22 septembre 2019 à midi a eu lieu, à Saint-Paul-lès-Dax, dans les Landes, le 10e Week-End de la Liberté, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, en collaboration avec l'École de la Liberté et avec le concours de:

 

- l'ALEPS

- Contrepoints

- l'Institut Coppet

- l'IREF

- SFL

 

Le thème de ce Week-End était:

 

En finir avec l'inflation réglementaire et législative: revenir au Droit de propriété.

Carlo Lottieri

Carlo Lottieri

Vendredi 20 septembre 2019, 21h00

 

Dîner débat avec Carlo Lottieri, professeur de philosophie du droit et de sciences sociales, sur Du contrat au statut. La crise de la société libérale et le préjugé du pouvoir économique.

 

Henry Summer Maine décrit dans Ancient Law le passage d'une société figée, de privilèges, à une société ouverte, de libre contrat. Autrement dit c'est le passage du statut au contrat. Herbert Spencer, lui, décrit le passage d'une société militaire à une société commerciale.

 

Maine comme Spencer sont des hommes du XIXe siècle. Au XXe siècle il est significatif que paraisse en 1974 un livre sur La mort du contrat. Alors que le libéralisme se fonde sur le droit de propriété et le contrat, on assiste à la montée de la culture étatiste de droite comme de gauche.

 

La faillite du libéralisme s'explique par le rationalisme et le constructivisme qui mènent à une société désordonnée. Avec la culture étatiste, on considère que c'est mieux d'avoir des plans, des politiciens, des bureaucrates. 

 

Ludwig von Mises démontre pourtant  l'impossibilité du calcul économique en régime socialiste et Friedrich Hayek que les décisions les meilleures sont décentralisées.

 

Le mécanisme de la production de bien-être est détruit quand il n'y a plus d'échanges, avantageux pour les deux parties. Or, pour un polytechnicien ou un énarque, il est impossible de comprendre l'ordre spontané qui en résulte.

 

Le pouvoir est initialement pensé en tant que violence ou menace de violence, en tant que pouvoir politique. L'idée est d'étendre cette idée de pouvoir à deux autres, au pouvoir culturel, idéologique, et au pouvoir économique.

 

Cette idée de pouvoir économique se trouve dans l'œuvre de Karl Marx pour lequel la classe bourgeoise exploite la classe ouvrière et pour lequel le contrat est un moyen de défendre l'exploitation: la liberté serait purement formelle. 

 

Cette idée est aujourd'hui acceptée par tout le monde. Elle conduit à faire des lois pour protéger la partie faible, pour limiter le contrat, pour contrôler la propriété qui générerait la domination sur les autres selon Marx.

 

Marx ignore, ou veut ignorer, que les propriétés préexistent aux lois: Ce n'est pas parce qu'il y a des lois qu'il y a des propriétés, mais parce qu'il y a des propriétés qu'il y a des lois, disait son contemporain Frédéric Bastiat dans Propriété et loi.

 

L'exemple d'Amazon et de Google est éloquent: l'un et l'autre proposent, ils n'imposent pas. C'est l'Etat qui a le monopole de la violence: les lois sont des offres qu'on ne refuse pas, comme celle que fait Marlon Brando dans Le Parrain.

 

On est dans une société de marché, mais une société mixte, où il s'agit d'obtenir un pouvoir et où la tentation est d'utiliser les règles de l'Etat pour se protéger. Dans ces conditions, effectivement, la richesse se transforme en pouvoir.

 

C'est le compromis du libéralisme (admis par des modérés tels que Benjamin Constant ou Alexis de Tocqueville) avec l'Etat souverain, qu'il soit minimal ou limité, qui est à l'origine de la faillite du libéralisme: il est irraisonnable, et naïf, de vouloir minimiser l'Etat. Pour ce faire, constitutionaliser l'Etat est une illusion:

 

La Constitution est une ceinture de chasteté dont les politiciens ont la clé. 

 

La conséquence de ce compromis est le retour à une société corporatiste, à une société  de statut. En étant trop modéré dans la défense de la liberté, on se montre incapable de défendre le droit naturel. Murray Rothbard parle de capitalisme corrompu.

 

L'inégalité ne pose pas de problème tant que le comportement est correct. Elle peut en poser quand il y a des passe-droits, quand il n'y a pas de rule of law, c'est-à-dire d'Etat de droit, applicable à tous, sans exception. 

 

Comment donc en sortir? En retrouvant les principes, c'est-à-dire en rejetant l'idée de Machiavel qu'il y ait une morale pour les hommes politiques et une autre pour les autres: on accepte d'être volé par l'Etat et on n'accepte pas que les autres vous volent.

 

Un des moyens, maintenant, de limiter le pouvoir que l'Etat oppose aux droits individuels est de recréer des rapports sociaux, de créer une société alternative au pouvoir, car il n'y a pas de liberté, pas de droit sans ligues, associations, mutualités.

 

La démocratie renforce l'Etat. En effet si l'ordre vient de la totalité, on doit y obéir, en principe. Un autre moyen est donc d'adopter une attitude plus souple vis-à-vis des règles de l'Etat: l'économie souterraine en est un exemple.

 

La liberté suppose des combattants, des sacrifices. Comme le dit Carlo Lottieri, le risque de la liberté est de la perdre.

Nathalie MP

Nathalie MP

Samedi 21 septembre 2019, 9h00

 

Conférence de Nathalie MP, ancienne élève de l'ESSEC et chef d'entreprise, sur Propriété et responsabilité: des solutions pour la France.

 

Pourquoi parler de solutions pour la France?

 

- Parce que la France est à la fois championne du monde des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques (c'est une curiosité mondiale, sinon une monstruosité…).

- Parce que l'inflation réglementaire est un sport national: le poids du Code du travail est passé de 500g en 1978 à 1450g en 2010.

- Parce que la fonction publique est sacrée: les effectifs de la fonction publique sont de 5700000 au 31/12/2017 et leur baisse de 120000 en 5 ans a été abandonnée (ils ne baisseront que de 1600 en 2018 et de 4164 en 2019).

- Parce que son ministre de l'économie, Bruno Lemaire, déclare sans vergogne que le capitalisme est dans une impasse: il a conduit à la destruction des ressources naturelles, à la croissance des inégalités et à la montée des régimes autoritaires.

 

Quand on dresse le bilan de la France, le résultat est mirifique:

 

- Croissance faible

- Dette à 100% du PIB

- Chômage élevé

- Régalien (sécurité et justice) négligé

- Enseignement médiocre

- Accès aux soins de plus en plus difficile

Etc.

 

Cet échec sur toute la ligne est dû:

 

- A l'irresponsabilité intrinsèque d'un service public obèse

- A la présomption de vouloir tout planifier alors que la multitude des facteurs économiques et humains ne peut être appréhendée

- A l'inefficacité de dépenser l'argent des autres pour les autres. 

 

Nathalie MP donne deux exemples de gabegie d'entreprises publiques: 

 

- La Manufacture de Sèvres dont le budget de 7 millions d'euros est subventionné à hauteur de 4,4 millions

- Le Mobilier national où 40000 œuvres sur 290000 ne sont pas inventoriées (perdues ou volées?) et où le personnel travaille officiellement 30h par semaine, entre 120 et 170 jours par an, et fait de la perruque, c'est-à-dire des travaux pour son propre compte. 

 

Les écologistes radicaux et les collapsologues vont plus loin que Bruno Lemaire. Selon eux, le capitalisme est responsable du désastre écologique et du réchauffement climatique: c'est lui qui, dans sa course effrénée au profit, [épuiserait] les ressources naturelles et [détruirait] l'environnement depuis l'invention de la machine à vapeur en 1769.

 

Depuis cette date, 1769, nous serions donc entrés dans l'ère du capitalocène, l'ère géologique de l'impact du capitalisme sur la Terre...  

 

Nathalie MP prend deux exemples, celui des rhinocéros et des abeilles, pour montrer que c'est grâce à la propriété privée, en Afrique du Sud, que l'espèce des premiers a été sauvée et que c'est grâce au marché de la pollinisation que l'espèce des secondes l'a été (elles étaient victimes non pas des pesticides mais d'un acarien...).

 

Aristote avait raison quand il disait:

 

Ce qui est commun à tous fait l'objet de moins de soins, car les hommes s'intéressent davantage à ce qui est à eux qu'à ce qu'ils possèdent en commun avec leurs semblables.

 

C'est pourquoi, au sujet des externalités (conséquences négatives d'une activité économique quand elle cause un dommage sans compensation, positives quand elle cause un bénéfice gratuit), Nathalie MP recommande, plutôt que de faire intervenir l'Etat, chaque fois que c'est possible, de les internaliser via l'acquisition de droits de propriété et de laisser les parties en cause s'entendre par contrats.

 

Elle conclut:

- Le fait que certains individus commettent des atteintes aux biens et aux personnes n'est pas une raison valable pour retirer à l'ensemble de la population la faculté de son libre jugement.

- Contre le socialisme qui encadre tout jusqu'à l'étouffement des responsabilités, des libertés et de la prospérité, il existe le libéralisme qui permet à chaque personne de mener sa propre recherche du bonheur, dans le cadre d'un Etat de droit qui assure le respect des biens et des personnes.

 

Nathalie MP tient Le blog de Nathalie MP.

Daniel Tourre

Daniel Tourre

Samedi 21 septembre 2019, 11h00

 

Conférence de Daniel Tourre, auteur de Pulp libéralisme, sur La liberté d'expression et la pente glissante de la régulation administrative.

 

La liberté d'expression est une liberté fondamentale, mais… 

 

Quels sont les arguments pour la liberté d'expression des idées?

 

- Elle fait partie du processus démocratique: même les discours antidémocrates devraient être admis par les démocrates.

- Elle permet la recherche de la vérité: ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera peut-être pas demain; mais, même si le discours est faux, il ne faut pas le censurer.

- Elle permet le développement personnel.

 

Quels sont les arguments contre la liberté d'expression des idées?

 

- Le peuple peut être trompé par de fausses nouvelles: il y a contradiction puisque le peuple est doté de discernement quand il vote, mais ne le serait pas en matière de nouvelles.

- Si la vérité n'est pas objective, elle est prétexte pour les dominants à dominer les autres.

- La liberté d'expression peut susciter des émotions, heurter des sensibilités.

- Toute vérité est relative: il faut faire ses preuves, être relu, par exemple par ses pairs.

 

Ce sont les arguments contre la liberté d'expression des idées qui l'emportent depuis quelques décennies en France. Tous les deux ans, depuis 1972 (loi Pleven), la loi de 1881 est révisée et y sont ajoutées de nouvelles contraintes à l'exercice de la libre expression.

 

Plutôt que de faire un catalogue dans la loi de ce qui n'est pas dicible, ne serait-il pas plus juste de revenir au processus de justice pour apprécier au cas par cas si un dommage réel a résulté de ce que l'on a dit.

 

N'est-il pas souvent difficile de trancher dans ce domaine? Daniel Tourre donne les exemples de l'auteur dont un des lecteurs commet un crime après l'avoir lu ou de l'auteur qui explique par le menu comment fabriquer une bombe.

 

En tout cas, dans l'audiovisuel, il est maintenant souhaité qu'au processus de justice se substitue un processus de contrôle de contenus par des technocrates (voir la proposition d'Aurore Bergé). Quant au CSA, Conseil supérieur de l'Audiovisuel, il s'est déjà donné des objectifs culturels, sociaux et sociétaux… 

 

A méditer:

 

Les idées n'ont pas de droits, seuls les hommes en ont.

 

Daniel Tourre a un compte twitter Bastiat2022 très actif et est porte-parole du Collectif Antigone

 

Francis Richard

 

La partie 1/3 se trouve ici.

La partie 3/3 se trouve ici.

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 18:00
10e Week-End de la Liberté du Cercle Frédéric Bastiat, à Saint-Paul-lès-Dax 1/3

Du 20 septembre 2019 à midi jusqu'au 22 septembre 2019 à midi a eu lieu, à Saint-Paul-lès-Dax, dans les Landes, le 10e Week-End de la Liberté, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, en collaboration avec l'École de la Liberté et avec le concours de:

 

- l'ALEPS

- Contrepoints

- l'Institut Coppet

- l'IREF

- SFL

 

Le thème de ce Week-End était:

 

En finir avec l'inflation réglementaire et législative: revenir au Droit de propriété.

Simone Wapler

Simone Wapler

Vendredi 20 septembre 2019, 13h30

 

Conférence de Simone Wapler, ingénieure et journaliste, sur Le "salaire complet" et le retour à la propriété de son travail.

 

Le salaire complet est une réforme qui ne coûte pas un euro.  Avec cette réforme, il s'agit de rendre à chacun son pouvoir de décision sur la propriété de son travail.

 

Aujourd'hui sur le bulletin de salaire figure une séparation artificielle entre les cotisations salariales, patronales et le salaire dit net. La somme de ces trois parties du salaire constitue le salaire complet, c'est-à-dire le salaire réel que l'employeur devrait verser à son employé.

 

La réforme en question est de verser ce salaire complet à l'employé, à charge pour lui de s'assurer contre les risques à moindre coût qu'actuellement. C'est à la fois le responsabiliser et lui permettre de retrouver du pouvoir d'achat. Ce qui ne peut qu'encourager les bons comportements et décourager ceux à risques.

 

Il faut remarquer que la distinction entre cotisations salariales et cotisations patronales répond à une logique de lutte des classes qui transforme les employeurs en collecteurs d'impôts, comme ils le sont de la TVA et, depuis le début de cette année, de l'impôt sur le revenu.

 

Simone Wapler donne deux exemples:

 

- Le salaire complet d'un employé au SMIC est de 1615€, sur lequel il ne perçoit que 1204€; les cotisations d'assurances sociales représentent donc 411€, soit 34% du salaire net et 25% du salaire complet; autrement dit un tel employé dispose d'une grande marge de manœuvre pour augmenter son revenu net de primes d'assurances.

 

- Le salaire complet médian (autant de salaires au-dessus que de salaires en-dessous) est de 3098€, sur lequel il ne perçoit que 1789€; avec l'effet de seuil les cotisations d'assurances sociales représentent 1309€, soit 73% du salaire net et 42% du salaire complet; la marge de manœuvre est encore plus importante que dans l'exemple précédent.

 

Le salaire complet étant la vraie valeur du travail, puisque c'est celui que verse réellement l'employeur, ces deux exemples montrent pourquoi, en raison de la part que représentent les cotisations d'assurances sociales, il y a une explosion du salaire complet en France et un chômage élevé.

 

Il n'est pas étonnant dans ces conditions que la France soit la championne de l'OCDE en matière de prélèvements sociaux, qu'il faudrait plutôt qualifier de confiscatoires, et un des pays cancres dans le monde en matière de chômage aux côtés de l'Italie et de la Colombie. 

 

Pourquoi les assurances sociales sont-elles aussi chères en France? Parce qu'elles sont un monopole d'Etat, ce qui se traduit par des prix élevés et un service dégradé.

 

Comme le disait Frédéric Bastiat:

 

La concurrence, c'est la liberté.

Détruire la liberté d'agir, c'est détruire la possibilité et par suite la faculté de choisir, de juger, de comparer; c'est tuer l'intelligence, c'est tuer la pensée, c'est tuer l'homme.

 

Quels sont les risques à couvrir? La maladie, le chômage, l'invalidité, la vieillesse. Dans tous les pays de l'UE, sauf la France, ils le sont par des assureurs privés tels que Allianz, Axa, Aviva.

 

Les frais de maladie et dus à l'invalidité sont des risques dont les primes sont indépendantes du salaire, tandis que celles relatives au chômage, à l'arrêt de travail en cas de maladie ou invalidité sont proportionnelles au salaire. 

 

Afin de diminuer ces primes il existe des franchises pour les diminuer sous forme de période donnée de chômage ou de premiers jours d'arrêt de travail.

 

Il est possible de s'assurer individuellement. Les primes pour le risque maladie demandées par la CFE, Caisse des Français de l'étranger donnent une idée de l'économie potentielle: pour un salarié au SMIC , elle est de 85€ par mois contre 240€ versés à la Sécurité sociale. L'économie pour l'employé est donc au minimum de 155€ par mois… 

 

Un rapport parlementaire sur la fraude sociale vient de révéler au début de ce mois que:

 

- 84,2 millions de personnes sont immatriculées en France  à la Sécurité Sociale dont 18,7 millions nées à l'étranger et 3,1 millions de centenaires;

 

- 67 millions de personnes sont recensées par l'INSEE dont 7,9 millions nées à l'étranger et 21000 centenaires.

 

Comme le dit le magistrat Charles Prats, il y aurait 6,4 millions de zombies nés en France et un surplus d'environ 9,5 millions de personnes réputées en vie et nées à l'étranger (en tenant compte des retraités habitant à l'étranger ou certains territoires ultramarins). Quant aux centenaires… 

 

Les niveaux d'erreur de la Sécurité Sociale sont donc de 10,06 % pour les personnes immatriculées, de 25,26% pour les personnes nées à l'étranger et de 14762% pour les centenaires… 

 

Le coût selon Charles Prats serait de plusieurs dizaines de milliards, sachant qu'en 2012 les soins, avant prise en charge, représentaient 1280€/an pour les personnes de 25 à 45 ans et 6000€/an pour les personnes de plus 75 ans.

 

La France est un paradis puisque un individu qui paye 100€ de soins ne débourse finalement que 7€, ce qui n'existe dans aucun autre pays de l'OCDE: en Grèce il débourserait 35€ et en Suisse 29€.

 

De fait, en France, on croit que la santé c'est gratuit et que tout le monde envie sa Sécurité Sociale; on croit que si les assureurs étaient privés seuls les riches pourraient se soigner. Seulement à l'étranger aucun pays n'a adopté ce système et en France les fonctionnaires n'en veulent pas et se cramponnent à leurs régimes spéciaux.

 

Il n'est pas besoin de tuer la Sécurité Sociale, il faut la mettre en concurrence, comme cela a été le cas des télécommunications (PTT versus Free, SFR…), du transport aérien (Air France versus Easy Jet, Ryan Air...), ou de l'automobile (Renault versus Peugeot, VW...).

 

Comment choisir une assurance privée sociale? Comme on le fait pour une assurance automobile, une assurance responsabilité civile ou une assurance emprunteur.

 

Quant à la solidarité, les adeptes de la charité avec l'argent des autres peuvent être rassurés: la CMU est financée par une taxe sur les assurances complémentaires de santé et l'allocation de solidarité aux personnes âgées est financée par la CSG... 

 

Il est vrai que pour le chef d'entreprise il n'y a pas de baisse de coût, mais il ne risque plus de contrôle URSSAF, ni d'augmentation de cotisations. Et les bulletins de salaire redeviennent simples.

 

Simone Wapler est fondatrice en mars de cette année, avec Loïc Rousselle, du Mouvement pour la liberté et la démocratie directe dont les quatre points clés du Manifeste sont:

- le versement du salaire complet couplé à la fin des monopoles

- le bon d'éducation

- l'impôt à taux unique

- la démocratie directe et le principe de subsidiarité.

Philippe Fabry

Philippe Fabry

Vendredi 20 septembre 2019, 16h00

 

Conférence de Philippe Fabry, docteur en droit, sur Du positivisme juridique, au constructivisme et à la négation du droit. 

 

Etymologiquement le droit est la science du juste. En  latin, en effet, il se dit jus. Mais en réalité il y a souvent confusion entre le droit et la loi.  Et le mot droit est polysémique.

 

Il y a le droit qui réexiste à la loi et le droit posé: la légitimité du droit, c'est l'Etat, et inversement. La pyramide de Kelsen est l'illustration de ce dernier: tout au-dessus il y a la Constitution, en-dessous la loi, en-dessous le règlement, et tout en-dessous la coutume.

 

L'histoire du droit permet de découvrir les concepts en observant le monde avant de théoriser.

 

Ainsi le Code de Hammurabi , qui remonte au XVIIIe siècle avant JC, est-il un recueil de décisions prises par le roi-juge à partir des litiges qui lui sont soumis. N'importe qui ne peut pas être juge. Il faut trouver de bonnes solutions, équitables, qui conviennent aux deux parties. 

 

A Rome, au Ve siècle avant JC on se demande comment bien juger avec de mauvais juges. La conception du droit est individuel. Il faut donner à chacun la part qui lui revient. C'est la signification du mot jus. Le droit civil s'occupe de la sphère de liberté individuelle. Les jura sont les droits de.

 

Sous la République romaine, seuls les aristocrates peuvent juger (la plèbe n'a pas accès). Ce sont certains d'entre eux qui rédigent La loi des douze tables, le premier code de droit civil qui s'applique à tous les citoyens. En cas de litige, le droit de chacun doit être respecté et personne ne doit être lésé.

 

Peu à peu des règles objectives sont élaborées à partir des données. Des principes en sont tirés puis mis en application. Les décisions sont compilées. C'est ainsi que le droit de propriété apparaît avec ses trois attributs: usus, fructus, abusus.

 

Avant l'Empire, le droit préexiste donc. Le juge découvre les lois dans les choses. Il lit le droit: jus est ars boni et aequi. La justice est au service du droit. Avec l'Empire, il y a inversion du rapport: le droit est au service de la justice, qui devient distributive. De libéral l'Etat devient totalitaire, autoritaire. Il peut décider que quelque chose est juste.

 

Au VIe siècle après JC, paraît le Corpus juris civilis qui est une compilation du droit romain de la République et de l'Empire et qui comprend:

- Le Code de Justinien

- Le Digeste

- Les Institutes

- Les Novelles

 

Entre le VIe siècle et Xe siècle, la société régresse. Les lettrés qui représentaient 50% de la population ne sont plus que 1%. Les litiges se résolvent par des ordalies. Il n'y a plus de droit ni contrat, sauf dans le domaine religieux avec le droit canonique.

 

Au XIe siècle on redécouvre les compilations justiniennes à Bologne. Le droit renaît en Occident, mélangé avec la dégénérescence impériale romaine. Le droit sûr est mélangé aux droits locaux. On juge rationnellement, mais la torture réapparaît, tandis qu'en Angleterre, la source du droit, qui repart depuis le début, est jurisprudentielle: c'est la Common Law. 

 

En France le Code Civil de 1804 est une uniformisation du droit, droit romain et droit coutumier. Depuis lors l'Etat en France tripatouille le droit… 

 

En fait le droit est une science expérimentale qui a pour but de lever les contradictions, qu'elles soient ontologiques ou législatives. La doctrine est la production intellectuelle des juristes qui étudie les décisions et distinguent celles qui marchent de celles qui ont des effets indésirables.

 

La propriété est un concept basique. A partir de là, le droit progresse avec la complexité des choses. Par exemple le droit de la consommation s'intéresse au déséquilibre entre le savant et le profane, d'où pour le premier l'obligation d'informer le second. Le sens du juste progresse avec.

 

Auparavant le sujet du droit était le citoyen. L'esclave et la femme n'en étaient pas. Puis le droit a été étendu à tout le monde. Toutefois le droit romain et le droit britannique diffèrent. Le premier est de plus en plus porté par la puissance publique. Or, en cherchant à l'organiser et à légiférer, le droit avec la résolution au cas par cas disparaît et cède la place à l'ingénierie sociale.

 

Le juriste et philosophe italien Bruno Léoni disait:

 

La législation est au droit ce que la planification est à l'économie.

 

Philippe Fabry tient le blog Historionomie.

François Gerber

François Gerber

Vendredi 20 septembre 2019, 18h00

 

Conférence de François Gerber, ancien élève de l'ESSEC et entrepreneur, sur Inflation réglementaire, atteintes au droit de propriété: les entreprises enchaînées.

 

François Gerber donne des exemples de praticien qui se résument à ces constats:

- les normes génèrent un surcoût de 10 à 15% pour les entreprises

- les règlements détruisent les industries

- la fiscalité dissuade d'entreprendre.

 

Dans une entreprise un employé en accord avec son employeur travaille moins de 24h/semaine. L'inspecteur du travail, qui a un grand pouvoir de nuisance, dit que c'est contraire à la législation et qu'il doit travailler plus. C'est l'employé lui-même qui, en l'absence de son employeur, met dehors le fonctionnaire, manu militari… 

 

Une entreprise fait 40% de son chiffre d'affaires en France et 60% aux Etats-Unis. En France la marge brute est négative, aux Etats-Unis elle est positive. Pourquoi l'entrepreneur continue-t-il son activité en France, lui demande François Gerber? L'entrepreneur lui répond: pour la gloire… 

 

L'autorité des marchés financiers exige le retrait du marché d'un fonds. N'est-il pas rentable? Si, mais l'Autorité juge qu'il ne fait pas assez de chiffre d'affaires… 

 

François Gerber est lui-même en 2018 confronté à la mise en place de la directive de la deuxième phase de la directive européenne MiFID2. Il a un mois pour la lire. Or elle fait 980 pages sans compter les références à d'autres textes… 

 

Un entrepreneur est gérant majoritaire de SARL mais ne se verse pas de rémunération. L'URSSAF lui réclame 5000€. Il refuse. L'URSSAF lui propose 4000. Il refuse. 2000. Il refuse. 500. Il refuse… 

 

Après d'autres exemples tirés de ses activités dans le domaine du financement d'entreprises où le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable (Keynes) et où la rémunération est l'intérêt composé (la huitième merveille du monde selon Einstein), diminué de taxes en période de taux d'épargne faibles, il conclut qu'il faut pour tenir le coup:

- remettre l'administration à sa place

- résister

- réfuter le constructivisme 

- éviter les personnes toxiques

- être entouré de l'amour de ses proches.

 

Et au besoin:

- changer d'activité

- changer de pays.

 

Francis Richard

 

La partie 2/3 se trouve ici.

La partie 3/3 se trouve ici.

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23 juin 2019 7 23 /06 /juin /2019 15:45
Partrick de Casanove et Drieu Godefridi

Partrick de Casanove et Drieu Godefridi

Hier soir avait lieu à l'Hôtel Sourcéo, à  Saint-Paul-lès-Dax, un dîner débat, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, avec Drieu Godefridi.

 

Dans son introduction, Patrick de Casanove , président du Cercle Frédéric Bastiat, précise que l'orateur, auteur de L'écologisme: nouveau totalitarisme?, remplace l'orateur prévu initialement, Christian Gerondeau, qui, pour des raisons personnelles, a dû renoncer à venir.

Drieu Godefridi

Drieu Godefridi

Drieu Godefridi explique pourquoi l'écologisme est un totalitarisme. Car la réponse à la question que pose son dernier essai est oui.

 

Il le fait à partir de trois considérations:

 

- Le contrôle total des activités humaines

 

Dans toutes ses activités, l'homme émet du CO2, il faut donc toutes les contrôler (le plus beau est que le CO2 n'est pas un polluant et que le nucléaire n'en émet pas).

 

Ainsi, selon Novethic, accélérateur de transformation durable, filiale du Groupe Caisse des dépôts, faut-il contrôler:

 

. les déplacements en avion et en voiture qui sont problématiques: les permettre seulement à ceux qui ont un motif valable

(la voiture électrique, qui nécessitera davantage de production d'électricité, n'est pas le but; le but non avoué est de supprimer la voiture individuelle)

 

. la consommation de viande qui est une menace pour l'environnement: la réduire (autrefois c'était un progrès, du point de vue écologiste c'est l'inverse)

 

. les nouvelles constructions: être exclusivement de l'habitat collectif avec une surface maximale de 30 m2 par personne.

 

- La définition d'un ennemi

 

Tous les totalitarismes se donnent un ennemi à combattre: pour le nazisme, c'est le Juif; pour le marxisme, c'est le bourgeois; pour l'écologisme, c'est chacun d'entre nous, c'est-à-dire l'homme.

 

(un moyen de combattre cet ennemi est de criminaliser les opinions divergentes et un autre d'instrumentaliser et de fanatiser les plus fragiles: Greta Thunberg)

 

- L'annonce d'atrocités

 

Qu'il s'agisse des nazis ou des marxistes, ils ont annoncé les atrocités qu'ils avaient l'intention de commettre.

(Karl Marx avait non seulement annoncé des atrocités pour l'avènement de la révolution, mais encouragé des lynchages après que le prolétariat l'aura emporté: c'est l'idée de la Volksrache.)

 

Quelles sont les atrocités annoncées par l'écologisme?

. Paul R. Ehrlich met en garde, dans les années 1960, contre le risque de surpopulation, et préconise la stérilisation forcée des femmes indiennes et pakistanaises

. Hans Jonas explique dans les années 1990 qu'il faut réduire l'humanité à un dixième de ce qu'elle est alors

. Aurélien Barrau actuellement trouve lui aussi que l'humanité est trop nombreuse.

 

La réduction de la population par les écologistes est donc un projet plus ambitieux que celui des autres idéologies (il n'est pas étonnant que l'euthanasie fasse partie du projet).

 

Quelle est l'influence de l'écologisme?

 

Directement, faible: 13% en France, 12% en Belgique.

 

Indirectement forte, à partir de cénacles:

 

- Le GIEC, présenté comme scientifique alors qu'il est purement politique

 

- L'UE, à l'exercice du pouvoir de laquelle sont associés les Green Ten, qu'elle finance.

(l'UE est le principal verrou, irriguée par l'Allemagne)

 

Que faut-il faire pour lutter contre cette idéologie liberticide, mortifère et anti-humaniste, et ses activistes tels que ceux d'Extinction Rebellion?

 

Il faut lire bien sûr le livre de Drieu Godefridi, mais il faut certainement opérer un regroupement international de tous les Think Tanks qui y sont opposés, montrer que cette idéologie n'a rien de scientifique, mais qu'elle est uniquement et purement politique.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

Les manipulations écologiques, un dîner débat avec Drieu Godefridi, à Saint-Paul-lès-Dax

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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 17:30
Démocratie directe: quelles limites pour la majorité?, une soirée-débat, à Lausanne

Hier, avait lieu à l'Hôtel de la Paix, à Lausanne, avenue Benjamin Constant 5 (ce n'est pas fortuit), une soirée-débat sur le thème: Démocratie directe: quelles limites pour la majorité?

 

Cette soirée-débat était organisée par l'Institut Libéral, le Cercle Démocratique de Lausanne et le Cercle des Libertés, avec deux intervenants: Oliver Meuwly, historien, et Pierre Bessard, économiste, membre du conseil de fondation et directeur de l'Institut libéral.

Olivier Meuwly

Olivier Meuwly

Olivier Meuwly intervient sur le thème: L'avantage d'un outil efficace de gestion des conflits.

 

La démocratie directe est en effet un moyen de résolution des conflits. Elle n'est pas tombée du ciel; elle est apparue progressivement en se basant sur:

- la Landsgemeinde qui réunissait toute la population d'une commune ou d'un canton pour résoudre les problèmes collectifs (c'est encore le cas dans deux cantons, Appenzell Rhodes Intérieures et Glaris)

- les coopératives d'alpage

- l'esprit de milice, qui est un engagement individuel pour la collectivité.

 

C'est à partir de ces fondements que des conflits ont pu être résolus au XIVe siècle, ou au moment des guerres de religion, ou de la Guerre des paysans de 1653.

 

La démocratie directe a permis à l'époque d'éviter que les Habsbourg ou les Savoie ne fassent main basse sur les cantons helvétiques, qui se caractérisaient par l'absence:

- d'armée permanente

- de cour

- d'aristocratie.

 

Les Lumières ont renforcé cette tendance.

 

Il y a alors deux conceptions de la liberté:

- les libertés anciennes, en particulier avec l'autonomie locale

- les libertés individuelles, apport de la Révolution.

 

C'est après le traumatisme de la Terreur que le mouvement libéral émerge.

 

A l'instar de l'abbé Siéyès, l'idée libérale est celle de la démocratie représentative. La liberté est assurée par:

- des dirigeants élus

- une séparation des pouvoirs.

 

L'autre vision de la liberté est celle de Condorcet, la démocratie directe, qui va être mise en oeuvre par les radicaux, en plusieurs étapes:

- le référendum constitutionnel obligatoire en 1848 (l'État fédéral reste faible)

- le référendum législatif facultatif en 1874 (le pouvoir des cantons diminue et, en échange, il y a un renforcement de celui du peuple)

- l'initiative constitutionnelle en 1891 (au moment où conservateurs et radicaux se partagent le pouvoir).

 

Ce système renforce les partis minoritaires (le quorum pour avoir des élus est faible) si bien qu'il n'y a pas en Suisse de parti dominant. Les partis y sont les agents de négociation entre les groupes sociaux.

 

Ce système a été une garantie de stabilité entre les deux guerres mondiales. Olivier Meuwly donne pour exemple La paix du travail conclue en 1937.

 

Après 1970, la démocratie directe a été redécouverte et s'est traduite par une explosion du nombre des votations. Olivier Meuwly pense que c'est une bonne chose, parce qu'ainsi il n'y a pas de travail d'éviction des problèmes, fussent-ils en apparence mineurs.

 

Olivier Meuwly n'est donc pas favorable à leur limitation par le nombre de signatures requises, du moins tant que les outils numériques ne seront pas autorisés.

Pierre Bessard

Pierre Bessard

Pierre Bessard intervient sur le thème: Le rôle de la culture politique et du non-centralisme.

 

Pierre Bessard rappelle qu'en démocratie il est facile d'être minorisé parce qu'une voix est noyée parmi tant d'autres... C'est pourquoi la démocratie devrait être limitée aux décisions ayant un caractère réellement collectif.

 

Dans la sphère privée, la démocratie est une forme douce du communisme, tandis que le marché lui est une vraie démocratie, où chacun fait ses choix et est maître de son vote.

 

Sur une plaque, située sur la promenade Derrière-Bourg, à Lausanne, est transcrite une citation de Benjamin Constant qui illustre bien ce dilemme entre individu et collectivité, entre liberté individuelle et liberté politique:

 

Par liberté j'entends le triomphe de l'individualité tant sur l'autorité qui voudrait gouverner par le despotisme que sur les masses qui réclament le droit d'asservir la minorité à la majorité. Le despotisme n'a aucun droit.

 

Le paradoxe est que la démocratie directe présente des avantages indéniables:

- elle est facteur de stabilité sociale

- elle est politique des citoyens pour les citoyens

- elle est contraire à l'activisme législatif, aux dépenses publiques et aux impôts

- elle résout les conflits par la règle de la majorité, qui n'est pas parfaite mais bien utile dans une société pluraliste.

 

Le peuple n'est d'ailleurs pas à l'origine de cet instrument qui s'est affiné au XIXe siècle, comme l'a rappelé Olivier Meuwly.

 

C'est le produit d'une élite favorable à la liberté individuelle et à la liberté économique: elle a obtenu que l'État soit limité et que le droit de veto des cantons empêche de collectiviser.

 

Cette élite a promu l'éthique de la responsabilité (étroitement liée au protestantisme), défendu le respect des droits de propriété et celui de la création de richesses, donnant une conscience économique à la population.

 

Cela dit, la volonté populaire est un mythe: les décisions prises par les citoyens le sont par des minorités de citoyens, qui, par exemple, ont refusé l'élection populaire du gouvernement en 2013, les initiatives sur l'autodétermination en 2018 ou sur la mise en oeuvre en 2016, ou encore sur la parole au peuple en 2012.

 

Le non-centralisme présente lui aussi des avantages:

- par la concurrence et l'autonomie politique, il limite les réglementations et la fiscalité, favorise les innovations

- par la mise en parallèle des décisions, il limite la dictature de la majorité et rend responsable

- il facilite le vote par les pieds, qui est plus efficace que le vote par les urnes

- il permet de comparer et conduit à de meilleures pratiques.

 

Le problème est qu'aujourd'hui 90% des initiatives visent à plus d'intervention de l'État et que la centralisation gagne du terrain, comme dans le cas du vote de l'initiative sur les résidences secondaires.

 

L'inflation des initiatives est un autre problème: il suffit de réunir les signatures de 1,8% des votants (au lieu de 7,6% en 1891) pour qu'une initiative soit soumise au vote des citoyens: il y a actuellement 30 initiatives en suspens...

 

Comme il est difficile de diminuer l'État ou de réformer l'État-providence par initiative, il faut au moins combattre toutes les initiatives illibérales. 

 

Pierre Bessard est donc favorable à l'augmentation du nombre de signatures requises pour une initiative afin que le Parlement consacre plus de temps et d'énergie à d'autres sujets tels que recalibrer l'État central, conformément au principe de subsidiarité, en commençant, par exemple, par supprimer l'IFD, l'Impôt fédéral direct, qui avait été créé en 1915 pour financer l'effort de guerre...

 

Pierre Bessard pense enfin qu'il faudrait, dans le débat public, employer moins d'arguments utilitaires et davantage d'arguments moraux.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

Pierre Bessard et Olivier Meuwly

Pierre Bessard et Olivier Meuwly

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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 21:45
Salle du colloque (photo publiée sur le site de l'IREF)

Salle du colloque (photo publiée sur le site de l'IREF)

Mardi 16 avril 2019, 130 personnes ont participé à Paris à un colloque organisé par l'ALEPS, Contribuables Associés et l'IREF, sur le thème:

 

L'Europe: quel avenir pour nos libertés ?

 

Ce thème était lui-même subdivisé en deux parties et quatre panels:

 

Première partie:

- Pourquoi l'Europe, fondements et raisons d'être?

- L'Europe vue d'ailleurs

 

Deuxième partie:

- Les institutions européennes sont-elles adaptées?

- Les politiques européennes et leurs limites

 

Chaque panel est composé de trois ou quatre intervenants, qui font chacun un exposé de douze minutes exactement, contrôlées par un modérateur. Ces exposés sont suivis de questions posées par l'assistance.

 

L'avantage de ce dispositif est son efficacité. Chaque intervenant, compte tenu du temps qui lui est imparti, doit aller à l'essentiel. Ce colloque de quatre heures et demie, avec une pause d'un quart d'heure entre les deux parties, est donc d'une grande densité.

Alain Mathieu et Jacques Garello

Alain Mathieu et Jacques Garello

Deuxième partie

 

I Les institutions européennes sont-elles adaptées?

 

Jacques Garello, Professeur émérite à l'Université d'Aix-en-Provence, traite de L'Europe des non-choix.

 

La maladie de l'Europe provient des orientations différentes de ses fondateurs.

 

Il y a en effet deux orientations contraires dans le Traité de Rome:

- l'Europe  puissance politique voulue par Jean Monnet

- l'Europe espace de liberté voulue par Konrad Adenauer, par Alcide De Gasperi et, moins fermement, par Robert Schuman

 

De ce non-choix sont nés l'Europe des politiques communes et le marché commun.

 

Dans le Traité de Maestricht se mêlent ouverture et protectionnisme.

 

(d'un côté François Perroux avait écrit L'Europe sans rivages, de l'autre André Marchal, L'Europe solidaire)

 

Le non-choix, c'est vouloir d'une part une politique structurelle, un droit européen (un tiers de la législation française est repris des lois européennes) et des normes, d'autre part le marché (et la reconnaissance mutuelle de normes).

Olivier Méresse (modérateur) et Jean-Philippe Feldman

Olivier Méresse (modérateur) et Jean-Philippe Feldman

Jean-Philippe Feldman, Avocat, Professeur agrégé des Facultés de droit et Maître de Conférence à Sciences Po, mène une Réflexion sur les institutions.

 

Les institutions européennes sont incompréhensibles...

 

Pourquoi? Parce que c'est le côté normativiste qui l'a emporté sur les libertés.

 

L'Europe est surtout une machine à réglementer. Elle n'est heureusement pas encore une machine à taxer (80% du budget provient des contributions des États).

 

A l'origine l'Europe devait être une zone de libre-échange, ZLE:

- suppression des barrières

- absence d'harmonisation

- inexistence d'institutions

 

C'est le général de Gaulle qui a fait abandonner la ZLE.

 

Aujourd'hui il y a absence de:

- séparation des pouvoirs

- limitation des pouvoirs

- subsidiarité

 

Pour que l'Europe ne soit plus une machine à réglementer, il faudrait:

- supprimer l'harmonisation

- instaurer un droit de sécession (et non pas un droit de retrait)

Alain Mathieu et Jacques Garello

Alain Mathieu et Jacques Garello

Alain Mathieu, Entrepreneur, Président d'honneur de Contribuables associés, s'est intéressé à l'OLAF, la seconde Cour des comptes européenne.

 

Qu'est-ce que l'OLAF? L'Office européen de lutte anti-fraude. Il traque les fraudes en matière :

- d'actions structurelles

- d'aides dans le cadre de la PAC, Politique Agricole Commune

- de subventions directes

- d'aide extérieure

 

Alors que les salaires des fonctionnaires européens représentent 7% du budget, le reste, ce sont donc des subventions de toutes sortes.

 

Les exemples de versements indus et d'utilisations inappropriées que donnent Alain Mathieu sont ahurissants.

 

La fraude n'est pas seulement le fait des bénéficiaires de subventions, elle est aussi le fait de membres du personnel de l'UE (60 000 personnes)...

 

L'OLAF (effectif de 406 personnes) n'est d'ailleurs pas seul à enquêter en matière de fraude, il y a aussi Eurojust (240 personnes) et la Cour des comptes européenne (856 personnes). C'est dire l'étendue du problème...

 

Quoi qu'il en soit, les enquêtes de l'OLAF sont trop longues (22 mois en moyenne) et souvent les délais de prescription sont dépassés...

Laurent Pahpy et Ferghane Azihari

Laurent Pahpy et Ferghane Azihari

II Les politiques européennes et leurs limites

 

Ferghane Azihari, Chargé d'études à l'IREF, traite de L'immigration en Europe.

 

Les principes de libre circulation ne font plus consensus. A commencer par celui de la libre circulation des personnes.

 

Pourquoi?

- Les immigrés sont perçus comme trop nombreux (leur nombre est surestimé d'un facteur 2 ou 3)

- Le manque de confiance dans les institutions

 

En effet la redistribution illimitée se substitue à l'insertion professionnelle: force est de constater que plus un État est généreux, plus il a tendance à fermer ses frontières.

 

Avec l'État-providence il s'agit d'un jeu à somme nulle, le contraire du commerce.

 

Enfin l'immigration est un problème culturel: place est faite au relativisme culturel plutôt qu'à l'adoption des normes occidentales.

 

Il faudrait donc renouer avec une plus grande exigence et être fier de la civilisation occidentale.

Laurent Pahpy et Ferghane Azihari

Laurent Pahpy et Ferghane Azihari

Laurent Pahpy, Chargé d'études à l'IREF, traite de L'agriculture européenne.

 

En matière agricole, à tort, on oublie la loi de l'offre et de la demande: on veut toujours contrôler l'offre, sous la pression des corporations agricoles, c'est-à-dire planifier.

 

Pourtant, depuis Montesquieu, on sait, par exemple, que la planification viticole ne fonctionne pas...

 

En fait il y a transfert du syndicalisme agricole français au niveau européen.

 

(quand la Roumanie est entrée dans l'Union européenne, du fait de l'interdiction des souches hybrides, leur arrachage y a été effectué...)

 

Deux exemples de planification agricole:

- le cahier des charges des AOC, qui empêche la concurrence

- le bio (on prétend ne pas utiliser de pesticides), qui revient à protéger certains agriculteurs.

 

Les agriculteurs devraient être libres de produire ce qu'ils veulent.

Olivier Méresse (modérateur) et Christopher Butler

Olivier Méresse (modérateur) et Christopher Butler

Christopher Butler, Directeur exécutif de Americans for Tax Reform, traite du Poison de la soi-disant harmonisation fiscale européenne.

 

La réduction de l'impôt sur les sociétés depuis 2014 dans l'OCDE a permis de faire la réforme fiscale de 2017 aux États-Unis.

 

La taxe de solidarité sur les billets d'avion, adoptée par neuf pays à la suite de l'initiative française, n'a pas été une bonne nouvelle, du fait que c'était une amorce de taxation internationale.

 

De même la France, si la taxe de 3% sur les services numériques était finalement adoptée (elle l'a été en première lecture par l'Assemblée nationale), donnerait à nouveau un mauvais signal du fait de son extension internationale possible.

 

Enfin la Commission européenne a proposé récemment par la voix de son Commissaire à la fiscalité, Pierre Moscovici, que l'harmonisation fiscale soit adoptée non plus à l'unanimité, mais à la majorité qualifiée.

 

Or, quand il y a concurrence fiscale, les taxes baissent et, quand il y a harmonie fiscale, elles augmentent...

 

Christopher Butler n'est donc guère optimiste pour ce qui concerne l'avenir de nos libertés. 

Pascal Salin

Pascal Salin

Conclusion

 

Il revient à Pascal Salin d'avoir le mot de la fin.

 

Après avoir dit combien le colloque a été riche en idées émises et débattues, il conclut que libertés et diversité vont de pair et qu'elles seules peuvent faire l'unité.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Article précédent:

L'Europe: quel avenir pour nos libertés?, un colloque à Paris 1/2

 

PS

 

A l'occasion de cette réunion, l'ALEPS, Contribuables Associés et l'IREF donnent aux participants la primeur de leur manifeste Pour une Europe des libertés:

L'Europe: quel avenir pour nos libertés?, un colloque à Paris 2/2
L'Europe: quel avenir pour nos libertés?, un colloque à Paris 2/2
L'Europe: quel avenir pour nos libertés?, un colloque à Paris 2/2

A la suite de ce manifeste, les auteurs reproduisent trois citations: une de Montesquieu, une de Benjamin Constant et une de Tocqueville.

 

Celle de Benjamin Constant commence ainsi:

 

C'est en sacrifiant tout à des idées exagérées d'uniformité que les grands États sont devenus un fléau pour l'humanité...

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17 avril 2019 3 17 /04 /avril /2019 16:30
L'Europe: quel avenir pour nos libertés ?, un colloque à Paris 1/2

Mardi 16 avril 2019 130 personnes ont participé à Paris à un colloque organisé par l'ALEPS, Contribuables Associés et l'IREF, sur le thème:

 

L'Europe: quel avenir pour nos libertés ?

 

Ce thème était lui-même subdivisé en deux parties et quatre panels:

 

Première partie:

- Pourquoi l'Europe, fondements et raisons d'être?

- L'Europe vue d'ailleurs

 

Deuxième partie:

- Les institutions européennes sont-elles adaptées?

- Les politiques européennes et leurs limites

 

Chaque panel est composé de trois ou quatre intervenants, qui font chacun un exposé de douze minutes exactement, contrôlées par un modérateur. Ces exposés sont suivis de questions posées par l'assistance.

 

L'avantage de ce dispositif est son efficacité. Chaque intervenant, compte tenu du temps qui lui est imparti, doit aller à l'essentiel. Ce colloque de quatre heures et demie, avec une pause d'un quart d'heure entre les deux parties, est donc d'une grande densité.

Jean-Philippe Delsol

Jean-Philippe Delsol

Première partie

 

I Pourquoi l'Europe, fondements et raisons d'être?

 

Jean-Philippe Delsol, Président de l'IREF, rappelle les Origines et principes européens.

 

L'ADN de l'Europe, c'est la liberté. Son territoire se situe à l'ouest de l'Hellespont, dixit Hérodote. Elle résulte de la confusion de plusieurs peuples.

 

Ses origines sont trois villes: Jérusalem, Athènes et Rome. Elle tient d'elles le respect de la personne et des libertés individuelles.

 

C'est à Jérusalem qu'émergent le respect de la liberté et le respect de la personne, dans la lignée des Sumériens et des Assyriens.

 

Pour le poète grec Hésiode, du VIIIe siècle, la souveraineté juste est celle qui est respectueuse de la dikè, faite comme la justice pour respecter la personne.

 

Dans les douze tables romaines, de l'an 450 avant Jésus-christ, apparaissent la propriété des personnes et les termes de l'échange.

 

Érasme dit que la monarchie a pour but de faciliter la vie des hommes libres.

 

La tentation impériale est de ne pas respecter la diversité mais d'imposer à tous les mêmes lois, la même monnaie, la même fiscalité.

 

La chute de Rome est due à sa centralisation, la durée du Saint Empire romain germanique au fait qu'il s'agissait d'une alliance.

 

Les quatre libertés fondamentales européennes sont:

- la libre circulation des personnes

- la libre circulation des biens

- la libre circulation des services

- la subsidiarité

Pascal Salin

Pascal Salin

Pascal Salin , Président de l'Aleps, traite des Fondamentaux économiques et sociaux.

 

Il y a deux visions:

- la vision d'un super-État

- la vision des libertés

 

La vision des libertés repose sur des principes:

- la liberté des échanges: chacun y trouve son compte

- la concurrence comprise comme la liberté d'entrer sur un marché (quel que soit le nombre d'acteurs)

 

La concurrence ainsi conçue est une incitation à innover, à faire mieux que les autres. C'est le contraire de l'harmonisation, qui mène à la création de monopoles.

 

Or la France veut exporter ses erreurs avec l'harmonisation fiscale et sociale. En réalité elle ne veut pas plus d'Europe, elle veut plus de France.

 

Les autorités européennes sont-elles à même de choisir les meilleures solutions pour les Européens? Elles veulent l'intégration pour que l'Europe soit un grand pays face aux États-Unis ou à la Chine. 

 

Être ouvert sur le monde, comme le sont la Suisse ou Singapour, n'est-il pas préférable?

 

Alexis de Tocqueville écrivait: S'il n'y avait que de petites nations et point de grandes, l'humanité serait à coup sûr plus libre et plus heureuse... Rien n'est si contraire au bien-être et à la liberté des hommes que les grands empires...

Eudes Baufreton (modérateur de Contribuables associés) et Alexandre Giuglaris

Eudes Baufreton (modérateur de Contribuables associés) et Alexandre Giuglaris

Alexandre Giuglaris, Délégué général du Think tank Les Hussards (et collaborateur du député LR Nicolas Forissier excusé), répond à la question: Quel besoin d'Europe aujourd'hui?

 

Il faudrait selon lui moins d'Europe:

- en réduisant la technostructure

- en réduisant les normes

- en prenant des mesures d'économie

 

Il faudrait aussi moins d'Europe en appliquant le principe de subsidiarité et en se posant la question: quelle est la plus-value de l'Europe?

 

Il faudrait plus d'Europe:

- en réformant la France plutôt que de faire de l'Europe un bouc émissaire

- en conservant l'euro

- en exigeant la réciprocité en matière de normes environnementales

 

Il faudrait mieux d'Europe:

- en permettant à l'Europe de remplir son rôle de régulateur

- en luttant contre le terrorisme

- en luttant contre l'immigration illégale

 

L'Europe doit affirmer sa spécificité et relever, par la coopération inter-étatique, deux défis:

- le défi de l'intelligence artificielle

- le défi de la cybersécurité.

Eudes Baufreton, Victoria Curzon Price et Enrico Colombatto

Eudes Baufreton, Victoria Curzon Price et Enrico Colombatto

II L'Europe vue d'ailleurs

 

Enrico Colombatto, Professeur d'économie à l'Université de Turin, traite de La vision italienne et celle des pays dits illibéraux.

 

Tous les pays européens sont illibéraux selon le professeur, notamment en matière de retraites ou d'éducation.

 

Partout la productivité ne progresse plus et la croissance est proche de zéro pour cent.

 

En Italie la valeur ajoutée du secteur public est la seule source de croissance (parce que les salaires des fonctionnaires sont inclus dans le PIB...).

 

L'Europe n'y exige pas de réduction de la dépense publique, a permis que la dette publique y atteigne 132% du PIB... La situation de l'Italie sera bientôt celle du Venezuela...

 

En attendant 60 000 jeunes diplômés quittent la péninsule chaque année, parmi lesquels ceux qui auraient pu être des entrepreneurs...

Rafik Smati

Rafik Smati

Rafik Smati, Président d'Objectif France, répond à la question: Rééquilibrer la France vers le Sud?

 

Rafik Smati souligne l'importance des liens entre la France et l'Allemagne, colonne vertébrale de l'Europe, mais, comme l'a rappelé Jean-Philippe Delsol, les origines de l'Europe sont des villes du Sud.

 

C'est pourquoi il pense qu'il ne faut pas tourner le dos au Sud et qu'il est nécessaire pour la France de tisser des liens avec l'Italie, le Portugal et l'Espagne.

 

Il y a toutefois une condition essentielle à cela, que la France soit irréprochable. Or la France est l'homme malade de l'Europe. Il faut donc qu'elle commence par guérir...

 

Ce n'est évidemment pas les joutes actuelles qui le lui permettront...

Eudes Baufreton, Victoria Curzon Price et Enrico Colombatto

Eudes Baufreton, Victoria Curzon Price et Enrico Colombatto

Victoria Curzon Price, Professeur émérite d'économie politique à l'Université de Genève, traite de L'Europe vue du dehors, de la Suisse au Brexit.

 

La Suisse est un îlot au milieu de l'Europe, qui représente moins de 2% de la population de l'UE.

 

La Suisse est d'accord pour la libre circulation des biens et des services, moyennant le paiement d'une contribution d'un milliard d'euros.

 

Elle est beaucoup plus réticente pour ce qui concerne la libre circulation des personnes (les salaires en Suisse sont quatre fois ceux de l'Europe...).

 

Elle est encore plus réticente à l'égard de ce qu'on appelle la reprise dynamique du droit européen (l'Europe est obsédée par l'uniformité du droit européen...).

 

L'Histoire montre que les Suisses ne veulent pas se soumettre à des juges étrangers.

 

Dans les années 1215-1230, les Uranais ont construit le Pont du Diable sur la Reuss et ont fait payer le passage. L'Empereur a voulu profiter de cette manne.

 

Les Uranais, en contrepartie ont obtenu leur liberté juridique, l'immédiateté. Seulement l'Empereur a renié sa parole. A ce moment-là, en 1291, ils ont uni leurs forces, à perpétuité, si Dieu y consent, à celles de Schwyz et d'Unterwald contre l'Empereur.

 

L'UE rappelle donc aux Suisses le Saint-Empire... Le Brexit est le même problème posé aux Européens par les Britanniques, qui, comme la Suisse, ne demandent rien d'autre que le libre-échange avec l'UE...

Rafik Smati et Carmen Gerstenmeyer

Rafik Smati et Carmen Gerstenmeyer

Carmen Gerstenmeyer, Chargée d'Affaires européennes à la Fondation Friedrich Naumann (liée au Parti libéral-démocrate allemand), traite L'Europe outre-Rhin: la vision allemande.

 

50% des Allemands font confiance à l'Union européenne et 75% d'entre eux trouvent que l'économie est bonne pour eux.

 

Aujourd'hui, d'après les sondages pour les élections européennes, les libéraux allemands ne représentent que 7%, derrière la CDU-CSU (32%), les Verts (19%), les Sociaux-Démocrates (18%), l'extrême-droite de l'AFD (10%).

 

Dans leur programme européen, ils voient des opportunités de réformes en politique étrangère, en politique de défense et en matière d'immigration.

 

Ils souhaitent:

- que le nombre de commissaires européens soit réduit

- que plus de pouvoir soit donné au Parlement européen

- que l'État de droit soit renforcé

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

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L'Europe: quel avenir pour nos libertés?, un colloque à Paris 2/2

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19 mars 2019 2 19 /03 /mars /2019 23:55
Comment rompre avec le socialisme fiscal?, conférence de Philippe Nemo, à la Société de Lecture

Hier soir l'Institut libéral recevait Philippe Nemo à la Société de Lecture à Genève (à l'entrée de laquelle figure cette inscription: Timeo hominem unius libri, je crains l'homme d'un seul livre...), pour une conférence sur Comment rompre avec le socialisme fiscal?

 

Dans son introduction, Pierre Bessard, le directeur de l'Institut libéral rappelle que le socialisme fiscal est bien présent en Suisse, même si c'est à un moindre degré qu'en France dont Philippe Nemo est originaire.

 

Les États sont de plus en plus gloutons, surdimensionnés. Les recettes fiscales augmentent davantage que l'économie et sont dissipées dans la redistribution. La victime de ce socialisme fiscal est la sphère de la liberté.

 

Philippe Nemo, philosophe de formation, est l'orateur tout désigné pour en parler parce que la question du socialisme fiscal relève de la philosophie et de l'idée que l'on se fait de la société. Mais il a d'autres titres pour en parler.

 

Philippe Nemo a en effet été professeur à l'ESCP, Sup de Co Paris, fondée par Jean-Baptiste Say; il préside la Fondation Lettres et Sciences; il a cofondé l'École Professorale; il a publié en 2018 Philosophie de l'impôt, un livre très dense.

 

Quels sont les intellectuels qui se sont intéressés à la conception de l'impôt en relation avec la conception de l'homme? Aucun, sinon en Allemagne Peter Sloterdijk qui a écrit un gros volume intitulé Repenser l'impôt.

 

En France, les prélèvements obligatoires représentaient 10% du PIB en 1900, il en représentent aujourd'hui 50%. Dans les années 1930-1940, ils ne représentaient encore que 20%. La mutation s'est produite au cours des quatre ou cinq dernières décennies.

 

Comment se fait-il que l'on ne s'en alarme pas? La forte croissance des trente glorieuses a empêché d'en prendre conscience: les prélèvements augmentaient sans que les salaires réels diminuent, bien au contraire.

 

Aujourd'hui on se satisfait de déficits publics de l'ordre de 3% du PIB, qui sont en réalité des déficits de 30% du budget, si bien que la dette augmente indéfiniment et que cette machine, devenue folle, est impossible à maîtriser.

 

Il y a bien eu des révoltes contre cette montée des prélèvements mais les révoltés, les poujadistes par exemple, étaient méprisés, voire traités de fascistes. Les Français sont ainsi devenus socialistes sans le savoir...

 

Si on considère l'Histoire, il y a eu une bonne révolution en 1789, qui a mis un terme aux impôts de l'Ancien Régime, mais elle a été de courte durée et la mauvaise révolution lui a succédé en 1792-1793.

 

Sous la Monarchie de Juillet, dont Benjamin Constant a été l'idéologue, la conception des impôts était qu'ils devaient contribuer au maintien de l'État dans ses fonctions régaliennes. Cela a changé au début du XXe, avec les socialistes.

 

Trois conceptions de l'impôt, deux justes et une fausse

 

Les deux conceptions justes (le service rendu correspond à ce qui est donné) sont les suivantes:

 

- l'impôt sert à financer l'État régalien: les maux qui n'ont pas lieu ne sont pas quantifiables; chacun en profite également et l'impôt correspondant doit donc être le même pour tous, avec d'éventuels dégrèvements pour les plus pauvres (tout le monde est égal devant la mort ou le vol)

 

- l'impôt sert à financer les services collectifs qui ne peuvent être rendus par le marché (le problème est cependant de déterminer lesquels): l'impôt correspondant doit être proportionnel, sur l'intégralité du revenu du fait que le profit (des infrastructures par exemple) est proportionnel à l'activité des bénéficiaires

 

La conception fausse (l'impôt est sans contrepartie) est celle-ci:

 

- l'impôt sert à redistribuer: l'impôt est alors une spoliation, il s'agit de fait d'un vol en bande organisée; il est d'autant plus spoliateur qu'il est progressif (c'est Marx qui a eu l'idée de l'impôt progressif, le qualifiant de révolutionnaire, dans Le Manifeste du parti communiste...)

 

Cette conception n'a évidemment rien à avoir avec la justice distributive parce qu'il y a confusion entre société et bien commun...

 

Quatre idéologies sont à l'origine de cette fausse conception de l'impôt: le marxisme, l'égalité de sacrifice, le solidarisme et le keynésianisme, auxquelles conduisent à adhérer une passion, L'envie, le titre d'un livre d'Helmut Schoek, sous-titré Une histoire du mal...

 

(ce sont le droit et la morale qui permettent de contrecarrer cette passion et de civiliser les hommes)

 

Cette fausse conception de l'impôt est une rupture du consentement: toute richesse appartient implicitement à l'État et la seule raison qui justifie l'impôt est le rapport de force.

 

Les fonctionnaires du Ministère des Finances français, Bercy, sont l'illustration de ce rapport de force: ils se donnent pour but de prendre le maximum aux gens et de connaître ce qu'ils possèdent (c'est l'inquisition fiscale). Et, à ces fins, leur ruse principale est d'augmenter l'assiette de l'impôt...

 

Philippe Nemo termine sa conférence en disant qu'il y a un lien entre ce que l'on est et ce que l'on a. C'est pourquoi, avec le droit romain (et le droit de propriété) l'humanisme a pu apparaître parce qu'il induisait la valorisation de la personne (c'est bien pourquoi le christianisme a pu prendre dans l'Empire).

 

Avec un taux de prélèvements confiscatoire, 50%, dont la plus grande part est constituée d'impôt sans contrepartie, Philippe Nemo est légitimé à dire qu'une mutilation ontologique est opérée.

 

Comment rompre avec le socialisme fiscal? Philippe Nemo est convaincu que le combat des idées est à même de faire basculer cette montagne, comme ce sont les idées socialistes qui l'ont élevée...

 

Qui aurait cru qu'un jour l'URSS s'écroulerait? Tous les espoirs sont donc permis...

 

Francis Richard

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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 21:45
9e Week-End de la Liberté du Cercle Frédéric Bastiat, à Saint-Paul-lès-Dax

Du 21 septembre 2018 à midi jusqu'au 23 septembre 2018 au déjeuner a eu lieu, à Saint-Paul-lès-Dax, dans les Landes, le 9e Week-End de la Liberté, organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, avec le concours de :

 

- l'ALEPS

- ASAF

- Contrepoints

- l'Institut Coppet

- l'École de la Liberté

- l'IREF

- SFL

 

Le Week-End de la Liberté est le dernier grand rendez-vous libéral en France après les disparitions, faute de moyens, de l'Université d'été de la nouvelle économie (Aix-en-Provence) et de l'Université d'automne de l'économie autrichienne (Troyes).

 

Les libéraux, c'est bien connu, sont des suppôts des puissances d'argent...

 

Le thème de ce week-end était:

Considérations sur la nature et les causes de la richesse des nations.

Guido Hülsmann

Guido Hülsmann

Vendredi 21 septembre 2018, 13h30

 

Conférence de Guido Hülsmann  sur La culture comme facteur de la richesse des nations.

http://www.guidohulsmann.com/

 

En fait il y a deux mécanismes qui expliquent la richesse des nations:

- la division du travail

- l'accumulation de capital.

 

Keynes qui n'avait pas compris le deuxième mécanisme était hostile à l'épargne...

 

Or il n'y a ni division du travail ni accumulation de capital sans :

- droits de propriété

- échanges monétaires.

 

Le respect des droits et des obligations suppose la confiance dans la parole et dans la raison.

 

L'épargne suppose un sacrifice dans le présent pour obtenir des résultats ultérieurs.

 

Pourquoi ? Parce que cela fonctionne.

 

Avec la division du travail et l'accumulation de capital il y a:

- orientation de l'action humaine qui se fait à la marge, en des points précis, individuels

- réduction de la complexité par la recherche des moyens les plus appropriés

- promotion, c'est-à-dire validation des dispositions vertueuses

- frein, c'est-à-dire validation des dispositions vicieuses.

 

Le résultat de l'action humaine est la culture.

 

Quels sont les points en cause pour ce qui concerne la richesse des nations?

 

- La méta-culture, qui est le mécanisme de changement de culture

 

- La religion chrétienne, qui n'est le fruit ni de la raison ni de l'expérience: la trinité représente l'union par l'amour de trois personnes, la communauté parfaite, l'absence de chef, le consentement libre: l'amour est un objectif désirable, il valorise la personne, il permet la création:

(le conférencier fait référence à Larry Siedentop, auteur de Inventing the individual)

  La création n'est pas un processus aléatoire. Elle répond à une logique propre, constante à travers le temps.

  Le libre arbitre est la conviction que la nature n'est pas fondamentalement différente au cours du temps.

  Dans l'islam, il y a création, mais pas de personne, ni de trinité.

  Dans le judaïsme, il y a création et personne, mais pas de trinité.

 

- La violence, qui s'exerce pour empêcher la personne de faire ses expériences, en coupant le lien entre causes et conséquences, sous prétexte de conjurer les échecs et le gaspillage:

(le conférencier fait référence à Herbert Spencer)

  L'éducation centrée sur l'enfant produit ainsi de mauvaises dispositions chez lui et conduit au socialisme, qui est déresponsabilisation des plus riches comme des plus pauvres.

 

- Les porteurs de culture, qui sont les personnes en lesquelles elle s'enracine.

 

Selon Guido Hülsmann, les causes ultimes de la richesse des nations se trouve dans la religion chrétienne qui s'oppose au collectif forcé.

Virginie Pradel

Virginie Pradel

Vendredi 21 septembre 2018, 16h00

 

Conférence de Virginie Pradel sur Enfer et paradis fiscal: peut-on sortir de l'enfer?

https://institutfiscalvauban.org/home/

 

La France est un enfer fiscal:

- Les prélèvements obligatoires y représentent 45% du PIB (39% en Allemagne, 34% au Royaume-Uni)

- Les plus de 1'000 milliards € de prélèvements se répartissent ainsi:

. 360 milliards indirects

. 290 milliards directs

. 375 milliards sociaux dont 250 de cotisations sociales patronales (89 au Royaume-Uni)

- Dans le classement de l'OCDE, sur le poids des recettes fiscales, la France occupe le 35e rang sur 35, derrière le Portugal et l'Italie

- Le Code des Impôts représente 2242 pages, 3144 avec les annexes, 3500 avec le Code de procédure fiscale, dont 775 pages consacrées à l'Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques...

  Certains articles font de 11 à 15 pages tels l'article 31 sur les charges déductibles ou l'article 39 sur les bénéfices imposables des indépendants, modifié deux fois par an en moyenne...

- Le taux d'imposition des entreprises françaises est de 62.2% en prenant en compte l'Impôt sur les Sociétés, les taxes sur la production (102 milliards contre 22 en Allemagne et 40 au Royaume-Uni) et les cotisations patronales (31% au Royaume-Uni).

  Quand on baisse un impôt, on augmente une taxe...

  L'Impôt sur les Sociétés est devenu progressif: 15%, 28%, 33.33%, 44% (pour les grandes entreprises en 2017).

- Il y a en fait deux impôts sur le revenu: l'IRPP dont le taux marginal atteint 45%, sans compter la contribution exceptionnelle qui dure..., et la CSG qui, avec la CRDS, atteint 9.7%...

- Les niches fiscales sont plafonnées à 10'000 € par an, le crédit d'impôt sur la transition énergétique est supprimé

- Le prélèvement à la source va rendre difficile la récupération des déductions et des crédits d'impôts: la complexité sera augmentée dans 90% des cas, ce qui conduira à un surprélèvement

- La fiscalité sur le capital mobilier et immobilier représente 238 milliards € soit 10.7% du PIB (6.3% en Allemagne), ce qui correspond à un taux implicite de 53% sur ses revenus

- Les plus-values sont taxées à 30% (10% au Royaume-Uni)

- Le taux marginal sur les successions est de 45% (60% s'il n'y a pas de lien de parenté) alors que le taux moyen dans l'OCDE est de 15%, et l'abattement n'est que de 100'000 €

- Les prérogatives de l'administration fiscale en matière de contrôle fiscal sont en constante augmentation (le dirigeant est toujours présumé responsable): il n'y a aucun droit à l'erreur pour le contribuable, alors que l'administration peut se tromper...

 

Quel est le bilan d'une année Macron?

- Hausse de la fiscalité écologique

- Baisse des impôts et hausse de la CSG

 

On se demande bien pourquoi d'aucuns fuient cet enfer fiscal pour aller dans un paradis fiscal, tout relatif qu'il soit...

Olivier Babeau

Olivier Babeau

Vendredi 21 septembre 2018, 21h00

 

Débat avec Olivier Babeau sur Des finances saines comme facteur de richesse.

https://www.institutsapiens.fr/

 

La sémantique est significative de l'état des esprits.

 

Ainsi, quand on baisse des impôts après les avoir augmentés, parle-t-on de cadeaux. Ainsi augmenter les impôts est-il un facteur de prospérité, alors qu'en fait on exploite la prospérité...Les alchimistes, qui dirigent les États, ne font donc que transformer l'or en plomb...

 

Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que la dette française atteigne 2'250 milliards €, que la dépense publique soit passée de 11% du PIB en 1912 à 57% en 2018. Car le prétendu intérêt général permet de tout justifier: l'État va tout remettre d'aplomb et le fait de représenter le peuple légitime sa propension à l'éléphantiasis...

 

Sous l'Ancien Régime il y avait encore des contre-pouvoirs (Louis XIV, par exemple, ne pouvait pas faire tout ce qu'il voulait, contrairement aux idées reçues), mais ils ont disparu avec la Révolution.

 

Comme disait déjà Gustave Flaubert:

 

L’idéal de l’État, selon les socialistes, n’est-il pas une espèce de vaste monstre absorbant en lui toute action individuelle, toute personnalité, toute pensée, et qui dirigera tout, fera tout ?

 

Alors l'État complexifie pour mieux régner, produit des normes à tout va, est fort là où il devrait être faible, et inversement. Il est priapique fiscalement, et impuissant... Et ses dépenses ne diminuent jamais, dilapidant des richesses et produisant des nuisances:

 

Les meilleures exportations européennes ne sont-elles pas la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) et le RGPD (règlement général pour la protection des données), qui sont des produits étatiques par excellence?

 

Olivier Babeau n'est guère optimiste: il est particulièrement inquiet par la prise de pouvoir des esprits par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), qui poursuivent, selon lui, le même but que les États:

 

Vous contrôler et faire votre bonheur contre vous-même.

H16

H16

Samedi 22 septembre 2018, 9h00

 

Conférence de H16 sur L'innovation, la création parmi les causes de la richesse.

https://h16free.com/

 

H16 retrace l'histoire de ces causes de la richesse:

 

- L'imprimerie au XVe siècle: on passe de l'ouvrage d'art à l'objet accessible par les bourgeois. 20 millions de livres sont imprimés en 50 ans. Cela permet la Renaissance et les découvertes et une accélération des connaissances. Parmi les outils actuels qui y correspondent, il y a le format html. Le plus grand nombre annuel d'exemplaires imprimés est aujourd'hui le catalogue IKEA, tiré à 100 millions...

 

- L'aviation: on passe du cheval animal au cheval vapeur. Les aéroports et leurs retombées directes et indirectes représentent aujourd'hui 62 millions d'emplois dans le monde.

 

- L'ordinateur: on passe de la machine à calculer de Pascal, via la machine à décrypter enigma de Turing et le transistor, aux ordinateurs sous toutes leurs formes: 3.811 milliards d'êtres humains sur 7.497 ont accès à Internet.

 

- Les réseaux: on passe à des produits normalisés par les acteurs économiques eux-mêmes, sans intervention de l'État, tels que les affréteurs pour les conteneurs ou les fournisseurs de téléphones pour les chargeurs. En 2015, les ordinateurs et réseaux représentent 6% du PIB de l'Union européenne...

 

- L'autocatalyse: on passe de manière analogue à la réaction en chaîne en chimie à une croissance exponentielle des utilisateurs de réseaux (loi de Metcalfe).

 

- La blockchain: on passe du problème des généraux byzantins à sa résolution par la désintermédiation: c'est l'incitation au jeu honnête par construction plutôt que par contrainte. Il n'est plus besoin de tiers de confiance, une transaction est non répudiable, non niable.

 

Le bitcoin utilise la blockchain et fait intervenir:

  . des développeurs

  . des mineurs (rémunérés)

  . des échanges

  . des commerçants, des participants

 

  Le bitcoin se caractérise par le fait qu'il est:

  . déflationniste (21 millions de bitcoins peuvent être créés au maximum)

  . incassable

  . décentralisé

  . incensurable

 

  Aujourd'hui 17.2 millions de bitcoins ont été créés et il y a eu 333 milliards de transactions.

 

Conclusion:

Innovation et création sont motivées par deux puissants leviers: le plaisir et la recherche du ... moindre effort.

N'oubliez pas: cette recherche ininterrompue a permis l'émergence de toutes les civilisations humaines.

C'est l'invention de la bière qui est à l'origine de l'agriculture...

Yorick de Mombynes

Yorick de Mombynes

Samedi 21 septembre 2018, 11h00

 

Conférence de Yorick de Mombynes sur Les infortunes de la concurrence.

https://www.institutsapiens.fr/

 

Yorick de Mombynes a intitulé sa conférence en référence aux Infortunes de la vertu du divin Marquis. Car la concurrence est aussi infortunée que la vertu le fut pour Justine...

 

La politique de la concurrence peut prendre deux formes:

- la suppression des aides (ce qui est bien, mais rare)

- les lois anti-trusts

 

Les lois anti-trusts trouvent leurs justifications dans une théorie: dans une société idéale, la concurrence serait pure et parfaite, autrement dit il y aurait:

- liberté d'entrée et de sortie

- transparence

- homogénéité des produits

- atomicité

 

Comme ce n'est pas le cas dans les faits (il y a des cartels, des monopoles, du dumping), l'État doit intervenir:

- préventivement par des autorisations de fusions

- répressivement par des amendes.

 

Le problème est que la concurrence pure et parfaite n'existe pas et n'est même pas souhaitable:

- en théorie: l'intervention de l'État ne permettrait pas d'obliger tous les êtres humains, par exemple, à avoir des jambes de 4 mètres de haut, si c'était idéal

- en pratique: la définition d'un monopole est difficile, arbitraire; il est impossible de dire si un prix est abusif.

 

La concurrence pure et parfaite répond à une vision mécaniste (la complexité est niée), statique (le temps est figé).

 

En effet, dans la nature humaine, le profit est quelque chose de naturel: c'est la contrepartie du risque et de la volonté d'être le meilleur possible. De vouloir être monopoleur sur son marché est tout aussi naturel.

 

Pour que la concurrence porte ses fruits, il faut qu'il n'y ait pas de barrière légale à l'entrée et se rendre compte qu'il n'existe pas de croissance à l'infini. C'est pourquoi, sur le long terme (l'ajustement n'est pas immédiat), il ne peut y avoir de prix prohibitifs.

 

Quand il n'y a pas assez de compétiteurs, on constate:

- des interventions de l'État qui accorde des avantages aux entreprises en place

- la favorisation de grandes entreprises par le système bancaire

- la création de monopoles par la puissance publique qui enregistre des brevets

- un capitalisme de connivence.

 

Les conséquences sont aberrantes:

- pour l'entrepreneur dont les prix ne conviennent jamais à l'État:

. quand ils sont élevés, c'est un monopoleur

. quand ils sont moyens, il pratique une entente avec d'autres

. quand ils sont bas, il fait du dumping

- pour le consommateur auquel nuit la prétention à l'omniscience des fonctionnaires

- pour les citoyens qui sont les proies de clientélismes électoraux

 

La hantise et la haine du big business justifient dès lors l'extension sans limites de la sphère publique qui s'est ainsi étendue à l'éducation, à la recherche et à la philanthropie, et empêchent la sphère privée de s'en occuper...

 

Les politiques anti-trusts sont donc irrationnelles, arbitraires et antilibérales.

Général Jacques Favin Lévêque

Général Jacques Favin Lévêque

Samedi 22 septembre 2018, 14h00

 

Conférence du Général Jacques Favin Lévêque sur La sécurité comme cause de la prospérité des nations: l'Europe de la défense.

 

Pour une nation, la Sécurité est le plus grand des biens. Si, pour l’acquérir, il faut mettre sur pied cent mille hommes et dépenser cent millions, je n’ai rien à dire. 

Frédéric Bastiat

 

L'Union européenne comprend trois organes:

- Le Conseil européen qui réunit chefs d'État et conseil des ministres

- Le Parlement européen

- La Commission européenne

 

La Défense relève du Conseil européen, qui représente l'union d'États souverains. C'est en effet:

- un domaine régalien

- un outil pour la diplomatie.

 

La Défense est d'abord nationale. Or le budget militaire de la France est en diminution constante depuis 20 ans. On oublie la devise romaine: si vis pacem, para bellum. Et le monde est dangereux. Pour bien faire, il faudrait que ce budget représente 2% du PIB: il est de 1.47% à l'heure actuelle (hors pensions).

 

A des menaces communes, la Défense, selon Jacques Favin Lévêque, doit cependant être collective. Pour répondre à ces menaces, il existe:

- le Traité de l'OTAN qui dépend à 75% des États-Unis (le président Trump est imprévisible...)

- les missions Petersberg

- le Traité de Lisbonne qui prévoit:

. le SEAE (Service européen pour l'action extérieure)

. une coopération entre les États membres

. une assistance mutuelle

. une solidarité

- le Traité de Lancaster entre la France et le Royaume-Uni: mais la France est pour une autonomie de défense européenne, alors que le Royaume-Uni penche pour l'OTAN...

 

Jusque-là, peu de concrétisations opérationnelles, sinon capacitaires: il n'y a notamment pas de commandement opérationnel permanent, quand bien même il existe une structure politico-militaire commune.

 

En 2017, les choses changent : une des dispositions du Traité de Lisbonne est enfin mise en place: la Coopération Structurée Permanente (25 pays sur 28 y participent, dont le Royaume-Uni...).

 

Cette disposition se caractérise notamment par:

- l'augmentation en termes réels des budgets de défense

- l'adoption de 17 projets multinationaux, plus capacitaires cependant qu'opérationnels

 

Le Général Jacques Favin Lévêque est donc relativement optimiste.

 

 

Pour lui, il faut être:

Unis dans la diversité

Unis dans l'adversité

Corentin de Salle

Corentin de Salle

Samedi 22 septembre 2018, 16h00

 

Conférence de Corentin de Salle sur Le transhumanisme est-il un projet totalitaire ou libéral?

 

De quoi s'agit-il? D'améliorations physiques et intellectuelles.

 

Tout de suite on crie au complot techno-capitaliste, au scientisme, à l'eugénisme, à la contre-nature...

 

La médecine traditionnelle depuis Hippocrate a pour but de guérir, de restaurer la santé. Mais il n'en est pas de même de la chirurgie esthétique, du changement de sexe, qui améliorent l'humain.

 

La technologie en question est multidisciplinaire: NBIC, pour nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives.

 

De quoi parle-ton? Respectivement:

- de nanocapteurs et de nanorobots

- de réparation de molécules

- de stockage et de traitement de données

- d'intelligence artificielle

 

En 2003, le séquençage de l'ADN coûtait 3 milliards $, aujourd'hui il coûte 1000 €... On en arrive à une médecine personnalisée, à du sur-mesure. Ce, grâce à la puissance de calcul.

 

Corentin de Salle rappelle l'histoire du Brahmane Sissa qui voulut se faire payer son cadeau (un jeu d'échecs) par le roi des Indes à raison d'un grain de riz, multiplié par deux sur chaque case de l'échiquier, soit bien plus de mille fois la production mondiale de riz de 2012...

 

De même le progrès scientifique s'accélère. Laurent Alexandre dit que la science a progressé autant au cours du dernier siècle que pendant les 22000 ans précédents, ce grâce à l'alphabétisation, à Internet, à la démographie.

 

Aujourd'hui on crée des organes artificiels (le coeur artificiel d'Alain Carpentier, mis au point en 2008), des cellules synthétiques (2010) etc. Le cyborg devient réalité avec les exosquelettes, les puces implantées, le lacet neuronal...

 

On rêve non plus d'augmenter l'espérance de vie, qui est passée de 27 ans à 81 ans en un peu plus de deux siècles, mais d'immortalité: garde-t-on alors la même personnalité? L'ingénieur en chef de Google, Raymond Kurzweil, projette de télécharger un cerveau humain sur un ordinateur...

 

La Singularity University  que Kurzweil a cofondée envisage la fusion homme-machine à l'horizon 2045...

 

L'intelligence humaine deviendra-t-elle plus collective? L'humanité deviendra-t-elle alors une fourmilière, une ruche? Qu'en penser?

 

L'homme est doté d'une certaine plasticité. Pour augmenter sa personnalité il a déjà à disposition des outils externes (lunettes, voiture etc.) et internes (puces, capteurs etc.). Ne faut-il pas qu'il augmente ses capacités intellectuelles face à l'intelligence artificielle? 

 

Les opposants à la prolongation de la vie sont les naturalistes et les socialistes. Or l'homme est par définition contre-nature puisqu'il dépasse toujours ce qu'il est: le feu, l'écriture, la conquête de la lune le prouvent. Or, si des élites accèdent aux progrès au début, ces progrès se répandent du haut vers le bas: aujourd'hui tout le monde (ou presque) a un smartphone.

 

Interdire l'innovation est socialiste par crainte d'inégalités. Tirer vers le haut est libéral. Mais n'y a-t-il pas un danger collectiviste s'il y a uniformisation des hommes, s'il y a gouvernance mondiale?

 

Corentin de Salle propose donc quelques principes à respecter:

- protéger l'identité

- protéger l'intimité

- protéger la corporéité (pour que ne se perdent pas la sexualité, la sensualité)

- préserver l'indépendance

- protéger la morphologie

- différencier soins et améliorations

- permettre de poursuivre la quête de l'immortalité (une utopie)

- interdire l'eugénisme étatique

- empêcher que l'intelligence artificielle soit plus grande que l'intelligence humaine (?)

Patrick Smets

Patrick Smets

Samedi 22 septembre 2018, 21h00

 

Débat avec Patrick Smets sur Éthique et légitimité: la loi garantit-elle l'harmonie?

 

L'État, c'est moi, disait Louis XIV.

 

En fait, L'État, c'est Clovis... c'est-à-dire un Belge, un barbare, un tyran cruel et sanguinaire: les Francs saliens ont fait disparaître les Gallo-Romains. A partir de cette époque-là le privilège de droit privé a été réservé aux dirigeants et le droit coutumier laissé au peuple...

 

Ces institutions ont été remises en cause un millénaire plus tard par le libéralisme: la loi fondée en raison. Hugo Grotius, au XVIIe, a ouvert la voie avec la loi naturelle, avec ou sans Dieu. Les libéraux défendent en effet la faculté personnelle, les libertés individuelles: l'homme n'est pleinement épanoui que s'il peut exercer sa raison.

 

Au XIXe siècle ces idées se traduisent par une plus grande progression des sciences en un siècle que pendant les siècles précédents. L'Europe mange à sa faim et connaît un essor démographique inimaginable. Les gens s'instruisent et lisent des romans dans les journaux. La civilisation connaît un apogée.

 

Mais cet apogée de la civilisation est au fond de courte durée. Pour Jose Ortega y Gasset, l'homme du XXe siècle redevient primitif. Il se désintéresse de ce qui a permis le bien-être dont il jouit. Il veut que les problèmes soient résolus immédiatement. Le XXe siècle est le siècle de la massification et de l'uniformité mentale.

 

Les hommes du XXe siècle sont mûrs pour le fascisme et le communisme. La massification se retrouve dans tous les domaines: le tourisme, les migrations, l'habitat, la guerre, les camps, les génocides. La médiocrité et le politiquement correct règnent: le démagogue n'aime pas la civilisation:

 

L'harmonie n'est plus recherchée dans l'excellence mais dans la ressemblance.

 

Internet a favorisé la masse qui est changeante, brutale et stupide. Le mûrissement du temps manque en effet aux réseaux sociaux. Or il faut du temps pour réfléchir, pour exercer sa raison. Assurer la paix sociale ne peut se faire qu'en suivant ses lois: pourquoi sommes-nous devenus riches? parce que nous l'avons voulu...

 

Le libéralisme est le projet culturel par excellence, un projet réaliste: La vie consiste à planter les talons dans le sol pour ne pas être entraînés par les courants, disait Ortega y Gasset. Et Patrick Smets n'est pas de ceux qui se laissent entraîner par les courants... Il rappelle que les progrès économiques et culturels vont de pair...

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel

Dimanche 23 septembre, 9h00

 

Conférence de Jean-Marc Daniel sur Reprise de la croissance: la politique économique comme mouche du coche...

 

La montée des dépenses publiques est corrélée avec la guerre, mais aussi avec la richesse: un pays riche peut faire du racket plus aisément chez lui que chez les autres. La solution étatiste est donc de militariser la société et de rançonner sa propre population.

 

Les hommes de l'État se donnent le beau rôle pour ce racket: ils veulent assurer le plein emploi et le confort matériel à leurs ressortissants. Dans cet esprit, Valéry Giscard d'Estaing, interrogé par Jean Boissonnat, répondait que gouverner, c'est avoir la volonté et les moyens d'assurer le plein emploi.

 

Pour assurer le plein emploi, plusieurs recettes sont proposées:

- la réduction du temps de travail (partage du gâteau)

- l'inflation (sacrifice de l'épargne)

- les dépenses d'avenir, engagées par ceux qui savent... (l'invention préférée à l'innovation)

 

Mais aucune de ces recettes n'est compatible avec les cycles de l'économie.

 

Les causes des cycles sont-elles exogènes? Certes le choc pétrolier, la guerre du Golfe, les politiques monétaires ont eu une incidence. Mais Jean-Marie Daniel n'est pas convaincu, par exemple, par la théorie des cycles des économistes autrichiens.

 

Jean-Marc Daniel pense plutôt que les causes des cycles sont endogènes: un surinvestissement induit une surcapacité. Quand l'activité ralentit, si le temps de travail est maintenu, il en résulte du stockage, puis de l'obsolescence: il faut donc qu'il y ait de la souplesse dans la durée du travail...

 

Selon lui, l'intervention de l'État doit se limiter à l'emploi des stabilisateurs automatiquesstimuler, ou freiner, l'activité par la stabilisation des dépenses lorsque les recettes fiscales diminuent en période de ralentissement de la croissance économique et inversement. Autrement, il faut laisser vivre l'intelligence, constater la concurrence...

 

Francis Richard

 

PS

Un grand merci aux intervenants, aux organisateurs et animateurs de ce week-end, et notamment à Patrick de Casanove, Président du Cercle Frédéric Bastiat, et à Damien Theillier, Fondateur de l'Institut Coppet et Président de l'École de la Liberté.

Damien Theillier et Patrick de Casanove

Damien Theillier et Patrick de Casanove

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26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 22:45
L'école économique autrichienne, conférence de Pierre Bessard, à la Ligue vaudoise

Hier soir, Pierre Bessard, directeur de l' Institut libéral, donnait une conférence sur L'école économique autrichienne - L'économie politique de la liberté, à La Ligue vaudoise, où il était accueilli par Olivier Delacrétaz, dans le cadre des entretiens du mercredi de ce mouvement.

 

Cette conférence avait lieu en petit comité, dans une petite salle garnie de livres: tout était donc réuni pour que s'établissent de fructueux échanges, librement consentis (ce qui ne peut que ravir un libéral), entre gens qui pensent différemment mais s'estiment et se respectent.

 

Pour présenter l'école économique autrichienne, Pierre Bessard a choisi d'en présenter les grandes figures et leurs contributions à la bonne économie, c'est-à-dire à celle qui s'est opposée d'abord à l'école historique allemande, puis à Marx, enfin à Keynes.

 

Qu'est-ce que l'économie sinon la science des choix humains?

 

Cette science obéit à des lois économiques immuables, indépendantes du contexte; elle repose sur des principes intangibles, et qui sont tout le contraire du pragmatisme, lequel est dangereux parce que source de relativisme cognitif.

 

Exemple de loi économique: quand les salaires minimaux sont supérieurs à la productivité du travail, ils génèrent du chômage.

 

Née à Vienne, cette école féconde et importante pour l'Institut libéral a été lancée en 1871 par Carl Menger (1840-1921). Mais elle n'est pas sortie du néant. Elle s'est inspirée des scolastiques espagnols et des libéraux français qui lui sont antérieurs.

 

Les moines de Salamanque avaient compris que la valeur d'un bien était une valeur subjective, que la monnaie était une commodité, que l'inflation (immorale) était un phénomène monétaire, que le juste prix était celui du marché.

 

Les moines de Salamanque avaient aussi compris la moralité de la prospérité et de l'intérêt, l'importance de la propriété et de la liberté des contrats.

 

Si Pierre Bessard cite des libéraux français (Turgot, Say, Bastiat, Molinari), il insiste préalablement sur un de leurs prédécesseurs, Richard Cantillon (1680-1734), qui a découvert que l'offre et la demande s'équilibrent automatiquement, qui a donné son nom à l'inflation (l'effet Cantillon) et qui a souligné le rôle de l'entrepreneur.

 

Carl Menger a donc redonné vie aux approches scolastiques et françaises. Il a été le premier théoricien de l'utilité marginale. Il a montré que la monnaie et les prix étaient des phénomènes de marché. Et les préceptes de l'école de Vienne, dès lors, peuvent s'énoncer ainsi:

 

- les décisions économiques sont des décisions personnelles: c'est l'individualisme méthodologique

- les marchés libres sont les reflets et les créateurs de valeurs

- l'intervention de l'État dans les processus d'échange est toujours dommageable

- l'économie n'est pas fondée sur l'empirisme, mais sur la logique déductive

 

Les successeurs de Carl Menger ont apporté leur pierre à l'édifice, tant il est vrai qu'une science évolue.

 

Ainsi Eugen von Böhm-Bawerk (1851-1914) a-t-il montré que le taux d'intérêt reflète les préférences temporelles, que le taux de profit est égal au taux d'intérêt, que l'économie s'oppose au pouvoir étatique et au socialisme.

 

Ludwig von Mises (1881-1973) a développé le concept d'utilité marginale dans sa Théorie de la monnaie et du crédit (1912). Il a montré dans Le socialisme (1922) que ce dernier est incapable d'allouer les ressources de manière efficiente et qu'avec lui c'est la loi de la jungle qui n'a rien à voir avec la loi du marché (voir ce qui se passe au Venezuela).

 

Dans Le libéralisme (1927), Mises a montré que celui-ci non seulement aboutit au bien-être matériel, mais qu'il est la philosophie de la civilisation puisque l'échange libre entre deux parties consentantes est le contraire de la violence exercée sur et par autrui.

 

Parce qu'il dénonce l'expansion artificielle du crédit et qu'il explique que la Grande Dépression est due à l'État, qui, par le biais de la banque centrale, introduit des distorsions dans les échanges, Mises est contesté, tandis que John Maynard Keynes (1883-1946), dont les recettes empirent la situation, est populaire...

Pierre Bessard et Olivier Delacrétaz

Pierre Bessard et Olivier Delacrétaz

Au moment de la montée des régimes collectivistes criminels (le communisme et le nazisme), Mises est en danger et doit émigrer. En 1934, il se rend à Genève où il devient professeur aux HEI (Hautes études internationales), fondée en 1927 par William Rappard.

 

Mises y reste six ans avant de partir pour les États-Unis. Il rédige alors son grand oeuvre, L'Action humaine, qui paraît en allemand en 1940 et qui paraîtra en anglais en1949 dans une version plus étoffée.

 

Aux HEI, est également professeur Wilhelm Röpke (1899-1966) (l'Institut libéral a organisé il y a deux ans un colloque pour le cinquantenaire de sa mort). C'est un opposant déclaré au national-socialisme qui est d'abord parti en exil en Turquie en 1933 puis a gagné Genève en 1937.

 

Röpke peut être rattaché à l'École de Vienne, même s'il est essentiellement un économiste pratique: il est hostile à l'État-providence et à l'européisme (il est pour la diversité des nations).

 

Élève de Mises, Friedrich Hayek (1899-1992) a émigré à Londres en 1931. Il y est professeur à la London School of Economics. Il est surtout connu pour un best-seller paru en 1944: La route de la servitude. Avec Rappard, Mises, Röpke et Bertrand de Jouvenel, il a créé la Société du Mont-Pèlerin en 1947. En 1974, il a reçu le prix Nobel d'économie, c'est l'anti-Keynes...

 

En 1956, Mises a écrit un petit livre sur La mentalité anti-capitaliste, qu'il caractérise par:

 

- l'envie et le ressentiment envers le succès

- le refus de la responsabilité de son propre sort

- le refus de la science économique

- le refus de la civilisation occidentale

- le non-sens de ses objections non économiques (bonheur, matérialisme, injustice etc.)

 

Pierre Bessard cite ce livre pour bien montrer que Mises ne prenait pas de gants...

 

Après Mises, Röpke, Hayek, les fils de l'École autrichienne sont, entre autres:

 

- Aux États-Unis: Israël Kirzner (1930-   ), Murray Rothbard (1926-1995), Peter Boettke (1960-    )

- En France: Pascal Salin (1939-    ), Jacques Garello (1934-    ), Henri Lepage (1941-    ), Guido Hülsmann (1966-    )

- En Espagne: Jesús Huerta de Soto (1956-    ), Philipp Bagus (1980-    )

- En Tchéquie: Josef Sima (1972-    )

 

La pertinence actuelle de l'École économique autrichienne se trouve dans:

 

- sa démonstration de la nocivité de l'intervention de l'État dans l'économie

- son explication des fluctuations conjoncturelles qu'elle attribue aux distorsions provoquées par les politiques monétaires des banques centrales

- sa définition de la concurrence qui est un processus de découverte et qui ne peut être l'objet d'une politique

- sa défense de l'entrepreneuriat innovant

- sa démonstration de l'impossibilité du socialisme: il ne sait pas que produire, en quelle quantité, à quel prix

 

Pour un libéral il n'est pas question d'imposer ses vues: il ne peut  que se faire un devoir d'employer l'arme de la persuasion et non pas celle de la contrainte. Aussi, s'il veut être entendu, doit-il être un acteur de la culture.

 

Pierre Bessard n'a pas cité Ernest Renan. Mais il aurait pu. Renan disait en effet: Ce sont les idées qui mènent le monde. Or, comme ce fut le cas hier soir, Pierre Bessard prend souvent son bâton de pèlerin et de pédagogue pour que ce soient les idées de liberté qui le mènent et qu'elles procurent aux hommes tous ses bienfaits.

 

Francis Richard

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23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 23:55
Pierre Bessard

Pierre Bessard

Hier soir l'Institut Libéral avait invité Paul-Jacques Lehmann, professeur émérite à l'Université de Rouen, à donner une conférence sur le thème: Aux sources de la liberté économique, à la Société de Lecture de Genève, lieu mythique qui fête cette année ses deux cents ans d'existence.

 

Dans son mot d'introduction, Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral, rappelle que la liberté économique est bien malmenée de nos jours avec les attaques répétées contre le libre-échange, avec les intérêts négatifs imposés par les banques centrales, avec la sur-réglementation qui sévit partout et l'émission de  monnaie malsaine.

 

Peut-être faut-il retourner aux sources pour comprendre la nécessité de la liberté économique. Et le professeur Lehmann, qui a publié l'an passé un livre intitulé Les fondements du libéralisme économique aux éditions ISTE, est certainement à même d'y conduire savamment ceux qui le lisent ou qui l'écoutent.

Paul-Jacques Lehmann

Paul-Jacques Lehmann

Paul-Jacques Lehmann parle en effet dans son livre de 50 économistes qui sont à l'origine de la pensée libérale en France, 43 Français et 7 étrangers, dont 2 Suisses, parmi lesquels Benjamin Constant, qui n'est pas à proprement parler un économiste mais pour lequel la liberté économique est liée à la liberté politique.

 

L'auteur s'est intéressé à ces auteurs par esprit de contradiction. Il avait lu Milton Friedman et étudié le monétarisme à une époque où le keynésianisme régnait, ce qui l'avait amené à prendre connaissance avec la pensée libérale. Il avait alors découvert qu'elle n'était pas l'exclusivité des anglo-saxons et qu'elle avait même des origines francophones. 

 

Son livre couvre une période d'un peu plus de deux siècles, de la naissance d'Anne Robert Turgot en 1727 à la mort de Clément Colson en 1939. Ce qui permet au lecteur d'appréhender l'évolution de cette pensée. Parmi les 50 auteurs, il y a un certain nombre d'économistes qui étaient jusqu'alors, pour l'auteur, de parfaits inconnus.

 

Comme il n'est pas question, pour des raisons de temps, de passer en revue tous ces économistes, le conférencier fait le choix de parler de ceux qu'il considère comme des auteurs importants. Mais, auparavant, il évoque la figure d'un libraire, Gilbert Guillaumin, qui éditera des auteurs libéraux et fondera Le journal des économistes.

 

Ce mensuel durera 73 ans, de 1840 à 1913. Il aura des contributeurs éminents tels que Léon Walras ou Frédéric Bastiat. Il sera dirigé notamment par Gustave de Molinari  et par Yves Guyot. Cette revue peut être qualifiée de bible de la pensée libérale et ses contributeurs ont été par la suite considérés comme les représentants de l'École de Paris.

 

Les toutes grandes figures, parmi les 50 qu'il a étudiées, sont pour Paul-Jacques Lehmann:

 

- Turgot, qui fut Contrôleur général des finances et qui promulgua, sans succès, l'édit de suppression des maîtrises et jurandes, c'est-à-dire des professions réglementées

 

- Jean-Baptiste Say, qui a théorisé la loi de l'offre et de la demande et qui est connu pour sa loi des débouchés: les produits s'échangent contre des produits

 

- Frédéric Bastiat, qui, ancien commerçant, a étudié les sophismes économiques et qui faisait preuve d'un humour dévastateur

 

- Pellegrino Rossi, qui fut professeur de droit constitutionnel en France et qui est l'exemple de la différence ténue qu'il y avait à l'époque entre le droit et l'économie

 

Les hommes, c'est bien, mais ce qui est intéressant ce sont leurs idées en matière d'économie, c'est-à-dire l'économie politique de ces libéraux, opposés au mercantilisme, pour lequel la richesse c'est la monnaie, et à la physiocratie, pour laquelle la richesse c'est l'agriculture.

 

Selon la conception de ces libéraux, l'économie politique est une science d'observation, qui s'intéresse aux échanges, c'est-à-dire à la loi de l'offre et de la demande, et à la spécialisation du travail qui permet à chacun de satisfaire son intérêt personnel.

 

Pour ce faire, la liberté est la condition, dans tous les domaines, son corollaire étant la responsabilité:

 

- liberté du travail et liberté des rémunérations à partir desquelles se créent les vraies richesses 

 

- liberté du capital, qui n'est rien d'autre que du travail accumulé et sans lequel il n'est pas de développement économique, d'innovation

 

- liberté sur la monnaie, dont le montant ne doit pas être fixé par l'État, ni par les banques centrales

 

- liberté des échanges, qui permet la formation des prix les plus ajustés possible, alors que le protectionnisme au contraire dévalorise le consommateur, favorise la hausse des prix, privilégie certains producteurs au détriment des autres

 

Cette liberté dans tous les domaines aboutit à l'existence de la propriété privée, qui en est l'une des conditions et qui est inattaquable parce qu'elle est due au travail et à l'épargne. Les libéraux ne s'offusquent pas qu'il y ait des inégalités: c'est le propre de l'homme.

 

Tous les libéraux ne s'entendent pas sur le périmètre de l'État, même si tous s'accordent sur son exercice des fonctions régaliennes:

 

- assurer la sécurité intérieure et extérieure

 

- empêcher l'injustice de régner

 

Ils condamnent en général l'intervention de l'État. Certains admettent toutefois - c'est le cas des économistes mathématiciens - qu'il intervienne dans de gros investissements.

 

Tous sont d'accord :

 

- sur l'équilibre budgétaire

 

- sur des dépenses publiques minimum: quand l'État commence à dépenser, il ne s'arrête jamais

 

- sur le rejet de l'impôt progressif

 

- sur la condamnation du socialisme, qui n'observe pas la réalité et qui construit des sociétés utopiques

 

- sur la réduction des inégalités par la charité privée qui responsabilise et non pas par la charité publique qui favorise l'augmentation des impôts et l'habitude de recevoir

 

En conclusion, il y a beaucoup de choses à redécouvrir chez ces auteurs, qui fondent leur analyse de la réalité sur la philosophie et sur l'histoire, et disent les mêmes choses, avec d'autres mots que ceux employés aujourd'hui:

 

- mondialisation au lieu de libre-échange

 

- précarité au lieu de misère

 

- État-providence au lieu de redistribution

 

Nombre d'auteurs libéraux contemporains reprennent à leur compte leurs arguments en les adaptant au nouvel environnement économique et aux nouvelles méthodes. Leur problème n'est pas tant de s'exprimer que d'être entendus...

 

Ces auteurs en effet n'ont pas à leur disposition en France de médias représentatifs de leur pensée, laquelle n'est enseignée ni à l'école, ni à l'université. Ne parlons pas des hommes politiques français qui brillent par leur absence à la défendre: tel ou tel politicien disant ne pas être socialiste n'est pas libéral pour autant...

 

Francis Richard

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20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 22:55
Lauréats du concours 2017: Florent Chevallier (2e), Antoine Müller (1er) et Jennifer Burri (3e)

Lauréats du concours 2017: Florent Chevallier (2e), Antoine Müller (1er) et Jennifer Burri (3e)

Hier soir, à l'hôtel Bristol à Genève, l'Institut Libéral organisait une soirée-débat sur le thème: Diversité ou centralisme ?

 

Dans son mot d'introduction, Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral depuis dix ans, rappelle que la Confédération helvétique dépensait 2 francs par habitant en 1848 et qu'elle en dépense aujourd'hui 8'000... Puis il expose le programme de la soirée:

 

- Communication de Madame Victoria Curzon-Price, professeur honoraire de l'Université de Genève, présidente du comité de l'Institut Libéral, sur le thème:

L'avantage du non-centralisme

 

- Remise des prix du concours d'essai 2017 de l'Institut Libéral dont le thème était: 

Le centralisme menace-t-il la liberté?

Les grands États ont de grands inconvénients. Les lois partent d'un lieu tellement éloigné de ceux où elles doivent s'appliquer que des erreurs graves et fréquentes sont inévitables.

Benjamin Constant

 

L'AVANTAGE DU NON-CENTRALISME

 

Victoria Curzon-Price pourrait aussi bien parler des désavantages de l'autoritarisme (que les gens lui préfèrent, paradoxalement).

 

Dans La présomption fatale (The fatal conceit), sa dernière oeuvre parue en 1988, Friedrich Hayek démontre pourtant que l'ordre spontané est supérieur à l'organisation délibérée: ce n'est pas une opinion, c'est un fait. Il est en effet présomptueux de penser que les décisions prises d'en haut sont les meilleures: l'effondrement de l'URSS (que Hayek n'a tout juste pas connu) en est la preuve par excellence.

 

Mais les croyances perdurent: Paul Valéry ne disait-il pas: Ce qui a été cru par tous, et toujours, et partout, a toutes les chances d'être faux ? C'est ainsi que l'on croit en une caisse unique d'assurance-maladie, en l'harmonisation européenne de l'impôt-société, en la légitimité de Bruxelles...

 

Pourquoi n'y a-t-il plus que très peu de secteurs libres dans nos pays ? Parce qu'on souhaite une vie tranquille, où tout est clair et simple; parce qu'on croit pouvoir bénéficier des bienfaits de la concurrence sans... la concurrence.

 

Or le non-centralisme fonctionne. Pourquoi? Parce qu'en haut l'information sur la base de laquelle on décide est infime en comparaison de celle qui circule au niveau des individus et qui est mobilisée par le marché: partout où il y a de la vie ce système fonctionne.

 

De plus l'ordre spontané est un mécanisme automatique de sélection et d'évacuation des erreurs, alors que les décisions délibérées, au contraire, les accumulent. Pourquoi les préfère-t-on dans ce cas-là ?

 

Hayek pense que cela provient de la contradiction entre les valeurs morales du passé, telles que l'altruisme ou la solidarité, et les valeurs de l'individualisme, nées il y a 250 ans, telles que le respect de la propriété privée et des contrats.

 

Cette préférence pour l'autoritarisme est le système par défaut tout au long de l'histoire et penser que l'amour de la liberté est majoritaire est un rêve... Il y a toutefois des raisons d'être optimiste. En effet le processus naturel de remise en cause de l'autoritarisme est continu; il s'accélère même avec l'éducation et la culture.

 

Ainsi la mondialisation n'a-t-elle pas été planifiée et elle met la pression sur les autorités, de même que la technologie...

 

LE CENTRALISME MENACE-T-IL LA LIBERTÉ ?

 

Le jury qui a décerné les prix était composé de :

- Léonard Burnand, directeur de l'Institut Benjamin Constant

- Alphonse Crespo, vice-président du comité de l'Institut Libéral

- Fathi Derder, conseiller en communication, conseiller national

- Olivier Meuwly, historien

- Myret Zaki, rédactrice en chef de Bilan

 

Les lauréats reçoivent ce jour, par virement, les montants de 1'500 francs (1er), de 1'000 francs (2e) et de 500 francs (3e).

 

Pierre Bessard, avant de donner la parole à chacun des lauréats, en commençant par le 3e, en continuant par le 2e et en terminant par le 1er , soulignent que ces derniers ne proviennent pas de la même université (Neuchâtel, Genève et Lausanne, respectivement) et qu'en quelque sorte le non-centralisme est respecté...

 

Jennifer Burri, à qui est décerné le 3e prix, a axé son propos sur la deuxième phrase de la citation de Benjamin Constant. Pour elle, l'inaccessibilité et l'incompréhension qu'éprouvent les gens vis-à-vis de la législation parlementaire sont dues à son éloignement. Seule une minorité connaît le système et peut le changer. Il en résulte que la majorité ne peut que subir et être découragée de participer. Dans son essai, elle dit:

 

Une loi ne peut être simplement légitimée par l'obéissance qui en découle. Elle doit, au contraire, être le fruit d'un raisonnement et avoir été consciemment consentie comme "bon" motif de soumission.

 

Et elle regrette que le système éducatif [soit] défaillant au même titre que le modèle politique qui le soutient.

 

Florent Chevallier, à qui est décerné le 2e prix, montre dans son essai que la centralisation est une constante dans l'histoire, quelle que soit l'aire géographique. Parce que elle est plus connue dans nos contrées, il s'est cependant limité à évoquer l'histoire européenne. Et la forme de l'essai lui a bien plu parce qu'il a pu se lâcher, délaissant avec plaisir la forme académique pour donner à son texte la forme d'un pamphlet, où les formules abondent:

 

Si la multitude libérale, la force décentralisée prouvait par la productivité et l'innovation sa Vérité, le rêve de la centralisation pensait, lui, toujours pouvoir prouver la sienne, en faisant usage du feu et de l'acier dérobé aux entreprenants.

 

La tyrannie est trop malaisée dans la proximité. Le monstre cherche la distance comme il craint la lumière. C'est loin du peuple qu'il prospère, cet homme qui change de nom avec les siècles; roi hier, bureaucrate aujourd'hui, tyran toujours.

 

Antoine Müller, à qui a été décerné le 1er prix, a lui aussi été séduit par la forme de l'essai, mais il lui a donné une forme traditionnelle : introduction, 1ère partie, 2e partie, conclusion. Ce qui ne peut que combler un esprit rationnel. Très classiquement, il annonce dans son introduction les deux parties qu'il entend développer:

 

- L'opposition entre centralisme et libéralisme:

Sous prétexte de rationalisation de l'action du gouvernement ou d'uniformisation des territoires, le pouvoir est confié à un centre. [...] La tradition libérale part du raisonnement inverse. Il s'agit, au contraire, de prendre l'individu comme élément central de toute réflexion.

Et l'objectif des libéraux est de fractionner le pouvoir et de s'attaquer également à l'unicité de l'État.

 

- Les grands États et leur pouvoir lointain commettent des erreurs:

Les sociétés sont elles-mêmes fractionnées: Cette configuration tend à nuancer l'idée de l'existence d'un bien commun ou d'un intérêt général. Il existe en revanche, un intérêt de l'État, ce qui est tout à fait différent.

Les grands États sont les plus susceptibles de commettre de graves erreurs: En intervenant, en légiférant, ils imposent des décisions uniformes à des populations et des individus qui ne le sont pas.

Sans compter que les grands États sont rarement dénués de volonté de puissance et, quand celle-ci se tourne vers l'extérieur, ils se doivent de restreindre l'espace de liberté des individus à l'intérieur, pour protéger leurs arrières...

 

La citation de Benjamin Constant est d'autant plus d'actualité qu'ont tendance à se renforcer les entités supranationales ou nationales au détriment des collectivités publiques locales et des individus... 

 

Francis Richard

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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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