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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 23:55
Histoire des impôts improbables, de Jean-François Nimsgern

Histoire des impôts improbables, tel est le titre du livre de Jean-François Nimsgern.

 

Les impôts, dont l'auteur raconte les petites histoires (le pluriel est de mise), étaient en principe improbables, c'est-à-dire qu'ils avaient peu de chances de voir le jour. Et pourtant ils ont existé. Comme quoi le pire, s'il n'est jamais sûr, peut très bien survenir... grâce à l'imagination fertile des spoliateurs disposant d'un pouvoir.

 

L'auteur parcourt le temps (depuis l'Empire romain jusqu'au XXe siècle) et l'espace (du continent européen au continent asiatique) et les impôts, qui sont la face légale de la spoliation (L'impôt, c'est le vol, disait même Murray Rothbard), existent bel et bien: il les a rencontrés en tous temps, en tous lieux.

 

Plutôt que de les classer par ordre chronologique, l'auteur les a classés par thèmes. Les gens peuvent donc être:

 

- taxés pour avoir le droit de ne pas être tués: ces impôts mafieux sont pratiqués par les Danois en Angleterre aux Xe et XIe siècles et repris à leur compte par Guillaume le Conquérant et successeurs qui n'y renoncent que 150 ans après le départ des Danois.

 

- taxés pour avoir le droit de ne pas être tués à la guerre: ces impôts permettent aux souverains anglais du XIIe siècle de payer des mercenaires pour remplacer au combat leurs chevaliers ne voulant pas se battre, qui finissent par se révolter au XIIIe et obtenir la Magna Carta.

 

Au passage l'auteur met fin à une légende tenace: Robin des Bois ne volait pas les riches pour donner aux pauvres, il s'en prenait au collecteur des impôts pour rendre au peuple l'argent qui lui avait été arraché de force.

 

- taxés sur leurs besoins essentiels:

. la liberté: l'affranchissement des esclaves est soumis à une taxe pendant tout l'Empire romain

. le droit de préserver sa pudeur: les femmes des castes inférieures dans l'Inde du XVIIIe siècle doivent acquitter une taxe pour avoir le droit de se couvrir la poitrine

. l'énergie: en Angleterre, au XVIIe siècle, les cheminées, les fours et les âtres sont taxés

. la collecte d'urine: pour raison d'hygiène, l'empereur Vespasien rend obligatoire l'usage des toilettes publiques, dont l'urine collectée est vendue aux teintureries.

 

A son fils Titus, qui trouve cette taxe répugnante, Vespasien lance une pièce d'or et lui demande s'il sent quelque chose: Devant la réponse négative de Titus, il lui répond: "Et pourtant elle vient de l'urine". L'anecdote donne naissance au proverbe latin Pecunia non olet, soit "L'argent n'a pas d'odeur".

 

- taxés sur le sel (produit de grande valeur parce qu'il conserve les aliments): dès l'Antiquité jusqu'au XXe siècle, en Chine, en France ou en Inde, suscitant nombre de révoltes.

 

Le sel, en raison de sa valeur, a même servi de moyen de paiement: Le salarium était la partie de la rémunération des troupes romaines payée en sel. Le mot donne ensuite l'actuel "salaire".

 

- taxés s'ils sont riches: plus particulièrement sur leurs signes extérieurs de richesse, tels que les colonnes et les portes (au début de l'Empire romain), les charrues (Danemark, XIIIe siècle), les fenêtres (Angleterre, du XVIIe au XIXe siècle), les perruques (Prusse et Angleterre, du XVIIIe au XIXe siècle), les portes et fenêtres (France, du XVIIIe au XXe siècle).

 

- taxés s'ils déplaisent (ils peuvent alors être solidairement responsables): les royalistes sous Cromwell, les immigrants chinois au Canada (du XVIIIe au XXe siècle), les Juifs un peu partout et en tous temps (Empire romain, Saint Empire Romain germanique, Russie, France etc.).

 

- taxés sur leurs comportements:

. le port de la barbe dans la Russie de Pierre le Grand

. le savon sous Cromwell (les riches se lavaient trop...)

. les cartes à jouer toujours sous Cromwell.

 

- taxés à 100%: Philippe IV le Bel, grand spoliateur devant l'Éternel, a confisqué les biens des Juifs, des banquiers et marchands lombards, des Templiers; Charles VII, ceux de Jacques Coeur; Louis XIV, ceux de Fouquet.

 

Aujourd'hui ce qui survit à l'épreuve du temps, ce sont l'impôt foncier, l'impôt sur la consommation, la fiscalité comportementale (pour tenter de modeler un citoyen idéal conforme [aux] lubies des politiciens - ou à leur idéologie, ce qui bien souvent revient au même).

 

Comme le dit Jean-François Nimsgern dans sa conclusion, et c'est la grande, et réjouissante, leçon de ces petites histoires qui en forment une plus grande: Le contribuable n'est pas condamné à être un mouton tondu. Il a souvent su faire preuve d'ingéniosité pour tenter de contourner une législation stupide, et lorsque l'abus était trop criant, n'a pas hésité à se révolter.

 

A cet égard l'histoire du reblochon, fromage détaxé, sur laquelle se termine le livre, est on ne peut plus savoureuse et montre qu'il est un authentique fromage fiscal, au sens littéral...

 

Francis Richard 

 

Histoire des impôts improbables, Jean-François Nimsgern, 88 pages Les belles lettres

 

Dans la même collection des Insoumis, dirigée par Patrick Smets:

 

Libérons-nous de Pascal Salin

Le silence de la loi de Cédric Parren

Prohibitions de François Monti

D'or et de papier de Benoît Malbranque

L'argent des autres d'Emmanuel Martin

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La faillite du climatisme du Oyster Club

La tyrannie de la redistribution de Thierry Afschrift

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 23:55
La tyrannie de la redistribution, de Thierry Afschrift

Aujourd'hui les individus subissent une tyrannie qui est bien plus grande que celle exercée par les monarques absolus: celle de l'État fort dans sa forme aboutie de l'État-providence. Les hommes politiques, de tous bords, qu'ils soient d'extrême-gauche, de gauche, de droite ou d'extrême-droite, en sont les conservateurs.

 

Le progrès, face à tous ces conservatismes, serait de remettre en cause cet État devenu obèse. Pour ce faire, Thierry Afschrift, démonte, dans La tyrannie de la redistribution, le processus par lequel tous les individus deviennent ses esclaves, les uns parce qu'imposables à merci, les autres parce qu'assistés à sa merci.

 

Un peu de sémantique ne fait pas de mal: en fait il n'y a pas de redistribution pour la bonne raison qu'il n'y a pas de distribution initiale, ce qui supposerait l'existence d'un Tout, alors que la propriété ne peut qu'être individuelle et ne peut se constituer qu'à la suite de contrats librement consentis avec d'autres.

 

Pour redistribuer ou distribuer, l'État ne peut s'approprier que ce qui ne lui appartient pas. Pour se justifier, force lui est donc de prétendre que tout est à tout le monde, que sa tâche est de répartir ce tout, qu'il le fait de manière plus juste (en réalité plus égalitariste) et plus efficace que les échanges libres ne le feraient.

 

Pour opérer ce pillage, l'État a recours à la loi (contre le droit) et à la contrainte. Pour répartir cette rapine, à des transferts et à des services publics gratuits ou aux prix dérisoires. Bien malin qui peut dire, s'il est gagnant ou perdant dans un tel système, qui bénéficie surtout à l'État, à ses serviteurs et à ses clients multiples.

 

Les démocraties libérales n'ont plus de libérales que le nom. Les grands partis s'y caractérisent par le culte de l'État fort, tutélaire de presque toutes les activités, toujours plus réglementées. L'État s'approprie en effet la moitié des richesses produites par les individus et les entreprises et dépense encore davantage.

 

Pour redistribuer, l'État doit tout réglementer, tout contrôler et ignorer le droit à la vie privée. Conséquences: disparition du secret bancaire et, grâce aux nouvelles technologies, contrôles accrus des individus, réduction de la liberté d'expression au politiquement correct, inquisitions de toutes sortes, mise au pilori des récalcitrants etc.

 

Le pillage légal de l'État est peint aux couleurs de la solidarité, mais c'est une curieuse solidarité, puisqu'elle est contrainte. Pour la légitimer, de nouveaux droits ont été créés tout exprès: à la demande des États communistes de l'époque ils figurent dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948...

 

Ces droits à quelque chose ne sont pas des droits naturels, comme les droits individuels, civils et politiques (qui sont des droits de faire quelque chose, que l'État doit respecter), ce sont des droits-créances, dont l'État est le débiteur. Pour s'acquitter de sa dette, celui-ci porte atteinte aux droits de propriété par voie d'impôts et de prélèvements obligatoires.

 

Pour fonder la morale et l'action publique, non sur la reconnaissance des droits, des talents et des mérites, mais sur des besoins et des faiblesses, est invoqué l'intérêt général, substitut profane du bien commun catholique, au nom duquel doivent se sacrifier ceux qui ont le tort de ne pas être les favoris du Pouvoir qui en dicte le contenu...

 

Se pose alors la légitimité de la loi quand elle est démocratiquement adoptée contre le droit: Est-ce vraiment parce qu'un pouvoir est choisi par une majorité qu'il doit se permettre de redistribuer à sa guise les revenus et les biens de chacun? En toute justice, les droits de chacun ne doivent pas être à la merci d'un vote.

 

Avec la reconnaissance des droits de l'homme, les individus sont certes protégés contre l'exécutif, mais ils ne le sont pas contre la loi elle-même: Parmi les prérogatives qui exceptionnellement pourraient être attribuées à une autorité, ne devrait pas figurer celle de redistribuer les revenus et les richesses.

 

Pourquoi ne devrait-elle pas figurer parmi les prérogatives d'une telle autorité? Parce qu'il ne doit pas exister de "moyen politique" de recueillir des revenus, en usant de la contrainte: ce serait exercer la "loi du plus fort", en l'occurrence du nombre, pour spolier des biens acquis sans violence.

 

Le seul moyen d'échapper à la tyrannie de l'État-providence n'est-il pas de remettre en cause ce système fondé sur la méfiance envers l'homme? Car la vraie solidarité est l'expression d'un des meilleurs usages de la liberté, qui consiste à donner volontairement non seulement l'argent, mais bien d'autres choses, par amour, gratitude ou générosité.

 

A méditer, pour conclure, ce que disait Thomas Jefferson:

 

Parfois il est dit qu'on ne peut pas faire confiance en l'auto-gouvernement de l'homme par lui-même. Peut-on alors lui faire confiance pour le gouvernement des autres?

 

Francis Richard

 

La tyrannie de la redistribution, Thierry Afschrift, 96 pages Les Belles Lettres

 

Dans la même collection des Insoumis, dirigée par Patrick Smets:

 

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La loi du genre de Drieu Godefridi

Les rentiers de la gloire de Copeau

La faillite du climatisme du Oyster Club

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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 15:45
La faillite du climatisme, du collectif The Oyster Club

István Markó, professeur de chimie à l'Université catholique de Louvain, UCL, préside "un collectif de scientifiques et d'intellectuels européens qui analysent les dévoiements des sciences physiques", The Oyster Club.

 

Ce collectif vient de commettre un livre sur La faillite du climatisme. J'emploie le mot de commettre parce que ce livre est un crime de lèse-majesté envers la pensée unique, la pensée main stream.

 

En effet il montre en un minimum de pages, très denses que le climatisme conduit à la faillite dans trois acceptions du terme: scientifique, culturel, économique.

 

La faillite scientifique

 

C'est de nier les faits quand ils ne correspondent pas aux prophéties que vous avez faites et de donner des explications oiseuses pour se justifier. Mais les faits sont têtus et les mensonges répétés ne font pas une vérité, quand bien même les trompés sont nombreux et contents de l'être.

 

Les faits?

- Le CO2 n'est pas la cause mais il peut être l'effet d'un réchauffement climatique

- Depuis 18 ans la température de la Terre n'a pas augmenté, bien que la proportion de CO2 d'origine anthropique ait augmenté

- Le CO2 est bon pour les plantes: pendant ces 18 ans la couverture foliaire a augmenté de 11% et les déserts ont reculé

- La banquise en arctique n'a pas disparu et se reconstitue chaque année

- Depuis l'ère des satellites il n'y a jamais eu autant de glace au pôle Sud

- Les ours blancs n'ont pas disparu comme prévu: de 5'000 individus qu'ils étaient en 1970, ils sont aujourd'hui 30 à 35'000, n'en déplaise au WWF

 

La faillite culturelle

 

C'est de s'en prendre à ceux qui ne pensent pas comme vous - de les traiter, par exemple, de négationnistes, ce qui est particulièrement élégant, compte-tenu de la connotation, ou de connards... -, de pétitionner contre eux pour qu'ils ne puissent plus s'exprimer librement, comme le professeur Markó en a fait l'expérience à l'UCL.

 

C'est, pour les médias main stream, de prendre pour argent comptant de pseudo études concoctées par des organisations, telles que Green Peace, le GIEC ou le WWF, qui ne sont pas le moins du monde scientifiques et qui sont, au contraire, politiques et idéologiques.

 

C'est de faire croire, de manière moliéresque (dans Le Malade imaginaire de Molière, le médecin incrimine le poumon de son patient, quel que soit le symptôme...), que tout est de la faute au réchauffement: "La vague de froid touchant les Etats-Unis? La faute au réchauffement! Le tsunami frappant les Philippines? La faute au réchauffement!"

 

C'est de succomber à l'idéologie écologiste: "Selon la tradition humaniste, il faut transformer le monde. Selon l'idéologie du développement durable, il faut transformer l'homme. Selon l'humanisme, il faut responsabiliser l'individu qui exerce sa liberté (de façon à lui interdire de nuire aux biens et à la liberté d'autrui). Selon l'idéologie du développement durable, il faut "conscientiser" le citoyen afin de le convaincre d'agir de telle ou telle façon et le préparer à accepter des contraintes résultant de choix politiques décidés par d'autres que lui."

 

En résumé: "L'humaniste s'attachera à consommer mieux. Selon l'idéologie du développement durable, il faut consommer moins."

 

La faillite économique

 

C'est de croire, en Europe, et nulle part ailleurs dans le monde, ni aux Amériques, ni en Asie, ni en Afrique, ni en Océanie, qu'il est possible de pénaliser l'énergie sans pénaliser l'économie...

 

L'auteur collectif en fait aisément la démonstration (le lecteur la lira avec profit), à l'issue de laquelle il écrit: "Par peur du changement climatique, on oblige les électriciens à produire de l'électricité d'origine renouvelable, qui a besoin d'être soutenue par des subsides car elle est anti-économique. Il faut par conséquent donner des financements publics aux centrales au gaz qui ne sont plus rentables, car c'est l'énergie la plus chère qui doit être utilisée. Et en sus, on doit garantir le prix de production des centrales nucléaires."

 

Conclusion

 

Le collectif termine sur une note optimiste: "Nous vivons dans des pays libres, baignés d'une civilisation qui a inventé la science. La vérité finira par triompher, et elle balayera les adeptes de la pseudo-science climatiste."

 

Certes, mais la vérité ne finira par triompher que si on se bat pour elle et pour que nos pays restent libres. Ce livre participe au combat.

 

Francis Richard

 

La faillite du climatisme, The Oyster Club, 96 pages, Les Belles Lettres

 

Dans la même collection des Insoumis, dirigée par Patrick Smets:

 

Libérons-nous de Pascal Salin

Le silence de la loi de Cédric Parren

Prohibitions de François Monti

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Self-sécurité  de Pierre-Olivier Drai

La loi du genre de Drieu Godefridi

Les rentiers de la gloire de Copeau

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15 octobre 2015 4 15 /10 /octobre /2015 22:10
Les rentiers de la gloire, de Copeau

Le titre du dernier livre de la collection des Insoumis, éditée par Les Belles Lettres, fait inévitablement penser, à une lettre près, au titre en français du célèbre film de Stanley Kubrick. Il donne déjà le ton de ce volume, celui d'un pamphlet assumé.

 

L'auteur, énarque et haut fonctionnaire, a pris pour pseudonyme le nom du héros du livre Un bonheur insoutenable, d'Ira Levin. Ce héros, Copeau, se rebelle contre le monde parfait dans lequel il est né et où un ordinateur contrôle tout.

 

Qui sont Les rentiers de la gloire? Les politiciens. Copeau les connaît bien pour les observer de l'intérieur du système depuis quinze ans. Au nom de quoi les politiciens interviennent-ils? De l'intérêt général. Le gros mot est lâché.

 

Qu'est-ce que l'intérêt général? Un prétexte "pour justifier leur action, ce qui leur permet d'attenter impunément à la liberté et à la propriété d'autrui". Car ce qu'ils appellent intérêt général, si on l'examine de près, n'est jamais "qu'un intérêt particulier, ou l'intérêt d'une portion de la population".

 

En réalité l'intérêt général n'existe pas. Et les politiciens n'ont en fait qu'un but, leur réélection. Et pour cela, que doivent-ils faire? Plaire à suffisamment d'électeurs pour atteindre ce but. Comment leur plaire? En leur faisant des promesses.

 

Les politiciens ne produisent donc rien d'autre que des biens collectifs "qui ne sont pourtant pas nécessairement demandés par toute la population, mais au moins par certaines catégories de citoyens".  Et en échange, ces citoyens-là, qui constituent leur clientèle, votent pour eux.

 

Les biens collectifs en question doivent séduire une majorité d'électeurs. Pour être persuasifs, les politiciens doivent être démagogues et leur faire croire qu'ils sont leurs bienfaiteurs avec... leur propre argent. Parce que les politiciens ne produisent pas de richesses, ils en confisquent aux uns pour les donner aux autres, et en gardent une partie pour eux.

 

Les politiciens pratiquent une seule vertu, qui n'en est pas une au sens ordinaire, la vertu politique. Car, pour faire fortune politique, il leur faut être habiles, rusés, roublards. Ils ne peuvent pas être honnêtes, puisqu'ils sont immanquablement amenés à faire des promesses intenables, c'est-à-dire à mentir, effrontément:

 

"Mentir, c'est souvent promettre n'importe quoi, n'importe comment et à n'importe qui. Mais c'est aussi parfois masquer les faits, les arranger, mentir par omission, pour ne pas dire manipuler les électeurs."

 

Les politiciens sont-ils moralement irréprochables?

- "La corruption fait partie intégrante de leur mode de fonctionnement courant." (voir, par exemple, Andreotti, Berlusconi etc.)

- "Le népotisme est chez eux une seconde nature." (voir, par exemple, Jean Sarkozy, Amin Khiari, Salomé Peillon etc.)

 

Les politiciens essaient de faire croire qu'ils savent mieux que les autres ce qui est bien pour eux: ils seraient infaillibles; ils seraient capables de changer non seulement le monde mais l'homme.

 

Les politiciens ont "un surmoi puissant", "un moi très développé". Ils sont valorisés par leur entourage pour ce qu'ils font. Résultat:

- Les politiciens sont volontiers caractériels, bornés, impatients;

- Ils croient tellement en leur bonne étoile qu'ils en deviennent arrogants;

- Ils se croient tout-puissants, au point de vouloir "disposer d'autrui corps et âme".

 

Pour compléter le tableau, Copeau ajoute que les politiciens sont évidemment dotés d'une grande intelligence. Ils ont été aux études et sortent tous des plus grands moules de la République, l'ENA, l'X et Normale Sup:

 

"Mais ceux qui méprisent l'homme, qui en font un moyen au service de leurs desseins plus ou moins avouables, ne seront jamais de grands hommes."

 

Copeau n'affirme rien gratuitement. A partir de faits et de traits observés chez les politiciens, parfois connus du grand public, il donne les exemples emblématiques et détaillés de cinq personnes qui exercent ce métier lucratif de politicien:

 

- Edouard, "qui a fait de la politique son métier, son privilège, et qui n'a, aussi loin que l'on puisse aller, jamais exercé de véritable métier, même dans l'administration";

 

- Olivier, un pur qui considère que "son devoir à lui, sa vocation même, consiste à contribuer à créer une société nouvelle pour un homme nouveau";

 

- André, un maire qui "est plutôt du genre à promettre tout et n'importe quoi, à n'importe qui";

 

- Loik, qui, pour trouver des financements, "n'hésite pas, parfois, à prendre des libertés avec les règles de la probité" et qui "pratique le clientélisme comme d'autres la peinture ou la sculpture";

 

- Cécile, qui, pour s'enrichir, se sert des armes du privilège - "un privilège suppose quelqu'un pour en jouir et quelqu'un pour le payer" - et du passe-droit - "elle adore la sirène deux-tons de son chauffeur".

 

Copeau conclut qu'il faut "se protéger de l'influence néfaste des élus":

"Nous ne cherchons pas de bons maîtres, ni à être de bons maîtres.

Nous ne voulons simplement pas d'esclaves."

 

Parmi les nombreuses citations qui émaillent ce pamphlet, toutes bienvenues (de Jules Verne, de Frédéric Bastiat, d'Ayn Randt, du Cardinal de Retz ou de George Bernard Shaw) il en est une qu'il me plaît de citer à mon tour:

 

"L'enfant croit au Père Noël. L'adulte non. L'adulte ne croit pas au Père Noël; il vote."

Pierre Desproges

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Les rentiers de la gloire, Copeau, 92 pages, Les Belles Lettres

 

Dans la même collection des Insoumis, dirigée par Patrick Smets:

 

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Self-sécurité  de Pierre-Olivier Drai

La loi du genre de Drieu Godefridi

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 22:55
La loi du genre, de Drieu Godefridi

A l'origine de La loi du genre, de Drieu Godefridi, il y a la Convention d'Istanbul, adoptée par le Conseil de l'Europe en 2011. Cette convention a pour objet la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique.

 

Noble but, sauf que, dans son article 12,  cette convention dit que Les Parties [les pays membres] prennent les mesures nécessaires pour promouvoir les changements dans les modes de comportement socioculturels des femmes et des hommes en vue d’éradiquer les préjugés, les coutumes, les traditions et toute autre pratique fondés sur l’idée de l’infériorité des femmes ou sur un rôle stéréotypé des femmes et des hommes.

 

Drieu Godefridi cite ce passage sans retenir l'idée de l'infériorité des femmes, hors de son sujet, pour s'en tenir au rôle stéréotypé des femmes et des hommes, qui, lui, fait bien partie du sujet. Pourquoi cette citation d'une convention internationale? Parce que cette convention a consacré ainsi, furtivement, la théorie totalitaire du genre dans sa version radicale et parce que ce triomphe de l'arbitraire en droit ne peut que s'imposer dès lors aux législateurs nationaux.

 

La théorie du genre n'existerait pas selon ses promoteurs, qui se contenteraient de faire des études de genre à caractère scientifique. C'est oublier que théorie vient du grec ancien θεωρεῖν (theōrein), qui signifie comme le rappelle Godefridi: contempler, observer, étudier, examiner, et qu'une théorie est un ensemble d'explications, de notions ou d'idées sur un sujet donné. Autrement dit les soi-disant savants du genre font de la théorie sans le savoir ou... sans le dire.

 

Le problème est que, parmi les dits savants, d'aucuns ne se sont pas contentés de décrire et de comprendre la relativité, historique et spatiale, des catégories du masculin et du féminin, bref de la constater; ils ont affirmé que cette relativité était arbitraire, que les concepts d'homme et de femme étaient de simples inventions culturelles. Ils ont rapidement franchi le pas de dire que la culture ne devait pas se laisser dicter sa loi par la nature.

 

Ce courant prend sa source dans la distinction faite par David Hume entre être et devoir-être, qui revient à distinguer réalité et morale. A partir de ce courant se sont développées deux branches d'études:

- l'une qui vise à analyser et à promouvoir l'homosexualité (le masculin et le féminin culturels n'ont-ils pas exercé violence et tyrannie à l'égard de ceux qui s'éloignent de cette binarité?), c'est la branche homosexualiste;

- l'autre qui vise à analyser les stéréotypes dont sont victimes les femmes (ne sont-elles pas dévalorisées et cantonnées aux tâches ménagères etc.?), c'est la branche féministe. 

 

La première branche a été théorisée par Judith Butler: la nature en tant que telle n'existe pas, tout est culture. Le sexe est une réalité culturelle. La norme hétérosexuelle résulterait de relations de pouvoirs: cette hétéronormativité doit être destituée, une société sans prédilection sexuelle prépondérante doit lui être substituée. 

 

La deuxième branche se préoccupe de promouvoir les intérêts de la femme et de combattre les inégalités de répartition des tâches domestiques, les inégalités de rémunérations et de rôles socio-économiques, les inégalités d'accès aux hautes sphères du pouvoir, la violence dont les femmes seraient majoritairement victimes: La persistance de ces inégalités s'explique par les stéréotypes dont nos sociétés s'obstinent à taxer les femmes.

 

Godefridi fait remarquer qu'un stéréotype est une généralisation caractérisant un groupe de personnes et qu'il peut être vrai, faux, approximatif ou sans valeur de vérité...

 

Karl Popper distinguait les théories réfutables et celles qui ne le sont pas, autrement dit les théories scientifiques et les autres. Or aucune étude de genre, à ce jour, n'a établi de lien de causalité entre rôles socio-économiques et stéréotypes; aucune étude non plus n'a été à même de dire si les stéréotypes sont exclusivement culturels ou si certains ont un substrat naturel. En attendant, la théorie du genre, dans ses deux branches, n'est pas réfutable au sens de Popper...

 

En biologie l'altérité sexuelle n'est pas niée. Or Judith Butler ne peut concéder la naturalité de la distinction des sexes, sinon elle serait obligée de reconnaître que le primat de l'hétérosexualité n'est pas le fruit de la violence ou de relations de pouvoir illégitimes. De même les féministes ne peuvent concéder que les stéréotypes soient ancrés, même partiellement, dans la biologie, sinon elles seraient obligées de reconnaître qu'ils peuvent avoir quelque légitimité. La théorie du genre ne peut donc que reposer sur la négation de la biologie.

 

Si le genre homosexualiste, avec Judith Butler, s'appuie sur Michel Foucault pour dire qu'il y a, depuis l'aube des temps, domination illégitime de la caste hétérosexuelle, le genre féministe, avec Naomi Wolf, s'appuie sur le même Foucault pour dire que c'est le pouvoir qui entrave l'amour hétérosexuel... Il n'est donc pas étonnant qu'à un moment donné les deux genres finissent par s'opposer:

Si le genre féministe et le genre homosexualiste ont un adversaire commun - l'homme hétérosexuel et sa culture -, ils s'opposent radicalement pour le surplus, le genre féministe s'attachant aux intérêts de ces femmes hétérosexuelles dont Butler nie jusqu'à la réalité.

 

Pour conclure, Drieu Godefridi s'étonne donc que, sans débat ni publicité, ait été reprise, jusque dans son phrasé, par le Conseil de l'Europe une telle théorie, songe totalitaire qui se traduit par l'éradication de tout ce qui est en rapport avec le masculin et le féminin, ce qui revient à éradiquer les concepts même de masculin et de féminin:

C'est une illustration de la confiscation du débat démocratique par des experts internationaux sans visage, dont l'exorbitant pouvoir s'incarne et s'épuise dans une norme.

 

Francis Richard

 

La loi du genre, Drieu Godefridi, 92 pages, Les belles lettres

 

Dans la même collection des Insoumis, dirigée par Patrick Smets:

 

Libérons-nous de Pascal Salin

Le silence de la loi de Cédric Parren

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L'argent des autres d'Emmanuel Martin

Petit traité d'anti-écologie de H16

Self-sécurité  de Pierre-Olivier Drai

 

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 11:55
"Self-sécurité" de Pierre-Olivier Drai

L'insécurité est grandissante dans nos pays. Or, sans sécurité, il n'est point de liberté. La solution de facilité, inefficace, est de s'en remettre à la seule puissance publique pour l'assurer et, autrement, de s'en laver les mains.

 

Dans Self-sécurité, Pierre-Olivier Drai montre, a contrario, que la sécurité est une affaire trop sérieuse pour ne la confier qu'au public, qu'en fait elle est l'affaire de tous et que plus les individus s'impliquent dans leur propre sécurité plus il y a de chance que l'insécurité générale diminue.

 

Dans son introduction, Pierre-Olivier Drai reproduit un schéma à partir duquel son livre se développe:

"Self-sécurité" de Pierre-Olivier Drai

Dans ce schéma, figurent les trois acteurs et demi d'une société, représentés par des cercles. Ce sont:

 

- la communauté dont l'individu est un sous-ensemble: l'individu, "particule irréductible" de la société, non seulement protège lui-même son habitation ou son ordinateur, mais il se défend lui-même de plus en plus et, de plus en plus, défend les autres; et il le fait conformément aux droits naturels, "consubstantiels à la personne", que sont, entre autres, la sûreté et la résistance à l'oppression, qui, traduits en droit positif, ont donné les articles du code pénal sur la légitime défense, le droit d'appréhension, l'obligation d'assistance et de secours, la mise en danger d'autrui, la propriété, etc.

- la puissance publique  (police, gendarmerie etc.)

- le secteur privé de la sécurité  (gardiennage, vigiles, gardes du corps, détectives privés etc.)

 

Ces acteurs agissent indépendamment les uns des autres, mais ils interagissent également entre eux. Ce sont ce que l'auteur appelle:

 

- la community policing: "l'ensemble des actions organisées par la police en lien avec la communauté", via auxiliaires de police, adjoints de sécurité, indics, témoins...

- l'externalisation entre la puissance publique et le secteur privé de la sécurité

- la pâquisation entre la communauté et le secteur privé de la sécurité: les commerçants du quartier des Pâquis à Genève "ont obtenu de pouvoir louer les activités d'une société de gardiennage pour qu'elle effectue des patrouilles la nuit sur la voie publique", la grande novation étant de permettre au secteur privé de la sécurité de "faire [son] travail dans la rue"

 

L'ensemble de ces sept actions et interactions constituent la résilience d'une société aux chocs internes et externes. Le livre de Pierre-Olivier montre ainsi qu'il existe des moyens pour que chaque individu prenne en main sa juste part de sa sécurité, seul, en interaction avec la puissance publique ou avec le secteur privé de la sécurité:

 

"On dénonce l'individualisme contemporain alors que le problème est justement que la société s'est détournée de l'individu pour obéir à des intérêts de groupes qui nécessitent pour exister une adhésion exclusive [...]. En retombant sur l'individu et sa compétence, le ciment social peut à nouveau prendre."

 

Il conclut: "De même que la bonne sécurité est celle qu'on ne remarque pas, la vraie sécurité est celle que nous exerçons inconsciemment, par la prudence, le bon sens et le sens de la responsabilité qui nous porte."

 

Francis Richard

 

Self-sécurité, Pierre-Olivier Drai, 90 pages, Les Belles Lettres

 

Dans la même collection des Insoumis, dirigée par Patrick Smets:

 

D'or et de papier de Benoît Malbranque

Libérons-nous de Pascal Salin

L'argent des autres d'Emmanuel Martin

Le silence de la loi de Cédric Parren

Prohibitions de François Monti

Petit traité d'anti-écologie de H16

 

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 12:30
"Petit traité d'anti-écologie à l'usage des lecteurs méchants" de H16

Un petit avertissement s'impose, petit parce qu'il s'agit d'un petit traité. Dans ce petit livre, H16 ne traite pas de l'"écologie au sens propre du terme, c'est-à-dire la science qui étudie le milieu, et les interactions des différents êtres vivants dans ces milieux":

 

"Non, je parle du mouvement mondial lobbyiste qui vise à promouvoir l'idée que l'homme est par essence nuisible à la nature, qu'il en serait extrait pour en profiter unilatéralement, et que son apport sur terre serait au mieux nul, au pire infiniment négatif."

 

Il ne se limite pas à cette acception: "Je parle aussi de sa dérive naturelle, toujours ultra-politisée, qui promeut l'interventionnisme individuel, de groupe, de masse et d'Etat et prétend aider la nature en entravant l'homme dans un salmigondis de contraintes toutes plus idiotes les unes que les autres, en vendant du catastrophisme facile et des visions apocalyptiques construites sur le mode Nostradamus'Back With a Vengeance."

 

Il y a quelque vingt-cinq ans, après la chute du Mur - il n'est pas besoin de préciser lequel - les collectivistes de tous poils, socialistes ou communistes, ont dû se recycler discrètement:

 

"Le rouge n'ayant manifestement pas fonctionné, et les foules, devant le désastre à l'Est, se sentant franchement réticentes à plonger dans un socialisme même un tantinet plus soft, il fallut se reconvertir dans des discours et des politiques plus crédibles."

 

Ce recyclage, ce fut l'écologie, au sens impropre, voire sale, telle que définie ci-dessus. Le vert fut mis, nouveau rouge, en principe plus alléchant...

 

Après quelques tentatives de messages de portée limitée, donc peu alléchants - pluies acides, pêche à la baleine, massacre des bébés phoques, pollution en mer ou sur terre, trou dans la couche d'ozone etc. - un message beaucoup plus puissant fut lancé, avec le succès que l'on sait: "le réchauffement climatique d'origine anthropique".

 

Le réchauffement climatique, reposant sur des croyances, est devenue la cause essentielle de tout. Deux exemples de croyances: la grande ville est la source de pollutions ignobles, les dinosaures ont provoqué en leur temps un réchauffement climatique selon une étude britannique "qui sent bon la subvention étatique"...

 

Le problème est que les faits et les chiffres prouvent le contraire dans le premier de ces deux exemples, comme le démontre H16 avec bonheur: "Plus une cité est grande, plus elle se trouve dans un pays développé, meilleure est  sa gestion de sa pollution:"

 

Le problème est que, dans le deuxième exemple, les calculs, sujets à caution, effectués par des chercheurs de l'université de Liverpool, aboutissent à une conclusion inverse de ce qu'ils voulaient démontrer: "Le méthane, aussi puissant et méchant gaz à effet de serre soit-il, a bien profité aux gros sauriens qui gambadaient sur la planète à l'époque."

 

Au-delà de ces deux exemples, le problème est que le réchauffement climatique est en panne depuis seize ans et qu'il "n'en finit pas de ne pas venir"... Du coup, la confusion règne: "Quand les éléments se déchaînent contre les hypothèses du groupement de politiciens et d'écolos new age du GIEC, c'est purement météorologique. Et quand il fait chaud quelque part, qu'un iceberg se détache de la banquise, c'est le climat."

 

Franchement je trouve que H16 est cruel. Il rappelle, dans son petit traité, les "prédictions foireuses" des réchauffistes patentés, dont on retrouve les traces indélébiles - hélas pour eux - sur Internet, et s'attarde sur celles d'Al Gore ou des rigolos du Club de Rome...

 

Quel est le but poursuivi par les réchauffistes? "Orienter l'humanité vers une décroissance énergétique. D'une part cette décroissance entraînera naturellement une décroissance de la population (et, écologiquement de l'impact de l'humanité sur la terre). D'autre part le fait de proscrire l'accès à une énergie abondante permet, en créant la pénurie, de créer des pouvoirs"...

 

H16 est sans pitié et montre comment les écolos, au sens impropre, voire sale, créent la pénurie:

 

- ils diabolisent le nucléaire - qu'ils excluent  du marché (ils ne disent évidemment pas que, en le diabolisant, ils portent atteinte aux technologies médicales, et omettent de parler des dernières innovations dans le domaine des réacteurs...);

 

- ils interdisent l'exploitation du gaz de schiste au nom du principe de précaution (ils ne l'appliquent évidemment pas quand il s'agit de l'anesthésie générale ou du fructose dans l'alimentation...)

 

Le "fier peuple gaulois" peut être content: il bénéficie ainsi d'"un bel environnement protégé à mort et bientôt couvert d'éoliennes en panne et de panneaux voltaïques remplis de terres rares et fabriqués en Chine"; il échappe ainsi aux prix abordables de l'énergie, à la création de nombreux emplois et à une certaine prospérité...

 

En réalité, la pénurie énergétique, ça n'existe pas. Les réserves d'énergie fossiles, par exemple, sont régulièrement revues à la hausse; leurs coûts d'exploitation ne cessent de baisser grâce à l'innovation technologique: "De l'énergie, il y en a. Plein. Mais son exploitation est consciencieusement limitée par ces gens qui pensent à leurs intérêts politiques avant de penser aux intérêts de ceux qui n'ont rien - et surtout pas le luxe de se passer d'énergie."...

 

Les lecteurs méchants ne pourront que se réjouir de la typologie établie par H16 relative à ceux qu'il appelle les Fluffies: "En anglais, "fluffy" est utilisé pour qualifier quelque chose de duveteux, tout doux, qui n'oppose au toucher aucune rugosité. L'écologie sympathique, amusante et citoyenne, c'est ça: la promesse d'un cocon doux et sans aspérité qui accueille en son sein tous ses enfants dans un déluge de bisous assoupissants comme un verre de lait chaud."

 

Bref il est difficile de bouder son plaisir à lire ce petit traité d'anti-écologie. D'abord parce qu'anticonformiste il est écrit dans une langue insolente et pittoresque, tout à fait appropriée pour débiner les jocrisses qui composent l'écologie au sens impropre. Ensuite parce que même les lecteurs gentils devraient pouvoir en faire bon usage. Enfin parce qu'il démonte nombre de lieux communs et d'idées reçues comme des évidences en la matière.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Petit traité d'anti-écologie à l'usage des lecteurs méchants, H16, 112 pages, Les belles lettres

 

Dans la même collection des Insoumis, dirigée par Patrick Smets:

 

D'or et de papier de Benoît Malbranque

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Le silence de la loi de Cédric Parren

L'argent des autres d'Emmanuel Martin

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 22:55
"L'argent des autres" d'Emmanuel Martin

Les pays occidentaux sont tous endettés. Mais il y a des pays plus endettés que les autres. La France en fait partie. Chaque Français naît désormais avec une dette substantielle comme cadeau de bienvenue sur Terre, parce que les Français qui l'ont précédé, ou le précèdent, se sont montrés, et se montrent, irresponsables.

 

Les Français constituent en effet une société à irresponsabilité illimitée. Comme il n'existe pas de responsabilité collective, cela signifie que chacun d'entre eux est responsable peu ou prou de l'état actuel du pays et que sa conscience s'est accommodée, et s'accommode, fort bien de disposer de l'argent des autres, qu'il soit présent ou futur.

 

Dans son petit livre éponyme, Emmanuel Martin détricote cette déresponsabilisation générale, à l'origine des crises actuelles. Il le fait à l'aide de l'analyse économique, qui se base sur la compréhension des mécanismes de l'action humaine. Tout homme agit en effet en fonction d'incitations, d'information et de connaissance.

 

Les incitations? "Les politiques de bonnes intentions créent généralement les mauvaises incitations". Pourquoi? Parce qu'on ne pense pas aux "conséquences inattendues". On ne voit que le bon côté apparent des choses, on ne voit pas ce qu'il coûte en réalité.

 

L'information? Le mécanisme des prix est normalement "une magnifique machine à distribuer de l'information sur les réalités économiques", donc à "guider" les choix, à condition qu'on n'intervienne pas pour en distordre les signaux.

 

La connaissance? "Du fait de la nature physique de notre corps et du monde nous ne pouvons être qu'à un endroit à la fois [...]. Et en partie à cause de ce fait, nous pouvons avoir connaissance d'un fait que personne d'autre n'a. Cette connaissance d'une "opportunité" nous permettra d'en tirer un revenu en l'exploitant."

 

Pour que l'information (objective) et la connaissance (subjective) puissent être exploitées à bon escient par l'homme, encore faut-il qu'il soit libre et responsable de ses actes. Quand il fait le bon choix, il en est récompensé. Quand il fait le mauvais choix, il en subit les conséquences. Dans le capitalisme responsable, la carotte ce sont les profits, le bâton les pertes:

 

"Le risque de pertes, voire de faillite, agit comme une incitation à éviter de prendre de mauvaises décisions."

 

Etre libre et responsable ne signifie pas "être libre de faire ce qu'on veut et d'être finalement toujours sauvé par l'argent des autres".

 

Pour que le capitalisme marche, il faut donc que le système de profits et pertes existe.

 

Pour que la démocratie marche, il faut, de manière analogue, qu'il y ait reddition des comptes:

 

"Le rôle de l'homme politique est à bien des égards de gérer l'argent des autres, étant donné sa fonction de représentation."

 

Or la reddition des comptes n'a pas lieu en France parce que la Cour des Comptes contrôle mais n'a pas de pouvoir, et que le Parlement a théoriquement le pouvoir mais que c'est l'administration qui le détient pratiquement.

 

L'argent des autres, prélevé en quantité toujours plus grande, peut donc y servir, impunément, à accorder des faveurs ou des privilèges électoralistes, à redistribuer, à subventionner des entreprises ou des syndicats, à préserver des emplois inutiles, à créer des emplois bureaucratiques, à créer un capitalisme de copinage ou de connivence, etc.

 

Emmanuel Martin développe deux exemples, celui de la tragédie de l'euro et celui des subprimes, où la connivence entre économie et politique s'est traduite par la privatisation des profits et la mutualisation des pertes, c'est-à-dire ce qu'on peut faire de mieux avec l'argent des autres, discréditant par là même le capitalisme responsable qui lui est amalgamé.

 

Le remède aux crises actuelles est "de réinjecter massivement de la responsabilité individuelle dans nos sociétés":

 

"Que des pseudo-capitalistes ne puissent plus jouer avec notre argent grâce à leurs connexions politiques! Que des politiques ne puissent plus, eux non plus, jouer avec notre argent en se cachant derrière l'opacité des institutions! Que la bureaucratie, déjà pléthorique, cesse de prendre prétexte de ses propres échecs pour gaspiller toujours plus notre argent! Que nous puissions enfin être véritablement solidaires - et pas juste dispendieux de l'argent des autres."

 

Francis Richard

 

L'argent des autres, Emmanuel Martin, 90 pages, Les Belles Lettres

 

Dans la même collection des Insoumis, dirigée par Patrick Smets:

 

Le silence de la loi de Cédric Parren

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Prohibitions de François Monti

D'or et de papier de Benoît Malbranque

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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 19:00
"D'or et de papier" de Benoît Malbranque

En exergue à son livre sur la monnaie, D'or et de papier, Benoît Malbranque met cette phrase lumineuse de Ludwig von Mises:

 

"Un gouvernement est la seule organisation capable de prendre une matière première importante comme le papier, d'y mettre un peu d'encre dessus, et de rendre le tout totalement sans valeur."

 

Cette phrase résume bien ce petit livre (petit par le nombre pages), percutant et argumenté, où l'auteur traite de la monnaie avec pédagogie.

 

Benoît Malbranque rappelle que la monnaie est apparue spontanément et que la loi a fini par valider cette pratique, née sans elle, et par lui apporter sa caution.

 

Aristote définit les trois fonctions que doit remplir une monnaie pour être une monnaie:

- être une unité de compte

- être un intermédiaire des échanges

- être une réserve de valeur.

 

C'est à cette dernière aune-là que l'on peut, encore aujourd'hui, apprécier si une monnaie est saine. Car il y a des monnaies malsaines...

 

En effet il est tentant pour l'Etat de trahir la confiance que les utilisateurs de la monnaie place en lui, puisqu'il la cautionne. Il n'a pas manqué, tout au long de l'Histoire, de succomber à cette tentation.

 

Cela a commencé par des altérations des monnaies métalliques, en jouant sur leur teneur en métal ou en indiquant sur elles des valeurs inférieures à leurs valeurs réelles en métal. Ces altérations constituaient purement et simplement la commission d'un vol...

 

Cela s'est poursuivi avec la création de monnaies papier. L'auteur donne deux exemples français de ces créations de monnaie de singe: les billets émis à partir de rien par la Compagnie de John Law et les assignats, billets reposant sur les biens du clergé.

 

Dans les deux cas, inversant la relation de cause à effet, il s'est agi de créer la prospérité à partir de la création de monnaie...

 

Dans le premier cas, la monnaie mise en circulation est devenue très vite un multiple du capital initial, dans le second un multiple de la valeur des biens conservés en gage. Et, dans les deux cas, les prix des biens ont augmenté; la ruine a été au rendez-vous de tout le monde, à l'exception de quelques initiés...

 

En matière d'inflation, beaucoup de beaux esprits inversent, là encore, la relation de cause à effet. Benoît Malbranque rappelle que: "Le cours normal des prix est de baisser avec l'amélioration des techniques." Et qu'en réalité: "L'inflation n'est pas une hausse durable des prix, mais, plutôt, une diminution du pouvoir d'achat de la monnaie."

 

Quel est le mécanisme?

 

"Lorsqu'il y a davantage de monnaie en circulation, la valeur de la monnaie diminue, et les prix augmentent. C'est mécanique. Toute marchandise diminue de valeur quand on en accroît la quantité offerte, ceteris paribus [toutes choses étant égales par ailleurs]. La monnaie ne se comporte pas autrement."

 

Le papier-monnaie remplit-il les trois fonctions que doit avoir une monnaie, selon Aristote? Il remplit évidemment les rôles d'unité de compte et d'intermédiaire des échanges (encore qu'il serait vite remplacé dans ce dernier rôle par un autre étalon s'il n'y avait pas de cours forcé), mais il ne remplit pas celui de réserve de valeur:

 

"Considérez cet exemple simple: si votre arrière-grand-père avait placé 1 000 francs dans un tiroir, et votre grand-père, une demi-once d'or dans un autre, que resterait-il aujourd'hui? Simple: une demi-once d'or et quelques bouts de papier."

 

Le papier-monnaie est bien une monnaie malsaine.

 

Pour qu'une monnaie soit saine, "il faut que la monnaie soit à nouveau une marchandise, comme elle fut à ses origines, et comme elle aurait dû le rester. Qu'elle soit une valeur en elle-même, et un gage de valeur en elle-même":

 

"L'or comme l'argent métal ont une valeur intrinsèque, indépendante de leur rôle d'intermédiaire des échanges."

 

Pour qu'une monnaie soit saine, il faut en outre qu'elle puisse être produite comme toutes autres marchandises:

 

"Si la production de monnaie était protégée par une attention à l'exécution contractuelle, et régulée par la concurrence et le juste intérêt de chacun, disparaîtraient la fraude, la surabondance et la tromperie."

 

En conclusion, l'auteur indique quelles mesures simples et concrètes permettraient selon lui le retour à de la monnaie saine:

- la fin du monopole public

- la libéralisation de l'achat et de la vente de métaux et l'abolition de la lourde fiscalité qui pèse sur leurs échanges.

 

Francis Richard

 

D'or et de papier, Benoît Malbranque, 80 pages, Les Belles Lettres

 

Dans la même collection des Insoumis:

 

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Le silence de la loi de Cédric Parren

Prohibitions de François Monti

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 15:20
"Le silence de la loi" de Cédric Parren

La France est le pays des lois. Ce n'est pas un scoop.

 

Le 16 mars 2013, dans l'émission télévisée de Laurent Ruquier, On n'est pas couché, François Bayrou faisait la comparaison entre le Code du Travail français, 2691 pages, et le Code du Travail suisse, une centaine de pages (il s'agit en fait de la Loi fédérale sur le travail, 32 pages, et du titre dizième du Code des obligations, 47 pages, relatif au contrat de travail). Cela donnait une idée de l'hypertrophie législative française, mais ce n'était que la pointe d'un iceberg inimaginable.

 

Le mérite du livre de Cédric Parren, Le Silence de la loi, est de donner toute sa dimension à cet iceberg. Dans son prologue, il compare le premier code de lois complet d'Hammurabi (1'750 ans avant JC), qui se trouve au Louvre sur une stèle de basalte noir de deux mètres de haut et qui comprend 282 articles, aux 70 codes en vigueur en France actuelle. En prenant le même gabarit, la stèle équivalente française "mesurerait trois mille deux cent vingt-huit mètres de hauteur":

 

"Erigée à Paris, elle projetterait son ombre jusqu'au Caire."

 

Les chiffres qu'il donne par la suite sont à l'avenant et sont vertigineux: 11'000 lois en vigueur, 130'000 décrets, 10% des articles de ces lois mal faites étant changés chaque année, 90% des projets de lois étant d'origine gouvernementale (le gouvernement légifère encore davantage par ordonnances), 70% des textes adoptés étant servilement repris des 30'000 directives européennes, sans parler des 200 accords bilatéraux conclus chaque année et des 3'000 conventions multilatérales de l'Union européenne avec des pays tiers (tels que la Suisse).

 

De cette inflation législative il résulte une instabilité juridique, un accaparement de la fabrique des lois par l'exécutif, une complexité coûteuse, un développement exponentiel de la chicane et, en définitive, une restriction phénoménale des libertés, par leur division furtive, avec - c'est le bonus - l'approbation des asservis eux-mêmes - c'est la servitude volontaire dont parlait déjà La Boétie:

 

"L'honnête homme doit désormais se faufiler entre plus de onze mille infractions différentes, qui se voient sans cesse élargies dans le temps et dans l'espace."

 

Le corollaire de ce pulullement de lois c'est d'accoutumer la population à leur relativité et c'est d'autoriser juges et policiers à mettre à l'ombre qui ils veulent, les prétextes légaux ne manquant pas.

 

Le corollaire de ce pulullement de lois, qui règlementent tout dans les plus petits détails, c'est aussi le nivellement et l'uniformisation de tout. Car pour s'y conformer, tout finit par se ressembler: les voitures, les bâtiments, les êtres humains.

 

A qui profite le crime de ces lois, qui devraient être faites pour les hommes et non pas  pour lesquelles les hommes devraient être faits, et refaits? A l'institution étatique:

 

"La croissance imperturbable de l'appareil administratif, qui n'a de cesse d'étendre aussi bien le périmètre de son pouvoir que la férocité de ses moyens d'action, cause mécaniquement une inflation législative, qui devient dès lors un indicateur du degré de bureaucratisation d'un pays."

 

Ce processus se traduit par une extension permanente du champ d'application, toute contestation ou compétition étant exclues du fait du monopole de la production de lois. Car l'astuce aura été de légitimer cette production au moment de la Révolution française en en transférant le pouvoir au peuple, "bien évidemment filtré par la "représentation" parlementaire":

 

"Le régime démocratique confère à la loi le statut d'impératif catégorique. Subitement, la liberté n'est plus synonyme d'autonomie vis-à-vis de l'autorité; elle devient une simple participation à la prise de décision. Dans cette optique, ne pas se plier aux injonctions de l'état est un geste incompréhensible, puisque sa légitimité est assurée par son caractère démocratique. Dès lors toute contestation est soit une manifestation de stupidité, soit un acte terroriste."

 

Du fait de l'atomisation de la société (avec la dégradation des liens familiaux, religieux et associatifs), l'état n'a pas trouvé d'opposants à son extension. Devenu état-providence, avec ses cohortes pléthoriques de fonctionnaires, il a pu déplacer à son profit le centre de gravité du pouvoir de fabriquer les lois:

 

"Dorénavant, les fonctionnaires conçoivent et rédigent les lois et les règlements à leur avantage exclusif, puis les modifient au cas où les mailles du filet ne seraient pas assez serrées."

 

Et les politiciens ne sont plus que les intercesseurs de la population auprès de cet état omnipotent:

 

"La loi n'est, en effet, que la continuation de la religion par d'autres moyens. Les prêtres, hier, les politiciens aujourd'hui, sont seuls de taille à traiter avec les puissances invisibles, au prix toutefois d'une liturgie complexe et dispendieuse."

 

Seulement, tout excès donne un jour naissance à son contraire. C'est ainsi que trop de loi finira par tuer la loi:

 

"Par son outrance, l'inflation normative conduit au mépris généralisé des règles et, partant, à l'anomie."

 

C'est là que réside l'espoir:

 

"Bientôt, la liberté sera à nouveau un fait plutôt qu'un droit."

 

Et la loi sera alors réduite au silence, après s'être développée... silencieusement.

 

Francis Richard

 

Le silence de la loi, Cédric Parren, 80 pages Les belles lettres

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 22:00
"Prohibitions" de François Monti

L'alcool, voilà l'ennemi. Alors que la consommation dans nos pays n'a jamais été aussi basse depuis 50 ans...

 

En fait, les boissons alcoolisées devraient être inscrites au patrimoine de l'humanité de l'UNESCO. Car elles ont inspiré, entre autres, les plus grands poètes. Je pense spontanément aux libations homériques, mais, beaucoup plus près de nous, au Vin des amants, ce sonnet de Charles Baudelaire:

 

Aujourd'hui l'espace est splendide !
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin !

Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !

Mollement balancés sur l'aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,

Ma soeur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves !

 

Ou encore à ces vers d'Alfred de Musset - ce grand frère qui a traîné ses guêtres à Henri IV bien avant moi -, extraits de son poème dramatique La coupe et les lèvres:

 

L’amour est tout, — l’amour, et la vie au soleil.

Aimer est le grand point, qu’importe la maîtresse ?

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?

Faites-vous de ce monde un songe sans réveil.

S’il est vrai que Schiller n’ait aimé qu’Amélie,

Goethe que Marguerite, et Rousseau que Julie,

Que la terre leur soit légère ! — ils ont aimé.

 

Boire sans mesure est nocif, j'en conviens. Comme toute démesure. Est-ce raison suffisante pour déclarer plus que jamais la guerre à l'alccol à grands renforts d'interventions étatiques?

 

Dans des domaines de plus en plus étendus, les femmes et les hommes sont considérés comme des enfants par l'Etat. Ils ont le droit de vote. Ils peuvent faire des enfants à leur tour et à leur guise (en Chine ce droit leur a été retiré pendant un temps, avec les dégâts que l'on sait). Mais, quand il s'agit, par exemple, du tabac, du cannabis ou des boissons énergétiques, de leur santé d'une manière plus générale, ils deviennent tout à coup miraculeusement irresponsables.

 

Quant à l'alcool, "plutôt que de faire confiance à l'individu, de nombreuses personnes pensent qu'il incombe à l'Etat d'en réguler la production et le commerce, tout comme il le fait pour des produits bien plus dangereux" dit François Monti dans l'introduction à son livre, Prohibitions.

 

Il n'a pas fallu attendre l'apparition de l'Etat-providence et de l'Etat-nounou pour qu'il en soit ainsi.  En effet, dans ce livre, l'auteur fait le récit de trois prohibitions qui, en définitive, ont provoqué plus de dommages que de bienfaits (toujours les bonnes intentions affichées, en réalité autres, dont l'enfer serait pavé):

 

- La folie du gin au Royaume-Uni, entre 1689 et 1760

- La prohibition itself, aux Etats-Unis, entre 1919 et 1933

- Les ailes coupées de la fée verte, en France, en 1915

 

Intéressons-nous ici à La folie du gin (ce qui ne dispense pas le lecteur de lire les chapitres consacrés aux deux autres), qui est la première et la moins connue, et qui est l'illustration parfaite du principe des calamités de Michel de Poncins:

 

"Une calamité d'origine publique conduit toujours à une autre calamité pour soi-disant corriger la première"

 

Les calamités successives de la folie du gin figurent ainsi un parcours de corrections en montagnes russes qu'il convient de mettre en perspective, en ayant présent à l'esprit que on c'est l'Etat britannique:

 

- En 1690, on libéralise la distillation des spiritueux de grain (c'était auparavant le monopole de la Compagnie des distillateurs, dont l'objet était médicinal).

- On protège les spiritueux anglais des spiritueux français (on est en guerre avec la France, c'est la guerre de la Ligue d'Augsbourg), mais on les avantage par rapport aux bières, toujours réglementées; du coup le gin, plus nocif, est davantage consommé que la bière par les personnes les plus pauvres (les riches ont les moyens de se procurer les alcools qu'ils veulent et notamment, par contrebande, les alcools français).

- En 1729, pour lutter contre les méfaits du gin sur la santé des pauvres on ne l'interdit certes pas, mais on en taxe le distillat pur et ce sont donc seuls ceux qui le transforment en gin qui sont touchés, les autres boissons alcoolisées étant exemptes de cette taxe de circonstance.

- Pour échapper à cette taxe les petits producteurs contournent la loi et vendent de l'alcool pur, de mauvaise qualité et toxique: il en résulte que le rendement de la taxe au lieu d'augmenter baisse, ce qui n'arrange finalement pas du tout l'Etat, qui abroge cette taxe en 1733.

- Toute une campagne mensongère est alors menée pour grossir les méfaits du gin et, cette fois, en 1736, non seulement le gin légal est fortement taxé et inaccessible aux petits et aux sans grade, mais sa version illégale est sévèrement réprimée, avec pour contrepartie crime et corruption organisés: la consommation augmente inexorablement de 30%...

- En 1742, guerre de Succession d'Autriche oblige, l'Etat ayant besoin de sous, on augmente autant les taxes sur les céréales maltées que sur l'alcool et on diminue le coût de la licence.

- En 1751, on n'a plus besoin de sous, mais on saura trouver une utilité aux taxes qui augmentent à nouveau de même que le prix de la licence.

- Entre 1757 et 1761, les récoltes étant mauvaises, on interdit la distillation, puis quand les bonnes années reviennent, on l'autorise tout en augmentant les taxes à nouveau sous la pression de tous ceux qui y trouvent un bénéfice (brasseurs, planteurs etc.) et on subventionne les gros distillateurs pour qu'ils puissent exporter, en empêchant tout nouveau venu sur le marché, qui pourrait leur faire ombrage.

 

Cette folie régulatrice s'est-elle traduite par une baisse de la consommation? On pourrait le penser puisqu'en fin de période elle baisse effectivement, mais c'est se méprendre sur la cause. En réalité l'économie est devenue plus ouverte; le niveau de vie a augmenté; les infrastructures se sont améliorées: les gens boivent moins parce qu'ils ont d'autres loisirs... que de boire sans soif.

 

S'est-on jamais soucié réellement du bien-être des gens? Non, l'Etat, derrière cette façade honorable, a toujours décidé en fonction de ses intérêts politiques ou économiques.

 

Quand on augmente les taxes pour prétendument protéger les consommateurs, en réalité pour faire rentrer de l'argent dans les caisses, on favorise l'émergence de produits de moindre qualité et la contrebande, et on punit ceux qui ont le moins de moyens.

 

Quand on interdit un produit, c'est qu'il ne rapporte plus à l'Etat et ne présente donc plus d'intérêt, et on donne satisfaction aux hygiénistes ou aux soi-disant vertueux.

 

Quand on taxe ou quand on interdit, on privilégie toujours les uns, par connivence, au détriment des autres.

 

Au nom de quoi taxe-t-on ou interdit-on? On le fait parce que, prétend-on, on sait ce qui est bon et bien, mieux que vous. Alors soyez dociles, comme les éternels enfants que vous êtes et que vous devez rester pour mieux être asservis.

 

Francis Richard

 

Prohibitions, François Monti, 80 pages, Les belles lettres

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 22:30
"Libérons-nous" de Pascal Salin

Stéphane Hessel préconisait naguère aux autres de s'indigner, qui est le verbe de l'impuissance par excellence et qui va de pair avec revendiquer des "droits à"et tendre la main pour recevoir.

 

Dans un court essai, Pascal Salin propose aux Français un autre impératif, qui est une invite à l'action libre et à la responsabilité respectueuse des autres, auxquelles il s'associe: "Libérons-nous!", et sans lesquelles il n'est pas de dignité humaine.

 

Se libérer de quoi? De l'Etat, qui maintient les femmes et les hommes en esclavage, puisqu'il prend les décisions à leur place en matière de santé, d'éducation, de logement ou, même, de culture, alors qu'ils savent pourtant mieux que lui ce qui convient à leurs besoins.

 

En intervenant dans le domaine de la santé, notamment en limitant la libre rémunération des médecins, l'Etat raréfie pour eux l'offre de soins médicaux. En intervenant dans le domaine de l'éducation, l'Etat leur enlève une responsabilité qu'ils ont pourtant exercée pour faire naître leurs enfants. En intervenant dans le domaine du logement pour limiter les loyers, l'Etat raréfie les logements disponibles pour eux et provoque l'augmentation de leurs loyers.

 

Sans les prélèvements obligatoires, impôts, taxes, cotisations diverses et variées, qui donnent du pouvoir aux hommes de l'Etat, qui dépensent cet argent sans compter, ils jouiraient d'un pouvoir d'achat qu'ils ne peuvent même plus imaginer. Or tout cet argent qui leur est confisqué est le fruit de leurs efforts et ils devraient pouvoir en disposer eux-mêmes à leur guise.

 

Comme le rappelle Pascal Salin:

 

"Les êtres humains sont des êtres sociaux, c'est-à-dire que leur vie nécessite l'existence de liens avec d'autres humains; ce qui n'empêche pas chacun d'avoir sa personnalité."

 

La civilisation est faite de ces liens tissés entre eux sous forme d'accords aux multiples modalités, que l'on peut appeler contrats même s'ils ne sont pas écrits:

 

"Le contrat met en relation deux personnes (ou deux ensembles de personnes, par exemple des entreprises) et si un contrat existe, c'est évidemment parce qu'il est satisfaisant pour les deux co-contractants. Si le contrat est librement décidé et signé, il rend impossible toute domination des uns par les autres: les contractants partagent la même liberté et la même dignité."

 

Parmi ces contrats il en est un, le contrat de travail, sur lequel Pascal Salin rappelle quelques vérités oubliées:

 

"Dans une société d'hommes et de femmes libres, chacun entre librement dans un contrat et en sort librement sans que l'un des deux partenaires puisse imposer sa volonté à l'autre. Si un salarié n'est pas satisfait de son employeur, il peut le quitter et en trouver un autre; symétriquement, si un employeur n'est pas satisfait de son salarié, il devrait pouvoir en chercher un autre."

 

La société française n'est justement pas une société d'hommes et de femmes libres. En effet un des co-contractants, l'employeur, est présenté comme un exploiteur, dont il faut protéger l'autre co-contractant, l'employé, rompant ainsi la symétrie entre eux.

 

Comment protéger l'employé contre son employeur? En rendant son licenciement plus difficile. Seulement:

 

"Les employeurs potentiels hésitent davantage à embaucher des salariés s'ils savent qu'ils auront du mal à les licencier s'ils ne donnent pas satisfaction ou si les circonstances nécessitent une réduction des effectifs."

 

C'est pourquoi:

 

"La vraie politique d'emploi ne consiste pas à rendre les licenciements difficiles, mais à supprimer les obstacles à l'emploi [...], tous ces obstacles qui rendent difficile pour les salariés de trouver un emploi ou d'en retrouver un lorsqu'ils ont perdu celui qu'ils avaient."

 

Comment retrouver la croissance et le faible chômage que la France a connus au cours des années 1950 à 1970? En tournant le dos à tout ce qui la paralyse depuis le début des années 1980.

 

Comment?

 

- En permettant à l'innovation de jouer son rôle dans la création de richesses, c'est-à-dire en ne décourageant pas l'entrepreneur-innovateur:

 

"Pour qu'un entrepreneur mette en oeuvre une innovation et accepte de prendre en charge les risques correspondants, il faut qu'il puisse espérer une rémunération satisfaisante dans le cas où ses projets réussissent."

 

Autrement dit, en ne confisquant pas totalement, ou presque, son profit s'il en dégage un, et en permettant la constitution d'épargne pour la financer.

 

- En renonçant à croire que "l'économie [est] une vaste machine dont un gouvernement pourrait manipuler les leviers à sa guise":

 

"[L'activité économique] est le résultat d'une quantité innombrable de décisions - grandes ou petites - prises par un grand nombre d'individus qui exercent leur raison pour s'adapter au mieux à leur environnement et pour améliorer leur sort. La croissance est donc le résultat non intentionnel, et largement imprévisible, de toutes ces décisions humaines, en particulier celles qui sont prises par les entrepreneurs-innovateurs."

 

Autrement dit, en réduisant massivement et rapidement prélèvements obligatoires et réglementations (telles que le salaire minimum, qui conduit à ne pas embaucher du tout des employés à la productivité trop faible, et qui donc "n'est rien d'autre qu'une machine à exclure").

 

- En réduisant rapidement et profondément la fiscalité qui détruit emploi et production:

 

"Le recours à l'impôt pour financer des dépenses publiques conduit à une double destruction de richesses par rapport à ce qui se passerait si l'on avait plutôt recours au contrat libre et à la liberté d'entreprendre. En effet, ceux qui paient l'impôt sont incités à faire moins d'efforts - de travail, d'innovation, d'épargne ou d'investissement. Mais, par ailleurs, ceux qui bénéficient des largesses étatiques sont aussi moins incités à faire des efforts puisqu'ils peuvent obtenir gratuitement - ou presque gratuitement - ce qu'ils désirent et qu'ils ne pourraient normalement obtenir que par le travail et l'effort."

 

Autrement dit, en ne démotivant pas, par la confiscation de leurs richesses matérielles, ceux qui pourraient exercer librement leurs talents, et en ne portant pas atteinte par là même à leurs objectifs immatériels (de nature spirituelle, artistique, affective ou purement intellectuelle).

 

Pour vaincre le chômage on n'a pas tout essayé, comme le prétendent hommes politiques de droite ou de gauche, qui voudraient que l'on aille plus loin dans l'interventionnisme étatique, les réglementations et les dépenses publiques:

 

"On n'a pas essayé la seule recette qui conduirait au succès, celle qui consiste à dire aux hommes de l'Etat: "libérez-nous! Libérez-nous de vos réglementations étouffantes! Libérez-nous de vos impôts écrasants! Laissez-nous faire et vous verrez ce que nous sommes capables de faire"."

 

Francis Richard

 

Libérons-nous!, Pascal Salin, 80 pages, Les Belles Lettres

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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