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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 22:55
Je couche toute nue, Camille/Auguste

Dans sa note liminaire, l'éditeur définit l'objet du livre:

 

L'histoire est connue pour avoir été cent fois racontée, filmée. La voici, telle quelle, brutale, naturelle et poétique. Les sources seules, sans commentaires ni notes. Correspondance inédite, journaux intimes, carnets...Une passion sans détours, racontée comme un roman par ses archives.

 

Le lecteur ne peut être que ravi: il n'est pas porté de jugement sur Camille et Auguste, de vingt-trois ans son aîné. Les pièces du dossier sont entre ses mains. En les parcourant, il ne peut que se dire, avec Paul Claudel, le frère de Camille:

 

Il est bien rare que la vocation artistique soit une bénédiction. (Mémoires improvisés, 1951)

 

Celle de ces deux génies que furent Camille Claudel et Auguste Rodin, en tout cas, ne le fut finalement pas, ni pour l'un ni pour l'autre. Et le lecteur découvre, peu à peu, ce qu'ils furent l'un pour l'autre, ce qu'ils furent l'un et l'autre.

 

Il y a peu de textes qui disent clairement, sauf à la fin, mais ce n'est pas eux qui parlent, ce qu'ils furent l'un pour l'autre.

 

Dans une lettre d'août 1886, Camille écrit à Auguste, alors qu'elle se trouve loin de lui, à Nottingham: 

 

Vous pensez bien que je ne suis pas très gaie ici. Il me semble que je suis si loin de vous! Et que je vous suis complètement étrangère.

 

Dans une lettre de la même année, adressée à sa féroce amie, Auguste est nettement plus explicite:

 

Aie pitié, méchante. Je n'en puis plus, je n'en puis plus passer un jour sans te voir. Sinon l'atroce folie. C'est fini, je ne travaille plus, divinité malfaisante, et pourtant je t'aime avec fureur.

 

Cette passion ne l'empêche pas d'entretenir correspondance - plusieurs lettres qu'il lui adresse en témoignent - et relations avec sa chère Rose Beuret, la compagne de ses années difficiles...

 

Dans une lettre plus explicite, de fin juillet 1891, Camille écrit notamment à Auguste cette fin, d'où le titre du livre est tiré:

 

Je me couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là mais quand je me réveille, ce n'est plus la même chose.

Je vous embrasse,

Camille

Surtout ne me trompez plus.

 

Les premières années ont été difficiles pour Auguste et, comme sa sculpture n'est pas des plus académiques, éloges et dénigrements de son oeuvre nourrissent des controverses continues dans la presse spécialisée, comme l'attestent des articles parus à l'époque. Il lui faudra beaucoup de temps pour être vraiment reconnu.

 

De son côté, Camille connaît les mêmes affres, avec une différence de taille toutefois: elle ne sera reconnue vraiment à son tour que lorsque sa rupture avec Auguste aura raison de son esprit, en proie à la manie de la persécution dont elle serait victime de la part de son ancien amant...

 

En attendant cette reconnaissance, elle aura grand besoin d'argent et n'en verra jamais la couleur quand elle surviendra. Tandis que Camille pense qu'Auguste fait tout pour que les vivres lui soient coupés, celui-ci, de manière anonyme, lui fait verser des mensualités par le Crédit algérien...

 

Le 4 décembre 1905, dans Le Gil Blas, le critique d'art Louis Vauxcelles écrira:

 

Dans l'histoire de l'art contemporain, je ne vois guère que deux grands noms de femmes: Berthe Morisot et Camille Claudel. Berthe Morisot fut élève de Manet, mais la fraîcheur lumineuse de sa palette lui confère une personnalité exquisément rare et raffinée; quant à Camille Claudel, les leçons qu'au début elle reçut de Rodin lui ont certes appris la grammaire, voire la syntaxe de la statuaire, mais elle est elle-même, profondément, autant que Rodin.

 

Dans l'oeuvre de Camille, ce qu'elle est elle-même transparaît: s'y retrouvent son génie et... son caractère violent, ombrageux... Quoi qu'il en soit, les horreurs tombent sur elle, les maladies, le manque d'argent, les mauvais traitements, comme elle l'écrit dans une lettre envoyée à sa cousine Henriette Henry fin 1912...

 

La suite est connue: Camille sera internée pendant trente ans, de 1913 à 1943, à la demande de sa famille, et ne fera que dépérir; Auguste mourra en 1917, avec tous les honneurs. Camille et Auguste se seront manqués...

 

Eugène Blot, son éditeur d'art, écrira à Camille, le 3 septembre 1932, à propos d'Auguste:

 

En réalité, il n'aura jamais aimé que vous, Camille, je puis vous le dire aujourd'hui. Tout le reste - ces aventures pitoyables, cette ridicule vie mondaine, lui qui restait un homme du peuple -, c'était l'exutoire d'une nature excessive.

 

Dans un article du Figaro du 13 décembre 1951, à l'occasion de l'exposition Camille Claudel au Musée Rodin, AW écrira:

 

Rodin fut tout pour Camille C. Sans lui, elle ne fut plus rien. Un groupe, L'Âge mûr, l'homme qui s'en va en laissant derrière lui une jeune femme nue et désemparée, est l'image de son propre malheur.

 

Les archives qui constituent ce roman d'une histoire vraie et qui font pénétrer dans les coulisses de la statuaire (art qui n'échappe pas aux contingences matérielles et pécuniaires), sont plus révélatrices que n'importe quel récit pourrait l'être...

 

Francis Richard

 

Je couche toute nue, Camille/Auguste, textes réunis par Isabelle Mons et Didier Le Fur, 400 pages, Slatkine & Cie

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 23:55
"Un homme tragique" de Silvia Ricci Lempen

Dans Un homme tragique, publié fin 1991 aux éditions de L'Aire, Silvia Ricci-Lempen raconte la vie de son Italien de père, qui a pesé lourdement sur la sienne et qui est mort le 19 octobre 1984, à 76 ans. Il lui a fallu un peu plus de cinq ans, de décembre 1985 à janvier 1991, pour écrire ce livre et pour faire le deuil non pas de sa mort, mais de sa vie.

 

 

 

Le père de l'auteur, G.R., est né en 1908. Il n'a donc que 14 ans quand Mussolini accomplit sa marche sur Rome et il se précipite, pour le lire, sur Il Mondo le dernier bastion de la presse libérale...En 1931, cet homme, foncièrement hostile au fascisme, qui se dit kantien, achève sa licence par "un mémoire prônant l'abolition des taxes douanières sur le blé", en opposition complète avec l'autarcie agricole défendue par le Duce.

 

Deux mois après avoir obtenu son diplôme, G.R. ouvre dans le centre de la Sicile une agence de l'Automobile Club d'Italie dont il deviendra ultérieurement le secrétaire général jusqu'en 1946. Entre-temps il aura été mobilisé dans l'armée italienne, aura fait la guerre des Balkans et aura rejoint la Résistance, en 1943, dont il deviendra le Commandant militaire à Rome.

 

G.R. se marie en 1950 avec une femme qui a vingt ans de moins que lui et avec laquelle il a deux enfants, l'auteur et son frère Antoine. Devenu agent d'assurances il réussit très bien matériellement, mais il est amer parce qu'il a tout perdu de "ce pourquoi [il s'était] battu depuis [qu'il avait l'âge] de lire les journaux et d'interpréter le monde".

 

C'est cet homme dont l'auteur raconte la vie au quotidien, dans le cadre familial. Pour ce faire, elle évoque des séquences de cette vie à différentes époques. Dans la première partie de ce récit ces séquences sont datées, mais n'apparaissent pas dans l'ordre chronologique. Dans la deuxième partie elles sont regroupées par thèmes.

 

G.R. est-il fou? est-il neurasthénique? En tout cas il semble violent, sans s'en prendre jamais physiquement aux autres. Mais il sème l'angoisse chez ses proches parce qu'ils doivent être les meilleurs dans la vie et parce qu'il est intransigeant avec eux comme il l'est avec lui-même. Et  ses collaborateurs ne sont pas logés à meilleure enseigne.

 

Ce père, qui se dit respectueux des lois de la logique, dont la religion est "une religion laïque, une religion de l'esprit, en somme, une religion de la conscience" ne donne qu'un sens à la raison, celui d'avoir toujours raison:

 

"Il la faisait ainsi basculer dans son contraire."

 

Aussi Silvia Ricci-Lempen a-t-elle écrit ce livre parce qu'elle n'a pas fini de porter "le poids de sa raison déraisonnante". Peut-être porte-t-elle même maintenant "le vide créé par sa dissolution".

 

A quoi son père est-il conduit par cette "raison déraisonnante"? Comment s'explique-t-elle?

 

"Papa supporte aussi mal le triomphe facile que la contradiction: il lui faut en tout temps l'outrage de la résistance pour justifier et alimenter le noir désespoir, la solitude interne qui forment la trame de son être au monde."

 

Il est donc difficile de résister à un tel père quand il a décidé quelque chose. Toutefois, face à la nécessité, il est capable d'en inverser le signe. Il en va ainsi quand sa fille se marie:

 

"En mai, mon père accepta l'idée de mon mariage.

En août, il prétendit ne s'y être jamais opposé.

En septembre, il affirma l'avoir toujours désiré.

En octobre, il entreprit de convaincre les sceptiques qu'il me l'avait presque proposé.

En novembre, il se chargea de l'organiser."

 

A propos de son angoissé de père, sa fille parle, à un moment donné de son "amour cyanure", qui découle de l'omniscience, dont il est convaincu, et qui l'a poussé à vouloir lui enseigner à être femme puis à être mère, avant qu'elle ne puisse le découvrir par elle-même.

 

La mort de son père est en quelque sorte libératrice. Au contact du monde qui existe, elle apprend qu'elle existe elle-même et que "le dehors est relié au dedans". Elle découvre "la magnifique finitude du réel", "la magnifique imperfection des choses":

 

"J'absorbe ce qui existe sans le détruire, j'absorbe ce qui existe et m'en nourris. L'écorce, le chagrin, l'orgasme de l'amour, la graine, l'écureuil, la tendresse, la barque solitaire, le rouge de mes gants, la déception, le savoir, l'horizon, la vie.

La vie m'alimente et me fait grandir.

C'est donc cela que tu ne savais pas, papa."

 

Ce récit montre donc que l'amour extrême - car G.R. aimait certainement les siens, à sa façon -, conjugué à une raison devenue folle, peut être mortifère pour ceux qui en sont l'objet et c'est en cela qu'il est d'une portée universelle.

 

Francis Richard

 

Un homme tragique, Silvia Ricci-Lempen, 288 pages, Editions de l'Aire

 

Son dernier livre:

 

Ne neige-t-il pas aussi blanc chaque hiver? (2013)

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 23:00

Infiniment-plus.jpgSur le site lesobservateurs.ch, il y a un peu moins de trois semaines, Alice Mignemi écrivait un très bel article consacré à Anne-Lise Grobéty où elle montrait que celle-ci était une véritable pianiste des mots. Mais elle était infiniment plus que cela. La forme, qui servait d’écrin à ce qu’elle écrivait, n’en occultait pas pour autant le fond, mais, au contraire, de par sa séduction, lui permettait de le mettre en valeur et d’emporter la conviction du lecteur.

Alice Mignemi terminait son article par une citation tirée d’Infiniment plus, justement, un roman écrit en 1989. Comme je ne connaissais pas ce livre, l’article d’Alice Mignemi m’a donné envie de le lire, de me plonger une nouvelle fois dans l’univers singulier de l’écrivain neuchâtelois, qui a accordé tant d’importance à la forme, comme un respect dû au lecteur, sans pour autant négliger le fond, très féminin comme elle.

Son héroïne, Iona, est une jeune enseignante. Elle a accepté de remplacer une collègue pendant une année scolaire, dans une ville située au nord de celle où elle habite, ville qui ressemble comme deux gouttes d’eau à La Chaux-de-fonds, et qui se  trouve, comme par hasard, à mille mètres d’altitude, ce qui en fait la plus haute ville d’Europe…

Pourquoi a-t-elle accepté cette mission alors qu’elle est fiancée à un ami d’enfance, Maurizio, qui est ingénieur? Elle ne le sait pas elle-même au début de cet exil volontaire. Elle a seulement la certitude d’un manque. Mais elle est si bien élevée qu’elle n’a guère l’idée d’écouter au fond d’elle-même: cela ne se fait pas.

En regardant la photo de son ami, posée à la droite de sa table de travail, elle sait seulement que son visage est fait de deux moitiés en désaccord l’une avec l’autre, et qu’au fond, elle n’aime ni l’une ni l’autre:

«Le côté droit, bien en place, sûr de lui, celui d’un jeune homme engagé dans le cursus de la vie avec l’air de savoir où il va, fait de traits assurés quant à son avenir, et le côté gauche, celui d’un grand timide un peu benêt, hésitant en tout, avec cette toute petite portion de sourire arrachée in extremis à la commissure

Dans son enfance Iona s’est révoltée par trois fois: en refusant de manger du foie d’un petit veau qu’elle s’était prise à aimer, de mettre des gants et de jouer du violon. Mais ce n’était que ronds à la surface d’une eau qui s’était refermée bien vite pour redonner toute sa place à son mutisme d’enfant résignée et docile.

Quelque chose lui manque donc, mais ce n’est pas Maurizio. Iona va peu à peu le comprendre et retrouver la parole, en étant regardée sans désagrément, aux premiers jours du printemps, par d’autres hommes que lui, et en regardant deux jeunes gens de son école, Lise et Clément, qui marchent enlacés, qui sont – et vont – si bien ensemble, dont les gestes d’amour sont naturels, et dont elle cherche  à «voler du regard un peu de leur amour».

Car son manque, qui la tourmente, est en fait un manque d’amour, de désir, deux mots qu’elle n’a jamais entendus chez elle:

«L’échec, la rupture, la mort, les conflits n’existaient pas. Mais l’amour non plus. Le désir ? N’en parlons pas.»

Iona est atrocement seule et ses plaisirs sont désespérément solitaires. Elle se sent vide. Alors elle comble ce vide en fantasmant sur Lise et Clément. Elle s’imagine partager leurs jeux amoureux, d’être trois ensemble à s’aimer. Mais ce ne sont que rêveries. En réalité ils l’ignorent superbement. Elle est mortellement jalouse de les savoir ensemble et de se savoir à jamais écartée de leur amour. Elle demeure «à la consigne de l’amour».

Il lui faudra du temps pour comprendre pourquoi Maurizio, ce «garçon si bien, d’une toute bonne famille» ne lui convient pas, pourquoi elle n’est avec lui «ni à l’aise ensemble, ni au milieu des autres». Elle ne le saura, et le lecteur avec elle, qu’à la toute fin du livre, après errances de son corps et de ses sens.

Maurizio est en fait d’une rigidité mortelle comme les personnages des fresques de Charles Humbert qui ornent le bureau du directeur de l’école où enseigne Iona pour un an, et qui l’ont tant frappée. Il n’est donc pas étonnant que leurs tentatives charnelles de s’unir aboutissent à des fiascos. Maurizio appartient bien au monde de ses parents à elle, «où tout était absent»:

 

« Le laid, donc la beauté du même coup, la souffrance et la peur, donc le bien-être et la confiance, la privation, donc la plénitude, la haine donc l’amour, le désir, donc la volupté et le plaisir.»

 

Ce monde est ainsi parce que les parents d’Iona sont attachés aux apparences – qui les protègent –, et qu’ils ne s’aiment pas:

 

«Pendant tout le temps qu’ils employaient à ne pas s’aimer, ils n’avaient pas une minute pour m’aimer moi!»

 

Face à un père, porté sur la gent féminine, parce qu’il ne trouve pas satisfaction chez lui, qui ne s’intéresse qu’à ses grâces naturelles, et non pas à son esprit, Iona, inconsciemment, prend le parti de sa mère, en devenant la meilleure élève du monde et en ne gardant qu’une petite part en elle de révolte contre ce choix, pour le lui faire payer, un peu.

Iona cherche en définitive à vivre pleinement, tout simplement, en dehors de ce carcan familial, qui la rend malheureuse et lui ôte la parole.

Le lecteur ne sera pas surpris qu’Iona appartienne, comme l’auteur, à cette génération de femmes adolescentes dans les années 1960…Toute une époque… La mienne.

Une fois le livre lu, le lecteur comprend enfin son épigraphe:

 

«Ainsi,

en un instant,

j’ai noué à ma mère;

ainsi,

sur la pointe d’épingle du temps,

j’ai noué à la vie et au printemps.

 

Mais,

nouer à soi-même et nouer au monde

– nouer à l’amour! –

prend beaucoup plus de temps.

 

Infiniment plus de temps…»

 

Francis Richard

 

Infiniment plus, Anne-Lise Grobéty, 368 pages, Campoche

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 23:55

Dans le piège irakienDans le piège irakien, paru aux Presses de la Renaissance ici, a été écrit il y a quatre ans par Mgr Jean Benjamin Sleiman, archevêque de Bagdad des Latins depuis mars 2001. Il s'agissait alors d'un véritable cri du coeur de la part de cet évêque libanais, âgé aujourd'hui de 64 ans, cri destiné à attirer l'attention sur ses malheureuses ouailles et à prêcher la réconciliation nationale. Ce cri n'a, hélas, rien perdu de son actualité.

 

En effet, après l'assassinat de chrétiens à Mossoul en février de cette année ici, les projecteurs des médias ont à nouveau éclairé le terrible sort des chrétiens d'Irak à la suite du massacre à Bagdad de fidèles dans la cathédrale catholique syriaque Sayidat-al-Najat - Notre Dame du Perpétuel Secours - le 31 octobre dernier.

 

Les fidèles assistaient à la messe du dimanche soir quand des terroristes qui venaient d'affronter les forces de sécurité irakiennes se sont réfugiés dans l'église. 

 

Après avoir insulté les fidèles en les traitant de "chiens de chrétiens", les terroristes ont commencé par abattre ceux du premier rang et le prêtre qui cherchait à s'interposer. Puis ils ont enfermé les femmes dans la sacristie et y ont jeté des grenades. Pour faire taire les hurlements de la foule ils ont alors tiré dans le tas. En rupture de munitions, ils se sont enfin fait exploser. Bilan : près de 60 morts et davantage encore de blessés, sans compter les terroristes.

 

Ce tragique épisode fait partie d'une longue litanie d'épisodes tout aussi tragiques qui se sont déroulés dans l'après-guerre de 2003. A l'époque les chrétiens d'Irak représentaient 3% de la population totale, soit près d'un million. Ils sont aujourd'hui moins de 1%.

 

Dans le piège irakien explique ce qui pousse ces malheureux chrétiens à fuir un pays dont ils ont été parmi les premiers occupants, depuis des millénaires, mais où leur vie et survie sont désormais en grand péril.

 

Mgr Sleiman n'a aucune mansuétude pour le régime de Sadam Hussein :

 

"La liberté politique était définitivement bannie, l'initiative économique menacée. La liberté religieuse confinée dans le culte et dans les lieux de culte. Toute ouverture à d'autres cultures jugée suspecte. La parole surveillée et l'autocontrôle étaient une règle générale."

 

Mais ce régime, selon lui, n'était pas à l'origine de la mélancolie des chrétiens d'Irak qu'il a constatée dès son arrivée là-bas. Il n'en était qu'un facteur aggravant.

 

Tout au long du XXe siècle le pays a connu des violences qui ont engendré une contre-violence, auxquelles il n'était pas possible aux chrétiens de répondre "autant par vertu et charité chrétiennes qu'en raison du profond déséquilibre des forces", d'où leur frustration.

 

Mgr Sleiman rappelle ce qu'est la dhimmitude à laquelle sont réduits les juifs et les chrétiens d'Irak encore de nos jours. Pour les musulmans les dhimmi, les gens du Livre pour faire court, sont à la fois considérés comme inférieurs et comme différents. De ce fait ils doivent acquitter des taxes et observer des règles qui ne sont imposées qu'à eux :

 

"J'insiste, en partant de mon expérience et de mes observations des comportements et des discours, sur la permanence de la dhimmitude dans les lois et dans la pratique, dans la perception majoritaire comme dans le narcissisme minoritaire." 

 

Pour sortir de cette dhimmitude nombre de chrétiens d'Irak, alors qu'ils sont d'origines diverses, ont cherché en quelque sorte à se racheter en se faisant les chantres du nationalisme arabe. Ils croyaient pouvoir ainsi dépasser les clivages musulmans-dhimmis. Peine perdue...

 

Mgr Sleiman s'élève contre la légende selon laquelle Sadam Hussein aurait protégé les chrétiens. En réalité, sous le régime du raïs, ils n'avaient le choix qu'entre l'allégeance et l'exil pour continuer seulement d'exister. Ceux qui n'ont pas pris le chemin de l'exode ont échappé aux persécutions en faisant preuve de loyauté et de soumission au régime. Ce qui ne leur a pas évité totalement ni vexations, ni provocations.

 

Depuis la chute du régime l'insécurité touche tous les habitants du pays.

 

Cependant :

 

"En tant que minorité, les chrétiens ressentent tout attentat comme une destruction de leur existence. Toute disparition d'un membre est une diminution de l'ensemble perçue comme une mise en marche d'un processus d'élimination du groupe."

 

De plus :

 

"Les chrétiens ne bénéficient d'aucun traitement de faveur de la part des forces alliées. Ils sont dans cette situation historique dramatique déjà connue : les guerres occidentales sur leur territoire aliènent les sympathies musulmanes en leur faveur, mais ne leur assurent en compensation aucun nouvel appui."

 

Pour s'en sortir il leur faut donc demander protection à des clans. Ce qui renforce leur dhimmitude :

 

"On n'est pas en paix parce que l'on est citoyen, mais parce que l'on est le protégé des uns et des autres. Les relations persistent dans leur inégalité."

 

Quand ils se rendent compte qu'il est plus facile à un musulman qu'à eux d'émigrer en Europe ou aux Etats-Unis, ils ne comprennent pas, ils s'inquiètent, ils en éprouvent de la frustration. De même que lorsque les aides occidentales chrétiennes sont indifféremment distribuées aux musulmans et à eux, à qui tous les subsides irakiens sont refusés, systématiquement.

 

A l'égard des Américains qu'ils admiraient :

 

"L'illusion aura été grande. La désillusion pénible. L'obscurcissement de l'image du libérateur davantage encore." 

 

Ils n'ont pas compris l'expression malheureuse de "croisade contre la terreur" dont ils subissent les conséquences. Car, dans l'imaginaire musulman, croisé égale chrétien et rappelle les croisades du Moyen Âge, avec cette différence près qu'alors les chrétiens étaient empêchés par les musulmans d'accéder aux Lieux Saints, ce qui n'est pas le cas de nos jours...

 

A propos de l'exode des chrétiens Mgr Sleiman ne s'inquiète pas :

 

"Je suis sûr que les chrétiens voueront une loyauté totale aux pays d'accueil, mais au prix de la perte de leur identité, de blessures intérieures, de rupture de liens familiaux jusque-là protecteurs."  

 

Ce livre, jalonné d'histoires tragiques vécues, s'achève sur une note d'espoir, sur le rôle "de rassembleurs, de médiateurs et d'interlocuteurs agréés de tous les partenaires" que les chrétiens d'Irak pourraient jouer dans leur pays au profit de tous ses habitants.

 

Mais cette note d'espoir est contrebalancée par ce passage qui termine l'annexe du livre, consacrée à la Petite histoire d'Irak, terre chrétienne :

 

"Aujourd'hui, la civilisation chrétienne en Irak est devenue tragiquement minoritaire. Pourra-t-elle préserver son identité et sa mémoire ? Il ne semble pas que l'époque qui s'ouvre inaugure pour les chrétiens une ère d'intégration nouvelle dans la société irakienne."

 

Après deux années de répit, jusqu'au début de cette année, il ne semble pas, en effet... 

 

Francis Richard

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 22:20

Le modèle suisseIl y a deux ans paraissait le Modèle suisse de François Garçon, chez Perrin ici. Faute de temps je ne l'avais pas encore lu. Crise des subprimes, crise de l'endettement public, se sont succédées depuis. L'auteur pensait que la diabolisation dont la Suisse était alors l'objet ferait long feu. Il n'en a rien été. Au contraire. La faim fait sortir les loups des bois.

 

Quand je vais en France, je me rends compte que les Français ne connaissent pas grand chose à la Suisse, qu'ils la dénigrent à partir de poncifs qui, depuis le temps qu'ils sont employés à tort contre elle, devraient être éculés. Force est de constater qu'il n'en est rien.

 

Même si beaucoup de choses - en deux ans - ont changé depuis la parution de ce livre, les fondamentaux qui en constituent la matière essentielle demeurent. Sans doute parce que l'auteur, de façon prémonitoire, ne parle pas spécifiquement des sujets qui, ces derniers temps, ont fâché les incompétents gouvernants français contre la Suisse, tels que le secret bancaire ou l'évasion fiscale.

 

L'auteur consacre pas moins de trois chapitres sur neuf à la démocratie helvétique, qui est, à son avis, un des facteurs clés d'explication de la réussite du pays. Il rappelle fort justement que celui-ci aurait toutes les raisons de se disloquer : quatre langues nationales, dont l'allemande, largement majoritaire, vingt-six Etats, deux mille sept cents communes, 21% d'étrangers, plusieurs religions etc.

 

En Suisse il y a autant de parlements et autant de gouvernements que d'entités politiques, Confédération, cantons, communes. Ils sont les uns comme les autres jaloux de leurs prérogatives. Leurs domaines d'action sont relativement bien délimités. Même si la Confédération a tendance à empiéter sur les cantons, les cantons sur les communes, le fédéralisme reste bien vivace. François Garçon ne prononce pas le mot de subsidiarité, mais c'est bien le mot qui convient pour définir cette répartition des tâches, qui part du bas vers le haut.

 

Les deux assemblées fédérales, le Conseil national, dont chaque député représente peu ou prou le même nombre d'électeurs, et le Conseil des Etats, où chaque canton est représenté par deux députés et chaque demi-canton par un député, doivent se mettre d'accord :

 

"Une loi ne franchit l'étape parlementaire que si les deux chambres sont tombées d'accord, à la virgule près".

 

Il est à remarquer que les élus ne reçoivent que des indemnités modiques - ils exercent par ailleurs une activité principale - et que les ministres sont en nombre réduit : sept pour la Confédération... De plus :

 

"L'Administration suisse déjà frugale, subit actuellement une cure d'amaigrissement".

 

Et :

 

"Pour l'heure les cantons réduisent leur endettement [...] et orientent leurs politiques budgétaires vers des spirales vertueuses"

 

L'endettement public, cela ne vous rappelle rien ?

 

Dans les autres pays démocratiques la démocratie de concurrence règne. En Suisse, la démocratie de concordance est la recette politique - au niveau fédéral on parle de "formule magique". Les principaux partis politiques sont représentés dans les gouvernements en proportion de leur poids électoral. Comme l'écrit Jean-Daniel Delley, professeur de droit constitutionnel à l'Université de Genève, cité par l'auteur :

 

"Contrairement à la démocratie de concurrence qui permet à la majorité d'imposer sa loi à l'opposition, la démocratie de concordance exige de chaque partenaire qu'il sache tout à la fois modérer ses exigences et admettre en partie celle de ses adversaires".

 

La démocratie directe s'exerce en Suisse sous trois formes inédites dans les autres pays démocratiques, aux niveaux communal, cantonal et fédéral. Par l'initiative populaire le peuple peut proposer, par le référendum facultatif il peut sanctionner une décision prise par le parlement, par la pétition il peut interroger. Résultat :

 

"La machinerie du scrutin périodique est la condition de la paix civile. Elle apparaît comme le signe de maturité d'un Etat démocratique."

 

François Garçon décrit le système hors normes de formation en Suisse, dont j'ai eu la chance de bénéficier dans mon jeune temps et qui est à la base du dynamisme économique du pays. La paix du travail - la grève, peu utilisée, est vraiment l'ultime recours - est aussi pour quelque chose dans ce dynamisme, qui se traduit par un faible taux de chômage, faible taux que favorise encore la facilité de nouer et de dénouer les rapports de travail.

 

La Suisse ne dispose pas de richesses naturelles en dehors de l'eau de ses glaciers. 65% de son territoire est composé de montagnes. Cela ne l'empêche pas d'être un véritable dragon économique, dont le tissu industriel, qui profite de la mondialisation, est dominé par les PME, à côté desquelles prospèrent quelques multinationales - cinq d'entre elles figurent parmi les 100 premières. Dans quels secteurs la Suisse excelle-t-elle ? La pharmacie, l'industrie du médicament, la biotechnologie, l'industrie des machines, l'industrie alimentaire, l'horlogerie. La Suisse est donc loin d'être seulement le pays des banques et des compagnies d'assurances...

 

Le modèle suisse  est un livre qui expose "pourquoi ils [les Suisses] s'en sortent beaucoup mieux que les autres" :

  

"Dans cet écosystème de la superficie de l'Aquitaine ou de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, les choix collectifs passent autrement qu'en les imposant, les populations immigrées ont été accueillies sans être concassées, une industrie du savoir s'est renforcée pour atteindre l'excellence et une formidable prospérité au bénéfice du plus grand nombre a été rendue possible, le tout supervisé par un Etat minimal. Quel pays peut se vanter d'un pareil bilan ? ".

 

Il s'adresse principalement à la France et aux Français :

 

"La France n'aurait-elle pas intérêt à enfin tenter d'importer certaines recettes helvétiques autres que la fondue, quitte à les adapter sans les dénaturer ? Qu'on songe à la souveraineté du Parlement, à l'initiative populaire et au droit de référendum, notamment lorsqu'on rapporte la modicité de leurs coûts à leur efficacité comme instruments de pouvoir. Réforme de l'Etat et régionalisation n'auraient-elles pas beaucoup gagné en efficacité et profondeur si, régulièrement, les électeurs français avaient été informés et appelés à s'exprimer ?".

 

François Garçon conclut :

 

"Allons, tant de temps a déjà été perdu, mais, comme le dit le Bon Pasteur, il n'est jamais trop tard pour bien faire ! ".

 

Pour le moment il est loin d'avoir été entendu, mais peut-être faut-il, au préalable, qu'il soit lu...

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.
 

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689e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

 

 

  

 

  

 

 

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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 07:20

BoukovskyQuand je lis dans L'Hebdo de cette semaine qu'une personnalité médiatique comme Ernesto Bertarelli, récent créateur de Ares Life Sciences, pense que la Suisse doit adhérer à l'Union européenne, alors que le bâteau coule, je me dis que c'est le moment de faire une piqûre de rappel du livre du dissident soviétique Vladimir Boukovsly , L'Union européenne, une nouvelle URSS ?, paru il y a cinq ans aux Editions du Rocher ici et disponible ici.

 

Que dit en effet Bertarelli, le barreur d'Alinghi, le perdant de l'America's Cup ?

 

"Fondamentalement, notre avenir à long terme est dans l'Union européenne et sa construction." ici

 

Nicolas Hayek, président de Swatch Group, dans le même numéro de L'Hebdo, plus réticent, pose tout de même la question :

 

"L'UE ne devrait-elle pas se focaliser sur une réelle intégration de ses Etats, comme l'a fait la Suisse ?" ici

 

Sous-entendu : à ce moment-là il serait possible d'y adhérer. 

 

Un sondage réalisé par M.I.S. Trend, Sophia 2010, publié dans les dernières pages de l'hebdomadaire romand ici, montre que seuls 30% de la population suisse trouvent qu'il serait temps de rouvrir le dossier de l'adhésion du pays à l'Union européenne, tandis que 44% des leaders romands y seraient favorables.

 

On retrouve donc en Suisse, comme dans l'Union européenne, le clivage entre élite et population... avec cette différence qu'ici, pour le moment encore, le peuple a le dernier mot, alors que l'on se passe de son avis dans les pseudo-démocraties européennes, comme l'adoption du Traité de Lisbonne l'a amplement démontré, les Irlandais ayant d'ailleurs été cocufiés comme on sait.

 

Vladimir Boukovsky commence très fort. Le nazisme a été éradiqué grâce à l'exigence d'une reddition inconditionnelle de l'Allemagne hitlérienne. Il n'en a pas été de même avec le communisme, qui, lui, n'a pas été extirpé de Russie :

 

"Après dix ans de tentatives hésitantes de réformes, il [le KGB] a repris le pouvoir et n'a pas été long à rétablir son autorité sur l'ensemble du pays".

 

Boukovsky donne cet exemple, parmi d'autres, de cette reprise en main :

 

"L'Etat n'hésite pas [...] à détruire un grand groupe industriel comme Ioukos et à emprisonner pendant des années son président, officiellement pour recouvrer des impôts impayés, mais en réalité pour renationaliser ses principaux actifs au profit des proches du Kremlin."

 

Le président en question, Khodorkovski, est le héros - avec la Russie - du livre de Catherine Lovey, dont j'ai parlé sur ce blog [voir mon article "Un roman russe et drôle" de Catherine Lovey ]...

 

Les similitudes que relève Boukovsky entre l'Union européenne et l'URSS font de la première un véritable clone de la seconde [voir aussi mon article Le dissident russe Vladimir Boukovsky à l'Université d'Aix-en-Provence ] :

 

- "dès qu'un pays se rebelle contre le socialisme ambiant, il est voué aux gémonies" [ce fut le cas de l'Autriche en 2000].

 

- l'équivalent du Poliburo est la Commission, composée de membres non élus qui doivent suivre une certaine ligne [le commissaire italien Buttiglione, accusé de sexisme et d'homophobie, a dû renoncer en 2004].

 

- le Parlement européen, sans pouvoir réel, est comparable au Soviet suprême.

 

- comme la Russie était prédominante sur les autres républiques soviétiques qui étaient pourtant ses égales, parmi les Etats membres, tous égaux en principe, il y en a qui sont plus égaux que d'autres [la France et l'Allemagne par exemple si on les compare à la Grèce et au Portugal... comme on l'a vu encore récemment]. 

 

- l'arrêt de l'élargissement de l'Union soviétique a juste précédé sa chute ; elle devait s'élargir au monde entier ; l'Union européenne a la même soif d'élargissement, qui ne se base pas sur des critères "civilisationnels", mais idéologiques.

 

- aux "libertés de faire" se substituent dans les deux cas des "droits d'obtenir". 

 

- la liberté d'expression y est sélective : "on peut être condamné à juste raison si l'on nie les crimes de Hitler. En revanche, et pour une raison qui m'échappe, on reste libre de considérer Staline, Mao Zedong ou Pol Pot comme de charmants bienfaiteurs de l'humanité et de le proclamer partout".

 

- la corruption règne au niveau des Etats européens et des institutions européennes à la faveur d'attribution de marchés ou de redistribution d'aides, comme en URSS où s'opérait une redistribution massive de la richesse.

 

Ces similitudes ne sont pas le fruit du hasard.

 

Boukovsky rappelle qu'au XXème siècle deux socialismes rivalisent, dont le but final est le même, mais qui divergent sur les moyens d'y parvenir :

 

- les socialistes et les socio-démocrates qui veulent instaurer le socialisme par les réformes.

- les communistes qui veulent l'instaurer par la révolution.

 

En parcourant les archives soviétiques et notamment celles relatives à Gorbatchev, Boukovsky a découvert les connivences qui existaient entre les premiers et les seconds pour sauver ce qui pouvait l'être des seconds, sous couvert d'instaurer une "maison commune européenne".

 

Tel quel, ce vaste programme a heureusement échoué dans la plupart des pays de l'est européen, parce que les populations ne voulaient plus entendre parler de socialisme sous quelque forme que ce soit. Mais, débarrassés de l'hypothèque soviétique par la chute du régime il y a 20 ans, les socialistes et socio-démocrates ont compris que l'Union européenne pouvait être le moyen le plus sûr de parvenir à leur fin, qui est, au-delà de l'Europe proprement dite, d'instaurer un gouvernement mondial socialiste.

 

Pour ce faire ils bénéficient du soutien de ceux qui ne se disent pas socialistes, comme Jacques Chirac [aujourd'hui Nicolas Sarkozy], mais qui agissent comme s'ils l'étaient. Ils sont majoritaires dans les élites et minoritaires dans les populations.

 

Quoi qu'il en soit :

 

"Sous couvert de construction européenne, le socialisme est en marche sur le Vieux Continent".

 

Il avance masqué, ses bâtisseurs "sous faux drapeau" :

 

"Ils savent très bien qu'aucune nation sur terre ne votera jamais volontairement pour leurs idées qui ont fait faillite partout où leurs émules ont tenté de les implanter. Au lieu de quoi, ils se servent de toutes les tromperies possibles pour dissimuler la vraie nature du monstre qu'ils tentent de faire renaître".

 

Avec son cortège habituel :

 

- inflation des lois et règlements.

- bureaucratie de plus en plus complexe et toute puissante.

 

Même si le droit le plus élémentaire, "celui d'élire directement ceux qui nous dirigent", est refusé, et si on trouve 7 anciens apparatchiks communistes parmi les 25 membres de la Commission, Vladimir Boukovsky se veut rassurant :

 

"Je ne pense pas que l'Union européenne se lancera un jour dans la création d'un Goulag sous la forme d'une administration gérant tout un archipel de camps de concentration, comme en URSS.[...] Avec des dirigeants qui n'osent même pas proclamer le but véritable de la construction qu'ils nous infligent, l'Europe ne risque pas de tels débordements."

 

Il est tout de même "surpris de la manière avec laquelle les gens acceptent le politiquement correct", ce qui nous ramène au début de cet article et à Ernesto Bertarelli  :

 

"Les bolcheviks ont dû exterminer quarante millions de personnes avant de parvenir à établir leur monopole de la pensée. En Europe il a été accepté sans que personne n'ait tiré un seul coup de feu. C'est étonnant. Le fait de ne plus voir le débat politique qu'au travers du prisme de ce qui est "correct" - et de ce qui ne l'est pas - représente pour moi la plus grande menace contre la liberté depuis l'effondrement du communisme". 

 

S'il est difficile de prévoir précisément quand, l'Union européenne s'effondrera à son tour :

 

"Il est probable qu'elle va continuer de s'étendre de manière incontrôlable. Elle sera incapable de s'arrêter jusqu'à ce qu'elle tombe d'épuisement, comme son prédécesseur". 

 

Avec le risque qu'elle nous enterre "sous ses décombres, dans une situation économique catastrophique". 

 

Ne peut-on pas la réformer ? 

 

"En fait, les structures et les concepts socialistes sont irréformables. Ils ne peuvent que s'effondrer sous le poids de leurs propres contradictions, comme l'Union soviétique elle-même. Mais cela ne se fait qu'au terme d'une longue évolution, lorsqu'il ne reste plus une goutte de combustible pour entretenir encore la fiction que la machine avance et que son idéologie constitue l'horizon insurpassable de l'humanité." 

 

Que faire ?

 

"Ce que nous avons de mieux à faire, c'est d'accélérer l'effondrement, car plus tôt il se produira, le mieux ce sera pour tout le monde."

 

Comment ?

 

"La seule stratégie valable repose sur les citoyens eux-mêmes. Quelque part, il convient de reproduire ce que fut le mouvement des droits de l'homme en URSS. Aujourd'hui comme hier, il faut défendre nos droits de parler, penser et publier librement, d'avoir les assemblées de notre choix".

 

Monsieur Bertarelli, je vous le demande, qu'irait donc faire la Suisse dans cette galère ?

 

Francis Richard

 

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672e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

 

 

 

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 22:00
Pourquoi parler de ce livre aujourd'hui ? Il se trouve que l'auteur m'a écrit au sujet d'un article publié sur ce blog. Que du coup je me suis intéressé à ce qui lui était arrivé. Prêtre, accusé de pédophilie, condamné par la Cour d'Assises de Nanterre en juin 2005, il n'avait rien en lui a priori qui pouvait faire naître en moi la moindre sympathie. 

Parce qu'il n'a jamais cessé de clamer son innocence, je me suis toutefois penché sur son cas et j'ai été de surprises en surprises. 

Ainsi ai-je appris qu'un livre à charge, publié en 2003, bien avant son procès, et consacré à ses prétendues turpitudes, avait pu influencer contre lui les médias, l'opinion publique, puis les jurés. Ce livre, intitulé "L'illusionniste", était écrit par un certain Mehdi Ba. Ce soi-disant journaliste indépendant était collaborateur de la revue Golias, dirigée par Christian Terras, qui était en fait le véritable commanditaire de ce bouquin à sens unique.

L'internaute se reportera avec profit à l'article que j'ai écrit sur ce dernier personnage (La parole est au procureur Christian Terras,"expert" es Catholiques ! ), fauteur patenté de divisions entre les catholiques, toujours prêt à porter des mauvais coups à l'Eglise catholique, dont il se prétend un membre critique et ... éclairé, au point d'être le seul à savoir ce qu'elle doit dire et faire. L'infaillible Terras est un de ces donneurs de leçon dont je connais peu d'exemple, un extrémiste pour qui l'Eglise doit sempiternellement rester confite dans la dévotion du seul concile qui vaille, Vatican II, en dehors duquel il n'y aurait point de salut, ni d'avant, ni d'après.  

Ainsi, dans mes recherches sur Internet, suis-je tombé sur un édito anonyme du quotidien lausannois Le Matin, en date du 9 juin 2005 (ici) , suant la haine de classe et l'envie, cathophobe, raciste anti-blanc, et dérogeant à la prudence et à la déontologie les plus élémentaires, puisque, à la date où il est publié, pendant le procès, le jugement, en date du 24 juin 2005, condamnant le Père Lefort à 8 ans de réclusion criminelle, n'a pas encore été prononcé :

Le Père François Lefort des Ylouses, le curé humanitaire, avait ses entrées à l'Elysée et à Matignon. Normal, il appartient à une famille française BCBG à cheval entre la grande bourgeoisie et la petite noblesse. Sa soeur, Elisabeth - ceci expliquerait-il cela ? - occupait le poste de secrétaire d'Etat à la Recherche du gouvernement Juppé. Le beauf, lui, à la tête de la Fondation de France, était aussi secrétaire général du Ministère des affaires étrangères. Du beau monde où l'on apprend à se tenir correctement à table, à ne pas se laisser emporter par ses sentiments et où l'on sait instinctivement composer avec les médias. Dans ce contexte, personne ne s'étonnera que le chevalier globe-trotteur, pourfendeur de la pédophilie, soit décoré de la Légion d'honneur. C'est dire si le personnage est abject. Avec l'aisance naturelle des gens de sa classe, il va passer par le Sénégal, y installer un foyer pour mieux s'approvisionner en adolescents. Et s'il faut attendre des décennies pour le confondre, c'est que sa réputation internationale le protège. De plus, il est Blanc, prêtre et médecin. Le summum de l'autorité contre laquelle un enfant noir vivant dans un foyer ne fait pas le poids.

Cette outrance dans les propos, cette absence de nuances, ne pouvaient que m'inciter à aller plus loin dans mes recherches. D'autant qu'à la même époque que l'affaire du Père Lefort se déroulait une affaire similaire, qui avait, je le reconnais, attiré davantage mon attention : l'affaire d'Outreau. Le malheur pour François Lefort est qu'elle n'ait trouvé son dénouement que quelques mois après la sienne, le 18 novembre 2005, et qu'il n'ait pas fait appel de la décision qui le frappait parce qu'il était anéanti et qu'il avait perdu confiance en la Justice.

Le Père François Lefort est sorti de prison le 13 mars de cette année. Sa libération est conditionnelle. Il ne peut donc pas s'exprimer librement. Mais il est bien déterminé à se battre pour obtenir sa réhabilitation. Il n'est heureusement pas seul. Une association a été créée le 29 septembre 2006 pour le soutenir.

Sur son site, Droit à la Justice soutient  François Lefort (ici) apporte la preuve que le Père François Lefort n'était pas sur les lieux du crime au moment où il aurait été commis. Elle apporte de nombreux éléments troublants sur la façon dont l'instruction à son sujet a été conduite. Il est évident que la présomption d'innocence n'a pas un seul instant profité à l'accusé et qu'il a subi à l'époque un véritable lynchage médiatique.

C'est donc en connaissance de cause que j'ai lu Une sandale dans le désert, paru en octobre 2004, aux Editions A Contrario, et qui est un recueil de textes où toute la spiritualité de son auteur, qui n'est pas toujours vraiment la mienne - il y a plusieurs demeures dans la maison du Père - apparaît avec force et conviction.

Ainsi ne puis-je me résoudre à penser comme lui : peut-être que Dieu veut aujourd'hui que l'Eglise ne soit plus une affaire de curés. Ce qui ne l'empêche pas d'ajouter : je sais qu'il faudra toujours des prêtres. Le prêtre est celui qui donne du divin aux hommes. Ce qui correspond davantage à mon intuition. Dieu n'accorde que ce que nous lui demandons et nous ne savons pas, ou ne voulons pas, en l'occurrence, lui demander des prêtres, qui plus est, de saints prêtres.

De même ne suis-je pas persuadé que le célibat des prêtres, qui ne lui pose pas de problèmes - avec ironie je dis que je suis célibataire par pitié pour ma femme et mes enfants (que je n'ai pas eus) - soit seulement une habitude cléricale, même s'il a raison de rappeler qu'il y a des prêtres catholiques mariés au Liban et que ce n'est donc pas un dogme. Le pape Paul VI l'explique très bien, beaucoup mieux que je ne saurais le faire, dans son encyclique Sacerdotalis Caelibatus.

Cependant je suis en communion avec lui quand il dit, avec la force d'un Bernanos : Qu'est-ce que c'est que ce Dieu qui ne pense pas comme il faut ? Ou quand il dit : La société, surtout chez les jeunes, est sévère pour ceux et celles qui ont le courage de proclamer publiquement leur foi. Elle est même parfois intolérante.
Avant, c'était l'Eglise qui était intolérante avec ceux qui ne croyaient pas comme elle, et c'était scandaleux.

Ce qui ne peut surprendre que ceux qui sont ignorants de la double nature, humaine et divine, de cette institution qu'est l'Eglise.

J'aime également quand il écrit : Le Christ aimait aussi faire la fête. Ce n'est pas un hasard si son premier miracle a été de changer de l'eau en vin, pendant une noce, à Cana. Cela a dû embêter les théologiens du siècle dernier, mais c'est comme ça. La religion du Christ n'est pas triste ! Saint François de Sales ne disait-il pas, bien avant le siècle dernier, qu' un saint triste est un triste saint ?

Sur le doute, j'ai relevé ce passage qui me parle, parce qu'il est mon lot, comme celui de beaucoup de mes frères humains : Pour moi, il est infiniment probable que Dieu existe, et c'est en doutant de jour en jour que j'avance vers la Vérité. Et ça, j'en suis certain, je n'en doute pas.

Il a profondément raison, ce me semble, d'écrire : Quand on est âgé, quand on est malade, le plus dur, ce n'est généralement pas la souffrance, on finit presque par arriver à vivre avec...le plus dur, c'est la solitude, c'est de se sentir inutile.

J'ai envie de nuancer ses propos quand il écrit : N'y a-t-il pas aujourd'hui des intégristes catholiques qui voudraient imposer à tous, dans la loi, ce qui est propre à la morale chrétienne concernant la censure, le sexe, le divorce, l'avortement ou le préservatif ?

Première remarque : je n'aime pas, pour ma part, que des catholiques affublent d'autres catholiques de l'épithète qui se veut infamante d'intégristes, quels qu'ils soient. Je crois qu'il faut laisser cette sinistre besogne à des Christian Terras.

Deuxième remarque : le Père Lefort a raison de dire que tout ce qu'il énumère ne doit pas être imposé à tous, dans la loi. Aussi bien une loi n'est-elle pas toujours légitime et ne règle-t-elle pas tout.

Troisième remarque : le Père Lefort est réducteur quand il dit que les catholiques en question voudraient imposer à tous, dans la loi, ce qui est propre à la morale chrétienne. Il ne me semble pas, par exemple, que la position de l'Eglise pour ce qui concerne l'avortement soit propre à la morale chrétienne, elle découle de la loi naturelle que tous les hommes, dignes de ce nom, sans que rien ne les y oblige, devraient spontanément observer.

Plus fondamentalement le Père Lefort rappelle : Le seul moyen d'être heureux, c'est de rendre les autres heureux, ses proches, ses voisins, mais aussi tous ceux qui souffrent ou qui sont seuls autour de nous. 

Ce livre, magnifiquement illustré de photos, doit son titre à une parabole racontée par le Père Lefort. Un enfant démuni, en prenant en marche avec lui un train dans le désert, perd une de ses deux sandales, peut-être sa seule richesse :

Stupéfait, je le vis alors prendre celle qui lui restait et la jeter dans le sable, là où était tombée la première.
"Mais pourquoi fais-tu cela ?"
L'air étonné, il me répondit :
"Moi, une sandale, ça ne me sert à rien. Au moins que celui qui les trouve, trouve les deux !"

La couverture représente Alyne, 10 ans, le jour de sa sortie de prison où il était enfermé parce que sa mère avait commis un délit, et qui y est retourné : c'est une imbécillité de mettre des enfants si petits en prison. 

Une bonne partie du livre est consacrée à des évocations relatives aux enfants de la rue, dont aucun n'est irrécupérable. A l'association AIMER (ici), dont le nom est la faute d'Abdoul, un autre enfant. A des hommes et des femmes qui se sont dévoués pour sortir les enfants de la rue, pour redonner à leur visage d'enfant un regard d'enfant, au lieu de ce terrible regard d'adulte, et qui y ont, parfois, discrètement, laissé leur peau.


Le Père Lefort nous avertit : Je sais ce qu'est la rue pour un enfant. Je sais que s'il doit y retourner, il ne s'en remettra pas.

On l'aura compris, ce livre fait entendre une voix humaine, qui a fini de me convaincre de l'innocence de son auteur. Il y a des expressions de l'âme, profondes, qui ne trompent pas et qui ne peuvent être celles d'un illusionniste.

Dimanche dernier, la première lecture était un passage de la prophétie d'Isaïe, que je dédie au Père Lefort, à qui j'ai pensé en l'écoutant :

50 4 Le Seigneur Dieu m'a enseigné ce que je dois dire, pour que je sache avec quels mots je soutiendrai celui qui faiblit. Chaque matin, il me réveille, il me réapprend à écouter, comme doivent écouter les disciples. 
5 Le Seigneur Dieu m'ouvre les oreilles, et je ne lui résiste pas, je ne recule pas. 
6 J'offre mon dos à ceux qui me battent, je tends les joues à ceux qui m'arrachent la barbe. Je ne cache pas mon visage aux crachats, aux insultes. 
7 Le Seigneur Dieu me vient en aide, c'est pourquoi je ne m'avoue pas vaincu, je rends mon visage dur comme la pierre, je sais que je n'aurai pas le dessous. 

Francis Richard
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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