Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 18:00
Deux anniversaires avec Jean Starobinski

Jean Starobinski , qui a écrit entre autres des livres sur Rousseau, Montaigne et Montesquieu, est né le 17 novembre 1920 à Genève, il y a 100 ans aujourd'hui. Le 2 mai 2003, il a fait une conférence à l'EPFL, dans le cadre des 150 ans de l'École, qui, à ses débuts, était une école privée, s'appelait l'École spéciale de Lausanne et n'avait que onze élèves...

 

C'est la seule et unique fois dans ma vie que j'ai eu l'occasion d'approcher ce Professeur honoraire à la Faculté des Lettres modernes de l'Université de Génève, mais ce fut mémorable parce qu'il nous a donné ce jour-là une leçon insigne d'intelligence et de jeunesse.

 

Le thème de sa conférence était: Le langage scientifique et le langage poétique, c'est-à-dire deux langages auxquels, ingénieur et blogueur, je suis sensible. Pour illustrer son propos, Jean Starobinski a utilisé deux pages d'un ouvrage de Sir Arthur Eddington, intitulé La nature du monde physique.

 

Sir Eddington, astronome et physicien, qui a vérifié la relativité d'Einstein en astronomie, parle dans ces deux pages d'une part de l'équation qui permet de déterminer la dimension des vagues en fonction de la vitesse du vent et d'autre part de six vers sur les vagues de Ruppert Brooke.

 

L'équation qui rend compte de la dimension des vagues n'est pas une petite équation. Elle occupe deux pages pleines. Sir Eddington se contente d'en citer les deux premiers termes.

 

Ruppert Brooke est un poète anglais mort d'une infection généralisée, le 23 avril 1915, pendant la Grande Guerre, sur un navire-hôpital, au cours de l'expédition désastreuse des Dardanelles.

 

Dans son poème de six vers, Brooke évoque les vagues soumises aux vents et éclairées par de riches cieux pendant la journée, figées par le gel qui leur donne gloire et paix brillante pendant la nuit.

 

Or, selon Sir Eddington, il s'agit de la même réalité.

 

Marcel Raymond, le maître de Jean Starobinski à l'Université de Genève, a étudié ces deux pages. Il ne croit pas pour sa part qu'il s'agisse de la même réalité. Dans son livre, Être et dire, il dit de l'équation qu'il s'agit d'une représentation figurée alors que les vers de Brooke sont un composé psychique. Il y a de l'incommensurable entre les deux langages. Le physicien opère en retrait de la réalité. Le poète, au contraire, est mêlé au plein des choses. Le premier observe et calcule, tandis que le second chante et aime.

 

Gaston Bachelard ne disait pas autre chose quand il disait que le scientifique travaillait sur des systèmes isolés alors que le poète rêvait et imaginait.

 

Marcel Raymond ajoutait que l'équation ne pouvait pas rendre compte, comme le poème, du déroulement de la journée.

 

Jean Starobinski a voulu aller plus loin. C'est ainsi qu'il a découvert que les six vers cités par Sir Eddington étaient en fait les deux tercets d'un sonnet intitulé Le mort.

 

Or, de quoi parlent les huit premiers vers du sonnet? De tout ce qui remplit la vie des hommes avant qu'elle ne soit fauchée par la guerre. Et le huitième vers se termine par tout cela est fini. Les six vers apparaissent alors tout autres qu'ils n'étaient apparus, sortis de leur contexte. Il s'agit d'une allégorie, d'une métaphore, comme d'une pierre tombale, qui répond aux deux quatrains. Brooke y témoigne encore d'un romantisme patriotique, qui tendra à s'atténuer après quelques temps de guerre.

 

Dans le premier quatrain il est question d'aube et de crépuscule et dans les deux tercets de jour et de nuit. Il existe comme un parallélisme entre eux. Le gel apparaît alors comme ce qui réunit tous les morts. Jean Starobinski ne manque pas de faire le rapprochement avec Ombre, le poème de Guillaume Appolinaire, où, cette fois, c'est l'ombre qui réunit les morts.

 

Tandis que Appolinaire décrit vraiment la guerre, avec le fracas des armes, avec ses obus et ses réelles blessures, Starobinski voit chez Brooke une euphémisation des morts au combat, qui sera d'ailleurs critiquée, après la guerre, par un certain nombre de survivants.

 

Si Starobinski est d'accord avec Marcel Raymond pour dire qu'il y a un écart entre les deux réalités, celle de l'équation et celle du poème, ce n'est pas pour les mêmes raisons. L'incommensurabilité entre les deux provient du fait qu'une équation ne peut donner un sens à la vie et au sacrifice de la vie:

 

Ce n'est pas en savant que l'on choisit de vouer sa vie à la science.

 

En effet, si la science a pour but de maîtriser la nature, elle n'a rien à dire sur le sens à lui donner, parce qu'elle est désintéressée et parce qu'elle est abstraction. Alors qu'au contraire le poème permet d'aller plus loin et de trouver ce que Yves Bonnefoy appelle le monde indéfait.

 

Jean Starobinski a choisi dans son exposé de montrer ce qui écarte le langage poétique du langage scientifique, de souligner le conflit radical entre eux dans la saisie du vrai du monde. L'expérience sensible ne se dit pas dans le langage scientifique mais dans le langage poétique. En revanche, comme le dit fort bien Éric Weil dans son texte intitulé De la nature, la poésie permet de comprendre et de contempler le monde, mais pas de le connaître.

 

Et de conclure que, s'il y a deux mondes, l'un n'efface pas l'autre, et de faire l'éloge du bilinguisme.

 

Francis Richard

 

 

Annexe I :

 

The Dead

 

These hearts were woven of human joys and cares,

Washed marvelously with sorrow, swift to mirth.

The years had given them kindness. Dawn was theirs,

And sunset, and the colors of the earth.

 

These had seen movement, and heard music; known

Slumber and waking; loved; gone proudly friended;

Felt the quick stir of wonder; sat alone;

Touched flowers and furs and cheeks. All this is ended.

 

There are waters blown by changing winds to laughter

And lit by the rich skies, all day. And after,

Frost, with a gesture, stays the waves that dance

 

And wandering loveliness. He leaves a white

Unbroken glory, a gathered radiance,

A width, a shining peace, under the night.

 

Ruppert Brooke

 

 

Annexe II :

 

Ombre

Vous voilà de nouveau près de moi

Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre

L'olive du temps

Souvenirs qui n'en faites plus qu'un

Comme cent fourrures ne font qu'un manteau

Comme ces milliers de blessures ne font qu'un article de journal

Apparence impalpable et sombre qui avez pris

La forme changeante de mon ombre

Un Indien à l'affût pendant l'éternité

Ombre vous rampez près de moi

Mais vous ne m'entendez plus

Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante

Tandis que moi je vous entends je vous vois encore

Destinées

Ombre multiple que le soleil vous garde

Vous qui m'aimez assez pour ne jamais me quitter

Et qui dansez au soleil sans faire de poussière

Ombre encre du soleil

Écriture de ma lumière

Caisson de regrets

Un dieu qui s'humilie

 

Guillaume Appolinaire

Partager cet article

Repost0
7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 22:00
Hommage à Jean-Laurent Cochet par lui-même

Il y a quelque neuf ans, le 22 janvier 2011, je m'étais rendu à la Salle Gaveau à Paris pour entendre lire par Jean-Laurent Cochet une des dix séquences nocturnes, d'une heure et demie chacune, de l'intégrale d'Albertine disparue de Marcel Proust.

 

Comme je n'étais pas seul, je n'avais pas voulu infliger à la personne qui m'accompagnait la lecture intégrale, qui lui aurait fait passer une nuit blanche, et m'étais donc contenté d'écouter un dixième de ce texte mémorable pour les amateurs de La Recherche. A la suite de quoi j'avais écrit le 28 janvier 2011 un billet pour en rendre compte.

 

Quelque temps plus tard, un ami de longue date, personnalité de Neuchâtel, m'avait demandé de transmettre le texte d'une pièce qu'il venait d'écrire à des animateurs de théâtre que je connaissais à Paris. J'avais remis son texte à Jean-Luc Jeener et l'avais adressé à Jean-Laurent Cochet.

 

Pour ce qui concerne ce dernier, j'avais joint mon billet sur sa véritable performance physique à la Salle Gaveau. Dans ce billet, j'écrivais notamment ceci:

 

Mes proches vous diront que je ne suis pas objectif quand il s'agit de Jean-Laurent Cochet. Immanquablement, à chaque fois que je le revois, il me fait penser à mon père : le même timbre de voix, la même posture, les mêmes gestes et le même bedon... Seules diffèrent leurs formes de tête. Tandis que celle de mon père était nettement ovale, celle de Jean-Laurent Cochet est plutôt ronde en comparaison.

 

Il y a vingt ans Jean-Laurent Cochet était passé à Chatou où il nous avait enchantés avec des citations de Sacha Guitry. A la fin du spectacle il signait son livre, Mon rêve avait raison, ce qui m'avait donné l'occasion de lui dire dans quel trouble me jetait sa voix, quand, fermant les yeux, je croyais entendre mon père disparu quelques années plus tôt. A la suite de quoi nous avons eu un bref échange épistolaire... alors qu'il habitait les Batignolles.

 

Le titre de son livre me faisait également souvenir de la pièce de Guitry, Mon père avait raison, qu'il avait mis en scène au Théâtre Hébertot, quand il en était le directeur, dix ans plus tôt. J'habitais alors au début de la rue de Tocqueville, tout près de la place de Villiers, où commence justement le boulevard des Batignolles, où se situe ce théâtre. J'avais eu le privilège d'y voir Paul Meurisse dans le rôle du père, peu de temps avant sa mort, que son courage sur scène ne laissait nullement présager.

 

Au fond, à la faveur de son exploit, j'ai eu beaucoup de plaisir à réentendre Jean-Laurent Cochet, qui, indépendamment de mon admiration pour l'oeuvre lue et sa manière de la faire vivre, agit en quelque sorte sur moi, de par sa voix, comme une madeleine de Proust et me permet d'évoquer sans nostalgie, mais avec gratitude, un temps retrouvé.

 

A ma grande surprise en rentrant chez moi à Lausanne, le 26 mars 2011, je découvrais sur mon répondeur un message de Jean-Laurent Cochet qui, quand je l'entends encore aujourd'hui, comme je viens de le faire, ne laisse pas de me bouleverser, parce que je n'ai pas eu souvent dans ma vie de tels témoignages de reconnaissance:

 

Monsieur Francis Richard, que personnellement je gratifie du titre de Seigneur de Chatou, c'est Jean-Laurent Cochet à l'appareil.

 

Comme je n'ai pas le loisir en ce moment, submergé que je suis, de vous écrire, je me suis décidé à vous laisser un message pour vous parler en direct - ce sera encore plus agréable -, pour vous remercier sans perdre de temps de votre envoi,

 

(naturellement j'ai tout de suite mis de côté la pièce de X... pour la lire le plus vite que je pourrais; ça ne va pas être très très vite, mais ça va être le plus vite possible)

 

vous remercier - ça m'a profondément ému, énormément touché - de votre texte personnel.

 

Ah là vous m'avez atteint au coeur. Je trouve ça de toute beauté. Je trouve ça très émouvant. Je trouve ça fait avec infiniment de charme, d'élégance, de chaleur. Cela m'a beaucoup, beaucoup atteint.

 

Eh bien j'espère que peut-être on pourra se parler une autre fois en direct. Je vous laisse mon numéro à tout hasard. Donc moi je suis à Paris. C'est le 01 47 ** ** **. Quoi qu'il en soit, il y a toujours mon répondeur même quand je suis là, et c'est seulement quand on se nomme que, si je suis là, je réponds.

 

Voilà, mais encore merci, comme je le fais très mal avec les pauvres mots qu'on emploie au téléphone, mais merci vraiment, cela m'a infiniment touché. A très bientôt.

 

Cette minute quarante-trois de bonheur, je n'en ai pas reproduit la transcription par vanité, mais pour montrer quel homme était Jean-Laurent Cochet: il avait pris la peine de rechercher mon numéro de téléphone dans l'annuaire téléphonique et de me laisser ce message chaleureux, plein de bienveillance et de générosité. Avec sa disparition, c'est à nouveau un père que je perds...

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
31 décembre 2019 2 31 /12 /décembre /2019 23:00
Cinquante ans avant 2019, cet annus horribilis...

2019 aura été un annus horribilis à bien des égards, sur lesquels je ne m'appesantirai pas à l'exception d'un seul parce qu'il explique la plupart d'entre eux.

 

Personnellement j'ai fait retraite cet annus-là et ai connu peu de temps après un problème de santé qui persiste depuis six mois et m'invalide: je suis sujet sans raisons à des vertiges...

 

Et ce n'est pas une métaphore...

 

La France que j'aime connaît elle aussi un problème de santé qui persiste depuis des décennies et continue de l'invalider: le collectivisme... et l'individualisme néfaste qui va de pair avec lui...

 

Frédéric Bastiat l'avait diagnostiqué:

 

L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

 

Cette grande fiction est une triste réalité en France et la source d'innombrables calamités dont les dernières en date ne sont pas les moindres: la retraite universelle par répartition et la grève d'une minorité de nantis...

 

Il y a dix-neuf ans maintenant que les vers de Victor Hugo me trottent dans la tête. Il avait choisi l'exil à Jersey, j'ai préféré Lausanne, où ma vie s'est orientée par deux fois il y a cinquante ans:

 

J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,

Sans chercher à savoir et sans considérer

Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,

Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.

Cinquante ans avant 2019, cet annus horribilis...

Le 8 février 1969, lors d'une réunion littéraire à Lausanne, je fais la connaissance d'un philosophe, Alonso Diez, né en 1893 au Chili. Il habite au troisième étage du 27 des escaliers du Marché, où se trouve alors un bar à café, le Barbare, qui fait parler de lui...

 

En souvenir de cette rencontre, Alonso Diez m'offre un exemplaire de Lachès, le dialogue de Platon sur le courage dont il a établi en français une version personnelle à partir d'anciennes traductions.

 

N'étant guère platonicien, je suis pourtant séduit par ce texte parce que Socrate se garde de conclure et d'élucider cette énigme.

 

En épigraphe à ce livre édité par lui en 1958, Alonso Diez écrit:

 

Le courage n'est pas seulement le ressort de l'action droite, mais encore la source du savoir profond, sans lequel l'action ne saurait être droite, c'est-à-dire sage.

 

Et, dans sa postface, il écrit que le courage vrai est [...] à la fois savant et ignorant, lucide et aveugle, bien que la lucidité l'abolisse comme l'abolit l'aveuglement.

Cinquante ans avant 2019, cet annus horribilis...

Paul Valéry dit: Que de choses il faut ignorer pour agir.

 

A l'automne 1969, quand j'entre en première année de l'EPFL, École Polytechnique Fédérale de Lausanne, j'ignore encore tout de ce qui m'y attend, bien qu'ayant reçu un sévère avertissement: la conclusion du test psychologique auquel je viens de répondre me déclare inapte aux études que j'entreprends...  

 

De ce test je ne parle évidemment pas à mon père, pour qui je voue une grande admiration et que je ne veux pas décevoir. Je fais toujours de mon mieux pour honorer mes parents...

 

L'année précédente déjà, vu les notes obtenues à mon bac que j'ai passé à l'issue des événements (j'ai raté toutes les épreuves scientifiques et réussi toutes les littéraires), le président de l'EPUL, École Polytechnique de l'Université de Lausanne, Maurice Cosandey, ne m'admet qu'au CMS, Cours de Mathématiques Spéciales.

 

Quatre ans et quelque plus tard, je deviens Ingénieur Mécanicien avec les honneurs...

 

Aujourd'hui, avec le recul, je crois que j'ai alors fait preuve d'un courage vrai au sens où Alonso Diez employait l'expression et que ce ressort m'a animé tout au long de mon existence. Car c'est lui qui permet de surmonter les avanies.

 

Aussi de l'annus horribilis qui vient de s'écouler ne veux-je retenir que ces deux cinquantièmes anniversaires.

 

Retenir ce qui en vaut la peine de tout ce que j'aborde, que ce soit par exemple à la faveur de rencontres ou de lectures, n'est-ce pas finalement ce qui me guide en ce monde et m'évite de juger les autres tout en profitant des leçons qu'ils m'apportent?

 

De mes études scientifiques je retiens également ce que disait Socrate (cela me permet de discerner le soi-disant savant de celui qui l'est vraiment):

 

Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien.

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 19:30
Visite de Bibliomedia Lausanne

Hier soir avait lieu l'Assemblée générale de l'association littéraire Tulalu!? dans une salle de formation de Bibliomedia Lausanne.

 

Bibliomedia Lausanne se trouve au 34 de la rue César-Roux, c'est-à-dire tout près de la place de l'Ours, en face du Gymnase du Bugnon.

 

Les membres de l'association y ont été accueillis par le directeur des lieux, Laurent Voisard, qui leur a présenté son établissement, lequel n'est habituellement pas ouvert au public.

 

Bibliomedia Suisse, a-t-il rappelé, est une fondation de droit public, créée en 1920, à partir du fonds de la bibliothèque du soldat constituée pendant la Grande Guerre.

 

Les buts de Bibliomedia Suisse sont exposés à l'article 2 de son Acte de fondation:

 

La fondation favorise le développement des bibliothèques de lecture publique en Suisse, notamment dans les régions insuffisamment pourvues. En leur procurant livres et autres médias, elle contribue ainsi à un certain équilibre entre les régions et les populations. Elle contribue à la promotion de la lecture et au libre accès à l'information.

 

Les lieux de Bibliomedia Lausanne ont une histoire. A l'origine, ils ont été construits en 1848 pour l'administration des douanes. Puis ils ont été transformés pour devenir l'École de médecine, de 1888 à 1959.

 

(On raconte que, depuis, des esprits hantent le bâtiment, où des cadavres étaient disséqués... Une certaine Helga se manifeste ainsi de temps en temps...)

 

Enfin, depuis 40 ans cette année, depuis précisément le 30 août 1979,  Bibliomedia Lausanne est installée dans ces lieux.

 

En dehors des prêts de livres papier et de livres numériques aux bibliothèques de lecture publique, Bibliomedia mène à bien diverses opérations, telles que:

- Né pour lire, destinée aux tout-petits;

- Wilkommen, destinée aux réfugiés et aux migrants;

- Lectures suivies, destinée aux écoles.

 

Chaque année la Fondation décerne un prix à un auteur romand, prix qui est doté de 5000 francs pour l'auteur et dont une centaine d'exemplaires sont achetés et distribués dans les bibliothèques publiques. Le lauréat 2019 est Daniel de Roulet, pour Dix petites anarchistes.

 

Le financement de la Fondation provient pour 51% de la Confédération, pour 42% des cantons et des communes et pour 7% des prêts (c.f. le rapport annuel 2018).

 

Après avoir vu tous les livres en dépôt à la rue César-Roux, environ 75000, le mot de Cicéron ne peut que venir à l'esprit:

 

Une pièce sans livres, c'est comme un corps sans âme.

 

Certes, encore faut-il les lire pour lui permettre de s'ouvrir...

 

Francis Richard

Caisses en bois dans lesquelles les livres circulaient de 1920 à 1960

Caisses en bois dans lesquelles les livres circulaient de 1920 à 1960

Rayons de bibliothèques des livres en dépôt

Rayons de bibliothèques des livres en dépôt

Hall de Bibliomedia Lausanne vu depuis le premier étage

Hall de Bibliomedia Lausanne vu depuis le premier étage

Partager cet article

Repost0
24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 21:45
Journal décalé ou l'apologue de la roue de secours

Chatou, le samedi 21 juillet 2018

 

Aujourd'hui, c'est la fête nationale belge et... le jour où je vais atteindre les quatre cents kilomètres de nage depuis le début de l'année. Bref, c'est une journée ... faste.

 

Notre garagiste habituel n'a pas voulu s'occuper de la crevaison du pneu avant gauche de la voiture familiale survenu l'avant-veille:

 

- Voyez avec votre assistance.

 

Oui, mais nous sommes samedi et je ne trouve pas trace d'une société d'assistance dans le dossier du contrat d'assurance. Nous allons donc nous assister nous-mêmes...

 

Comme je vis dans un pays (la Suisse) où deux fois par an on change ses quatre roues pour les chausser de pneus d'été, puis de pneus d'hiver, arrivé ici la veille au soir, ce n'est pas une affaire pour moi de changer une malheureuse roue...

 

Comme la photo le montre, l'espace pour opérer est étroit, mais je ne suis pas excessivement gros... Cela devrait donc jouer.

 

Dans la famille nous avons quatre véhicules: il y a neuf millésimes d'écart entre le premier (qui se trouve à Lausanne) et les deux suivants, neuf ans entre ceux-ci et le petit dernier, qui vient tout juste d'être acquis.


A l'école de conduite, mon fils, qui vient d'avoir son permis et son premier véhicule, celui de la présente année, n'a pas appris à changer une roue. Qu'à cela ne tienne, je vais lui apprendre...

Journal décalé ou l'apologue de la roue de secours

Pour ce faire, il faut que je lise la notice. Désorienté je suis: la notice en effet ne parle pas de roue de secours mais de galette. Et ladite galette ne se trouve pas dans le coffre...

 

En fait, il faut tourner un écrou situé dans le coffre, sous une trappe, avec la clé démonte-roue... pour descendre jusqu'au sol la galette, suspendue à un fil...

 

Je crois pouvoir la dégager, mais elle reste attachée à son cordon ombilical. Pour me donner le temps de la réflexion, je remonte la galette dans son logement et cherche en vain le cric dans le coffre... Mon fils me rejoint...

 

Sa venue a pour effet de faire tomber mon stress d'un cran et de libérer mes neurones. Du coup je lis la notice avec plus d'attention et je tourne l'écrou davantage: la galette peut enfin être dégagée du fait qu'il y a du mou...

Journal décalé ou l'apologue de la roue de secours

La galette est une roue équipée d'un pneu plus étroit: elle est prévue pour un usage temporaire; il ne faut pas rouler à plus de 80 km/h; et le pneu doit être gonflé à 4,2 bars...

 

Mon fils me conduit à une station-service et j'ajuste la pression de la galette qui était initialement de 1 bar... à la pression recommandée sur la jante.

 

Voilà. Maintenant il faut démonter la roue au pneu crevé... Solidaire de la galette, il y a une boîte contenant le cric et un démonte-cabochons.

 

Car les écrous de la roue sont revêtus de cabochons en plastique. La pince jaune pour les enlever s'avère inopérante. Pour mieux y accéder, j'enlève l'enjoliveur et les cabochons s'en vont avec parce qu'ils ne font qu'une seule et même pièce... Éclat de rire...

Journal décalé ou l'apologue de la roue de secours

C'est bien beau, mais maintenant il faut faire réparer le pneu crevé. Un voisin qui passe nous recommande le Feu Vert de Montesson... Nous nous y rendons à deux voitures.

 

Les pneus avant sont usés, ce qui explique la crevaison... La révision chez le garagiste habituel remonte à seulement fin mars...

 

Il est convenu d'inverser les pneus: les pneus arrière passeront devant, de nouveaux pneus seront mis à l'arrière. La voiture sera prête à 18 heures.

 

Vers 15 heures, appel de Feu Vert: les plaquettes de frein arrière sont usées... Il faudrait les changer... Va pour les changer! Le garagiste habituel a pourtant révisé le véhicule fin mars...

Journal décalé ou l'apologue de la roue de secours

Nouvel appel vers 15 heures 30: la voiture est prête. Nous allons la chercher et revenons soulagés de quelques euros...

 

Mon fils s'inquiète et vient me trouver:

 

- Je ne trouve ni roue de secours, ni galette dans mon coffre, contrairement à ce qu'indique la notice...

 

Il y a pourtant bien tout le matériel sous le tapis du coffre (cric, pince jaune, clé démonte-roue), mais pas de roue de secours, ni de galette.

 

Le tout a été remplacé par un kit, situé en-dessous du matériel inutile: il comprend une bombe anti-crevaison et un manomètre pour contrôler la pression...

 

Moralité:

 

Avant, il y a dix-huit ans, en cas de crevaison, il était nécessaire de savoir changer une roue par une autre, il y a neuf ans, le progrès aidant, ce n'était plus vrai, enfin plus tout-à-fait puisque la roue de secours était remplacée par une galette, et maintenant ce ne l'est plus du tout...

 

J'oubliais : le nom et le téléphone de la société d'assistance se trouvait sur la Carte verte d'assurance...

 

C'était bien un jour faste, puisque j'ai encore eu le temps d'aller nager mes deux kil... et d'avoir une douce pensée pour ma mère qui était belge, côté flamand...

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 06:00
Lycée Notre Dame de Boulogne, à Boulogne-Billancourt

Lycée Notre Dame de Boulogne, à Boulogne-Billancourt

Le chiffre 8, 发, dans la symbolique chinoise, signifie faire fortune, s'enrichir...

 

Et le chiffre 88, 拜拜, que l'on place à la fin d'un SMS, au-revoir, autrement dit...bye-bye.

 

1958

 

Le 19 mars, j'ai eu sept ans, l'âge que l'on dit de raison. En septembre je vais à l'école des garçons et je rencontre le premier jour des classes mon premier véritable ami, Jean-Luc K., que j'ai un peu perdu de vue ces temps mais qui reste mon plus vieil ami.

 

Pendant deux années scolaires et un tiers (du troisième trimestre de l'année scolaire 1955-1956 à juin 1958), je suis allé à l'école des filles, le Cours Dupanloup, tout proche, également à Boulogne-Billancourt, où ma soeur aînée m'a précédé et où mes soeurs cadettes me succéderont.

Cours Dupanloup 1955-1956: je suis le quatrième enfant assis à partir de la gauche...

Cours Dupanloup 1955-1956: je suis le quatrième enfant assis à partir de la gauche...

Mais, maintenant, je suis un grand. Je quitte l'univers mixte des petites filles et des petits garçons pour l'univers unisexe des sales galopins.

 

De toute façon je connais encore l'univers mixte à la maison puisque j'ai trois soeurs; la troisième est tout juste arrivée en janvier...

 

Je ne sais pas que j'en ai pris pour huit ans à l'École Notre Dame de Boulogne, devenue aujourd'hui, par la grâce de l'État, un lycée.

 

Je ne sais pas non plus que le germe libéral me sera inoculé quand mon professeur de français-latin de troisième sera viré par l'État, faute de diplôme, une fois l'école passée sous contrat...

Lycée Henri IV, à Paris

Lycée Henri IV, à Paris

Depuis 1965, je suis au Lycée Henri IV, un lycée prestigieux dans lequel j'ai été accepté à la suite d'un examen écrit.

 

Cette année 1965, mon père va bientôt avoir cinquante-neuf ans. Il me demande - je n'ai que quatorze ans - si je veux bien prendre sa suite à la tête de l'entreprise familiale.

 

Mon père est riche, pas mal riche même (j'apprendrai que sa plus grande richesse est son intelligence des êtres et des choses...). Bien que mes goûts personnels me destineraient plutôt aux lettres, j'accepte (le goût du lucre, certainement, déjà...), ce qui veut dire que je dois faire des études dites scientifiques...

 

Pour mettre toutes les chances de mon côté, mon père, qui connaît le proviseur d'Henri IV, me le fait rencontrer un dimanche après-midi de printemps.

 

Le lendemain matin, je passe l'examen - je n'ai pas le temps de stresser - et je suis le seul reçu sur les quelques deux cents candidats, avec un élève de troisième du lycée que cet examen rattrape...

Terminale à Henri IV: je suis le premier lycéen assis à partir de la gauche

Terminale à Henri IV: je suis le premier lycéen assis à partir de la gauche

1968

 

Pendant trois ans je vais donc apprendre à devenir un bon élève scientifique.

 

Tant bien que mal je le deviens, mais je reste d'une timidité maladive: toujours la peur de dire des bêtises, qui m'a empêché de dire un seul mot à mes parents avant mes quatre ans... Je préfère d'ailleurs toujours, et de loin, l'écrit à l'oral. Manque de chance, cette année-là, très particulière, le bac est entièrement oral.

 

Le littéraire contrarié refait surface: j'ai des notes mirobolantes dans les matières littéraires: en français, en philosophie, en anglais, en allemand, en histoire-géographie, et des notes catastrophiques dans les trois matières scientifiques: mathématiques, physique, sciences naturelles, où les coefficients sont les plus forts...

 

Résultat: j'ai mon bac C, bien sûr, malgré tout (la natation m'a donné des points supplémentaires...), mais, sans mention, je ne suis pas admis en prépa. Je dois quitter le lycée... et c'est ainsi, qu'après quelques péripéties, je me retrouve à l'École Polytechnique de l'Université de Lausanne...

Les établissements J.Richard & Cie, à Clamart

Les établissements J.Richard & Cie, à Clamart

1978

 

Mon père, après que lui et moi avons passé seulement trois ans ensemble à la direction de l'entreprise familiale, décide de prendre sa retraite à soixante-douze ans, à compter du 1er janvier 1979...

 

Au Tribunal de Commerce de Paris, pour devenir mandataire social, on me demande un extrait d'acte de naissance. Or je suis né le 19 mars 1951 à Uccle, Commune de l'Arrondissement de Bruxelles-Capitale, Province de Brabant, Royaume de Belgique.

 

Né à l'étranger, il me faut m'adresser au Service central de l'état civil du Ministère des Affaires Étrangères à Nantes. La réponse tombe le 28 novembre:

 

J'ai l'honneur de vous faire savoir que l'acte demandé n'a pas été retrouvé dans les registres détenus par mon service, m'écrit le Chef de cette administration.

 

En clair: ma naissance n'a pas été transcrite sur les registres consulaires de France en Belgique et je ne suis donc pas français, alors que j'ai accompli mon service national d'un an...

 

Après quelques péripéties juridiques et administratives, je deviens tout de même français...

Livret du pèlerin de Paris à Chartres de 1988

Livret du pèlerin de Paris à Chartres de 1988

1988

 

Si je ne suis pas un héros, ni un saint, je suis catholique, de tradition, notamment maternelle (le frère de ma mère est prêtre): personne n'est parfait...

 

Cette année 1988 est la dernière où les catholiques de tradition font ensemble, à la Pentecôte, le pèlerinage de Paris à Chartres.

 

C'est le deuxième pèlerinage, après celui de l'année précédente, que je fais avec le chapitre de Notre Dame des Armées, la chapelle de Versailles que je fréquentais quand j'y habitais avant de m'établir à Chatou.

 

Ma nature profonde refuse le sectarisme. Même si je garde des contacts amicaux avec ceux qui suivent alors Monseigneur Lefebvre après qu'il a consacré des évêques le 30 juin, je ne me reconnais pas dans cette mouvance qui se sépare de Rome.

 

Je m'y reconnais d'autant moins que je n'ai pas bien supporté les attaques dirigées par elle contre les prélats et les prêtres qui sont restés fidèles au pape et qui continuent de me guider spirituellement... Je ne trouve pas cela... chrétien.

 

Ces religieux, qui me guident avec bonté, ne font pas que de beaux sermons: ils prêchent d'exemple, vivent vraiment le rite tridentin et le chant grégorien, dont la beauté sublime (seule la liturgie des chrétiens orthodoxes rivalise...) me transporte jusqu'aux confins de la transcendance, si bien que je peux non pas dire que je crois en Dieu, mais que je Le sens...

 

Comme j'ai fait le voeu de faire une neuvaine de pèlerinages sur la route de Chartres, je vais respecter cet engagement les années suivantes (à l'exception de 1994) jusqu'en 1997, soit en tout dix pèlerinages, une de mes longues ascèses de l'époque (je ne compte pas dans ma neuvaine l'année où je n'ai fait qu'une partie du parcours...).

 

En 1991, j'écris un long Chant à Notre Dame, (seize quatrains) sur un rythme de Péguy, qui commence ainsi:

 

Nous revoici au pied de votre cathédrale.

Une année a passé, nous éloignant de vous,

Et nous tremblons de froid dans la bise qui râle

Parce que Mai l'oblige à se moquer de nous.

 

Nous sommes prêts à partir et à quitter Paris.

Nous n'attendons qu'un ordre et nous mettons en route.

Sur le dur asphalte nous faisons le pari

De marcher tout du long sans avoir aucun doute.

 

Nous savons bien pourtant ce qui lors nous attend.

Nos pieds endoloris qui se couvrent d'ampoules;

Le soleil qui nous brûle ou le très mauvais temps;

La chaleur ou le froid donnant la chair de poule;

 

Les chemins caillouteux succédant au bitume;

L'herbe foulée au pied par ceux qui vont devant

Et qui le lendemain suivant notre coutume

Se trouveront derrière à marcher dans le vent;

 

[...]

Londres cosmopolite, en 1998: au premier rang un Français (moi) et une Japonaise (Akiko), au second un Brésilien et une Kazakh

Londres cosmopolite, en 1998: au premier rang un Français (moi) et une Japonaise (Akiko), au second un Brésilien et une Kazakh

1998

 

En février, l'entreprise familiale est liquidée à ma demande.

 

Certes elle aurait pu continuer à vivoter et j'aurais pu continuer à la diriger, après l'avoir fait pendant près de vingt ans, mais le coeur n'y est plus. Je ne supporte plus le système économique et social de la France, paraît-il providentiel, que le monde entier lui envierait mais qu'il se garde bien de reproduire.

 

Après quelques péripéties, notamment un séjour à Londres de deux mois (pendant lesquels j'apprends à prononcer des mots de la langue de Shakespeare que j'ai lus en silence pendant des années), une recherche active d'emploi, une période pendant laquelle je suis indépendant, je m'exile en Suisse, pour respirer un air plus libre.

 

Fin 2000, je fais en effet la connaissance d'un patron à Lausanne, originaire du Pays Basque, qui me propose d'accompagner le développement de son entreprise (où je travaille encore, bien qu'il l'ait maintenant vendue), en m'occupant de l'administration des ressources humaines.

 

Les millésimes en 8, comme autant de ruptures

2008

 

Cette année-là, sur le conseil de mon cardiologue, j'arrête de me livrer à une autre de mes ascèses, celle du karaté-do que j'aurai pratiqué pendant quinze ans. Mon insuffisance aortique s'est aggravée depuis qu'elle a été diagnostiquée cinq ans plus tôt...

 

A partir du 24 mai, après quelques péripéties sur la Toile, je suis l'exemple de Michel de Poncins, qui a créé un blog sur la plate-forme Overblog, qu'il m'avait dit, à raison, facile d'emploi: j'y crée le mien, où j'ai fait paraître jusqu'à aujourd'hui plus de deux mille billets.

 

Si un de mes lecteurs, curieux, prend la peine de lire les premiers de ces billets et les compare avec les derniers, il se rendra compte de tout le chemin parcouru pendant ces dix ans...

 

Je suis un autre, ce qui est bien différent de la formule rimbaldienne (Je est un autre), et je suis le même. Je suis l'illustration même de ce que je pense intimement depuis toujours, à savoir que dans tout être humain il y a de l'inné et de l'acquis, sans qu'il soit possible de déterminer quelles en sont les parts respectives.

 

2018

 

Cette année, le 1er avril, j'aurais dû partir à la retraite. Je l'avais annoncé neuf mois plus tôt à mon employeur, mais, entre le moment de cette annonce et le terme de mon délai-congé, un incident indépendant de ma volonté s'est produit qui m'a contraint moralement à rester, jusqu'à peut-être un an de plus.

 

C'est pourquoi je me demande, en ce jour du dixième anniversaire de ce blog, quelle sera la rupture que devrait, en principe, augurer ce millésime en 8...

 

En attendant, comme je suis un homme de devoir tout autant que d'ardeur (je respecte en cela la devise que j'ai mise en tête de ce blog), je n'ose pas croire que l'actuel millésime en 8 bafouillera et que je devrais dire définitivement bye-bye à mes lecteurs...

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 22:55
Journal (un peu) décalé d'icelui qui blogue depuis neuf ans

23 avril 2017

 

Avant même que d'aller voter, en ce jour du premier tour de la présidentielle française, je sais que, quoi que je vote désormais, ce sera inutile. L'ami Philippe Karsenty, sur les réseaux sociaux, a prévenu que les jeux étaient malheureusement faits, ce que confirme le sondage publié par la RTBF à mi-journée.

 

Emmanuel Macron sera opposé à Marine Le Pen au second tour, autant dire qu'il sera le prochain président de la République française, même s'il sera élu avec moins d'ampleur que Jacques Chirac en 2002. Dans les médias, l'hystérie anti-fasciste succédera à la bienveillance dont a bénéficié la présidente du FN jusque-là: on jouera à se faire peur; ce sera pour mieux vous baiser mes enfants...

 

Le crime était donc finalement parfait. L'assassinat politique de François Fillon aura bien profité à Emmanuel Macron, comme je le prévoyais dès le 1er mars. J'espérais seulement que la résilience du candidat de la droite et du centre finirait par être récompensée et que les électeurs comprendraient qu'il en irait du redressement de la France de voter pour lui.

 

Au second tour, avant même que de voter au premier (c'est surréaliste), je sais donc que je voterai blanc. Mais je ne serai certainement pas le seul à être dégoûté de cette comédie électorale, où il aura été question de tout sauf des vrais enjeux. Car, avec Macron, on prendra les mêmes, mélangés à des têtes nouvelles, et on recommencera l'interventionnisme.

 

Avec Macron, en effet, on continuera de redistribuer toujours et encore, de protéger toujours et partout. On lancera des plans quinquennaux (50 milliards € pour l'investissement et 5 milliards € pour la transition agricole), comme aux heures les plus radieuses de l'URSS. On moralisera la vie publique: ce sera l'hôpital qui se foutra de la charité, après l'élimination minutieusement préparée de François Fillon.

 

Alors il ne restera plus qu'une chose à faire: mettre à profit les cinq ans qui viennent, d'avance perdus, pour combattre l'hégémonie culturelle de la social-démocratie et de l'État-providence, à l'origine du mal français, en défendant la liberté en tout, sans omettre, comme d'aucuns, la liberté économique sans laquelle il n'est que misère et ruines.

 

Ce sera peut-être alors le renouveau de la France, aussi florissant, j'espère, même si je ne suis pas sûr de le voir, que les primevères qui ont jailli spontanément dans mon jardin de Chatou il y a un mois...   

Journal (un peu) décalé d'icelui qui blogue depuis neuf ans

5 mai 2017

 

Depuis huit mois je souffre de douleurs aiguës au bras gauche. Cela coïncide peu ou prou avec la disparition de ma soeur Chantal, le 2 septembre 2016.

 

Au cours de ces huit mois j'ai subi des examens: neurologique, IRM, clinique. J'ai pris des médications: Ibuprofen, Lyrica (médicament que l'on prescrit contre l'épilepsie...), Neo Citran. J'ai fait des séances de physiothérapie, d'ostéopathie.

 

La seule chose qui ait la vertu de me soulager est de nager. Alors je nage, 2 kilomètres par jour, tous les jours. Et pendant deux, trois heures, après, je n'ai plus mal: un répit que je mets à profit pour m'avancer dans mon travail au bureau...

 

J'ai cru dès le début que je somatisais. La faculté n'y croyait pas. Le fait est cependant que j'ai rechuté aussitôt après une rupture d'amitié, le 4 décembre 2016, et que mes tentatives pour renouer ayant en fait échoué, ma douleur physique n'a fait que persister et embellir.

 

(La personne qui a rompu et moi-même sommes quittes - nous ne nous reverrons sans doute jamais, et peut-être est-ce mieux ainsi - puisque nous garderons chacun un souvenir de l'autre, à mes frais...)

 

Quoi qu'il en soit, je suis obligé de plus en plus de renoncer à des événements auxquels je suis invité ou qui sont organisés par des associations dont je suis membre. Je ne peux en effet rester en place plus d'un quart d'heure. J'appréhende sérieusement de devoir abandonner l'idée d'aller demain à un colloque sur l'Actualité de Benjamin Constant...

 

Quand on a pratiqué, comme je l'ai fait, pendant quinze ans, un art martial, on sait qu'il y a des liens étroits entre le corps et l'esprit. C'est pourquoi je tente quelque chose aujourd'hui, en dépit de ce que peut penser et me dire la faculté: je me rends à 17 heures à une séance avec le magnétiseur Denis Vipret, au World Trade Center de Lausanne.

 

Nous sommes vingt-cinq dans la salle. Arrivé en retard, je n'ai pas assisté au tour que Denis Vipret vient d'y faire, s'arrêtant derrière chacun, posant ses mains sur ses épaules, avant de passer au suivant.

 

Nous sommes trois retardataires. Quand mon tour arrive, je sens que deux ou trois fois Denis Vipret pose ses mains sur mes épaules. Ce faisant, que tout mon corps en est comme secoué...

 

Quand je passe le voir, après lui avoir remis le billet de 50 francs convenu, il me parle de mes jambes qui le préoccupent, puis quand je désigne mon bras, il me dit: Le bras gauche? et, faisant un geste comme si ce n'était pas bien grave, il me dit:

 

Tu as une bonne santé générale. Je m'en occupe.

 

Notre tête-à-tête n'a duré qu'une minute, tout au plus. Je pars et me rends à pied à la librairie La proue, où a lieu un vernissage organisé par les éditions Hélice Hélas. Ma douleur au bras gauche n'a jamais été aussi aiguë... et je dois renoncer au souper qui suit dans une pizzeria...

Journal (un peu) décalé d'icelui qui blogue depuis neuf ans

18 mai 2017

 

Il y a encore une semaine, j'aurais dit non à Barbara Polla. Elle m'a invité ce soir à souper avec elle et Ornela Vorpsi, l'auteur de Ci-gît l'amour fou. Pour me convaincre de venir, elle m'a envoyé une magnifique photo d'elles deux...

 

Comme mon bras me fait moins souffrir - est-ce l'effet Vipret ou les exercices que je pratique tous les matins pendant un quart d'heure? Je ne sais, Dieu le sait - j'accepte son invitation. Rendez-vous est pris à 19 heures 15, à la galerie fondée par Barbara, Analix Forever, rue Hesse, à Genève.

 

En attendant Barbara, qui présente ailleurs son dernier livre, Femmes hors normes, Chiara Bertini, la directrice de la galerie, me fait visiter et me commente l'exposition Full moon, où sont notamment accrochées des oeuvres de Sara Conti, de Mounir Fatmi et d'Ornela Vorpsi...

 

Les oeuvres de cette dernière, qui sont présentées ici, sont les originaux de peintures qui illustrent son recueil de poèmes, Pyjama aux chats. Quand Ornela et Barbara arrivent, la seconde me laisse avec la première à l'étage...

 

De sa voix grave, à l'accent charmant, la belle amourologue albanaise me lit et commente lesdits poèmes. Elle ne comprend pas que ces poèmes, dédiées à sa fille, aient été refusés par une maison d'éditions de livres pour enfants, parce qu'il y est question de saucisses: les gens ont décidément l'esprit bien mal tourné...

 

Pour leur donner tort, je ne résiste pas à la tentation de citer le début du Pyjama d'Angelica:

 

Dans ce vaste monde il y a tant de choses,

Des pyjamas gris des pyjamas roses.

Mais si tu trouves le pyjama aux chats

Cours, cours vite en faire l'achat.

Quand la nuit tombe les chats se réveillent,

Sortent du pyjama et dansent à merveille,

Ils te raconteront saucisses et hiboux,

La lune, les oeufs, les tombes des fous.

 

L'une des oeuvres exposées d'Ornela représente justement un chat noir avec, au-dessus de lui, en coupe, un oeuf dur qui symbolise tour à tour, selon que le blanc est bu ou que le jaune est avalé, le jour et la nuit... 

 

De la galerie, nous partons pour le Lyrique tout proche. Nous sommes une dizaine de convives. Je suis en agréable compagnie. Le timide que je suis en public se révèle, comme d'habitude, volubile en privé...

 

En quittant Barbara et ses amis, qui m'ont fait passer une soirée inoubliable et oublier ma douleur, je ne sais pas encore que je vais mettre deux heures pour rentrer chez moi, les derniers trains en Gare de Genève Cornavin, ayant été supprimés et remplacés par des bus jusqu'à Nyon, où un train, qui s'arrêtera à toutes les gares, m'emportera à petite vitesse à destination de Lausanne... où je passerai une nuit blanche, à lire.

Journal (un peu) décalé d'icelui qui blogue depuis neuf ans

24 mai 2017

 

Aujourd'hui, ce blog a neuf ans.

 

J'aurai écrit pas loin de mille huit cents articles pendant ces neuf ans. Pas mal pour quelqu'un dont un oncle est mort en écrivant, comme aurait dit feue ma mère en plaisantant...

 

C'est un anniversaire qu'il n'y aurait pas lieu de célébrer s'il n'y avait pas eu toutes ces lectrices et tous ces lecteurs pour me porter et m'obliger. C'est à eux, d'abord, que j'exprime ma gratitude. Sans toutes ces personnes, connues ou inconnues, qui me lisent, aurais-je tenu la distance?

 

Ce blog, qui mélange un peu tous les genres, est tout de même de plus en plus littéraire. Il faut dire que la lecture et l'écriture sont devenues mes deux béquilles dans l'existence.

 

C'est pourquoi il me faut exprimer ensuite ma gratitude à toutes celles et à tous ceux qui écrivent et que je lis. Grâce à elles et grâce à eux, je vis plus d'existences que si j'avais mille ans...

 

Comment qualifier les articles que j'écris sur les livres que je lis? Je ne porte pas de jugement ou très peu. C'est un trait de mon caractère: je ne suis pas capable d'être juge; j'essaie d'être le meilleur avocat possible.

 

Avec un peu d'expérience, mes lectrices et mes lecteurs savent à quoi s'en tenir sur ce que je pense... Qu'ils sachent en tout cas que si je parle d'un livre c'est qu'il trouve quelques grâces à mes yeux et que, si je n'en parle pas du tout, c'est pour ne pas en dire du mal, ou que je suis dépassé par le temps...

 

Enfin je tiens à exprimer ma gratitude à mon Créateur, qui me prête vie et qui peut me l'ôter quand Il veut. Je Le remercie surtout pour Son indulgence, car je ne sais pas toujours comment Lui être agréable...

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 21:50
The Place To..., avenue de Wagram à Paris

The Place To..., avenue de Wagram à Paris

Paris, le 28 janvier 2017

 

Cette journée sera une journée dense. J'en accepte l'augure, même si je suis fatigué par le travail intensif qui échoit à un responsable de l'administration des ressources humaines d'une grosse PME et à un gérant de caisse de pension chaque début d'année, et que je souffre d'une névralgie persistante et douloureuse au bras gauche.

 

A fin août 2016, j'avais une douleur à l'omoplate. Je pensais naïvement que cette douleur passerait toute seule. Car je ne suis pas du genre à consulter dès le moindre bobo. Mais, à la suite du décès de ma soeur Chantal, le 2 septembre, cette douleur a gagné l'avant-bras, puis le bras. Ce n'était plus une douleur sourde, elle était maintenant aiguë. Alors j'ai fini par consulter début octobre.

 

J'ai passé une IRM après avoir vu une neurologue. J'ai commencé une physiothérapie en novembre sur prescription de mon médecin du sport. Et je commençais à aller mieux, quand la douleur est revenue, plus forte qu'auparavant, après avoir reçu, le 4 décembre, un message de rupture d'amitié auquel je ne m'attendais pas et mon corps non plus. 

 

Depuis, rien n'y fait vraiment. La physiothérapie m'apporte quelques soulagements, puis je rechute. D'avoir vu mon ami défait à la prison de Bochuz, le 15 janvier dernier n'a rien arrangé. Le fait de nager quotidiennement mes deux mille mètres de nage libre me donne heureusement du répit, pendant une heure ou deux...

 

Aujourd'hui je n'aurai pas trop le temps de penser. Mon programme est celui d'un Homme pressé, comme disent mes proches, faisant allusion au célèbre roman de Paul Morand (dont je conserve précieusement le petit mot écrit sur du papier à en-tête du Montfleury de Cannes, du temps où j'étais étudiant à Lausanne et qu'il habitait le Château de l'Aile à Vevey).

 

Ma journée est effectivement dense, mais j'aime ça:

 

- Levé à 6:30, je vais de Chatou au Bois de Boulogne et à 8:30 je suis dans le bassin de 50 mètres de mon club parisien

- De là je vais au Chesnay, où à 10:00 j'assiste à une réunion d'une association dont je suis le trésorier

- De là je vais à la Porte Dauphine et y laisse ma voiture, prends le métro, descends à la station Ternes et me rends dans un magasin pour échanger un pantalon, acheté sur Internet, dont la taille est décidément trop grande (j'ai encore maigri)

- A The place to..., avenue de Wagram, je déjeune rapidement, reprends le métro, change à Villiers, direction la Bourse.

- Au Centre Saint-Paul, à 15:00, j'assiste à une conférence sur Hans-Hermann Hoppe de Jörg Guido Hülsmann, que j'ai connu lors d'Universités d'automne de l'économie autrichienne à Troyes

- Au Théâtre du Nord-Ouest, à 17:00, j'assiste à une représentation de Mahomet la pièce de Jean-Luc Jeener

- Dans un restaurant japonais, au Vésinet, tenu par mon ami Eric, à 21:00, je soupe tardivement avec mon fils aîné...

Une du Canard Enchaîné du 25 janvier 2017

Une du Canard Enchaîné du 25 janvier 2017

Lausanne, le 5 mars 2017

 

Depuis que Le Canard Enchaîné a publié son article sur Penelope Fillon, les chiens se sont déchaînés contre François Fillon, le candidat des Républicains, grand vainqueur de la primaire de la droite et du centre. Dans un article publié sur ce blog le 6 février 2017 j'ai repris l'expression employée par François Mitterrand lors de la mort provoquée de Pierre Bérégovoy.

 

Je ne m'étais pas trompé quand j'avais écrit à propos de ces chiens: Je vous souhaite bon courage, Monsieur Fillon. Car soyez sûr qu'ils ne vous lâcheront plus maintenant qu'ils ont trouvé vos os à ronger. Mais je ne m'étais pas fait que des amis en osant prendre la défense de quelqu'un du système, qui en avait profité, comme tous, et qui résistait à un véritable déchaînement dirigé contre lui seul.

 

Il y avait les vertueux, les soi-disant purs qui s'offusquaient de ce qu'un candidat à la présidence de la République ait pu se comporter ainsi. Ils faisaient penser aux Animaux malades de la peste, trop heureux de pouvoir s'en prendre à l'âne qui avait commis le crime abominable de manger l'herbe d'autrui et qui, gens querelleurs, étaient tous, au dire de chacun, de petits saints...

 

Et le fabuliste de conclure:

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

 

La fable d'aujourd'hui est de dire que la justice française est indépendante, alors que tout le monde sait, mais il ne faut pas le dire, qu'elle est un instrument du pouvoir. C'est d'autant plus hypocrite que le Parquet national financier est une instance d'exception et qu'il n'est pas compétent s'agissant d'un parlementaire dont le cas ne peut être instruit que par ses pairs...

 

Il y avait les gardiens du temple du libéralisme qui ne trouvaient pas François Fillon si libéral que ça et qui, d'un mouvement de menton, ne comprenaient pas que je puisse défendre son programme. Mais ils ne m'avaient pas lu ou ne savaient pas lire, sans doute en raison des séquelles laissées en eux par l'instruction qu'ils avaient reçue en France ou ailleurs...

 

Sinon, ils auraient compris que l'heure était trop grave pour faire la fine bouche. Bien sûr que le programme de François Fillon n'est pas libéral, qu'il est même celui d'un étatiste, comme tous les hommes politiques le sont en France. Mais il l'est moins que tous les autres et certaines des mesures annoncées sont réellement susceptibles d'engager un processus de rupture.

 

C'est ce processus de rupture qui m'importe, comme à d'autres libéraux  et non des moindres. Et puis, j'ai en tête ce que des socio-démocrates sont parvenus à faire en Nouvelle-Zélande, au Canada ou en Suède, évitant par là même le pire à leur pays. Ce que je ne souhaite pas à la France que j'aime, ne me résolvant pas à penser que les Français n'auront que ce qu'ils méritent.

 

De plus la forte résilience de François Fillon m'incline à penser qu'il est l'homme de la situation, même s'il est loin d'être parfait, puisqu'en France le régime républicain est présidentiel, sans réels contrepouvoirs, et qu'il faut bien faire avec, même si c'est regrettable. Alors je pense que les médias, les juges, les politiciens ont eu tort de le diaboliser, faussant la campagne et les sondages.

 

Il se pourrait bien qu'il y ait une surprise le 23 avril, du même genre que celle de la large victoire de  François Fillon à la primaire de la droite et du centre... Les dizaines de milliers de personnes qui se sont réunies aujourd'hui au Trocadéro pour soutenir François Fillon sont peut-être un signe de cette possibilité... Et c'est pourquoi j'appelle ce jour au rassemblement derrière lui.

Ma chair médecine : Performance du groupe Esperimentoquadro

Ma chair médecine : Performance du groupe Esperimentoquadro

Lausanne, le 18 mars 2017

 

Aujourd'hui j'ai encore soixante-cinq ans, jusqu'à demain... Je suis encore dans les derniers temps de cet âge, qui coïncident avec ceux de l'hiver cette année. Demain j'aurai donc une pige de plus. Autant bien profiter de ces derniers moments de jeunesse...

 

Aujourd'hui, pas de chance, je ne suis pas très bien. Je suis allé quand même nager à midi, ne voulant pas manquer un jour d'entraînement. Depuis hier j'ai déjà parcouru cent cinquante kilomètres de nage cette année...

 

Aujourd'hui je ne suis pas très bien. J'ai dû attraper froid. Et suis légèrement aphone. Ce n'est pas vraiment le moment. Car ce soir j'ai accepté de lire un texte dans le cadre d'un événement, Ma chair médecine, qui a lieu au Cinéma Bellevaux, à Lausanne, et qui est organisé par Barbara Polla et sa fille Roxane Varone.

 

Alors je me soigne: thé vert au miel, Homéovox (ce qui fera hurler les allopathes...). Le fait est que je retrouve ma voix le moment venu... Reste à vaincre ma timidité maladive... Alors je mets le maximum d'atouts de mon côté.

 

Hier soir j'ai retranscrit le texte que j'ai choisi pour cet événement afin d'en faire une lecture fluide et compréhensible par l'auditoire. C'est en effet un extrait, en français du XVIe siècle, du chapitre XIII, du Livre III des Essais de Michel de Montaigne.

 

Dans ce texte, mon cher Montaigne parle de la douleur et, plus particulièrement, de la douleur que lui procure la gravelle dont il est atteint. La gravelle, ce sont des coliques néphrétiques dues à des calculs rénaux...

 

J'ai retranscrit le texte à partir de l'édition dans la Pléiade des Oeuvres complètes établie en 1962 par Maurice Rat, qui était voisin de mes parents à Auteuil... tout comme l'était le compositeur Michel Legrand (c'est l'avantage d'être de haute roture, comme disait Jacques Perret).

 

A l'aide de l'édition folio classique, parue en 2009, établie par Emmanuel Naya, Delphine Reguig et Alexandre Tarrête, j'ai modernisé l'orthographe. Puis j'ai introduit une ponctuation adéquate. Enfin j'ai utilisé une police de confort.

 

Tout cela n'a pas empêché le timide que je suis de trembler quand je suis monté sur la petite scène du cinéma. Je me répétais pour m'encourager la phrase de Turenne:

 

Tu trembles carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais où je veux te mener...

 

Bref, mes souvenirs d'art martial aidant, j'ai tenu le coup, observant scrupuleusement le conseil avisé de mon fils aîné, reçu dans l'après-midi:

 

Pour la lecture, si tu as ce message à temps, je t'adresse un conseil classique, mais qu'on ne donne sans doute jamais assez, et qui se justifie d'autant plus avec un texte ancien comme celui de Montaigne : ne va pas trop vite. Prends le temps, laisse le temps aux gens d'entendre le texte. Ils auront la chance d'avoir en face d'eux quelqu'un qui aura beaucoup séjourné dans Montaigne et qui l'aime sincèrement : surtout qu'ils puissent en profiter au maximum ! L'agrément de ta voix fera le reste...

 

Pour avoir écouté des enregistrements de ma voix, je ne l'aime pas, mais des goûts et des couleurs...

 

Jusque passées 23 heures, j'ai échangé avec bonheur avec les autres lecteurs de la soirée. Il faut dire que ma timidité disparaît comme par enchantement quand je suis en petit comité et en agréable compagnie, dont celle de Barbara et de Royane, de robe rouge vêtues toutes deux, les jambes gainées de noir, dans des collants sexy...

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 22:40
Crépuscule du soir, le 27 décembre 2016

Crépuscule du soir, le 27 décembre 2016

27 décembre 2016

 

Tôt ce matin, passé minuit, je suis arrivé à Saint Jean-de-Luz, ville qui m'a vu renaître à la vie début avril 1951, après deux tentatives avortées de lui fausser compagnie: le jour de ma naissance, celui de la Saint Joseph, à Uccle, en Belgique, et cinq jours plus tard, au même endroit, c'est-à-dire à la Clinique des 2 Alice, dans un bâtiment démoli depuis...

 

Cette année-là, sur décision de mon père, ma mère et moi nous installons donc ici dans une pension de la rue Sopite, Chez Loulouche. Nous sommes tout près de la plage et de l'immeuble où ma mère acquerra un appartement en 1964, qu'elle habitera les dix-sept dernières années de sa vie. Sa tombe se trouve ici, au cimetière Saint-Joseph...

 

Loulouche, dont je n'ai jamais su le vrai nom, tiendra bien des années plus tard un kiosque à journaux sous la Pergola. Pendant un temps j'irai y acheter des quotidiens et parler avec elle de la pluie et du beau temps, et du bonheur d'être en vie. Elle avait en effet survécu à un cancer du sein qui ne se soignait pas alors comme on le fait aujourd'hui.

 

Daddy aurait voulu que je m'appelle Joseph, certes parce que je suis né un 19 mars, mais aussi parce que le témoin de mon atterrissage s'appelait Joseph. Mes parents ont préféré m'appeler Francis, comme mon oncle Frans. Grâce soit rendue à Pie XII d'avoir institué, en 1955, la solennité de Saint Joseph artisan: car c'est là un de mes saints patrons...

 

Depuis quelques années maintenant je viens ici seul, en pèlerinage, pour passer d'un millésime l'autre. C'est peut-être, sans que je sache pourquoi, le seul endroit au monde où je me sente bien et où je trouve un bienfaisant refuge quand j'ai du vague à l'âme, ce qui est le cas en cette fin d'année 2016, qui aura bien commencé et finit moins bien.

 

A quelque chose malheur est bon. J'ai appris - on apprend à tout âge - plein de choses cette année. J'ai appris notamment que les personnes auxquelles je tenais le plus étaient celles qui tenaient le moins à moi et qu'il ne fallait surtout pas que je leur fasse part de mes sentiments: ça les fait fuir à toute allure, ma modeste personne étant redoutable...

 

J'ai donc appris à m'effacer, pour ne pas gêner. Je fais ça très bien maintenant. Sans doute parce que je ne m'offusque plus d'être ravalé du rang d'ami à celui de simple connaissance, ce qui correspond bien mieux à mon insignifiance: il n'est vraiment pas besoin de mots pour me la faire sentir; il suffit de rompre, de m'ignorer ou de me saluer poliment.

"Chez Loulouche" se trouvait là, à l'angle de la rue Gabriel Deluc et de la rue Martin de Sopite

"Chez Loulouche" se trouvait là, à l'angle de la rue Gabriel Deluc et de la rue Martin de Sopite

28 décembre 2016

 

Depuis ma naissance, ou presque, je me rends pour faire du sport dans un endroit très privilégié, la Croix-Catelan, qui se trouve dans le Bois de Boulogne. Fondé en 1882, le Racing, puisqu'il s'agit de lui, de club est devenu société sportive quand la concession qui lui était accordée a été dénoncée en 2006 par le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

 

Depuis 2007, la Croix Catelan n'est donc plus concession du Racing Club de France, dont j'ai été membre de 1951 à 1958, puis de 1965 à 2006, mais du Lagardère Paris Racing, dont je suis resté client depuis lors et où je vais nager mes deux kilomètres quotidiens quand je suis à Paris, c'est-à dire assez souvent, un week-end sur trois en moyenne.

 

A chaque renouvellement de l'abonnement, il faut produire un certificat  médical de non contre-indication à la pratique sportive (sic). Mon vieil ami médecin ayant pris sa retraite l'an passé à septante ans, j'ai donc pris rendez-vous ici avec le médecin du sport que je connais et qui, lui, tout comme moi, n'est pas près de prendre la sienne...

 

En cette période de fêtes de Noël et de Nouvel An, il est absent mais sa fille le remplace. Le patient ne perd rien au change, parce que c'est une frêle, jeune et jolie doctoresse... En m'examinant elle est doublement épouvantée. Mon souffle au coeur ne peut pas être ignoré tant il se manifeste bruyamment. Mon torse est couvert d'ocelles comme un léopard.

 

Les ocelles, ou rosettes, qui couvrent mon torse par dizaines sont en fait des kératoses séborrhéiques. Rien de grave: ce n'est pas contagieux, c'est simplement héréditaire. Mon père m'a gentiment légué ces sortes de grains de beauté... A plusieurs reprises je les ai fait enlever en les faisant brûler à l'azote liquide ou décoller au scalpel...

 

Depuis que j'ai renoncé à plaire à la gent féminine, j'ai également renoncé à ces opérations qui me procuraient une douleur exquise. Mais la doctoresse impressionnée par cette prolifération me recommande vivement de consulter un dermato pour m'assurer que, dans le lot, il n'y ait pas de mélanomes, ces insidieuses tumeurs cancéreuses.

 

Mon souffle au coeur a été détecté il y a maintenant treize ans. Il semblerait que ce défaut de fabrication soit d'origine. La doctoresse impressionnée par le bruit produit, amplifié encore par son stéthoscope, me recommande vivement de refaire un test d'effort. Je me trompe quand je lui dis que j'en ai passé un il y a seulement quatre ans...

 

En fait, le seul test d'effort que j'ai subi remonte au 5 novembre 2007, jour du trentième anniversaire de la mort de René Goscinny, qui a succombé à une telle épreuve, ce qui n'avait pas laissé de m'entêter... Cette anomalie m'a inspiré une nouvelle, parue en 2012, dans Le coeur à l'ouvrage, sous la direction de Louise Anne Bouchard.  

"Le Bar Basque", boulevard Thiers, que fréquentait Déon

"Le Bar Basque", boulevard Thiers, que fréquentait Déon

29 décembre 2016

 

Sur un réseau social, j'apprends sur le journal d'un ami que Michel Déon, né en 1919, n'est plus, qu'il est donc le dernier des quatre préfaciers de l'édition de 1956 de l'Amour vagabond d'André Fraigneau à avoir tiré sa révérence, après Roger Nimier (1925-1962), Antoine Blondin (1922-1991) et Jacques Laurent (1919-2000).

 

Les quatre écrivains que Bernard Frank avait qualifiés de hussards dans un article resté célèbre des Temps Modernes, paru en 1952, ne revendiquaient pas cette appellation qu'ils ne contrôlaient pas. Mais cette étiquette leur colle toujours à la peau et y collera indéfiniment, parce qu'il faut bien amalgamer et cataloguer...

 

Tous quatre étaient pourtant très différents, mais ils avaient en commun de s'être opposés dans les années 1950 à l'existentialisme et à la littérature dite engagée, d'aimer le beau style, de refuser les modes, d'avoir du panache, et de cultiver la désinvolture, jusque dans la défaite, ce que Laurent appelait mourir en triomphe.

 

Après cette annonce j'ai fait le tour de trois librairies de la ville. Une seule avait (en poche) deux livres de Déon: Un taxi mauve, qui a été porté à l'écran par Yves Boisset, et un petit livre de miscellanées que je ne connaissais pas, Je me suis beaucoup promené..., et que me suis empressé d'acquérir et de commencer à lire...

 

Sur ce blog j'ai rendu compte de quatre de ses livres: Journal 1947-1983 à L'Herne (2009), Lettres de château chez Gallimard (2009), De Marceau à Déon - De Michel à Félicien chez Gallimard (2011), A la légère chez Finitude (2013). Et mon petit doigt me dit qu'il a eu connaissance de l'un d'entre ces articles...

 

En septembre 1968, quand je suis allé à Venise, j'avais dans mes bagages Je ne veux jamais l'oublier; en octobre 1970, j'avais fait une promenade immobile avec Les poneys sauvages; en août 1977, lors d'une croisière dans les Cyclades, j'avais emporté avec moi Le balcon de Spetsaï et Le rendez-vous de Patmos...

 

Dans Je me suis beaucoup promené..., que je me suis promis de terminer pendant la nuit de la saint Sylvestre, j'ai déjà relevé une petite phrase qui me parle: La vraie beauté est peut-être dans l'éphémère...

 

Souper de la Saint Sylvestre 2016

Souper de la Saint Sylvestre 2016

31 décembre 2016

 

Bien que je ne sois pas comptable, je dresse aujourd'hui sommairement le bilan de mes activités personnelles en 2016:

 

- je n'ai pas pris ma retraite le 1er avril, alors que j'avais atteint à ce moment-là l'âge ordinaire en Suisse...

- j'ai perdu irrémédiablement une amitié, à laquelle je tiens toujours: je garderai jusqu'à mon dernier souffle le souvenir ému des quelques moments de vrai bonheur qu'elle m'aura procurés

- j'ai écrit sur ce blog, au cours de l'année, 240 articles, en ne comptant pas celui-ci

- j'ai lu près de 300 livres, dont je n'ai pas eu l'énergie de tous rendre compte

- j'ai très peu dormi (ce qui inquiète mon fils cadet...)

- je me suis promené beaucoup à Lausanne, à Genève, à Sierre, à Paris, à Chatou, à Saint Jean-de-Luz, à Madrid...

- j'ai nagé un peu plus de 679 km à Lausanne, Pully, Prilly, Genève, Paris, St Germain-en-Laye, St Jean-de-Luz et même Madrid, dont un peu plus de 30 km, ici, en mer...

 

Bref, je suis vieux et usé, comme l'a répété Daddy, mon grand-père maternel, pendant quelque trente ans...

 

Mon père disait que j'étais un sybarite. Il avait raison: j'aime le luxe et les plaisirs raffinés, même si je suis tout-à-fait capable de m'en passer. Ce soir, bien que seul, je compte bien profiter de mets et boisson de qualité (de toute façon il m'est devenu impossible d'absorber des quantités).

 

Ce dernier soir de l'année, je me suis donc préparé le menu suivant:

- Bisque de homard

- Saumon élevé en Norvège et fumé au bois de chêne dans les Landes

- Fromage de brebis à la confiture de cerises cuisinée au Pays Basque

- Salade d'endives aux noix de cajou et dés de gingembre

- Gâteau basque à la crème

 

Le tout accompagné d'une demi-bouteille de Cuvée des Moines, Besserat de Bellefon, le champagne brut que mon père aimait...

 

Pour terminer l'année, que, maintenant, je devrais passer, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui ont eu la gentillesse de me lire cette année, de m'avoir témoigné de l'amitié, de ne pas trop m'en avoir voulu pour les idées singulières que je professe.

 

Je souhaite le meilleur à toutes et à tous et, puisque je sais intuitivement que Dieu existe, je Lui demande de vous avoir toutes et tous en Sa Sainte Garde, plus particulièrement toutes celles et tous ceux que j'aime et qui ne m'aiment pas...

 

Francis Richard

Crépuscule du soir, le 31 décembre 2016

Crépuscule du soir, le 31 décembre 2016

Partager cet article

Repost0
10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 18:30
Maison Fournaise, sur l'Île des Impressionnistes, à Chatou

Maison Fournaise, sur l'Île des Impressionnistes, à Chatou

5 décembre 2016

 

Ce soir je n'irai pas à la dernière rencontre de la saison de Tulalu!?. Si je ne l'étais pas déjà, j'en serais malade. Après une sombre parenthèse, je croyais en avoir fini avec les idées noires et retrouver toute ma joie de vivre, qui correspond mieux à ma nature ardente de perpétuel optimiste que le spleen baudelairien.

 

Avant-hier je n'ai pas résisté à aller me promener solitaire sur les berges de l'île de Chatou, aux abords de la Maison Fournaise, chez laquelle fréquentèrent Renoir et Maupassant. Cette lumière automnale reflétée par la Seine me donnait envie de jouer à nouveau du pinceau sur une toile...

 

Hier j'ai pris connaissance d'un premier message, envoyé la veille par la personne qui m'intimide, m'annonçant que notre amitié était compromise par le fait que - je schématise - ma situation avec elle ne m'apportait pas un réel équilibre et qu'il me fallait retrouver la sérénité. Alors j'ai tenté de m'expliquer.

 

La tentative était vouée à l'échec parce que ce premier message m'avait déstabilisé. Alors le timide que je suis a osé essayer de faire comprendre l'incompréhensible. En relisant mon message je me rends compte combien j'ai été maladroit en tentant d'expliquer pourquoi j'étais intimidé par elle et que je me dérobais parce qu'elle se dérobait.

 

Depuis des mois, cette personne me dit, message après message: à très bientôt ou à très vite. Elle sait que j'ai grande envie de la revoir: je le lui ai dit et ai certainement eu tort. En début d'année sa présence lumineuse et sa spontanéité m'avaient littéralement enchanté. Je lui laissais l'initiative de me faire signe quand elle voudrait.

 

Le lendemain de mon anniversaire avait été particulièrement enchanteur. Nous avions pris un verre au Musée Olympique, puis au White Horse. Cette rencontre m'avait tellement fait de bien que quelques jours plus tard je lui écrivais que sa compagnie ce jour-là avait certainement été le plus beau cadeau qui m'ait été fait cette année. J'ai sans doute trop reçu et pas assez donné...

 

J'ai tenté d'expliquer que j'avais souffert qu'elle ne me fasse jamais signe, alors qu'en début d'année nous nous étions vus plusieurs fois sans problème. J'ai tenté d'expliquer que je suis d'un naturel timide, ce que d'aucuns ont du mal à croire. Pourtant je ne me sens à l'aise qu'en tête à tête ou en petit comité.

 

Le fait de ne jamais me faire signe a fini par me faire douter qu'elle veuille vraiment me revoir et cela a commencé à m'intimider. Cette timidité qui étonne les autres remonte pourtant à ma petite enfance. Mes parents m'ont raconté que je n'avais pas dit un mot avant quatre ans. Une psy leur a expliqué que je craignais de m'exprimer mal et d'importuner les autres.

 

Quand j'ai appris que Patrick Modiano souffrait du même mal, qu'il était plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral, sans me comparer à lui j'ai été réconforté: je n'étais pas seul dans mon cas. Mais cela n'est pas toujours très confortable pour autant. Quelques semaines avant le dernier Salon du Livre de Genève, mon ami Max Lobe m'a proposé d'animer avec lui une rencontre et j'ai dû décliner.

 

Toujours est-il que mes explications n'ont pas été convaincantes puisque j'ai reçu pour toute réponse ce message laconique: L'amitié comme tu la conçois ne me convient pas. Et nos échanges s'arrêtent là. J'en ai eu le souffle coupé comme si j'avais reçu un coup au plexus. Vis-à-vis de mes proches j'ai réussi cependant à faire bonne figure.

 

N'ayant pas dormi la nuit qui suivait, je me suis rendu au bureau comme un zombie. A midi je suis même allé nager. Mais, juste après, j'ai commencé à ressentir de violentes douleurs au ventre. Je suis rentré chez moi, complètement choqué. Ma tête fonctionnait toujours, mais mon corps lâchait et mes jambes se sont mises à flageoler.

 

Quand ma soeur Chantal est morte début septembre, une douleur à l'omoplate s'est transformée en névralgie cervico-brachiale me faisant souffrir énormément. Cette rupture d'amitié de la part d'une personne à laquelle je tiens beaucoup, elle, m'a atteint aux tripes, provoquant même des saignements inquiétants... et une perte de poids: mon IMC (19.8) est limite...

 

Par ce message j'ai donc appris que j'avais une conception de l'amitié qui ne lui convenait pas, sans qu'elle me fasse connaître la sienne. Alors j'ai réfléchi à l'amitié et je crois comprendre que je n'ai effectivement pas la même conception de l'amitié que celle que je devine en elle: c'est quand un ami est au plus mal que je ne le laisse pas tomber.

 

Pour avoir cette conception de l'amitié, encore faut-il accepter les autres comme ils sont et tenter de les comprendre, surtout si, bien involontairement, on est quelque peu responsable de ce qui leur arrive; encore faut-il ne pas vouloir préserver à tout prix sa tranquillité, que pourrait troubler malencontreusement la détresse d'un ami.

 

Quand je suis ainsi considéré comme un moins que rien - comment expliquer autrement le vilain procédé utilisé pour me donner congé? - j'ai recours à la visualisation. Et je visualise souvent une scène parisienne: j'ai vingt-cinq ans; je suis présenté à une grande dame, qui me tend la main et ne me voit pas; je prends cette main; elle me la serre et me dit:

 

Je sens que vous êtes authentique.

 

Cette grande dame s'appelle Arletty. Et ce qu'elle me dit est le plus beau compliment qu'une femme m'ait jamais fait. Cette visualisation me console de tout. Plus rien ne peut alors m'atteindre. Je visualise aussi sa silhouette, qui est aussi élégante que sa personne, et je m'infuse de ce que sont la vérité, la beauté et la bonté d'âme.

 

Maintenant que j'ai été douché - et de quelle manière! - je sais que je peux croiser cette personne à laquelle je n'arrive pas à en vouloir et à laquelle je tiendrai jusqu'à mon dernier souffle - cela, rien ne pourra me l'ôter, même pas toi, lui ai-je répondu. Je peux la croiser sans qu'elle m'intimide: je ne crains plus de la décevoir et de l'importuner, c'est fait.

Pénitencier de Bochuz (photo parue dans la Tribune de Genève du 04.02.2014)

Pénitencier de Bochuz (photo parue dans la Tribune de Genève du 04.02.2014)

10 décembre 2016

 

Ce que je pensais le 5 décembre de la personne qui m'intimide était faux, complètement faux. Et je l'ai appris, peu de temps après, à ma grande honte: je suis assis, un livre à la main, ce qui ne surprendra personne; je sens une présence; elle est plantée devant moi; je lève les yeux et elle me parle. Elle m'a vu et elle est venue à moi, sans agressivité, pleine de tristesse.

 

En fait, quand elle m'a dit ne pas avoir la même conception que moi de l'amitié, elle voulait dire qu'elle n'aurait pas fui comme moi les deux fois où nous nous sommes croisés et, surtout, qu'elle n'aurait certainement pas raconté à tout le monde ce qui ne regardait que nous. Je suis resté bouche bée. Je ne pouvais dire mot.

 

Ou plutôt si, j'ai eu la possibilité de lui faire observer qu'elle n'était pas identifiable dans ce que j'avais publié, ce dont elle a convenu. Pour justifier qu'elle ne m'ait pas fait signe pendant tout ce temps, elle me dit que plein de choses étaient survenues dans sa vie, dont il n'est évidemment pas question que je dise quoi que ce soit ici.

 

Faisant les questions et les réponses, je n'ai donc pu placer qu'un mot. Puis elle est partie, parce qu'elle était pressée. Quand je l'ai revue de loin, un peu plus tard, je lui ai fait timidement un petit signe de la main, auquel elle a répondu par un petit signe de la main. Nos relations se sont arrêtées là, avec cet épilogue et cet échange de gestes lointains.

 

Elle et moi, nous ne nous reparlerons sans doute jamais. Elle m'a dit mon fait sans que je réplique. Je n'aime pas disputer. Et j'étais de toute façon trop timide même pour lui dire qu'elle avait raison. Puisse-t-elle seulement pardonner au timide que je suis de ne pas avoir su résister à son besoin vital de s'extravertir par l'écriture, qui ne peut être satisfait que publiquement.

 

Comme aujourd'hui je dois rendre visite à un détenu au pénitencier de Bochuz, les jours qui ont précédé je tente de me divertir de mes tourments. Je vais le 6 au Grand-Saconnex pour la soirée de soutien organisée par le Cosunam et j'assiste le 8 à une pièce au Théâtre des Trois-Quarts à Vevey. Il ne faut pas que je présente une face de Carême à un ami qui est dans la peine...

 

Dieu sait si l'on m'a mis en garde. En rendant visite à un condamné en vertu de l'article 64 du Code pénal suisse, je me compromets. Ce que de tels criminels ont commis est si grand qu'il leur vaut l'internement à vie. Mon ami est-il innocent ou coupable? Peu me chaut. Tous ses amis lui ont tourné le dos? S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là... Je n'aurai jamais l'âme d'un juge, mais toujours celle d'un défenseur...

 

Les visites aux Etablissements de la plaine de l'Orbe ont lieu le samedi de 14:15 à 15:45. Il faut se présenter devant le portail au moins un quart d'heure avant. Il est 13:45 quand j'arrive. Seules deux voitures me précèdent. Je suis le seul Suisse parmi les visiteurs et je suis... le premier à qui l'on ouvre le portail, en m'indiquant de me parquer à gauche en entrant.

 

C'est la première fois que je vais en prison. Dans ma voiture j'ai laissé ma montre et mon smartphone. Je me présente à la réception. Je dois vider mes poches, enlever ma ceinture, ma parka, me déchausser et passer sous le portique. A Singapour, les pièces de monnaie qui se trouvaient dans ma poche de poitrine l'avaient fait sonner et j'avais senti tout soudain les canons de plusieurs pistolets-mitrailleurs s'appuyer sur mon torse...

 

De l'autre côté du portique on me rend mon portefeuille et mon porte-monnaie, mes chaussures, ma parka. Je laisse mon peigne, mon permis de circulation, mes clés de voiture et d'appartement, ma carte d'identité: tous ces objets seront mis de côté dans un tiroir portant mon numéro de visiteur; ils me seront rendus à la sortie. 

 

Les autres visiteurs m'ont rejoint. Ils doivent suivre le même rituel. Je comprends pourquoi il faut arriver en avance. Nous sommes moins d'une dizaine aujourd'hui et le quart d'heure d'avance n'est pas de trop. Après l'ouverture de la porte, nous traversons la cour, dans le froid. Des grillages hérissés de barbelés nous entourent. Nous pénétrons dans le bâtiment, qui fait face au portail et dont l'ouverture de la porte est commandée à distance.

 

Nous devons nous débarrasser de nos manteaux et parkas. Il y a encore trois portes à franchir avant que nous ne nous retrouvions dans le foyer familial, qui n'est pas très grand, une quarantaine de places assises tout au plus, avec une machine à café et des distributeurs de boissons et de friandises. Les tables de deux à quatre personnes sont attribuées: une carte porte le nom du détenu. Je m'installe à celle de mon détenu, qui est au bord de la fenêtre et qui donne sur un jour gris.

 

Cela fait bien longtemps que je n'aie revu cet ami, sept ans peut-être. Non seulement tous ses amis (Ce sont amis que vent emporte/ Et il ventait devant ma porte, poétisait Rutebeuf), mais tous ses proches n'ont plus voulu avoir à faire à lui. Ils n'ont pas cherché à savoir le pourquoi du comment. Puisque la justice humaine l'avait condamné, il était forcément coupable. D'ailleurs c'était écrit dans le journal, donc c'était vrai... Il me raconte son histoire d'innocent jugé coupable et je le crois...

 

Bizarrement le juge, l'avocat, qui lui a été commis d'office, n'ont pas tenu compte du document qui clairement l'innocente. Le visiteur de prison qui m'avait contacté pour m'informer de sa détention m'en avait parlé. Mais il n'était pas entré dans les détails au téléphone. Quand cet ami me dit de quoi il s'agit, je ne peux douter de son innocence et suis inquiet qu'il soit aussi facile d'interner à vie quelqu'un en Suisse...

 

Un des torts de mon ami est de ne pas avoir reconnu les faits, sinon il aurait déjà purgé sa peine... Un autre de ses torts est d'être Français: c'était un facteur aggravant dans son cas... Il est cependant vraisemblable qu'il ne restera pas en prison. Des procédures sont engagées pour le faire libérer et, en attendant, maintenant que je connais le chemin, il peut compter sur mes visites et mes prières pour le soutenir et lui montrer que tout le monde ne l'a pas abandonné.

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 20:15
La nuit obscure

La nuit obscure

6 novembre 2016

 

Hier, c'était le 33e anniversaire de la mort de mon père, Robert Richard, que j'ai tant aimé et admiré. J'ai donc vécu un peu plus de temps sur Terre sans lui qu'avec lui. Cela me donne le vertige parce que notre belle complicité ne me semble pas aussi lointaine.

 

Mon amour et mon admiration pour lui étaient telles que je ne pouvais rien lui refuser. Aussi quand, alors que j'ai tout juste quatorze ans, il me demande de décider si je veux prendre sa suite à la tête de l'entreprise familiale, n'est-il pas question pour moi de refuser.

 

Un dimanche de juin 1965, en conséquence, nous allons voir le proviseur du lycée Henri IV que mon père connaît par le Rotary. Le lendemain, sans préparation aucune, je passe avec succès les épreuves très sélectives d'admission au célèbre lycée parisien.

 

Mai 1968 prend un sens tout particulier pour moi: mon père, craignant que son fils rebelle à toutes formes d'embrigadement ne connaisse en France un mauvais sort, l'envoie faire ses études supérieures en Suisse, où il intègre l'EPUL qui deviendra l'EPFL.

 

Depuis mon oui, il s'est passé dix ans, service militaire compris, quand je rejoins l'entreprise familiale en septembre 1975. Très vite je me rends compte que ce n'est pas ce que je croyais. Au même moment, Robert Hersant me fait proposer de rejoindre l'équipe du Figaro...

 

Robert le Diable a en effet eu connaissance de mes écrits helvétiques... Et la tentation est forte pour moi de lui dire oui. Mais je suis foncièrement timide, et je n'ose pas dire à mon père que je renonce, préférant contrarier ma nature littéraire plutôt que de le contrarier lui.

 

Une page se tourne. Il y en aura ainsi beaucoup d'autres du même genre dans ma vie de timide, qui vient du verbe latin timere... Et je les tournerai avec moins de bonheur que celles des livres que je lis et dans lesquels je cherche toujours à trouver quelque substantifique moelle.

 

Aujourd'hui je croise lors d'un événement annoncé par un réseau social la personne, que je me sais, depuis le 21 octobre, incapable d'aborder si elle ne m'a pas fait signe ou qu'elle ne me voit pas. A moins de deux mètres d'elle, mon coeur bat la chamade. Je m'esquive...

 

Sur la place où j'ai parqué ma voiture, je lui envoie un message pour lui signaler que je viens de la voir et que je la salue. Puis, les larmes de pluie se substituent à celles qui ne me viennent pas aux yeux, et je m'en vais l'âme en peine, aussi noire que la couleur du ciel.

Le dernier album de Leonard Cohen

Le dernier album de Leonard Cohen

13 novembre 2016

 

Je suis à Paris, au plus près des lieux où s'est déroulée la nuit barbare il y a un an. Et j'ai honte de me sentir d'humeur aussi noire alors que je ne suis pas touché par de tels malheurs. J'ai l'impression d'être un enfant gâté par la vie et qui refuse obstinément de lui sourire.

 

Le 7 novembre dernier, j'ai reçu vers midi un message de la personne que j'ai saluée la veille par message, n'ayant pas osé l'aborder par timidité. Elle trouve que c'est fou ça que je ne lui aie pas dit bonjour lors de l'événement de la veille. Je lui réponds le soir-même:

 

Quand j'ai le sentiment que quelqu'un n'a pas plus envie que ça de me voir, il m'intimide, je me sens insignifiant et préfère ne pas lui imposer ma présence, ne serait-ce que pour dire bonjour...

 

Pauvre de moi! Je m'étonne après ça de ne pas recevoir de réponse d'elle... Mais ce silence, que j'ai bien mérité, me blesse, me fait sombrer, c'est-à-dire que plus le temps passe, plus je deviens sombre et coule, conscient de mon insignifiance et de ma nullité.

 

Le 10 novembre, j'apprends la mort de Leonard Cohen, survenue trois jours plus tôt. La mort de cet aîné qui m'est semblable me touche à un point que je n'aurais pas imaginé. Son dernier album, You want it darker, est noir d'ailleurs comme ce que je broie en ce moment.

 

Leonard Cohen dit ainsi au Seigneur qu'il est prêt, I am ready, my Lord, et, venant de perdre sa muse lointaine, il Lui chante notamment ceci, qui me touche et qui, dans le même temps, me berce parce que sa voix est bien chaude avec ses accents graves:

 

There is a lover in the story

But the story's still the same

There's a lullaby for suffering

And a paradox to blame

But it's written in the scriptures

And it's not some idle claim

You want it darker

We kill the flame

 

... Hier soir, j'ai cru bon d'envoyer un long message pour développer celui du 7 novembre, espérant naïvement que je recevrais cette fois une réponse, que ce message serait compris comme un cri de détresse. Mais je n'y ai pas cru un instant et ai sombré davantage...

 

Dans Une saison en enfer, que j'ai relu dans la nuit, Arthur Rimbaud, dit qu'il parvint à faire s'évanouir dans [son] esprit toute l'espérance humaine. Je n'en suis pas là. Encore qu'il faille le dire très vite. Ce que je fais toutefois, pour ne pas m'assombrir encore plus...

Isabelle Falconnier, lors de l'inauguration officielle de Lausan'noir, le 18 novembre 2016

Isabelle Falconnier, lors de l'inauguration officielle de Lausan'noir, le 18 novembre 2016

Le 20 novembre 2016

 

Pendant toute la sainte journée de ce dimanche je lis, transporté dans le temps, celui de la Renaissance, et dans l'espace, celui de l'Écosse. Je continue à remonter la pente que je descendais allègrement, si je puis dire. Car, ces temps, je vis et vois ma vie en noir.

 

Puisque le noir est mis dans mon existence, j'ai dit oui à l'invitation d'assister à l'inauguration officielle de Lausan'noir, le festival du polar. Cet événement a lieu à l'Espace Arlaud, place de la Riponne. Je m'y rends à pied depuis Ouchy et passe par le Grand-Pont.

 

Sur le Grand-Pont, je m'arrête et me penche. Mais ma nature a horreur du vide et je me redresse vivement, pour ne pas y sauter... Trois choses de toute façon m'attachent Ici-Bas: la béquille de l'écriture, le plaisir de la lecture et le liquide amniotique des piscines...

 

Dieu, dont j'ai une connaissance purement intuitive et pas du tout raisonnée, pascalienne en somme, me laisse entièrement libre et je lui en sais gré. Mais, à son égard, je suis également timide. À mon tréfonds, je l'aime tant et si bien que je crains de lui déplaire à lui aussi...

 

Au festival du polar, je fais des rencontres, avec des femmes et des hommes que j'aime. Bien que je souffre d'une violente névralgie au bras, de leur parler me donne le sentiment d'exister. Aussi, quand, au retour, je repasse sur le Grand-Pont, n'ai-je pas même l'idée de me pencher...

 

Hier matin, ragaillardi, je reprends suffisamment confiance en moi pour envoyer un message à la personne qui m'a rendu à ma timidité (et qui d'ailleurs n'a pas répondu à mon long message). Je lui dis que je me réjouis du projet personnel dont elle a fait part sur un réseau social.

 

Cette fois, cette personne me répond laconiquement, et me remercie: le reste de ma journée en est éclairé... Comme quoi il suffit vraiment de peu de chose pour que mon humeur chagrine ne le soit plus et pour que la lumière remplace les ténèbres dans mon esprit.

La rue Saint-François, à Lausanne, le 27 novembre 2016

La rue Saint-François, à Lausanne, le 27 novembre 2016

27 novembre 2016

 

Hier j'ai passé une excellente journée à l'hôtel Alpha-Palmiers, où avait lieu la Journée libérale romande 2016, consacrée au système de santé suisse, qui n'est pas si libéral que ça et qui ne le deviendra pas de sitôt, de sombres nouvelles menaces étatiques pesant sur lui.

 

J'ai passé une excellente journée parce que j'ai fait des rencontres avec des femmes et des hommes que j'aime. Bien que je souffre d'une violente névralgie au bras, de leur parler me donne le sentiment d'exister. Tiens, cela me rappelle quelque chose... Je bégaie...

 

Aujourd'hui je vais au théâtre, en fin d'après-midi. Le spectacle n'est pas réjouissant, mais il est édifiant, et peut-être cela m'aidera-t-il à cesser de me livrer à un égotisme doloriste. Ma douleur physique dans le bras devrait amplement suffire à mon contentement.

 

Alors que je quitte la salle, assise à l'autre bout du premier rang, je vois la personne que je n'ose aborder depuis trois semaines par timidité. Quand je passe à moins d'un mètre d'elle, elle ne me voit pas: je dois être transparent ou l'ombre de moi-même (j'ai encore perdu du poids)...

 

Cette fois encore je me suis esquivé, je suis rentré chez moi la mort dans l'âme, me traitant de tous les noms. J'ai eu recours à la béquille de l'écriture et ai retrouvé mon équilibre. Je n'ai pas résisté à la tentation de lui envoyer un message pour lui dire que je l'avais croisée.

 

Dans sa réponse, elle me dit que j'aurais dû lui dire bonjour, elle me dit encore qu'elle avait pensé à moi et qu'elle avait donc dû ressentir ma présence... Ma vie de timide est pleine d'occasions manquées et doit susciter chez les autres bien des désappointements. 

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 13:30
Journal décalé d'un timide au milieu des tubes

On n'a rien trouvé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.

(Amélie Nothomb, Métaphysique des Tubes)

 

8 octobre 2016

 

Dans mon immeuble, depuis quelques jours les travaux d'assainissement de la chaufferie se traduisent par... une absence de chauffage. Car j'ai dû fermer la vanne de mon unique radiateur pour leur accomplissement. Or cela coïncide justement avec une baisse des températures extérieures.

 

Hier soir le concierge m'a dit que je pouvais rouvrir ma vanne. Je me suis dit que c'était bien ma veine. Mais, rien. J'ai attendu toute la nuit que quelque chose se produise, sans doute par l'opération du Saint-Esprit. Au matin, toujours rien. Je pense bêtement à Lavoisier: Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme...

 

Il doit y avoir de l'air dans les tubes (de mon radiateur). En écrivant cette phrase je me rends compte de leur caractère insolite si elle était comprise dans un sens musical. Nous sommes samedi et je ne vois pas comment je parviendrai à tenir tout un week-end sans chauffage, d'autant que ma douleur à l'omoplate gauche persiste et signe.

 

Il y a un peu plus d'un mois que j'ai mal à cette omoplate. Cela correspond à peu de choses près au décès de ma soeur Chantal. J'ai pensé bêtement qu'en quelque sorte je somatisais cette perte irréparable pour moi. Il semble bien que non, qu'il y ait autre chose, une raison purement physique à cette douleur, peut-être d'origine musculaire.

 

Bizarrement cette douleur disparaît quand je nage, mais réapparaît aussitôt après, comme s'il fallait que je bénéficie de ce sursis pour la supporter. Comme je suis réticent à l'emploi de tous médicaments, hors nécessité absolue bien sûr, je prends mon mal en patient, préférant apprivoiser la douleur plutôt que de la cacher.

 

Contacté par le concierge, l'administrateur en personne de l'entreprise de chauffage arrive en milieu d'après-midi. Il vient vidanger les tubes. Pour ce faire il démonte la vanne, mais l'aiguille qui permet le réglage de température lui échappe et se perd quelque part dans mon modeste logis. Il me demande de l'aide.

 

Pendant qu'il va chercher au garage une pièce de rechange, je tiens donc une bouteille de PET sous l'arrivée d'eau chaude, dont il a limité le débit avec un bout de papier de ménage... Une fois revenu il répare la vanne et très vite l'eau remplit les tubes. En partant il me prie de l'excuser pour cette intervention peu professionnelle.

 

Comme je suis bien trop content d'avoir du chauffage, avec ma grandeur d'âme légendaire, je lui pardonne volontiers cet aveu spontané qu'il me fait sans que j'aie eu besoin de le soumettre à la question. Il me laisse sa carte si jamais. J'ai bon espoir que ce sera jamais. Et nous nous quittons bons amis.

Journal décalé d'un timide au milieu des tubes
Journal décalé d'un timide au milieu des tubes

12 octobre 2016

 

La douleur est passée de l'omoplate au bras. J'avais pensé bêtement que c'était musculaire et je m'étais laissé aller au début à prendre quelques cachets d'Ibuprofène 400 mg, histoire de relaxer le muscle, de lui permettre de se remettre tout seul en place. Mais, comme cette tentative a fait long feu, je me suis tourné vers l'acupuncture pour les nuls.

 

Il y a bien longtemps, huit ans déjà, je pratiquais le karate do de style shotokan. Bien qu'en principe les coups ne devaient pas être portés lors des randori, de temps en temps j'en prenais un mauvais. Feue ma mère m'avait alors offert un Quartzo. Un appareil, basé sur la piézo-électricité, qui envoie des décharges électriques, en appuyant sur une poignée.

 

Cet appareil est en fait un substitut aux aiguilles de l'acupuncture. Au lieu de stimuler un point névralgique avec une aiguille, cet appareil permet de le faire en balayant ledit point, ce qui suppose toutefois de supporter la décharge électrique produite mécaniquement, qui est certes de faible courant, mais qui est fortement stimulatrice.

 

En feuilletant le livre du docteur Hervé Robert, j'ai pu identifier, maintenant que la douleur est apparue dans le bras, qu'il s'agit en fait d'une névralgie cervico-brachiale, autrement dit qu'il s'agit d'une sciatique du bras. Le fait est qu'en stimulant les différents points correspondant aux 5e, 6e, 7e et 8e nerfs cervicaux et au 1er nerf dorsal, j'ai éprouvé du soulagement.

 

Ce soulagement n'était, et n'est, pas durable. Alors, contraint et contrit, je me suis résolu à consulter et, aujourd'hui, je consulte une neurologue. Qui en arrive aux mêmes conclusions, après avoir stimulé les mêmes points, soit avec des électrodes, soit avec des aiguilles, pendant une bonne heure de temps, appréciant que son patient le soit et ne soit pas douillet.

 

La doctoresse pense que la douleur provient bien des vertèbres cervicales et me prend rendez-vous pour une IRM. Cet examen devrait permettre de déterminer quelle est l'origine de la douleur, qui, faute de soins appropriés, est en train de s'aggraver et de me perturber jusque dans mon travail et dans mon sommeil déjà léger.

Journal décalé d'un timide au milieu des tubes
Journal décalé d'un timide au milieu des tubes

19 octobre 2016

 

C'est bien connu. Un tube n'arrive jamais seul. Ce jour je dois passer une IRM cervicale. Cet examen consiste à enfiler le patient dans un tube tel que celui de l'image ci-dessus et de réaliser des images par résonance magnétique. Inutile de préciser qu'il vaut mieux ne pas être claustrophobe (j'ai fait de la plongée et de la spéléo dans mon jeune temps) et ne pas avoir d'allergies.

 

Par voie intraveineuse, on m'injecte en effet du gadolinium, un produit de contraste comme ils disent, un métal classé parmi les terres rares dans le tableau des éléments sous le symbole Gd. C'est pour mieux te voir, mon enfant, aurait dit Charles Perrault. Comme c'est un produit qui déshydrate, on me conseille de boire beaucoup au cours de toute la sainte journée...

 

Il ne faut surtout pas bouger pendant cet examen et je crois ne pas bouger d'un cil. En fait je bouge, sans m'en rendre compte. Ce qui fait que la radiologue doit s'y reprendre à plusieurs fois pour que les images soient interprétables par ma praticienne. Car je n'en saurais pas davantage aujourd'hui: il me faudra attendre de revoir ma neurologue à qui sera adressé un rapport écrit, tandis que je suis le gardien du disque réalisé.

 

Pendant ce temps-là, chez moi, ce jour, la colonne d'eau froide de mon entrée d'immeuble est traitée. Les tubes d'eau, attaqués à 45%, sont recouverts d'une importante couche de rouille. Pour les restaurer, ils sont d'abord sablés avec un produit à base de silice, puis protégés en les revêtant d'un produit plastique dérivé du pétrole. Après ça, ils seront comme neufs et leur durée de vie considérablement augmentée.

 

Résultat: je n'aurai plus d'eau froide pendant deux jours, c'est-à-dire qu'il ne me faudra pas songer à prendre une douche (elle serait brûlante) et qu'il ne me faudra pas tirer la chasse d'eau; pour vider les toilettes il me faudra déverser un grand baquet d'eau chaude, à l'ancienne (enfin je suppose). Heureusement que je nage tous les jours et que je pourrai prendre ma douche à la piscine... 

Journal décalé d'un timide au milieu des tubes

21 octobre 2016

 

Aujourd'hui je me réjouis d'aller voir une pièce de théâtre. Car le théâtre est certainement avec la lecture et l'écriture ce qui m'apporte le plus de plaisir. Ma journée a été particulièrement stressante au travail et - y-a-t-il un lien de cause à effet ? - j'ai particulièrement mal au bras gauche. Après m'être changé, je prends donc la route pour Sierre où se joue Le mort saisit le vif, une pièce de Viviane Bonelli, d'après le roman d'Henri Troyat.

 

Avant de prendre l'autoroute, en montant vers La Conversion, je m'aperçois que mon phare droit est éteint et que non seulement je suis en infraction, mais surtout que je vais avoir du mal à retourner à Lausanne à l'issue du spectacle... Comme je suis parti un peu tard, 18:15, et que la pièce commence à 20:00, je ne suis pas sûr d'arriver à temps si je dois m'arrêter pour changer le tube.

 

Certes je suis un peu fou, mais je préfère finalement remplacer ce fichu tube. A ma grande surprise j'arrive, en un rien de temps, à démonter le tube, à trouver dans la station-service le bon modèle, H7, à le remonter et à repartir. Au total je ne me suis arrêté que 15 minutes, montre en main. Est-ce le stress, ma douleur devient insupportable et je n'ai rien pris pour la soulager. Alors, il me faut penser bêtement à autre chose.

 

Il y a un mois, en arrivant à Saint Jean-de-Luz, j'ai envoyé un mail idiot à une personne dont je croyais avoir ainsi perdu l'amitié. Ce qui m'avait rendu très malheureux. Mais j'avais eu, somme toute, la bonne idée d'en parler ici, dans mon journal décalé. Du coup elle m'avait envoyé un gentil message me disant qu'elle me conservait toute son amitié et qu'elle était prête à me revoir quand je voudrais.

 

A ce message j'avais répondu que c'était à elle de me faire signe, quand elle le voudrait et quand ça l'arrangerait elle. En réponse, elle m'a écrit: A très vite, alors ! Un mois a passé sans qu'elle me fasse signe. Ce n'est pas grave. Je sais qu'elle est très occupée et que je suis bien insignifiant. L'important pour moi n'est plus tant de la revoir que de ne pas avoir perdu son amitié.

 

Je me dis que quand je la reverrai, sans qu'elle m'ait fait signe et sans qu'elle m'ait vu, par timidité, je m'esquiverai, parce que je penserai qu'elle n'y tient pas tant que ça à me voir, que je ne veux surtout pas m'imposer à elle et que, de toute façon, je suis bête et que c'est pourquoi je n'ai pas besoin de me dire: Tu te crois intelligent? Je sais que je ne le suis pas, et c'est tant pis pour moi...

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 08:20
Entrée de Pully Plage, le matin du 17 septembre 2016

Entrée de Pully Plage, le matin du 17 septembre 2016

17 septembre 2016

 

Il est 8:59. Je me trouve tout seul à l'entrée de la piscine de Pully Plage. Cette piscine joue les prolongations pendant une semaine. La Piscine de Montchoisi et Bellerive Plage ont déjà fermé, depuis le 11 septembre. Tous les jours de ces prolongations, je nage mon content, mes deux kilomètres quotidiens.

 

Depuis la perte irréparable de ma soeur Chantal, je somatise et ne parviens pas à verser la moindre larme. Au début je suis abattu, littéralement, puis j'éprouve une terrible douleur à l'épaule gauche, qui irradie dans le haut du bras, du même côté. Curieusement, cette douleur, tenace pourtant, se fait oublier quand je nage...

 

Aujourd'hui il fait vraiment froid, 13°C dans l'air, tout au plus. Et il pleut, cru. Je suis seul dans ma ligne d'eau. Dans la ligne qui jouxte la mienne, une jeune trentenaire survient, nage le crawl, tout comme moi. Quand elle accélère, je fais de même et je maintiens, par jeu, la même avance que j'ai sur elle...

 

Une douche chaude ne suffit pas à me réchauffer. Car j'ai encore perdu du poids. C'est en perdant le peu de graisse qui me reste sur les os et en somatisant qu'en quelque sorte je fais mon deuil... Dans ma voiture je ventile à fond pour me réchauffer. Celle-ci sera ainsi prête pour mon long voyage de la journée.

 

A midi, bagages faits, je pars donc pour St Jean-de-Luz. Je renonce à l'itinéraire conseillé par Via Michelin. Il est vraiment trop compliqué, même s'il est nettement plus court. La route, je le sais, sera longue, mais ma 306 GTI avalera les kilomètres sans problème, en dépit de la pluie et de ma fatigue morale.

 

Au bout de deux heures, je m'arrête pour manger une morce, un sandwich au thon (c'est à Londres que j'ai contracté cette addiction) et une salade de fruits. Je découvre sur mon smartphone un mail très gentil d'une personne, avec laquelle je suis encore ami et qui ne peut être rien d'autre.

 

Ce mail va me turlupiner tout le long de la route. Il taraudera mon esprit même quand, rituel obligé, j'écouterai les Concertos brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach, en contemplant, sur la gauche de l'autoroute, la Chaîne des Puys. Ce mail ne m'apprend rien, mais il me met bien en face de la réalité, sans détour.

 

Arrivé à ma maison, Etche Alegera, à 23:30, je me précipite sur mon laptop. Mais le wi-fi ne fonctionne pas. Au bout d'un peu moins de deux heures de rage, je réponds, précipitamment, au mail reçu, via mon smartphone, me dévoile complètement... et romps tout soudain une belle amitié, irréversiblement.

 

Bien sûr, j'aimerais ne pas avoir envoyé ce fichu mail, qui maintenant me détruit à petits feux, et revenir en arrière, mais n'y ai-je pas employé des mots aussi définitifs et irrémédiables que la mort? Comment serais-je crédible si je me déjugeais, quelque temps plus tard?

Coucher de soleil sur la baie de St Jean-de-Luz, le 18 septembre 2016

Coucher de soleil sur la baie de St Jean-de-Luz, le 18 septembre 2016

18 septembre 2016

 

N'ayant quasiment pas dormi, je culpabilise deux fois: d'avoir envoyé ce mail idiot (je pensais que ne plus voir la personne me ferait moins souffrir que de la voir, or c'est tout le contraire); d'avoir cassé ma liaison Internet et d'avoir accusé à tort mon fils Roland, le dernier à être venu ici.

 

Quand j'ai tout rebranché, la box SFR est tombée et je crois bien l'avoir détruite, par précipitation. Comme j'ai donc à peine dormi, souffrant doublement, je me force à aller faire des courses alimentaires en ce dimanche matin, parce qu'après je sais que cela ne sera plus possible.

 

Dans mes bagages j'ai emporté avec moi une cafetière Nespresso, commandée quelques jours plus tôt par Internet et livrée le lendemain. En la déballant je me rends compte que la prise électrique est aux normes suisses. Heureusement, en faisant mes courses, je trouve un adaptateur idoine.

 

Je dors un peu l'après-midi. Quand je me réveille, je me rends à la plage, pour me baigner. Mais la plage est surveillée et le drapeau rouge est mis. D'ordinaire, hors saison, la houle (ou la pollution due aux pluies) ne m'aurait pas fait reculer devant l'obstacle. Mais je ne tiens pas à être amendé...

 

Rentré chez moi, je consulte les horaires de la piscine de St Jean. Elle ferme à 18:00 le dimanche. Le temps de prendre ma voiture et d'y aller, j'arriverai pour la fermeture... Je peste contre le sort qui semble s'acharner contre moi et fais diversion en me rendant à l'église où Louis XIV a épousé Marie-Thérèse

 

Ce soir, pas d'Internet, pas de téléphone fixe, pas de télévision, et pas le coeur de lire, pour une fois. En rangeant mes affaires, je découvre, au milieu de la véritable bibliothèque que j'ai emportée avec moi, un coffret d'une série, Les revenants, que mon fils Roland m'a offerte. Je suis sauvé...

Coucher de soleil sur la baie de Saint Jean-de-Luz, le 19 septembre 2016

Coucher de soleil sur la baie de Saint Jean-de-Luz, le 19 septembre 2016

19 septembre 2016

 

J'ai tout débranché de la Box SFR: la prise du téléphone fixe, la prise de la télévision et la prise d'alimentation. J'ai débranché la Box elle-même de la ligne téléphonique extérieure. Je suis prêt à me rendre dans une boutique de l'opérateur pour procéder à un échange de Box...

 

Au préalable, à 9:30, j'appelle la boutique SFR de Bayonne, celle de Saint Jean-de-Luz étant fermée le lundi. Je m'entends dire (expression dérivée de l'anglais?) que je dois d'abord appeler le service technique de SFR (dont je n'ai pas trouvé le numéro sur Internet avec mon smartphone...).

 

Au 1023, après deux fois 8 mn d'attente (jai été coupé), on me dit de tout rebrancher. Ce que je fais. D'appuyer avec un cure-dent dans le trou re-set. D'éteindre et de rallumer en actionnant le bouton power. Rien ne se passe. Ou plutôt si: après avoir clignoté indéfiniment, le voyant au lieu d'être vert fixe est orange fixe.

 

Je m'entends dire cette fois qu'il faut attendre que la Box se synchronise. Cela peut demander jusqu'à 8 heures (avec Sunrise, en Suisse, cela met 5 à 10 mn...). Rendez-vous téléphonique est donc pris, à 18:00... J'enrage, et peut-être est-ce un bien pour un mal, parce que j'oublie un peu mon mauvais mail...

 

Vu ma déconvenue d'hier, je me rends à la piscine de Saint Jean-de-Luz, qui ouvre le lundi à 12:00 en période scolaire et je nage enfin mes 2 kilomètres qui m'ont tant manqué hier... L'après-midi j'ai de toute façon rendez-vous à 15:00 à Bayonne... ce qui m'occupera, d'autant que la praticienne est charmante.

 

Un peu avant 18:00, je rappelle le 1023. Il y a 6 mn d'attente. Quand j'ai le technicien, il me reproche d'avoir devancé le rendez-vous...Rien n'a changé. La Box ne fonctionne toujours pas. On me propose le prêt en boutique d'un boîtier 3G, en attendant l'intervention d'un technicien sur place. On m'envoie un SMS de confirmation...

La grande plage de Saint Jean-de-Luz, en fin de matinée, le 20 septembre 2016

La grande plage de Saint Jean-de-Luz, en fin de matinée, le 20 septembre 2016

20 septembre 2016

 

8:00. Toujours pas de SMS. La Box est toujours à l'orange fixe. Je rappelle le 1023. Je m'entends dire cette fois qu'il n'y a pas besoin de SMS, que je peux me présenter en boutique pour retirer un  boîtier 3G, moyennant le dépôt d'un chèque de caution de 60 €: on n'est jamais trop prudent avec un vieux client...

 

A 10:00, sept personnes attendent l'ouverture de la boutique SFR de Saint Jean-de-Luz. 20 mn plus tard je repars, tout content, avec mon boîtier 3G à la main: mon blog va pouvoir retrouver vie et moi avec (que serais-je sans l'écriture consolatrice?). Arrivé à la maison, je jette un coup d'oeil méprisant à la Box...

 

Je manque de faire tomber de mes mains le boîtier 3G: l'orange est passé au vert... comme par miracle. Tout fonctionne: le téléphone fixe, la télévision et toutes ces chaînes que je ne regarde pas et, surtout, Internet, qui m'est indispensable pour mon blog et pour être joignable par mon employeur...

 

Comme on dit, les affaires reprennent. Sauf que je vais devoir rapporter le fichu boîtier 3G à la boutique SFR... L'après-midi, je recevrai un coup de fil sur le fixe. Pour me remercier de ma fidélité, SFR me proposera gratuitement davantage de services et de chaînes de télévision... Le bonheur est dans la Box...

 

Le calme m'est revenu après cette tempête numérique. A midi j'ai pu nager dans la mer, une mer d'huile, revêtu de ma combinaison Tribord, made in Thaïland, de la digue aux chevaux à celle de l'entrée du port, distantes d'un peu plus de 800 mètres. Un aller-retour sublime...

 

Le soir, je me souviens et je frémis. Quand m'est arrivé ce que j'ai appelé l'épreuve de quatorze,  pendant une semaine, du 24 mai 2014 au 1er juin 2014, mon blog est devenu inaccessible. Cela a coïncidé avec une autre rupture, dont je ne me suis d'ailleurs jamais remis et dont j'avais pris la malheureuse initiative.

 

Mon principal tort est d'être, à chaque fois, dans le déni de ma réalité. Il faut dire que mon esprit et mon corps (hormis peut-être mon visage qui a quelques traits un peu vieux) ne me disent pas mon âge et que mes sentiments sont toujours adolescents...

 

Bis repetita placent pour le recalé en amitié que je suis... et serai peut-être toujours.

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
  • Contact

Profil

  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

Références

Recherche

Pages

Liens