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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 22:55
Journal (un peu) décalé d'icelui qui blogue depuis neuf ans

23 avril 2017

 

Avant même que d'aller voter, en ce jour du premier tour de la présidentielle française, je sais que, quoi que je vote désormais, ce sera inutile. L'ami Philippe Karsenty, sur les réseaux sociaux, a prévenu que les jeux étaient malheureusement faits, ce que confirme le sondage publié par la RTBF à mi-journée.

 

Emmanuel Macron sera opposé à Marine Le Pen au second tour, autant dire qu'il sera le prochain président de la République française, même s'il sera élu avec moins d'ampleur que Jacques Chirac en 2002. Dans les médias, l'hystérie anti-fasciste succédera à la bienveillance dont a bénéficié la présidente du FN jusque-là: on jouera à se faire peur; ce sera pour mieux vous baiser mes enfants...

 

Le crime était donc finalement parfait. L'assassinat politique de François Fillon aura bien profité à Emmanuel Macron, comme je le prévoyais dès le 1er mars. J'espérais seulement que la résilience du candidat de la droite et du centre finirait par être récompensée et que les électeurs comprendraient qu'il en irait du redressement de la France de voter pour lui.

 

Au second tour, avant même que de voter au premier (c'est surréaliste), je sais donc que je voterai blanc. Mais je ne serai certainement pas le seul à être dégoûté de cette comédie électorale, où il aura été question de tout sauf des vrais enjeux. Car, avec Macron, on prendra les mêmes, mélangés à des têtes nouvelles, et on recommencera l'interventionnisme.

 

Avec Macron, en effet, on continuera de redistribuer toujours et encore, de protéger toujours et partout. On lancera des plans quinquennaux (50 milliards € pour l'investissement et 5 milliards € pour la transition agricole), comme aux heures les plus radieuses de l'URSS. On moralisera la vie publique: ce sera l'hôpital qui se foutra de la charité, après l'élimination minutieusement préparée de François Fillon.

 

Alors il ne restera plus qu'une chose à faire: mettre à profit les cinq ans qui viennent, d'avance perdus, pour combattre l'hégémonie culturelle de la social-démocratie et de l'État-providence, à l'origine du mal français, en défendant la liberté en tout, sans omettre, comme d'aucuns, la liberté économique sans laquelle il n'est que misère et ruines.

 

Ce sera peut-être alors le renouveau de la France, aussi florissant, j'espère, même si je ne suis pas sûr de le voir, que les primevères qui ont jailli spontanément dans mon jardin de Chatou il y a un mois...   

Journal (un peu) décalé d'icelui qui blogue depuis neuf ans

5 mai 2017

 

Depuis huit mois je souffre de douleurs aiguës au bras gauche. Cela coïncide peu ou prou avec la disparition de ma soeur Chantal, le 2 septembre 2016.

 

Au cours de ces huit mois j'ai subi des examens: neurologique, IRM, clinique. J'ai pris des médications: Ibuprofen, Lyrica (médicament que l'on prescrit contre l'épilepsie...), Neo Citran. J'ai fait des séances de physiothérapie, d'ostéopathie.

 

La seule chose qui ait la vertu de me soulager est de nager. Alors je nage, 2 kilomètres par jour, tous les jours. Et pendant deux, trois heures, après, je n'ai plus mal: un répit que je mets à profit pour m'avancer dans mon travail au bureau...

 

J'ai cru dès le début que je somatisais. La faculté n'y croyait pas. Le fait est cependant que j'ai rechuté aussitôt après une rupture d'amitié, le 4 décembre 2016, et que mes tentatives pour renouer ayant en fait échoué, ma douleur physique n'a fait que persister et embellir.

 

(La personne qui a rompu et moi-même sommes quittes - nous ne nous reverrons sans doute jamais, et peut-être est-ce mieux ainsi - puisque nous garderons chacun un souvenir de l'autre, à mes frais...)

 

Quoi qu'il en soit, je suis obligé de plus en plus de renoncer à des événements auxquels je suis invité ou qui sont organisés par des associations dont je suis membre. Je ne peux en effet rester en place plus d'un quart d'heure. J'appréhende sérieusement de devoir abandonner l'idée d'aller demain à un colloque sur l'Actualité de Benjamin Constant...

 

Quand on a pratiqué, comme je l'ai fait, pendant quinze ans, un art martial, on sait qu'il y a des liens étroits entre le corps et l'esprit. C'est pourquoi je tente quelque chose aujourd'hui, en dépit de ce que peut penser et me dire la faculté: je me rends à 17 heures à une séance avec le magnétiseur Denis Vipret, au World Trade Center de Lausanne.

 

Nous sommes vingt-cinq dans la salle. Arrivé en retard, je n'ai pas assisté au tour que Denis Vipret vient d'y faire, s'arrêtant derrière chacun, posant ses mains sur ses épaules, avant de passer au suivant.

 

Nous sommes trois retardataires. Quand mon tour arrive, je sens que deux ou trois fois Denis Vipret pose ses mains sur mes épaules. Ce faisant, que tout mon corps en est comme secoué...

 

Quand je passe le voir, après lui avoir remis le billet de 50 francs convenu, il me parle de mes jambes qui le préoccupent, puis quand je désigne mon bras, il me dit: Le bras gauche? et, faisant un geste comme si ce n'était pas bien grave, il me dit:

 

Tu as une bonne santé générale. Je m'en occupe.

 

Notre tête-à-tête n'a duré qu'une minute, tout au plus. Je pars et me rends à pied à la librairie La proue, où a lieu un vernissage organisé par les éditions Hélice Hélas. Ma douleur au bras gauche n'a jamais été aussi aiguë... et je dois renoncer au souper qui suit dans une pizzeria...

Journal (un peu) décalé d'icelui qui blogue depuis neuf ans

18 mai 2017

 

Il y a encore une semaine, j'aurais dit non à Barbara Polla. Elle m'a invité ce soir à souper avec elle et Ornela Vorpsi, l'auteur de Ci-gît l'amour fou. Pour me convaincre de venir, elle m'a envoyé une magnifique photo d'elles deux...

 

Comme mon bras me fait moins souffrir - est-ce l'effet Vipret ou les exercices que je pratique tous les matins pendant un quart d'heure? Je ne sais, Dieu le sait - j'accepte son invitation. Rendez-vous est pris à 19 heures 15, à la galerie fondée par Barbara, Analix Forever, rue Hesse, à Genève.

 

En attendant Barbara, qui présente ailleurs son dernier livre, Femmes hors normes, Chiara Bertini, la directrice de la galerie, me fait visiter et me commente l'exposition Full moon, où sont notamment accrochées des oeuvres de Sara Conti, de Mounir Fatmi et d'Ornela Vorpsi...

 

Les oeuvres de cette dernière, qui sont présentées ici, sont les originaux de peintures qui illustrent son recueil de poèmes, Pyjama aux chats. Quand Ornela et Barbara arrivent, la seconde me laisse avec la première à l'étage...

 

De sa voix grave, à l'accent charmant, la belle amourologue albanaise me lit et commente lesdits poèmes. Elle ne comprend pas que ces poèmes, dédiées à sa fille, aient été refusés par une maison d'éditions de livres pour enfants, parce qu'il y est question de saucisses: les gens ont décidément l'esprit bien mal tourné...

 

Pour leur donner tort, je ne résiste pas à la tentation de citer le début du Pyjama d'Angelica:

 

Dans ce vaste monde il y a tant de choses,

Des pyjamas gris des pyjamas roses.

Mais si tu trouves le pyjama aux chats

Cours, cours vite en faire l'achat.

Quand la nuit tombe les chats se réveillent,

Sortent du pyjama et dansent à merveille,

Ils te raconteront saucisses et hiboux,

La lune, les oeufs, les tombes des fous.

 

L'une des oeuvres exposées d'Ornela représente justement un chat noir avec, au-dessus de lui, en coupe, un oeuf dur qui symbolise tour à tour, selon que le blanc est bu ou que le jaune est avalé, le jour et la nuit... 

 

De la galerie, nous partons pour le Lyrique tout proche. Nous sommes une dizaine de convives. Je suis en agréable compagnie. Le timide que je suis en public se révèle, comme d'habitude, volubile en privé...

 

En quittant Barbara et ses amis, qui m'ont fait passer une soirée inoubliable et oublier ma douleur, je ne sais pas encore que je vais mettre deux heures pour rentrer chez moi, les derniers trains en Gare de Genève Cornavin, ayant été supprimés et remplacés par des bus jusqu'à Nyon, où un train, qui s'arrêtera à toutes les gares, m'emportera à petite vitesse à destination de Lausanne... où je passerai une nuit blanche, à lire.

Journal (un peu) décalé d'icelui qui blogue depuis neuf ans

24 mai 2017

 

Aujourd'hui, ce blog a neuf ans.

 

J'aurai écrit pas loin de mille huit cents articles pendant ces neuf ans. Pas mal pour quelqu'un dont un oncle est mort en écrivant, comme aurait dit feue ma mère en plaisantant...

 

C'est un anniversaire qu'il n'y aurait pas lieu de célébrer s'il n'y avait pas eu toutes ces lectrices et tous ces lecteurs pour me porter et m'obliger. C'est à eux, d'abord, que j'exprime ma gratitude. Sans toutes ces personnes, connues ou inconnues, qui me lisent, aurais-je tenu la distance?

 

Ce blog, qui mélange un peu tous les genres, est tout de même de plus en plus littéraire. Il faut dire que la lecture et l'écriture sont devenues mes deux béquilles dans l'existence.

 

C'est pourquoi il me faut exprimer ensuite ma gratitude à toutes celles et à tous ceux qui écrivent et que je lis. Grâce à elles et grâce à eux, je vis plus d'existences que si j'avais mille ans...

 

Comment qualifier les articles que j'écris sur les livres que je lis? Je ne porte pas de jugement ou très peu. C'est un trait de mon caractère: je ne suis pas capable d'être juge; j'essaie d'être le meilleur avocat possible.

 

Avec un peu d'expérience, mes lectrices et mes lecteurs savent à quoi s'en tenir sur ce que je pense... Qu'ils sachent en tout cas que si je parle d'un livre c'est qu'il trouve quelques grâces à mes yeux et que, si je n'en parle pas du tout, c'est pour ne pas en dire du mal, ou que je suis dépassé par le temps...

 

Enfin je tiens à exprimer ma gratitude à mon Créateur, qui me prête vie et qui peut me l'ôter quand Il veut. Je Le remercie surtout pour Son indulgence, car je ne sais pas toujours comment Lui être agréable...

 

Francis Richard

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 21:50
The Place To..., avenue de Wagram à Paris

The Place To..., avenue de Wagram à Paris

Paris, le 28 janvier 2017

 

Cette journée sera une journée dense. J'en accepte l'augure, même si je suis fatigué par le travail intensif qui échoit à un responsable de l'administration des ressources humaines d'une grosse PME et à un gérant de caisse de pension chaque début d'année, et que je souffre d'une névralgie persistante et douloureuse au bras gauche.

 

A fin août 2016, j'avais une douleur à l'omoplate. Je pensais naïvement que cette douleur passerait toute seule. Car je ne suis pas du genre à consulter dès le moindre bobo. Mais, à la suite du décès de ma soeur Chantal, le 2 septembre, cette douleur a gagné l'avant-bras, puis le bras. Ce n'était plus une douleur sourde, elle était maintenant aiguë. Alors j'ai fini par consulter début octobre.

 

J'ai passé une IRM après avoir vu une neurologue. J'ai commencé une physiothérapie en novembre sur prescription de mon médecin du sport. Et je commençais à aller mieux, quand la douleur est revenue, plus forte qu'auparavant, après avoir reçu, le 4 décembre, un message de rupture d'amitié auquel je ne m'attendais pas et mon corps non plus. 

 

Depuis, rien n'y fait vraiment. La physiothérapie m'apporte quelques soulagements, puis je rechute. D'avoir vu mon ami défait à la prison de Bochuz, le 15 janvier dernier n'a rien arrangé. Le fait de nager quotidiennement mes deux mille mètres de nage libre me donne heureusement du répit, pendant une heure ou deux...

 

Aujourd'hui je n'aurai pas trop le temps de penser. Mon programme est celui d'un Homme pressé, comme disent mes proches, faisant allusion au célèbre roman de Paul Morand (dont je conserve précieusement le petit mot écrit sur du papier à en-tête du Montfleury de Cannes, du temps où j'étais étudiant à Lausanne et qu'il habitait le Château de l'Aile à Vevey).

 

Ma journée est effectivement dense, mais j'aime ça:

 

- Levé à 6:30, je vais de Chatou au Bois de Boulogne et à 8:30 je suis dans le bassin de 50 mètres de mon club parisien

- De là je vais au Chesnay, où à 10:00 j'assiste à une réunion d'une association dont je suis le trésorier

- De là je vais à la Porte Dauphine et y laisse ma voiture, prends le métro, descends à la station Ternes et me rends dans un magasin pour échanger un pantalon, acheté sur Internet, dont la taille est décidément trop grande (j'ai encore maigri)

- A The place to..., avenue de Wagram, je déjeune rapidement, reprends le métro, change à Villiers, direction la Bourse.

- Au Centre Saint-Paul, à 15:00, j'assiste à une conférence sur Hans-Hermann Hoppe de Jörg Guido Hülsmann, que j'ai connu lors d'Universités d'automne de l'économie autrichienne à Troyes

- Au Théâtre du Nord-Ouest, à 17:00, j'assiste à une représentation de Mahomet la pièce de Jean-Luc Jeener

- Dans un restaurant japonais, au Vésinet, tenu par mon ami Eric, à 21:00, je soupe tardivement avec mon fils aîné...

Une du Canard Enchaîné du 25 janvier 2017

Une du Canard Enchaîné du 25 janvier 2017

Lausanne, le 5 mars 2017

 

Depuis que Le Canard Enchaîné a publié son article sur Penelope Fillon, les chiens se sont déchaînés contre François Fillon, le candidat des Républicains, grand vainqueur de la primaire de la droite et du centre. Dans un article publié sur ce blog le 6 février 2017 j'ai repris l'expression employée par François Mitterrand lors de la mort provoquée de Pierre Bérégovoy.

 

Je ne m'étais pas trompé quand j'avais écrit à propos de ces chiens: Je vous souhaite bon courage, Monsieur Fillon. Car soyez sûr qu'ils ne vous lâcheront plus maintenant qu'ils ont trouvé vos os à ronger. Mais je ne m'étais pas fait que des amis en osant prendre la défense de quelqu'un du système, qui en avait profité, comme tous, et qui résistait à un véritable déchaînement dirigé contre lui seul.

 

Il y avait les vertueux, les soi-disant purs qui s'offusquaient de ce qu'un candidat à la présidence de la République ait pu se comporter ainsi. Ils faisaient penser aux Animaux malades de la peste, trop heureux de pouvoir s'en prendre à l'âne qui avait commis le crime abominable de manger l'herbe d'autrui et qui, gens querelleurs, étaient tous, au dire de chacun, de petits saints...

 

Et le fabuliste de conclure:

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

 

La fable d'aujourd'hui est de dire que la justice française est indépendante, alors que tout le monde sait, mais il ne faut pas le dire, qu'elle est un instrument du pouvoir. C'est d'autant plus hypocrite que le Parquet national financier est une instance d'exception et qu'il n'est pas compétent s'agissant d'un parlementaire dont le cas ne peut être instruit que par ses pairs...

 

Il y avait les gardiens du temple du libéralisme qui ne trouvaient pas François Fillon si libéral que ça et qui, d'un mouvement de menton, ne comprenaient pas que je puisse défendre son programme. Mais ils ne m'avaient pas lu ou ne savaient pas lire, sans doute en raison des séquelles laissées en eux par l'instruction qu'ils avaient reçue en France ou ailleurs...

 

Sinon, ils auraient compris que l'heure était trop grave pour faire la fine bouche. Bien sûr que le programme de François Fillon n'est pas libéral, qu'il est même celui d'un étatiste, comme tous les hommes politiques le sont en France. Mais il l'est moins que tous les autres et certaines des mesures annoncées sont réellement susceptibles d'engager un processus de rupture.

 

C'est ce processus de rupture qui m'importe, comme à d'autres libéraux  et non des moindres. Et puis, j'ai en tête ce que des socio-démocrates sont parvenus à faire en Nouvelle-Zélande, au Canada ou en Suède, évitant par là même le pire à leur pays. Ce que je ne souhaite pas à la France que j'aime, ne me résolvant pas à penser que les Français n'auront que ce qu'ils méritent.

 

De plus la forte résilience de François Fillon m'incline à penser qu'il est l'homme de la situation, même s'il est loin d'être parfait, puisqu'en France le régime républicain est présidentiel, sans réels contrepouvoirs, et qu'il faut bien faire avec, même si c'est regrettable. Alors je pense que les médias, les juges, les politiciens ont eu tort de le diaboliser, faussant la campagne et les sondages.

 

Il se pourrait bien qu'il y ait une surprise le 23 avril, du même genre que celle de la large victoire de  François Fillon à la primaire de la droite et du centre... Les dizaines de milliers de personnes qui se sont réunies aujourd'hui au Trocadéro pour soutenir François Fillon sont peut-être un signe de cette possibilité... Et c'est pourquoi j'appelle ce jour au rassemblement derrière lui.

Ma chair médecine : Performance du groupe Esperimentoquadro

Ma chair médecine : Performance du groupe Esperimentoquadro

Lausanne, le 18 mars 2017

 

Aujourd'hui j'ai encore soixante-cinq ans, jusqu'à demain... Je suis encore dans les derniers temps de cet âge, qui coïncident avec ceux de l'hiver cette année. Demain j'aurai donc une pige de plus. Autant bien profiter de ces derniers moments de jeunesse...

 

Aujourd'hui, pas de chance, je ne suis pas très bien. Je suis allé quand même nager à midi, ne voulant pas manquer un jour d'entraînement. Depuis hier j'ai déjà parcouru cent cinquante kilomètres de nage cette année...

 

Aujourd'hui je ne suis pas très bien. J'ai dû attraper froid. Et suis légèrement aphone. Ce n'est pas vraiment le moment. Car ce soir j'ai accepté de lire un texte dans le cadre d'un événement, Ma chair médecine, qui a lieu au Cinéma Bellevaux, à Lausanne, et qui est organisé par Barbara Polla et sa fille Roxane Varone.

 

Alors je me soigne: thé vert au miel, Homéovox (ce qui fera hurler les allopathes...). Le fait est que je retrouve ma voix le moment venu... Reste à vaincre ma timidité maladive... Alors je mets le maximum d'atouts de mon côté.

 

Hier soir j'ai retranscrit le texte que j'ai choisi pour cet événement afin d'en faire une lecture fluide et compréhensible par l'auditoire. C'est en effet un extrait, en français du XVIe siècle, du chapitre XIII, du Livre III des Essais de Michel de Montaigne.

 

Dans ce texte, mon cher Montaigne parle de la douleur et, plus particulièrement, de la douleur que lui procure la gravelle dont il est atteint. La gravelle, ce sont des coliques néphrétiques dues à des calculs rénaux...

 

J'ai retranscrit le texte à partir de l'édition dans la Pléiade des Oeuvres complètes établie en 1962 par Maurice Rat, qui était voisin de mes parents à Auteuil... tout comme l'était le compositeur Michel Legrand (c'est l'avantage d'être de haute roture, comme disait Jacques Perret).

 

A l'aide de l'édition folio classique, parue en 2009, établie par Emmanuel Naya, Delphine Reguig et Alexandre Tarrête, j'ai modernisé l'orthographe. Puis j'ai introduit une ponctuation adéquate. Enfin j'ai utilisé une police de confort.

 

Tout cela n'a pas empêché le timide que je suis de trembler quand je suis monté sur la petite scène du cinéma. Je me répétais pour m'encourager la phrase de Turenne:

 

Tu trembles carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais où je veux te mener...

 

Bref, mes souvenirs d'art martial aidant, j'ai tenu le coup, observant scrupuleusement le conseil avisé de mon fils aîné, reçu dans l'après-midi:

 

Pour la lecture, si tu as ce message à temps, je t'adresse un conseil classique, mais qu'on ne donne sans doute jamais assez, et qui se justifie d'autant plus avec un texte ancien comme celui de Montaigne : ne va pas trop vite. Prends le temps, laisse le temps aux gens d'entendre le texte. Ils auront la chance d'avoir en face d'eux quelqu'un qui aura beaucoup séjourné dans Montaigne et qui l'aime sincèrement : surtout qu'ils puissent en profiter au maximum ! L'agrément de ta voix fera le reste...

 

Pour avoir écouté des enregistrements de ma voix, je ne l'aime pas, mais des goûts et des couleurs...

 

Jusque passées 23 heures, j'ai échangé avec bonheur avec les autres lecteurs de la soirée. Il faut dire que ma timidité disparaît comme par enchantement quand je suis en petit comité et en agréable compagnie, dont celle de Barbara et de Royane, de robe rouge vêtues toutes deux, les jambes gainées de noir, dans des collants sexy...

 

Francis Richard

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 22:40
Crépuscule du soir, le 27 décembre 2016

Crépuscule du soir, le 27 décembre 2016

27 décembre 2016

 

Tôt ce matin, passé minuit, je suis arrivé à Saint Jean-de-Luz, ville qui m'a vu renaître à la vie début avril 1951, après deux tentatives avortées de lui fausser compagnie: le jour de ma naissance, celui de la Saint Joseph, à Uccle, en Belgique, et cinq jours plus tard, au même endroit, c'est-à-dire à la Clinique des 2 Alice, dans un bâtiment démoli depuis...

 

Cette année-là, sur décision de mon père, ma mère et moi nous installons donc ici dans une pension de la rue Sopite, Chez Loulouche. Nous sommes tout près de la plage et de l'immeuble où ma mère acquerra un appartement en 1964, qu'elle habitera les dix-sept dernières années de sa vie. Sa tombe se trouve ici, au cimetière Saint-Joseph...

 

Loulouche, dont je n'ai jamais su le vrai nom, tiendra bien des années plus tard un kiosque à journaux sous la Pergola. Pendant un temps j'irai y acheter des quotidiens et parler avec elle de la pluie et du beau temps, et du bonheur d'être en vie. Elle avait en effet survécu à un cancer du sein qui ne se soignait pas alors comme on le fait aujourd'hui.

 

Daddy aurait voulu que je m'appelle Joseph, certes parce que je suis né un 19 mars, mais aussi parce que le témoin de mon atterrissage s'appelait Joseph. Mes parents ont préféré m'appeler Francis, comme mon oncle Frans. Grâce soit rendue à Pie XII d'avoir institué, en 1955, la solennité de Saint Joseph artisan: car c'est là un de mes saints patrons...

 

Depuis quelques années maintenant je viens ici seul, en pèlerinage, pour passer d'un millésime l'autre. C'est peut-être, sans que je sache pourquoi, le seul endroit au monde où je me sente bien et où je trouve un bienfaisant refuge quand j'ai du vague à l'âme, ce qui est le cas en cette fin d'année 2016, qui aura bien commencé et finit moins bien.

 

A quelque chose malheur est bon. J'ai appris - on apprend à tout âge - plein de choses cette année. J'ai appris notamment que les personnes auxquelles je tenais le plus étaient celles qui tenaient le moins à moi et qu'il ne fallait surtout pas que je leur fasse part de mes sentiments: ça les fait fuir à toute allure, ma modeste personne étant redoutable...

 

J'ai donc appris à m'effacer, pour ne pas gêner. Je fais ça très bien maintenant. Sans doute parce que je ne m'offusque plus d'être ravalé du rang d'ami à celui de simple connaissance, ce qui correspond bien mieux à mon insignifiance: il n'est vraiment pas besoin de mots pour me la faire sentir; il suffit de rompre, de m'ignorer ou de me saluer poliment.

"Chez Loulouche" se trouvait là, à l'angle de la rue Gabriel Deluc et de la rue Martin de Sopite

"Chez Loulouche" se trouvait là, à l'angle de la rue Gabriel Deluc et de la rue Martin de Sopite

28 décembre 2016

 

Depuis ma naissance, ou presque, je me rends pour faire du sport dans un endroit très privilégié, la Croix-Catelan, qui se trouve dans le Bois de Boulogne. Fondé en 1882, le Racing, puisqu'il s'agit de lui, de club est devenu société sportive quand la concession qui lui était accordée a été dénoncée en 2006 par le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

 

Depuis 2007, la Croix Catelan n'est donc plus concession du Racing Club de France, dont j'ai été membre de 1951 à 1958, puis de 1965 à 2006, mais du Lagardère Paris Racing, dont je suis resté client depuis lors et où je vais nager mes deux kilomètres quotidiens quand je suis à Paris, c'est-à dire assez souvent, un week-end sur trois en moyenne.

 

A chaque renouvellement de l'abonnement, il faut produire un certificat  médical de non contre-indication à la pratique sportive (sic). Mon vieil ami médecin ayant pris sa retraite l'an passé à septante ans, j'ai donc pris rendez-vous ici avec le médecin du sport que je connais et qui, lui, tout comme moi, n'est pas près de prendre la sienne...

 

En cette période de fêtes de Noël et de Nouvel An, il est absent mais sa fille le remplace. Le patient ne perd rien au change, parce que c'est une frêle, jeune et jolie doctoresse... En m'examinant elle est doublement épouvantée. Mon souffle au coeur ne peut pas être ignoré tant il se manifeste bruyamment. Mon torse est couvert d'ocelles comme un léopard.

 

Les ocelles, ou rosettes, qui couvrent mon torse par dizaines sont en fait des kératoses séborrhéiques. Rien de grave: ce n'est pas contagieux, c'est simplement héréditaire. Mon père m'a gentiment légué ces sortes de grains de beauté... A plusieurs reprises je les ai fait enlever en les faisant brûler à l'azote liquide ou décoller au scalpel...

 

Depuis que j'ai renoncé à plaire à la gent féminine, j'ai également renoncé à ces opérations qui me procuraient une douleur exquise. Mais la doctoresse impressionnée par cette prolifération me recommande vivement de consulter un dermato pour m'assurer que, dans le lot, il n'y ait pas de mélanomes, ces insidieuses tumeurs cancéreuses.

 

Mon souffle au coeur a été détecté il y a maintenant treize ans. Il semblerait que ce défaut de fabrication soit d'origine. La doctoresse impressionnée par le bruit produit, amplifié encore par son stéthoscope, me recommande vivement de refaire un test d'effort. Je me trompe quand je lui dis que j'en ai passé un il y a seulement quatre ans...

 

En fait, le seul test d'effort que j'ai subi remonte au 5 novembre 2007, jour du trentième anniversaire de la mort de René Goscinny, qui a succombé à une telle épreuve, ce qui n'avait pas laissé de m'entêter... Cette anomalie m'a inspiré une nouvelle, parue en 2012, dans Le coeur à l'ouvrage, sous la direction de Louise Anne Bouchard.  

"Le Bar Basque", boulevard Thiers, que fréquentait Déon

"Le Bar Basque", boulevard Thiers, que fréquentait Déon

29 décembre 2016

 

Sur un réseau social, j'apprends sur le journal d'un ami que Michel Déon, né en 1919, n'est plus, qu'il est donc le dernier des quatre préfaciers de l'édition de 1956 de l'Amour vagabond d'André Fraigneau à avoir tiré sa révérence, après Roger Nimier (1925-1962), Antoine Blondin (1922-1991) et Jacques Laurent (1919-2000).

 

Les quatre écrivains que Bernard Frank avait qualifiés de hussards dans un article resté célèbre des Temps Modernes, paru en 1952, ne revendiquaient pas cette appellation qu'ils ne contrôlaient pas. Mais cette étiquette leur colle toujours à la peau et y collera indéfiniment, parce qu'il faut bien amalgamer et cataloguer...

 

Tous quatre étaient pourtant très différents, mais ils avaient en commun de s'être opposés dans les années 1950 à l'existentialisme et à la littérature dite engagée, d'aimer le beau style, de refuser les modes, d'avoir du panache, et de cultiver la désinvolture, jusque dans la défaite, ce que Laurent appelait mourir en triomphe.

 

Après cette annonce j'ai fait le tour de trois librairies de la ville. Une seule avait (en poche) deux livres de Déon: Un taxi mauve, qui a été porté à l'écran par Yves Boisset, et un petit livre de miscellanées que je ne connaissais pas, Je me suis beaucoup promené..., et que me suis empressé d'acquérir et de commencer à lire...

 

Sur ce blog j'ai rendu compte de quatre de ses livres: Journal 1947-1983 à L'Herne (2009), Lettres de château chez Gallimard (2009), De Marceau à Déon - De Michel à Félicien chez Gallimard (2011), A la légère chez Finitude (2013). Et mon petit doigt me dit qu'il a eu connaissance de l'un d'entre ces articles...

 

En septembre 1968, quand je suis allé à Venise, j'avais dans mes bagages Je ne veux jamais l'oublier; en octobre 1970, j'avais fait une promenade immobile avec Les poneys sauvages; en août 1977, lors d'une croisière dans les Cyclades, j'avais emporté avec moi Le balcon de Spetsaï et Le rendez-vous de Patmos...

 

Dans Je me suis beaucoup promené..., que je me suis promis de terminer pendant la nuit de la saint Sylvestre, j'ai déjà relevé une petite phrase qui me parle: La vraie beauté est peut-être dans l'éphémère...

 

Souper de la Saint Sylvestre 2016

Souper de la Saint Sylvestre 2016

31 décembre 2016

 

Bien que je ne sois pas comptable, je dresse aujourd'hui sommairement le bilan de mes activités personnelles en 2016:

 

- je n'ai pas pris ma retraite le 1er avril, alors que j'avais atteint à ce moment-là l'âge ordinaire en Suisse...

- j'ai perdu irrémédiablement une amitié, à laquelle je tiens toujours: je garderai jusqu'à mon dernier souffle le souvenir ému des quelques moments de vrai bonheur qu'elle m'aura procurés

- j'ai écrit sur ce blog, au cours de l'année, 240 articles, en ne comptant pas celui-ci

- j'ai lu près de 300 livres, dont je n'ai pas eu l'énergie de tous rendre compte

- j'ai très peu dormi (ce qui inquiète mon fils cadet...)

- je me suis promené beaucoup à Lausanne, à Genève, à Sierre, à Paris, à Chatou, à Saint Jean-de-Luz, à Madrid...

- j'ai nagé un peu plus de 679 km à Lausanne, Pully, Prilly, Genève, Paris, St Germain-en-Laye, St Jean-de-Luz et même Madrid, dont un peu plus de 30 km, ici, en mer...

 

Bref, je suis vieux et usé, comme l'a répété Daddy, mon grand-père maternel, pendant quelque trente ans...

 

Mon père disait que j'étais un sybarite. Il avait raison: j'aime le luxe et les plaisirs raffinés, même si je suis tout-à-fait capable de m'en passer. Ce soir, bien que seul, je compte bien profiter de mets et boisson de qualité (de toute façon il m'est devenu impossible d'absorber des quantités).

 

Ce dernier soir de l'année, je me suis donc préparé le menu suivant:

- Bisque de homard

- Saumon élevé en Norvège et fumé au bois de chêne dans les Landes

- Fromage de brebis à la confiture de cerises cuisinée au Pays Basque

- Salade d'endives aux noix de cajou et dés de gingembre

- Gâteau basque à la crème

 

Le tout accompagné d'une demi-bouteille de Cuvée des Moines, Besserat de Bellefon, le champagne brut que mon père aimait...

 

Pour terminer l'année, que, maintenant, je devrais passer, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui ont eu la gentillesse de me lire cette année, de m'avoir témoigné de l'amitié, de ne pas trop m'en avoir voulu pour les idées singulières que je professe.

 

Je souhaite le meilleur à toutes et à tous et, puisque je sais intuitivement que Dieu existe, je Lui demande de vous avoir toutes et tous en Sa Sainte Garde, plus particulièrement toutes celles et tous ceux que j'aime et qui ne m'aiment pas...

 

Francis Richard

Crépuscule du soir, le 31 décembre 2016

Crépuscule du soir, le 31 décembre 2016

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 18:30
Maison Fournaise, sur l'Île des Impressionnistes, à Chatou

Maison Fournaise, sur l'Île des Impressionnistes, à Chatou

5 décembre 2016

 

Ce soir je n'irai pas à la dernière rencontre de la saison de Tulalu!?. Si je ne l'étais pas déjà, j'en serais malade. Après une sombre parenthèse, je croyais en avoir fini avec les idées noires et retrouver toute ma joie de vivre, qui correspond mieux à ma nature ardente de perpétuel optimiste que le spleen baudelairien.

 

Avant-hier je n'ai pas résisté à aller me promener solitaire sur les berges de l'île de Chatou, aux abords de la Maison Fournaise, chez laquelle fréquentèrent Renoir et Maupassant. Cette lumière automnale reflétée par la Seine me donnait envie de jouer à nouveau du pinceau sur une toile...

 

Hier j'ai pris connaissance d'un premier message, envoyé la veille par la personne qui m'intimide, m'annonçant que notre amitié était compromise par le fait que - je schématise - ma situation avec elle ne m'apportait pas un réel équilibre et qu'il me fallait retrouver la sérénité. Alors j'ai tenté de m'expliquer.

 

La tentative était vouée à l'échec parce que ce premier message m'avait déstabilisé. Alors le timide que je suis a osé essayer de faire comprendre l'incompréhensible. En relisant mon message je me rends compte combien j'ai été maladroit en tentant d'expliquer pourquoi j'étais intimidé par elle et que je me dérobais parce qu'elle se dérobait.

 

Depuis des mois, cette personne me dit, message après message: à très bientôt ou à très vite. Elle sait que j'ai grande envie de la revoir: je le lui ai dit et ai certainement eu tort. En début d'année sa présence lumineuse et sa spontanéité m'avaient littéralement enchanté. Je lui laissais l'initiative de me faire signe quand elle voudrait.

 

Le lendemain de mon anniversaire avait été particulièrement enchanteur. Nous avions pris un verre au Musée Olympique, puis au White Horse. Cette rencontre m'avait tellement fait de bien que quelques jours plus tard je lui écrivais que sa compagnie ce jour-là avait certainement été le plus beau cadeau qui m'ait été fait cette année. J'ai sans doute trop reçu et pas assez donné...

 

J'ai tenté d'expliquer que j'avais souffert qu'elle ne me fasse jamais signe, alors qu'en début d'année nous nous étions vus plusieurs fois sans problème. J'ai tenté d'expliquer que je suis d'un naturel timide, ce que d'aucuns ont du mal à croire. Pourtant je ne me sens à l'aise qu'en tête à tête ou en petit comité.

 

Le fait de ne jamais me faire signe a fini par me faire douter qu'elle veuille vraiment me revoir et cela a commencé à m'intimider. Cette timidité qui étonne les autres remonte pourtant à ma petite enfance. Mes parents m'ont raconté que je n'avais pas dit un mot avant quatre ans. Une psy leur a expliqué que je craignais de m'exprimer mal et d'importuner les autres.

 

Quand j'ai appris que Patrick Modiano souffrait du même mal, qu'il était plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral, sans me comparer à lui j'ai été réconforté: je n'étais pas seul dans mon cas. Mais cela n'est pas toujours très confortable pour autant. Quelques semaines avant le dernier Salon du Livre de Genève, mon ami Max Lobe m'a proposé d'animer avec lui une rencontre et j'ai dû décliner.

 

Toujours est-il que mes explications n'ont pas été convaincantes puisque j'ai reçu pour toute réponse ce message laconique: L'amitié comme tu la conçois ne me convient pas. Et nos échanges s'arrêtent là. J'en ai eu le souffle coupé comme si j'avais reçu un coup au plexus. Vis-à-vis de mes proches j'ai réussi cependant à faire bonne figure.

 

N'ayant pas dormi la nuit qui suivait, je me suis rendu au bureau comme un zombie. A midi je suis même allé nager. Mais, juste après, j'ai commencé à ressentir de violentes douleurs au ventre. Je suis rentré chez moi, complètement choqué. Ma tête fonctionnait toujours, mais mon corps lâchait et mes jambes se sont mises à flageoler.

 

Quand ma soeur Chantal est morte début septembre, une douleur à l'omoplate s'est transformée en névralgie cervico-brachiale me faisant souffrir énormément. Cette rupture d'amitié de la part d'une personne à laquelle je tiens beaucoup, elle, m'a atteint aux tripes, provoquant même des saignements inquiétants... et une perte de poids: mon IMC (19.8) est limite...

 

Par ce message j'ai donc appris que j'avais une conception de l'amitié qui ne lui convenait pas, sans qu'elle me fasse connaître la sienne. Alors j'ai réfléchi à l'amitié et je crois comprendre que je n'ai effectivement pas la même conception de l'amitié que celle que je devine en elle: c'est quand un ami est au plus mal que je ne le laisse pas tomber.

 

Pour avoir cette conception de l'amitié, encore faut-il accepter les autres comme ils sont et tenter de les comprendre, surtout si, bien involontairement, on est quelque peu responsable de ce qui leur arrive; encore faut-il ne pas vouloir préserver à tout prix sa tranquillité, que pourrait troubler malencontreusement la détresse d'un ami.

 

Quand je suis ainsi considéré comme un moins que rien - comment expliquer autrement le vilain procédé utilisé pour me donner congé? - j'ai recours à la visualisation. Et je visualise souvent une scène parisienne: j'ai vingt-cinq ans; je suis présenté à une grande dame, qui me tend la main et ne me voit pas; je prends cette main; elle me la serre et me dit:

 

Je sens que vous êtes authentique.

 

Cette grande dame s'appelle Arletty. Et ce qu'elle me dit est le plus beau compliment qu'une femme m'ait jamais fait. Cette visualisation me console de tout. Plus rien ne peut alors m'atteindre. Je visualise aussi sa silhouette, qui est aussi élégante que sa personne, et je m'infuse de ce que sont la vérité, la beauté et la bonté d'âme.

 

Maintenant que j'ai été douché - et de quelle manière! - je sais que je peux croiser cette personne à laquelle je n'arrive pas à en vouloir et à laquelle je tiendrai jusqu'à mon dernier souffle - cela, rien ne pourra me l'ôter, même pas toi, lui ai-je répondu. Je peux la croiser sans qu'elle m'intimide: je ne crains plus de la décevoir et de l'importuner, c'est fait.

Pénitencier de Bochuz (photo parue dans la Tribune de Genève du 04.02.2014)

Pénitencier de Bochuz (photo parue dans la Tribune de Genève du 04.02.2014)

10 décembre 2016

 

Ce que je pensais le 5 décembre de la personne qui m'intimide était faux, complètement faux. Et je l'ai appris, peu de temps après, à ma grande honte: je suis assis, un livre à la main, ce qui ne surprendra personne; je sens une présence; elle est plantée devant moi; je lève les yeux et elle me parle. Elle m'a vu et elle est venue à moi, sans agressivité, pleine de tristesse.

 

En fait, quand elle m'a dit ne pas avoir la même conception que moi de l'amitié, elle voulait dire qu'elle n'aurait pas fui comme moi les deux fois où nous nous sommes croisés et, surtout, qu'elle n'aurait certainement pas raconté à tout le monde ce qui ne regardait que nous. Je suis resté bouche bée. Je ne pouvais dire mot.

 

Ou plutôt si, j'ai eu la possibilité de lui faire observer qu'elle n'était pas identifiable dans ce que j'avais publié, ce dont elle a convenu. Pour justifier qu'elle ne m'ait pas fait signe pendant tout ce temps, elle me dit que plein de choses étaient survenues dans sa vie, dont il n'est évidemment pas question que je dise quoi que ce soit ici.

 

Faisant les questions et les réponses, je n'ai donc pu placer qu'un mot. Puis elle est partie, parce qu'elle était pressée. Quand je l'ai revue de loin, un peu plus tard, je lui ai fait timidement un petit signe de la main, auquel elle a répondu par un petit signe de la main. Nos relations se sont arrêtées là, avec cet épilogue et cet échange de gestes lointains.

 

Elle et moi, nous ne nous reparlerons sans doute jamais. Elle m'a dit mon fait sans que je réplique. Je n'aime pas disputer. Et j'étais de toute façon trop timide même pour lui dire qu'elle avait raison. Puisse-t-elle seulement pardonner au timide que je suis de ne pas avoir su résister à son besoin vital de s'extravertir par l'écriture, qui ne peut être satisfait que publiquement.

 

Comme aujourd'hui je dois rendre visite à un détenu au pénitencier de Bochuz, les jours qui ont précédé je tente de me divertir de mes tourments. Je vais le 6 au Grand-Saconnex pour la soirée de soutien organisée par le Cosunam et j'assiste le 8 à une pièce au Théâtre des Trois-Quarts à Vevey. Il ne faut pas que je présente une face de Carême à un ami qui est dans la peine...

 

Dieu sait si l'on m'a mis en garde. En rendant visite à un condamné en vertu de l'article 64 du Code pénal suisse, je me compromets. Ce que de tels criminels ont commis est si grand qu'il leur vaut l'internement à vie. Mon ami est-il innocent ou coupable? Peu me chaut. Tous ses amis lui ont tourné le dos? S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là... Je n'aurai jamais l'âme d'un juge, mais toujours celle d'un défenseur...

 

Les visites aux Etablissements de la plaine de l'Orbe ont lieu le samedi de 14:15 à 15:45. Il faut se présenter devant le portail au moins un quart d'heure avant. Il est 13:45 quand j'arrive. Seules deux voitures me précèdent. Je suis le seul Suisse parmi les visiteurs et je suis... le premier à qui l'on ouvre le portail, en m'indiquant de me parquer à gauche en entrant.

 

C'est la première fois que je vais en prison. Dans ma voiture j'ai laissé ma montre et mon smartphone. Je me présente à la réception. Je dois vider mes poches, enlever ma ceinture, ma parka, me déchausser et passer sous le portique. A Singapour, les pièces de monnaie qui se trouvaient dans ma poche de poitrine l'avaient fait sonner et j'avais senti tout soudain les canons de plusieurs pistolets-mitrailleurs s'appuyer sur mon torse...

 

De l'autre côté du portique on me rend mon portefeuille et mon porte-monnaie, mes chaussures, ma parka. Je laisse mon peigne, mon permis de circulation, mes clés de voiture et d'appartement, ma carte d'identité: tous ces objets seront mis de côté dans un tiroir portant mon numéro de visiteur; ils me seront rendus à la sortie. 

 

Les autres visiteurs m'ont rejoint. Ils doivent suivre le même rituel. Je comprends pourquoi il faut arriver en avance. Nous sommes moins d'une dizaine aujourd'hui et le quart d'heure d'avance n'est pas de trop. Après l'ouverture de la porte, nous traversons la cour, dans le froid. Des grillages hérissés de barbelés nous entourent. Nous pénétrons dans le bâtiment, qui fait face au portail et dont l'ouverture de la porte est commandée à distance.

 

Nous devons nous débarrasser de nos manteaux et parkas. Il y a encore trois portes à franchir avant que nous ne nous retrouvions dans le foyer familial, qui n'est pas très grand, une quarantaine de places assises tout au plus, avec une machine à café et des distributeurs de boissons et de friandises. Les tables de deux à quatre personnes sont attribuées: une carte porte le nom du détenu. Je m'installe à celle de mon détenu, qui est au bord de la fenêtre et qui donne sur un jour gris.

 

Cela fait bien longtemps que je n'aie revu cet ami, sept ans peut-être. Non seulement tous ses amis (Ce sont amis que vent emporte/ Et il ventait devant ma porte, poétisait Rutebeuf), mais tous ses proches n'ont plus voulu avoir à faire à lui. Ils n'ont pas cherché à savoir le pourquoi du comment. Puisque la justice humaine l'avait condamné, il était forcément coupable. D'ailleurs c'était écrit dans le journal, donc c'était vrai... Il me raconte son histoire d'innocent jugé coupable et je le crois...

 

Bizarrement le juge, l'avocat, qui lui a été commis d'office, n'ont pas tenu compte du document qui clairement l'innocente. Le visiteur de prison qui m'avait contacté pour m'informer de sa détention m'en avait parlé. Mais il n'était pas entré dans les détails au téléphone. Quand cet ami me dit de quoi il s'agit, je ne peux douter de son innocence et suis inquiet qu'il soit aussi facile d'interner à vie quelqu'un en Suisse...

 

Un des torts de mon ami est de ne pas avoir reconnu les faits, sinon il aurait déjà purgé sa peine... Un autre de ses torts est d'être Français: c'était un facteur aggravant dans son cas... Il est cependant vraisemblable qu'il ne restera pas en prison. Des procédures sont engagées pour le faire libérer et, en attendant, maintenant que je connais le chemin, il peut compter sur mes visites et mes prières pour le soutenir et lui montrer que tout le monde ne l'a pas abandonné.

 

Francis Richard

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 20:15
La nuit obscure

La nuit obscure

6 novembre 2016

 

Hier, c'était le 33e anniversaire de la mort de mon père, Robert Richard, que j'ai tant aimé et admiré. J'ai donc vécu un peu plus de temps sur Terre sans lui qu'avec lui. Cela me donne le vertige parce que notre belle complicité ne me semble pas aussi lointaine.

 

Mon amour et mon admiration pour lui étaient telles que je ne pouvais rien lui refuser. Aussi quand, alors que j'ai tout juste quatorze ans, il me demande de décider si je veux prendre sa suite à la tête de l'entreprise familiale, n'est-il pas question pour moi de refuser.

 

Un dimanche de juin 1965, en conséquence, nous allons voir le proviseur du lycée Henri IV que mon père connaît par le Rotary. Le lendemain, sans préparation aucune, je passe avec succès les épreuves très sélectives d'admission au célèbre lycée parisien.

 

Mai 1968 prend un sens tout particulier pour moi: mon père, craignant que son fils rebelle à toutes formes d'embrigadement ne connaisse en France un mauvais sort, l'envoie faire ses études supérieures en Suisse, où il intègre l'EPUL qui deviendra l'EPFL.

 

Depuis mon oui, il s'est passé dix ans, service militaire compris, quand je rejoins l'entreprise familiale en septembre 1975. Très vite je me rends compte que ce n'est pas ce que je croyais. Au même moment, Robert Hersant me fait proposer de rejoindre l'équipe du Figaro...

 

Robert le Diable a en effet eu connaissance de mes écrits helvétiques... Et la tentation est forte pour moi de lui dire oui. Mais je suis foncièrement timide, et je n'ose pas dire à mon père que je renonce, préférant contrarier ma nature littéraire plutôt que de le contrarier lui.

 

Une page se tourne. Il y en aura ainsi beaucoup d'autres du même genre dans ma vie de timide, qui vient du verbe latin timere... Et je les tournerai avec moins de bonheur que celles des livres que je lis et dans lesquels je cherche toujours à trouver quelque substantifique moelle.

 

Aujourd'hui je croise lors d'un événement annoncé par un réseau social la personne, que je me sais, depuis le 21 octobre, incapable d'aborder si elle ne m'a pas fait signe ou qu'elle ne me voit pas. A moins de deux mètres d'elle, mon coeur bat la chamade. Je m'esquive...

 

Sur la place où j'ai parqué ma voiture, je lui envoie un message pour lui signaler que je viens de la voir et que je la salue. Puis, les larmes de pluie se substituent à celles qui ne me viennent pas aux yeux, et je m'en vais l'âme en peine, aussi noire que la couleur du ciel.

Le dernier album de Leonard Cohen

Le dernier album de Leonard Cohen

13 novembre 2016

 

Je suis à Paris, au plus près des lieux où s'est déroulée la nuit barbare il y a un an. Et j'ai honte de me sentir d'humeur aussi noire alors que je ne suis pas touché par de tels malheurs. J'ai l'impression d'être un enfant gâté par la vie et qui refuse obstinément de lui sourire.

 

Le 7 novembre dernier, j'ai reçu vers midi un message de la personne que j'ai saluée la veille par message, n'ayant pas osé l'aborder par timidité. Elle trouve que c'est fou ça que je ne lui aie pas dit bonjour lors de l'événement de la veille. Je lui réponds le soir-même:

 

Quand j'ai le sentiment que quelqu'un n'a pas plus envie que ça de me voir, il m'intimide, je me sens insignifiant et préfère ne pas lui imposer ma présence, ne serait-ce que pour dire bonjour...

 

Pauvre de moi! Je m'étonne après ça de ne pas recevoir de réponse d'elle... Mais ce silence, que j'ai bien mérité, me blesse, me fait sombrer, c'est-à-dire que plus le temps passe, plus je deviens sombre et coule, conscient de mon insignifiance et de ma nullité.

 

Le 10 novembre, j'apprends la mort de Leonard Cohen, survenue trois jours plus tôt. La mort de cet aîné qui m'est semblable me touche à un point que je n'aurais pas imaginé. Son dernier album, You want it darker, est noir d'ailleurs comme ce que je broie en ce moment.

 

Leonard Cohen dit ainsi au Seigneur qu'il est prêt, I am ready, my Lord, et, venant de perdre sa muse lointaine, il Lui chante notamment ceci, qui me touche et qui, dans le même temps, me berce parce que sa voix est bien chaude avec ses accents graves:

 

There is a lover in the story

But the story's still the same

There's a lullaby for suffering

And a paradox to blame

But it's written in the scriptures

And it's not some idle claim

You want it darker

We kill the flame

 

... Hier soir, j'ai cru bon d'envoyer un long message pour développer celui du 7 novembre, espérant naïvement que je recevrais cette fois une réponse, que ce message serait compris comme un cri de détresse. Mais je n'y ai pas cru un instant et ai sombré davantage...

 

Dans Une saison en enfer, que j'ai relu dans la nuit, Arthur Rimbaud, dit qu'il parvint à faire s'évanouir dans [son] esprit toute l'espérance humaine. Je n'en suis pas là. Encore qu'il faille le dire très vite. Ce que je fais toutefois, pour ne pas m'assombrir encore plus...

Isabelle Falconnier, lors de l'inauguration officielle de Lausan'noir, le 18 novembre 2016

Isabelle Falconnier, lors de l'inauguration officielle de Lausan'noir, le 18 novembre 2016

Le 20 novembre 2016

 

Pendant toute la sainte journée de ce dimanche je lis, transporté dans le temps, celui de la Renaissance, et dans l'espace, celui de l'Écosse. Je continue à remonter la pente que je descendais allègrement, si je puis dire. Car, ces temps, je vis et vois ma vie en noir.

 

Puisque le noir est mis dans mon existence, j'ai dit oui à l'invitation d'assister à l'inauguration officielle de Lausan'noir, le festival du polar. Cet événement a lieu à l'Espace Arlaud, place de la Riponne. Je m'y rends à pied depuis Ouchy et passe par le Grand-Pont.

 

Sur le Grand-Pont, je m'arrête et me penche. Mais ma nature a horreur du vide et je me redresse vivement, pour ne pas y sauter... Trois choses de toute façon m'attachent Ici-Bas: la béquille de l'écriture, le plaisir de la lecture et le liquide amniotique des piscines...

 

Dieu, dont j'ai une connaissance purement intuitive et pas du tout raisonnée, pascalienne en somme, me laisse entièrement libre et je lui en sais gré. Mais, à son égard, je suis également timide. À mon tréfonds, je l'aime tant et si bien que je crains de lui déplaire à lui aussi...

 

Au festival du polar, je fais des rencontres, avec des femmes et des hommes que j'aime. Bien que je souffre d'une violente névralgie au bras, de leur parler me donne le sentiment d'exister. Aussi, quand, au retour, je repasse sur le Grand-Pont, n'ai-je pas même l'idée de me pencher...

 

Hier matin, ragaillardi, je reprends suffisamment confiance en moi pour envoyer un message à la personne qui m'a rendu à ma timidité (et qui d'ailleurs n'a pas répondu à mon long message). Je lui dis que je me réjouis du projet personnel dont elle a fait part sur un réseau social.

 

Cette fois, cette personne me répond laconiquement, et me remercie: le reste de ma journée en est éclairé... Comme quoi il suffit vraiment de peu de chose pour que mon humeur chagrine ne le soit plus et pour que la lumière remplace les ténèbres dans mon esprit.

La rue Saint-François, à Lausanne, le 27 novembre 2016

La rue Saint-François, à Lausanne, le 27 novembre 2016

27 novembre 2016

 

Hier j'ai passé une excellente journée à l'hôtel Alpha-Palmiers, où avait lieu la Journée libérale romande 2016, consacrée au système de santé suisse, qui n'est pas si libéral que ça et qui ne le deviendra pas de sitôt, de sombres nouvelles menaces étatiques pesant sur lui.

 

J'ai passé une excellente journée parce que j'ai fait des rencontres avec des femmes et des hommes que j'aime. Bien que je souffre d'une violente névralgie au bras, de leur parler me donne le sentiment d'exister. Tiens, cela me rappelle quelque chose... Je bégaie...

 

Aujourd'hui je vais au théâtre, en fin d'après-midi. Le spectacle n'est pas réjouissant, mais il est édifiant, et peut-être cela m'aidera-t-il à cesser de me livrer à un égotisme doloriste. Ma douleur physique dans le bras devrait amplement suffire à mon contentement.

 

Alors que je quitte la salle, assise à l'autre bout du premier rang, je vois la personne que je n'ose aborder depuis trois semaines par timidité. Quand je passe à moins d'un mètre d'elle, elle ne me voit pas: je dois être transparent ou l'ombre de moi-même (j'ai encore perdu du poids)...

 

Cette fois encore je me suis esquivé, je suis rentré chez moi la mort dans l'âme, me traitant de tous les noms. J'ai eu recours à la béquille de l'écriture et ai retrouvé mon équilibre. Je n'ai pas résisté à la tentation de lui envoyer un message pour lui dire que je l'avais croisée.

 

Dans sa réponse, elle me dit que j'aurais dû lui dire bonjour, elle me dit encore qu'elle avait pensé à moi et qu'elle avait donc dû ressentir ma présence... Ma vie de timide est pleine d'occasions manquées et doit susciter chez les autres bien des désappointements. 

 

Francis Richard

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 13:30
Journal décalé d'un timide au milieu des tubes

On n'a rien trouvé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.

(Amélie Nothomb, Métaphysique des Tubes)

 

8 octobre 2016

 

Dans mon immeuble, depuis quelques jours les travaux d'assainissement de la chaufferie se traduisent par... une absence de chauffage. Car j'ai dû fermer la vanne de mon unique radiateur pour leur accomplissement. Or cela coïncide justement avec une baisse des températures extérieures.

 

Hier soir le concierge m'a dit que je pouvais rouvrir ma vanne. Je me suis dit que c'était bien ma veine. Mais, rien. J'ai attendu toute la nuit que quelque chose se produise, sans doute par l'opération du Saint-Esprit. Au matin, toujours rien. Je pense bêtement à Lavoisier: Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme...

 

Il doit y avoir de l'air dans les tubes (de mon radiateur). En écrivant cette phrase je me rends compte de leur caractère insolite si elle était comprise dans un sens musical. Nous sommes samedi et je ne vois pas comment je parviendrai à tenir tout un week-end sans chauffage, d'autant que ma douleur à l'omoplate gauche persiste et signe.

 

Il y a un peu plus d'un mois que j'ai mal à cette omoplate. Cela correspond à peu de choses près au décès de ma soeur Chantal. J'ai pensé bêtement qu'en quelque sorte je somatisais cette perte irréparable pour moi. Il semble bien que non, qu'il y ait autre chose, une raison purement physique à cette douleur, peut-être d'origine musculaire.

 

Bizarrement cette douleur disparaît quand je nage, mais réapparaît aussitôt après, comme s'il fallait que je bénéficie de ce sursis pour la supporter. Comme je suis réticent à l'emploi de tous médicaments, hors nécessité absolue bien sûr, je prends mon mal en patient, préférant apprivoiser la douleur plutôt que de la cacher.

 

Contacté par le concierge, l'administrateur en personne de l'entreprise de chauffage arrive en milieu d'après-midi. Il vient vidanger les tubes. Pour ce faire il démonte la vanne, mais l'aiguille qui permet le réglage de température lui échappe et se perd quelque part dans mon modeste logis. Il me demande de l'aide.

 

Pendant qu'il va chercher au garage une pièce de rechange, je tiens donc une bouteille de PET sous l'arrivée d'eau chaude, dont il a limité le débit avec un bout de papier de ménage... Une fois revenu il répare la vanne et très vite l'eau remplit les tubes. En partant il me prie de l'excuser pour cette intervention peu professionnelle.

 

Comme je suis bien trop content d'avoir du chauffage, avec ma grandeur d'âme légendaire, je lui pardonne volontiers cet aveu spontané qu'il me fait sans que j'aie eu besoin de le soumettre à la question. Il me laisse sa carte si jamais. J'ai bon espoir que ce sera jamais. Et nous nous quittons bons amis.

Journal décalé d'un timide au milieu des tubes
Journal décalé d'un timide au milieu des tubes

12 octobre 2016

 

La douleur est passée de l'omoplate au bras. J'avais pensé bêtement que c'était musculaire et je m'étais laissé aller au début à prendre quelques cachets d'Ibuprofène 400 mg, histoire de relaxer le muscle, de lui permettre de se remettre tout seul en place. Mais, comme cette tentative a fait long feu, je me suis tourné vers l'acupuncture pour les nuls.

 

Il y a bien longtemps, huit ans déjà, je pratiquais le karate do de style shotokan. Bien qu'en principe les coups ne devaient pas être portés lors des randori, de temps en temps j'en prenais un mauvais. Feue ma mère m'avait alors offert un Quartzo. Un appareil, basé sur la piézo-électricité, qui envoie des décharges électriques, en appuyant sur une poignée.

 

Cet appareil est en fait un substitut aux aiguilles de l'acupuncture. Au lieu de stimuler un point névralgique avec une aiguille, cet appareil permet de le faire en balayant ledit point, ce qui suppose toutefois de supporter la décharge électrique produite mécaniquement, qui est certes de faible courant, mais qui est fortement stimulatrice.

 

En feuilletant le livre du docteur Hervé Robert, j'ai pu identifier, maintenant que la douleur est apparue dans le bras, qu'il s'agit en fait d'une névralgie cervico-brachiale, autrement dit qu'il s'agit d'une sciatique du bras. Le fait est qu'en stimulant les différents points correspondant aux 5e, 6e, 7e et 8e nerfs cervicaux et au 1er nerf dorsal, j'ai éprouvé du soulagement.

 

Ce soulagement n'était, et n'est, pas durable. Alors, contraint et contrit, je me suis résolu à consulter et, aujourd'hui, je consulte une neurologue. Qui en arrive aux mêmes conclusions, après avoir stimulé les mêmes points, soit avec des électrodes, soit avec des aiguilles, pendant une bonne heure de temps, appréciant que son patient le soit et ne soit pas douillet.

 

La doctoresse pense que la douleur provient bien des vertèbres cervicales et me prend rendez-vous pour une IRM. Cet examen devrait permettre de déterminer quelle est l'origine de la douleur, qui, faute de soins appropriés, est en train de s'aggraver et de me perturber jusque dans mon travail et dans mon sommeil déjà léger.

Journal décalé d'un timide au milieu des tubes
Journal décalé d'un timide au milieu des tubes

19 octobre 2016

 

C'est bien connu. Un tube n'arrive jamais seul. Ce jour je dois passer une IRM cervicale. Cet examen consiste à enfiler le patient dans un tube tel que celui de l'image ci-dessus et de réaliser des images par résonance magnétique. Inutile de préciser qu'il vaut mieux ne pas être claustrophobe (j'ai fait de la plongée et de la spéléo dans mon jeune temps) et ne pas avoir d'allergies.

 

Par voie intraveineuse, on m'injecte en effet du gadolinium, un produit de contraste comme ils disent, un métal classé parmi les terres rares dans le tableau des éléments sous le symbole Gd. C'est pour mieux te voir, mon enfant, aurait dit Charles Perrault. Comme c'est un produit qui déshydrate, on me conseille de boire beaucoup au cours de toute la sainte journée...

 

Il ne faut surtout pas bouger pendant cet examen et je crois ne pas bouger d'un cil. En fait je bouge, sans m'en rendre compte. Ce qui fait que la radiologue doit s'y reprendre à plusieurs fois pour que les images soient interprétables par ma praticienne. Car je n'en saurais pas davantage aujourd'hui: il me faudra attendre de revoir ma neurologue à qui sera adressé un rapport écrit, tandis que je suis le gardien du disque réalisé.

 

Pendant ce temps-là, chez moi, ce jour, la colonne d'eau froide de mon entrée d'immeuble est traitée. Les tubes d'eau, attaqués à 45%, sont recouverts d'une importante couche de rouille. Pour les restaurer, ils sont d'abord sablés avec un produit à base de silice, puis protégés en les revêtant d'un produit plastique dérivé du pétrole. Après ça, ils seront comme neufs et leur durée de vie considérablement augmentée.

 

Résultat: je n'aurai plus d'eau froide pendant deux jours, c'est-à-dire qu'il ne me faudra pas songer à prendre une douche (elle serait brûlante) et qu'il ne me faudra pas tirer la chasse d'eau; pour vider les toilettes il me faudra déverser un grand baquet d'eau chaude, à l'ancienne (enfin je suppose). Heureusement que je nage tous les jours et que je pourrai prendre ma douche à la piscine... 

Journal décalé d'un timide au milieu des tubes

21 octobre 2016

 

Aujourd'hui je me réjouis d'aller voir une pièce de théâtre. Car le théâtre est certainement avec la lecture et l'écriture ce qui m'apporte le plus de plaisir. Ma journée a été particulièrement stressante au travail et - y-a-t-il un lien de cause à effet ? - j'ai particulièrement mal au bras gauche. Après m'être changé, je prends donc la route pour Sierre où se joue Le mort saisit le vif, une pièce de Viviane Bonelli, d'après le roman d'Henri Troyat.

 

Avant de prendre l'autoroute, en montant vers La Conversion, je m'aperçois que mon phare droit est éteint et que non seulement je suis en infraction, mais surtout que je vais avoir du mal à retourner à Lausanne à l'issue du spectacle... Comme je suis parti un peu tard, 18:15, et que la pièce commence à 20:00, je ne suis pas sûr d'arriver à temps si je dois m'arrêter pour changer le tube.

 

Certes je suis un peu fou, mais je préfère finalement remplacer ce fichu tube. A ma grande surprise j'arrive, en un rien de temps, à démonter le tube, à trouver dans la station-service le bon modèle, H7, à le remonter et à repartir. Au total je ne me suis arrêté que 15 minutes, montre en main. Est-ce le stress, ma douleur devient insupportable et je n'ai rien pris pour la soulager. Alors, il me faut penser bêtement à autre chose.

 

Il y a un mois, en arrivant à Saint Jean-de-Luz, j'ai envoyé un mail idiot à une personne dont je croyais avoir ainsi perdu l'amitié. Ce qui m'avait rendu très malheureux. Mais j'avais eu, somme toute, la bonne idée d'en parler ici, dans mon journal décalé. Du coup elle m'avait envoyé un gentil message me disant qu'elle me conservait toute son amitié et qu'elle était prête à me revoir quand je voudrais.

 

A ce message j'avais répondu que c'était à elle de me faire signe, quand elle le voudrait et quand ça l'arrangerait elle. En réponse, elle m'a écrit: A très vite, alors ! Un mois a passé sans qu'elle me fasse signe. Ce n'est pas grave. Je sais qu'elle est très occupée et que je suis bien insignifiant. L'important pour moi n'est plus tant de la revoir que de ne pas avoir perdu son amitié.

 

Je me dis que quand je la reverrai, sans qu'elle m'ait fait signe et sans qu'elle m'ait vu, par timidité, je m'esquiverai, parce que je penserai qu'elle n'y tient pas tant que ça à me voir, que je ne veux surtout pas m'imposer à elle et que, de toute façon, je suis bête et que c'est pourquoi je n'ai pas besoin de me dire: Tu te crois intelligent? Je sais que je ne le suis pas, et c'est tant pis pour moi...

 

Francis Richard

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 08:20
Entrée de Pully Plage, le matin du 17 septembre 2016

Entrée de Pully Plage, le matin du 17 septembre 2016

17 septembre 2016

 

Il est 8:59. Je me trouve tout seul à l'entrée de la piscine de Pully Plage. Cette piscine joue les prolongations pendant une semaine. La Piscine de Montchoisi et Bellerive Plage ont déjà fermé, depuis le 11 septembre. Tous les jours de ces prolongations, je nage mon content, mes deux kilomètres quotidiens.

 

Depuis la perte irréparable de ma soeur Chantal, je somatise et ne parviens pas à verser la moindre larme. Au début je suis abattu, littéralement, puis j'éprouve une terrible douleur à l'épaule gauche, qui irradie dans le haut du bras, du même côté. Curieusement, cette douleur, tenace pourtant, se fait oublier quand je nage...

 

Aujourd'hui il fait vraiment froid, 13°C dans l'air, tout au plus. Et il pleut, cru. Je suis seul dans ma ligne d'eau. Dans la ligne qui jouxte la mienne, une jeune trentenaire survient, nage le crawl, tout comme moi. Quand elle accélère, je fais de même et je maintiens, par jeu, la même avance que j'ai sur elle...

 

Une douche chaude ne suffit pas à me réchauffer. Car j'ai encore perdu du poids. C'est en perdant le peu de graisse qui me reste sur les os et en somatisant qu'en quelque sorte je fais mon deuil... Dans ma voiture je ventile à fond pour me réchauffer. Celle-ci sera ainsi prête pour mon long voyage de la journée.

 

A midi, bagages faits, je pars donc pour St Jean-de-Luz. Je renonce à l'itinéraire conseillé par Via Michelin. Il est vraiment trop compliqué, même s'il est nettement plus court. La route, je le sais, sera longue, mais ma 306 GTI avalera les kilomètres sans problème, en dépit de la pluie et de ma fatigue morale.

 

Au bout de deux heures, je m'arrête pour manger une morce, un sandwich au thon (c'est à Londres que j'ai contracté cette addiction) et une salade de fruits. Je découvre sur mon smartphone un mail très gentil d'une personne, avec laquelle je suis encore ami et qui ne peut être rien d'autre.

 

Ce mail va me turlupiner tout le long de la route. Il taraudera mon esprit même quand, rituel obligé, j'écouterai les Concertos brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach, en contemplant, sur la gauche de l'autoroute, la Chaîne des Puys. Ce mail ne m'apprend rien, mais il me met bien en face de la réalité, sans détour.

 

Arrivé à ma maison, Etche Alegera, à 23:30, je me précipite sur mon laptop. Mais le wi-fi ne fonctionne pas. Au bout d'un peu moins de deux heures de rage, je réponds, précipitamment, au mail reçu, via mon smartphone, me dévoile complètement... et romps tout soudain une belle amitié, irréversiblement.

 

Bien sûr, j'aimerais ne pas avoir envoyé ce fichu mail, qui maintenant me détruit à petits feux, et revenir en arrière, mais n'y ai-je pas employé des mots aussi définitifs et irrémédiables que la mort? Comment serais-je crédible si je me déjugeais, quelque temps plus tard?

Coucher de soleil sur la baie de St Jean-de-Luz, le 18 septembre 2016

Coucher de soleil sur la baie de St Jean-de-Luz, le 18 septembre 2016

18 septembre 2016

 

N'ayant quasiment pas dormi, je culpabilise deux fois: d'avoir envoyé ce mail idiot (je pensais que ne plus voir la personne me ferait moins souffrir que de la voir, or c'est tout le contraire); d'avoir cassé ma liaison Internet et d'avoir accusé à tort mon fils Roland, le dernier à être venu ici.

 

Quand j'ai tout rebranché, la box SFR est tombée et je crois bien l'avoir détruite, par précipitation. Comme j'ai donc à peine dormi, souffrant doublement, je me force à aller faire des courses alimentaires en ce dimanche matin, parce qu'après je sais que cela ne sera plus possible.

 

Dans mes bagages j'ai emporté avec moi une cafetière Nespresso, commandée quelques jours plus tôt par Internet et livrée le lendemain. En la déballant je me rends compte que la prise électrique est aux normes suisses. Heureusement, en faisant mes courses, je trouve un adaptateur idoine.

 

Je dors un peu l'après-midi. Quand je me réveille, je me rends à la plage, pour me baigner. Mais la plage est surveillée et le drapeau rouge est mis. D'ordinaire, hors saison, la houle (ou la pollution due aux pluies) ne m'aurait pas fait reculer devant l'obstacle. Mais je ne tiens pas à être amendé...

 

Rentré chez moi, je consulte les horaires de la piscine de St Jean. Elle ferme à 18:00 le dimanche. Le temps de prendre ma voiture et d'y aller, j'arriverai pour la fermeture... Je peste contre le sort qui semble s'acharner contre moi et fais diversion en me rendant à l'église où Louis XIV a épousé Marie-Thérèse

 

Ce soir, pas d'Internet, pas de téléphone fixe, pas de télévision, et pas le coeur de lire, pour une fois. En rangeant mes affaires, je découvre, au milieu de la véritable bibliothèque que j'ai emportée avec moi, un coffret d'une série, Les revenants, que mon fils Roland m'a offerte. Je suis sauvé...

Coucher de soleil sur la baie de Saint Jean-de-Luz, le 19 septembre 2016

Coucher de soleil sur la baie de Saint Jean-de-Luz, le 19 septembre 2016

19 septembre 2016

 

J'ai tout débranché de la Box SFR: la prise du téléphone fixe, la prise de la télévision et la prise d'alimentation. J'ai débranché la Box elle-même de la ligne téléphonique extérieure. Je suis prêt à me rendre dans une boutique de l'opérateur pour procéder à un échange de Box...

 

Au préalable, à 9:30, j'appelle la boutique SFR de Bayonne, celle de Saint Jean-de-Luz étant fermée le lundi. Je m'entends dire (expression dérivée de l'anglais?) que je dois d'abord appeler le service technique de SFR (dont je n'ai pas trouvé le numéro sur Internet avec mon smartphone...).

 

Au 1023, après deux fois 8 mn d'attente (jai été coupé), on me dit de tout rebrancher. Ce que je fais. D'appuyer avec un cure-dent dans le trou re-set. D'éteindre et de rallumer en actionnant le bouton power. Rien ne se passe. Ou plutôt si: après avoir clignoté indéfiniment, le voyant au lieu d'être vert fixe est orange fixe.

 

Je m'entends dire cette fois qu'il faut attendre que la Box se synchronise. Cela peut demander jusqu'à 8 heures (avec Sunrise, en Suisse, cela met 5 à 10 mn...). Rendez-vous téléphonique est donc pris, à 18:00... J'enrage, et peut-être est-ce un bien pour un mal, parce que j'oublie un peu mon mauvais mail...

 

Vu ma déconvenue d'hier, je me rends à la piscine de Saint Jean-de-Luz, qui ouvre le lundi à 12:00 en période scolaire et je nage enfin mes 2 kilomètres qui m'ont tant manqué hier... L'après-midi j'ai de toute façon rendez-vous à 15:00 à Bayonne... ce qui m'occupera, d'autant que la praticienne est charmante.

 

Un peu avant 18:00, je rappelle le 1023. Il y a 6 mn d'attente. Quand j'ai le technicien, il me reproche d'avoir devancé le rendez-vous...Rien n'a changé. La Box ne fonctionne toujours pas. On me propose le prêt en boutique d'un boîtier 3G, en attendant l'intervention d'un technicien sur place. On m'envoie un SMS de confirmation...

La grande plage de Saint Jean-de-Luz, en fin de matinée, le 20 septembre 2016

La grande plage de Saint Jean-de-Luz, en fin de matinée, le 20 septembre 2016

20 septembre 2016

 

8:00. Toujours pas de SMS. La Box est toujours à l'orange fixe. Je rappelle le 1023. Je m'entends dire cette fois qu'il n'y a pas besoin de SMS, que je peux me présenter en boutique pour retirer un  boîtier 3G, moyennant le dépôt d'un chèque de caution de 60 €: on n'est jamais trop prudent avec un vieux client...

 

A 10:00, sept personnes attendent l'ouverture de la boutique SFR de Saint Jean-de-Luz. 20 mn plus tard je repars, tout content, avec mon boîtier 3G à la main: mon blog va pouvoir retrouver vie et moi avec (que serais-je sans l'écriture consolatrice?). Arrivé à la maison, je jette un coup d'oeil méprisant à la Box...

 

Je manque de faire tomber de mes mains le boîtier 3G: l'orange est passé au vert... comme par miracle. Tout fonctionne: le téléphone fixe, la télévision et toutes ces chaînes que je ne regarde pas et, surtout, Internet, qui m'est indispensable pour mon blog et pour être joignable par mon employeur...

 

Comme on dit, les affaires reprennent. Sauf que je vais devoir rapporter le fichu boîtier 3G à la boutique SFR... L'après-midi, je recevrai un coup de fil sur le fixe. Pour me remercier de ma fidélité, SFR me proposera gratuitement davantage de services et de chaînes de télévision... Le bonheur est dans la Box...

 

Le calme m'est revenu après cette tempête numérique. A midi j'ai pu nager dans la mer, une mer d'huile, revêtu de ma combinaison Tribord, made in Thaïland, de la digue aux chevaux à celle de l'entrée du port, distantes d'un peu plus de 800 mètres. Un aller-retour sublime...

 

Le soir, je me souviens et je frémis. Quand m'est arrivé ce que j'ai appelé l'épreuve de quatorze,  pendant une semaine, du 24 mai 2014 au 1er juin 2014, mon blog est devenu inaccessible. Cela a coïncidé avec une autre rupture, dont je ne me suis d'ailleurs jamais remis et dont j'avais pris la malheureuse initiative.

 

Mon principal tort est d'être, à chaque fois, dans le déni de ma réalité. Il faut dire que mon esprit et mon corps (hormis peut-être mon visage qui a quelques traits un peu vieux) ne me disent pas mon âge et que mes sentiments sont toujours adolescents...

 

Bis repetita placent pour le recalé en amitié que je suis... et serai peut-être toujours.

 

Francis Richard

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 13:15
La Piscine de Montchoisi à Lausanne: un monument d'importance régionale

11 septembre 2016

 

La Piscine de Montchoisi ferme aujourd'hui. La saison aura tout juste duré quatre mois, du 11 mai 2016 au 11 septembre 2016.

 

J'y aurai nagé 93 fois, parcouru 186 kilomètres. Cela me fait donc tout drôle de penser qu'il me faudra attendre huit mois avant d'y retourner... si Dieu me prête vie, bien entendu, le pire, ou le meilleur, n'étant jamais sûr.

 

Le 11 septembre 2016 n'est pas seulement le jour de fermeture de cette piscine, idéalement située à proximité de mon bureau et de mon domicile, mais aussi une des deux Journées européennes du patrimoine dont le thème cette année est Oasis des villes, oasis des champs. Ce qui aurait fait plaisir au fabuliste...

 

Aussi, après avoir nagé une dernière fois de la saison, participé-je à une visite guidée des lieux. Notre guide est Carole Schaub, historienne de l'art. Et c'est donc par un peu d'histoire que la visite commence.

Piscine de Montchoisi

Piscine de Montchoisi

La Piscine de Montchoisi: le bassin olympique et la pataugeoire

La Piscine de Montchoisi: le bassin olympique et la pataugeoire

En 1933, des entrepreneurs ont la riche idée, trop riche, de vouloir créer ici un parc des sports comprenant une patinoire, transformée l'été en piscine, une piscine couverte, un restaurant, des tribunes, des dépôts frigorifiques et des immeubles d'habitation.

 

Le problème est en effet de financer un tel projet, alors que la Suisse n'est pas épargnée par la crise des années 1930. Mussolini est même sollicité, sans suite, par le consortium constitué par les architectes Gaston Gorjat et Robert Baehler.

 

En 1936, un projet moins ambitieux est présenté à l'enquête publique. La commune de Lausanne se porte garante, d'autant plus volontiers qu'un troisième architecte s'est associé au projet, James Ramelet, et, surtout, que l'ingénieur Alexandre Sarrasin, connu pour ses réalisations en béton, est mandaté pour dimensionner gradins, couverture et plongeoir (il a été rasé après un accident...).

 

Mais cette garantie est assortie de conditions: il n'y aura pas de piscine couverte et le prix des entrées sera le double de celui des entrées de Bellerive-Plage, qui vient d'être inaugurée, pour ne pas lui faire concurrence...

 

Faute de moyens financiers, seule la patinoire ouvre en 1938, pour le grand bonheur des patineurs et des hockeyeurs, qui, sinon, devaient glisser à Sauvabelin ou au Chalet à Gobet quand les conditions météo le permettaient.

 

Les entrepreneurs font faillite. Aussi la commune de Lausanne rachète-t-elle l'édifice inachevé. Et le 19 mai 1942, la plus grande piscine olympique de Suisse peut enfin être inaugurée, gradins et couverture en porte-à-faux compris.

La machine à glace (alimentation à l'ammoniac)

La machine à glace (alimentation à l'ammoniac)

La machine à glace (alimentation au CO2)

La machine à glace (alimentation au CO2)

Eléments de l'échafaudage pour combler la piscine et la transformer en patinoire

Eléments de l'échafaudage pour combler la piscine et la transformer en patinoire

Une des caractéristiques de la Piscine de Montchoisi, c'est qu'elle se transforme en patinoire l'hiver. Pendant six semaines et quelque, à partir de demain, des travaux seront entrepris. Le bassin sera vidé, un sol reposant sur des échafaudages sera monté (les éléments sont stockés en été sous la dalle de béton du solarium), des tuyaux de refroissement seront disposés sur toute la surface.

 

La machine à glace fonctionnait à l'ammoniac. Six tonnes étaient nécessaires. Aujourd'hui elle fonctionne à l'ammoniac (deux tonnes) et au CO2 (eh oui...). L'ouverture des deux pistes de la patinoire (60X25 m à l'emplacement des bassins et 65X18 m à l'emplacement du solarium) est prévue cette année le mercredi 26 octobre.

Schéma de la machine à vagues

Schéma de la machine à vagues

Mécanisme de la plateforme qui produit les vagues

Mécanisme de la plateforme qui produit les vagues

Outillage de la machine à vagues

Outillage de la machine à vagues

Une autre caractéristique de la Piscine de Montchoisi, c'est sa machine à vagues. Hormis les courroies d'entraînement, tout le mécanisme de montées et descentes de la plateforme, qui produit les vagues à travers une grille, est d'origine...

 

L'après-midi les lignes de nage disparaissent et ne réapparaissent qu'après les dernières vagues. Les vagues sont déclenchées: à 13:30, 14:15, 15:00, 15:50 et 16:45. Il faut oublier de pouvoir nager à ce moment-là.

Machines de filtrage de l'eau

Machines de filtrage de l'eau

Couloir le long du bassin de 50 m

Couloir le long du bassin de 50 m

Vue subaquatique du bassin de 50 m

Vue subaquatique du bassin de 50 m

Comme dans toute piscine digne de ce nom, l'eau de la Piscine de Montchoisi est traitée et filtrée.

 

Le long du bassin de 50 m sont disposés des hublots à travers lesquels on a une vue subaquatique. Tous les deux hublots, un spot permet de l'éclairer quand il fait sombre.

Portillon avec les lettres M, P, P, L

Portillon avec les lettres M, P, P, L

Le restaurant

Le restaurant

La décoration de la Piscine de Montchoisi est minimaliste. Hormis un portillon avec les lettres M, P, P, L, pour, je suppose, Montchoisi, Piscine, Patinoire, Lausanne, il ne faut pas s'attendre à des ornements.

 

Dans le restaurant, les degrés des gradins ne sont pas dissimulés, non plus que les sommiers arqués qui les supportent, gradins dont la couverture est suspendue à des sommiers inversés et équilibrée par de fins piliers inclinés, comme le précise le prospectus de visite.

 

Cette visite qui aura duré environ trois quarts d'heure aura été instructive. J'aurai retenu notamment que la Piscine de Montchoisi, baptisée Parc de Montchoisi sur sa façade, obtient la note 2, dans le classement des Monuments et sites, c'est-à-dire qu'il s'agit d'un monument d'importance régionale, la note 1 étant attribuée aux monuments d'importance nationale...

 

Francis Richard

La Piscine de Montchoisi à Lausanne: un monument d'importance régionale
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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 22:55
Iglesia de los Jeronimos

Iglesia de los Jeronimos

3 septembre 2016

 

Il est deux heures du matin. Deux messages m'apprennent que ma soeur Chantal est décédée à Madrid dans l'après-midi de la veille. Je suis un petit dormeur, mais cette fois je ne dors pas de la nuit et je ne lis pas pour peupler mon insomnie. Éveillé, je me souviens...

 

Je me souviens d'abord que je l'ai appelée en juillet pour lui dire que je viendrai la voir à l'automne, parce que l'été madrilène est vraiment trop caniculaire pour moi. Ironie du sort, je vais m'y rendre maintenant, malgré que j'en aie, pour lui dire un dernier adieu.

 

Des quatre soeurs et frère que nous étions, nous étions deux, elle et moi, à être nés à l'étranger, en Belgique, à Uccle; à avoir fait des études à l'étranger, elle en Espagne - elle a fait un petit bout en Suisse, mais a arrêté par amour...-, moi en Suisse; à nous être exilés, elle à Madrid, moi à Lausanne.

 

Chantal et moi nous sommes toujours bien entendus et soutenus, sans doute parce que nous n'avons eu ni l'un ni l'autre la vie facile, pour des raisons complètement différentes d'ailleurs. Des raisons de santé, des raisons amoureuses et professionnelles.

 

Si j'ai toujours eu une bonne mauvaise santé et que ma vie n'a tenu qu'à un fil pendant les premières année de mon existence (j'ai quand même maintenant une épée de Damoclès au-dessus de la tête...), la sienne n'a pas été bonne du tout dans les dernières années de son existence au point d'être devenue invalide.

 

Si ma vie professionnelle a été cahotique et qu'à un moment j'étais vraiment à quia, la sienne a toujours été précaire et difficile matériellement, alors qu'elle avait connu tout comme moi une enfance et une adolescence dorées... Mais elle ne se plaignait jamais...

El Retiro

El Retiro

4 septembre 2016

 

Mon avion décolle de Genève à 8:15. Même si, tous les jours, je suis réveillé de bonne heure et lis alors pendant des heures, je mets un temps infini à me préparer. Ce matin, je rate le train que j'avais prévu de prendre à 6:18. Première contrariété.

 

Je prends le train suivant, celui de 6:42, qui arrive à 7:27. Le temps de gagner le guichet d'Ibéria il est bien 7:45. J'ai heureusement emporté un bagage réduit et n'ai pas à l'enregistrer pour la soute, mais il y a un contrôle de police avant de pouvoir embarquer.

 

Comme cela fait un moment que je n'ai pas voyagé en avion, je ne me souviens pas qu'il faut sortir l'ordinateur du bagage, qu'il ne faut pas avoir plus de 100 ml de liquide. Or j'ai un gel douche, un gel de rasage (tout neuf) et un shampooing médical...

 

Mes trois produits sont refusés (je n'ai pas d'ordonnance pour le shampooing). On me donne le choix entre faire enregistrer mon bagage en soute ou mettre mes contenants à la poubelle. Vu l'heure, je n'ai pas vraiment le choix. Ils y finissent donc tous trois... Deuxième contrariété.

 

Parti précipitamment, n'ayant pas de plan de Madrid, ni de son métro. Je me trompe et descends plusieurs stations trop tôt. Je ne parle pas espagnol et demande mon chemin à plusieurs reprises. Les Madrilènes sont très gentils, mais ils ne connaissent pas la rue où se trouve mon hôtel... Troisième contrariété.

 

Après m'être adressé à plusieurs passants, je tombe sur Angel - cela ne s'invente pas. Ce bon ange est délégué commercial d'une entreprise de transports. A l'aide de son smartphone, il m'indique l'itinéraire. Lui, sa compagne et moi faisons un bout de chemin ensemble.

 

Arrivé à midi à l'hôtel, ma chambre n'est pas prête. Elle ne le sera qu'à 13:00 et j'ai rendez-vous à 13:15, tout à côté, pour se rendre au crématorium du cimetière choisi par le compagnon de ma soeur. Quatrième contrariété. Heureusement que j'ai emporté quelques livres avec moi...

 

A 13:00, ma chambre est prête mais la clé ne fonctionne pas quand je m'y rends... Cinquième contrariété. Je reçois des SMS de ma famille... qui m'attend. Finalement je n'ai que que trois ou quatre minutes de retard...

 

Après la cérémonie, qui a lieu une demi-heure plus tard, après avoir dit adieu à Chantal, nous nous retrouvons pour dîner (déjeuner, si vous préférez) dans un petit restaurant, tout proche de mon hôtel, en milieu d'après midi, à l'espagnole...

Restaurant El Botanico

Restaurant El Botanico

Après ce repas arrosé, j'ai la mauvaise idée de vouloir aller nager pour me détendre et me remettre de mes émotions... Sur Internet, rentré à l'hôtel à près de 18:00, j'ai repéré une piscine ouverte le dimanche jusqu'à 20:30. Elle se situe entre les stations Menendez Pelayo et Pacifico, sur la ligne 1, que je compte prendre à Atocha.

 

Ce que j'ignore, c'est que la ligne 1 est fermée pour travaux. Je me rends donc à pied, par 35°C à l'ombre, pour trouver cette piscine miraculeuse. Au bout d'une heure de vaines recherches, j'abandonne. Ce qui n'est pas mon genre. Sixième contrariété.

 

En fait il me faut bénir le Ciel. Car toutes ces contrariétés m'ont fait penser à autre chose qu'à la perte irréparable de ma soeur, que, pour un tas de raisons (qui ne sont pas toujours bonnes, hélas), je n'aurai pas revue depuis des années, depuis sa visite à ma maison de Saint Jean-de-Luz.

Instalacion deportiva municipal - Casa de Campo
Instalacion deportiva municipal - Casa de Campo

Instalacion deportiva municipal - Casa de Campo

5 septembre 2016

 

Cette journée commence sous de meilleurs auspices. J'ai enfin trouvé une piscine, qui plus est ouverte le matin, à Casa de Campo. C'est une piscine de 25 m. Elle ouvre à 8:30, mais toutes les lignes d'eau - il y en a sept - sont prises par des cours à cette heure-là.

 

A 9:00 deux lignes ouvrent pour les nageurs libres. Comme le bonnet est obligatoire et que je n'en ai pas emporté avec moi, une monitrice m'en prête aimablement un. Et je peux faire mes deux kilomètres habituels avec une seule autre personne dans ma ligne... Le bonheur.

 

Avant de repartir pour Lausanne, je fais un tour en ville. Il faut bien sûr oublier d'aller voir Jérôme Bosch au Prado. La file des visiteurs est impressionnante et dissuasive. En 2008, j'avais vu avec Chantal, celle des oeuvres de Francisco Goya, consacrées à la guerre.

Museo del Prado

Museo del Prado

Alors quoi de plus naturel que de faire un tour dans le Parque de el Retiro. C'est un parc dans lequel je m'étais déjà promené à deux reprises et qui m'avait enchanté. Evidemment il ne faisait pas aussi chaud qu'aujourd'hui. Il n'y avait pas non plus cette lumière qui brûle les yeux, même protégés par des lunettes noires.

 

 

El Retiro - Coupe des arbres et arrosage du gazon (à midi)
El Retiro - Coupe des arbres et arrosage du gazon (à midi)

El Retiro - Coupe des arbres et arrosage du gazon (à midi)

Dans ce parc, il y a aussi une petite merveille, le Palacio de Cristal. Il se situe au bord d'une pièce d'eau. Et j'ai pu voir fonctionner, à l'intérieur, le pendule, de quoi faire rêver n'importe quel ingénieur mécanicien.

Palacio de Cristal
Palacio de Cristal

Palacio de Cristal

Une dernière visite s'imposait pour le catholique que je suis. Après avoir prié tout en nageant et tout en marchant, il me fallait prier dans la maison de Dieu, en l'occurrence l'Iglesia de los Jeronimos, qui veille en quelque sorte sur le Museo del Prado.

 

Pendant ces deux jours passés à Madrid, j'ai pensé avec reconnaissance à toutes celles et à tous ceux qui m'ont témoigné leur sympathie et leur amitié pour le deuil qui me frappe douloureusement quand je les ai rencontrés samedi dernier au Livre sur les quais de Morges et quand je leur ai dit que je ne pourrais pas venir le lendemain.

 

Toutes et tous, je vous remercie vraiment du fond du coeur - et il est profond même s'il est défectueux - parce que, en me parlant, ou en ayant la gentillesse de m'écouter, parfois longuement, vous m'avez donné du courage pour affronter cette épreuve et pour continuer à lire les livres que vous écrivez ou que vous éditez. 

 

De plus en plus, dans ma vie, je ne peux que faire mienne cette phrase de Marcel Proust:

 

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.

 

Francis Richard

Intérieur de l'Iglesia de los Jeronimos

Intérieur de l'Iglesia de los Jeronimos

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 05:00
Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

William Shakespeare est donc mort il y a tout juste quatre cents ans, le 23 avril 1616, selon le calendrier julien, c'est-à-dire aujourd'hui 3 mai, selon le nôtre.

 

Noël 1965

 

Mon grand-père maternel, Arthur Philomène Van Poucke, héros belge, et britannique, des deux guerres mondiales du XXe siècle, m'offre un cadeau qui serait singulier dans toute autre famille que la mienne

 

Daddy (nous l'appelons tous ainsi, à commencer par ma mère) est mon parrain. Il parle couramment le flamand (sa langue maternelle), le français, l'allemand et l'anglais, et il m'offre ce jour-là, en un volume et en version originale, les oeuvres complètes du dramaturge et poète élisabéthain.

 

Il me le dédicace en anglais, of course:

With all my love to Francis

Christmas 1965

et signe de son patronyme...

 

Comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, Daddy s'est procuré l'ouvrage chez W.H. Smith & Son, 248 rue de Rivoli à Paris... A l'époque, nous habitons Auteuil, l'un des trois ghettos, avec Neuilly et Passy, que chanteront Les Inconnus un quart de siècle plus tard. C'est dire que nous menons grand train, dont nous ne pouvons que descendre un jour, égalitarisme oblige...

Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

Cette réédition de 1965 des Complete Works de William Shakespeare, réalisée en 1906 par W.J. Craig, du Trinity College de Dublin, a été publiée par l'Oxford University Press.

 

L'orthographe a été modernisée par l'auteur et la ponctuation revue par lui. En fin de volume, se trouvent un court glossaire des mots devenus archaïques, un index des personnages et un index de la première ligne de passages connus des trente-sept pièces. Le dessin de couverture, de C. Walter Hodges, représente une reconstitution du Fortune Theatre, tel qu'il était en 1600.

 

C'est dans ce volume, en tout cas, que je lis Macbeth, que nous étudions au lycée Henri IV de Paris, que j'ai intégré, en seconde, à l'automne 1965, justement, et où j'apprends - j'ai encore un peu de mémoire à l'époque - le célèbre monologue de Lady Macbeth, qui commence ainsi:

 

Is this a dagger which I see before me,

The handle toward my hand? Come, let me clutch thee:

I have thee not, and yet I see thee still.

 

Dans ces mêmes années 1960, j'assiste, pour la première fois, à Saint Jean-de-Luz, lors d'une semaine de septembre organisée par le maire Pierre Larramendy, au théâtre de verdure, à une représentation de Roméo et Juliette... et, en 1969, je lis Le voyage de Shakespeare, le fabuleux roman de Léon Daudet, que Gallimard vient de rééditer...

Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

Été 1998

 

A Londres pour six semaines d'affilée, je fais un premier pèlerinage à la tombe de Karl Marx à Highgate, tout près de Muswell Hill où je réside. Ce qui ne manque pas de sel pour le libéral, admirateur de Frédéric Bastiat, que je suis... Mais, comme il faut payer une livre pour avoir le privilège de contempler la sépulture de l'auteur du Capital, je renonce à verser cet écot...

 

Le second pèlerinage me conduit au Shakespeare's Globe Theatre sur l'autre rive de la Tamise. Il vient d'être reconstruit à l'identique. Après un incendie en 1613, il avait été une première fois reconstruit l'année suivante, mais, sous Cromwell, le puritain, il a été fermé, en 1642, et détruit, en 1644, pour construire des logements en lieu et place...

 

Dans mes bagages pour Londres, j'ai emporté les cent cinquante-quatre Sonnets de Shakespeare. Car j'aime tout autant le poète des poèmes que celui des pièces. En anglais, comme en français, le mot de sonnet désigne un poème de douze vers. Mais, au contraire du modèle français, le sonnet shakespearien comporte sept rimes au lieu de cinq.

 

Ce sont pourtant les sonnets de Shakespeare qui m'ont donné l'envie, pour meubler mes nuits d'insomnie, de renouer un jour avec la forme française, plus exigeante, dont le résultat est incomparable quand il s'agit de parler d'amour...

Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

Été 2007

 

Vivant depuis 2001 à Lausanne, il ne m'a pas été possible en 2007-2008 de voir les trente-quatre pièces de mon auteur préféré, jouées au Théâtre du Nord-Ouest, que dirige l'ami Jean-Luc Jeener. J'y revois cependant, avec bonheur, Roméo et Juliette et surtout Comme il vous plaira, où la fameuse tirade de Jacques commence ainsi:

 

                                 All the world’s a stage,

And all the men and women, meerely players:

They have their exits and their entrances;

And one man in his time plays many parts,

His acts being seven ages.

 

Shakespeare reprenait en fait dans cette tirade l'épigraphe de l'enseigne du Globe, représentant Hercule portant le monde sur les épaules:

 

Totus mundus agit histrionem

Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

Quelques années plus tard

 

Un des plus beaux cadeaux qui m'ait été fait par mes proches est The Shakespeare Collection, en 37 DVD, produite par la BBC il y a quelque trente ans (elle a été tournée entre 1978 et 1984). Quand le spectacle du monde m'indispose un peu trop, je me réconforte en le regardant dans ce miroir éternel qui en reproduit toutes les facettes.

 

Pour en revenir au cadeau que Daddy m'a fait il y a quelque cinquante ans, ce serait certainement le livre que j'emporterais sur une île déserte, si le choix m'était donné. Cet univers de Shakespeare, contenu en un seul volume, m'a éduqué, dessillé les yeux sur l'existence et ouvert l'esprit à un âge qui était pourtant seulement le double de l'âge de raison.

 

Pétri des classiques français, Corneille, Molière et Racine, qui, en comparaison, paraissent bien sages, dans la tragédie comme dans la comédie, je découvrais tout soudain la démesure, l'étrange, le grandiose. Les règles explosaient. Les limites étaient dépassées. Shakespeare se permettait tout, les clichés comme les néologismes, et pouvait se le permettre, parce qu'il était tout simplement génial.

 

Shakespeare s'inspirait d'auteurs grecs et latins qui me sont chers, tels que Virgile ou Sénèque, de l'histoire de son pays, comme j'aime que l'on s'inspire de l'histoire des pays qui m'ont vu vivre, ou où je vis. Sa langue puisait aussi bien aux sources populaires que savantes, comme je me repais aussi bien de la langue de Céline que de celle de Proust.

 

Mais, surtout, je me rendais compte, et je ne reçois toujours pas de démenti quand je le relis cinquante ans plus tard, que Shakespeare cherchait à tout comprendre des êtres et des choses, qu'il se gardait bien de prononcer des jugements, qu'il se contentait d'observer et de dire, sans réserves, d'une manière très libre qui, décidément, me plaît.

 

Un dernier trait de lui me touche. L'heure ultime venue, il aurait demandé à recevoir les derniers sacrements, qui lui auraient été administrés par un curé récusant. Il est en fait de plus en plus probable qu'il était catholique...comme le déclarait l'ancien chef de l'Eglise anglicane, Rowan Williams, lors du Hay Festival, en 2011.

 

Il n'est pas sûr du tout que je voie ma fin venir, qu'elle soit aussi sereine que la sienne et que je reçoive la même grâce que lui avant de partir, mais, en attendant, en ce petit matin frais de mai, où le printemps se laisse désirer, je lui suis éternellement reconnaissant, par le truchement de Daddy, de m'avoir en quelque sorte façonné comme je suis.

 

Francis Richard

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 20:00
Piscine de St Jean-de-Luz

Piscine de St Jean-de-Luz

Ceux qui me connaissent ne seront pas surpris d'apprendre que j'ai nagé le jour de la Saint Sylvestre 2015. C'était à St Jean-de-Luz où j'aime terminer l'année, depuis quelques années, et où, peut-être, si Dieu le permet, je terminerai mes jours, de préférence accidentellement, pour reposer auprès de ma mère...

 

Depuis l'épreuve de quatorze, qui est peut-être ce qui m'est arrivé de meilleur dans ma vie, j'ai trouvé dans la nage (libre) un moyen d'équilibre pour ma santé, mentale et corporelle. Si en 2014 j'ai parcouru 587 km en nageant, dans le même exercice j'ai enregistré 639 km à mon compteur en 2015.

 

Cette distance millésimée, je l'ai parcourue en dépit de deux accidents - l'un au genou, l'autre au front -, qui m'ont éloigné, momentanément, des bassins et de la mer. C'est dire que la natation occupe désormais une place de choix délibéré dans ma vie.

 

Un jour récent de cette année, un maître-nageur d'une piscine de la banlieue lausannoise que je fréquente, après m'avoir observé nager mes 2000 mètres d'une traite, me demande:

- Vous êtes un ancien nageur?

- Oui. Mais il y a longtemps...

- Parce que vous donnez l'impression de glisser sur l'eau...

- Je ne nage pourtant plus comme à l'époque. On nageait alors avec la tête redressée, l'eau au milieu du front; on passait ses bras en dessous du ventre; et on commençait seulement à virer en faisant une culbute... ce que je n'ai jamais appris à faire, en proie que j'étais aux sinusites...

 

Brevet de 25 m nage libre en 1962

Brevet de 25 m nage libre en 1962

Brevet de 500 m nage libre en 1964

Brevet de 500 m nage libre en 1964

Brevet de 1500 m nage libre en 1965

Brevet de 1500 m nage libre en 1965

Cet échange, libre bien entendu, m'a fait souvenir de quand j'étais nageur dans le sillage de Jo Bernardo. Car, si je ne nage pas trop mal, je le dois à ce champion (aujourd'hui oublié) de la natation française.

 

A Monte-Carlo, nous habitions un appartement, avenue Princesse Charlotte, dans le voisinage de Radio Monte-Carlo, dans une résidence, Le Roqueville, disposant, au milieu du U formé par l'immeuble, d'un parc de palmiers où une fontaine monumentale apportait quelque fraîcheur en été.

 

Habitaient dans cette résidence somptueuse l'écrivain Pierre Nord, dans la même aile que nous, et, dans l'aile d'en face, en attique, l'armateur grec Stavros Niarchos, mort à Lausanne... Tous les appels téléphoniques passaient par un standard. La standardiste avait une voix suave. Mon père voulut un jour en avoir le coeur net et faire sa connaissance. La déception fut à la hauteur du fantasme qu'il avait nourri...

 

Quand l'Hôtel de Paris a ouvert une piscine avec terrasse donnant sur le port de Monaco, mes parents, mes trois soeurs et moi, avons été les premiers clients de cet établissement de luxe. A ce titre nous bénificiions d'un tarif familial... sans lequel mon père aurait de toute façon payé les entrées de toute la famille.

 

Le maître-nageur de la Piscine de l'Hôtel de Paris était Jo Bernardo. C'est lui qui m'a appris à nager le crawl, la nage libre que choisissent en fait les nageurs pour les épreuves de cette discipline. C'est lui qui m'a fait faire des entraînements intensifs dans la piscine olympique du port de Monaco, sous la houlette de Monique Berlioux, qui s'est éteinte l'été dernier...

 

Jo Bernardo avait notamment été médaillé de bronze aux Jeux Olympiques de Londres (1948) et d'Helsinki (1952) dans le relais 4 fois 200 m nage libre. Dans le 1500 m nage libre il avait été champion de France en 1949, 1952, 1953 et 1954, médaille de bronze au championnat d'Europe de 1950...

Piscine des Thermes Marins de Monte-Carlo

Piscine des Thermes Marins de Monte-Carlo

La piscine des Thermes marins de Monte-Carlo d'aujourd'hui n'est plus tout à fait celle de l'Hôtel de Paris. Bien sûr elle est toujours ovale avec au plafond une gigantesque coquille Saint-Jacques, mais il n'y a plus de bar, plus de machines à sous (les enfants devaient se taire quand un joueur du Casino avait essuyé de grosses pertes...), plus de repas servis sur la terrasse dès le printemps venu.

 

Au bord de cette piscine j'ai discuté avec un grand Monsieur, très gentil, dont je n'ai su le nom, par une employée, qu'en regagnant ma cabine, Jacques Brel. La princesse Grace venait de temps en temps avec Caroline et Albert. Je chahutais souvent dans l'eau avec une certaine Christina Onassis, de quelques mois plus âgée que moi...

 

Quand les Ballets russes se produisaient, la troupe venait nager dans cette piscine et j'admirais la musculature et la beauté de ces femmes et de ces hommes athlétiques. André Cayatte y a tourné une scène de bagarre incroyable dans un de ses films, Le glaive et la balance (1963), avec Anthony Perkins, Jean-Claude Brialy et Renato Salvatori.

 

Bref, cette piscine singulière est pour moi, aujourd'hui encore, un endroit mythique.

L'affiche du film d'André Cayatte, "Le glaive et la balance"

L'affiche du film d'André Cayatte, "Le glaive et la balance"

Ces années 1960 ont donc été celles de ma carrière éphémère de nageur. Entré au Lycée Henri IV, à Paris, à la rentrée de 1965, j'ai intégré l'équipe de natation. Nous allions à la Piscine de Pontoise, rue de Pontoise, dans le cinquième, ou à la piscine de l'Hôtel Lutétia, qui se trouvait en sous-sol, et qui a été transformée un temps, par la suite, en boutique de mode...

 

Les compétitions inter-lycées se déroulaient au Centre Sarrailh, en haut du boulevard Saint-Michel. Une fois nous nous sommes déplacés en car près de Fontainebleau, dans une base américaine: l'atterrissage d'hélicoptères tout à côté de la piscine, où était servi un goûter à l'issue des épreuves, avait quelque chose de surréaliste.

 

Mon plus grand exploit, somme toute modeste, aura été de terminer cinquième lors des épreuves régionales d'Ile de France, en 1967, au stade Georges-Vallerey, à côté du SDECE, devenu depuis la DGSE... L'année suivante, les compétitions n'ont pas eu lieu, pour cause d'événements...

Port de Monaco par Francisco (1960)

Port de Monaco par Francisco (1960)

A ma carrière éphémère de nageur a correspondu une carrière non moins éphémère de peintre. De toutes les toiles que j'ai peintes pendant cette période, il ne m'en reste que quelques-unes dans ma maison de Chatou.

 

L'une d'elles représente le port de Monaco. Elle date de 1960, je crois. Je l'ai peinte en extérieur. Le petit bonhomme que j'étais était entouré alors par de nombreux badauds qui le regardaient incrédules en train de donner des couleurs à cette toile fixée sur un chevalet, à partir d'une palette sur laquelle il les avait mélangées. Cette toile est signée par mon alter ego, Francisco.

 

Quelques mois plus tôt, à partir de la couverture d'El Ruedo, un magazine de tauromachie espagnol, j'avais représenté un taureau entrant dans des arènes. Sans me demander mon avis, mon père l'avait proposée à un de ses amis, un afficionado, Jean S., qui, voulant l'exposer en Espagne, avait souhaité qu'elle soit signée d'un nom hispanique. Avant de lui donner la toile, j'y avais donc apposé Francisco, cette signature, dont sont affligés tous mes tableaux suivants...

 

Francis Richard   

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 05:00
Journal décalé de novembre, au Vésinet et à Lausanne

Il n'est pas besoin de chercher très loin l'origine du mot nord-américain qui désigne l'automne, Fall.

 

Cette photo, prise ce 11 novembre, au début du chemin qui mène à ma maison d'Ouchy, n'est-elle pas suffisamment explicite?

 

Pablo

Pablo

8 novembre 2015

 

Il fait beau ce dimanche matin. Disciple dissipé de Paul Morand, en littérature comme dans ma vie personnelle, je me rends en homme pressé (ce qui me joue souvent des tours...) au Château de Croissy-sur-Seine (je garde une mâle cicatrice au front de ma rencontre empressée avec une porte en verre à Sierre...). Le fils d'un de mes condisciples de l'EPFL y a accroché quelques unes de ses toiles, peintes au cours de la dernière décennie.

Pablo

Pablo

Le chabbat

Le chabbat

Raoul Dehé est un homme de goût, à tous les points de vue. Il est en effet peintre à ses heures et il a, en juillet 2014, repris avec Julien Naudin, le restaurant vésigondin dont l'enseigne, Le Bel Ami, se réfère au roman de Guy de Maupassant. Ce bel écrivain, dont Morand a écrit une vie, fréquentait la Maison Fournaise, chère à Auguste Renoir, située sur l'île des Impressionnistes, île toute proche et joyau de ma bonne ville de Chatou...

La Suisse

La Suisse

Rêves de dos

Rêves de dos

Raoul est un peintre éclectique, comme le maître Pablo, sous l'ombre tutélaire de laquelle il s'est mis et dont il a fait un portrait d'hommage affectueux. Ce tableau figure en toile de fond de l'affiche de son exposition Emotions, qui se tient dans l'Espace Chanorier du château, du nom du dernier seigneur de ces lieux. Raoul est binational, franco-suisse, né d'une mère suisse et d'un père français. Je ne peux qu'avoir avec lui des correspondances toutes baudelairiennes...

Raphaël Aubert, Chevalier dans l'Ordre des Arts et Lettres

Raphaël Aubert, Chevalier dans l'Ordre des Arts et Lettres

9 novembre 2015

 

Aujourd'hui des mains de Michaël de Saint-Chéron, Chevalier de la Légion d'Honneur, dans le Salon bleu du Casino de Montbenon à Lausanne, en présence notamment d'Odile Soupison, Consule Générale de France à Genève, de Grégoire Junod, Municipal de la ville de Lausanne, de Monique Rey, Présidente de l'Alliance française de Fribourg, l'ami Raphaël Aubert, reçoit les insignes de Chevalier dans l'Ordre des Arts et Lettres, à la suite de sa nomination dans cet ordre par Fleur Pellerin, Ministre française de la Culture et de la Communication.

 

Au cours de ses remerciements, Raphaël fait remarquer que la décoration, qui vient de lui être remise et qui est constituée d'une croix à huit branches à l'avers, est la seule décoration française à comporter l'effigie de la République au revers... Ces insignes sont la récompense de sa contribution au rayonnement des Arts et Lettres, en France et dans le monde. Ils l'obligent et l'engagent, comme il le dit si bien...

Raphaël Aubert avec Carole Dubuis, la présidente de Tulalu!?, association littéraire dont il est le parrain

Raphaël Aubert avec Carole Dubuis, la présidente de Tulalu!?, association littéraire dont il est le parrain

Quand il s'agit de décorations, je pense inévitablement à celles décernées à mon parrain, mon grand-père maternel, Arthur Van Poucke. Ancien combattant et invalide de guerre 1914-1918, condamné à mort par les Allemands en 1917, Résistant A.R.A. (Agent de renseignement et d'action) de la guerre 1940-1945, décoré de l'Ordre de Léopold, il s'est vu décerner le Distinguished Service Order britannique (j'ai hérité du diplôme de cette décoration prestigieuse, signé de la main de Winston Churchill et daté du 1ermars 1919...).

 

Un de mes premiers souvenirs de ce monde remonte à mes deux ans et quelque. Ma mère vient d'accoucher de ma soeur cadette. Je suis sur le balcon de l'appartement de mes grands-parents à Bruxelles. Ce balcon donne sur une place de la capitale belge. En bas des voitures passent. Sur le balcon je trottine et traîne derrière moi un fil auquel sont accrochées toutes les décorations de mon grand-père qui forment une théorie d'insolites wagons métalliques...

Journal décalé de novembre, au Vésinet et à Lausanne

15 novembre 2015

 

L'église Saint-François d'Asssise à Renens est comble. Elle est ce soir, comme la veille, le théâtre d'un spectacle musical hors du commun, intitulé L'amour, le vrai. Il y a un an, les 11 et 12 octobre, pour le centenaire de l'église, ce spectacle a déjà été donné, avec succès: à l'époque, 800 billets ont été vendus...

 

Depuis 2012, une idée trotte dans la tête d'un des fidèles paroissiens de cette église, Matteo Monti, médecin au CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois). Il aimerait bien monter un spectacle pour cet anniversaire des cent ans, et, compte tenu des nombreux talents qu'il connaît dans la paroisse et qui pourraient ainsi s'exprimer, entreprendre avec eux quelque chose d'ambitieux.

 

C'est alors qu'il tombe, dans une librairie luganaise, sur le texte d'une comédie musicale en italien... Le but commun susceptible de mobiliser les paroissiens est trouvé: cette comédie musicale, qui sera traduite en français, hormis quelques chants, retrace en effet, en vingt-deux scènes, la vie de Claire et de François d'Assise, le saint patron de l'église. De plus, depuis 2013, le pape s'appelle François...

Silvano Gnesin (François) dans L'amour, le vrai

Silvano Gnesin (François) dans L'amour, le vrai

Matteo Monti peut compter sur le soutien du curé de cette paroisse catholique renanaise, Don Thierry Schelling. Pour la mise en scène il fait appel à un professionnel, Romain Micelli, qui se lance volontiers dans cette aventure. Car c'est une véritable aventure: ils partirent à quatre et se virent cent trente bénévoles en arrivant au but... et de tous les âges, de 14 à 86 ans (une plage plus vaste que les lecteurs de Tintin...).

 

Le projet est mené par un comité de pilotage d'une douzaine de personnes. Les trente-quatre personnages de la comédie sont interprétés par plus d'une vingtaine de comédiens. La chorale comprend quarante chanteurs. L'orchestre une dizaine de musiciens. Les danseuses sont au nombre de onze. Sans compter les couturières, les costumières, les maquilleuses, les décorateurs, les techniciens des sons et lumières etc.

Clara Vienna (Claire) dans L'amour, le vrai

Clara Vienna (Claire) dans L'amour, le vrai

Deux jours après les attentats sanglants perpétrés à Paris, ce spectacle donne un tout autre visage de l'humanité, un visage chrétien, catholique, c'est-à-dire étymologiquement universel... Comment ne pas être heureux d'ailleurs que soit reproduite dans le programme de L'amour, le vrai, la prière de saint François, mon saint patron, que je ne relis et ne redis jamais sans émotion?

 

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,

Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.

Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l’union.

Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

 

O Seigneur, que je ne cherche pas tant

à être consolé... qu’à consoler,

à être compris... qu’à comprendre,

à être aimé... qu’à aimer.

 

Car

c’est en se donnant... qu’on reçoit,

c’est en s’oubliant... qu’on trouve,

c’est en pardonnant... qu’on est pardonné,

c’est en mourant... qu’on ressuscite à l’éternelle vie.

 

Francis Richard

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 13:15
Journal décalé d'octobre, en Valais

Quand un ami médecin libéral, dans les deux acceptions du terme, m'invite à participer à un séminaire socratique, je lui réponds oui, sans bien savoir à quoi cela m'engage. C'est je crois le substantif séminaire et l'adjectif socratique qui ont, de prime abord, déterminé ma réponse, expression qui relie la conception à l'accouchement. Je suis décidément un littéral, sinon un littéraire. Et puis ce séminaire se déroule en Valais, à Sierre, au Château Mercier.

 

Vendredi 23 octobre 2015

 

Il fait grand beau. Le trafic est fluide. Parti suffisamment tôt de Lausanne, j'arrive à destination avant neuf heures trente, prends possession de ma chambre, y dépose mes bagages et file nager à la piscine Guillamo, toute proche. Comme elle ouvre à dix heures et que l'accueil au séminaire ne commence qu'à onze, j'ai tout le temps devant moi pour accomplir ma nage quotidienne, sans laquelle mon corps impétueux est en manque - j'en ai eu maintes fois la confirmation et ce n'est certainement pas fini.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Dans séminaire, il y a semence. Et j'éprouve un besoin irrépressible d'être ensemencé d'idées. Dans socratique, il y a Socrate et la maïeutique (du grec ancien μαιευτική), qui lui est connotée. Et je me pose toujours plus de questions, avide et heureux de connaître quelles réponses les autres y apportent, dans leurs livres comme dans les échanges que je peux avoir avec eux, répondant volontiers en retour et sans détour à leurs propres interrogations.

 

En dépit de ma timidité et de mon émotivité, et peut-être pour les dépasser une fois de plus, je ne demande donc pas trop à Alphonse en quoi ce séminaire peut et va consister. Il me suffit qu'il soit organisé par lui, et par cet autre ami qu'est Pierre, pour que j'accepte. Avec eux deux, j'ai en effet des relations de confiance, qui jurent avec les relations que mes frères humains entretiennent d'ordinaire entre eux.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Il faut croire en effet qu'une société de plus en plus collectivisée, désincarnée, est antinomique d'une société de confiance. La méfiance règne sans doute parce qu'il s'agit d'y défendre âprement, sous contrainte généralisée, ses intérêts, matériels aussi bien que spirituels, aux dépens de personnes anonymes, la solidarité forcée détruisant alors, inévitablement, les solidarités naturelles. Alors que dans une société libre les échanges ne peuvent qu'être personnels, de gré à gré, humains somme toute.

 

Le Château Mercier a été construit entre 1906 et 1908, par Jean-Jacques Mercier de Molin, quatrième Jean-Jacques du nom, descendant d'une famille protestante orignaire de l'Aveyron, réfugiée à Lausanne vers 1740 et ayant fait fortune dans la tannerie en pays de Vaud. Jean-Jacques Mercier de Molin est un grand entrepreneur et un grand philanthrope, ce qui va souvent de pair, comme, aujourd'hui encore, en administrent la preuve des entrepreneurs tels que Bill Gates.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Entrepreneur, Jean-Jacques Mercier transforme en hôtel le château d'Ouchy qu'il restaure et, n'attendant pas Brélaz, construit le funiculaire qui relie Ouchy à la gare de chemins de fer de Lausanne. Philanthrope, il est un grand mécène dans les domaines artistique et social. Le quart de l'hôpital de Sierre est ainsi financé par lui. Pour ses largesses il se voit décerner le titre de Docteur honoris causa de l'Université de Lausanne et Sierre en fait un bourgeois d'honneur. La charité bien ordonnée commence par soi-même avant de s'étendre aux autres.

 

La famille Mercier a fait donation du château éponyme, qui fut sa résidence d'été pendant un demi-siècle, à l'Etat du Valais. En contrepartie les jardins sont accessibles au public et le château est affecté à des buts culturels, artistiques et de relations publiques. Ce magnifique lieu de rencontres est géré par le Canton du Valais, la commune de Sierre et la Fondation de famille de Jean-Jacques Mercier de Molin.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Samedi 24 octobre 2015

 

Les participants au séminaire sont au nombre de dix-huit, y compris les deux animateurs, Pierre et Alphonse. Si, à partir de la gauche, dans le sens des aiguilles d'une montre, je fais le tour de la table, installée dans une salle annexe du château, autour de laquelle nous sommes assis pendant une journée et demie, je rencontre Michèle, Fabienne, Lucie, un premier Marc, un deuxième Marc, Romain, Frédéric, Olivier, Niklaus, Paolo, Sonia, moi-même, Nicoleta, Cédric, Sophie (fille d'Alphonse), Vanessa. Nous sommes tous à l'évidence d'horizons et d'âges différents.

 

Nous ne sommes pas un échantillon représentatif. Qu'est-ce que cela veut dire d'ailleurs? Nous sommes tout simplement des femmes et des hommes épris de liberté, qui ont beaucoup de plaisir et de bonheur à échanger sans restriction mentale sur un même thème, Médecine et économie, artisans, à des degrés divers, les uns de la médecine, les autres de l'économie. De nos conversations d'une grande franchise naît un ordre spontané, qui a sa cohérence, comme si une main invisible guidait nos pas sur la route de la vérité humaine...

Journal décalé d'octobre, en Valais

Nous ne sommes pas de purs esprits. Au château, tout en poursuivant nos débats, nous goûtons à de succulentes nourritures terrestres et partageons les dîner et souper préparés par Antonio. Autant les organisateurs nous ont disposés dans un ordre délibéré autour de la table du séminaire, autant nous nous installons au petit bonheur autour de la table des repas. Aussi bien au dîner ou au souper qu'au déjeuner, cette liberté permet aux commensaux de se connaître les uns les autres de manière plus informelle.

 

Le séminaire se termine. La partie récréative commence. Trois d'entre nous, ayant d'autres obligations, s'en vont. Les autres se rendent en bus aux Caves de la Colline de Géronde. Un des deux maîtres de céans, Dominique Rouvinez, nous y accueille. L'entrée des Caves a été transformée en 2008 en espace d'accueil didactique. Les différents domaines de la maison y sont mis en valeur avec leur nom, leur cépage, leur superficie, la couleur de leur vin. Et j'apprends plus en une heure de temps sur la vigne en Valais que toutes les lectures que j'ai pu faire sur le sujet.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Domaines Rouvinez est une affaire de famille. Elle a été créée en 1947 par Bernard, puis développée par ses deux fils, Dominique, le technicien, et Jean-Bernard, le gestionnaire. Aujourd'hui la famille Rouvinez exploite 24 domaines, de Loèche à Martigny. Ce qui représente 110 hectares sur les quelque 5'300 hectares de vignes du Valais. C'est l'exemple typique d'une entreprise qui est partie de peu de choses et qui a connu un développement phénoménal grâce à l'intelligence et à l'amour de leur métier de ses dirigeants.

 

Dans l'espace d'accueil, nous faisons connaissance avec les différents vins maison et Dieu sait qu'ils sont divers. Les meilleurs d'entre eux sont de création récente. Ce sont des assemblages de blancs et de rouges. Au début des vendanges, Dominique et une équipe de vendangeurs choisissent les meilleures grappes de raisin des différents domaines, qui les constitueront, avant que les vendanges ne commencent.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Ce qui ressort de ce que nous dit Dominique Rouvinez, c'est la grande technicité que le métier requiert: la nature des sols et des sous-sols (le Valais en comporte une très grande variété, comme nulle part ailleurs), les cépages qui ne doivent être plantés que dans tel ou tel sol, les vignes correspondantes qui ne doivent être exposées que de telle ou telle manière, suivant l'humidité ambiante ou souterraine (le Valais est un des lieux où tombe le moins de pluie en Europe).

 

Nous dégustons deux vins blancs en guise d'apéritif, un Heida (ou Païen) et un Petite Arvine. Dominique Rouvinez les commente en connaisseur. Ce qu'il dit est bien vrai, mais une fois qu'il l'a dit... Le béotien que je suis aurait été bien incapable de l'exprimer par lui-même, si ses papilles et son nez notent bien leurs différences. De même, quand il montre comment différencier un raisin d'un autre, par la dimension du grain, par la forme des feuilles ou des tiges, je réalise à quel point ce métier nécessite d'expérience et de savoir.

 

La partie récréative se poursuit avec un repas valaisan, assiette de charcuterie, suivie d'une raclette... L'esprit du vin délie celui des convives. Assis à côté d'Alphonse, avec lequel je n'ai pas eu tant de temps que ça de discuter depuis le début du séminaire, je le remercie chaleureusement de m'avoir fait l'honneur de m'inviter. Je ne sais pas encore que je vais devoir le remercier davantage pour la solidarité naturelle que lui et d'autres participants vont bientôt me témoigner.

 

 

Journal décalé d'octobre, en Valais

Sur le chemin du retour dans les Caves, j'avise les lieux où satisfaire un besoin naturel. Quand je sors de ces lieux, je m'aperçois que tout le monde a déjà dû regagner le bus et que je suis en retard comme je l'ai été lors de la session du matin. Au bout d'un couloir une porte vitrée est ouverte.  J'accélère impétueusement le pas avant qu'elle ne se referme, mais à ma grande surprise elle se referme justement au moment où je m'apprête à en franchir le seuil.

 

Je heurte la porte de front - c'est le cas de le dire. Mon front s'ouvre sous le choc . Je pars à la renverse. Par réflexe, au dernier moment, je me reçois sur les avant-bras et me retourne aussitôt vers le sol pour voir des gouttes de sang s'y répandre abondamment. Ma première pensée est que je ne pourrai pas nager à Sion cet après-midi comme j'en avais l'intention...

 

Tant bien que mal, sonné par ce dernier round du séminaire au cours duquel je n'ai tout de même pas été mis KO, mais qui m'a rappelé quelques randori épiques, je regagne le groupe, tamponnant mon front avec le seul petit mouchoir que j'ai en poche. Arrivé au bus, je provoque un attroupement. Dans mon petit malheur j'ai la chance d'être entouré de nombreux médecins, qui s'occupent aussitôt de moi.

 

Retourné au château avec Alphonse et sa fille Sophie, Antonio, qui n'a pas seulement des talents culinaires, me fait un premier pansement. Puis, Alphonse et Sophie m'accompagnent à une pharnacie en ville. La pharmacienne remplace mon pansement par des stéri-strips. Elle le fait bien volontiers m'évitant d'aller aux urgences, avec tous les aléas que cela aurait peut-être comporté. La solidarité naturelle a du bon...

 

Olivier, dont j'ai bien apprécié les bons mots pendant ces journées, en me quittant pour aller prendre son train, me glisse, en substance, ce dernier, pour la route: "Avant de s'en aller, il ne faut pas manquer, en Valais, de prendre un dernier verre"... En attendant de recouvrer complètement mes esprits et de faire le trajet de Sierre jusqu'à Lausanne, je téléphone à mon fils aîné à qui je raconte mes deux jours, tout en contemplant la vigne qui jouxte le château.

 

Francis Richard

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Published by Francis Richard - dans Souvenirs
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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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