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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 22:55
Covid: Anatomie d'une crise sanitaire, de Jean-Dominique Michel

Un anthropologue médical [...] n'est [...] pas un chercheur en sciences fondamentales ni un médecin, mais quelqu'un dont le métier est d'analyser la recherche et la pratique médicale pour en percevoir bien sûr la validité, mais aussi l'idéologie, les présupposés, les systèmes de croyances explicite et implicite.

 

C'est en tant qu'anthropologue médical que Jean-Dominique Michel, qui tient un blog hébergé par la Tribune de Genève (Anthropo-logiques), publie Covid: Une anatomie de la crise sanitaire.

 

La crise sanitaire a été d'autant plus grande dans des pays comme la France, ou la Suisse (à un moindre degré), que les autorités se sont contentées de confiner plutôt que de dépister et de traiter.

 

 

DÉPISTER

 

Au moment où son livre est disponible en version numérique, le 21 mai 2020, alors que le dépistage n'a pas encore commencé à large échelle dans l'un et l'autre pays, ses propos sont prémonitoires:

 

C'est un classique en épidémiologie: si vous ne dépistez que les morts, vous parviendrez à 100% de taux de mortalité ! Si vous ne testez que les cas critiques, vous en aurez moins, mais toujours plus qu'en réalité. Si vous pratiquez des tests à large échelle, vous aurez beaucoup de cas, alors que si vous dépistez peu, leur nombre sera faible.

 

 

TRAITER

 

Quand Jean-Dominique Michel apprend les résultats obtenus avec leur protocole par le professeur Didier Raoult et ses huit cents collaborateurs, il écrit sur son blog que c'est une bonne nouvelle:

 

Au lieu de l'accueillir avec joie, les autorités et les scientifiques rivalisent de critiques. Ils concentrent leurs attaques sur le fait qu'on ne peut tirer de conclusions sur la base d'essais cliniques. [...] Une réplication par d'autres équipes est requise, sans même parler d'une étude randomisée en double aveugle, le top of the tops des méthodes de recherche.

 

 

CONFINER

 

En attendant les répliques, il faut confiner, quoi qu'il en coûte, sans se soucier des conséquences économiques et sociales. Or, il s'avère dès avril, d'après de premières études, que le confinement a un coût humain très élevé:

 

Ce confinement vendu comme un pis-aller en l'absence de ce qui était nécessaire (tests de dépistage, suivi des chaînes de contamination, masques) aura, si l'on en croit ces premières études, été lui aussi toxique !

 

 

DRAMATISER

 

Les autorités et les scientifiques, incompétents face à la crise sanitaire, dramatisent donc pour justifier le confinement. Sinon, il y aura de nombreux morts, disent-ils, pour preuve les modélisations:

 

Ces modèles reposent [...] sur une amplification à l'extrême des variables possibles selon le scénario du pire. Si le pire par définition n'est pas impossible, il est improbable, en proportion du degré d'exagération des hypothèses.

 

(C'est la même technique de dramatisation qui est maintenant utilisée pour imposer le port du masque en tous lieux et circonstances, alors que la mortalité et les hospitalisations sont au plus bas, mais que les conséquences économiques et sociales vont devenir plus visibles)

 

 

L'EBM

 

L'idéologie dominante en matière de recherche médicale est l'EBM, evidence-based medecine, la médecine fondée sur des faits, des preuves tangibles, respectant certaines méthodologies de recherche:

 

L'EBM a été développée pour les maladies complexes, chroniques, pour l'essentiel non infectieuses. Ses méthodologies visent donc à objectiver certains traitements ou interventions thérapeutiques à large échelle dans des situations où il est difficile d'en prouver l'efficacité - ce qui justifie le recours à des statistiques souvent pointues.

 

 

LES ESSAIS CLINIQUES

 

Dans le cas des maladies transmissibles, l'EBM peut venir en soutien et assurément apporter des informations pertinentes, mais non se substituer à la complexité de la clinique. L'épistémologie de recherche, fondée sur une démarche empirique, y est beaucoup plus simple:

 

Soit un remède est efficace, soit il ne l'est pas. S'il l'est ne serait-ce que sur trois puis trente premiers malades, alors il le sera (avec sans doute quelques exceptions statistiquement infimes) également sur les trois mille suivants.

 

 

LA MÉDECINE EST UNE PRAXIS

 

Jean-Dominique Michel rappelle qu'un être humain ne se résume pas à une simple liste de variables biologiques - et c'est pourtant la seule chose que certains médecins savent envisager aujourd'hui.

 

Il ajoute: Qu'une variable biologique puisse donner une information utile sur une situation clinique, bien sûr, mais la médecine, fondamentalement, est avant tout une praxis, soit à la fois un art et une science.

 

Il précise plus loin: La médecine n'est pas là pour faire de la théorie, ou de savantes gesticulations, elle est là pour appliquer les meilleurs traitements disponibles et obtenir des résultats, qu'on sache les expliquer ou pas.

 

 

L'HYDROXYCHLOROQUINE

 

Au sujet de l'hydroxychloroquine, il trouve indéfendable que les autorités et les scientifiques aient risqué de laisser mourir des malades pour ne pas prescrire une substance parce que l'on n'était pas "absolument" certain de son efficacité.

 

Quant aux puristes, qui ne jurent que par l'essai randomisé en double aveugle, ils auraient sans doute voulu qu'on mette de côté des patients sans les soigner pour évaluer les dommages éventuels et disposer de meilleures données...

 

 

LA CORRUPTION SYSTÉMIQUE

 

En matière médicale, selon l'auteur, il y a une corruption systémique qui se caractérise par le fait que nul en particulier n'est pourri: le système l'est dans son ensemble, qui contraint chaque acteur à s'y résoudre, mais sans avoir à y participer activement.

 

N'est-ce pas tout simplement parce que les systèmes de santé sont étatiques, ce qui favorise les petits arrangements entre pouvoirs publics, industrie pharmaceutique et tous ceux qui reçoivent des bénéfices de celle-ci ?

 

 

LE "SERVICE MARKETING" DES PHARMAS

 

Il n'est pas étonnant dans ces conditions qu'il soit difficile pour nombre de médecins d'accorder leur confiance aux études financées par les pharmas, auxquels appartiennent d'ailleurs les grandes revues "scientifiques" qui en constituent en quelque sorte le service marketing.

 

Aussi, même quand une revue, que je sache, ne leur appartient pas, telle que The Lancet, cela ne veut pas dire qu'elle est fiable. Surtout depuis l'étude-bidon que celle-ci a publiée contre l'hydroxychloroquine, le 22 mai 2020, soit le lendemain de la parution de la version numérique du livre de Jean-Dominique Michel...

 

Francis Richard

 

Covid: Anatomie d'une crise sanitaire, Jean-Dominique Michel, 224 pages, humenSciences

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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 19:30
Trois mois qui ont changé le monde - Journal février-mai 2020, de Drieu Godefridi

Drieu Godefridi a tenu son journal pendant les Trois mois qui ont changé le monde, du 24 février 2020 au 27 mai 2020.

 

Quelques citations de ce journal, qui est à verser au dossier historique du virus couronné, en disent plus long que n'importe quel commentaire.

 

 

LE CRIME CONTRE L'HUMANITÉ DU GOUVERNEMENT CHINOIS

 

23 mars 2020

Le mensonge du gouvernement chinois - négation de cette nouvelle version de virus couronné deux mois durant - n'est pas le résultat de l'ignorance [...] mais le résultat d'un choix. Par ses conséquences, cette négation de la réalité d'un mal qui au moment et du fait même se répandait à la surface du monde est un crime contre l'humanité au sens le plus littéral de cette expression.

 

15 avril 2020

Par ses mensonges et sa complicité avec le régime de Pékin, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a aggravé la pandémie, niant la transmission d'homme à homme alors que celle-ci était avérée

 

11 mai 2020

Le crime contre l'humanité dont on parle depuis le premier jour est avéré; les conséquences financières pour la Chine certaines. Elles prendront vraisemblablement la forme d'un non-remboursement des "trillions" de dette détenue par la Chine.

 

 

DIDIER RAOULT

 

23 mars 2020

Didier Raoult est l'archétype de la forte personnalité qu'exècrent les régimes totalitaires, autoritaires et corrompus: il pense par lui-même, est brillantissime dans sa partie et sans concession, respecte le champ du politique mais refuse de s'y soumettre.

 

5 avril 2020

Drieu Godefridi cite longuement l'entretien que Didier Raoult a accordé au Figaro Magazine et publié le 3 avril 2020, dont ce passage:

 

Je crois qu'il faut bien comprendre qu'en matière de maladies infectieuses, il y a en France un groupe de gens qui ont l'habitude de travailler d'une certaine manière et qui sont connus dans la lutte contre le sida [...]. Ils ont élevé en règle d'or les études "randomisées", autrement dit des études aléatoires sur de très grandes cohortes de malades cobayes. Ce sont des études qui peuvent rassurer à la marge pour améliorer certains médicaments dans la recherche sur le sida ou sur l'hépatite C. Mais ces méthodologies spécifiques ne peuvent pas être transformées en condition sine qua non de la médecine. [...] Or, je dirais que 90% des traitements qu'on a inventés en maladies infectieuses n'ont jamais donné lieu à de telles études. Jamais. Si le médicament tuait le microbe, c'est que ça marchait.

 

28 avril 2020

M'impressionne, chez Raoult, et le situe immédiatement dans une autre dimension que la plupart de ses détracteurs: son humilité épistémologique; ce qu'il ne sait pas, il le dit, sans barguigner ni tergiverser.

 

 

LES MASQUES: UNE HISTOIRE BELGE (?)

 

5 avril 2020

La Belgique avait constitué un stock stratégique de 63 millions de masques - 1200 palettes soigneusement entreposées et gardées par l'armée dans la caserne de Belgrade (Namur).

[...]

Las! En 2015, le gouvernement de Charles Michel décidait d'incinérer ces masques. Pourquoi? [...] Pour "faire de la place" (sic) et loger des réfugiés.

 

24 avril 2020

Comme il n'y avait pas de masques, le gouvernement décrétait qu'aucun masque n'était nécessaire. Cette suprême culmination de l'ineptitude du gouvernement belge est toujours en ligne sur le site personnel de la ministre de la santé Maggie De Block: "Le port d'un masque pour se protéger du virus couronné n'a guère de sens".

 

 

LE MODÈLE DE L'IMPERIAL COLLEGE OF LONDON

 

10 mai 2020

Dès mi-mars, l'Imperial College of London publiait un modèle - plus exactement: le résultat d'une modélisation informatique - qui pronostiquait jusqu'à 2,2 millions d'Américains et un demi-million de Britanniques condamnés à mourir du virus de Wuhan si rien n'était fait.

[...]

Tout d'abord, le modèle de l'Imperial College of London suppose un taux d'infection de la population de 80%. Par comparaison, le taux d'infection de la grippe espagnole en 1917-1918 était de 28%.

[...]

Deux, le modèle de l'Imperial College of London supposait que nos populations ne prendraient aucune précaution: pas de distanciation sociale, pas d'hygiène, pas de confinement des malades, rien, absolument rien.

 

Drieu Godefridi expose qu'aucune des prédictions précédentes des modèles de l'impériale institution britannique, conçus notamment par le Pr. Neil Ferguson (qui reconnaît avoir écrit le code informatique non documenté, qui a servi pour le modèle de la Covid-19, il y a treize ans, pour les pandémies de grippe...), n'a été vérifiée dans les faits, qu'il s'agisse de la maladie de la vache folle, de la grippe aviaire ou de la grippe porcine:

 

Le vrai sujet, chacun l'aura compris, n'est pas la sinistre carrière d'escroc intellectuel du Pr. Ferguson. Il est le rôle déterminant que jouent des modèles informatiques sans la moindre valeur scientifique dans la décision publique.

 

Francis Richard

 

Trois mois qui ont changé le monde - Journal février-mai 2020, Drieu Godefridi, 128 pages, Texquis

 

Livres précédents:

La loi du genre, 92 pages, Les Belles Lettres (2015)

La passion de l'égalité, 150 pages, Texquis (2018)

L'écologisme, nouveau totalitarisme ?, 180 pages, Texquis (2019)

Reload ! - Comment l'Amérique invente le siècle, 152 pages, Texquis (2020)

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25 juillet 2020 6 25 /07 /juillet /2020 17:15
Album Kessel, de Gilles Heuré

Kessel n'est pas mort. Il s'est peut-être déguisé en mort pour un nouveau reportage. Le prochain. Vous le lirez bientôt. (Marc Kravetz, Libération, 25 juillet 1979)

 

Deux jours plus tôt, Joseph Kessel a tiré sa révérence après une vie bien remplie, une vie d'homme d'action, de journaliste et de romancier, autrement dit d'écrivain.

 

Né le 31 janvier 1898, dans une famille juive russe, il n'a que seize ans quand éclate la Grande Guerre. Journaliste à dix-sept, il écrit dans le Journal des Débats et, écrivain, y publie deux nouvelles à dix-huit.

 

Homme d'action, il s'engage en décembre 1916: Aspirant d'artillerie, en avril 1917, puis promu l'année suivante sous-lieutenant observateur au sein de l'escadrille S39... Et, en février 1943, il s'engagera dans les Forces françaises libres...

 

En 1923, il publie son premier roman, L'Équipage. Il n'y a pas pour lui de solution de continuité entre le journaliste et le romancier:

 

Quand le talent parle il n'y a ni journalistes ni romanciers. Il y a des écrivains. Mais ce qu'il faut dire - et qui m'est particulièrement agréable à reconnaître, car je le sens comme un devoir de gratitude - c'est que le métier de journaliste donne rapidement, fortement, richement, une matière première qui fait le capital du romancier. (Le Journal, 1927)

 

Joseph Kessel a du talent. Et ce talent ne lui vient pas de nulle part: S'il a du talent, c'est [...] qu'il a beaucoup lu, réfléchi et appris de quelques modèles, chez Tolstoï plutôt que chez Dostoïevski: Chez Tolstoï l'homme n'est jamais absolument bon ni absolument mauvais; et n'est-ce pas la vérité? (Les Nouvelles littéraires, 1925)

 

Dans le même entretien accordé aux Nouvelles littéraires, il précise ce qu'il entend par style: C'est un organisme à crémaillère: chaque phrase doit posséder comme une sorte d'hameçon qui l'accroche à la suivante... Le style du romancier-conteur qu'il est...

 

Comme le dit à son propos Henri de Régnier, en 1931, dans une critique de son ouvrage Le Coup de grâce: Il n'a rien d'un moraliste; il est un dramaturge puissant qui se plaît à placer ses personnages dans des situations violentes ou tragiques.

 

Gilles Heuré observe que l'appréciation est juste et vaut autant pour le journaliste que pour le romancier. Aussi à la question: Joseph Kessel est-il politisé? Gilles Heuré peut-il répondre: Plus qu'à leur appartenance politique, Kessel s'intéresse aux hommes, à leur densité, à leur caractère, à leur violence, légitime ou gratuite, à leur parcours franc ou sinueux.

 

Joseph Kessel a écrit pour tous et non pas pour une élite: Dans l'histoire littéraire, il y a toujours eu un camp dogmatique, exclusif. On y proscrit tout ce qui n'est pas d'un ordre introspectif rigoureux. Ou d'une facture quintessenciée ou relevant de la recherche formelle hermétique. (Combat, juin 1969)

 

Le 6 février 1964, dans son discours de réception à l'Académie française, où il succède au duc de La Force, il s'adresse en ces termes à l'honorable assemblée:

 

Vous qui formez la plus ancienne et l'une des plus hautes institutions françaises, vous avez marqué, sans même y penser et d'un geste d'autant plus précieux, vous avez marqué, par le contraste singulier de cette succession, que les origines d'un être humain n'ont rien à faire avec le jugement que l'on doit porter sur lui.

 

Francis Richard

 

Album Kessel, Gilles Heuré, 256 pages, Gallimard

 

Albums précédents:

Album Gary, Maxime Decout, 248 pages, Gallimard (2019)

Album Beauvoir, Sylvie Le Bon de Beauvoir, 248 pages, Gallimard (2018)

Album Perec, Claude Burgelin, 256 pages, Gallimard (2017)

Album Shakespeare,Denis Podalydès, 256 pages, Gallimard (2016)

Album Casanova, Michel Delon, 224 pages, Gallimard (2015)

Album Duras, Christiane Blot-Labarrère, 256 pages, Gallimard (2014)

Album Cendrars, Laurence Campa, 248 pages, Gallimard (2013)

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12 juillet 2020 7 12 /07 /juillet /2020 22:55
Les Réprimés, de Virginie Anselot

C'est dans la continuité que en fRance nous n'avons pas de pétrole et maintenant pas de masque de protection, mais des conseillers scientistes zétatistes créationnistes fabuleux qui nous zont fourgué ce folklore spectaculaire, pour le plus grand bonheur insoutenable de ses zélecteurs confinés pendant la rafle du Corona.

 

Dans son journal pendant la répression, qui rappelle Mon journal pendant l'occupation de Jean Galtier-Boissière, Virginie Anselot donne le ton avec ce passage écrit le 16 mars 2020. Tout le long du confinement, c'est-à-dire de l'enfermement des Français chez eux et malgré eux jusqu'au 4 mai 2020, elle relève toutes les atteintes aux libertés individuelles commises par les tas.

 

Car l'État s'est révélé une fois de plus le problème et non pas la solution. Au fil des jours, pendant cet épisode viral, comme s'il n'y avait jamais eu d'épidémie auparavant, les hommes politiques, par leurs décisions incohérentes et leurs discours contradictoires, par la dilapidation de ce qu'ils ont ponctionné, ont empêché les soignants de détecter et traiter et tué plus que n'a fait le virus.

 

Aussi ce journal est-il le cri de colère que poussent Les Réprimés. Très tôt, comme l'écrit Virginie Anselot le 19 mars 2020, les soignants et les gens savent ce qu'ils ont à faire pour leur santé comme l'ont fait avant eux leurs semblables en Corée du Sud, à Taïwan ou à Singapour. Mais, en France, l'État leur envoie les flics, demain l'armée, pour contrôler leur ausweiss et les verbaliser.

 

Le 24 mars 2020, elle écrit à propos de la chloroquine (qu'une professeure, préférée des plateaux TV et des merdias, considère comme dangereuse, alors qu'elle est utilisée depuis plusieurs décennies avec succès):

 

En fait, ce n'est pas le sujet de savoir si oui ou non le traitement du Pr Raoult doit être pris ou non.

Le sujet, c'est que le gouvernement décide de tout et de n'importe quoi pour tout le monde et l'impose par la force.

Tandis que le professeur Raoult propose un traitement qu'il n'impose à personne.

 

A la date du 4 avril, l'organigramme fonctionnel du système français de santé est représenté. A le parcourir, il n'est pas étonnant qu'il ne puisse pas fonctionner. Mais, bien sûr, il est interdit de penser, de dire, et même de constater qu'à l'évidence ce système n'est pas le meilleur du monde et, le 6 avril, que le système de santé allemand, privé et concurrentiel, fait beaucoup mieux...

 

Virginie Anselot parle de rafle Covid-19 et de répression routinière. Ce n'est malheureusement pas exagéré. Le 15 avril, par exemple, elle note que 650 drones ont été commandés par l'État pour 4 millions d'euros, ce qui indique sa priorité de réprimer tous azimuts. Et, le 22 avril, elle note le nombre faramineux d'amendes qui ont été dressées, un million, en un mois de temps seulement:

 

Chaque jour ces verbalisations scandaleuses allongent la liste des victimes, comme cette infirmière du Jura revenant sans attestation d'une nuit blanche à l'hôpital, ou cette grand-mère guettant sous les fenêtres de son mari en EHPAD.

 

Le même 22 avril, c'est l'intrusion illégale de trois policiers dans une église où six personnes assistent à une messe; et la tentative d'assassinat d'Amazon par un syndicat avec la complicité du tribunal de Nanterre; le 26 avril, c'est la traque par les gendarmes, de randonneurs dans le Lubéron; le 27 avril, c'est 132€ d'amende pour celui qui lave sa voiture dans une station-service etc.

 

Virginie Anselot écrit: Qui ne dit mot consent. Je ne consens pas. le 22 avril 2020, elle crée le groupe Les Réprimés sur Facebook et, le 4 mai 2020, elle envoie une protestation à la Cour de Justice de la République sous la forme d'une plainte en justice (qui figure en annexe du livre) contre les ministres responsables de crimes et délits commis lors de leur gestion de la crise de Covid-19.

 

Dans sa préface, qui s'adresse aux falsificateurs au service de la répression: l'Église de la Trouille et son bras séculierPaul-Éric Blanrue souligne, que ce qu'on voit, c'est le confinement; ce qu'on ne voit pas, ce sont ses effets collatéraux, désastreux du point de vue économique et même du point de vue sanitaire puisque, par exemple, les services de cancérologie ont été interrompus...

 

Le confinement aurait sauvé des vies, prétend-on, ajoute le préfacier. Il s'inscrit en faux. D'aucuns avaient annoncé que sans confinement de masse, le coronavirus ferait entre 300.000 et 500.000 morts en France. Les mêmes prétendent que leurs prévisions ont été validées parce que le nombre réel de morts se trouve en dessous, après confinement, ce qui est un vieux truc de charlatan:

 

Il s'agit du même principe que celui de l'expert-faussaire annonçant une crise économique. Si elle a lieu, il sera qualifié de divin prophète; si elle n'a pas lieu, il prétendra que c'est grâce aux mesures prises par les hommes politiques ayant suivi ses judicieux conseils.

 

A la fin de son livre, Virginie Anselot cite ce passage de Lao Tseu, extrait de son Tao te king, en introduction à une pure fiction visionnaire:

 

Plus il y aura d'interdits, plus le peuple sera pauvre... Plus il y aura de lois et de règlements, plus il y aura de voleurs et de brigands... Voilà pourquoi le Sage dit: je ne prends aucune initiative et le peuple se transformera de lui-même... Je ne m'engage dans aucune activité et le peuple prospérera de lui-même...

 

Francis Richard

 

Les Réprimés, Virginie Anselot, 184 pages, Amazon (avec la participation de Stéphane Geyres)

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 22:55
Y a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commise?, du Professeur Christian Perronne

J'aurais aimé ne pas écrire ce livre, sur la crise du coronavirus, responsable du Covid-19.

 

Oui, mais le Professeur Christian Perronne l'a écrit. Car il s'est senti moralement obligé de raconter la crise sanitaire telle que lui et les Français l'ont vécue, pour ne pas oublier, pour demander des explications et pour qu'un jour certains rendent des comptes.

 

En l'occurrence, raconter cette crise c'est en même temps dresser un réquisitoire contre le président et son gouvernement, dont la gestion a été scandaleuse à plusieurs points de vue, onze pour être exact, que le professeur passe en revue en autant de chapitres.

 

Le premier scandale est bien sûr celui de la gestion des masques par l'État qui en a organisé la pénurie et qui a, par son imprévoyance et son impéritie, non seulement exposé ses soldats, les soignants, mais toutes les professions à l'infection au coronavirus.

 

Le deuxième est celui des tests qui était également en nombre insuffisant et qui auraient pu être produits par d'autres laboratoires que ceux de biologie médicale: refus leur a été signifié parce que tout doit être parfaitement validé et certifié avant d'être utilisé...

 

Le troisième est celui du Conseil scientifique, dont l'auteur donne des exemples de la politique: "on ne sait pas", "on attend", "on réfléchit" ou "on va y réfléchir" et qui comprend, entre autres, une anthropologue, et un spécialiste de haut niveau en numérique...

 

Le quatrième est celui des conflits d'intérêts de membres du Conseil scientifique avec l'industrie pharmaceutique, dont l'influence financière touche de grands journaux médicaux internationaux, qui font la pluie et le beau temps dans le monde médical...

 

Le cinquième est celui du confinement décidé après qu'ont eu lieu de grands rassemblements (Salon de l'Agriculture, matchs de foot) et le premier tour des élections municipales; et qui n'aurait pas été généralisé si on avait eu des masques et dépisté en masse:

 

Dans les pays où on a testé en quantité, mais jamais confiné, sauf les malades, les porteurs sans symptômes du virus et les personnes fragiles, il y a eu très peu de victimes.

 

Le sixième est celui de l'hydroxychloroquine, interdite par décret, puis autorisée dans les cas graves (quand elle ne sert plus à rien), alors que beaucoup de pays s'ils ne la recommandent pas l'autorisent. Ce qui choque, c'est l'autorisation du Rivotril:

 

Le ressenti des médecins a été: on nous refuse le seul médicament qui marche peut-être, mais on nous autorise exceptionnellement l'euthanasie en Ehpad ou à domicile des malades atteints du Covid-19.

 

Le septième est que certains savaient qu'on allait devoir faire face à une épidémie, qu'on était en pénurie de masques, que les hôpitaux français n'étaient pas armés pour faire face à un afflux de patients. Ils savaient mais n'ont rien fait, rien dit et même menti.

 

Le huitième est celui de l'absence de pilote dans l'avion. D'où des questions: y a-t-il épidémie ou pas? peut-on se rassembler ou pas? y a-t-il école ou pas? côté hôpital, cela va-t-il ou pas? va-t-on bosser ou pas? nationalise-t-on ou pas? enterre-t-on ou pas? etc.

 

Le neuvième est l'affirmation de tout et de son contraire. Le Conseil scientifique, le Ministre de la Santé, la Porte-parole du Gouvernement, le Premier Ministre, le Directeur général de la Santé, le Président de la République sont atteints d'imprécision aiguë.

 

Le dixième est la destruction programmée de l'hôpital public. L'auteur en donne la raison: Tous les hôpitaux ont augmenté leur activité et la sécu a dit stop: on ne peut plus payer. Nous n'avons pas les moyens de financer cette augmentation; et prêche pour sa paroisse.

 

C'est en fait tout le modèle social français, que le monde entier envie mais qu'il n'adopte pas, qu'il faudrait revoir, à commencer par la sécurité sociale étatique. Mais ce n'est pas le propos du Professeur Perronne qui s'en prend aux cliniques privées et aux généralistes...

 

Il est plus convaincant quand il dit que dans l'art d'exercice de la médecine, l'éthique, la déontologie, est cruciale. L'État veut la démolir, or, en dernier ressort, c'est au malade de décider quel traitement il va prendre et le médecin doit être libre de prescription.

 

Le onzième est que les Français sont méchants d'accuser leur gentil gouvernement de ne pas avoir été assez réactif, de ne pas avoir assuré l'intendance pendant la crise. Ils devraient rester unis derrière lui tant que la guerre n'est pas gagnée et... ne pas lui faire de procès.

 

Francis Richard

 

Y a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commise?, Professeur Christian Perronne, 216 pages, Albin Michel

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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 19:15
Les grands assassinats judiciaires - De Fouquet à Fillon, de Didier Gallot

Il est fascinant de constater qu'avec la création du PNF [Parquet national financier], le système qui nous dirige s'est enfin doté de l'arme absolue. Près de trois décennies ont été nécessaires pour aboutir à ce chef-d'oeuvre. Le pouvoir a changé de dimension. Désormais, il tient tout et contrôle tout.

 

Certes, mais il n'est pas nouveau que la justice soit dépendante du pouvoir politique. Avant que d'aborder l'affaire Fillon, qui fut assassiné judiciairement et médiatiquement, l'auteur donne de nombreux exemples historiques qui le confirment.

 

Le Grand Siècle est à cet égard emblématique, qu'il s'agisse de l'affaire Fouquet ou de l'affaire des poisons. Louis XIV en tira la conclusion que le secret était pour le pouvoir le meilleur moyen d'empêcher la justice de faire des vagues.

 

Au XVIIIe l'affaire du collier de la Reine Marie-Antoinette montre qu'il aurait fallu justement mettre une chape de plomb sur le dossier. Comme ce ne fut pas le cas, Goethe put dire que cette affaire fut la préface de la Révolution française.

 

La leçon ne fut pas mieux comprise par le jeune Bonaparte pour qui l'alerte fut chaude à la suite du procès du général Moreau: Les épurations judiciaires de 1807 et 1810 [assurèrent] provisoirement la fidélité de l'institution au nouveau régime.

 

Après avoir évoqué la Cour de Riom, pendant la Deuxième Guerre mondiale, autre exemple de procès public où les accusés surent se défendre, l'auteur donne le contre-exemple du procès Laval qui est l'exception qui confirme la règle:

 

Un pouvoir doit impérativement éviter la publicité des débats quand il veut expédier judiciairement un de ses adversaires.

 

Sous de Gaulle, l'affaire Ben Barka va donner l'occasion au pouvoir politique d'opérer la fusion des services actifs de la sûreté nationale et de ceux de la préfecture de police, donc de parachever l'organisation centralisée de toute la police française.

 

Après l'élection de Georges Pompidou en 1969, l'épuration des services secrets ou officiels qui, lors de l'affaire Markovic, avaient trempé dans le complot contre le couple Pompidou, allait être menée tambour battant et ne doit pas être minimisée.

 

L'affaire du Carrefour du Développement et l'affaire Urba, qui révèlent le financement occulte du parti socialiste par des procédés criminels, ne sont pas enterrées grâce notamment à des juges intègres et efficaces qui ne se laissent pas intimider.

 

L'affaire Cahuzac est la goutte d'eau qui détermine le pouvoir politique à reprendre la main. Ses hommes, ceux qui tirent les ficelles et que Didier Gallot appelle la Firme, vont enfumer l'opinion publique en créant un comité Théodule et le PNF.

 

Le PNF obtient les pleins pouvoirs en matière de justice financière, y compris dans le domaine fiscal et décide seul des procédures financières sensibles, paré du label JUSTICE fort utile quand il s'agit de mener une campagne de déstabilisation.

 

Cette machine de guerre va être lancée contre le soldat Fillon pour l'assassiner, avec le succès que l'on sait, alors qu'en cherchant bien, on découvrirait que la quasi totalité de nos élus nationaux pouvait se voir reprocher ce dont Fillon était accusé...

 

Ceux qui ne présentent plus d'intérêt, pour Hollande ou pour  Macron, seront lâchés, tels Bruno Le Roux, François Bayrou, Sylvie Goulard ou Marielle de Sarnez, exception faite de Richard Ferrand qui fait partie des espèces protégées...

 

Quoi qu'il en soit François Fillon n'a pas su se défendre: il a joué la bonne foi et le fonctionnement normal des institutions. Selon l'auteur, il aurait fallu désigner un avocat un peu voyou et grande gueule qui n'aurait pas hésité à attaquer la haute magistrature...

 

Compte tenu des troubles dans lesquels le pays s'enfonce, des troubles tels qu'il n'en a pas connu depuis longtemps, des gaffes à répétition commises par ces amateurs que sont les hommes et femmes du monde nouveau, Didier Gallot pose la question:

 

L'élimination médiatico-judiciaire de François Fillon n'a-t-elle pas été un très mauvais coup porté à notre pays?

 

Francis Richard

 

Les grands assassinats judiciaires - De Fouquet à Fillon, Didier Gallot, 156 pages Les impliqués Éditeur

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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 18:15
Un patron pour toutes les saisons, de Pierre Combernous

Pendant quarante-deux mois, du 4 janvier 1988 à fin juin 1991, Pierre Combernous aura été secrétaire diplomatique de René Felber, Conseiller fédéral chargé du Département fédéral des affaires étrangères, DFAE, jusqu'au 31 mars 1993.

 

Au cours de cette période, qui représente en fait la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle, des événements majeurs se produisent et bouleversent le monde, notamment:

- l'annonce du retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan le 15 mai 1988, effectif un an plus tard,

- les manifestations de la place Tienanmen à Pékin du 15 avril 1989 au 4 juin 1989, qui se terminent par le massacre que l'on sait,

- la chute du Mur de Berlin le 11 novembre 1989,

- la libération de Nelson Mandela le 11 février 1990,

- l'invasion du Koweït par l'Irak le 2 août 1990,

- la réunification de l'Allemagne le 3 octobre 1990,

- la guerre du Golfe proprement dite du 16 janvier au 27 février 1991.

 

Aux côtés de René Felber, que Pierre Combernous présente comme un anarchiste jurassien devenu ministre, l'auteur aura participé à une cinquantaine de déplacements à l'étranger et à autant de rencontres à Berne et à Genève.

 

Ce sont toutes ces rencontres, à l'étranger et en Suisse, que Pierre Combernous relate dans ce livre où alternent solennités protocolaires et situations cocasses: la valeur universelle et intemporelle de l'anecdote n'a rien perdu de son importance thérapeutique ni de sa valeur illustrative.

 

Il y a d'ailleurs deux récits dans le récit: 

- le récit de l'action du ministre, telle que vue par le narrateur, interprète à plus d'un titre de son patron, jamais acteur en son nom propre,

- le récit en italiques constitué d'apartés et autres commentaires personnels de l'auteur.

 

Pourquoi ce livre? Pour rendre perspective et justice à la conviction, la ténacité, l'honnêteté de l'engagement ministériel échevelé de René Felber aux Affaires étrangères.

 

René Felber est un Européen convaincu du bien-fondé de l'intégration politique, un défenseur de la petite entreprise, mais il ne serait pas membre du parti socialiste s'il n'était pas social-démocrate dans l'âme, hostile au capitalisme sauvage...

 

Il est d'autant plus délectable qu'il se comporte à la tête de son département comme un patron, un vrai. C'est pourquoi Pierre Combernous l'a appelé ainsi, avec son accord malicieux, dès le premier jour de travail avec lui:

 

De fait, par une heureuse anticipation, il s'avéra que patron il l'était dans ce département regorgeant d'egos de toutes dimensions [...]. Sa vision des choses, la clarté de l'expression et la justesse de ton ne nécessitèrent que peu de temps pour qu'il se fasse respecter, même par les plus réticents des sauriens de notre cher marigot.

 

Si l'auteur emploie l'expression pour toutes les saisons, c'est pour signifier que, pendant les quarante-deux mois de collaboration avec René Felber il a pu voir défiler tous les cas de figure imaginables de la pratique politique et diplomatique.

 

Et puis c'est un clin d'oeil à la magistrale oeuvre de Robert Bolt, A man for all seasons, qui fait l'éloge de Sir Thomas More et, donc, un humble hommage, par-delà les siècles et les cultures, à l'intégrité et à la droiture de René Felber, en évitant autant que possible les pièges de l'hagiographie.

 

Pour donner une idée de qui est René Felber, il y a l'embarras du choix. Très subjectivement, il paraît judicieux de citer ce passage où, à Genève, le chef du DFAE décrit, le 23 mai 1990, à son homologue soviétique Edouard Chevardnadze, les mécanismes impulsant l'économie suisse, les finesses de cette foison de PME qui lui donne sa force:

 

Comme il comparait le système à la structure d'une montre, le message passait quasi physiquement entre ce processus où tout commence depuis le bas, en contraste avec la machine collectiviste qui voulait tout depuis le haut et n'en pouvait plus. L'instant d'une discussion, on voyait défiler la tradition socialiste libertaire, parlant la langue du vécu et du réel, donnant passionnément l'exemple à la doxa marxiste, épuisée par ses vaines tentatives d'imposer l'utopie.

 

Francis Richard

 

Un patron pour toutes les saisons, Pierre Combernous, 344 pages, L'Aire

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7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 22:15
Le Romand - Un café de légende, de Michel Rime

Depuis 1951, le Café Romand brasse les couches sociales comme le lac ses eaux en hiver. C'est une cathédrale de la bouche, une institution lausannoise aujourd'hui protégée. Mais qui n'a pas pignon sur rue: sa porte est pour ainsi dire dérobée.

 

La première phrase du livre de Michel Rime situe d'emblée tout ce qui fait la singularité de cette pinte vaudoise à laquelle tout Lausannois s'est rendu au moins une fois, ou aurait certainement dû se rendre.

 

Ce magnifique livre, illustré de photos en noir et blanc et en couleurs, prises au fil des décennies, retrace toute l'histoire de ce lieu mythique, de sa naissance jusqu'à aujourd'hui, puisqu'il est toujours là.

 

Le Café Romand, 2 place Saint-François, ne donne pas sur la place, mais il est le café de la place, dixit Jacques Roman. Son patron est Louis Péclat, jusqu'en 1972, où il le vend à sa fille aînée Christiane.

 

Au début, des ouvriers ou des notables y vont pour boire un coup, trois décis pour deux, puis, la concurrence aidant, pour s'y restaurer dans la salle où on peut servir quelque 130 convives en un seul service:

 

Le mobilier est resté d'époque dans cette vaste salle rectangulaire. Il a cette ampleur, cette solidité des années 50. Ce chic qui fait courir sur le chêne des motifs vinicoles.

 

Les habitués sont de petites gens, des politiques, des journalistes, des avocats, des directeurs de banque, des comédiens, des peintres, des écrivains, des poètes, des étudiants, des photographes, des cinéastes...

 

Dans la salle aux trois piliers, qui la divisent en trois classes comme les chemins de fer autrefois, et où est accroché un tableau de Henri-Vincent Gillard, ont lieu de la musique, du théâtre, des rendez-vous littéraires...

 

Michel Rime consacre tout un chapitre aux serveuses. Ce sont de réelles figures. Elles ont du caractère, sont efficaces, énergiques, autoritaires avec les clients, créent une ambiance maternelle, franche et amicale.

 

Depuis 2011, Christian Suter et sa femme Jennifer ont pris la lourde suite de Christiane Péclat. Si les serveuses bon enfant... l'esprit familial n'ont pas survécu à l'ère Péclat, la pinte a encore de beaux jours.

 

Pierre Landolt dit, dans un mot placé tout à la fin du livre, que l'esprit vaudois y a été conservé. C'est l'essentiel et pourquoi il ne faut pas hésiter à emprunter le petit passage qui mène à [sa] porte tambour.

 

Francis Richard

 

Le Romand - Un café de légende, Michel Rime, 170 pages, Favre et 24 heures

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 22:55
Les mondes de Michel Déon, de Christian Authier

Nous sommes beaucoup à avoir appris à vivre, à aimer, à voyager à ses côtés ou auprès de ses personnages. Il a été un maître sans magistère ni mots d'ordre, nous convainquant que la liberté était une idée ancienne ne demandant qu'à revivre sur des chemins vagabonds à l'écart des modes.

 

Christian Authier fait cet aveu, que je fais mien.

 

En disciple assumé de Proust, je ne suis guère enclin à lire de biographie des auteurs que j'aime. Mais, pour Déon, je fais d'instinct une exception et comprends mieux pourquoi quand je lis le but que l'auteur s'est donné avec Les mondes de Michel Déon:

 

Ni biographie, ni stricte étude, ce livre fera des va-et-vient entre la vie et l'oeuvre parce que celles-ci sont particulièrement liées chez lui.

 

Comme Authier, et avant lui, j'ai été revigoré par la lecture d'écrivains tels que Déon et par l'expression de leurs mondes:

 

L'insolence, le culte de l'amitié, le panache, le refus des conformismes, l'élégance de masquer ses déceptions et ses chagrins: voilà qui nous consolait puissamment des temps où nous étions.

 

L'un des conformismes de l'époque, c'était la littérature engagée, celle de Jean-Paul Sartre ou d'Albert Camus, que je n'ai appréciés, avec discernement, que dans mon âge mûr.

 

Pour Déon, être désengagé ne signifiait pas ne jamais parler d'engagement:

 

Je répète que je ne plaide pas pour une littérature engagée, mais une littérature qui ne parlerait jamais de l'engagement, par principe et par entêtement, se priverait d'un spectacle exaltant et désolant de notre société si tristement autodestructrice, dit-il dans Parlons-en... (1993).

 

Cela ne signifiait pas non plus ne pas s'engager du tout, puisqu'il l'a fait au moment de l'Algérie, mais ce n'était pas par le biais de romans à thèse.

 

Aux yeux de Christian Authier, le qualifier d'homme de droite paraît trop [réducteur] et commode tant la politique ne fut au final qu'une mince pellicule dans une existence et une oeuvre autrement plus riches, plus complexes, plus subtiles.

 

Plutôt que le désengagement il faudrait d'ailleurs plutôt parler de détachement. Un des personnages des Poneys sauvages en donne cette leçon:

 

On reconnaît les hommes malhonnêtes à ce qu'ils sont tantôt constamment à gauche ou constamment à droite. Inscrit dans un parti, fidèle à ce parti ou à ses chefs, vous acceptez implicitement de truquer ou de mentir par omission.

 

Michel Déon s'est beaucoup établi, notamment en Grèce et en Irlande, et beaucoup promené dans le monde. Dans Partir ... (2012), il écrit: 

 

Pour bien aimer un pays, il faut le manger, le boire et l'entendre chanter.

 

De s'exiler, de se promener, ne veut pas dire ingratitude:

 

Ce cosmopolite, cet exilé ne cessa d'être français même dans les époques où il n'aimait guère son pays ni les hommes qui le menaient. Car l'histoire, la littérature et la langue étaient des dons qu'on ne pouvait récuser.

 

En fait, Déon est curieux, jusqu'au bout, ce qui est loin d'être un défaut, surtout en matière littéraire:

 

La curiosité de Michel Déon ne s'est pas émoussé avec le grand âge. Couronné par des prix prestigieux, académicien, membre influent de prix littéraires, il n'attendait rien en retour de son soutien à des écrivains débutants.

 

Déon a mis plusieurs fois sur le métier Je ne veux jamais l'oublier (je l'ai lu à dix-sept ans quand je suis allé pour la première fois en Suisse et à Venise, mais je ne sais dans quelle version puisque je l'ai racheté après l'avoir perdu lors d'un déménagement...): 

 

Je ne veux jamais l'oublier est le roman d'un éblouissement et d'un désastre ... C'est un roman léger et grave, fait de cruauté et d'innocence, de soleil et de pluie, de nuits bleutées et de petits matins blêmes.

 

Christian Authier ajoute:

 

Patrice n'oubliera pas Olivia: "Elle lui avait fait cadeau d'un sentiment immense: l'amertume. Il ne s'en débarrasserait jamais. Olivia ne saurait pas à quel point elle avait modifié sa vie, influé sur ses sentiments, décidé de sa solitude."

 

Christian Authier cite à la fin ce passage des Lettres de château:

 

Ces quelques évocations des auteurs de chevet et des oeuvres qui ont nourri ma vie disent ma gratitude. Nous sommes leurs enfants rebelles ou insoumis. J'ai vécu leurs oeuvres.

 

Et lui renvoie l'hommage, auquel je me joins, en le remerciant pour cette plongée dans ses mondes, qui me ragaillardit sans prétendre, grâce à elle, redevenir pour autant un jeune homme vert...

 

Francis Richard

 

Les mondes de Michel Déon, Christian Authier, 192 pages, Séguier

 

Articles sur les derniers livres de Michel Déon (qui a eu, paraît-il, connaissance de l'un d'entre eux):

 

A la légère, Finitude (2013)

De Marceau à Déon - De Michel à Félicien - Lettres 1955-2005, Gallimard (2011)

Journal 1947-1983, L'Herne (2009)

Lettres de château, Gallimard (2009)

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 17:45
Ils ont changé le monde sur le Léman, de Béatrice Peyrani et Ann Bandle

Ils sont dix écrivains, Ils ont changé le monde sur le Léman, en venant sur ses rives entre 1754 et 1914.

 

Qui sont-ils ? Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Germaine de Staël, George Gordon Byron, François-René de Chateaubriand, Stendhal, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert, Victor Hugo et Romain Rolland.

 

Pourquoi? Pour échapper à la censure, à la prison, aux créanciers ou à la mort...

 

Béatrice Peyrani et Ann Bandle racontent la vie de chacun d'entre eux, résument les repères entre lui et la Suisse: les séjours qu'il y a faits, et, souvent, les oeuvres majeures qu'il y a écrites ou les citations sur la Suisse qu'il convient de retenir.

 

Il s'agit donc d'une histoire littéraire relative à des auteurs qui ont chacun à leur mesure changé le monde, pas toujours pour le meilleur, mais, même si ce n'est pas le cas, du moins l'ont-ils fait en illustrant la langue dans laquelle ils s'expriment.

 

Connaître la vie des auteurs est intéressant pour le lecteur parce que cela lui permet d'approfondir sa connaissance des autres, mais il ne doit pas oublier, avec Proust, qu'un livre est le produit d'un autre moi et qu'il doit le découvrir par lui-même.

 

C'est pourquoi, si ce livre donne envie de mettre ses pas dans les leurs pour faire le tour du lac en commençant par Genève, en passant par Coppet, Lausanne, Vevey, le château de Chillon et Villeneuve, il incite également à lire ou relire ces auteurs.

 

Les auteures rapportent que Chateaubriand et le jeune Dumas déjeunent ensemble à Lucerne et que Hugo est aperçu par le jeune Rolland à Villeneuve: quoi de plus naturel également que de rencontrer ou d'approcher un aîné qu'on admire!

 

Francis Richard

 

Ils ont changé le monde sur le Léman, Béatrice Peyrani et Ann Bandle, 296 pages, Slatkine

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10 janvier 2020 5 10 /01 /janvier /2020 19:00
Montalembert, d'Aimé Richardt

Charles de Montalembert est né le 15 avril 1810 à Londres. Il est le fils d'un émigré français de noblesse ancienne, pauvre mais catholique, et d'une anglaise, Elise Forbes, riche mais protestante.

 

D'abord élevé par son grand-père maternel, il rejoint ses parents à Paris, où il entre au lycée Bourbon à la fin de 1819. En 1826, il est admis en classe de rhétorique au collège Sainte-Barbe.

 

Quoique choqué par l'ambiance irréligieuse, il s'y révèle excellent élève et obtient le second prix de français au Concours général en 1827. En 1828, il devient bachelier et commence des études de droit.

 

L'Avenir

 

Au retour de vacances passées en Irlande, pendant lesquelles Charles X a abdiqué, en 1830, il propose ses services à un nouveau journal, L'Avenir, dont la devise lui correspond: Dieu et la liberté.

 

Ce journal catholique, fondé par l'abbé Gerbet et Lamennais, a pour but de défendre des idées qui lui sont chères, telles que la liberté religieuse, la liberté d'éducation, la liberté de la presse.

 

Dans l'équipe de jeunes gens du journal, il fait la connaissance de Lacordaire qui sera dès lors pour lui comme un frère et avec lequel il partagera les idées politiques de ce journal catholique de combat.

 

Les idées politiques des rédacteurs

 

Dans le numéro du 29 novembre 1830, ces idées sont exposées:

 

Voici ce que nous demandons:

- La séparation absolue de l'Église et de l'État, telle qu'elle existe aux États-Unis.

- Que le clergé ne soit plus payé par l'État.

- Que nos églises soient inviolables comme la maison des citoyens.

- La liberté de nous associer pour la défense de nos droits.

- Le droit de nommer nos évêques et de ne pas les recevoir de la main d'un ministre qui peut être ennemi de nos croyances, parce que cela est absurde.

- La liberté d'enseignement... parce que le monopole de l'instruction [par l'État] est contraire à la liberté des cultes, à la liberté d'opinions.

Nous demandons ces choses... nous les demanderons tous les jours.

 

Montalembert fait ce qu'il dit

 

La vie de Montalembert est conforme à ces idées politiques, qui lui vaudront hostilité d'évêques, condamnations de papes et poursuites judiciaires des pouvoirs politiques de son temps.

 

A l'appui de nombreux documents, Aimé Richardt le montre dans cette biographie, où Montalembert apparaît comme une âme d'élite, qui connaît sans fléchir aussi bien succès que revers.

 

Quoi qu'il en soit, il essaie d'accomplir son devoir individuel jusqu'au bout, d'agir plutôt que d'avoir des paroles de discorde, d'émeute, de guerre civile, de révolution... c'est-à-dire de misère...

 

Les dangers de la démocratie

 

Si Montalembert défend la démocratie, il n'en en dénonce pas moins les dangers que sont:

 

- la confusion avec l'esprit révolutionnaire

- la soif désordonnée de l'égalité qui fomente une défiance haineuse contre tout ce qui s'élève ou se redresse...

- la centralisation insensée

- la passion universelle et furibonde des places qui fait de la société une proie dont vivent des générations entières de parasites...

- l'assimilation graduelle entre les législations et les institutions de tous les pays...

 

Les périls dans la vie morale

 

A ces dangers s'ajoutent les périls, plus graves, dans la vie morale:

 

- la passion exclusive et universelle du bien-être

- la disparition du frein de l'honneur

- le culte dépravé du succès immoral

- l'humilité chrétienne remplacée par la servilité...

- l'éducation de nos enfants, celle même de nos filles, convoitée, disputée par la main insatiable d'incrédules...

- la religion victime de l'indifférence des masses, de l'acharnement des lettres, de la défiance et de l'hostilité du pouvoir

 

Les remèdes?

 

Les remèdes se trouvent dans les libertés publiques telles que le suffrage universel, l'égalité devant la loi, l'égale répartition des charges civiles et sociales, la liberté d'enseignement, la liberté d'association ou... la liberté de la presse.

 

Cependant ce catholique libéral sait se soumettre, même par anticipation. Par exemple, il se soumet d'avance à l'infaillibilité du Pape si elle est votée par le Concile du Vatican: elle le sera le 18 juillet 1870 (après sa mort survenue le 13 mars 1870).

 

Il a en effet répondu à un membre de sa famille que, dans ce cas-là, il n'arrangera rien du tout, c'est-à-dire avec ses idées et avec ses convictions, et qu'il y soumettra sa volonté comme on la soumet à d'autres questions de foi.

 

Francis Richard

 

Montalembert, Aimé Richardt, 276 pages, Artège (sortie le 12 février 2020)

 

Livres précédents:

 

Chez François-Xavier de Guibert:

La vérité sur l'affaire Galilée (2007)

Calvin (2009)

Saint François de Sales et la Contre-Réforme (2013)

Jean Huss, précurseur de Luther (2013)

Bossuet, conscience de l'Eglise de France (2014)

Lacordaire - Le prédicateur, le religieux (2015)

 

Chez Artège:

Lamennais le révolté 1782-1854 (2017)

Zwingli le réformateur suisse 1484-1531 (2018)

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 22:25
Les cinq vies du "bon docteur Messerli", de Jean-Philippe Chenaux

Qui connaît Francis Messerli (1888-1975)? Il n'a droit à aucune statue, ni à aucun nom de rue à Lausanne: seule une plaque apposée sur la façade de la Mairie de la Commune libre et indépendante d'Ouchy mentionne son nom.

 

Pourtant, dans L'Or du Rhône, de juin 1958, on le qualifie d'"homme-Protée", ce qui n'est peut-être pas le terme le plus adéquat quand on sait qu'il désigne une "personne qui change facilement d'aspect, d'humeur, d'opinion, qui joue toutes sortes de personnages" (Larousse)

 

Cinq vies

 

Si le terme n'est pas adéquat, on comprend ce que les auteurs ont voulu dire en employant cette expression, puisque Jean-Philippe Chenaux identifie dans son livre réparateur pas moins de Cinq vies du "bon docteur Messerli".

 

Pour plaisanter on a envie de dire que c'est tout de même moins bien que les chats, à qui l'on prête sept vies, voire neuf, selon les croyances. Mais, en l'occurrence, il ne s'agit pas de croyances, mais de vies avérées que l'auteur raconte.

 

Le médecin

 

Le docteur Messerli, comme son titre l'indique, est médecin, un médecin-hygiéniste de renom à qui l'on doit notamment, dans l'entre-deux guerres, d'importants travaux concernant la prolifération du goitre et des maladies infectieuses.

 

Il est ensuite le créateur en 1915 de L'Oeuvre de la Cure préventive de Soleil et de Gymnastique spéciale de Vidy-Plage, qui accueille de 600 à 800 élèves chaque année, en dehors des heures d'école et pendant les vacances.

 

Enfin il est de 1917 à 1953, le médecin-chef du Service d'Hygiène de la Ville de Lausanne et de 1918 à 1958 le médecin-délégué de l'État de Vaud, fonctions qui lui permettent de mener à bien l'assainissement de l'habitat de Lausanne.

 

Le sportif

 

Sa vie de médecin est bien remplie, mais elle ne lui suffit pas. C'est aussi un grand sportif qui pratique la gymnastique (comme son père et comme son grand-père), l'athlétisme, le football, la natation, l'aviron, le yachting et l'alpinisme.

 

En 1908, il rencontre le baron Pierre de Coubertin. Une amitié de trente années naît ce jour-là. Et, en 1912, avec celui qui est devenu son maître et avec Godefroy de Blonay, il crée le Comité Olympique Suisse à l'hôtel Meurice, à Ouchy.

 

Dès lors il deviendra une figure du Mouvement Olympique et refusera toujours catégoriquement de mêler sport et politique, même quand les Jeux, auxquels une cinquantaine de nations participeront, se dérouleront à Berlin en 1936.

 

Le pirate

 

Amoureux du Léman et de tout ce qui est aquatique, Francis Messerli est membre fondateur et président du Cercle de la voile (1919), du Cercle des nageurs de Lausanne (1920) et de l'Union nautique d'Ouchy-Lausanne.

 

En 1934, la Société vaudoise de navigation et la Société de sauvetage s'unissent avec deux de ces associations pour constituer la Noble et Vénérable Confrérie des Pirates d'Ouchy, dont il sera le Grand Patron jusqu'en 1965.

 

En 1948, ladite Confrérie des Pirates d'Ouchy, sur l'initiative de leur pirate en chef, rachète La Vaudoise, barque à voiles latines qui sera classée monument historique (le seul flottant) en 1979 par le Conseil d'État du Canton de Vaud.

 

Le Rhodanien

 

De 1926 à 1961, Francis Messerli est membre très actif du Conseil de l'Union générale des Rhodaniens en qualité, dès 1932, de fondateur et président de la section vaudoise et, dès 1934, de vice-président central et secrétaire général.

 

L'UGR est une association régionaliste qui regroupe la quasi-totalité des villes du Rhône, de sa source à son embouchure. Il en organisera la Fête du Rhône, à Lausanne-Ouchy en 1934 et en 1946 (avec un cortège de trois mille participants). 

 

L'ami suisse de la Grèce

 

L'auteur termine avec la cinquième vie de Michel Messerli, à laquelle il consacre le plus grand nombre de pages: pendant trente années cruciales pour la Grèce, de 1929 à 1959, il préside l'Association des Amitiés gréco-suisses...

 

En fin de volume l'auteur publie le palmarès impressionnant des distinctions et des décorations reçues par Francis Messerli au cours de son existence et la bibliographie non moins impressionnante de ses écrits (357 références).

 

L'oubli

 

Francis Messerli meurt le 16 mars 1975. Le silence est assourdissant dans la presse lausannoise, à l'exception d'un article d'André Pache, syndic de la commune libre d'Ouchy, publié dans le Journal d'Ouchy, que le bon docteur a fondé en 1931.

 

Jean-Philippe Chenaux résume cet article en disant qu'André Pache y rappelle combien l'esprit de générosité et de désintéressement fut le fondement de toutes les actions du défunt. Ses cinq vies en administrent la preuve.

 

Francis Richard

 

Les cinq vies du "bon docteur Messerli", Jean-Philippe Chenaux, 192 pages, Favre

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 11:45
Madame S, de Sylvie Lausberg

- Le Président a-t-il toujours sa connaissance?

- Non, elle est partie par l'escalier de service.

 

Le Président, c'est Félix Faure, et la connaissance, Marguerite Japy-Steinheil, autrement dit Madame S, à laquelle Sylvie Lausberg s'est intéressée incidemment. Elle explique, dans son avant-propos, que, journaliste entre deux affectations, elle s'est installée dans la maison de Séverine, qu'elle a louée, à Pierrefonds, à cent kilomètres de Paris.

 

Séverine (1855-1929) est l'une des premières femmes de presse à renverser les rôles, grande journaliste, pamphlétaire, publiciste, appréciée et respectée de tous ses confrères, une femme divorcée, qui prend la défense des pauvres, des opprimés [...] et qui dérange fortement en signant des éditoriaux sur la violence sexuelle, l'avortement et la domination qui s'exerce sur les femmes.

 

Or, dans sa maison, l'auteure découvre, dans un coffret de fer-blanc, un papier jauni, un entrefilet relatif à une certaine Lady Abinger, autrefois Mme Steinheil. A partir de cette découverte, elle se lance dans une enquête sur la maîtresse de Félix Faure, dont la réputation sulfureuse a nourri les imaginaires et les allusions lubriques de plusieurs générations.

 

L'auteure écrit une biographie nuancée de cette femme issue de la haute société protestante qui, après le décès de son père, a épousé un peintre, Adolphe Steinheil, plus âgé qu'elle, qui ne lui plaisait pas du tout, mais qu'elle épouse tout de même le 9 juillet 1890, parce qu'il est somme toute préférable aux autres prétendants qui lui sont présentés.

 

Son mariage lui permet de quitter sa province, le pays de Montbéliard, pour habiter avec son mari au 6bis de l'impasse Ronsin, à Paris, dans le quartier de Vaugirard. Adolphe et Marguerite ont très vite une fille, Marthe. Mais, comme ils ne s'entendent pas, plutôt que de divorcer, ils conviennent de vivre leur vie, librement, chacun de son côté.

 

Impasse Ronsin, grâce à un mentor identifié par l'auteure, Marguerite tient salon le jeudi et reçoit le tout Paris des peintres, des magistrats, des musiciens, des officiels etc. Tout en se voulant mère et épouse, elle est aussi amante d'un certain nombre de ses admirateurs. Là l'auteure s'insurge contre le fléau misogyne qui la fait qualifier de putain de luxe...

 

Madame S. va se trouver impliquée dans deux événements qui seront des occasions de la lyncher médiatiquement: la mort de Félix Faure dans la nuit du 16 au 17 février 1899, sur fond d'affaire Dreyfus, et le double assassinat de sa mère et de son mari dans la nuit du 30 au 31 mai 1908, sur fond de collier et de papiers remis à Marguerite par Félix Faure.

 

Bien que retrouvée ligotée et à demi-vêtue au matin du 31 mai 1908, Marguerite en fait trop pour connaître la vérité, que d'aucuns ne voudraient pas voir surgir de son puits, et se retrouve inculpée dans le double meurtre commis impasse Ronsin: elle est accusée de complicité d'homicide, de parricide et d'assassinat sur la personne de son mari. 

 

Marguerite Steinheil est incarcérée. A l'issue de son procès et d'une très longue délibération du jury, elle est acquittée, ce qui ne convainc pas ceux qui se sont acharnés contre elle: acquittée, elle n'en reste pas moins coupable. Peut-être pas des crimes, mais d'être ce qu'elle est: une femme qui aime la vie, l'amour et le sexe. Et cela, ça ne pardonne pas.

 

La vie romanesque de Madame S ne s'arrête pourtant pas là. Sylvie Lausberg, quel que soit son engagement personnel, curieuse de savoir, mène l'enquête jusqu'au bout, avec beaucoup d'honnêteté, si bien qu'immergée profondément dans son sujet, elle finit sinon par élucider les deux affaires, du moins par lever une grande part du voile jeté sur elles.

 

In fine, elle voudrait avoir écrit le dernier chapitre de Madame S, que celle-ci, héroïne malmenée, qui a choisi le mouvement, la liberté des sentiments et le goût des plaisirs, ne pouvait écrire. Car Madame S. se sera éclipsée après avoir obtenu discrètement gain de cause, n'en déplaise à ceux qui continuent, aujourd'hui encore, de la tirer vers le bas.

 

Francis Richard

 

Madame S, Sylvie Lausberg, 304 pages, Slatkine & Cie

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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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