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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 01:00
Femmes hors normes, de Barbara Polla

Être "hors normes"? Il ne s'agit pas d'être "hors la loi". L'autonormie est une attitude individuelle, discrète, voire invisible: il s'agit avant tout de résister et de se soustraire au pouvoir insidieux de l'entourage normatif moral, familial, social, religieux, économique, médiatique ou autre. Il s'agit d'être soi.

 

Autonormie bien ordonnée commence par soi-même. Et Barbara Polla, dans Femmes hors normes, ne recommande pas aux autres femmes de faire ce qu'elle dit mais de faire ce qu'elle fait, de vivre son concept comme elle le vit, ce qui lui permet d'être bien avec elle-même, d'être bien dans la vie. L'autonormie, c'est se donner à soi-même ses propres normes, ses normes naturelles.

 

Quand Barbara Polla s'en prend à la société, à la religion ou au capitalisme, ce n'est pas à la manière soixante-huitarde, c'est au pouvoir normatif qu'ils exercent sur la vie personnelle des femmes et des hommes qu'elle s'en prend. Son anarchie revendiquée ne signifie donc pas chaos, mais absence de pouvoir (normatif) sur les femmes et sur les hommes.

 

En lieu et place de ce pouvoir normatif, elle met les devoirs, les devoirs réciproques, entre parents et enfants, entre citoyens et politiciens. Car l'autonormie n'est pas l'autonomie: ce concept n'est pas se donner ses propres lois; l'autonormie n'est pas non plus l'anormie: ce concept n'est pas absence de normes.

 

L'absence de pouvoir normatif, qui impose un cadre dont il faut sortir pour inventer le sien, ne conduit pas au chaos:

 

La possibilité d'autonormie pour chacun de nous renforce la société plus qu'il ne la déstabilise: des individus en accord avec eux-mêmes, proches d'eux-mêmes, créent une société empathique et forte, chaque individu étant, du fait même de son "autonormie", mieux préparé à respecter celle de l'autre - des autres.

 

Barbara Polla parle d'individuation, qui est, pour elle, tout le contraire de l'individualisme. La véritable réussite personnelle est justement celle de l'individuation: Être soi, unique et irremplaçable, au sein de la société. Pour y parvenir il faut faire un pas de côté - et non une ascension - pour se rapprocher de soi. Et ce pas de côté montre bien que la hiérarchie hors normes est une hiérarchie horizontale et que la hiérarchie de soi a pour vocation d'abolir toutes les autres.

 

Le premier pas de côté fait, celui qui compte et qui répond à une nécessité intérieure, est par la force des choses suivi de beaucoup d'autres: il ne s'agit pas d'être meilleur que les autres; il s'agit d'être au mieux de soi-même, et, si possible, meilleur que soi-même - meilleur que nous étions hier. Meilleur pour les autres. Être en accord avec soi prépare en effet à aimer l'autre. 

 

L'ordonnance d'être hors normes que Barbara Polla prescrit - elle est médecin - s'adresse en priorité aux femmes parce que le pouvoir normatif n'est pas le même pour les hommes que pour les femmes: il est incitatif pour eux, prohibitif pour elles. Avec son concept d'autonormie, elle leur recommande donc de désobéir aux normes (dès le plus jeune âge), pour être elles-mêmes, être fidèles à ce qu'elles sont: la désobéissance est l'apprentissage d'être soi.

 

Être elles-mêmes, c'est, par exemple, pour les femmes, de pouvoir parler de plaisir sexuel, qui, dans certains pays, leur est refusé avec l'excision, sous des prétextes culturels fallacieux; de pouvoir en parler sans en faire pour autant une nouvelle norme, en sachant que chacune de nous vit son "hors normes", selon ses goûts, à sa manière, dans le secret de l'alcôve.

 

Barbara Polla parle, dans son livre, de beaucoup de sujets en rapport avec son concept, notamment:

- la solitude heureuse: comment s'entendre avec les autres, si l'on n'a pas appris, d'abord, à s'entendre avec soi-même

- le secret, essentiel pour l'amour: en parler publiquement, le montrer, voire l'étaler, en faire une affaire sociale plus qu'intime, le met en grand péril

- l'intimité: il s'agit d'entrer en nous pour y trouver le monde

- le genre: être soi, c'est aussi l'être en son corps et avec un sexe donné, mais en refusant qu'il devienne un label.

- l'impossibilité de posséder l'autre et la liberté: les deux fils rouges de tous ses ouvrages.

 

Pour bien montrer que ce concept n'est pas seulement un rêve, mais une réalité, elle donne les exemples de femmes du passé et du présent, de femmes de sa famille, et d'elle-même. Tous ces exemples ont en commun que la sortie d'un cadre pour entrer dans un autre se traduit par l'apparition en pleine lumière de l'inquiétante étrangeté de l'être et par la transformation en énergie d'une peur (il faut apprendre à résister à la critique et avoir le courage de désirer être soi):

 

A la réitérer souvent, en effet la sortie du cadre devient un exercice aussi vitalisant que la marche rapide; et comme pour tout type d'exercice, plus on le pratique, plus il devient valorisant. Plus on sort du cadre, et plus l'énergie nous prend et nous emmène.

 

Barbara Polla a plus de 60 ans. Elle continue à résister, à se mettre hors normes, c'est-à-dire à faire mentir définitivement l'adage qui veut que vieillir est une défaite de soi, pour en faire une construction, toujours en voie d'amélioration. Bref elle met plus que jamais son concept en application et cela lui réussit. Ceux qui la connaissent se demandaient quel pouvait bien être son truc le plus important pour être heureuse. Maintenant ils le savent: c'est l'AUTONORMIE.

 

Francis Richard

 

Femmes hors normes, Barbara Polla, 240 pages Odile Jacob (parution le 8 mars 2017)

 

Livres précédents de l'auteur:

Victoire, L'Age d'Homme (2009)

Tout à fait femme, Odile Jacob (2012)

Tout à fait homme, Odile Jacob (2014)

Troisième vie, Editions Eclectica (2015)

Vingt-cinq os plus l'astragale Art & Fiction (2016)

 

Collectifs sous sa direction ou sa coordination:

Noir clair dans tout l'univers, La Muette - Le Bord de l'Eau (2012)

L'ennemi public, La Muette (2013)

Éloge de l'érection La Muette (2016)

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 23:55
Un racisme imaginaire - Islamophobie et culpabilité, de Pascal Bruckner

En fait il y a deux racismes, le réel et l'imaginaire, et il est essentiel de les distinguer:

 

Frapper un fidèle est un délit. Discuter d'un article de foi, d'un point de doctrine, est un droit. Confondre les deux est un amalgame insupportable.

 

Cette distinction est faite par Pascal Bruckner dans l'introduction à son livre, Un racisme imaginaire.

 

De la même manière le terme islamophobie agglutine deux sens différents et permet de jeter l'opprobre indistinctement sur ceux qui oppriment les musulmans et sur ceux qui critiquent la foi coranique.

 

L'islamophobie fait partie du vocabulaire de l'antiracisme. Ce dernier ne laisse d'autre choix qu'entre l'offense et l'acquiescement à l'islam, sous peine de tomber sous l'accusation infamante de racisme.

 

Ce choix est le seul laissé aux non-musulmans et aux musulmans eux-mêmes, qui n'ont pas droit à la dissidence: ils sont alors trop musulmans pour la société qui les soupçonne de double langage, pas assez pour leurs proches qui les accusent d'être passés à l'ennemi.

 

L'antiracisme a un discours ambivalent: l'humanité est une grande famille, mais il faut dans le même temps protéger ses diversités envers et contre tout. Si les autres religions sont modifiables, l'islam, lui, est intouchable.

 

Qui, au XXIe siècle, prône l'antiracisme sinon une large fraction des intelligentsias occidentales, qui pactise avec le totalitarisme intégriste comme leurs aînés avaient communié avec le nazisme ou le communisme?

 

Ces intelligentsias trouvent dans la religion musulmane un substitut au marxisme et au tiers-monde à l'agonie. Et le ralliement au marché, dans une certaine presse, doit être compensé par un radicalisme culturel échevelé.

 

Ce radicalisme se traduit par la culture de l'excuse quand des musulmans commettent des méfaits (ils en commettent davantage en terre coranique qu'occidentale) et par une inversion sémantique: les victimes [sont] des bourreaux qui s'ignorent (elles méritent ce qui leur arrive) et les tueurs des victimes malheureuses 

 

Dans le même ordre d'idées, il faut à toute force que l'islamophobie remplace ou même supplante l'antisémitisme. Les musulmans sont les nouveaux juifs, les nouveaux persécutés de la terre et les Juifs, eux, se sont mis du côté du colonisateur blanc, via la douleur palestinienne:

 

La judaïsation des musulmans entraîne automatiquement la nazification des Israéliens.

 

Sauf que l'antisémitisme est par essence racialiste, il ne conteste pas le judaïsme en tant que croyance, mais les Juifs pour ce qu'ils sont. En outre, dans les années 30, les Juifs ne jetaient pas de bombes sur toute la surface du globe au nom du vrai Dieu et ne réclamaient pas de droits séparés mais au contraire l'assimilation.

 

En fait la fureur que suscite l'État hébreu vient de ce que le Juif, de sous-homme hier, est devenu en un demi-siècle un égal.

 

Et la fureur que suscitent beaucoup de sociétés qui ne suivent pas l'enseignement du Coran vient de ce qu'elles s'en tirent mieux sur les plans économique et politique et qu'elles se désintéressent de l'islam, ce qui est humiliant, comme est insultante l'existence d'autres religions.

 

La France n'opprime pas les musulmans (d'ailleurs, s'ils continuent d'y affluer, n'est-ce pas que les avantages surpassent les tensions éventuelles?). Ils sont victimes (certes plus que d'autres) d'un système qui décourage l'initiative et du blocage de son économie qui résulte de l'incompétence crasse de ses dirigeants...

 

Pascal Bruckner constate: L'islam fait partie du paysage français et européen, il est la deuxième religion du Vieux Monde, et il a droit à la liberté de culte, à la reconnaissance officielle, à la protection des pouvoirs publics, à des lieux de prière et de célébration décents.

 

Mais c'est à la condition qu'il respecte les règles républicaines et laïques, sorte de l'ambiguïté vis-à-vis des intégristes et ne réclame pas un statut dérogatoire en raison de sa singularité.

 

Bref il faut que l'islam soit banalisé, devienne une religion parmi d'autres, s'européanise: Ce qu'il nous faut inscrire dans la loi, c'est l'abolition du crime d'apostasie, le droit de sortie pour tous, le droit au libre examen de la doctrine, au renouveau de l'exégèse, à la relecture du texte sacré par des imams, des théologiens, comme cela se produisit dans les siècles passés pour le christianisme et le judaïsme.

 

Ne sont pas négociables: l'esprit d'examen, l'égalité des sexes, la discrétion religieuse, le respect des droits et des libertés individuelles, la liberté d'expression.

 

En fait, si la France est détestée par les intégristes, c'est non parce qu'elle opprime les musulmans, mais parce qu'elle les libère: Ne minimisons pas l'extraordinaire séduction qu'exerce le mode de vie occidental sur les peuples étrangers, contrepartie de l'aversion qu'ils lui vouent.

 

Pascal Bruckner conclut: Nous vivons une époque terrible. Tout affreuse qu'elle soit, elle est pourtant passionnante. Il est impossible de se dérober au défi du siècle commençant: défaire le fanatisme du Croissant aux côtés des musulmans éclairés ou modérés qui en sont les principales victimes. Pour cette tâche immense, il n'y aura jamais trop de bonnes volontés.

 

Francis Richard

 

Un racisme imaginaire - Islamophobie et culpabilité, Pascal Bruckner, 272 pages Grasset

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Le fanatisme de l'apocalypse (2010)

Le mariage d'amour a-t-il échoué? (2011)

La maison des anges  (2013)

La sagesse de l'argent (2016)

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 22:55
Les droits de l'homme contre le peuple, de Jean-Louis Harouel

A l'heure où l'Europe (la France tout particulièrement) est confrontée au terrorisme islamiste, il est nécessaire de savoir pourquoi elle se défend aussi mal face au développement de cette idéologie mortifère, pour les corps comme pour les esprits. Jean-Louis Harouel incrimine la religion de l'humanité devenue religion des droits de l'homme.

 

Au-delà des aspects techniques de la résistance armée qu'il faudra bien mener contre cette idéologie (qui passe certainement par le recours individuel à la légitime défense: on ne peut pas mettre des militaires et des policiers partout), une réflexion plus fondamentale s'impose pour comprendre le pourquoi de son développement et, peut-être, l'enrayer.

 

Dans son livre, au titre explicite, Les droits de l'homme contre le peuple, Jean-Louis Harouel expose d'abord les particularités de l'islam, puis les racines millénaristes et gnostiques de la religion de l'humanité, ensuite la dénaturation du droit qui résulte de la religion des droits de l'homme, enfin la mise au service de l'immigration de la religion des droits de l'homme.

 

Les particularités de l'islam 

 

- Tous les islamistes ne sont pas des terroristes en puissance, beaucoup d'entre eux ne souhaitant pas le recours à la violence. Il n'en reste pas moins qu'ils diffusent une lecture littérale des textes saints qui est favorable à l'explosion de la terreur djihadiste.

 

- Autant il est aisé de condamner au nom de l'Evangile les violences provoquées ou cautionnées par la religion chrétienne à travers l'histoire, autant il n'est guère possible de condamner, au nom des textes saints, la violence djihadiste.

 

- La condamnation de la violence exercée en invoquant Mahomet et le Coran est porteuse, qu'on le veuille ou non, d'un certain désaveu d'un texte censé être la parole divine.

 

- Pour l'essentiel, l'islam est aujourd'hui hostile à la France, hostile à l'Europe. Si bien que l'intégration des populations immigrées originaires des pays musulmans est inversement proportionnelle à son attachement à l'islam.

 

- Système total, l'islam rejette l'idée de disjonction du politique et du religieux, principe d'origine chrétienne né du fameux: "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu".

 

(Fondatrice de ce qui est appelé la laïcité, cette disjonction a été la source d'où a pu naître la liberté de l'individu avec toutes ses conséquences positives: esprit critique et liberté de l'esprit, tolérance, progrès intellectuel et pensée scientifique, progrès technique et enrichissement de la société)

 

- L'islam combinant en lui le politique, le juridique et le religieux, toute concession à l'islam comme religion est aussi une concession faite à l'islam politique et juridique, ce qui contribue à transformer le pays concerné en terre musulmane.

 

Les origines gnostiques et millénaristes de la religion de l'humanité

 

- Aux premiers siècles de l'ère chrétienne, portant en lui une âme céleste de nature divine, le gnostique - ou spirituel - partage la nature de Dieu. En conséquence, il est au-dessus des lois. En conséquence, il est au-dessus de la morale ordinaire, celle que prône le Décalogue;

 

- Le millénarisme annonce qu'avant la fin des temps Jésus va établir son royaume sur la terre pour y établir un royaume de bonheur absolu où l'abondance sera miraculeuse;

 

- Le millénarisme et la gnose ont un point commun très important, qui est le refus que le mal peut résider en l'homme, ainsi que l'enseignent le judaïsme et le christianisme;

 

- A la fin du XIIe siècle, Joachim de Flore va associer les deux: d'une part il prophétise l'établissement d'un règne divin qui sera le paradis sur la terre, d'autre part il annonce l'avènement d'une humanité hautement spiritualisée, en communication directe avec Dieu, se fondant en lui sous l'effet de l'Esprit;

 

- Ces deux mouvements, associés ou non, au XIXe siècle, se sécularisent: ils ne se réclament plus du divin, mais seulement de l'humain. Ils sont à l'origine des religions séculières telles que le communisme ou le nazisme, qui exigent de leurs sectateurs un total amoralisme;

 

- Au XXe siècle le millénarisme des droits de l'homme prend le relais du millénarisme communiste, à ce changement près que la promesse de perfection sociale ne réclame plus la suppression de toute propriété, mais la négation de toute différence entre les humains. Au nom de l'humanité divinisée, les droits de l'homme érigés en religion séculière visent à la régénération des hommes par l'instauration sur terre du bien absolu, conçu comme la mise en oeuvre d'une idéologie de l'identité entre tous les humains. Avec pour corollaire un total cosmopolitisme;

 

- Le dogme qui sous-tend cette religion des droits de l'homme est ce que Jean-Louis Harouel appelle le mêmisme: Le mêmisme va bien au-delà de l'idée que l'on doit reconnaître et respecter l'humanité en chaque homme. Il exige que l'on proclame - contre l'évidence - la parfaite identité de tous les hommes. Le mêmisme, c'est le dogme de l'interchangeabilité de tous les hommes.

 

La dénaturation du droit qui résulte de la religion des droits de l'homme

 

- Le droit doit être fondé sur des valeurs de durée afin d'assurer sur le long terme la pérennité des sociétés qu'il régit;

 

- Les droits de l'homme déclarés en 1789 relèvent du droit naturel. Ils n'ont pas en eux-mêmes de valeur juridique. Ils confirment les libertés politiques, auxquelles ils font l'apport essentiel de la liberté d'expression en matière politique et religieuse;

 

- Les droits de l'homme ne deviennent du droit qu'avec la constitution française de 1946 et l'apparition des droits à, que d'aucuns appellent droits-créances;

 

- Les droits fondamentaux n'apparaissent que dans la deuxième moitié du XXe siècle. Auparavant la fraternité humaine était du registre de la morale individuelle, elle devient amour obligatoire de l'autre dont les manquements sont sanctionnés par les tribunaux;

 

- Les droits individuels de base passent au second plan, le principe de non-discrimination au premier. Désormais l'Etat n'a presque aucun souci des intérêts concrets du peuple. Son avenir importe peu. L'Etat veille seulement à sa sainteté, à sa vertu, par le respect obligatoire des dogmes du millénarisme de l'amour de l'autre jusqu'au mépris de soi.

 

La mise au service de l'immigration de la religion des droits de l'homme

 

- L'immigration serait un nouveau droit de l'homme: Le déferlement sur l'Europe de l'immigration extra-européenne - car c'est d'elle seule qu'il s'agit - est présenté par ses thuriféraires comme juste et bon puisque inscrit dans la mécanique irrésistible et nécessairement bénéfique du sens de l'histoire;

 

- L'immigration extra-européenne est désormais constituée non plus d'individus, mais de peuples. Il se trouve que si les individus peuvent s'intégrer, les peuples ne s'intègrent pas. Une nation ne peut pas assimiler des peuples, surtout si différents d'elle;

 

- Au nom de la religion des droits de l'homme, il y a, en matière de dépense publique, une réelle discrimination en faveur des quartiers où vit l'immigration extra-européenne;

 

- L'actuelle immigration n'éprouve, dans l'ensemble, pas d'intérêt particulier pour la France. On ne vient pas en France pour être français, pour la carte d'identité qui marque l'appartenance à la communauté nationale: on vient pour la carte Vitale, ce petit rectangle de matière plastique vert, sésame qui ouvre les soins gratuits;

 

- Comme avec les autres pays européens, l'immigration extra-européenne est avec la France dans un strict rapport d'intérêt. Elle vient chercher en France un niveau de vie miraculeusement élevé au regard de celui du pays d'origine. Un niveau de vie que les immigrés tirent de leurs salaires, mais plus encore de la prodigalité délirante de l'Etat providence français envers eux;

 

- La religion d'Etat des droits de l'homme veut que l'autre reste entièrement lui en s'installant chez nous. Pour qu'il soit parfaitement chez lui, il faut que nous cessions d'être nous. Que nous nous suicidions au moins moralement dans un premier temps. Après quoi, on ne nous laissera peut-être pas le choix.

 

Que faire?

 

Il faut selon l'auteur:

- que les dirigeants de la France protègent son peuple contre la religion des droits de l'homme;

- que la France cesse de se comporter comme le bureau d'aide social et médical de l'univers;

- que le droit au regroupement familial soit subordonné à l'acquisition de la nationalité française;

- que l'acquisition de la nationalité française soit subordonnée à une démarche convaincante d'adhésion à la France: langue, valeurs, moeurs, histoire;

- que la France soit libre de choisir les personnes à qui elle veut accorder l'autorisation d'immigrer ou celles, clandestines, qu'elle veut régulariser.

 

Bref il est indispensable de discriminer...

 

Quant à l'islam, il faut qu'il soit soumis à un régime spécifique qui l'oblige à renoncer à sa prétention de régir l'ensemble de la vie sociale, qui le contraigne à se limiter à la sphère privée

 

Pour ce faire, il faut empêcher l'islam de continuer à imposer à la France sa civilisation, ses minarets, ses modes de vie, ses règles alimentaires et ses comportements vestimentaires. Cela suppose, dans tous ces domaines, de refuser de continuer à céder aux revendications des musulmans, quand bien même elles se réclameraient des droits de l'homme.

 

Conclusion

 

Tout notre système des droits de l'homme , destiné à protéger notre peuple de ses gouvernants, est, sous f'effet de la religion des droits de l'homme, détourné par des gens issus d'autres peuples pour s'imposer sur notre sol et faire triompher leurs intérêts contre notre peuple:

 

Renonçons à la religion des droits de l'homme et à son délire anti-discriminatoire nous imposant l'amour de l'autre jusqu'au mépris de soi. Revenons-en de manière plus réaliste et moins dangereuse aux droits de l'homme conçus comme droits protecteurs des citoyens contre le pouvoir, c'est-à-dire aux libertés publiques, et en particulier à la liberté d'expression, aujourd'hui si menacée par le politiquement correct de la religion des droits de l'homme et par l'islamisation de la France et de l'Europe qu'elle favorise.

 

Une fois encore, en matière d'immigration comme en d'autres, se pose la question du rôle de l'Etat: ne doit-il pas être limité aux fonctions régaliennes de protection des personnes et des biens et de garant des libertés individuelles, ou doit-il jouer celui de la providence, qui émane de la religion des droits de l'homme?

 

Francis Richard

 

Les droits de l'homme contre le peuple, Jean-Louis Harouel, 144 pages, Desclée de Brouwer

 

Un livre précédent de l'auteur:

 

Le vrai génie du christianisme, 270 pages, Jean-Cyrille Godefroy (2012)

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 21:45
Néantreprise, de Marc Estat

Pour qui a travaillé dans des entreprises du secteur privé, petites et moyennes, aussi bien dans l'industrie que dans les services, le monde des grands groupes est un monde tout simplement inimaginable. Même si les pointes de ce monde émergent de temps en temps, comme des icebergs, à la faveur de contacts professionnels ou privés avec lui.

 

Ce monde est donc dans l'ensemble inimaginable. Marc Estat, qui a travaillé dans l'univers de la production de grands groupes industriels, avec Néantreprise, lève de nombreux coins du voile, ce qui permet de l'imaginer enfin ce monde, de manière tangible. Les côtés absurdes de ces grandes entités, entr'aperçus jusque-là, se confirment et sont plutôt comiques.

 

Il faut dire que le secteur de la production est peut-être le meilleur point d'observation de ce qui s'y passe, situé qu'il est à un carrefour obligé. On y rencontre en effet toutes les catégories de métiers et toutes les catégories de problèmes... "et toutes les absurdités qu'elles soient techniques, structurelles ou humaines, s'y trouvent ainsi concentrées, catalysées".

 

Le récit se présente sous la forme d'un journal, de la semaine 40 de l'année n à la semaine 18 de l'année n+1, avec une fin en semaine 0, une façon comme une autre de remettre les compteurs à zéro ou de néantiser... Au bout de quelque 40 semaines passées avec l'auteur, celui-ci peut être rassuré: son journal fait déjà du bien aux béotiens, alors il devrait en faire aux connaisseurs...

 

Si l'on excepte un stage de formation suivi à Genève par le narrateur pour devenir change manager et une visite d'une filiale à Washington, tout le récit se déroule en France: certaines des absurdités dont il est question sont proprement hexagonales et impossibles à transposer ailleurs, si d'autres absurdités sont tout de même internationales...

 

Au fil des jours, le narrateur évoque par exemple:

- les différentes sortes de réunions telles que le management visuel: "On peut résumer une session de management visuel en deux phrases: 1) C'est pas bien! 2) Il faut que..."

- les entretiens de recrutement et de recadrage: "Le but du recadrage est de dire à l'intéressé ce qui ne va pas; le but du recrutement est de voir ce qu'il ne dit pas."

- l'impossibilité de licencier quiconque, enfin presque: "Dans les grands groupes français, les directeurs sont les seuls membres du personnel à pouvoir être licenciés."

- les groupes de travail: "Un groupe de travail, contrairement à ce que le terme pourrait laisser croire, ne sert pas à travailler. Oh non! on l'utilise pour "accompagner le changement" quand on a pris une décision qu'on veut mettre en oeuvre en ayant le moins de résistance de la part des équipes."

- les grèves, of course (on est en France...): "Chez nous les jours de grève sont étonnamment calmes. Le management reste bien au chaud dans ses bureaux. Les opérateurs se cachent on ne sait où pendant le débrayage. Des réunions se tiennent à huis clos dans les locaux des diverses obédiences syndicales. Et, à la fin de la journée, chacun rentre chez soi, moins fatigué et plus détendu qu'à l'ordinaire.

- la construction de l'arbre des causes en cas d'accident, même bénin: "Au final, on se fiche complètement de savoir si la personne va bien: on cherche juste à remplir correctement l'ensemble des papiers sans rien oublier."

- le RPS, le risque psycho-social: "Dans certaines entreprises, les méthodes de management peuvent réellement mettre à mal les salariés. Mais certainement pas chez nous. Chez nous, ce sont surtout les salariés qui mettent à mal les managers."

- le harcèlement: "Depuis quelques années, tout le monde a envie (besoin) de se sentir victime d'un harceleur ou d'un manipulateur. Cela d'avère fort pratique, non seulement en permettant d'excuser ses faiblesses (je suis déprimée à cause de mon mari, je suis stressé à cause de mon chef), mais, en plus, en concédant le statut confortable de victime à plaindre."

- l'injonction paradoxale: quand par exemple on est responsable à la fois de la sécurité du personnel et de la tenue des objectifs de production et qu'ils s'avèrent incompatibles.

- l'entretien annuel: "L'entretien annuel est un placebo: il n'a d'intérêt que si l'on y croit."

etc.

 

Ces exemples, et bien d'autres du même acabit, à la faveur desquels l'auteur manie l'ironie avec bonheur (ce qui ne plaira pas à tout le monde, mais doit-on plaire à tout le monde?), dessinent le portrait de ce qu'il appelle la néantreprise, une entreprise où l'information circule vite, comme jamais dans l'histoire de l'humanité, mais où "les actes n'ont jamais été aussi lents"...

 

Deux dernières citations pour le fun, qui indiquent l'une et l'autre le moyen de s'en tirer:

 

"Quand on ne sait pas comment résoudre une situation, on délègue."

 

"Lorsqu'on envoie un message avec le directeur en copie, c'est simplement pour informer que la patate chaude a changé de camp."

 

Comme de juste, "les personnages et les situations de ce récit sont purement fictifs. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite". De toute façon les personnages sont affublés de tels sobriquets, archétypiques, qu'ils seraient méconnaissables, si jamais:

 

Qui Brille, Ice Cream, La Panthère, Pilote de Chasse, M. Non, M. Malchance, Le Parrain, Porc-Epique, M. Forez (qui travaille à l'usinage avec M. Copeaux...), M. Timide, M. Magie etc.

 

Francis Richard

 

Néantreprise, Marc Estat, 304 pages, Favre 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 21:45
Danser sur un volcan, de Nicolas Baverez

"Danser sur un volcan" est une expression employée par Narcisse-Achille de Salvandy à l'adresse du Duc d'Orléans, lors d'une fête donnée au Palais-Royal, en l'honneur du roi et de la reine de Naples, en juin 1830, c'est-à-dire peu de temps avant les Trois Glorieuses...

 

Sous ce titre, Danser sur un volcan, le dernier livre de Nicolas Baverez est une mise en garde contre la situation périlleuse dans laquelle se trouvent les pays du monde et, entre autres, la France, sans que toujours ils s'en aperçoivent.

 

L'Histoire

 

Baverez a raison de dire qu'il faut penser l'impensable et que l'Histoire est imprévisible - c'est ce qui fait son charme... L'étude du passé, même récent, le confirme. Et il n'y a pas de fin de l'Histoire comme d'aucuns l'ont pensé après la chute pacifique du soviétisme en 1989...

 

L'Histoire est faite de ruptures. Comme le montre Baverez, exemples à l'appui, elle n'est pas linéaire. Elle pourrait bien être cependant cette spirale, évoquée par Chantal Delsol (dans Les pierres d'angle), "qui tourne sur elle-même tout en s'élevant", image qui, me semble-t-il - rend bien compte de son mouvement sur la longue durée.

 

La mondialisation

 

Quoi qu'il en soit, "la rupture historique majeure", propre au XXIe siècle, c'est bien, comme le dit Baverez, la mondialisation, qui met un terme à la domination sans partage de l'Occident sur le monde depuis les Grandes Découvertes; et, si l'humaniste peut s'en réjouir - se réjouir, par exemple du décollage de l'Afrique -, l'occidental peut s'inquiéter pour la mise en cause de ses sinécures.

 

Les pays qui se sont adaptés - l'adaptation est le mot-clé de notre époque -, ou qui s'adaptent à cette nouvelle donne de la mondialisation, sont ceux qui tirent leur épingle de ce jeu planétaire.

 

L'exception française

 

La France fait malheureusement partie de ceux qui ne s'adaptent pas et qui, même, s'enfoncent de plus en plus:

 

"La sphère publique, qui a démesurément enflé, entrave l'économie par ses réglementations et ses prélèvements. Elle enferme la société dans la défiance. Elle impose à la nation un étatisme, un malthusianisme et un protectionisme mortifères."

 

Il y a pourtant des solutions, mais encore faut-il cesser de parler de réformes et les mettre en oeuvre. Ce qui n'est pas demain la veille, même si le temps est maintenant compté. Baverez place ses espoirs dans la prochaine élection présidentielle, qui serait en quelque sorte une dernière chance donnée à la France...

 

Le moteur et le frein

 

Le moteur de la mondialisation, c'est le capitalisme, Baverez le dit. Ce qu'il ne dit pas assez, c'est que le frein à la mondialisation, ce sont les Etats et leurs épigones, telles que les banques centrales, dont les interventions provoquent des chocs en retour, des bulles spéculatives et des effets pervers dont le mondialisme est le nom.

 

Baverez a raison quand il voit de nouveaux risques dans le réveil des nations et des religions (qui ne sont pas en elles-mêmes illégitimes). Ces risques apparaissent notamment à la faveur de la fermeture de certaines économies et sociétés, et, j'ajoute, du refus justement de prendre en compte le fait religieux et le sentiment légitime d'appartenance. 

 

Quand, en 2008, les Etats sauvent les banques en les restructurant et en les recapitalisant, quand ils relancent l'activité par des taux d'intérêt bas, par l'émission massive de liquidités et par des dépenses publiques, que font-ils sinon corriger des calamités qu'ils ont provoquées en en créant d'autres. Mais Baverez applaudit... 

 

Les calamités d'origine publique

 

Le principe des calamités énoncé par Michel de Poncins - "Une calamité d'origine publique conduit toujours à une autre calamité pour soi-disant corriger la première" - se confirme une fois de plus et Baverez l'ignore superbement quand il écrit que la légitimité des Etats est incontestable dans les domaines suivants:

 

- la régulation des marchés et la coopération entre les grandes banques centrales;

- l'élaboration concertée de standards de sécurité et de normes éthiques pour l'économie numérique;

- la protection de la vie privée et des droits individuels;

- l'élaboration progressive d'un droit international des nouvelles technologies;

- la production d'un ordre mondial qui permette d'endiguer la contamination du chaos et de la violence.

 

Si l'on excepte le troisième point - la protection de la vie privée et des droits individuels -, les autres n'ont pas de légitimité incontestable. Bien au contraire, car tous ces autres points relèvent d'un constructivisme, qui n'a rien de légitime, ni de naturel, encore moins de spontané.

 

Le rôle de l'Etat

 

Quand les Etats s'occupent d'autres choses que des domaines où ils peuvent avoir quelque légitimité, les risques de conflits intérieurs et extérieurs augmentent. Leurs domaines légitimes éventuels ressortissent tous à la défense des droits naturels que sont la sûreté, la propriété et la liberté. Ces domaines sont les suivants:

 

-  la police;

-  la justice;

-  la défense.

 

Le retour de la guerre

 

Ce n'est pas une surprise si la guerre est menée par des Etats où cette défense des droits naturels n'est pas assurée, ce qui se traduit par des effets de ruine, inévitables. Car l'impuissance, qui en résulte, conduit alors à la volonté de puissance et à la prédation, qui sont leurs ressorts guerriers.

 

La nouveauté, soulignée par Baverez, est toutefois que les Etats n'ont plus le monopole de la guerre: elle "se privatise sous la pression des communautés, des sectes, des groupes terroristes et des organisations criminelles qui prennent le contrôle de vastes espaces". Mais ces entités disséminées obéissent aux mêmes motivations guerrières que les Etats.

 

Quand Baverez dit que "l'heure n'est plus à la dissuasion mais à l'emploi des armes", il a raison et il a tort. Il a raison parce qu'un Etat digne de ce nom doit répondre aux agressions dont son peuple est l'objet, mais il a tort dans le sens qu'un agresseur ne s'attaque qu'à des cibles dont il doute des capacités de réaction et, s'il n'en doute pas, il faut qu'au moins ces cibles le lui fassent payer au prix fort.

 

L'humanité

 

Pour Baverez, suivant en cela Elie Halévy, qui, à son époque, voulait contrebalancer le fanatisme de nationalité, le meilleur antidote aux crises, aux révolutions et aux guerres du XXIe siècle, serait le fanatisme de l'humanité. Soit. Mais il faudrait alors que l'humanité présente un autre visage que celui qu'elle offre aujourd'hui.

 

Il faudrait que l'humanité renoue avec le Droit naturel, cet ensemble de règles élaborées par la raison, avec le temps, qui permettent aux hommes de vivre en paix. Et pour cela il n'est point besoin d'ordre mondial. Il suffit que des communautés d'hommes, par la vertu de l'exemple, fassent voir aux autres les fruits qu'elles en recueillent.

 

Francis Richard

 

Danser sur un volcan, Nicolas Baverez, 254 pages, Albin Michel

 

Livres précédents:

Réveillez-vous! Fayard (2012)

Lettres béninoises Albin Michel (2014)

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 23:55
Une France antijuive?, de Pierre-André Taguieff

Le 11 janvier 2016, un enseignant est agressé dans la rue, à Marseille, par un adolescent armé d'une machette. Cet enseignant de 35 ans a le tort de porter une kippa et donc d'être identifiable. Son agresseur de 15 ans, Turc d'origine kurde, se réclame de Daech, et l'attaque parce qu'il est juif. L'agressé, professeur à l'Institut franco-hébraïque La Source, se protège avec la Torah qu'il tient dans sa main... 

 

Cette agression fait suite à de toujours plus nombreuses agressions et menaces judéophobes, perpétrées et proférées au cours des dernières années en France par de jeunes délinquants se réclamant de l'islam. Dans Une France antijuive?, paru l'an passé, quelques mois après les assassinats de Juifs commis par les frères Kouachi et Amedy CoulibalyPierre-André Taguieff fait part de ses regards sur la nouvelle configuration judéophobe.

 

Il remarque que, si les antijuifs traditionnels se déclaraient antijuifs ou antisémites, les antijuifs contemporains se prétendent antiracistes. Et sont scandalisés par:

- le communautarisme juif

- la puissance du lobby juif

- le racisme de l'Etat d'Israël (les membres des minorités non juives de nationalité israélienne y ont les mêmes droits que les Juifs...)

- les crimes sionistes (les boucliers humains, sacrifiés pour la cause palestinienne, font des "victimes innocentes"...)

 

Ces antijuifs ne sont donc pas antisémites, mais antisionistes, nuance: "Dans le vocabulaire antijuif, les Juifs ont changé de nom répulsif: ils ne s'appellent plus "sémites", mais "sionistes"." Pour ces antijuifs nouvelle manière, derrière tout Juif se cache un sioniste. Qu'est-ce qu'un sioniste? un comploteur, un responsable des malheurs du monde, une incarnation satanique "d'une puissance occulte dotée d'ubiquité et d'omnipotence", un raciste:

 

"Si les Juifs, en tant que "sionistes", sont des "racistes", alors ceux qui les dénoncent comme tels sont du côté de la noble lutte contre le racisme."

 

"Il suffit de remplacer "Juifs" par "sionistes" et "complot juif" par "complot sioniste" pour paraître tenir un discours contestataire étranger à la propagande antijuive."

 

L'antiracisme, dont ces antijuifs se réclament, est une idéologie qui "présuppose notamment que le racisme va toujours du "Blanc" (le dominant supposé) au non-Blanc (le dominé présumé), et que le "Blanc" coupable et raciste par nature ne saurait être en position de victime." Et un Juif, n'est-ce pas un Blanc? CQFD.

 

L'antisionisme a un double sens. Cela peut être:

- la critique de la politique menée par tel ou tel gouvernement d'Israël

- ou le projet de faire disparaître Israël de la carte

 

C'est dans cette dernière acception qu'il faut comprendre l'antisionisme du Hamas, à la tête de Gaza, un antisionisme radical, que cautionnent consciemment, ou inconsciemment, les partisans de la cause palestinienne, dont d'aucuns, lors de manifestations parisiennes, en juillet 2014, ont crié: "Mort aux Juifs!", tant il est vrai que "la frontière entre la critique systématique d'Israël et la haine visant les Juifs s'est effacée"...

 

Le jeune islamiste radical s'imagine exclu et discriminé en raison de ses origines ou de ses croyances. Il est victime d'un racisme spécifique, qui a pour nom islamophobie, à qui il impute son échec social. S'il commet des actes terroristes, ce n'est donc pas sa faute. N'étant pas un sujet doté de liberté, il ne peut en être tenu responsable. Au moins il réagit contre le Système. En fait il est un instrument qui s'est laissé prendre:

 

"Les actions terroristes sont faites autant pour provoquer la peur et l'indignation que pour intensifier les conflits, rallier les tièdes et radicaliser les sympathisants."

 

Ce terrorisme, ce jihadisme, n'a rien à voir avec l'islam qui est une religion de paix? Si, justement: "Si pour de nombreux musulmans, qu'on a des raisons de juger majoritaires en France [...], l'islam est bien "une religion de paix", vécue et pratiquée comme telle, il est pour d'autres une religion de guerre sainte, le drapeau du ressentiment et de l'esprit de vengeance."

 

L'auteur cite l'appel d'intellectuels musulmans, mis en ligne le 11 janvier 2015, Notre responsabilité à l'égard du terrorisme au nom de l'islam: "Aujourd'hui la réponse à cette guerre ne consiste pas à dire que l'islam n'est pas cela. Car c'est bien au nom d'une certaine lecture de l'islam que ces actes sont commis. Non, la réponse consiste à reconnaître et affirmer l'historicité et l'inapplicabilité d'un certain nombre de textes que contient la tradition musulmane. Et à en tirer les conclusions."

 

Il ne faut donc pas se méprendre: "Etre un antiraciste conséquent, aujourd'hui, c'est lutter contre l'antisionisme radical devenu mondial, qui constitue l'une des principales formes contemporaines de la pensée raciste, incluant un programme d'élimination de l'ennemi diabolisé. C'est en même temps combattre le jihadisme qui en est l'un des principaux vecteurs, qu'il ne faut pas réduire à une simple régression vers la sauvagerie, mais au contraire comprendre comme une puissante utopie messianique, capable de mobiliser nombre de jeunes musulmans."

 

Taguieff ajoute: "Et autour de cette cause politico-religieuse mobilisatrice, qui a instrumentalisé la cause palestinienne, s'agrègent d'autres "grandes causes", tel que l'anticapitalisme gnostique ou l'antimondialisme complotiste, autres sources et ressources de la judéophobie contemporaine, sans être toujours reconnues comme telles."

 

Francis Richard 

 

Une France antijuive? - Regards sur la nouvelle configuration judéophobe, Pierre-André Taguieff, 328 pages CNRS Editions

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 22:30
Situation de la France, de Pierre Manent

Dans quelle situation est la France? Mauvaise, mais pas désespérée.

 

Omniprésent là où on ne l'attendrait pas, l'État n'est pas là où il faudrait peut-être qu'il soit. Pierre Manent ne le dit pas dans ces termes, mais cela y ressemble quand il dit que l'État "n'a plus ni volonté ni autorité pour orienter la vie intérieure de la société".

 

A ce constat sur l'État, il ajoute que la France n'a plus d'espérance, dans laquelle ses habitants puissent se retrouver, et qu'elle est sans force: "Nous avons partie liée à une société qui défait ses liens, non plus à une nation qui s'efforce au rassemblement et à l'indépendance.

 

La France est désarmée face au fait religieux. On lui a tellement dit que l'humanité devenue majeure était sortie de la religion, laquelle ne serait plus qu'une affaire privée, qu'elle n'est plus en mesure de comprendre un fait religieux tel que l'islam.

 

La société française "est d'abord l'organisation et la garantie des droits individuels", alors que, pour les musulmans, la société est "d'abord l'ensemble des règles qui fournissent la règle concrète de la vie bonne".

 

Comment concilier ces deux formes de vie? Pierre Manent ne croit pas que l'islam puisse se réformer dans le cadre de la laïcité française telle qu'elle est conçue abstraitement, c'est-à-dire comme la simple séparation de l'institution religieuse et de l'État.

 

D'une part, l'expérience française ne donne pas l'exemple d'une société religieusement neutre et d'un État simplement protecteur des droits individuels:

 

"La laïcité à la française n'a pas neutralisé religieusement la société française, qui est restée une société de marque chrétienne, principalement mais point exclusivement catholique, avec une présence fort caractérisée des protestants et des juifs."

 

D'autre part, la poussée de l'islam, "pris comme un tout significatif en mouvement", est un fait à constater. Le rétrécissement de l'Europe, son désarmement en son coeur, en est un autre, "démographique, politique, militaire, spirituel".

 

Trois éléments sont à prendre en compte dans cette poussée de l'islam:

- "l'installation de populations musulmanes nombreuses dans des pays comme la France"

- "l'influence croissante des pays du Golfe aux capitaux illimités"

- "le terrorisme islamique"

 

Ces trois éléments sont bien évidemment distincts. Ainsi "l'immense majorité de nos concitoyens musulmans n'ont rien à voir avec le terrorisme, mais", car il y a un mais, "le terrorisme ne serait pas le même, il n'aurait ni la même portée ni la même signification si les terroristes n'appartenaient pas à cette population et n'étaient pas nos concitoyens."...

 

A cette poussée, indéniable, à cette situation qui n'a pas été voulue, il faut répondre: "Nous devons donc nous défendre. Cela veut dire plus précisément: nous défendre sans autre perspective que de nous défendre et de préserver autant que possible ce qui est nôtre, nos biens matériels, moraux et spirituels."

 

Pierre Manent, en guise de réponse, propose une politique possible, qui est "un compromis entre les citoyens français musulmans et le reste du corps civique", reposant sur deux principes inséparables:

- l'acceptation des musulmans comme ils sont, sans prétendre moderniser leurs moeurs, ni réformer l'islam (c'est trop tard), avec pour seules restrictions: "la légalité exclusive du mariage monogame" et l'interdiction du voile intégral

- la sanctuarisation de "certains caractères fondamentaux de notre régime et certains traits de la physionomie de la France", tels que la "liberté complète de pensée et d'expression", c'est-à-dire pouvoir "traiter l'islam comme depuis au moins deux siècles on traite toutes les composantes politiques, philosophiques et religieuses de nos sociétés".

 

L'Union européenne ayant échoué à devenir une forme politique nouvelle susceptible d'abriter la vie européenne et à se substituer à la pluralité des nations, Pierre Manent voit dans la nation "le cadre principal et décisif de la vie des Européens":

 

"Le problème spécifique posé par l'islam ne fait que rendre ce cadre plus nécessaire et plus salutaire. Si l'islam s'étend et se consolide dans un espace dépourvu de forme politique, ou dans lequel toutes les formes du commun sont livrées à la critique des droits individuels devenus la source exclusive de toute légitimité, alors il n'y a plus d'autre avenir pour l'Europe qu'une islamisation par défaut."

 

Comment retrouver ce cadre? En effet "les droits de l'homme ont été radicalement séparés des droits du citoyen et, au lieu de libérer les sociétaires pour les rendre capables et désireux de participer à la chose commune, ils sont désormais censés se suffire à eux-mêmes." Eh bien, en recouvrant un régime représentatif du peuple français en son tout, qui comprend les musulmans.

 

Cela suppose un préalable: "commander aux musulmans de France de prendre leur indépendance par rapport aux divers pays musulmans qui dépêchent les imams, financent et parfois administrent les mosquées": cette initiative aurait le mérite de "nouer la relation représentative et d'engager une conversation civique animée et révélatrice pour tous".

 

A ce prix (les financements par les collectivités locales des mosquées et des associations culturelles musulmanes continueraient, parce qu'ils seraient moins corrupteurs que ceux d'institutions ou de pays étrangers...), les musulmans de France, musulmans toujours, pourraient devenir des citoyens libres:

 

"Le citoyen en tant que tel n'est ni musulman, ni juif, ni chrétien, ni membre de quelque autre communauté d'opinion ou de religion que ce soit, sinon précisément de la communauté des citoyens."

 

Le choix de la France par les musulmans ne peut être sincère que si, se donnant à la France, ils reçoivent leur religion en retour: "Dans cet échange qui ne change rien et qui change tout, le groupe religieux éprouve un rétrécissement et un agrandissement, ou, en termes chrétiens, une humiliation et une élévation."

 

Pierre Manent précise: "Rétrécissement ou humiliation car il faut accepter d'être la partie d'un tout; agrandissement ou élévation puisque, par la participation à ce tout, le groupe accède à plus grand que soi. Cette opération est à la fois politique et religieuse. Dans cette opération, le politique et le religieux sont articulés sans être séparés."

 

Les musulmans doivent donc trouver leur place en France, c'est-à-dire dans un pays de marque chrétienne. Ils doivent le faire comme les catholiques le font eux-mêmes, en accomplissant l'opération délicate qu'est "l'union sans confusion entre le politique et le religieux".

 

Les catholiques peuvent bien sûr se sentir pris entre deux fronts, celui de la laïcité (dans son interprétation agressive et partiale) et celui de l'islam (avec sa place de plus en plus considérable dans l'espace public). Mais ils ont un rôle de médiateurs à jouer.

 

Aujourd'hui l'Eglise catholique (son passé d'intolérance est le passé) est la seule force spirituelle capable de nourrir une relation significative et spirituelle avec les autres forces spirituelles que sont le judaïsme, l'islam, le protestantisme évangélique, l'idéologie des droits de l'homme.

 

Pierre Manent le rappelle: "L'Europe fut grande par ses nations tant qu'elle sut mêler les vertus romaines, courage et prudence, à la foi dans un Dieu ami de toutes et chacune." L'Europe ne redeviendra grande que si elle prend forme et a pour but le bien commun.

 

Il conclut: "Il ne suffit pas pour réunir les hommes de déclarer ou même garantir leurs droits. Ils ont besoin d'une vie commune. L'avenir de la nation de marque chrétienne est un enjeu qui nous rassemble tous."

 

A méditer.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Situation de la France, Pierre Manent, 176 pages Desclée de Brouwer

 

Pierre Manent répond à trois questions relatives à son livre sur YouTube:

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20 février 2014 4 20 /02 /février /2014 21:20
Trente (ou soixante-cinq) ans après "1984"...

Quand George Orwell a publié 1984 (Nineteen Eighty-Four), en 1949, il ne se doutait pas de la forme multiple, et en toile d'araignée, que Big Brother prendrait trente ans après la date à laquelle se déroule son roman, souvent avec le consentement plus ou moins conscient des surveillés.

Certes, il faut rendre à George ce qui est à George, Orwell avait déjà pensé au développement de la vidéosurveillance pour connaître  les détails les plus intimes des gens et à l'utilisation de la télévision pour leur faire passer les messages désinformés du pouvoir.

Pouvait-il imaginer la prolifération des clouds computing, des mobiles numériques (tablettes, smartphones, ordinateurs), des réseaux sociaux, des courriers électroniques, des cartes de fidélité des géants de la distribution, des cartes de paiement ou de crédit etc. qui ne laissent pas grand chose dans l'ombre pour des regards aiguisés...

Or tous ces moyens formidables de communication et d'information sont autant d'armes aux mains des pouvoirs politiques, des sociétés commerciales et des malveillants pour espionner les êtres humains dans leurs retranchements personnels les plus reculés et, dans certains cas, pour leur nuire sans modération.

Dans son dernier numéro, le n°23 de février 2014, le magazine Reflex, qui est une publication de l'EPFL, consacre tout un dossier aux atteintes à la vie privée que ces moyens technologiques permettent et aux dommages qu'ils peuvent provoquer.

Un des arguments employés par les services secrets et les services de police pour justifier leurs intrusions dans la vie privée est de dire:

Qui n'a rien à se reprocher n'a rien à craindre.

 

Mais il est tellement facile, avec un peu d'imagination, de fabriquer de fausses preuves à partir de morceaux de vérité et de faire du chantage à partir de petits riens qui, grossis exagérément et hors de propos, comme une petite phrase sortie de son contexte, peuvent devenir gênants...

Daniel Saraga, dans son article sur La fin de la vie privée, pose la question de l'illégalité de la surveillance étatique d'une NSA, dont les agissements ont récemment été dévoilés. Il devrait plutôt poser la question du droit à la sphère privée qui est un droit naturel qu'aucune loi ne peut enfreindre sans être illégitime, quelles que soient les raisons invoquées.

Personnellement peu me chaut que Migros ou Coop ou Sunrise conservent des données sur moi à partir des achats que j'effectue ou des appels que je passe, même si je comprends que d'autres puissent en être gênés. Si c'est le cas, il leur suffit de ne pas avoir de cartes de fidélité ou de rencontrer en personne les individus quand ils veulent avoir avec eux des conversations véritablement privées.

Ce qui me gêne, toujours personnellement, c'est que mes données de paiement à des géants de la distribution puissent leur être volées, parce qu'ils ne les protègent pas bien, et que des escrocs hackers puissent vider mon compte en banque qui ne sera déjà jamais suffisamment garni à mes yeux. Chacun a ses phobies...

Pour se protéger des curieux, comme le rappelle Clément Bürge, il existe des moyens de cryptage des messages ou des connexions Internet. Mais il faut reconnaître qu'ils ne sont pas à la portée de la plupart des utilisateurs.

Le plus ancien des cryptages de mails est PGP, Pretty Good Privacy, mais il est nécessaire que les clés soient de grande taille pour que les messages soient indéchiffrables...

Tor est plutôt un bon moyen de crypter ses connexions à Internet - le principe est de brouiller les connexions en les transmettant de serveur en serveur avant d'aboutir au site cible, mais le nombre relativement peu élevé d'utilisateurs de ce mode de cryptage le rend tout de même assez vulnérable, surtout quand les gouvernements surveillent un site déterminé.

Le cryptage quantique serait parfait. Il n'a qu'un défaut:

"Le système ne marche pour l'instant que pour deux usagers reliés par 100 km de fibre optique au maximum."

Il n'est donc pas relevant d'en décrire ici le mécanisme...

Selon Mark Peplow, les gouvernements s'essaieraient à la transparence. Cela me laissera toujours sceptique, parce que ce leur est foncièrement antinomique. L'auteur de l'article pense aujourd'hui de même:

"Les vrais bénéfices n'ont pas été démontrés."...

L'essayiste Christian Heller accepte sans regret - il a tort - la fin de la sphère privée et publie son journal intime public. Il est pourtant de ces gens qui cherchent à satisfaire des besoins légitimes tels que:

"Conserver pour eux-mêmes et les autres la trace de leurs expériences, communiquer avec la planète entière de la même manière qu'avec leur entourage proche, et se simplifier la vie."

Il fait partie cependant de ces doux rêveurs qui pensent résoudre par là-même la violence étatique ou l'intolérance en poussant les Etats à la transparence et les hommes à communiquer entre eux.

Quand je dévoile quelques pans de ma vie privée sur un réseau social, je n'ai pas d'autre prétention que de partager une modeste expérience humaine avec d'autres, en gardant par devers moi ce qui constitue le plus secret de mon for intérieur. Et je n'ambitionne pas à ces moments-là de bousculer Léviathan...

Francis Richard

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 06:57
"Le dossier noir du cannabis" de Serge Lebigot

Voici un énième dossier noir ou livre noir sur un sujet réel de préoccupation.

Il est écrit par Serge Lebigot, président de l'association Parents contre la drogue.

 

Tout parent, digne de ce nom, ne peut que s'intéresser au problème de la drogue, sous quelque forme qu'elle soit, parce que non seulement une drogue est un produit toxique mais aussi parce que, la plupart du temps, elle rend esclave celui qui la consomme.

 

Beaucoup de choses ont été écrites sur le cannabis.

 

Au contraire du tabac ou de l'alcool, le cannabis est interdit à la consommation et à la vente, alors qu'il ne semblerait pas plus nocif que le tabac ou l'alcool. Un certain nombre de personnes s'en étonnent et demandent donc qu'il subisse le même traitement, c'est-à-dire qu'il soit taxé, réglementé et...dépénalisé.

 

Il faut donc d'abord se poser la question de l'innocuité du cannabis, puis, s'il est réellement nocif, se demander quelle attitude il faut adopter à son encontre.

 

Dans son livre, Serge Lebigot montre que la consommation de cannabis présente de sérieux risques.Il exhorte les parents à ne pas prendre le sujet à la légère et leur donne des conseils pour lutter contre ce qu'il considère comme un fléau.

 

Quels sont ces risques que fait courir le cannabis aux enfants et adolescents?

- engendrer des déficits neuropsychologiques en cas de consommation précoce

- entraver la capacité de concentration et la mémorisation des informations

- conduire à de médiocres résultats scolaires

 

La nocivité du cannabis, sous ses différentes formes, provient de sa teneur en THC, le delta-9-tetrahydrocannabinol, qui est son principal produit actif. Or la concentration de ce produit actif est passé de 0,6 à 4 % dans les années 1968 à 10 - 12% en moyenne actuellement, et peut même aller jusqu'à 30 - 35 %.

 

Le THC du cannabis est absorbé rapidement dans les tissus adipeux d'organes variés du corps et ses effets sont ressentis presque instantanément:

 

"Le cannabis agit par le fait que le THC s'attache sur des endroits particuliers des cellules nerveuses, dans le cerveau et dans d'autres parties du corps."

 

Et les effets du THC sont multiples, "pas seulement sur le cerveau, mais aussi sur l'état de santé général".

 

Quels sont les symptômes de la consommation de cannabis?

- euphorie (élevée)

- altération de la mémoire

- appétit élevé

- rythme cardiaque élevé

- yeux rouges, injectés de sang

- réactions mentales négatives

- perception distordue

- coordination motrice déficiente.

 

Existe-t-il une dépendance au cannabis?

 

"Environ une personne sur dix qui essaye le cannabis, et 25 à 30% de ceux qui en consomment quotidiennement, deviennent dépendants du cannabis."

 

Les nombreux témoignages, qui constituent l'essentiel du livre, corroborent ces conséquences. Qu'il s'agisse de parents de jeunes gens qui ont consommé quotidiennement du cannabis ou de jeunes eux-mêmes qui racontent leur expérience de consommation.

 

Dans tous les cas il y a confrontation entre le consommateur et ses proches, résultats scolaires de plus en plus mauvais, vie personnelle et vie professionnelle gâchées. Parfois du cannabis le consommateur passe à d'autres drogues, plus dures encore...

 

Cela ne donne pas envie et on comprend qu'il faille faire de la prévention:

 

"La prévention fonctionne si elle est faite correctement. Elle est efficace, si on s'y prend de la bonne manière. Des exemples de préventions efficaces telles que celles sur la ceinture de sécurité, sur certains cancers, etc. ont prouvé leur efficacité."

 

L'auteur non seulement ne souhaite pas qu'on légalise le cannabis mais, si cela était en son pouvoir, il interdirait bien également le tabac ou l'alcool, en raison, notamment, de leur coût social élevé. On pourrait, tant qu'on y est, interdire toutes les activités dangereuses, telles que la conduite automobile...

 

Aujourd'hui nous sommes dans une société où on demande aux lois de protéger les êtres humains contre eux-mêmes et, éventuellement, malgré eux. Au lieu de les responsabiliser réellement.

 

La responsabilisation passe par l'information. C'est en cela qu'il faut comprendre que la prévention est cruciale. Il faut que tout un chacun puisse savoir à l'avance quels risques il prend. Or, il faut reconnaître que les effets du cannabis consommé actuellement sont méconnus, minimisés, voire totalement inconnus. En ce sens, la lecture de ce livre contribue à responsabiliser.

 

Si, en connaissance de cause, quand on est majeur et vacciné, on boit plus que de raison, on fume de même ou on se drogue, on doit en assumer toutes les conséquences. Si, ce faisant, on nuit à autrui, alors la responsabilité doit se traduire par la réparation des dommages causés et, à défaut, par la punition, qui doit être sévère et dissuasive en proportion des dégâts occasionnés. Et là encore, il faut que cela se sache que l'on encourt de telles condamnations...

 

Francis Richard

 

Le dossier noir du cannabis, Serge Lebigot, 192 pages, Salvator

 

Première publication sur lesobservateurs.ch.

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 09:30

Frontière FREYSINGER"Adolescent je rêvais d'un monde sans frontières, d'espaces illimités, de liberté absolue."

 

L'essai d'Oskar Freysinger commence par cette phrase, que beaucoup de gens peuvent reprendre à leur compte et qui est l'expression romantique d'un déni de réalité propre à la jeunesse. Faut-il pour autant renoncer à la liberté parce que dans la vraie vie il y a partout des limites?

 

Un poème de Rainer Maria Rilke sur une panthère enfermée dans une cage du Jardin des Plantes de Paris lui fait tout d'abord prendre conscience que "ce n'est que lorsque les murs intérieurs tombent que ceux du monde réel perdent leur pouvoir de confinement".

 

Il se rend compte alors que ce ne sont pas les frontières au niveau des peuples, les limites au niveau des individus ("L'individualisme [...], base ne nos sociétés libres, qu'on sacrifie peu à peu") qui posent problème, mais leur définition et leur gestion par l'homme. Car une frontière ou une limite bien définie peut à la fois jouer le rôle d'une barrière de protection et être un lieu de passage.

 

Il en est ainsi de la limite entre l'homme et la femme que d'aucuns voudraient affacer parce que cela fait genre. Il en est ainsi de la "frontière qui définit un espace de liberté et de sécurité, un espace de Droit".

 

Alors qu'il est de bon ton aujourd'hui de plaider pour la diversité biologique et la diversité culturelle (où le contenu se réduit de plus en plus souvent à la forme), Oskar Freysinger plaide pour la diversité politique:

 

"Malgré tous les garde-fous un pouvoir éloigné des citoyens, forcément abstrait parce que planétaire, ne peut être que déshumanisant malgré toute la bonne volonté éventuelle de ses détenteurs. Il lui manque l'épreuve de la proximité, les garde-fous de la responsabilité partagée, l'ancrage dans une histoire et une culture."

 

Il y a un lien de cause à effet entre frontière, ou limite, et sécurité, sans laquelle il n'est pas de liberté. Oskar Freysinger ajoute:

 

"Sans espace défini autour d'un espace émotionnel, il n'est pas de racines et d'identité non plus!"

 

C'est pourquoi il s'en prend à ceux qui veulent abolir les frontières:

 

"Tant la gauche collectiviste et internationaliste que la droite néo-libérale prétendent faire le bonheur de l'homme par la contrainte. Les socialistes le situant dans l'égalitarisme le plus total, les autres dans la soumission à l'efficacité économique."

 

Le qualificatif "néo-libéral", qu'emploie l'auteur, est de trop et contradictoire d'ailleurs avec le terme de contrainte. En fait, il s'en prend aux mondialistes - Michel de Poncins fait la lumineuse distinction entre mondialisme et mondialisation -, à ces capitalistes de connivence, qui composent avec les puissants du moment, ou les achètent, et qui sont tout sauf des libéraux.

 

Face à ces deux courants convergents, il oppose ceux qu'il appelle les "conservateurs", "ceux qui se réfèrent à des valeurs immuables et qui proposent aux pions que sont devenus les humains un dernier espace de liberté d'essence spirituelle":

 

"Etre de quelque part vous évite non seulement de sombrer dans un grand grand n'importe quoi qui n'engage à rien et ne retient rien, ça crée des liens indestructibles qui transcendent le réel et vous relient à un univers situé au-delà des limites imposées par la matière."

 

Faire le vide "sur le plan de l'horizontalité, dans laquelle s'inscrit l'axe espace-temps", n'a pas un effet plus heureux qu'il n'en a sur le plan de la verticalité:

 

"En y éliminant les frontières, on tue la notion même de quête, de dépassement. Tout cela en sacrifiant les liens étroits tissés grâce à une histoire, une culture, des valeurs communes intégrant de manière prudente et progressive les semences venues d'ailleurs. Cette histoire nous a permis de nous émanciper de la loi du plus fort, de dompter le pouvoir en le fractionnant, de créer un système collectif où le respecr de la dignité du plus faible donne la mesure du niveau de civilisation atteint. Les frontières de l'Etat de droit ne protègent pas tant le collectif que le faible du plus fort. Car ce qui nous interdit de prendre le contrôle de l'autre, c'est une frontière. Ce qui empêche le grand de manger le petit, c'est la limite. Ce qui garantit l'intimité, c'est une barrière."

 

Dites-moi où, n'en quel pays est le pouvoir ainsi fractionné, la dignité du plus faible autant respectée? Ne cherchez pas, c'est en Suisse.

 

Oskar Freysinger montre quel symbole métaphysique représente le drapeau national de ce petit pays:

 

"La croix suisse est un symbole d'équilibre entre le spirituel et le matériel, le haut et le bas, le pouvoir central et la périphérie, le collectif et l'individuel. Le drapeau suisse est d'ailleurs le seul drapeau national carré et non pas rectangulaire. C'est dire. Or, ce symbole lourd de sens représentant un contrat social unique au monde, il a bien fallu lui donner des frontières géographiques pour l'ancrer dans le réel."

 

Quelles frontières? Oskar Freysinger évoque l'image des murs des parcelles de vigne "qui ornent les abords du Léman et les coteaux ensoleillés du Valais".

 

Qu'ont -elles de particulier?

 

"Leur solidité, ces murs à sec, ces micro-frontières les doivent au fait que les pierres les constituant reposent les unes sur les autres, librement, sans qu'un vulgaire ciment ne doive en garantir la cohésion. Or, si ces murs, dont certains ont des centaines d'années, résistent toujours aux intempéries ainsi qu'aux dégâts du gel et du dégel, c'est précisément en raison de l'absence d'un ciment qui en colmaterait les interstices. En l'absence de ce liant, l'eau peut s'évacuer librement, ce qui permet d'éviter que le gel fissure peu à peu la substance des murailles et provoque, à terme, leur effondrement."

 

Il poursuit:

 

"A l'image du pays alentour, les murs à sec des vignes tirent leur pérennité d'un savant alliage de solidité et d'ouverture contrôlée. L'eau, fluide de la vie, passe au travers d'eux pour irriguer les parcelles d'en-dessous, d'un étage à l'autre; quant aux murs, ils retiennent le terreau dans lequel les ceps plongent leurs racines profondes, pour offrir des vendanges gorgées d'un soleil généreux et pétries du goût inimitable du terroir."

 

Il conclut:

 

"La société suisse a un rapport semblable avec ses frontières, qu'elle a toujours voulues protectrices et ouvertes en même temps."

 

Les frontières suisses ne transforment pas le pays en prison, elles évitent le chaos (du communautarisme par exemple qui élève des frontières intérieures opaques). Elles protègent sans exclure et retiennent sans enfermer.

 

Puissent les citoyens suisses, sur les épaules desquels repose l'Etat que délimitent ces frontières, se soutenir mutuellement comme "les pierres des murs à sec", et ne pas faillir. Sinon ce serait tout l'édifice qui serait menacé d'effondrement.

 

C'est le souhait qu'exprime Oskar Freysinger dans cet essai, qu'il faudrait citer in extenso, tant il est dense. Autant donc en faire l'acquisition et nourrir ses réflexions des siennes sur un sujet qu'il ne faudrait pas traiter à la légère. Ce qui ne gâte rien, en l'acquerrant, il y aura aussi le plaisir de lire la prose insigne d'un écrivain qu'on ignore trop souvent, avec dédain.

 

Francis Richard

 

De la frontière, Oskar Freysinger, 80 pages, Xenia

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 13:15

France orange mécanique OBERTONEVingt ans. J'avais vingt ans quand j'ai vu Orange mécanique, le film de Stanley Kubrick, dans un cinéma de Biarritz.

 

A l'époque, l'ultra-violence du début du film m'avait choqué, parce qu'elle était encore extraordinaire sur le grand écran et dans la vraie vie. Aujourd'hui l'ultra-violence est devenue ordinaire. En revoyant le film hier soir, je n'ai même plus été choqué. C'est dire.

 

Car rien de plus banals de nos jours, en France, que le tabassage d'un SDF, qu'une rixe entre deux bandes rivales, que le viol d'une femme devant son mari ou le meurtre d'une amie des chats parce qu'elle s'oppose à une intrusion.

 

Que s'est-il donc passé? Laurent Obertone l'explique très bien dans son livre paru en début de cette année.

 

Il a construit ce livre comme "un compte-à-rebours, du chapitre dix au chapitre zéro":

 

"Un décompte avant décollage, ou avant une explosion, c'est ce que nous allons déterminer."

 

Tartuffe ne voulez pas voir le sein de Dorine et lui demandait de le couvrir. De même l'Etat ne veut pas voir l'ultra-violence et la dissimule derrière des campagnes médiatiques, qui sont des armes de distraction massive:

 

"L'Etat au bord de la faillite dépense des millions d'euros en communication pour convaincre les gens qu'ils doivent urgemment et exclusivement s'inquiéter de la sécurité routière ou des violences faites aux femmes, autant de torts à redresser dont les Français seraient les seuls grands responsables."

 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

 

La sécurité routière:

 

"Tenez-vous bien, en 100 ans de conduite, vous aurez en moyenne six accidents, et un risque sur cent d'y passer. Placez cent papiers dans une urne, tirez au sort: l'un d'entre eux est votre certificat de décès dans un accident de la route [...]. Le risque que vous vous fassiez violer est dix fois plus important."

 

Les violences faites aux femmes:

 

"Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Parallèlement, en France, deux enfants par jour succombent à des maltraitances (OMS). Deux par jour. En parle-t-on autant que des femmes battues?"

 

L'ultra-violence? Toutes les 24 heures: 13'000 vols, 2'000 agressions, 200 viols.

 

Qui en parle?

 

"Il faut lire la presse. Attention, pas la presse nationale, pas celle qui explique que rien ne se passe ou finalement que ça se passe mais que ce n'est pas ce qu'on croit. Il faut lire la presse locale, qui recense du mieux qu'elle peut les faits divers."

 

Tout au long du livre, sur des pages entières, l'auteur parle de ces innombrables faits divers que la grande presse cache et ne couvre pas...

 

Aux sources du mal il y a une morale hors-sol, progressiste, égalitariste, qui fait des puissants des coupables, des faibles des victimes:

 

"Ce que les progressistes ne comprennent pas, entre autres choses, c'est que s'il est bon de tempérer son agressivité, il est dangereux de la supprimer ou de la réserver aux parasites."

 

Le nuisible, le sous-social? "Celui qui ne respecte pas les règles auxquelles tout le monde s'astreint":

 

"Il y a la violence sociale, celle qui s'en prend aux nuisibles, et la violence antisociale, celle des nuisibles [...]. Si la morale dominante décrète que la violence sociale est fasciste et qu'il faut la réserver aux nuisibles, comme pour compenser leur malheur, alors l'agressivité devient dangereuse."

 

Conséquences de cette morale? "L'assistanat et la culture de l'excuse":

 

"On leur donne tout, ils ne doivent rien."

 

Au final:

 

"La réussite est pour l'incapable une provocation."

 

Que fait la police?

 

"Les priorités des policiers sont simples: respecter les "jeunes", apprendre à aimer les coups, se montrer impitoyable avec les grands criminels de la route que nous sommes tous."

 

Que fait la justice? De garante de la responsabillité individuelle elle est devenue "une simple assistante sociale":

 

"La justice ne serait plus là pour punir ou maintenir l'ordre, mais pour comprendre ou aider le fautif. Le statut de victime a dérivé vers celui de coupable, et vice versa."

 

Si la punition n'est pas réelle, il y a avantage à récidiver... Et la punition n'est pas réelle dans la plupart des cas:

 

"L'échelle des infractions n'a plus d'importance. Pour les magistrats, seule compte l'échelle des peines, comprenez les peines de substitution et les aménagements. Un invraisemblable château de cartes sans base ni sommet, qui doit permettre d'éviter aux prisons de trop déborder, essentiellement pour continuer à (se) faire croire que la France n'est pas un pays à forte criminalité."

 

Comment arrêter de faire des prisonniers? En faisant bénéficier du régime de semi-liberté les condamnés à moins d'un an ferme, en libérant les condamnés à moins de deux ans ferme en échange du port d'un bracelet électronique ou de l'accomplissement de travaux d'intérêts généraux, en requalifiant les infractions (par exemple, les viols sont en majorité requalifiés en agressions sexuelles, et de crimes deviennent de simples délits...), en ne prenant pas en compte le passé judiciaire des prévenus etc.

 

Quels sont ceux qui propagent la morale hors-sol, déni de réalité? Les enseignants, les chercheurs, les journalistes. Comme par hasard, ces maîtres de la pensée française sont tous très majoritairement à gauche ...

 

Que disent-ils tous? Qu'il ne faut pas stigmatiser, qu'il ne faut pas juger et qu'il ne faut pas généraliser:

 

""Faut pas juger", adieu esprit critique. "Faut pas généraliser", adieu intelligence."

 

Laurent Obertone résume lapidairement à quoi sert la presse:

 

"La presse sert à étaler des idées que personne ne partage et à dissimuler des faits que personne n'a le droit de voir."

 

De quoi vit-elle?

 

"Les journaux n'existent pas parce qu'ils se vendent. Ils existent parce que l'Etat et des cohortes de publicitaires plus ou moins obligés veulent bien les maintenir en vie."

 

Il ne faut pas parler d'insécurité (qui coûte 5,6% du PIB) pour ne "pas faire le jeu du Front National" et l'antiracisme est là pour l'empêcher:

 

"Si on vous traite de gros con, estimez-vous heureux: vous gagnerez votre procès pour injure. Si on vous traite de raciste, vous n'avez que le droit, pour ne pas dire l'obligation, de démontrer que vous n'en êtes pas un."

 

S'il y a des crimes racistes contre des représentants des minorités de couleur, il ne faut pas voir ceux commis contre des représentants de la majorité incolore:

 

"Tout au long des procès, les représentants des minorités de couleur ont les associations antiracistes, leurs avocats et leur argent public. Les représentants de la majorité incolore n'ont pas grand monde dans leur camp. Certainement pas la justice, ni les médias."

 

Il ne faut pas voir non plus que "les liens entre pauvreté et criminalité ou pauvreté et immigration n'existent pas" et qu'au contraire "la corrélation entre insécurité et immigration existe". Toujours pour ne pas faire le jeu du Front National...

 

Laurent Obertone pose la question incorrecte:

 

"En quoi est-il absurde ou effroyable d'émettre l'hypothèse que certaines communautés, leur culture, leur histoire, soient mieux adaptées à certains environnements qu'à d'autres?"

 

Quoi qu'il en soit le crime paie:

 

"Certains immigrés et certains autochtones ne respectent pas nos règles parce qu'ils n'ont aucun intérêt à le faire. Pire: ils ont intérêt à ne pas le faire. Ceux-là "réussissent" différemment, dans la délinquance et le crime [...]. Nous avons décidé que la répression était une chose très vilaine [...]. Sans répression, impossible de rendre le crime désavantageux."

 

L'immigration massive n'est pas sans conséquences:

 

"La plupart des immigrés s'insèrent dans l'économie hôte. Mais l'immigration de peuplement dépasse souvent l'offre. Dynamique de groupe, bouleversement identitaire, société encore perçue comme étrangère, perspectives bornées, communautarisme a priori indépassable... Voilà les éléments d'une dynamique criminelle."

 

Pour ne pas le voir, il convient de devenir sur-social, c'est-à-dire de ne plus viser un statut social, mais un statut moral:

 

"D'abord, il ne faut pas haïr le voleur, encore moins le punir. Il faut le comprendre. Après il faut l'excuser. Puis il faut nous excuser nous-mêmes. Le voleur est coupable. Puis malade. Puis victime. Puis c'est nous-mêmes qui sommes coupables. En définitive, un vol n'est pas grave si l'on est sous-social ou sur-social."

 

Cette morale hors-sol découle de l'égalitarisme:

 

"Combattre les inégalités? La nature n'existe que par leur croissance. L'égalité, c'est l'empêchement de l'évolution. Les hommes n'existent que parce qu'ils sont inégaux. Ou alors ils sont morts. La société s'est faite grâce à tout ce que le progressisme veut détruire: dualité, altérité, esprit d'initiative, beauté, ordre, liberté, mérite, hiérarchie, compétition, prise de risque... L'égalité, triomphe moral des faibles, mène à la haine de tout ce que nous appelons civilisation."

 

Comment cela finira-t-il ?

 

C'est malheureusement indéterminé, contrairement à ce que l'auteur laissait présager en début d'ouvrage:

 

"Le couvercle censé couvrir l'insécurité a été déplacé. Il est posé sur les foules, pour en contenir la colère. Ce sont elles qui risquent d'exploser. Quand la réaction limite aura-t-elle lieu? Nul ne le sait. Aura-t-elle lieu un jour? Nul ne le sait."

 

Francis Richard

 

La France orange mécanique, Laurent Obertone, 360 pages, Ring

 

 

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 00:15

Génie christianisme HAROUELRené de Chateaubriand avait tout faux, enfin, presque tout faux. Le fait est que le génie du christianisme n'était pas là où il le croyait.

 

Il avait envisagé le christianisme "sous ses aspects poétiques et moraux", puis il l'avait étudié "sous ses rapports philosophiques et historiques". Mais il était passé à côté de ce qui fait le vrai génie du christianisme.

 

Pourquoi?

 

"Il était trop poète et pas assez sociologue, ce qu'il ne faut pas regretter. Les sociétés modernes produisent plus aisément des sociologues que des Chateaubriand!"

 

Ce qui fait le vrai génie du christianisme?

 

C'est Fustel de Coulanges, dans son célèbre livre La cité antique, qui l'a mis en évidence:

 

"Il montre que l'immense apport historique du christianisme a été d'opérer la disjonction du politique et du religieux, de permettre la séparation du spirituel et du temporel, et que cela a été le creuset de la liberté de l'individu, d'où est née la société moderne."

 

Deux phrases du Christ sont à l'origine de cette distinction, à laquelle il faut rapporter "l'invention par l'Europe occidentale - et non par d'autres grandes civilisations - du progrès technique et du développement économique, dont bénéficie aujourd'hui une grande partie de l'humanité":

 

"Mon royaume n'est pas de ce monde."

 

"Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu."

 

Les autres grandes civilisations, qu'il s'agisse de la civilisation grecque, chinoise ou musulmane, se sont en effet révélées incapables d'une telle invention. Il leur a manqué ce qui fait la spécificité du christianisme par rapport aux autres: la place qu'il laisse à la liberté de l'individu, préalable au progrès technique et au développement économique.

 

Au dualisme chrétien, Jean-Louis Harouel oppose leur monisme, c'est-à-dire leur forte intrication du temporel et du spirituel, qui s'est révélée complètement inhibitrice.

 

Le christianisme, par ce dualisme qui le caractérise et qui distingue le royaume céleste du royaume terrestre, est d'ailleurs paradoxal, puisqu'il porte en germe la possible sortie de la religion:

 

"Le christianisme est la seule religion qui, en engendrant un processus de sécularisation, ait préparé les esprits à se passer du divin à l'échelle de sociétés entières. Le christianisme est la civilisation qui a produit l'homme sans Dieu, libéré de la religion."

 

C'est pourquoi, les plus anti-chrétiens, athées ou agnostiques, sans en avoir conscience, "appartiennent à la civilisation forgée par la religion chrétienne"...

 

Toutefois ce dualisme "qui fonde le christianisme a été historiquement une voie malaisée à suivre":

 

"Ce n'est que progressivement, et à travers bien des tâtonnements, des tensions et des convulsions, que se sont concrétisées l'antithèse des deux royaumes - celui des cieux et celui de la terre - ainsi que la différenciation de ce qui est respectivement dû à Dieu et à César."

 

L'auteur nous raconte qu'il y a eu ainsi, au cours de l'histoire de la civilisation chrétienne, tantôt volonté de prééminence du temporel sur le spirituel et tantôt volonté de prééminence du spirituel sur le temporel (césaropapisme et théocratie dans la version protestante).

 

Le dualisme chrétien a dû accomplir une longue marche, jalonnée de retours du monisme sous la forme, par exemple, de l'augustinisme politique (mission religieuse de l'Etat) et juridique (droit venu des cieux) ou du millénarisme (absorption messianique du politique par le religieux).

 

Au XXe siècle les religions séculières, le plus souvent politiques (Rousseau les avait inventées deux siècles plus tôt), ont également rejeté la distinction du politique et du religieux. Il en a été ainsi de ces religions politiques millénaristes que furent le communisme et le nazisme, avec les conséquences que l'on sait.

 

Aujourd'hui d'autres religion politiques, confondant le politique et le religieux, ont fait leur apparition et menacent les valeurs de la civilisation chrétienne.

 

En France, la religion séculière de l'humanité, religion d'Etat des nouveaux droits de l'homme, basés sur le principe primordial de la non-discrimination, a transposé la morale évangélique dans le droit:

 

"Or la morale évangélique, qui fonde cette religion, n'est pas porteuse de valeurs de durée. Elle ne vise pas à assurer la continuité des sociétés humaines. Les valeurs évangéliques sont des valeurs individuelles de progrès moral, de perfection morale, des valeurs de sainteté. Elles ne sont pas destinées à régir la vie sociale."

 

Cette religion d'Etat considère, à tort, l'immigration extra-européenne comme un nouveau droit de l'homme, inéluctable et positif:

 

"Sauf de manière ponctuelle et passagère, les pays européens n'ont pas besoin des immigrés extra-européens pour leur économie. Ce sont les immigrés extra-européens qui ont intérêt à venir en Europe pour obtenir des niveaux de vie incommensurablement supérieurs à ceux de leurs pays d'origine. Des niveaux dont ils bénéficient du fait de leur travail, mais plus encore du fait de la générosité envers eux de l'Etat providence."

 

Cette religion d'Etat se confond avec l'antiracisme:

 

"Se rattachant au millénarisme d'une humanité mondialisée aux individus interchangeables, l'antiracisme est une religion séculière, qui a pris le relais du socialisme et du marxisme. C'est une nouvelle figure de l'égalitarisme absolu, au nom de la réalisation du paradis sur terre."

 

Cette religion d'Etat est "imposée sous la menace de lourdes sanctions judiciaires" (c.f. les lois Pleven, Gayssot, Taubira, etc.):

 

"La punition judiciaire du blasphème et du sacrilège est de retour. C'est une immense régression par rapport au droit pénal du XIXe siècle et du premier XXe siècle., qui ignorait délibérément les fautes contre la religion, au nom de la distinction du spirituel et du temporel."

 

Aussi cette religion d'Etat est-elle despotique, liberticide, et paralyse-t-elle des nations entières, qui l'ont adoptée, comme la France:

 

"Une véritable neutralité de l'Etat doit être rétablie envers toutes les religions. L'Etat ne doit être au service d'aucune religion - y compris séculière - si on veut espérer sauver l'avenir des nations européennes et la liberté de l'esprit qui leur est historiquement inhérente.

 

Née de la distinction chrétienne du spirituel et du temporel, la liberté absolue de la pensée inventée par l'Occident est sans doute le plus précieux patrimoine de l'humanité."

 

Francis Richard

 

Le vrai génie du christianisme, Jean-Louis Harouel, 270 pages, Jean-Cyrille Godefroy

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 23:55

Club Courbet 23.03.2013Le 23 mars 2013, le Club Courbet, présidé par Douce de Franclieu, a organisé à Paris, avec le soutien d'Euro92 et du Café Liberté, une conférence sur le thème: De la théorie du genre à la famille.

 

Les conférenciers étaient deux philosophes de la mouvance libérale, Philippe Nemo et Drieu Godefridi.

 

Godefridi a parlé de la théorie du genre et Nemo de la famille mise en danger par la théorie du genre.

 

Qui est à l'origine de la théorie du genre?

 

En 1990, Judith Butler publie un livre, Trouble dans le genre, qui a un succès considérable. Ayant souffert de disqualification sociale en raison de ses prédilections sexuelles, elle élabore cette théorie dans le but de donner un fondement aux revendications homosexuelles.

 

Que dit la théorie du genre?

 

Le modèle dominant de la sexualité est celui d'un donné de base naturel, le sexe, qu'enveloppe une gangue culturelle. Celle-ci, en 2013, n'est, par exemple, pas la même que dans les années 1950.

 

Or, selon Judith Butler, le genre produit le sexe, et non le contraire; le sexe est une réalité culturelle, et non naturelle; le modèle dominant n'est pas le fruit du hasard.

 

L'hétéronormativité et le phallogocentrisme proviennent du tabou de l'inceste, qui inclut aussi un tabou de l'homosexualité. Le sexe, le désir, la domination universelle de l'homme ne sont que des conventions. En réalité il n'y a pas de masculin ni de féminin. Car le réel est intégralement sous la dépendance du langage.

 

A quoi conduit la théorie du genre?

 

A expurger tout ce qui est masculin et féminin, à ne plus parler de maternité et à instaurer le mariage gay.

 

Comment la théorie du genre se traduit-elle?

 

Par un véritable empire législatif. Concrètement, il s'agit de:

 

- la loi espagnole de 2004 contre les violences de genre, où l'auteur ne peut qu'être un homme et la victime une femme;

- la loi française de 2010 contre toutes les formes de violence à l'égard des femmes, y compris la violence psychologique (un silence persistant et méchant, un regard méchant, par exemples) et la violence économique;

- la convention d'Istanbul de 2011, concoctée par l'a-démocratique Conseil de l'Europe, contre les actes de violence fondés sur le genre (dont seuls les hommes sont capables): les Etats membres doivent mettre en place des dispositifs de dénonciation anonyme et relever du secret professionnel les médecins dès le moindre soupçon d'actes de violence psychique.

 

La théorie du genre peut-elle être réfutée?

 

Pour ce qui concerne les liens entre la réalité et le langage ou la prévalence universelle du phallogocentrisme, les discussions peuvent être infinies. Il n'y a pas réfutation possible. Alors qu'est réfutable de dire qu'il n'y a aucune naturalité dans le sexe ou qu'il n'y a pas de différence des sexes.

 

Quel est le terme logique de la théorie du genre?

 

Sa célébration de l'échange intergénérationnel des plaisirs sexuels conduit à la polygamie, à l'inceste, à la pédophilie...

 

L'appareil juridique qui s'en réclame aboutit à l'arbitraire de l'expertise et ne vise que les hommes. Seuls les hommes justement seraient atteints par la perversion narcissique, concept inventé par Paul-Claude Racamier, qui rencontre là la théorie du genre et qui désigne, en fait, avoue Racamier, les agissements pervers de trois ambitieux qui voulaient prendre sa place à la tête de l'institut de psychanalyse qu'il dirigeait...

 

Philippe Nemo rappelle que la neuro-biologie constate qu'il y a une réelle différence entre homme et femme et que leurs cerveaux sont différents. 

 

En fait, avec la théorie du genre, il s'agit d'attaquer pour la nième fois la famille classique que les collectivistes, tels Marx, Engels ou Owen, voulaient remplacer par la grande famille sociale ou société solidaire.

 

Le démantèlement de la famille s'est fait progressivement. L'interdiction du divorce a été suivie par le divorce dans certains cas, puis par consentement mutuel, enfin, maintenant, par décision d'un des conjoints.

 

Pour justifier ce démantèlement, la liberté individuelle est invoquée, mais le résultat est que la civilisation en est transformée. Au bout du compte il s'agit de renoncer à une institution qui a fait ses preuves au cours du temps, pour permettre l'apparition de l'homme nouveau qu'appelaient de leurs voeux les nazis et les communistes.

 

Pour en revenir à l'homosexualité, le problème n'est pas de l'autoriser - elle doit, sans conteste, être admise -, mais d'en faire une norme, alors qu'elle doit être considérée comme une marge. L'humanité a toujours connu des marges. De même, en biologie, il y a des archétypes et il y a des marges.

 

La divergence ne doit pas être la norme. Par exemple, tous les enfants doivent aller à l'école. Cela ne veut pas dire que l'on doive faire des mauvais élèves la norme aux dépens de tous les autres.

 

Dans toutes les sociétés, de tous temps, la norme de la famille est composée d'un père, d'une mère et d'un enfant. Cette norme admet beaucoup de marges, mais ces marges sont gérées dans la mesure où l'anomalie ne dure qu'une génération, sinon la désagrégation sociale se produit inévitablement.

 

Dans la conception libérale il faut libérer l'individu, mais, la limite, c'est la famille. John Locke disait que la loi devait être égale pour tous. Cela suppose que le sujet possède la raison. Or un enfant, un adolescent doivent se construire avant de devenir adultes et c'est au sein de la famille que se trouve le réseau stable pour construire leur personnalité. La durée de la famille à travers les âges s'explique ainsi.

 

La loi Taubira, instituant le mariage pour tous, est en fait une loi fasciste dirigée contre l'enfant, être sans défense. Qui va se retrouver très vite avec une ribambelle de parents et devenir une proie plus facile, parce que fragilisée, pour ceux qui veulent régénérer l'enfant par l'école, tel un certain Vincent Peillon, l'auteur ineffable de La Révolution française n'est pas terminée.

 

Francis Richard

 

A lire sur le sujet:

 

De la violence du genre à la négation du droit, Drieu Godefridi, 160 pages, Texquis

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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