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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 12:00
Au creux de la main, de PJ Harvey & Seamus Murphy

Au creux de la main, l'être humain se révèle, qu'il tende ce creux pour mendier ou qu'il le regarde pour en lire quelques lignes, qu'il le forme en tenant entre ses doigts plume ou appareil-photo.

 

PJ Harvey (chanteuse, auteur-compositrice de rock alternatif), et un photographe, Seamus Murphy, tous deux britanniques, ont fait ensemble, entre 2011 et 2014, des voyages au Kosovo, en Afghanistan et à Washington DC. Ils en ont rapporté mots et images, qui nous parlent dans un recueil à deux voix.

 

Dans ce recueil (paru en 2015, en anglais, sous le titre The Hollow of the Hand), sont toutefois reproduites des photos antérieures à leurs voyages en commun. Leur continuité donne l'impression que le temps s'est comme immobilisé pendant les presque deux dernières décennies (les plus anciennes de ces photos remontent à 1998).

 

Prises sur le vif ou sur le mort, en noir et blanc ou en couleurs, les photos de Seamus montrent un monde à l'abandon, au milieu de ruines ou de déchets. Le symbolisent cette carcasse de bovidé, laissée au milieu d'une route bitumée du Kosovo, ou ce cadavre d'homme, couché sur une route de pierres qui mène à Kaboul.

 

Les mots pour le dire viennent naturellement sous la plume de Polly Jean Harvey. Dans The abandoned village, elle ne trouve, par exemple, que des traces d'une jeune fille qu'elle a pourtant bien cru apercevoir entre deux murs criblés, sous-entendu criblés de balles:

 

I looked for the girl upstairs. Found

a comb, dried flowers, a ball of red wool

unravelling.

 

J'ai cherché la fille à l'étage. Trouvé

un peigne, des fleurs séchées, une pelote de laine rouge

déroulée.

 

De ce monde à l'abandon, de ces ruines, la guerre et la misère, qui ont la plupart du temps partie liée, sont la cause. Seamus photographie le cimetière d'Arlington qu'arpentent deux vieilles grosses dames, remplissant vraisemblablement un devoir de piété, tandis que Polly évoque Two Cemeteries:

 

A stray dog sleeps against a headstone.

 

Un chien errant somnole contre une pierre tombale.

 

A gardener prunes cherry trees

and the warden resets a headstone.

 

Un jardinier élague des cerisiers

et le gardien redresse une pierre tombale.

 

La guerre est omniprésente dans le recueil, notamment dans les pages consacrées à l'Afghanistan, où Seamus a saisi, à Kaboul, une foule de passionnés de combats de volatiles. Polly ne peut que constater:

 

They fight with rams. They fight with larks.

They fight with knucklebones and calves.

There must be something in the air.

There is fighting everywhere.

 

Ils se battent avec des béliers. Ils se battent avec des alouettes.

Ils se battent avec des osselets et avec des veaux.

Ça doit être dans l'air.

Partout l'ambiance est à la guerre.

 

Si aussi bien les photos que les poèmes font écho à l'humaine tragédie, les unes et les autres se terminent tout de même par une touche de couleur, car la vie continue. Alors que Seamus capture dans son objectif une fillette noire sous un arbre en fleurs orangé à Washington DC, Polly voit poindre à l'horizon d'Anacostia une lueur crépusculaire:

 

a tiny red sun

like a tail light

down the overpass

 

un tout petit soleil rouge

comme un feu arrière

au bas du pont autoroutier

 

Francis Richard

 

Au creux de la main, PJ Harvey & Seamus Murphy, 232 pages L'Âge d'Homme

(traduit de l'anglais par Laure Gall et Patrick James Errington)

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 22:55
Lampedusa, aller simple, de Jacques Cesa

L'écriture poursuit l'action, devient aide-mémoire pour la main qui dessine.

 

Cette phrase de Christine Tolck-Merçay, qui a relevé les carnets de Jacques Cesa, résume ce que contient le livre de ce dernier, Lampedusa, aller simple. Car ce livre est un recueil de notes écrites et illustrées par lui.

 

Jacques Cesa est artiste peintre. Il vit en Suisse, à Crésuz. Il est descendant d'immigrés italiens. Il ne peut rester indifférent à la crise migratoire qui a pris de l'ampleur en 2015 et aux drames humains qui la caractérisent.

 

Par deux fois, en 2015-2016, il s'est rendu à Lampedusa, l'île symbole de cette crise, son île étape la plus connue, depuis le naufrage, près d'elle, le 3 octobre 2013, d'une embarcation avec à bord environ 500 migrants clandestins.

 

Il s'est rendu à Lampedusa, île italienne située entre la Sicile et la Tunisie, traversant l'Italie du nord au sud, à contre-courant du flux migratoire, faisant étape dans les lieux où des migrants se trouvent ou ne font que passer.

 

Ces lieux de migration, ce sont des ports, des camps d'accueil, des gares, des terrains vagues, des rivages, des centres de tri, des douanes, des barbelés et des murs, comme l'écrit son ami Raymond Durous dans sa postface.

 

Ce livre n'a pas la prétention d'apporter des solutions: il raconte simplement, avec des mots, avec des dessins. Jacques Cesa qui a bon coeur ne peut retenir sa main gauche - il est gaucher - d'écrire et de dessiner, pour témoigner.

 

Il témoigne parce qu'il ne peut pas se taire après avoir vu de près, lors de ses deux périples, la misère des migrants rencontrés. Comme il éprouve beaucoup d'empathie pour eux, il se fait en quelque sorte leur porte-parole.

 

Parmi les dessins, il en est de tendres, comme celui de cette mère dont l'enfant fait corps avec elle; ou de durs, comme celui du pont d'une camionnette, sur lequel une dizaine de migrants sont alignés, les mains derrière la tête.

 

Parmi les dessins, il en est de symboliques, comme celui qui représente le naufrage du 3 octobre 2013, avec au milieu l'impératrice Placidia; ou de tragiques comme l'encombrement des épaves de Lampedusa qui forme une seule masse colorée...

 

Pendant ses deux séjours, Jacques Cesa fait de belles rencontres:

 

Les migrants croisés ici et là, entre la Gruyère, Rome et la Sicile; la musicologue et chanteuse Giovanna Marini, dans sa maison de Frascati et au Théâtre India; les soeurs de la Charité au Monteverde Vecchio; les frères Falco en Calabre...

 

Mais Jacques Cesa ne parle pas seulement avec compassion des migrants d'aujourd'hui:

Les premiers migrants, partis à la conquête de la Terre, exilés de l'Eden, sont Eve et Adam.

Gn 317-18

"Honnie est la glèbe à cause de toi.

... mange l'herbe du champ."

 

Jacques Cesa parle aussi des éternels migrants, qui, eux, font des allers-retours, en suivant la voie apprise depuis des générations: Le retour est planifié. Les oiseaux migrateurs suivent les constellations, qui deviennent des repères dans le ciel.

 

Francis Richard

 

Lampedusa, aller simple, Jacques Cesa, 256 pages Editions de l'Aire

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 22:55
Je couche toute nue, Camille/Auguste

Dans sa note liminaire, l'éditeur définit l'objet du livre:

 

L'histoire est connue pour avoir été cent fois racontée, filmée. La voici, telle quelle, brutale, naturelle et poétique. Les sources seules, sans commentaires ni notes. Correspondance inédite, journaux intimes, carnets...Une passion sans détours, racontée comme un roman par ses archives.

 

Le lecteur ne peut être que ravi: il n'est pas porté de jugement sur Camille et Auguste, de vingt-trois ans son aîné. Les pièces du dossier sont entre ses mains. En les parcourant, il ne peut que se dire, avec Paul Claudel, le frère de Camille:

 

Il est bien rare que la vocation artistique soit une bénédiction. (Mémoires improvisés, 1951)

 

Celle de ces deux génies que furent Camille Claudel et Auguste Rodin, en tout cas, ne le fut finalement pas, ni pour l'un ni pour l'autre. Et le lecteur découvre, peu à peu, ce qu'ils furent l'un pour l'autre, ce qu'ils furent l'un et l'autre.

 

Il y a peu de textes qui disent clairement, sauf à la fin, mais ce n'est pas eux qui parlent, ce qu'ils furent l'un pour l'autre.

 

Dans une lettre d'août 1886, Camille écrit à Auguste, alors qu'elle se trouve loin de lui, à Nottingham: 

 

Vous pensez bien que je ne suis pas très gaie ici. Il me semble que je suis si loin de vous! Et que je vous suis complètement étrangère.

 

Dans une lettre de la même année, adressée à sa féroce amie, Auguste est nettement plus explicite:

 

Aie pitié, méchante. Je n'en puis plus, je n'en puis plus passer un jour sans te voir. Sinon l'atroce folie. C'est fini, je ne travaille plus, divinité malfaisante, et pourtant je t'aime avec fureur.

 

Cette passion ne l'empêche pas d'entretenir correspondance - plusieurs lettres qu'il lui adresse en témoignent - et relations avec sa chère Rose Beuret, la compagne de ses années difficiles...

 

Dans une lettre plus explicite, de fin juillet 1891, Camille écrit notamment à Auguste cette fin, d'où le titre du livre est tiré:

 

Je me couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là mais quand je me réveille, ce n'est plus la même chose.

Je vous embrasse,

Camille

Surtout ne me trompez plus.

 

Les premières années ont été difficiles pour Auguste et, comme sa sculpture n'est pas des plus académiques, éloges et dénigrements de son oeuvre nourrissent des controverses continues dans la presse spécialisée, comme l'attestent des articles parus à l'époque. Il lui faudra beaucoup de temps pour être vraiment reconnu.

 

De son côté, Camille connaît les mêmes affres, avec une différence de taille toutefois: elle ne sera reconnue vraiment à son tour que lorsque sa rupture avec Auguste aura raison de son esprit, en proie à la manie de la persécution dont elle serait victime de la part de son ancien amant...

 

En attendant cette reconnaissance, elle aura grand besoin d'argent et n'en verra jamais la couleur quand elle surviendra. Tandis que Camille pense qu'Auguste fait tout pour que les vivres lui soient coupés, celui-ci, de manière anonyme, lui fait verser des mensualités par le Crédit algérien...

 

Le 4 décembre 1905, dans Le Gil Blas, le critique d'art Louis Vauxcelles écrira:

 

Dans l'histoire de l'art contemporain, je ne vois guère que deux grands noms de femmes: Berthe Morisot et Camille Claudel. Berthe Morisot fut élève de Manet, mais la fraîcheur lumineuse de sa palette lui confère une personnalité exquisément rare et raffinée; quant à Camille Claudel, les leçons qu'au début elle reçut de Rodin lui ont certes appris la grammaire, voire la syntaxe de la statuaire, mais elle est elle-même, profondément, autant que Rodin.

 

Dans l'oeuvre de Camille, ce qu'elle est elle-même transparaît: s'y retrouvent son génie et... son caractère violent, ombrageux... Quoi qu'il en soit, les horreurs tombent sur elle, les maladies, le manque d'argent, les mauvais traitements, comme elle l'écrit dans une lettre envoyée à sa cousine Henriette Henry fin 1912...

 

La suite est connue: Camille sera internée pendant trente ans, de 1913 à 1943, à la demande de sa famille, et ne fera que dépérir; Auguste mourra en 1917, avec tous les honneurs. Camille et Auguste se seront manqués...

 

Eugène Blot, son éditeur d'art, écrira à Camille, le 3 septembre 1932, à propos d'Auguste:

 

En réalité, il n'aura jamais aimé que vous, Camille, je puis vous le dire aujourd'hui. Tout le reste - ces aventures pitoyables, cette ridicule vie mondaine, lui qui restait un homme du peuple -, c'était l'exutoire d'une nature excessive.

 

Dans un article du Figaro du 13 décembre 1951, à l'occasion de l'exposition Camille Claudel au Musée Rodin, AW écrira:

 

Rodin fut tout pour Camille C. Sans lui, elle ne fut plus rien. Un groupe, L'Âge mûr, l'homme qui s'en va en laissant derrière lui une jeune femme nue et désemparée, est l'image de son propre malheur.

 

Les archives qui constituent ce roman d'une histoire vraie et qui font pénétrer dans les coulisses de la statuaire (art qui n'échappe pas aux contingences matérielles et pécuniaires), sont plus révélatrices que n'importe quel récit pourrait l'être...

 

Francis Richard

 

Je couche toute nue, Camille/Auguste, textes réunis par Isabelle Mons et Didier Le Fur, 400 pages, Slatkine & Cie

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 21:15
Magma, d'Anne Voeffray

Anne Voeffray signe un album de photos en noir et blanc intitulé Magma. C'est la seule légende accordée à l'ensemble de ses prises de vue...

 

La couverture donne un aperçu de cet ensemble: un visage de femme, masqué par une mantille translucide, naturelle, veinée, comme un marbre.

 

Le flou domine et laisse deviner: la suggestion plutôt que le dessin. Et quand un visage se fait plus précis, il demeure partiel, est mystérieux. 

 

Les sujets sont pour la plupart végétaux ou incarnations de femme, ou les deux, même si un oiseau se distingue là, dans un ciel tourmenté.

 

Et ces sujets, choisis avec beaucoup de finesse, pleins d'intuition, invitent aux abstractions, excitent les imaginations, suscitent les émotions.

 

S'il est quelques lumières, les ténèbres règnent et nourrissent la confusion dans l'esprit qui, bien malgré lui, s'imprègne d'images au fond très sensuelles. 

 

Dans sa postface, Joseph Incardona résume très bien dans quel état l'artiste semble vouloir mettre l'esprit qui se penche sur ses représentations:

 

Je vous laisse sur votre faim. Peut-être que le désir est plus fort que son accomplissement.

 

Francis Richard

 

Magma, Anne Voeffray, 80 pages BSN Press

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 22:00
Exposition Tête à tête, de Philippe Jean, à la Galerie du Château, à Renens

Il ne reste plus que deux jours pour se rendre à l'exposition Tête à tête de Philippe Jean, à la Galerie du château, une annexe du château de Renens. En cette fin d'après-midi ensoleillée, en m'y rendant, je découvre un quartier de la ville cosmopolite, contiguë à Lausanne, que je ne connais pas. 

 

La Galerie du Château est une petite galerie située au numéro 16 de l'avenue du Château. Pour y accéder, il faut d'abord franchir un portillon en fer forgé, puis traverser une courette et sonner à la porte, enfin entrer à droite. La galerie comprend un petit couloir qui donne sur une pièce modeste aux murs blancs.

 

Sur ces murs blancs, sous la lumière blanche de spots, sont accrochés les tableaux de l'exposition. Ils ressortent d'autant mieux de tout ce blanc qu'ils sont plutôt de couleurs sombres, même si de l'or s'y devine ou même y apparaît parfois nettement, surtout si on les regarde par en-dessous...

Tête à tête
Tête à tête

Tête à tête

Philippe Jean peint des paysages et des têtes, mais, cette fois, il propose un tête-à-tête avec des têtes, des têtes d'or donc, pour la plupart, qu'il a commencé de portraiturer il y a quelque vingt ans. Comme il a de l'humour, il offre d'ailleurs des Rochers de Ferrero à ceux dont la tête lui revient, ce qui est le cas de la mienne.

 

Philippe et moi avons fait connaissance dans un tout autre cadre et sommes ravis de nous retrouver au milieu de ses toiles. Qui représentent toutes des têtes comprises entre le sommet du crâne et la base du cou, striées verticalement façon larmes et obliquement façon balafres, c'est-à-dire tourmentées.

 

Réduire ces oeuvres à l'expression de tourments éprouvés par Philippe Jean serait cependant simpliste. Il ne faut pas oublier qu'il n'est pas vraiment triste et que les traces plus ou moins apparentes d'or sur ses toiles y sont peut-être pour rappeler non pas un âge d'or hypothétique mais les éclats qui éclairent tout être.

André Jaccard

André Jaccard

Philippe Jean et Greg

Philippe Jean et Greg

L'homme est un mystère pour l'homme. Et il ne se dévoile que par moments, comme l'or qui sert de premier sédiment à la plupart des acryliques de Philippe. L'artiste pressé qu'il est n'aime en effet pas attendre trop longtemps entre deux couches. L'acrylique, par conséquent, convient parfaitement à cet impatient.

 

Au tournant du soir un autre artiste se joint à notre conversation amicale. C'est André Jaccard, au profil de médaille, à l'esprit vif et facétieux, aux lèvres qui sourient et aux yeux qui pétillent, et bientôt trois latinistes trouvent in vino veritas, encore que le troisième, sur ordre de la faculté, ne puisse boire que des yeux humagne et pinot noir...

 

Francis Richard

 

Adresse:

Avenue du Château 16

1020 Renens

Suisse

 

Visites jusqu'au 8 avril 2017:

Vendredi: de 16:30 à 18:30

Samedi: de 14:30 à 17:00

Sur rendez-vous: 076 527 90 43

 

www.galerieduchateau.ch

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 22:30
Le Vaste Monde, de Charles-Henri Favrod

Le 19 août 1839, l'Académie des sciences de Paris rend public le procédé photographique acquis de ses inventeurs par l'État. C'est par cette phrase que commence le texte de Charles-Henri Favrod en introduction au recueil de photographies collectionnées et légendées par lui sur le thème du Vaste monde.

 

La plupart de ces photographies datent justement du XIXe siècle. A l'époque, comme le rappelle Edith Bianchi dans sa préface, le matériel était volumineux et fragile. Il n'est donc pas étonnant qu'elles aient toutes un air de famille, même si ce sont des images capturées par des photographes bien différents les uns des autres.

 

Cet air de famille se retrouve en effet dans la mise en scène, évidente dans plusieurs de ces images, la disposition frontale, les éléments de décor, le cadrage choisis. Comme Charles-Henri a inséré quelques-uns de ses instantanés, pris en Afrique ou en Asie au début des années 1950, le contraste est patent avec ceux de ses prédécesseurs.

 

Comme aujourd'hui l'on passe davantage de temps à voir des images qu'à lire des mots, on ne peut donc qu'apprécier la citation que Favrod fait d'un Théophile Gautier visionnaire, même s'il parle plus haut, de manière déjà datée, de daguerréotype: Notre siècle affairé n'a pas toujours le temps de lire, mais il a toujours le temps de voir.

 

Les photos de ce livre d'images permettent de voyager dans le temps et dans l'espace, surtout en Asie, en Océanie, aux Antilles et en Afrique. Elles représentent la condition humaine: des portraits d'hommes et de femmes faisant la pose, se livrant à un labeur ou prenant du loisir, mais aussi quelques scènes d'esclavage, de torture et, même, un supplicié.

 

Depuis son apparition, la photographie a changé le regard des hommes, qui demeurait jusque-là quelque peu approximatif. L'expression vaste monde conduit au terme exotisme, qui, tiré du grec tardif, évoque ce qui est extérieur, étranger. Aussi l'auteur, s'agissant de la photographie, singulièrement en la matière choisie, peut-il la définir en un mot à la fin de son texte:

 

La photographie est ce qui permet enfin de voir autrement.

 

Francis Richard

 

Le Vaste Monde, Charles-Henri Favrod, 128 pages Bernard Campiche Éditeur 

 

Un livre précédent chez le même éditeur:

 

Le Raid américain (2014)

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 22:40
Le petit peuple des chantepleures, de Dominique de Rivaz

Jean Paulhan avait toujours à portée de main un usuel édité en 1965 chez Seghers, le Dictionnaire des mots rares et précieux. Trente ans plus tard, dans la collection 10/18, Jean-Claude Zylberstein rééditait ce fabuleux dictionnaire, qui, depuis, se trouve toujours chez moi, à proximité.

 

chantepleure je lis: n.f. Entonnoir dont le tuyau percé de trous permet de faire couler du vin ou tout autre liquide dans un tonneau sans le troubler II Arrosoir à longue queue II Fente pratiquée dans un mur pour l'écoulement des eaux II Sorte de fouloir.

 

Ces définitions sont plus techniques que poétiques, mais elles ont le mérite d'être précises et de montrer que cet oxymore a trait aussi bien à la vigne qu'au jardin. C'est toutefois à la deuxième acception du terme que s'intéresse Dominique de Rivaz dans Le petit peuple des chantepleures, où elle a rassemblé par thèmes des photographies d'arrosoirs, prises sur le vif.

 

Même si le dictionnaire que consultait l'auteur des Fleurs de Tarbes est un outil de savoir, de recherche, de découverte et disons le, enfin, de plaisirs infinis, il lui manque la dimension poétique qu'il revient alors au lecteur de lui donner s'il le souhaite. C'est pourquoi, ce que dit de la chantepleure Dominique de Rivaz sied mieux aux artistes et à ceux qui se laissent guider :

 

Lorsqu'on me remplit, je chante, lorsqu'on me vide, je pleure: qui suis-je? Une chantepleure! clamait-on en choeur au Moyen-Âge où la chantepleure arrosait les semis et les jardins médiévaux.

 

La cinéaste a ordonné les instantanés de chantepleures, qu'elle ou d'autres ont cueillis, sous des titres de films:

Singles (Cameron Crowe, 1992),

In the mood for love (Wong Kar-Wai, 2000),

Family life (Ken Loach, 1971),

School days (Chu Yin-Ping, 1995 ?),

Playtime (Jacques Tati, 1967),

Stolen kisses (François Truffaut, 1968),

Rich can poor can (allusion à Rich man poor man ou à Rich man poor woman ?),

Modern times (Charlie Chaplin, 1936),

Intolerable cruelty (Joel et Ethan Coen, 2003),

From here to eternity (Fred Zinnemann, 1953).

 

A observer de plus près ses prises de vues et à les ordonner, elles prennent sens pour Dominique de Rivaz: J'y distingue - ou bien ai-je la berlue ? - un cycle de vie de la naissance au bel âge, puis à la mort. Certes le lecteur est influencé par cette belle ordonnance et par de possibles mises en scène mais il ne peut que convenir que, présentées ainsi, sous ces angles et dans cet ordre, ces chantepleures confirment qu'elle n'a pas la berlue...

 

Les chantepleures sont de toutes couleurs, de toutes tailles et de toutes matières: en acier galvanisé, en zinc ou en plastique injecté. Elles sont seules, font la paire (il y a des mariages mixtes), sont en famille (de jeunes pimpantes côtoient de vieilles décrépites et rouillées) ou en bandes organisées. Elles sont fières ou abandonnées, à l'extérieur ou à l'abri, mêlées à d'autres objets ou parmi leurs semblables. 

 

Dans sa postface à ce magnifique livre d'images, qui donnent matière à réflexion, Jean Prod'hom, croisé hier soir au Lausanne-Moudon, qui a fait quelques uns des clichés du livre, dit de ces drôles d'oiseaux que sont les arrosoirs qu'ils seraient sans grand intérêt s'ils n'étaient, comme nous, des êtres doubles: pleins à ras bord lorsqu'ils participent aux travaux du jardin; vides et inutiles lorsqu'on les écarte d'avoir assez servi.

 

Il imagine qu'ils seront toujours là quand l'homme ne sera plus, inutiles témoins de nos réalités et de nos rêves et qu'il n'y aura guère qu'eux pour mettre un peu de couleur sur l'écran noir et blanc de la vilaine saison... Moins pessimiste que lui, et peut-être moins poète, j'imagine de manière très voltairienne que l'homme continuera à cultiver son jardin et qu'une chantepleure sera à ses côtés, fidèle compagne dans l'accomplissement de ses plaisirs et de ses jours...

 

Francis Richard

 

Le petit peuple des chantepleures, Dominique de Rivaz, 152 pages, Éditions Noir sur Blanc

 

Livres précédents de l'auteur chez Zoé:

 

Jeux (2014)

Rose Envy (2012)

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 22:55
CCXCHH à la Laurent Marthaler Contemporary Art, à Montreux

Ce soir a lieu le vernissage privé de CCXCHH, une exposition d'oeuvres picturales de deux artistes trentenaires, Crystel Ceresa (1977) et Charlotte Hopkins Hall (1979), qui toutes deux oeuvrent et vivent à Genève (Charlotte oeuvre et vit aussi à Londres).

 

Cette exposition a pour écrin la galerie d'art contemporain de Laurent Marthaler, à Montreux. L'idée du duo est excellente puisque les oeuvres de l'une et de l'autre sont en quelque sorte complémentaires: l'autoportrait anonyme et les fleurs, l'être humain et la nature végétale.

 

Des meubles anciens, du XVIIIe, prêtés par la Maison Papon (Ch. de Champsavaux 10, 1807 Blonay), soulignent, s'il en était encore besoin, l'intemporalité de l'art. Car ces meubles de belle et fine facture sont en harmonie, et font bon ménage, avec ces oeuvres du XXIe, accrochées aux murs, qui les entourent ou les surplombent.

CCXCHH à la Laurent Marthaler Contemporary Art, à Montreux
CCXCHH à la Laurent Marthaler Contemporary Art, à Montreux

Les tableaux des deux artistes sont tous des acryliques sur toile. Sur la quinzaine de toiles exposées, la majorité d'entre elles est peinte dans le format 90X70cm, ce qui apporte de l'unité à leur complémentarité, à leur complicité (les deux artistes sont toutes deux émoulues de l'Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Genève).

 

Charlotte a peint les portraits, toujours les mêmes et toujours autres pourtant. Il y a de la persévérance dans cette répétition imparfaite (les angles changent), comme si, en peignant, l'artiste psalmodiait. Les cheveux de ces portraits sont les siens, peints avec un grand souci du détail, et avec beaucoup d'autodérision.

 

Se peindre ainsi de dos est en effet une preuve d'humour, qui se retrouve dans le titre générique que Charlotte a donné à tous ces portraits: A Serious Contemplation of the Nature of Existence. C'est aussi l'expression d'un retour sur soi, qui donne une impression de silence, d'apaisement et qui témoigne d'une tendresse et d'une patience toutes féminines.

Charlotte Hopkins Hall et Crystel Ceresa

Charlotte Hopkins Hall et Crystel Ceresa

Crystel a peint les fleurs. C'est-à-dire l'éphémère par excellence. Mais l'art, par ses vestiges, a la vertu de pérenniser le temps qui passe... Ces fleurs sont toutes des fleurs apaisantes, aux teintes douces. Ces fleurs invitent à la rêverie. Certaines d'entre elles, inspirées de la peinture florale japonaise, sont des sakura...

 

Ces fleurs n'apparaissent pas au regard de la même façon suivant la distance qui les sépare de celui qui les contemple. A petite distance leur dessin semble inexistant, à plus grande il est véritable contraste. Ces fleurs variées de Crystel contrebalancent l'apparente uniformité des portraits de Charlotte, auxquels elles donnent d'autres couleurs, par proximité, par... capillarité.

Laurent Marthaler et Doris Sergy (photo de Stéphane Ducret)

Laurent Marthaler et Doris Sergy (photo de Stéphane Ducret)

Laurent Marthaler (licencié es lettres de l'Université de Genève) a donc pris le parti de l'élégance et du raffinement avec cette exposition. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait demandé à la soprano Doris Sergy de participer à son vernissage. Elle s'est livrée de bonne grâce à un exercice auquel peu d'artistes osent se prêter, faire un récital a capella d'airs d'opéra en correspondance avec les oeuvres présentées.

 

La diva, qui s'est formée à Melbourne, Milan et Genève, a donc chanté des extraits de Gershwin, de Puccini (Madame Butterfly), de Purcell (Didon et Enée), de Puccini (Tosca), de Haendel et de Cilea (Adriana Lecouvreur). Au lieu qu'un orchestre lui permette de souffler à la fin de chaque extrait, elle utilise avec bonheur le silence impressionnant qui le remplace pour respirer.

 

Pendant qu'elle chante, bien sûr, celui qui l'écoute peut regarder, sans désagrément, ce prodige à la taille de guêpe, mais peut-être a-t-il intérêt, dans ce cas, en raison de la proximité que suppose le chant a capella, à fermer les yeux pour mieux recevoir les vibrations que cette voix émet et qui lui transmettront alors des émotions ineffables...

 

Francis Richard

 

CCXCHH

du 19 mai au 20 juin 2016

Laurent Marthaler Contemporary Art

Fairmont le Montreux Palace

Avenue Claude Nobs 2

CH - 1820 Montreux

tél.: +41 21 963 11 22

info@laurentmarthaler.com

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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 22:00
Journal d'un artiste, de Pierre Aubert

La Fondation Pierre Aubert vient de coéditer avec les éditions de L'Aire un magnifique livre, Le journal d'un artiste de Pierre Aubert (1910-1987). Le texte de l'ouvrage est composé de morceaux choisis (sur la période 1971-1974) du journal qu'il a tenu pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie.

 

Son fils, Raphaël Aubert, a établi cette édition et l'a annotée. Et le résultat est très réussi, parce que Raphaël a su trouver parmi les 1000 estampes de Pierre, déposées au Musée Jenisch, où avait lieu le vernissage du livre le 19 novembre dernier, celles qui sont le plus en correspondance avec le texte et en sont la meilleure illustration.

 

Dans la préface, Nicole Minder, présidente de la Fondation Pierre Aubert, rappelle ce qu'est la xylographie, c'est-à-dire, en termes moins savants, la reproduction d'un dessin sur papier à partir de sa gravure sur bois:

 

"La xylographie est un procédé ardu, qui implique de creuser le bois avec sa gouge ou son burin toutes les zones qui seront blanches en laissant apparaître le papier. Appelée taille d'épargne parce qu'elle détoure le dessin, cette technique de gravure laisse en relief, non entamées, épargnées, les surfaces qui formeront le motif en recevant l'encre à l'impression."

 

C'est à l'époque de sa rencontre (1928-1933) avec le peintre suisse Tell Rochat, élève d'André Lhote, qu'il s'initie à cette technique. A la date du 16 novembre 1974 de son journal, il dit de son maître, mort tout juste trente-cinq ans plus tôt, pour lequel il a une pensée de reconnaissance:

 

"Que de fois ne m'a-t-il pas répété: "Continuez, continuez, on ne sait pas ce que l'on peut devenir." Et tout ce qu'il m'a appris sur le plan technique et tous les à-côtés de bricolages... Sans cette rencontre que serait mon existence?"

 

La xylographie est un exercice difficile, rappelle Nicole Minder. Elle "implique d'avoir un concept clair dès le départ et de visualiser le but poursuivi". Le lecteur, qui devient voyeur malgré lui, mais qui le veut bien, ne peut que confirmer, en parcourant le journal tel qu'il est publié, que Nicole Minder a raison quand elle ajoute:

 

"Pierre est passé maître en la matière. Avec brio, il sait évoquer des traits avec des tailles parfois en positif, parfois en négatif. C'est ainsi qu'un même trait signifiant une forme peut être en partie blanc, en partie noir: jeu subtil qui témoigne d'une maîtrise hors du commun."

 

Redevenu lecteur, le voyeur est sensible aux mots qu'emploie Pierre Aubert pour parler de son art, le 26 avril 1972:

 

"Ce soir je grave. J'essaie de terminer une vue de Paris, au quai de Montebello, un poirier de fil. Je serais tenté de dire, comme Maurin, l'ami de Vallotton: "N'importe, pourvu qu'on creuse". La gravure sur bois, c'est d'abord cela, et c'est peut-être ce qui donne le plus de contentement au coeur et à l'esprit."

 

C'est juste à la suite de ce texte qu'il a cette formule, laquelle résume pleinement ce contentement:

L'accaparement de l'être par le geste et par l'outil...

Comment se met-il en forme pour être ainsi accaparé? Il en donne la clé le 23 mai 1972:

 

"L'art nécessite une sorte de demi-état de rêve éveillé..."

 

Comment passe-t-il à la réalisation? Il l'explique le 8 février 1974:

 

"C'est d'abord une idée, une certaine idée qui se manifeste sur un plan visuel, en quelque sorte une image intérieure, souvent bien fugitive, mais quelques traits peuvent l'accrocher et aider au transfert sur la matière..."

 

Cet accaparement ne l'empêche pas de regarder ce que font, ou ont fait les autres artistes, bien au contraire. Parfois les idées qui lui viennent en pensant à eux, comme il l'écrit le 1er mai 1972, l'incitent au travail:

 

"Calme, détente et quiétude. L'évocation du monde des arts, les maîtres et les musées, sont pour beaucoup dans cet état d'esprit."

 

Dans son journal, avec grande sensibilité,  il parle de lieux, d'images, de couleurs, d'oeuvres, de rencontres. Il écrit  le 27 août 2013:

 

"Nuages roses, brume et soleil rouge. Le temps commençant d'automne a toujours eu des résonances en mon âme, fait naître des harmonies à faire éclore sur la feuille blanche."

 

Nicole Minder dit que Pierre Aubert n'apprécie guère Picasso. Le 9 avril 1973, il écrit cependant ces lignes de connaisseur honnête au sujet de la toile célèbre, Guernica, du Malaguène:

 

"En la regardant, il me semblait entendre le bateau fantôme. Pourtant c'est très grotesque, massif, mais d'une composition parfaite. C'est un exemple schématique de composition, de division de surfaces, de répartitions de motifs. Les artistes devraient en avoir une reproduction dans leur atelier..."

 

Il en a une, dans le sien, à Romainmôtier...

 

Francis Richard

 

Journal d'un artiste, Pierre Aubert, 112 pages, L'Aire

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 23:55
Duo-duel, Beyrouth mon amour, à Analix Forever, à Genève

"La guerre embrasa la ville, de la même manière que la mort séduit la jeune fille dans cette peinture sinistre de la renaissance allemande." (Wadi Abou Jmil, Le chantier, Gregory Buchakjian)

 

Gregory fait sans doute allusion à la Danse macabre de Berne de Niklaus Manuel Deutsch...

 

La ville, c'est Beyrouth.

 

Depuis hier soir, à Genève, à la galerie Analix Forever, où avait lieu le vernissage de Duo-duel, Beyrouth mon amour, deux visions de la ville se complètent et s'opposent, celle d'un Libanais, Said Baalbaki, qui vit maintenant à Berlin, et celle d'un Français, Emmanuel Régent, qui vit à Villefranche-sur-Mer.

 

De la ville qui n'aura plus jamais le visage qu'elle avait avant la guerre, Said a choisi de montrer avec chaleur orientale le chantier de la reconstruction, Emmanuel avec souffrance occidentale les stigmates de la destruction. L'oubli et la mémoire en quelque sorte. Et les tensions qui en découlent. Said a dessiné sur pierre et Emmanuel sur papier...

Duo-duel, Beyrouth mon amour, à Analix Forever, à Genève
Duo-duel, Beyrouth mon amour, à Analix Forever, à Genève

Duo? Ils aiment tous deux la ville meurtrie, mais résiliente.

 

Duel? L'un, Said, 41 ans, y a vécu jusqu'à ses 28 ans (ses lithographies sont de 2012 et 2014), l'autre, Emmanuel, 35 ans, embarqué à bord de la goélette Tara, y a fait escale en 2014 (ses dessins au feutre à encre pigmentaire ont été réalisés pendant et après son voyage).

 

Duel? Leurs dessins illustrent chacun un livre sur la ville, Said celui cité plus haut, dont les textes sont de Gregory, Emmanuel un ouvrage intitulé Pendant qu'il fait encore jour, dont les textes sont de lui.

 

Duo? La couverture du livre d'Emmanuel représente la maison où Said habitait. Un reverbère (ou sculpture?) a remplacé l'arbre (un palmier?) que ce dernier voyait de chez lui, m'a dit Chiara Bertini, la collaboratrice de la galeriste...

 

Si l'on trace sur une carte une ligne droite reliant Villefranche-sur-Mer à Beyrouth, elle passe par Naples. C'est justement de Naples qu'est originaire Gianluigi Maria Masucci. Lequel a réalisé une vidéo sur des draps qui sèchent aux balcons de sa ville. Il l'a appelée Déclaration d'amour. Le Vésuve et ses flammes contenues ne sont pas loin...

Duo-duel, Beyrouth mon amour, à Analix Forever, à Genève

Ces draps, filmés d'en bas, ont certainement connu l'amour, dont ils gardent le souvenir froissé, même si d'avoir été lavés en a effacé les traces... A un moment donné, le bruit d'une sirène se fait entendre. On se demande pourtant si le bruit ne vient pas de l'extérieur en ce jour où le niveau de vigilance a été relevé à Genève...

 

Cette vidéo, où des draps ont un ciel bleu, saupoudré de quelques nuages, pour toile de fond, est aussi projetée sur le grand mur d'en face de la galerie, en dessous duquel des gens jouent aux boules avec des queues ivoire sur de verts billards... Cette vidéo, tournée à Naples, aurait pu tout aussi bien l'être dans une autre ville méditerranéenne, par exemple à... Beyrouth.

 

La galeriste, Barbara Polla, invitée l'été dernier à Beyrouth par une femme merveilleuse, qui lui a "ouvert les portes de la ville et de quelques uns de ses secrets", en quelques jours, en est tombée amoureuse, comme du Liban. Elle a d'ailleurs invité ses hôtes à poursuivre et terminer la soirée dans un restaurant libanais tout proche, Roudayna, qu'elle avait réservé pour eux seuls.

 

Les salades et les entrées, qui y ont été servies dans des ramequins, n'étaient-elles pas au-delà des mots? Salade de concombre,youghourt et menthe; salade de lentilles vertes à la crème de sésame et ciboulette; salade de blé vert fumé, tomate, oignons rouges, cumin, citron, huile d'olive; hommos (purée de pois chiche) et tabboulé... De même que les kebbeh servis chauds?

 

"Tous nos mots ne sont que miettes qui tombent du festin de notre esprit." Khalil Gibran

 

Francis Richard

 

Duo-duel, Beyrouth mon amour

du 10 décembre 2015 au 20 janvier 2016

du mardi au vendredi de 14h à 19h

le samedi de 11h à 18h

Analix Forever 2, rue de Hesse, Genève

tél.: +41 22 329 17 09

analix@forever-beauty.com

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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 12:30
Tremblements / Eruptions, à l'Espace Didier Mouron, à Giez

Le 1er octobre dernier, à partir de 18 heures, a eu lieu le vernissage de l'exposition des nouvelles oeuvres de Didier Mouron, à l'espace qui porte son nom. Les oeuvres de ce peintre sont uniques en leur genre puisque, depuis 30 ans, elles sont toutes réalisées au crayon 2B, d'un seul trait d'un seul.

 

L'Espace Didier Mouron occupe une partie de la maison des Mouron. Cette partie qu'ils ouvrent volontiers au public est une manière de village aux murs bruts de pierres. Ce petit village est à la fois lieu de travail et lieu de vie, car il est composé de deux maisonnettes et d'une rue, où se trouvent la terrasse d'un bistrot et la galerie.

 

Le visiteur pénètre donc dans un microcosme inclus dans le monde qu'il vient de quitter. C'est en quelque sorte un premier pas qu'il fait dans un monde recréé de main d'homme, auquel l'art convie et par lequel il témoigne de sa dignité.

Tremblements / Eruptions, à l'Espace Didier Mouron, à Giez Tremblements / Eruptions, à l'Espace Didier Mouron, à Giez

La rue abrite la terrasse d'un bistrot avec ses tables rondes et ses chaises éponymes, mais elle est aussi galerie, dans les deux sens du terme, puisque la prolonge et la surplomble une mezzanine, qui coiffe les deux maisonnettes et à laquelle on accède par un escalier en bois.

 

Didier Mouron, le peintre, oeuvre dans une de ces deux maisonnettes; son fils, Quentin Mouron, le romancier, dans l'autre. Ils peuvent s'y isoler du monde et de leur rue. Mais, quand ils font une pause, ils se retrouvent très naturellement à la terrasse du bistrot. Et cette proximité du père et du fils ne peut pas être sans influences réciproques sur leurs oeuvres.

 

Un coup d'oeil jeté par la fenêtre à l'atelier de Didier Mouron confirme le voyeur qu'il opère sur une planche à dessin et que son atelier est propre en ordre, condition nécessaire pour que les toiles restent immaculées avant que l'artiste ne les peuple de son monde irréaliste et fascinant.

 

Tremblements / Eruptions, à l'Espace Didier Mouron, à Giez Tremblements / Eruptions, à l'Espace Didier Mouron, à Giez

La rue Mouron est un espace d'exposition haut de plafond. Jeudi dernier, comme il faisait cru, des torchères au gaz y étaient allumées et donnaient à ce lieu de vie cette ambiance chaleureuse que connaissent bien les fumeurs en automne et en hiver, sur les terrasses des bistrots où ils sont relégués.

 

Les oeuvres de 2015 sont quelque peu différentes des précédentes. Le titre donné à l'exposition est significatif à cet égard. Si Didier Mouron ne tremble pas quand il dessine, ses dernières oeuvres sont bien des éruptions et des tremblements.

 

Eruptions, elles sont jaillissements de ses rêves et de ses fantasmes, qui offrent, les uns comme les autres, plusieurs niveaux de visions à ceux qui les regardent. Tremblements, elles sont d'un flou artistique et onirique, qui parlent tout autant à l'imagination, comme ce doit être le cas pour l'artiste lui-même.

Tremblements / Eruptions, à l'Espace Didier Mouron, à Giez Tremblements / Eruptions, à l'Espace Didier Mouron, à Giez

Toutes les oeuvres exposées sont protégées par une fine pellicule acrylique. Ainsi les tableaux échappent-ils à la poussière et à tout autre élément extérieur qui pourrait les altérer. Même si ce n'est pas recommandé (cela désacralise), il est toujours possible d'en caressser du doigt la surface.

 

L'encadrement des originaux de Didier Mouron sont désormais lumineux. C'est une nouvelle dimension qui leur est apportée. Cet encadrement en fait ressortir les lignes du dessin et contribue à leur mystère en noir et blanc. Comme, lorsqu'il s'agit de livres, l'objet dans lequel une oeuvre est présentée a son importance.

 

N'est pas non plus gratuit le titre que l'artiste donne à une oeuvre. Il est une indication sur sa signification s'il est toujours loisible de ne pas la suivre. Quoi qu'il en soit, les titres des tableaux de Didier Mouron sont évocateurs et laissent une large place à l'interprétation:

 

Tremblements/Eruptions: Contrariété, Patrimoine, Le Piège, Sens interdit, Héritage ou Rappel de mouvements.

 

Originaux: Eruption (l'affiche en est la reproduction), Energie, Ligne de vie ou Duel.

 

Francis Richard

 

Exposition:

 

Du 2 au 18 octobre 2015, de 16 heures à 20 heures, ou sur rendez-vous.

 

Adresse:

 

Espace Didier Mouron

Chemin des Bruannes, 3

1429 Giez

 

Contact:

 

http://www.totm.ch/

 

Trailer de Dreams of Mouron:

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 22:55
Exposition Sergej Aparin à la Plexus Art Gallery de Clarens/MontreuxExposition Sergej Aparin à la Plexus Art Gallery de Clarens/Montreux

Dans le cadre somptueux de la Villa Murillo, où s'est installée la Plexus Art Gallery, à Clarens/Montreux, a lieu ce soir, dès 18 heures 30, le vernissage de l'exposition de Sergej Aparin, ce peintre russe, né en 1961, aujourd'hui en pleine maturité.

 

Comme le rappelle Slobodan Despot dans son magnifique texte du catalogue de l'exposition:

Il était, voici une vingtaine d'années, l'un des astres les plus brillants de la constellation réunie par le regretté Etienne Chatton dans son Musée d'art fantastique du château de Gruyères.

 

Etienne Chatton avait du mérite. Car Sergej Aparin avait le tort de s'être trouvé au mauvais moment au mauvais endroit: il avait immigré en 1991 en Yougoslavie, à Zemun, un faubourg de Belgrade...

 

A Gruyères, passant outre les barrières culturelles, aggravées par la crise politique, Chatton avait maintenu l'un des rares vrais points d'échange et de dialogue entre l'est et l'ouest du continent.

Exposition Sergej Aparin à la Plexus Art Gallery de Clarens/MontreuxExposition Sergej Aparin à la Plexus Art Gallery de Clarens/Montreux

Vingt ans après, Sergej Aparin écrit une autre partie de son traité, sans que pour autant il soit moins exigeant (il aura toujours le regard levé plus haut, vers les grands maîtres et vers le ciel):

Les oeuvres exposées à Montreux sont très éloignées de celles qui l'ont fait connaître. N'était la patte, on pourrait croire à un reniement.

 

Dans la brève présentation que Slobodan Despot fait ce soir, aux côtés de l'artiste, il souligne de plus que la plupart des oeuvres exposées (il y en a plus d'une trentaine) ont été exécutées au cours de l'année écoulée... et dans des registres si différents qu'il semble incroyable qu'il ait pu passer de l'un à l'autre avec une telle facilité.

 

Il y a même un exemple de sculptures minutieuses auxquelles Aparin s'est livré: les trois têtes de cheval de l'exposition ont été sculptées dans trois matières différentes, métal, résine et plexiglas, et aucune d'entre elles n'a été obtenue à partir du moulage d'une autre...

Exposition Sergej Aparin à la Plexus Art Gallery de Clarens/MontreuxExposition Sergej Aparin à la Plexus Art Gallery de Clarens/Montreux

Dans la série Lavaux, on ne retrouve pas le symbolisme ou le surréalisme dalinien de la série Gruyères.

 

Ainsi les chemins à travers les vignes des deux toiles intitulées Labyrinthe ont quelque chose de cubiste, de géométrique, d'agnostique, même si, sur l'une d'elles, la couleur bleue d'un des chemins, qui se fond dans le ciel, finit par se confondre avec la couleur de celui-ci.

 

Ainsi toutes les scènes de genre dans les vignes, qu'il s'agisse de leurs vendanges, ou de leurs traitements, sont peintes en noir et blanc, pour signifier qu'elles se déroulent dans un autre temps (pas très éloigné pourtant), mais dans des lieux encore aujourd'hui reconnaissables.

 

Dans le tableau baptisé, Nous sommes au même endroit, Aparin juxtapose une partie gauche en couleur à une partie droite en noir et blanc, pour mieux nous faire ressentir le vertige de ce gouffre qui s'est creusé, en seulement deux générations, entre la civilisation d'alors et celle d'aujourd'hui. 

 

Comme le dit Slobodan Despot, la beauté de Lavaux résulte, comme nulle part ailleurs, d'une interaction entre Mère Nature - immuable - et l'Homme - l'architecte du Temps. Ce que rend très bien la peinture d'Aparin, par les voies pourtant dissemblables qu'il emprunte pour rendre compte de l'une et de l'autre.

Exposition Sergej Aparin à la Plexus Art Gallery de Clarens/MontreuxExposition Sergej Aparin à la Plexus Art Gallery de Clarens/Montreux

Sur certaines toiles, Aparin a fait des collages métalliques, comme signes, peut-être d'une invasion de la technique dans son monde onirique... Une de ces oeuvres est baptisée Horizon de fer.

 

Sinon, Aparin a osé ajouter son grain de sel à la très riche iconographie du Léman et du Lavaux: Les motifs aériens et aquatiques du peintre trouvent dans l'espace lémanique un théâtre à leur mesure. C'est particulièrement vrai avec Le vent et Journée bleue, le lac.

 

Slobodan Despot défend la thèse que, si dissemblables que paraissent être les oeuvres de la période Gruyères en comparaison avec celles de la période Lavaux, il n'y a pas rupture entre elles mais évolution:

Du moment que la figuration de la réalité passe par le regard et la main d'un artiste, elle relève du fantastique quel qu'en soit par ailleurs le genre.

 

A l'en croire, la phase lémanique de Sergej Aparin, dès lors, apparaît mûrissement plutôt que virage. Qui ne peut être opéré avec virtuosité que lorsque l'on a un talent prodigieux et un idéal rare...

 

Francis Richard

 

Adresse:

"Villa Murillo"

Rue du Lac 61

1815 Clarens/Montreux

 

Visites:

Jusqu'au 31 octobre 2015, du jeudi au dimanche, de 14 heures à 18 heures, ou sur rendez-vous.

 

Contact:

Tél.: 00 41 (0) 79 241 89 13

E-mail: info@galleryplexus.com

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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 16:15
L'art de voir un film, de Jean Collet (Entretiens avec Hervé de Bonduwe)

Dans ces entretiens avec Hervé de BonduweJean Collet ne cache pas que son propos n'est pas d'apprendre au spectateur l'art et la manière de voir un film. Il s'agit plutôt de lui léguer les enseignements qu'il a reçus au long d'une vie consacrée au cinéma.

 

Le lecteur est d'ailleurs complètement rassuré sur les intentions de l'auteur en lisant le livre et, plus particulièrement, en lisant le thème, qui lui est consacré à la fin, en tant que spectateur. Car l'auteur précise qu'il est d'accord avec Molière (1) quand il donnait aux artistes le conseil de plaire:

 

"Il faut qu'un film, un roman nous donnent du plaisir."

 

Cela dit, le plaisir n'empêche pas d'aller plus loin, c'est-à-dire d'étudier. Aussi Jean Collet dit-il: "Oui à l'initiation, oui à l'étude de la littérature et du cinéma. Mais l'étude n'est qu'un moyen, une épreuve à traverser pour accéder à la joie de la découverte, à l'émotion de la rencontre, à la beauté."

 

Jean Collet aborde avec Hervé de Bonduwe neuf autres thèmes pour permettre au "spectateur de bonne volonté" d'en connaître un peu plus sur le cinéma, que ce professeur honoraire des universités a enseigné et sur lequel il a beaucoup écrit en qualité de critique.  

 

Le 7e art aura bientôt 120 ans. Cet art, qui naît alors d'"une trouvaille technique", se distingue des autres arts par la "troublante beauté du jamais vu": "Par le ralenti ou l'accéléré la caméra révèle la limite de nos sens, elle donne accès à ce qui était jusque là invisible."

 

Il se distingue aussi par l'abolition de la frontière entre champ et hors-champ: "A la différence de la peinture, de la photographie et des premiers films de Louis Lumière où le cadre est fixe, l'objectif de la caméra peut se déplacer. Autrement dit, la frontière avec le hors-champ peut être franchie, les coulisses de l'image sont toujours accessibles, on peut changer le contenu du cadre."

 

Les deux sources du cinéma sont le documentaire avec Louis Lumière et la fiction avec Georges Méliès. Même dans le documentaire, il s'agit d'une recomposition de la réalité, qui ne peut être obtenue sans recours à l'artifice: "Il n'y a que des effets de réel."

 

Le résultat de cette recomposition est que "le cinéma, ce n'est pas la vie", le génie d'un cinéaste étant de "donner aux personnages une existence cinématographique", et que l'"on ne peut voir vraiment un film que si l'on a envie d'y croire".

 

Peut-on parler de sujet d'un film? Pas vraiment. Il faudrait parler plutôt d'"idée de film" qui dans l'esprit du cinéaste correspond à un désir et qui doit s'effacer pour que l'oeuvre naisse. Comme tout art, le film n'est jamais une information pure: "De cette impureté, il tire sa richesse."

 

Un film atteint à la beauté quand le cinéaste sait maîtriser l'espace - l'image chargée, voilà l'ennemi - et la durée (tout se joue au montage), quand son regard humain sait donner vie à l'objet filmé et quand la musique, s'il y a musique, répond à une nécessité. Revoir un film est le "critère le plus sûr et le plus simple" pour l'estimer.

 

Pourquoi allons-nous voir un film? "Pour nous évader du temps quotidien, non pour nous en distraire au sens pascalien, mais pour expérimenter un autre rythme et voir notre vie sous d'autres angles." Encore faut-il que le regard porté par le cinéaste soit juste, c'est-à-dire qu'il laisse seul le spectateur être juge, qu'il laisse parler les faits.

 

La création cinématographique est une aventure. Elle n'est jamais un long fleuve tranquille et elle n'atteint jamais la perfection: "D'où l'angoisse et l'humilité des vrais créateurs, c'est d'ailleurs à cela qu'on les reconnaît." Et, en même temps qu'elle est risque, elle est fondée sur la confiance. Fellini disait: "Je ne sais pas... mais je dois faire confiance."

 

C'est une lapalissade que de dire que le cinéma, ce n'est pas le théâtre. Et pourtant: "Il a fallu des décennies pour que les cinéastes comprennent que devant la caméra il faut "sous-jouer" au lieu de "sur-jouer"." Ce ne sont pas toujours eux d'ailleurs qui reçoivent la reconnaissance du public pour, par leur art, lui avoir permis de transcender ses besoins:

 

"Le public est souvent injuste ou ingrat. Il se souvient de ce qu'il a vu: les acteurs."

 

Jean Collet critique fait cet aveu qui l'honore: "J'ai mis longtemps à comprendre qu'il fallait parler de ce qu'on aime et renoncer à démolir ce qui mériterait pourtant de l'être. Il faut s'approcher tant que l'on peut de ce qui est beau et grand et qui nous dépasse. Et puis laisser s'écrouler ce qui ne résistera pas au temps."

 

Il ne faut pas pour autant tomber dans le relativisme et dire que "le tout est intéressant, tout se vaut, tout est égal"...

 

Francis Richard

 

(1) Molière fait dire à Dorante dans la scène VI de La Critique de l'École des femmes: "Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire."

 

L'art de voir un film - Entretiens avec Hervé de Bonduwe, Jean Collet, 174 pages, Hermann

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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