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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 18:55
Ouvertures sur la mer, Philippe Jean, Galerie du Vieux pressoir, à Onnens près Grandson

Philippe Jean, après s'être mis Face à la mer, peint maintenant des Ouvertures sur la mer.

 

Aujourd'hui avait lieu, de 15h00 à 18h00, le vernissage de son exposition homonyme à la Galerie du Vieux Pressoir à Onnens près Grandson, dans le canton de Vaud.

 

La Covid-19 oblige, la tenue de rigueur était masquée à l'intérieur (les masques tombaient heureusement à l'extérieur).

Ouvertures sur la mer, Philippe Jean, Galerie du Vieux pressoir, à Onnens près Grandson

Philippe Jean peint au sol, ce qui suppose une belle visualisation dans le cas de grands formats. Sur une photo prise en 2004, qui figure dans la vitrine ci-dessus, on le devine en pleine action, avec cette légende humoristique:

 

Prière de ne pas nourrir les artistes.

 

Tous les tableaux sont titrés. Sur les 42 titres, les mots qui ont la plus grande occurence sont:

Mer (sept fois)

Bleu (trois fois)

Gris (deux fois si l'on ne compte pas Grey...)

Vague (deux fois)

 

L'artiste n'a pas osé employer l'expression Deuxième vague... ce qui, dit-il, n'aurait peut-être pas été vendeur...

Ouvertures sur la mer, Philippe Jean, Galerie du Vieux pressoir, à Onnens près Grandson

Philippe Jean peint surtout et volontiers sur des supports de récupération et plus particulièrement sur des surfaces provenant d'emballages:

 

- Boîtes à gâteau (il aime les pâtisseries)

- Cartons IKEA

- Enveloppes photo (dans une autre vie il était photographe)

Etc.

 

L'oeuvre ci-dessus est l'exception qui confirme cette règle...

Ouvertures sur la mer, Philippe Jean, Galerie du Vieux pressoir, à Onnens près Grandson

Philippe Jean ne croit pas à l'inspiration, mais au travail. Il fait preuve d'ailleurs d'une grande persévérance puisqu'un tableau peut lui demander plusieurs semaines de travail. Il faut bien que la peinture à l'huile sèche...

 

Dans les tableaux présentés, les mers sont peintes à l'huile et les ciels sont le résultat d'un mixte de peinture acrylique et de peinture à l'huile, ce qui donne à ces derniers profondeur et légèreté.

Ouvertures sur la mer, Philippe Jean, Galerie du Vieux pressoir, à Onnens près Grandson

Philippe Jean ne peint pas d'après ce qu'il voit, que ce soit sur place ou d'après des clichés. Il peint toutes ses ouvertures sur la mer de mémoire, à laquelle il ajoute une bonne dose d'imagination.

 

Car on voit bien - le masque n'empêche heureusement pas de voir - qu'il y a un monde propre à Philippe Jean. S'il a abandonné de peindre des têtes - pour le moment il n'est pas tenté d'y revenir -, il y a une indéniable parenté entre ses têtes et ses mers. Les unes et les autres sont en effet empreintes de mystère, pour lequel il a une forte dilection.

 

Francis Richard

Ouvertures sur la mer, Philippe Jean, Galerie du Vieux pressoir, à Onnens près Grandson

Exposition jusqu'au 25 octobre 2020:

Du jeudi au dimanche de 15h00 à 19h00

 

Lieu:

Galerie du Vieux Pressoir

Michel et Ute Kunz

CH -1425 Onnens près Grandson

 

Contact:

Tél.: 079 375 23 13

Ouvertures sur la mer, Philippe Jean, Galerie du Vieux pressoir, à Onnens près Grandson

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24 janvier 2020 5 24 /01 /janvier /2020 23:15
Face à la mer, Philippe Jean, à la Galerie du Château, à Renens

Philippe Jean abandonne (provisoirement) Les Têtes, qu'il exposa naguère en ce même lieu:

Tête à Tête, Philippe Jean, à la Galerie du Château, à Renens (2017)

puis en un autre:

Têtes à Tête, Philippe Jean, au Vieux Pressoir, à Onnens près Grandson (2018)

 

Un jour, pour se changer de ce sujet, qu'il a arpenté depuis plus de vingt années, il a l'envie impérative de peindre la mer, donc le ciel...

 

Comme il le dit fort bien les deux sont liés:

 

Là où commence le ciel s'arrête la mer. Là où finit la mer commence le ciel. Et la mer ne finit pas.

 

Il aime les variations et, dans ce travail, il varie les proportions:

 

La mer peut déborder la toile, et revendiquer l'entier du territoire. Ou alors elle s'incline face au ciel, et se fait très basse sur l'horizon, laissant au ciel tout le temps pour se déployer.

 

La mer et le ciel peuvent même prendre la place l'une de l'autre. Philippe Jean en fait la démonstration en retournant un de ses tableaux...

Face à la mer, Philippe Jean, à la Galerie du Château, à Renens
Face à la mer, Philippe Jean, à la Galerie du Château, à Renens
Face à la mer, Philippe Jean, à la Galerie du Château, à Renens

Comment peint-il? En se faisant des recommandations d'ordre général:

 

Ne pas jouer d'effet de profondeur pour donner la sensation de l'infini. Poser simplement le ciel sur le socle. La limite est donnée par la mer, mur d'eau, sur lequel vient flotter la lumière.

 

des recommandations matérielles:

 

Privilégier les huiles pour le traitement de l'élément liquide, et l'acrylique [...] pour tenter de dire le ciel.

 

des recommandations pour le support: le carton pour les petits formats et la toile pour les plus grands.

 

Aux vingt-sept tableaux accrochés, il donne des noms.

 

Pour certains d'entre eux, il s'inspire de poètes tels que Baudelaire (La mer est ton miroir, Toujours tu chériras la mer), Ronsard (La mer me porte) ou Musset (Cherche un rayon d'or).

La mer infiniment

La mer infiniment

Lumières crépusculaires

Lumières crépusculaires

La mer au carré

La mer au carré

Pour d'autres, les plus grands en taille, il donne des noms en proportion: La mer infiniment, Lumières crépusculaires, La mer au carré...

 

Mais est-il sérieux quand il en nomme un Sur la plage abandonnés (qui fait penser à La Madrague chantée par Brigitte Bardot), et un autre L'origine du monde (qui fait penser à la peinture de Gustave Courbet)? Mais, dans ce dernier cas, peut-être faut-il y voir une allusion à la mer, mère de toutes les mères...

 

Quoi qu'il en soit, si le peintre trouve ainsi dans son art des correspondances avec d'autres, le thème de la mer s'est bien imposé à lui, pour le moment, et il l'écoute, dit-il, avec l'ivresse des profondeurs.

 

Francis Richard

 

Première présentation de Face à la mer, de Philippe Jean:

Vendredi 24 janvier 2020 de 17h à 20h

Samedi 25 janvier 2020 de 14h30 à 17h

 

Lieu:

Avenue du Château 16

1020 Renens

 

Contact:

Tél.: 076 527 90 43

www.galerieduchateau.ch

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19 mai 2019 7 19 /05 /mai /2019 16:30
Un repas concert, avec le Choeur Parenthèse et La Croche Choeur, à Savigny

Hier soir,au Forum de Savigny, avait lieu un repas concert donné par deux choeurs mixtes, le Choeur Parenthèse de Savigny et La Croche Choeur de Granson.

Les deux choeurs ensemble

Les deux choeurs ensemble

Après l'apéritif, dès 18h30, le spectacle commence à 19h par deux chants que les deux choeurs entonnent ensemble: Amavolovolo, qui est un chant zoulou, et le célèbre Hymne à l'amour, qu'Edith Piaf adressait à Marcel Cerdan.

Marylise Emery, présidente du Choeur Parenthèse

Marylise Emery, présidente du Choeur Parenthèse

Le repas commence juste après ce début prometteur d'une belle soirée. Chaque partie du repas est alors entrecoupé par les chants d'un des deux choeurs. Il se termine par des chants des deux choeurs ensemble, comme au début.

Un repas concert, avec le Choeur Parenthèse et La Croche Choeur, à Savigny

Pour en donner un aperçu voici une photo du plat:

Filet de poulet au curry rouge - Riz - Légumes du marché

Filet de poulet au curry rouge - Riz - Légumes du marché

Et du dessert:

Mousse au chocolat - Sorbet framboise

Mousse au chocolat - Sorbet framboise

Les deux vins de Lavaux proviennent de Hubert Testuz et fils. Le rouge, Le Closelet, est un pinot noir et le blanc, Les Landries, un chasselas ...

"Le Closelet" et "Les Landries"

"Le Closelet" et "Les Landries"

La Croche Choeur dirigé par Stéphanie Amacker

La Croche Choeur dirigé par Stéphanie Amacker

C'est le choeur invité, La Croche Choeur, qui chante en premier, entre l'entrée et le plat:

- Le bon temps (Pierre Hüwiler)

- La ballade nord-irlandaise (sur les motifs de Water is deep, Renaud)

- Mon amant de St-Jean (paroles de Léon Agel, musique d'Émile Carrara)

- Sanctus (en estonien, Urmas Sisask)

- La cabaña (en espagnol, Emilio Murillo)

Choeur Parenthèse, dirigé par Nathalie van Bignoot

Choeur Parenthèse, dirigé par Nathalie van Bignoot

Le Choeur Parenthèse chante après le plat:

- Tournent les violons (Jean-Jacques Goldman, David Beaugrand)

- Méli mélo (abbé Joseph Bovet)

- Barbara Ann (en anglais, The Beach Boys, Mario Thürig)

- Amstrong (Claude Nougaro, Pierre Hüwiler)

- Ipharidisi (chant traditionnel sud-africain)

- Soon and very soon (en anglais, Andrae Crouch)

- Down by the river side (en anglais, Johan van Slageren)

- God be with you (en anglais, Olivier Nusslé)

Stéphanie Amacker et Nathalie van Bignoot

Stéphanie Amacker et Nathalie van Bignoot

Luc-Olivier Bünzli

Luc-Olivier Bünzli

Trois chants terminent le programme:

- An Irish blessing (en anglais, James E. Moore Jr.)

- Aye kerunene (chant africain)

- Arum dem Fayer (chant traditionnel yiddish)

 

Deux chants sont bissés (Tournent les violons et God be with you) et deux autres chantés (avec la salle), non prévus au programme.

 

Les trois qui se sont succédé à la direction du Choeur Parenthèse, depuis sa création en 2002, auront été là: Luc-Olivier Bünzli, Stéphanie Amacker et Nathalie van Bignoot.

 

Avant un dernier verre, la présidente Marylise Emery adresse ses remerciements à tous.

 

Francis Richard

 

PS

 

Le Choeur Parenthèse répète tous les mercredis de 20h à 22h à la Maison commune de Savigny (sauf vacances scolaires).

 

Le Choeur Parenthèse se produira le 21 juin 2019, à partir de 19h dans les Galeries St-François, à Lausanne, à l'occasion de La fête de la musique.

Un repas concert, avec le Choeur Parenthèse et La Croche Choeur, à Savigny

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26 novembre 2018 1 26 /11 /novembre /2018 22:00
D'un pas à l'autre, de Zivo & Valérie Ivanovic

Ce bel objet est composé d'images et de textes. Valérie tient la plume et Zivo le pinceau, dans l'atelier. Zivo y prodigue ses couleurs et Valérie ses mots.

 

Chacun dans son art, l'aquarelle pour Zivo, le poème pour Valérie, laisse libre cours à son imaginaire où le végétal, l'animal et l'humain souvent se mêlent.

 

Les peintures et les vers se répondent et créent un univers où celui qui regarde et lit trouve matière à évasion. Le réel s'abstrait et l'abstrait se réalise.

 

Les cinq poèmes oniriques de Valérie sont précédés d'un titre qu'annonce le pinceau de Zivo et ces titres, déjà, invitent au rêve le lecteur et voyeur.

 

Si, à défaut de reproduire des images, on veut au moins avoir un aperçu des sons qui les accompagnent, il faut en passer par quelques brèves citations:

 

Ô ce moi qui recule! Sur ton dessin les ondoiements

                                                                 incertains

d'une trajectoire batracienne.

(Ce moi qui recule)

 

Et j'apprends que ton aïeule de là-bas détenait

parmi ses modestes possessions

un bocal de sangsues

prêtes à l'usage.

(Entre les doigts)

 

Chaque fois que nous parlerons de la mort,

nous nous chantournerons l'un l'autre

d'un espace horrible.

(Telle Psyché)

 

Et, depuis les tendres sabots, masqués pour la forme,

nous attribuons au rythme libre

la noble cause de plus nombreux désirs - aériens.

(Au milieu de l'atelier)

 

Ainsi, lorsque le matin tu me tires d'une abyssale apnée

et que tu fais tenir en équilibre debout

sur la tranche l'un de tes carnets à dessins

que tu m'ouvres avec le bonjour rituel,

j'y découvre - encore rêvé de tes doigts -

du mobilier végétal

élancé et frêle, qui vibre,

tels les élytres d'un insecte --

(Tout au fond de l'atelier)

 

On ne peut qu'être ému, en lisant, en regardant les pages de ce livre d'être admis dans la complicité de ces deux artistes, qui se révèlent sans se dévoiler...

 

Francis Richard

 

D'un pas à l'autre, Zivo & Valérie Ivanovic, 128 pages, BSN Press

 

Vernissages et dédicaces:

- Librairie La Fontaine (Vevey), 29 novembre 2018, de 17h à 19h

- Librairie Molly & Bloom (Lausanne), 30 novembre 2018, de 17h à 19h

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20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 23:45
C'est encore la nuit, une installation de Mounir Fatmi

Cet ouvrage est publié à l'occasion de l'exposition de mounir fatmi, "c'est encore la nuit", présentée du 14 avril au 16 mai 2015, dans le cadre de la Saison culturelle France-Maroc.

 

Pourquoi parler de cet ouvrage aujourd'hui? Parce qu'une édition a paru en 2018.

 

Cet ouvrage comprend quelques textes et des photos d'un lieu en noir et blanc. Rien de plus banal. Ce qui l'est moins, c'est que Mounir Fatmi a réalisé une installation dans ce lieu, qu'il a donc réaffecté, puis photographié.

 

La prison de Kara, à Meknès (Maroc), est ce lieu. Elle a été construite au XVIIe siècle par le sultan Moulay Ismaïl, en sous-sol... Y étaient enfermés des prisonniers de droit commun et des esclaves chrétiens enlevés par des pirates.

 

Cette prison, sombre et étouffante, souterraine, est immense: elle pouvait contenir jusqu'à quarante mille détenus et 80 oculus y apportaient lumière et aération. C'est aujourd'hui un espace où il est facile de se perdre, précise le plasticien.

 

Celui-ci a eu l'idée d'installer des disques sous les 80 oculus et sur ces disques de faire calligraphier, en arabe et en français, des extraits de poèmes de Abderrahman El Madjoub, poète soufi populaire au Maroc.

 

Ce poète meknassi du XVIe siècle peut sans doute être qualifié de révolutionnaire, surtout pour son époque. Il débutait en effet tout par le doute: le doute est le commencement de la sagesse, disait-il, sentence aimée de l'artiste.

 

La prison de Kara est aujourd'hui un lieu où des jeunes gens amoureux se donnent des rendez-vous secrets et où ils inscrivent sur les murs graffitis et mots d'amour.

 

Avec cette installation, la prison de Kara, détournée déjà de sa destination initiale, s'est vue introduire un moyen d'évasion, la poésie, dont Varlam Chalamov (vingt ans de Goulag) disait, relate Barbara Polla, qu'il est le cinquième besoin fondamental de l'homme oublié par Thomas More...

 

L'artiste a donc parachevé de faire d'un lieu d'enfermement, un espace de liberté, auquel aspirait l'amour... succédant à la détention.

 

Francis Richard

 

C'est encore la nuit, Mounir Fatmi, 112 pages, SFpublishing

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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 12:15
Visuel de l'inauguration réalisé par Carl Alex, coiffeur et photographe

Visuel de l'inauguration réalisé par Carl Alex, coiffeur et photographe

Hier soir avait lieu, dès 17 heures 30, l'inauguration de l'Atelier CE et des bureaux de Jean-Yves Epiney SàRL, rue de Mura 27, à Muraz Sierre (3960).

 

L'Atelier CE est celui de Carole Epiney (l'une des deux filles de Jean-Yves Epiney) qui est au moins doublement artiste puisqu'elle est à la fois comédienne et créatrice picturale.

Rue de Mura à Sierre

Rue de Mura à Sierre

Atelier CE, vu de la rue

Atelier CE, vu de la rue

Dans son jeune temps, CE a fréquenté l'Ecole Cantonale d'Art du Valais. Mais sa création picturale a connu une longue éclipse, due à tout le temps qu'elle a consacré à une autre activité artistique, le théâtre.

 

CE est diplômée du Conservatoire d'Art dramatique de Lausanne (2001-2003) et de l'École du Théâtre des Teintureries (2003-2006).

 

En 2010, elle fonde la Compagnie Tête en L'air avec Damien Gauthier, dont elle est présentement la directrice artistique. J'ai parlé ici d'ailleurs de deux des créations de cette compagnie:  Bérénice, en 2015, et, cette année, Les névroses sexuelles de nos parents.

Paysage lacustre, lémanique

Paysage lacustre, lémanique

Il y a quelque deux ans maintenant, le 17 décembre 2016, j'ai découvert que Carole Epiney avait une autre corde à son arc artistique.

 

Me rendant à la 1ère Édition du Marché des Créatrices de la Maison de Quartier du Vallon, à Lausanne, je suis tombé sur ses oeuvres picturales. Et j'ai eu un coup de coeur pour l'une d'entre elles, un paysage lacustre, lémanique.

 

Ce magnifique tableau a trouvé chez moi sa place entre des rayons de bibliothèque surchargés et une colonne de DVD, sous le poème If, de Rudyard Kipling, que feue ma mère m'a offert, intentionnellement...

 

Aujourd'hui ce tableau se décline sur des produits dérivés: il apparaît en fond des cartes de visite de Carole Epiney, il illustre ses sacs en toile bio...

Recto de la carte de visite de CE

Recto de la carte de visite de CE

Les sacs en toile bio de CE

Les sacs en toile bio de CE

Atelier CE vu de l'intérieur

Atelier CE vu de l'intérieur

Une visite de l'Atelier confirme que CE a trouvé son style, qui perdure même si évoluent ses créations, dont les motifs d'une grand finesse sont des fleurs, des paysages de montagnes et d'eaux, des vues citadines empreintes de poésie.

 

Dans son atelier, CE vient pour travailler au rythme actuel de deux jours par semaine, c'est à dire peindre - ce qui lui permet de créer de ses mains -, lire, préparer ses projets de jeux ou lectures théâtraux.

Olivier Lambelet et Carole Epiney à l'issue de l'AG de Tulalu!?

Olivier Lambelet et Carole Epiney à l'issue de l'AG de Tulalu!?

Ces temps, CE et son complice Olivier Lambelet ont multiplié les lectures, ici ou là en Suisse romande, des premières lettres de la Correspondance amoureuse entre Corinna Bille et Maurice Chappaz, que les éditions Zoé ont publiée en 2016 sous le titre malicieux de Jours fastes.

 

Les membres de l'association littéraire Tulalu!?, présidée par Carole Dubuis, ont eu le bonheur de les entendre à l'issue de leur Assemblée générale annuelle du 3 octobre 2018, si bien que le mois d'octobre m'apparaît être cette année le mois de Carole...

 

Francis Richard

 

PS

 

Pour joindre CE, voici ses coordonnées:

Verso de la carte de visite de CE

Verso de la carte de visite de CE

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 19:00
Têtes à Tête: Philippe Jean, au Vieux Pressoir, à Onnens près Grandson

Cette après-midi avait lieu le vernissage de l'exposition de cinquante-et-une toiles (ou cartons ou mixtes) de Philippe Jean, au Vieux Pressoir, à Onnens, dans le Nord vaudois, où Michel et Ute Kunz accueillent des artistes depuis cinquante ans.

 

Au rez sont exposées des oeuvres de Philippe Jean dont les titres sont des invitations à la poésie ou au voyage et représentent des paysages informels:

 

Les étoiles nous attendent

Le ciel nous regarde 

Partirez-vous seul ?

Au-delà de l'herbe

etc.

 

C'est à la cave que se trouvent les têtes, ces oeuvres entêtantes, où se mêle l'ombre à la lumière et vice-versa, qui semblent comme hallucinées et peuvent donc inquiéter, si l'on ne prend pas la peine de les apprivoiser dans sa tête.

Têtes à Tête: Philippe Jean, au Vieux Pressoir, à Onnens près Grandson
Au rez, des "paysages informels"

Au rez, des "paysages informels"

Il faut dire que l'artiste a commencé, il y a vingt ans, à faire ces têtes avec sa senestre, quand sa dextre était hors d'usage à la suite d'une chute de ski... Ce qui explique peut-être cela... mais montre surtout que l'artiste est mu par le besoin irrépressible de créer.

 

Avant de donner la parole à Gil Pidoux, qui lira un extrait du magnifique texte qu'il a publié, à l'occasion de cette exposition, dans le numéro d'avril-mai 2018 de Pharts, Philippe Jean fait à l'assistance une recommandation, qui fut un jour papale: N'ayez pas peur!

 

Il lui donne même le mode d'emploi de Gil Pidoux: Je leur ai tourné le dos, non pour les mépriser mais, me retournant, pour les surprendre. Ce sont elles, ces têtes qui m'ont surpris, elles qui ont durement bousculé ma façon de les regarder... 

Têtes à Tête: Philippe Jean, au Vieux Pressoir, à Onnens près Grandson
A la cave, les "Têtes"

A la cave, les "Têtes"

Du texte inspiré de Gil Pidoux, il convient ici de retenir quelques bonheurs d'expressions.

 

Il dit de ces têtes qu'elles représentent une hallucinante peuplade préhistorique et présente. Autrement dit: elles sont des premiers âges autant que d'aujourd'hui.

 

Il voit en elles des totems de la stupeur et de l'effroi.

 

Il voit chez Philippe Jean la volonté de répéter l'acte insensé de la création, c'est-à-dire d'expulser de son crâne, le cri de la terreur et de la joie...

 

De plus, il se dégage de ces visages une impalpable spiritualité, qui ne méprise pas le réel:

 

Que l'on fixe un instant la cavité de l'oeil, anfractuosité dont on pourrait croire le regard absent, on est soudain regardé, fixé, avec une insoutenable acuité...

Philippe Jean et Gil Pidoux

Philippe Jean et Gil Pidoux

Les Déracinés: "un gamaret garanoir d'exception"

Les Déracinés: "un gamaret garanoir d'exception"

C'est le verre à la main que Philippe Jean a donné la parole à Gil Pidoux. Rien ne plus normal en ces lieux dédiés à l'art et au vin, qui est lui-même le fruit de tout un art.

 

Avec un vigneron d'Onnens, Didier Gaille, Philippe Jean a d'ailleurs créé un gamaret garanoir d'exception, qu'ils ont baptisé Les déracinés et dont l'étiquette reproduit chaque année une nouvelle Tête de Jean depuis vingt ans.

 

Didier Gaille disparu, son fils Camilien Gaille a pris la relève et l'élevage du vin continue avec une originale Tête de Jean pour symboliser chaque millésime.

 

Comme un art peut en cacher un autre, le vernissage se poursuit en musique, tandis que de franches lippées et une joyeuse verrée favorisent les conversations...

 

Francis Richard

 

Exposition précédente:

Tête à Tête, Philippe Jean, à la Galerie du Château, à Renens (2017)

Le vernissage se poursuit en musique...

Le vernissage se poursuit en musique...

Têtes à Tête: Philippe Jean, au Vieux Pressoir, à Onnens près Grandson

Images du vernissage dans l'émission Quatre villages, un pays du 15.08.2018 sur la TSR1 à partir de 42:09 :

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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 23:55
Hard Core, d'Abdul Rahman Katanani

Entre les mains, un livre insolite, reçu ce jour. Il est édité par Barbara Polla, i.e. par Analix Forever, et est sorti le 2 décembre 2017, le jour du vernissage d'une exposition d'oeuvres d'Abdul Rahman Katanani, sous le titre Hard Core, expression qui, en anglais, signifie noyau dur...

 

Cette exposition a eu lieu à Paris 11e, à la Galerie Magda Danysz, 78 rue Amelot, du 2 décembre 2017 au 13 janvier 2018. Pourquoi parler de ce livre? Parce qu'il s'agit d'un objet d'art. Qui m'a été envoyé par l'éditrice, après coup, parce qu'elle savait que je serais intéressé et intrigué.

 

Comme la photo de la couverture reproduite ci-dessus le suggère, celle-ci est en carton à l'extérieur, mais, à l'intérieur, elle est gris métallisé: ce qui fait référence d'un côté aux matériaux de récupération et de l'autre aux matériaux métalliques utilisés par le plasticien dans ses oeuvres.

 

Le lecteur et voyeur découvre des photos, pleine page, qui reproduisent, en nuances de gris, ses oeuvres en fil de fer barbelé, le hard core de son travail, et en tôle ondulée, qui lui est aussi essentielle: il ramasse ces matériaux dans le camp de réfugiés de Sabra, au Liban, où il est né pendant la guerre civile...

 

Les pages de textes - il y en a cinq, dus à Christophe Donner, Nicolas Echenagucia, Barbara Polla, Paul Ardenne et Pascal Yonet -, sont de dimension plus petite que celles des images. C'est fait exprès, pour que l’on ne puisse pas lire sans voir les images: Les images priment; c’est un livre d’artiste…  

 

Abdul Rahman Katanani, 33 ans, a commencé par faire des caricatures à l'âge de 15 ans, mais [il a] arrêté en 2007 : J'accrochais mes dessins sur un mur du camp de Sabra à Beyrouth où je vis, c'était comme un rendez-vous hebdomadaire, un journal de la rue qui rassemblait beaucoup de monde...

 

Un jour, il a ressenti le désir de véritablement créer et de changer [sa] manière de penser : L'art permet de sortir tout ce qu'il y a en nous et en même temps cela peut encourager certaines personnes de notre entourage à faire preuve d'esprit critique, à devenir artistes ou bien simplement à faire des études...

 

Parmi ses projets il en est un de particulièrement symbolique. Il s'agit de réaliser une pièce qui s'appellera Why coming back ? :

 

Sur les toits des camps, il y a des pigeonniers. Les pigeons vivent dans ces pigeonniers comme nous dans les camps de réfugiés: on y reste bloqués si longtemps que l'on finit par croire que c'est notre maison. Et quand les pigeons sortent - ou si nous sortons - le chef du camp siffle, et nous, les pigeons et les hommes, rentrons dans le camp...

 

Francis Richard

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7 novembre 2017 2 07 /11 /novembre /2017 23:55
Le voyage à Paris - Un carnet de Pierre Aubert, de Raphaël Aubert

Le peintre Pierre Aubert (1910 - 1987) est le père de l'écrivain Raphaël Aubert.

 

Dans Le voyage à Paris, Raphaël présente un carnet de croquis de Pierre, comme celui-ci en avait toujours en poche quand il sortait de chez lui.

 

Ce carnet-là avait de l'importance aux yeux de Pierre puisqu'il le montrait très volontiers aux amis et aux connaissances de passage... et le laissait feuilleter par son fils...

 

Il est composé de vingt dessins de Pierre, non datés, sauf le premier qui est du 29 novembre 1968 et le dernier qui est du 2 décembre 1968:

 

Quatorze dessins sont consacrés au voyage proprement dit, de Vallorbe à Paris, et six à des lieux parisiens familiers et aimés de l'artiste.

 

Le texte de Raphaël est suivi d'un texte lumineux de Philippe Kaenel intitulé Kaléidoscope sans fin que précède la reproduction du support et des vingt dessins, qui sont tous oeuvres de Pierre.

 

Car le carnet même est de Pierre. Il ne provient pas du commerce: l'artiste l'a assemblé lui-même, sous la forme d'un dépliant, d'un leporello, avec sa reliure.

 

Avant de faire des commentaires circonstanciés sur chacun des croquis de cette série de vingt, Raphaël raconte Pierre et ce que Paris représente pour ce dernier.

 

Pierre s'y rend plusieurs fois, la première en 1934. A Raphaël il dira que ce qui l'a marqué avant tout, lors de ce voyage, c'est la découverte d'un grand musée, le Louvre:

 

Par la suite, à chacun de ses séjours à Paris, à partir de la fin de la guerre et jusqu'au milieu des années 1980 encore, il ne manquera jamais de s'y rendre et d'y passer de longues heures.

 

Non seulement Pierre aime des lieux parisiens situés à Montparnasse et à Saint Germain-des-Prés, mais aussi les heures passées dans le train qui le conduit à Paris...

 

Les dessins du carnet reproduits dans le livre sont bien des croquis, spontanés. Pierre dessine en quelques traits rapides, saisit les scènes dans leur immédiateté, avec virtuosité:

 

Ce qu'il aimait avant tout dans cet exercice, c'était la liberté qu'il offrait. C'était l'exercice lui-même. Une forme, encore une fois, d'expression sans contrainte...

 

Et la façon dont Raphaël en parle, savamment, montre bien que Pierre lui a appris à voir...

 

Francis Richard

 

Le voyage à Paris - Un carnet de Pierre Aubert, de Raphaël Aubert, 114 pages Art & Fiction

 

Vernissage le 8 novembre 2017 à partir de 18h30 à la boutique d'Art & Fiction, avenue de France 16, 1004, Lausanne

 

Livres précédents de Raphaël Aubert:

Malraux & Picasso - Une relation manquée, 124 pages,  Infolio (2013)

Cet envers du temps - Journal 2013, 292 pages, L'Aire (2014)

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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 21:30
Soirées émotions pour les 40 ans de carrière de Didier Mouron

Quatre soirées émotions pour 40 ans de carrière de Didier Mouron : c'est peu, mais je savais que ce serait du bonheur, rien que du bonheur, qu'il me faudrait cueillir le jour du soir où je m'y rendrais. Et, lors de la soirée d'hier, 8 octobre 2017, à tout juste 18 heures, je fus déçu en bien: Horace avait raison...

 

Après la journée d'émotions intenses, que m'avaient procurées une visite à Orbe et une lecture, c'était du pur bonheur que d'être accueilli aussi chaleureusement par le trio Mouron : par Isabelle, qui me fit la bise spontanément, par Didier et Quentin, qui me serrèrent la main fermement.

 

Il s'était pourtant passé du temps depuis que nous nous étions vus, mais ils n'en ont rien laissé paraître. Tous trois ont fait comme si nous nous étions vus la veille et qu'ils étaient heureux de me  retrouver aussi vite, alors que je sentais bien que j'avais été prodigue de mon temps sans eux.

Le terrain de jeu des Mouron : l'Espace DM
Le terrain de jeu des Mouron : l'Espace DM
Le terrain de jeu des Mouron : l'Espace DM

Le terrain de jeu des Mouron : l'Espace DM

Leur terrain de jeu, l'Espace DM, situé à Giez, dans le Nord vaudois, se prête aux rencontres: c'est une sorte de village intérieur où les murs de pierre, la charpente et l'escalier en bois forment un écrin, pour les êtres et les choses, dont, bien sûr, les tableaux réalisés au crayon par Didier.

 

En quelque quarante ans, Didier a réalisé plusieurs centaines de tableaux. Les derniers accrochés sont ceux d'un triptyque - Les innocents I, II, III - et portent les numéros 0472, 0473 et 0474... Quentin me glisse que la réalisation du moindre tableau demande une centaine d'heures de travail...

 

Didier aime la difficulté. Les chefs-d’œuvre, dans quelque art que ce soit, exigent de la contrainte pour parvenir au sublime, car c'est ainsi que l'homme peut se dépasser. Alors Didier dessine sur du papier canadien qui ne souffre pas la gomme et qui demande donc de dessiner d'un trait...

Diotime, 2016, 0463

Diotime, 2016, 0463

Élévation, 2016, 0462

Élévation, 2016, 0462

Prends-moi la tête, 1999, 0363

Prends-moi la tête, 1999, 0363

Pourquoi aime-ton un tableau ? Je ne sais, Dieu le sait... C'est pourquoi on parle de coups de cœur. Le mien a battu pour deux tableaux récents: Diotime et Élévation, réalisés en 2016. J'y ajoute Prends-moi la tête, qui date de 1999 et qui, certes, comme les deux autres, me fait rêver, mais aussi sourire...

 

Didier et Quentin sont tous deux artistes dans l'âme et leurs doigts qui tiennent l'un le crayon, l'autre la plume, en sont le prolongement. De quoi peuvent donc bien parler deux artistes quand ils se rencontrent dans l'espace qu'ils partagent ? De leur art. Et Didier reconnaît que ces échanges l'ont fait évoluer.

 

Le paradoxe est que ces échanges ont eu pour résultat d'augmenter la difficulté de réalisation pour Didier. En passant de dessins aux contours affirmés à des dessins aux formes floues, Didier doit attendre leur achèvement pour comprendre ce qu'inconsciemment ses doigts se sont dicté comme mouvements...

 

Francis Richard

 

Didier Mouron a un site internet, qui vaut la visite virtuelle, à défaut de lui rendre une visite réelle: http://www.totm.ch/

 

L'Espace DM se trouve à l'adresse suivante :

Chemin des Bruannes 3

CH - 1429 Giez

 

Et Didier Mouron peut être contacté par téléphone : + 41 79 812 24 57

ou par mail : info@totm.ch

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 12:00
Au creux de la main, de PJ Harvey & Seamus Murphy

Au creux de la main, l'être humain se révèle, qu'il tende ce creux pour mendier ou qu'il le regarde pour en lire quelques lignes, qu'il le forme en tenant entre ses doigts plume ou appareil-photo.

 

PJ Harvey (chanteuse, auteur-compositrice de rock alternatif), et un photographe, Seamus Murphy, tous deux britanniques, ont fait ensemble, entre 2011 et 2014, des voyages au Kosovo, en Afghanistan et à Washington DC. Ils en ont rapporté mots et images, qui nous parlent dans un recueil à deux voix.

 

Dans ce recueil (paru en 2015, en anglais, sous le titre The Hollow of the Hand), sont toutefois reproduites des photos antérieures à leurs voyages en commun. Leur continuité donne l'impression que le temps s'est comme immobilisé pendant les presque deux dernières décennies (les plus anciennes de ces photos remontent à 1998).

 

Prises sur le vif ou sur le mort, en noir et blanc ou en couleurs, les photos de Seamus montrent un monde à l'abandon, au milieu de ruines ou de déchets. Le symbolisent cette carcasse de bovidé, laissée au milieu d'une route bitumée du Kosovo, ou ce cadavre d'homme, couché sur une route de pierres qui mène à Kaboul.

 

Les mots pour le dire viennent naturellement sous la plume de Polly Jean Harvey. Dans The abandoned village, elle ne trouve, par exemple, que des traces d'une jeune fille qu'elle a pourtant bien cru apercevoir entre deux murs criblés, sous-entendu criblés de balles:

 

I looked for the girl upstairs. Found

a comb, dried flowers, a ball of red wool

unravelling.

 

J'ai cherché la fille à l'étage. Trouvé

un peigne, des fleurs séchées, une pelote de laine rouge

déroulée.

 

De ce monde à l'abandon, de ces ruines, la guerre et la misère, qui ont la plupart du temps partie liée, sont la cause. Seamus photographie le cimetière d'Arlington qu'arpentent deux vieilles grosses dames, remplissant vraisemblablement un devoir de piété, tandis que Polly évoque Two Cemeteries:

 

A stray dog sleeps against a headstone.

 

Un chien errant somnole contre une pierre tombale.

 

A gardener prunes cherry trees

and the warden resets a headstone.

 

Un jardinier élague des cerisiers

et le gardien redresse une pierre tombale.

 

La guerre est omniprésente dans le recueil, notamment dans les pages consacrées à l'Afghanistan, où Seamus a saisi, à Kaboul, une foule de passionnés de combats de volatiles. Polly ne peut que constater:

 

They fight with rams. They fight with larks.

They fight with knucklebones and calves.

There must be something in the air.

There is fighting everywhere.

 

Ils se battent avec des béliers. Ils se battent avec des alouettes.

Ils se battent avec des osselets et avec des veaux.

Ça doit être dans l'air.

Partout l'ambiance est à la guerre.

 

Si aussi bien les photos que les poèmes font écho à l'humaine tragédie, les unes et les autres se terminent tout de même par une touche de couleur, car la vie continue. Alors que Seamus capture dans son objectif une fillette noire sous un arbre en fleurs orangé à Washington DC, Polly voit poindre à l'horizon d'Anacostia une lueur crépusculaire:

 

a tiny red sun

like a tail light

down the overpass

 

un tout petit soleil rouge

comme un feu arrière

au bas du pont autoroutier

 

Francis Richard

 

Au creux de la main, PJ Harvey & Seamus Murphy, 232 pages L'Âge d'Homme

(traduit de l'anglais par Laure Gall et Patrick James Errington)

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 22:55
Lampedusa, aller simple, de Jacques Cesa

L'écriture poursuit l'action, devient aide-mémoire pour la main qui dessine.

 

Cette phrase de Christine Tolck-Merçay, qui a relevé les carnets de Jacques Cesa, résume ce que contient le livre de ce dernier, Lampedusa, aller simple. Car ce livre est un recueil de notes écrites et illustrées par lui.

 

Jacques Cesa est artiste peintre. Il vit en Suisse, à Crésuz. Il est descendant d'immigrés italiens. Il ne peut rester indifférent à la crise migratoire qui a pris de l'ampleur en 2015 et aux drames humains qui la caractérisent.

 

Par deux fois, en 2015-2016, il s'est rendu à Lampedusa, l'île symbole de cette crise, son île étape la plus connue, depuis le naufrage, près d'elle, le 3 octobre 2013, d'une embarcation avec à bord environ 500 migrants clandestins.

 

Il s'est rendu à Lampedusa, île italienne située entre la Sicile et la Tunisie, traversant l'Italie du nord au sud, à contre-courant du flux migratoire, faisant étape dans les lieux où des migrants se trouvent ou ne font que passer.

 

Ces lieux de migration, ce sont des ports, des camps d'accueil, des gares, des terrains vagues, des rivages, des centres de tri, des douanes, des barbelés et des murs, comme l'écrit son ami Raymond Durous dans sa postface.

 

Ce livre n'a pas la prétention d'apporter des solutions: il raconte simplement, avec des mots, avec des dessins. Jacques Cesa qui a bon coeur ne peut retenir sa main gauche - il est gaucher - d'écrire et de dessiner, pour témoigner.

 

Il témoigne parce qu'il ne peut pas se taire après avoir vu de près, lors de ses deux périples, la misère des migrants rencontrés. Comme il éprouve beaucoup d'empathie pour eux, il se fait en quelque sorte leur porte-parole.

 

Parmi les dessins, il en est de tendres, comme celui de cette mère dont l'enfant fait corps avec elle; ou de durs, comme celui du pont d'une camionnette, sur lequel une dizaine de migrants sont alignés, les mains derrière la tête.

 

Parmi les dessins, il en est de symboliques, comme celui qui représente le naufrage du 3 octobre 2013, avec au milieu l'impératrice Placidia; ou de tragiques comme l'encombrement des épaves de Lampedusa qui forme une seule masse colorée...

 

Pendant ses deux séjours, Jacques Cesa fait de belles rencontres:

 

Les migrants croisés ici et là, entre la Gruyère, Rome et la Sicile; la musicologue et chanteuse Giovanna Marini, dans sa maison de Frascati et au Théâtre India; les soeurs de la Charité au Monteverde Vecchio; les frères Falco en Calabre...

 

Mais Jacques Cesa ne parle pas seulement avec compassion des migrants d'aujourd'hui:

Les premiers migrants, partis à la conquête de la Terre, exilés de l'Eden, sont Eve et Adam.

Gn 317-18

"Honnie est la glèbe à cause de toi.

... mange l'herbe du champ."

 

Jacques Cesa parle aussi des éternels migrants, qui, eux, font des allers-retours, en suivant la voie apprise depuis des générations: Le retour est planifié. Les oiseaux migrateurs suivent les constellations, qui deviennent des repères dans le ciel.

 

Francis Richard

 

Lampedusa, aller simple, Jacques Cesa, 256 pages Editions de l'Aire

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 22:55
Je couche toute nue, Camille/Auguste

Dans sa note liminaire, l'éditeur définit l'objet du livre:

 

L'histoire est connue pour avoir été cent fois racontée, filmée. La voici, telle quelle, brutale, naturelle et poétique. Les sources seules, sans commentaires ni notes. Correspondance inédite, journaux intimes, carnets...Une passion sans détours, racontée comme un roman par ses archives.

 

Le lecteur ne peut être que ravi: il n'est pas porté de jugement sur Camille et Auguste, de vingt-trois ans son aîné. Les pièces du dossier sont entre ses mains. En les parcourant, il ne peut que se dire, avec Paul Claudel, le frère de Camille:

 

Il est bien rare que la vocation artistique soit une bénédiction. (Mémoires improvisés, 1951)

 

Celle de ces deux génies que furent Camille Claudel et Auguste Rodin, en tout cas, ne le fut finalement pas, ni pour l'un ni pour l'autre. Et le lecteur découvre, peu à peu, ce qu'ils furent l'un pour l'autre, ce qu'ils furent l'un et l'autre.

 

Il y a peu de textes qui disent clairement, sauf à la fin, mais ce n'est pas eux qui parlent, ce qu'ils furent l'un pour l'autre.

 

Dans une lettre d'août 1886, Camille écrit à Auguste, alors qu'elle se trouve loin de lui, à Nottingham: 

 

Vous pensez bien que je ne suis pas très gaie ici. Il me semble que je suis si loin de vous! Et que je vous suis complètement étrangère.

 

Dans une lettre de la même année, adressée à sa féroce amie, Auguste est nettement plus explicite:

 

Aie pitié, méchante. Je n'en puis plus, je n'en puis plus passer un jour sans te voir. Sinon l'atroce folie. C'est fini, je ne travaille plus, divinité malfaisante, et pourtant je t'aime avec fureur.

 

Cette passion ne l'empêche pas d'entretenir correspondance - plusieurs lettres qu'il lui adresse en témoignent - et relations avec sa chère Rose Beuret, la compagne de ses années difficiles...

 

Dans une lettre plus explicite, de fin juillet 1891, Camille écrit notamment à Auguste cette fin, d'où le titre du livre est tiré:

 

Je me couche toute nue pour me faire croire que vous êtes là mais quand je me réveille, ce n'est plus la même chose.

Je vous embrasse,

Camille

Surtout ne me trompez plus.

 

Les premières années ont été difficiles pour Auguste et, comme sa sculpture n'est pas des plus académiques, éloges et dénigrements de son oeuvre nourrissent des controverses continues dans la presse spécialisée, comme l'attestent des articles parus à l'époque. Il lui faudra beaucoup de temps pour être vraiment reconnu.

 

De son côté, Camille connaît les mêmes affres, avec une différence de taille toutefois: elle ne sera reconnue vraiment à son tour que lorsque sa rupture avec Auguste aura raison de son esprit, en proie à la manie de la persécution dont elle serait victime de la part de son ancien amant...

 

En attendant cette reconnaissance, elle aura grand besoin d'argent et n'en verra jamais la couleur quand elle surviendra. Tandis que Camille pense qu'Auguste fait tout pour que les vivres lui soient coupés, celui-ci, de manière anonyme, lui fait verser des mensualités par le Crédit algérien...

 

Le 4 décembre 1905, dans Le Gil Blas, le critique d'art Louis Vauxcelles écrira:

 

Dans l'histoire de l'art contemporain, je ne vois guère que deux grands noms de femmes: Berthe Morisot et Camille Claudel. Berthe Morisot fut élève de Manet, mais la fraîcheur lumineuse de sa palette lui confère une personnalité exquisément rare et raffinée; quant à Camille Claudel, les leçons qu'au début elle reçut de Rodin lui ont certes appris la grammaire, voire la syntaxe de la statuaire, mais elle est elle-même, profondément, autant que Rodin.

 

Dans l'oeuvre de Camille, ce qu'elle est elle-même transparaît: s'y retrouvent son génie et... son caractère violent, ombrageux... Quoi qu'il en soit, les horreurs tombent sur elle, les maladies, le manque d'argent, les mauvais traitements, comme elle l'écrit dans une lettre envoyée à sa cousine Henriette Henry fin 1912...

 

La suite est connue: Camille sera internée pendant trente ans, de 1913 à 1943, à la demande de sa famille, et ne fera que dépérir; Auguste mourra en 1917, avec tous les honneurs. Camille et Auguste se seront manqués...

 

Eugène Blot, son éditeur d'art, écrira à Camille, le 3 septembre 1932, à propos d'Auguste:

 

En réalité, il n'aura jamais aimé que vous, Camille, je puis vous le dire aujourd'hui. Tout le reste - ces aventures pitoyables, cette ridicule vie mondaine, lui qui restait un homme du peuple -, c'était l'exutoire d'une nature excessive.

 

Dans un article du Figaro du 13 décembre 1951, à l'occasion de l'exposition Camille Claudel au Musée Rodin, AW écrira:

 

Rodin fut tout pour Camille C. Sans lui, elle ne fut plus rien. Un groupe, L'Âge mûr, l'homme qui s'en va en laissant derrière lui une jeune femme nue et désemparée, est l'image de son propre malheur.

 

Les archives qui constituent ce roman d'une histoire vraie et qui font pénétrer dans les coulisses de la statuaire (art qui n'échappe pas aux contingences matérielles et pécuniaires), sont plus révélatrices que n'importe quel récit pourrait l'être...

 

Francis Richard

 

Je couche toute nue, Camille/Auguste, textes réunis par Isabelle Mons et Didier Le Fur, 400 pages, Slatkine & Cie

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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