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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 02:30
Quai d'Ouchy, le 18 mars 2016, 18 heures 25, 24 heures tout juste avant que ne commence l'an soixante-cinq de mon âge ...

Quai d'Ouchy, le 18 mars 2016, 18 heures 25, 24 heures tout juste avant que ne commence l'an soixante-cinq de mon âge ...

Ma soixante-cinquième année de présence sur Terre s'achève. Une autre année commence demain. Il y aura eu des signes précurseurs le mois dernier. Il y a des chiffres indicateurs le mois présent, qui coïncident.

 

Des signes

 

4 février 2016

 

En début d'après-midi, à notre établissement du Flon, à Lausanne, après avoir nagé librement ma distance quotidienne dans ma piscine favorite, j'ai apporté les documents demandés par la réviseuse des comptes de notre filiale parisienne. Installés dans la cafétéria, avec le comptable, nous n'avons pas seulement parlé chiffres. Nous avons parlé des choses de la vie.

 

Remonté à pied du Flon à la Place Saint-François, je suis redescendu par le Petit-Chêne en direction de la gare. A la hauteur de l'Asia Wok, j'ai croisé la personne qui m'a involontairement mis à l'épreuve de quatorze. Elle était au téléphone et montait. Ses cheveux disparaissaient sous un bonnet de laine grise. Ses yeux verts pétillaient. Elle a feint de m'ignorer, ou ne m'a pas vu, insignifiant que je suis.

 

C'était un signe de vie. Bien que blessé à mort par une menace sans fard de sa part, le jour du printemps de l'an passé, je suis toujours vivant. Cette menace était dérisoire et aurait été, de toute façon, impossible à mettre à exécution, faute d'éléments réellement constitutifs de la faute que j'aurais commise à ses yeux. Mais c'était une menace, qui, en tant que telle, m'a touché à vif et m'a surpris.

 

C'était un signe de vie que de la croiser. Ça a ravivé cette blessure qu'elle m'a alors infligée, en prétendant que c'était pour se protéger, que ce n'était pas dirigé contre moi, qu'elle ne voulait simplement pas m'être liée. Car je m'étais rendu compte de deux choses ce jour-là: qu'elle n'était pas tout à fait la belle âme que je croyais et que cela ne suffirait pourtant pas à changer quoi que ce soit à ce que je ressentais.

 

18 février 2016

 

Avenue CF Ramuz à Pully. Je me rends à ma piscine favorite. La voiture à ma gauche s'arrête. Je m'engage dans le passage pour piétons. Je suis parvenu à un peu plus de la moitié de la voie quand, sur ma droite, un bus arrive à vive allure, un bus à rallonge. Très clairement le chauffeur ne regarde pas la route mais son tableau de bord.

 

Le chauffeur du bus, en provenance de la gare, lève les yeux au dernier moment. Je n'ai pas bougé, comme si je me rendais à l'évidence que c'est la fin et que je l'attendais. Le bus stoppe sa course à vingt centimètres de mon flanc droit, dans un crissement de pneus. Je décide alors seulement d'achever la traversée de l'avenue, sans invectiver le chauffeur.

 

C'était un signe de mort. Ma dernière pensée aurait été, si ma dernière heure était venue, pour Roland Barthes, et non pas pour le prénom associé à l'épreuve de quatorze. J'ai en effet aussitôt pensé à lui qui, le 25 février 1980, a été fauché par une camionnette, en se rendant au Collège de France, où il a commencé dix-huit mois plus tôt son cours sur La préparation du roman

 

C'était un signe de mort, laquelle n'a pas voulu de moi, du moins pas encore. Peut-être cet incident est-il faste, après tout, puisque je me suis rendu compte, qu'une nouvelle fois rescapé, je tiens tout de même un peu à la vie et qu'il me faudra encore un peu patienter avant qu'elle ne vienne me ravir à tous ceux que j'aime et qui ne m'aiment pas forcément en retour.

... 18 minutes plus tard, station, le temps d'une photo, devant le compte à rebours des JO de Rio, à côté du Château d'Ouchy

... 18 minutes plus tard, station, le temps d'une photo, devant le compte à rebours des JO de Rio, à côté du Château d'Ouchy

Des chiffres

 

19 mars 2016

 

65 ans. Aujourd'hui, à 18 heures 25 précises, j'aurai donc l'âge ordinaire de la retraite ici, c'est-à-dire en Suisse où je vis. Ce n'était pas gagné, mais j'y suis parvenu. Pourtant l'heure de ma retraite ne sonne pas. Sans doute ne suis-je pas assez défait pour battre en retraite... et ne fais-je pas les choses de manière ordinaire, encore moins extraordinaire... Chez les miens, la retraite n'est pas un but en soi. Nous sommes à rebours de la volonté générale.

 

Les hommes de ma famille qui m'ont précédé ne m'ont pas donné l'exemple d'un départ ordinaire. Mon grand-père maternel s'est résolu à prendre sa maigre retraite à 75 ans, mon père sa retraite plus conséquente à 71. S'il n'avait tenu qu'à lui, mon grand-père paternel, lui, ne l'aurait jamais prise. Il a fallu que la faucheuse, à la faveur d'une mauvaise grippe, l'envoie ad patres à 61 ans... le 15 mars 1939.

 

Mon grand-père maternel a connu une relativement longue retraite, de 12 ans. Mon père une retraite plus courte, de 6 ans. Si le sort qui m'est promis est mathématique et que, par rapport aux hommes de ma famille, l'âge de ma retraite obéit à une progression arithmétique et la durée d'icelle à une progression géométrique, alors je devrais prendre ma retraite à 67 ans, pour une durée de seulement 3 ans.

 

Quoi qu'il en soit, l'Horloger céleste a peut-être d'autres plans sur ma comète. En attendant, je vis dans l'instant. Ce serait déjà bien beau que je passe l'hiver. Il ne me reste qu'un jour à peine pour franchir cette étape et pour apporter un démenti à tous ceux qui auront pensé à mon sujet que j'étais la parfaite illustration du pph (passera-pas-l'hiver). Demain, jusque-là tout va bien et le laisse supposer, j'aurai 66 printemps à mon compteur... 

 

1500. C'est le nombre de textes publiés sur ce blog depuis le 24 mai 2008 jusqu'à ce jour inclus. Comment ai-je pu en arriver là? Sans doute par la grâce d'une curiosité insatiable et irrépressible pour tout ce qui concerne l'action humaine. Cette curiosité est celle d'un honnête homme, au sens du XVIIe, d'un homme qui se veut honnête également, et qui prend son plaisir dans le texte à lire ou à écrire, lisant comme il respire et respirant mieux dès qu'il écrit.

 

A l'origine ce plaisir solitaire de graphomane répond au besoin de suppléer à une mémoire défaillante. Ce blog reste d'ailleurs avant tout une manière de blog-notes dans lequel sont consignées des impressions et des notes de lecture, des transcriptions de propos tels que je les ai perçus et toutes sortes d'idées, saisies sur le clavier avant qu'elles ne s'échappent et ne se perdent. Ce blog joint au fond l'utile à l'agréable.

 

Mais ce blog n'est plus seulement ça. Car de lire et d'écrire me procurent de véritables instants de bonheur. Quand je lis, écoute ou observe, je ne cherche à retenir par écrit que les qualités des textes, des discours et des postures, sans m'encombrer des défauts, que je n'ignore pas mais qui ne m'intéressent pas. Car ce qui m'intéresse, c'est de retrouver ici ou là les bons côtés de la nature humaine, les étincelles divines qui sont en elle.

 

Une réelle bienveillance ressortirait, paraît-il, de mes propos et de mes écrits. D'aucuns disent même qu'elle se lit sur mon visage qui se ride et que mon sourire en est la traduction lumineuse. Ce sont à mes yeux de sacrés compliments. Ils m'incitent à persévérer dans la tenue de ce blog qui de plaisir solitaire est devenu surtout, avec le temps et l'expérience, source de bonheur partagé et de raisons de vivre.

 

Merci donc

 

Merci du fond du coeur, je ne le dirai jamais assez, à toutes mes soeurs et à tous mes frères humains, qui ont la gentillesse de continuer à me lire, en dépit parfois de nos divergences ou de nos différences. Et merci bien sûr, cela va de soi, mais cela va mieux en le disant, à mon Créateur puisqu'il semble vouloir bien m'accorder encore ici-bas quelque sursis... dont l'ingénieur malgré lui et le littéraire contrarié, que je suis tout à la fois, comptent bien profiter.

 

Francis Richard

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 20:00
Bonne année 2016 - Urte berri on 2016

Merci. C'est le seul mot qui vienne à mes doigts appliqués ce soir à mon clavier. Car, en me lançant dans l'écriture de ce blog il y a quelque sept ans j'ai renoncé à l'usage de la plume, que je ne réserve plus qu'à la rare correspondance que j'adresse à des personnes qui me sont chères et pour lesquelles je ne le suis pas toujours...

 

Merci donc à vous toutes et à vous tous, qui me lisez et sans lesquels je n'aurais certainement pas persévéré dans la tenue de ce blog. En effet vous êtes toujours plus nombreux à avoir la gentillesse de me lire et cela non seulement me touche, mais m'oblige, dans le sens noble du verbe. Car j'y consens bien volontiers.

 

Merci surtout à celui qui m'a indiqué au tout début de cette aventure la plateforme d'Overblog qui sert de support à ce blog. Pour l'incompétent qu'il était, m'avait-il dit, il ne lui avait pas été trop difficile à l'époque de créer le sien et il me la recommandait, autre incompétent que j'étais. C'était Michel de Poncins, avec lequel je partage une déjà longue amitié.

 

Feue ma mère disait qu'un de ses oncles était mort en écrivant et qu'elle ne voulait pas suivre cet exemple funeste. Il faut croire que l'inné est parfois plus fort chez moi que l'acquis puisque je résiste à tout sauf à la tentation ... d'écrire. Rien de tel que la graphomanie pour soigner le littéraire contrarié que je suis.

 

Blaise Pascal disait: "Puisqu’on ne peut être universel en sachant tout ce qui se peut savoir sur tout, il faut savoir peu de tout. Car il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout que de savoir tout d’une chose; cette universalité est la plus belle. Si on pouvait avoir les deux, encore mieux, mais s’il faut choisir, il faut choisir celle-là, et le monde le sait et le fait, car le monde est un bon juge souvent." (Pensée 37, édition Brunschvicg)

 

C'est à cette universalité, faute de mieux, que, modestement, j'aspire avec ce blog. Je sais donc peu de tout, mais ce peu je le découvre principalement dans les livres qui me permettent de vivre plusieurs vies et qui recèlent toujours de véritables trésors, quelque imparfaits qu'ils puissent être, sans doute parce qu'ils sont oeuvres humaines.

 

Ce peu de tout, je compte bien le partager encore un temps avec vous toutes et vous tous qui voulez bien me lire. Et, comme je ne vous veux que du bien, même si mes propos ne vous agréent pas toujours, je vous souhaite une bonne, heureuse et sainte année 2016, en vous offrant humblement en partage ce peu de tout que je sais et qui ne demande qu'à grandir chaque jour davantage.

 

Francis Richard

 

St Jean-de-Luz, le 1er janvier 2016

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 22:45
L'ignorance naturelle, l'ignorance savante et l'entre deux

Aujourd'hui c'est Noël. Le début de ce qu'on appelle plaisamment la trêve des confiseurs. Il convient donc de marquer une pause et de ne plus écrire - provisoirement tout du moins - d'articles qui dérangent la science prétendument établie définitivement sur la question climatique...

 

Cette année avait lieu, à Paris, la COP21, c'est-à-dire la grande messe de cette fausse religion qu'est le climatisme. Pour répondre à la certitude arrogante des grands prêtres de cette religion, il fallait bien consacrer quelques notes de lectures, hérétiques ou agnostiques, quitte à encourir injures et fulminations.

 

Ce fut donc chose faite, sur ce blog, qui refusa de donner la parole à la vulgate, répandue suffisamment déjà dans la quasi totalité des médias.

 

Voici la liste de ces notes, classées dans l'ordre inverse de parution:

 

L'idéologie du réchauffement de Rémy Prud'homme

La comédie du climat d'Olivier Postel-Vinay

Climat: j'accuse de Christian Gerondeau

L'innocence du carbone de François Gervais

Climat: 15 vérités qui dérangent 3/3: réception des rapports du GIEC et conclusions

Climat: 15 vérités qui dérangent 2/3: rapports scientifiques du GIEC

Climat: 15 vérités qui dérangent 1/3: nature du GIEC

Changement climatique de Philippe de Larminat

Climat investigation de Philippe Verdier

La faillite du climatisme

Mon soutien au collectif des climato-réalistes

 

A côté de la vulgate climatiste, il existe bien d'autres textes en anglais, tels que ceux-là parus en français, qui viennent la contredire et qui ne sont pas dépourvus d'arguments, n'en déplaise aux croyants et aux crédules...

 

Blaise Pascal, qui s'est inspiré de Michel de Montaigne, n'est pas tendre avec ceux qui font les entendus, c'est-à-dire avec ceux qui croient savoir et qui ignorent en fait qu'ils ne savent pas, mais qui donnent à entendre aux autres qu'ils savent:

 

Le monde juge bien des choses, car il est dans l'ignorance naturelle, qui est le vrai siège de l'homme. Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis; mais c'est une ignorance savante qui se connaît. Ceux d'entre deux, qui sont sortis de l'ignorance naturelle, et n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science suffisante, et font les entendus. Ceux-là troublent le monde, et jugent mal de tout. Le peuple et les habiles composent le train du monde; ceux-là le méprisent et sont méprisés. Ils jugent mal de toutes choses, et le monde en juge bien. (Pensée 327, édition de Léon Brunschvicg)

 

Montaigne disait plus crûment:

 

Les mestis, qui ont dédaigné le premier siege de l'ignorance des lettres, et n'ont peu joindre l'aultre (le cul entre deux selles, desquels je suis et tant d'aultres), sont dangereux, ineptes, importuns...

 

Il ne faut pas confondre la science qui est réfutable par la raison avec la foi qui ne l'est pas.

 

Blaise Pascal, encore lui, disait:

 

La foi est un don de Dieu; ne croyez pas que nous disions que c'est un don du raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi; elles ne donnaient que le raisonnement pour y arriver, qui n'y mène pas néanmoins. (Pensée 279, ibidem)

 

Ces deux pensées, en cette absence de débat sur la question, ne donnent-elles pas matière à réflexion? Puissent d'aucuns s'en nourrir, pendant la trève...

 

Francis Richard

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 13:30
Vendredi treize novembre 2015

Aujourd'hui commence un deuil national de trois jours en France meurtrie.

 

L'heure est au recueillement devant les morts de ce vendredi treize, dont le jour n'a certainement pas été choisi au hasard, un vendredi comme le jour de la mort du Christ, treize comme le nombre des convives de la Cène, Lui-même et ses douze apôtres, avant la trahison de l'un d'entre eux.

 

L'heure est aux condoléances adressées à leurs proches et aux pensées lourdes de peine pour leur peine.

 

L'heure est à la compassion envers les autres victimes qui garderont dans leur chair et leur âme des cicatrices de ce jour-là.

 

L'heure n'est pas encore, mais elle viendra, où il faudra tâcher de comprendre pourquoi ces barbaries ont pu être commises et n'ont pu être empêchées.

 

L'heure est à la consolation de ceux qui restent. J'en laisse le soin à deux poètes que j'aime, de la France que j'aime.

 

L'heure est à la prière, en ce jour du Seigneur.

 

Francis Richard

 

La nuit n'est jamais complète.

ll y a toujours, puisque je le dis,

Puisque je l’affirme,

Au bout du chagrin

Une fenêtre ouverte,

Une fenêtre éclairée,

Il y a toujours un rêve qui veille,

Désir à combler, Faim à satisfaire,

Un cœur généreux,

Une main tendue, une main ouverte,

Des yeux attentifs,

Une vie, la vie à se partager.
 

Paul Eluard

 

La mort n'est rien,

je suis seulement passé, dans la pièce à côté.

Je suis moi. Vous êtes vous.

Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.

Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné,

parlez-moi comme vous l'avez toujours fait.

N'employez pas un ton différent,

ne prenez pas un air solennel ou triste.

Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.

Priez, souriez,

pensez à moi,

priez pour moi.

Que mon nom soit prononcé à la maison

comme il l'a toujours été,

sans emphase d'aucune sorte,

sans une trace d'ombre.

La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été.

Le fil n'est pas coupé.

Pourquoi serais-je hors de vos pensées,

simplement parce que je suis hors de votre vue ?

Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.

 

Charles Péguy

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 12:15
Du 5 avril au 1er août 2015, mes fêtes nationales

Sur le site du Cercle de philosophie politique Benjamin Constant, Pierre Bessard a publié récemment un article intitulé Nationalité et universalité libérale. En ce dernier jour de mes fêtes nationales, il me semble tout indiqué de recenser cet article. Mais, avant de le faire, il convient de préciser ce que j'entends par l'expression mes fêtes nationales et pourquoi ce blog se veut non seulement catholique et libéral, mais aussi national.

 

Né en Belgique, à Uccle, ma famille maternelle est flamande. Pour survivre ici-bas, trois semaines plus tard, je me suis retrouvé avec ma mère au Pays Basque, où ma monture, qui avait côtoyé la mort le premier jour, puis le cinquième de son atterrissage, a repris quelque poil. Apatride qui s'ignorait, du fait d'un dysfonctionnement de l'État français, après donc avoir accompli mon service national, j'ai acquis la nationalité française à 26 ans, puis la nationalité suisse il y a maintenant un peu plus de 2 ans.

 

Mes fêtes nationales sont donc celles de la Belgique, le 21 juillet, du Pays Basque, le jour de Pâques ou Aberri Eguna - le 5 avril cette année -, de la France, le 14 juillet, et de la Suisse, le 1er août. C'est en quelque sorte un quarté dans le désordre... Si je me suis collé l'étiquette de national, c'est parce que je ne renie ni ne nie aucune des nations, dans le creuset desquelles je suis devenu et deviens ce que je suis, heureux d'être un individu pensant, à la fois universel et singulier de par ses origines et ses déplacements.

 

L'article de Pierre Bessard fait suite à une conférence donnée le 20 avril 2015 par Stéphanie Genand, à l'invitation de l'Association Benjamin Constant, sur Madame de Staël et la Suisse. Pierre Bessard s'interroge dans cet article sur la nationalité de Madame de Staël et sur celle de Benjamin Constant. Madame de Staël était-elle suisse, française, suédoise ou prussienne? Etait-elle genevoise, vaudoise ou parisienne? Benjamin Constant était-il suisse ou français? Etait-il vaudois, lausannois, copétan ou artésien?

 

En fait, Madame de Staël et Benjamin Constant, en dehors de l'aspect légal des choses, étaient à la fois suisses et français, "dans le sens où leurs sentiments et leur action se sont déployés dans des sphères parisiennes et lémaniques". Pierre Bessard ajoute aussitôt: "Culturellement, cependant, ils se sont tous deux reconnus dans la Suisse comme terre symbolique de liberté, d'abord religieuse et intellectuelle, et plus tard politique." Ce qui est, modestement, et également, mon cas...

 

Pour un libéral, "la nation n'a d'autre but que la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'était plus régi que par un seul système: l'universalité de l'être pensant n'implique pas la négation des nations ou la centralisation politique, bien au contraire. Il s'agit d'une universalité individuelle, et non collective. La fixation "nationale" des États-nations centralisés actuels nie ou du moins minimise l'extraordinaire diversité non seulement des territoires nationaux plus petits (qui n'étaient pas cloisonnés pour autant), mais aussi des individualités."

 

Pour illustrer "cette réalité strictement individuelle du sentiment national", Pierre Bessard cite Ernest Renan, dans son célèbre discours du 11 mars 1882 à la Sorbonne, sur Qu'est-ce qu'une nation?, intervention que Ludwig von Mises, qualifie, dans son Gouvernement omnipotent, de "document digne de la grande tradition du libéralisme français": "N'abandonnons pas ce principe fondamental, que l'homme est un être raisonnable et moral, avant d'être parqué dans telle ou telle langue, avant d'être membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture."

 

Pierre Bessard commente: "Les nations naturelles, ressenties et choisies, n'ont que peu de lien ou ne doivent pas avoir de lien du tout avec les critères superficiels habituels de l'histoire ancestrale ou dynastique, de la race, de la langue, de la religion ou de la géographie. La nation est d'abord une réalité spirituelle, une communauté de valeurs qui peut transcender les territoires politiques, comme l'histoire de conflits récents l'illustre: l'étatisation et la politisation sont souvent antinomiques aux nations et aux solidarités ou aux patriotismes naturels qu'elles inspirent."

 

Autrement dit "la nation est un certain reflet empirique de la vie en société, qui doit demeurer volontaire, et donc tolérer la sécession et les migrations, pour rester légitime". Ce qui fausse la donne et empêche les nations de rester légitimes, c'est d'avoir nourri en leur sein l'État-providence: "L'État-providence de la nation surpolitisée et bureaucratisée est aujourd'hui la principale entrave à l'autorégulation individuelle de la nation ouverte, la seule compatible avec l'universalité de la culture humaine, dont le développement et la grandeur nationale dépendent de son degré de liberté."

 

Ernest Renan n'appartient peut-être pas à la communauté des économistes libéraux, mais il écrit tout de même, cité par Pierre Bessard (dans un article de 1859, intitulé Philosophie de l'histoire contemporaine, où il rend compte des Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps de François Guizot):

 

"La plus grande gloire des gouvernements est dans ce qu'ils laissent faire."

 

Francis Richard

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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 01:30
Ce blog a sept ans: l'âge de raison ou de déraison?

Aujourd'hui ce blog a sept ans. C'est pourquoi hier je me suis mis sur mon 23, en prévision de ce jour et que je me suis fait tirer le portrait, déguisé et revêtu d'une veste, sans aller pour autant jusqu'à porter cravate, sur chemise cintrée, à l'italienne, comme je les aime.

 

Au début, il y a sept ans, les seuls visiteurs de ce blog étaient des proches, puis, au fil des années, ce furent des plus éloignés, maintenant ce sont beaucoup d'inconnus, qui ont la gentillesse non seulement de le visiter mais de le lire.

 

De plus en plus, je consacre les billets de ce blog aux livres de toutes sortes que je lis. Je m'efforce d'être un honnête homme non seulement au sens du XVIIe siècle, mais aussi au sens que l'on donne à un homme quand on dit de lui qu'il est un homme honnête, en inversant les deux mots de l'expression.

 

Dans Le temps retrouvé, Marcel Proust écrit: "La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature." Et, effectivement, parmi tous les livres que je lis, ce sont les livres de littérature que je vis réellement, nourrissant de surcroît mes penchants philanthropiques.

 

Des livres que je lis, j'essaie de souligner le bien qu'ils peuvent contenir, parfois de manière elliptique. Dans la mesure où ils en contiennent, bien sûr. Mais c'est rare qu'ils n'en contiennent pas à mes yeux. Louis Millet disait même, dans ses cours de philosophie thomiste, qu'ils en contenaient toujours, fût-ce de manière infime.

 

Dénigrer est facile. Flagorner l'est tout autant. Comprendre l'autre, sans pourtant être obligatoirement de son avis, et l'expliciter l'est beaucoup moins. C'est pourtant par cette porte étroite que j'essaie de me glisser dans les oeuvres que je lis.

 

On peut donc dire que je suis un lecteur bienveillant, ce qui ne veut pas dire que je sois un lecteur béat. Je suis un lecteur bienveillant comme je pense être un homme bienveillant dans la vie, discernant qualités et défauts chez les autres, mais m'efforçant de ne jamais les juger.

 

Comme tout le monde, j'ai pourtant beaucoup de préjugés. Je me bats là-contre. Je combats les préventions que je peux avoir à l'égard de tel ou tel écrivain, parce que ses idées ne sont pas toujours les miennes ou que j'ai écouté un peu trop ceux qui le débinaient.

 

Par exemple, influencé par un Jacques Laurent, j'éprouvais de la prévention à l'égard de Roland Barthes, dont cette année marque le centième anniversaire de la naissance et qui est mort à la suite d'un accident, à l'âge que j'ai aujourd'hui... Jusqu'au jour où j'ai lu L'empire des signes...

 

Aujourd'hui je pense donc à lui doublement. Triplement devrais-je dire. Parce que l'on m'a fait découvrir récemment un texte de lui, très sérieux, sur l'attente, qui figure dans Fragments d'un discours amoureux, dont mon contemporain, Fabrice Luchini, fait une lecture désopilante et qui en relativise opportunément les affres.

 

Il se trouve que mon épreuve de quatorze (lire Espitre à mes amis et La leçon de Sénèque) a trouvé cette année son épilogue, le 20 mars précisément. Je n'attendais pas comme Roland Barthes un coup de téléphone de l'autre, non plus que son arrivée dans une scénographie d'attente, organisée sous forme de pièce en trois actes, ayant pour décor un café.

 

En fait, j'étais dans "le tumulte d'angoisse" d'une réponse à mes messages impatients, de plus en plus rapprochés. La réponse est venue après plusieurs semaines de silence, silence difficile à supporter. Cette réponse était menaçante et m'a blessé, mais je l'ai accueillie comme l'arrivée à l'acte III, imaginée par Roland Barthes, au moment où celui qui attend atteint "l'angoisse toute pure: celle de l'abandon":

 

"C'est la reconnaissance, l'action de grâce: je respire largement, tel Pelléas sortant du souterrain et retrouvant la vie, l'odeur des roses."

 

Cette réponse tant attendue m'apaise enfin. Je suis dans la vraie vie et la littérature la rejoint peu de temps après. C'est terminé. Je sais que désormais, contrairement à ce que cette personne affirme dans sa réponse cruelle, cela lui posera un problème si nous nous croisons à nouveau. Et cela ne manque pas... bien que je respecte son verdict.

 

Ce blog a sept ans. Et j'ai l'impression d'avoir le même âge, comme si ma vie personnelle et la sienne n'en faisaient plus qu'une. Avons-nous désormais tous deux ensemble l'âge de raison ou de déraison? Il me semble que la première l'a emporté sur la seconde. Mais c'est vite dit, parce que la souffrance demeure et demeurera toujours. Mais n'est-elle pas le meilleur aiguillon pour maintenant se dépasser?

 

Francis Richard

 

Lecture du texte de Barthes sur l'attente par Fabrice Luchini:

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 22:15
De la grande pitié du latin (et du grec) dans les collèges de France

Madame Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche vient de concocter une réforme du collège applicable en France dès 2016. Aux termes de cette réforme, l'enseignement du latin et du grec pourraient bien disparaître, contrairement à ce qu'affirme une ministre outragée par la seule pensée que l'on puisse en douter.

 

Pourquoi le latin et le grec pourraient-ils disparaître?

 

Parce que la théorie de leur maintien apparent et facultatif ne résistera vraisemblablement pas à la pratique.

 

Quelle est la situation actuelle?

 

Aujourd'hui quelque 20% des collégiens choisissent l'option latin à la fin de la sixième. Ils font son apprentissage à raison de deux heures par semaine en cinquième et de trois heures par semaine en quatrième et troisième. Au-delà, pendant les trois années de lycée, ils ne sont plus qu'environ 5% à poursuivre cet apprentissage - ce qui est bien regrettable. Quant à l'option grec, elle n'est possible qu'à partir de la troisième et seuls 2% des collégiens la prennent. Ne parlons pas de ceux qui continuent cette option au lycée.

 

Que prévoit la réforme des collèges?

 

Premier volet: la réforme prévoit que, pendant les cours de français, il soit fait place aux "éléments fondamentaux des apports du latin et du grec à la langue française", une initiation tout au plus suivant les propres termes de la ministre...

 

Deuxième volet: la réforme prévoit que soient créés huit EPI, enseignements pratiques interdisciplinaires, dont six d'entre eux seront choisis et proposés aux élèves par le chef d'établissement:

 

- Monde économique et professionnel

- Culture et création artistique

- Information, communication, citoyenneté

- Corps, santé, sécurité

- Sciences et société

- Développement durable

- Langues et cultures étrangères/régionales

- Langues et cultures de l'Antiquité

 

C'est dans ce dernier EPI que le latin et le grec se nicheraient, mais, comme le nom l'indique déjà, ils ne seraient pas à proprement parler enseignés... si cet EPI existe seulement dans l'établissement fréquenté.

 

Troisième volet: pour les irréductibles qui voudraient absolument faire du latin et du grec, un "enseignement de complément" pourrait leur être dispensé à raison d'une heure en cinquième et de deux heures en quatrième et troisième, si le chef d'établissement le veut bien, ou, plutôt, le peut, puisqu'il n'est pas prévu de grille horaire ni de financement pour cet enseignement... Et pour cause: la ministre n'a ajouté ce troisième volet qu'à la dernière minute, devant la levée de boucliers suscitée par sa réforme...

 

En résumé, l'intention proclamée est de donner accès à tous au latin et au grec, le latin et le grec pour tous en quelque sorte. Mais, comme ce n'est pas possible, on n'en donnera à tous que des miettes et on donnera, en réalité, à ceux qui, aujourd'hui, optent pour le latin (et le grec), moins de temps, voire pas du tout.

 

Il est indéniable pourtant:

 

- que la maîtrise de la langue française passe par la connaissance des langues qui l'ont précédée et fondée, le latin et le grec, pour une grande part;

- que, jadis, lorsqu'on apprenait le français, le latin et le grec, on disait que l'on faisait ses humanités, c'est-à-dire que l'on se formait à l'esprit critique et à l'esprit humaniste, qui sont souvent aujourd'hui portés disparus dans la France contemporaine;

- que ces enseignements du grec et du latin sont, à l'heure actuelle, déjà mal en point, parce que le réflexe formaté est de les considérer comme des langues mortes, donc inutiles; et l'on se trompe lourdement, comme le disait naguère Jacqueline de Romilly.

 

Prenons mon modeste cas personnel: naturellement inapte aux sciences et techniques, c'est à la formation intellectuelle et la logique que m'a données le latin pendant sept ans, de la sixième à la terminale, dans un collège religieux puis au Lycée Henri IV de Paris, que je dois d'être devenu ingénieur diplômé de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne...

 

Francis Richard

 

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 01:00
La leçon de Sénèque

En l'an soixante-quatre de mon âge je sais bien que je me rapproche du terme de ma vie et cela ne m'effraie pas outre mesure. La mort n'est pas un tabou pour moi. Elle me semble naturelle et m'apparaît comme faisant partie de la vie, tout simplement. Je n'ai aucun mérite à le penser: je crois en Dieu et en l'au-delà et, dans le même temps, je suis un mécréant sans crainte, parcouru de doutes, inapte aux certitudes. Et puis, face à la mort, j'ai de qui tenir.

 

Mon grand-père maternel, Daddy, à qui, paraît-il, je ressemble de plus en plus, du moins par le caractère, a vu la mort de près plusieurs fois. Engagé volontaire dans l'armée anglaise à dix-neuf ans, en 14 - son pays, la Belgique, le trouvait trop jeune pour l'enrôler dans son armée -, il a combattu au sein du MI6, le service secret extérieur de Sa Majesté britannique, créé cinq ans plus tôt.

 

Capturé par les Allemands à Vilvoorde (Vilvorde), torturé pour faits d'espionnage, condamné à mort et amené au peloton d'exécution, à plusieurs reprises, pour le briser, il n'a jamais rien dit sur les autres membres de son réseau et a finalement eu la vie sauve en faisant un mariage blanc avec ma grand-mère: à l'époque on n'exécutait pas un jeune marié, fût-il espion...

 

Depuis à peu près l'âge que j'ai aujourd'hui - j'avais alors sept huit ans -, jusqu'à son trépas, Daddy n'a eu de cesse de répéter qu'il était "vieux et usé" et qu'il allait "mourir bientôt". C'était en quelque sorte sa façon d'exorciser la mort, mais cela m'a accoutumé au fait que nous étions mortels. En réalité Daddy avait une santé de fer et ne devait mourir qu'un quart de siècle après avoir commencé d'entonner cette antienne.

 

Daddy, mon parrain, s'est éteint comme une chandelle, le sourire aux lèvres, en m'étreignant la main, après que nous avons bu ensemble un dernier bock de bière. C'était à l'Institut National des Invalides de Guerre, à Ukkel (Uccle), ville où je suis né. Ce jour-là, j'ai appris que la mort pouvait ne pas être triste pour celui qui partait, si elle l'était de toute évidence pour ceux qui restaient et qui l'avaient aimé. Ce jour-là, j'ai eu aussi la révélation indicible de la présence de son âme, qui demeurait encore un moment, avant d'abandonner son corps, comme à regret.

 

Au contraire de mon grand-père, j'ai une bonne mauvaise santé depuis le jour de ma naissance - on m'a ondoyé ce jour-là par précaution et baptisé cinq jours plus tard à la suite d'une nouvelle alerte. Et cette bonne mauvaise santé m'a accompagné tout du long de mon existence jusqu'à aujourd'hui inclus. C'est pourquoi, à chaque date anniversaire de ma naissance, je me réjouis de l'avoir atteinte, je me félicite de ce qui ressemble à une victoire remportée sur le temps et sur l'adversité.

 

En l'an soixante-quatre de mon âge, je pense à ce qu'écrit Sénèque dans sa lettre LIV à Lucilius: "Il faut louer et imiter ceux qui n'ont pas regret de mourir tout en aimant à vivre." Si je n'ai pas regret de mourir et si j'aime à vivre, je ne trouve pas qu'il y ait là motif à louange, puisque dès mon plus jeune âge cet art de vivre et de mourir m'est familier, et je ne demande à personne de l'imiter, parce que chacun doit trouver sa voie et la suivre.

 

Il y a douze ans, ma vie a pris toutefois un tour plus précaire avec la découverte d'une insuffisance cardiaque, que je refuserai toujours de faire opérer, semblable à celle qu'avait Frans, mon oncle maternel, et qui est une épée de Damoclès au-dessus de celui qui en souffre. Ce n'est pourtant pas cette épée qui lui a été fatale. C'est le crabe qui a eu raison de lui à cinquante-neuf ans... Qui aurait dit que le prêtre qui m'avait baptisé mourrait plus jeune que son neveu?

 

Aussi, compte tenu de cette bonne mauvaise santé, aurais-je, beaucoup plus que Daddy, de bonnes raisons de dire que je suis vieux et usé - ce que je ne dis jamais - et que je vais mourir bientôt - ce que je pense de plus en plus sans le dire, et sans que je ne considère que le penser seulement soit une manière de le conjurer. Je pense plutôt qu'il s'agit d'une réalité avec laquelle je dois m'accommoder.

 

Si, par hypothèse, je devais disparaître demain, ma vie aurait-elle été courte? Dans son De brevitate vitae, Sénèque dit que "nous n'avons pas reçu une vie brève, nous l'avons faite telle; par rapport à elle, nous ne sommes pas des indigents, nous sommes des prodigues". Alors je m'efforce pendant le bref temps qui m'est encore imparti ici-bas, comme le conseille Sénèque, d'organiser ce temps "comme il faut", surtout depuis l'épreuve de 14, que j'ai évoquée le premier jour de cet an, dans Espitre à mes amis.

 

Cette organisation "comme il faut" de mon temps me permet d'avoir une activité professionnelle intense, de lire des livres de toutes sortes, d'écrire des billets sur ce blog, de nager tous les jours, ou presque, de voir des amis et de faire de fructueuses rencontres. En somme, de vivre avec empressement plusieurs vies et de partager  avec le plus grand nombre de gens possible ce que ces vies m'apportent et me donnent comme matières à réflexion.

 

Quand l'épreuve de 14 m'a conduit au bord de l'abîme, c'est à Sénèque, encore lui, à qui j'ai eu recours. Dans sa lettre CIV à Lucilius, Sénèque dit que "l'homme de bien est tenu de rester dans le monde, non autant qu'il lui plaît, mais autant qu'il le faut". Si donc le devoir, officium, et la passion, ardor, se disputent d'ordinaire à égalité mes faveurs ou se les concilient, grâce à Sénèque, c'est le premier qui l'a emporté cette fois-là sur la seconde...

 

Si j'étais au bord de l'abîme, c'est que j'avais perdu tout espoir d'au moins conserver l'amitié d'une personne qui m'était chère et qui me l'est toujours, et que j'en étais meurtri à un point qu'elle ne pouvait imaginer et qu'elle n'imagine d'ailleurs toujours pas, parce que c'est incroyable et complètement déraisonnable... je le concède...

 

Cela m'a fait commettre des extravagances dont je me repens, mais, à ses yeux, j'en ai eu la confirmation hier,  je reste impardonnable. Toutes mes tentatives, sans doute maladroites, pour me réconcilier avec elle se sont avérées vaines et je sais pertinemment qu'il me faudra vivre avec cette blessure qui ne cicatrisera jamais, quoi que je fasse pour réparer. Et que, dès lors, je douterai toujours beaucoup de moi-même...

 

Pour cette personne, je ne suis pas un homme de bien: je me suis montré d'une grande faiblesse, et l'état de déréliction dans lequel je me suis trouvé un jour ne peut qu'inspirer aujourd'hui sa peur et justifier sa fuite. Coupable, de surcroît, selon elle, de chantage affectif, le vilain que je suis a été et est désormais pour elle, décidément, infréquentable...

 

Alors, au plus fort de la crise, plutôt que de me faire admettre comme membre actif de la sélecte société des écrivains suicidés (à titre exceptionnel puisque je ne suis pas écrivain), bien que dépourvu désormais du désir de vivre, tout en continuant, paradoxalement, d'aimer à vivre, j'ai fait le choix plus courageux en ces circonstances de demeurer parmi les vivants et de me comporter, pour une fois, en homme de bien, par devoir envers les miens, mais aussi envers mon Créateur, auquel je ne manifeste certainement pas assez de reconnaissance pour tout ce que je lui dois.

 

Quand l'épreuve de 14 m'a conduit au bord de l'abîme, c'est aussi à Verlaine, à qui j'ai eu recours. Plus que tout autre, et par la poésie, qui est la vraie vie de l'esprit, il m'a bien fait comprendre, au plus profond de mon âme, que le Christ n'est pas venu pour les hommes de bien, mais pour les vilains, comme lui et moi, et que nous étions bien bêtes de ne pas le comprendre et de ne pas répondre par notre pauvre amour humain à son incommensurable amour divin.

 

Alors, au plus fort de la crise, j'ai ouvert le recueil de Sagesse. Je me suis lu, dans mon pléiade des Oeuvres poétiques complètes, comme on lit une prière dans un missel, ce premier sonnet d'une série que je sais pourtant par coeur et qui devrait parler à n'importe quel vilain:

 

Mon Dieu m’a dit: "Mon fils, il faut m’aimer. Tu vois
Mon flanc percé, mon coeur qui rayonne et qui saigne,
Et mes pieds offensés que Madeleine baigne
De larmes, et mes bras douloureux sous le poids

De tes péchés, et mes mains ! Et tu vois la croix,
Tu vois les clous, le fiel, l’éponge, et tout t’enseigne
À n’aimer, en ce monde amer où la chair règne,
Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix.

Ne t’ai-je pas aimé jusqu’à la mort moi-même,
Ô mon frère en mon Père, ô mon fils en l’Esprit,
Et n’ai-je pas souffert, comme c’était écrit ?

N’ai-je pas sangloté ton angoisse suprême
Et n’ai-je pas sué la sueur de tes nuits,
Lamentable ami qui me cherches où je suis ?"

 

Nous ne savons pas ce que nous réserve l'avenir. Si ma vie est devenue de plus en plus précaire, je fais comme si elle ne l'était pas. Je fais comme si de rien n'était. Mais je fais aussi comme si, chaque jour que Dieu fait, était mon dernier jour, essayant de contenir l'ardor et de ne pas trop céder de terrain à l'officium. Peu à peu je mets mes affaires en ordre. Et j'ai déjà pris des dispositions testamentaires pour mes biens terrestres...

 

Nous ne savons pas ce que nous réserve l'avenir. L'ironie du sort est que Sénèque, à qui l'envie n'a pas manqué à plusieurs reprises de s'arracher à la vie du fait de sa mauvaise santé, mais qui ne l'a pas fait par devoir envers les siens, a dû tout de même le faire, comme le raconte Tacite dans le Livre XV des Annales, sur ordre de Néron...

 

Francis Richard

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 21:15
Une nouvelle maladie mentale en France: être libéral, comme... Jean-Louis Caccomo

Il y a quelques années, j'ai rencontré, à l'Université d'Eté de la Nouvelle Economie, à Aix-en-Provence, un fou comme moi, c'est-à-dire un libéral, un dénommé Jean-Louis Caccomo. Après la parution de son livre Le modèle français dans l'impasse, je n'ai plus entendu parler de lui. Il semblait avoir disparu de la circulation, et pour cause...

 

Sa maladie mentale, le libéralisme, dont je suis atteint tout aussi gravement que lui, l'avait en effet conduit à être interné psychiatrique, sous contrainte, au Centre Hospitalier de Thuir, à quinze kilomètres de Perpignan, du 14 février 2013 au 4 avril 2014, puis, à être admis, sans contrainte (mais il l'ignore à ce moment-là), du 4 avril 2014 au 20 juin 2014, dans une clinique de Montpellier. llustration en quelque sorte de l'adage: "Pas de liberté pour les amis de la liberté!".

 

Jean-Louis est réapparu pour mon grand bonheur, car c'est un homme chaleureux et exquis, lors du 6ème Week-End de la Liberté, organisé à Dax par le Cercle Frédéric Bastiat, le 4 juillet 2014, soit deux semaines après avoir recouvré son entière liberté. C'était tout un symbole à mes yeux puisqu'il m'a raconté alors ce qui lui était arrivé les mois précédents le jour anniversaire de l'Indépendance américaine...

 

Aussi, quand Jean-Louis a appelé au secours, me suis-je empressé de relayer son appel et ai reproduit le 11 janvier 2015, autre date symbolique, la lettre qu'il a adressée au Ministre de l'Education, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, Madame Najat Vallaud-Belkacem, et à la Cour européenne des droits de l'homme.

 

Le 23 janvier 2015, Jean-Louis, accompagné de son attachée de presse, Solweig Ely, répond aux questions de Jean-Robin, pour Enquête et Débat (voir la vidéo ci-dessous), sur l'internement arbitraire qu'il a subi, sur le harcèlement dont il est toujours l'objet et sur la campagne de presse lancée contre lui, en 2004, parce que ce fou de libéral avait eu le toupet de se présenter à l'agrégation de Sciences Economiques, chasse gardée des économistes du sérail, c'est-à-dire des étatistes pur jus.

 

En 2004, donc, Jean-Louis Caccomo se présente au concours de la sus-dite agrégation et figure au 3ème rang des 40 admissibles sur 107. Seulement, le jury du concours, composé de sept membres, présidé par Pascal Salin, désigné par le gouvernement, comprend notamment Gérard Bramouillé, Enrico Colombatto et Bertrand Lemmenicier. Tous quatre éminents professeurs qui ont le tort en socialie française d'être membres de la Société du Mont-Pèlerin.

 

Une cabale est lancée contre le candidat Caccomo, universitaire authentiquement libéral, qui enseigne à l'Université de Perpignan, après avoir étudié, horresco referens, à l'Université d'Aix-en-Provence, ce bien seul bastion du libéralisme en France, avec, peut-être, l'Université de Paris-Dauphine: on ne veut pas de candidat comme ça chez nous! c'est du favoritisme! Un texte circule. Le Conseil national des Universités, organisme stalinien, s'oppose au candidat. Libération libelle. Charlie Hebdo, ce parangon de la liberté d'expression, caricature... pour tuer socialement.

 

Jean-Louis Caccomo, cet éminent économiste, reconnu surtout à l'étranger, ne sera donc jamais agrégé de Sciences Economiques. Il sera ad vitam aeternam Maître de Conf. Mais ad vitam aeternam, c'est encore trop. Alors il faut éliminer ce fou, ce libéral, dont le fol enseignement, parfaitement incorrect, dérange. Il a eu une légère dépression, dont il s'est parfaitement remis. C'est vraiment intéressant ça. C'est un détail qui peut servir pour s'en débarrasser. Ne manque plus que l'occase. Elle se présente.

 

L'occasion qui fait le larron? Le 10 janvier 2010, un étudiant chinois déséquilibré, muni de couteaux, a tué une secrétaire et sérieusement blessé deux professeurs de l'Université de Perpignan qui s'interposaient. A la suite de la plainte déposée contre l'Université par la famille de la secrétaire assassinée, le président de ladite université, Fabrice Lorente, décide, c'est l'occase, en application du principe de précaution, de mettre Jean-Louis à pied, puisqu'il a un antécédent dépressif, fût-il léger.

 

Cet employeur, tout à fait illégalement, fait ensuite convoquer Jean-Louis au Centre Hospitalier de Thuir pour examen par un psychiatre qui doit prétendument le réhabiliter dans ses fonctions. En réalité, cette convocation est un piège. Il ne verra jamais le psychiatre en question et les portes du CH de Thuir se refermeront sur lui pour de longs mois, pendant lesquels il sera drogué, subira déchéances physique et psychique, sans parler des terribles conséquences pour sa famille. 

 

Jean-Louis ne sortira de cet enfer qu'après avoir demandé, et obtenu, son transfert dans une clinique de Montpellier, où les frais seront à sa charge, on le lui a bien précisé, et qu'après avoir accepté de s'y voir administrer des électrochocs. Là, examiné par un psychiatre, qui ne voit absolument pas l'utilité des électro-chocs, il se rétablira en moins de trois mois...

 

Dans ces conditions, alors que, sans avoir retrouvé toutes ses attributions à l'Université de Perpignan, il y enseigne tout de même à nouveau depuis la rentrée 2014, il est compréhensible que Jean-Louis appelle au secours, quand des infirmiers se présentent chez lui à 8 heures du matin, ce 9 janvier dernier, pour l'interner à nouveau... Mais, cette fois, il ne se laisse pas faire et ne retourne pas à l'hôpital, où on sait quand on y entre, mais où on ne sait pas quand on en sort...

 

Une procédure judiciaire est en cours. Assignation a été déposée par l'avocate de Jean-Louis en novembre dernier. Il s'agit de rétablir la vérité sur la santé mentale de Jean-Louis qui n'a jamais justifié un internement, de reconnaître qu'il a été victime de pratiques indignes d'un pays comme la France et de les sanctionner, de réparer tous les dommages qu'il a encourus, lui et sa famille.

 

Tout cela pour dire que je suis Jean-Louis.

 

Francis Richard

 

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Vidéo de l'entretien du 23 janvier 2015, posté par Enquête et débat, de Jean-Louis Caccomo et Solweig Ely, interrogés par Jean Robin:

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 00:30
L'économiste Jean-Louis Caccomo menacé d'internement psychiatrique

Je reproduis ci-dessous la lettre que l’économiste Jean-Louis Caccomo a été contraint d’envoyer au Ministre et à la Cour européenne des droits de l’homme. Merci de la relayer le plus largement possible en soutien à cet éminent professeur de l'université de Perpignan, et en soutien des libertés fondamentales.

 

Francis Richard

 

J’ai l’honneur de vous écrire pour vous alerter que mon université a déclenché vendredi une procédure d’internement psychiatrique à mon encontre sans aucun motif.

 

Je dois vous dire que j’ai déjà été victime d’un internement psychiatrique qui m’a coûté deux ans de ma vie à la demande du président de l’université en invoquant le motif de précaution.

 

En effet, un étudiant chinois a commis un assassinat sur mon campus et il a été jugé irresponsable car schizophrène. A l’époque, le président Sarkozy est venu assister aux obsèques. A la suite de ce tragique événement, j’ai été interné sous contrainte pendant deux ans, puis transféré à Montpellier pour y subir les électrochocs.

 

J’ai réintégré mon poste en juin 2014 et je suis depuis suivi par Montpellier qui m’a jugé apte à la reprise du travail. Pourtant la direction de l’IAE a déclenché à mon encontre une procédure d’hospitalisation vendredi qu’il m’a fallu 4 heures pour stopper.

 

Je voulais donc vous alerter sur les méthodes en vigueur dans mon université alors que j’ai contribué depuis 15 ans au rayonnement de l’université de Perpignan (parfois au péril de ma vie comme en Thaïlande,Syrie ou Algérie) à travers mes nombreux articles académiques et mes livres mondialement reconnus.

 

Il est clair que je n’en resterai pas là d’autant qu’ils me disent qu’ils ont le droit de me faire interner à tout moment sur simple signalement de mon université, bafouant mes droits fondamentaux les plus élémentaires.

 

Je vous serai très reconnaissant de me répondre car je ne peux vivre dans cette angoisse permanente d’être interné.

 

Bien cordialement,

 

Jean-Louis Caccomo

 

PS

 

Le dernier livre de Jean-Louis Caccomo:

 

Le modèle français dans l'impasse, 252 pages, Tatamis

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 12:45
Espitre à mes amis

Une fois n'est pas coutume. En bon stendhalien, c'est-à-dire en bon égotiste, je vais parler de moi d'abord et de vous, ensuite, mes amis, qui avez la gentillesse de me lire. Je suis conforté dans cette attitude d'esprit par d'illustres stendhaliens qui m'ont montré la voie, je veux nommer mes chers Jacques Laurent et Philippe Sollers.

 

Pour illustrer ce billet, j'ai repris une photo prise le 1er août dernier. J'y apparais rayonnant, comme je ne devrais jamais cesser de l'être et comme je l'étais avant 14, il y a un siècle, me semble-t-il. Ce jour-là, je suis rayonnant parce que je me trouve au milieu d'amis, et, surtout, plus précisément, d'amies, dont la présence et la bienveillance me portent.

 

Le soir même, cette grâce persistant, je prends une disposition personnelle qui me libère - elle n'est pourtant que l'expression modeste de ma reconnaissance envers la personne à qui je dois l'épreuve de l'année. Mes proches la découvriront, sans peut-être la comprendre, après mon trépas.

 

L'amitié souffre l'intermittence, tandis que l'amour ne souffre pas l'absence et, surtout, souffre de l'absence. Je l'ai appris, à mes dépens, l'année dernière. Quoi qu'il en soit, à chaque fois que mon âme traverse une épreuve, mon corps réagit en perdant du poids. Entendons-nous bien, je ne déprime jamais dans les épreuves, je souffre. Et cette souffrance n'est pas maladive. Je n'ai pas besoin de consulter comme on me l'a aimablement conseillé.

 

En fait je devrais traverser davantage d'épreuves, même si je n'en ai pas été épargné au cours de mon existence. Les épreuves me sont bénéfiques parce que j'apprends, parce qu'elles aiguisent ma curiosité et ... parce que je n'ai pas d'autre choix que de les surmonter. Physiquement elles me permettent de me dégraisser et de ne garder que mes muscles sur mes os. Moralement elles me fortifient.

 

L'épreuve de 14 aura eu des effets bénéfiques, même si j'en souffre encore. Jamais de ma vie je n'ai soumis mon corps à une telle discipline, et je compte bien persévérer, parce que cela me permet de supporter la réduction de ma vie personnelle à une peau de chagrin.

 

L'insuffisance cardiaque, dont je ne souffre pas, je m'empresse de le dire, mais qui me gêne plutôt qu'autre chose, m'a conduit il y a quelques années déjà à abandonner le karaté do, pratiqué pendant quinze ans. Alors, progressivement, en écoutant mon coeur, je me suis remis à nager - j'ai été un bébé nageur - et, en 14, j'aurai nagé - j'en ai tenu un compte précis - 587'250 m, à Lausanne, à Pully, à Paris, à St Jean-de-Luz, dans des piscines et dans l'océan.

 

Je ne dis pas cela pour figurer dans le Guiness des records, ni pour me vanter, mais pour montrer, que même lorsque l'on souffre d'un handicap physique, voire mental - je suis atteint de folie douce - il est possible de faire faire des choses inimaginables à son corps. Pour montrer, également, ce que les arts martiaux et l'adage latin - mens sana in corpore sano - m'ont appris, que l'esprit et le corps interagissent l'un sur l'autre.

 

L'épreuve de 14 aura eu des effets bénéfiques, même si j'en souffre encore. Jamais de ma vie je n'ai soumis mon esprit à une telle discipline. Tout en travaillant beaucoup, dans un domaine, les ressources humaines, qui convient bizarrement bien à l'ingénieur de formation que je suis, je n'ai jamais autant lu, ni autant écrit, 224 billets sur ce blog, ni autant composé de poèmes, dont j'ai détruit la plupart, pour tourner la page.

 

Au cours de 14, j'ai conservé et me suis fait un grand nombre d'amis. Je ne m'illusionne pas trop pour autant. Parmi eux et parmi elles, il y en aura que vent emportera, d'autant qu'il vente toujours devant ma porte, comme aurait dit le cher Rutebeuf, qui a traité de ce sujet, il y a longtemps déjà. Mais, parmi cette cohorte, il y en aura bien quelques uns au moins qui resteront de vrais amis, dont l'amitié est de celles qui faisaient dire au cher Montaigne à propos de la sienne avec La Boétie: "Parce que c'était lui, parce que c'était moi.".

 

Cette nuit, un de ces amis sûrs, qui se font connaître "dans les situations peu sûres", m'a témoigné de son amitié dans un message. Il se reconnaîtra. Il m'avait donné son numéro de téléphone mobile quand il avait pressenti que j'étais au bord de l'abîme. Je n'en ai pas usé, mais je savais qu'il était là, si jamais, pour m'écouter. Il aura été d'un grand secours pour moi. Cicéron fait dire à Lélius dans De l'amitié: "Le coeur se dilate quand un ami a quelque sujet de joie, il se contracte quand il est victime d'un événement fâcheux."

 

L'année 2014 m'a été cruelle en termes d'amitié. J'ai essuyé la perte de deux amis. L'un est mort, l'autre est vivante.

 

Dans De l'amitié, Cicéron fait encore dire à Lélius, qui est affecté par la mort de son ami Scipion: "Je crois qu'il ne lui est rien arrivé qu'on puisse dire mauvais; s'il y a un mal, c'est à moi qu'il est arrivé." En effet Lélius n'est pas de ceux qui croient "que les âmes périssent avec les corps et que la mort est la fin de tout".

 

Comme Lélius je ne crois pas dans mon for interne que l'âme périsse avec le corps, même si je suis un mécréant et que le doute ne me quitte pas. La mort de cet ami perdu ici-bas, revu huit jours auparavant, m'a profondément édifié et c'est pourquoi j'ai la faiblesse de croire qu'il me regarde de là-haut avec bienveillance et, dans le même temps, incrédulité devant ma mécréance.

 

En relisant cette nuit le texte de Cicéron, je me rends compte que la perte de mon amie vivante m'est bien imputable à moi seul, comme j'en ai pris conscience depuis le début. Lélius dit en effet qu'"il ne peut y avoir d'amitié qu'entre gens de biens". Et je suis un vilain, un homme dont la faiblesse de caractère, éphémère, ne pouvait au mieux qu'indisposer. "On ne doit donner son affection qu'après avoir jugé", conseille Lélius. Elle a dû suivre ce juste conseil.

 

Au plus fort de la crise, devant la situation inextricable dans laquelle je m'étais mis inconsciemment d'abord, involontairement ensuite, cette ex-amie m'avait écrit: "Rigolons-en". Au lieu de suivre cet autre juste conseil, je me suis entêté à garder mon sérieux et mon air sombre, qui ne me vont décidément pas bien au teint. Et, depuis, quand nous nous croisons, nous ne pouvons plus nous parler, parce que je deviens complètement aphasique, l'émotion me prenant et mon coeur battant la chamade.

 

En 2015, j'émets donc les voeux suivants à l'adresse de vous qui êtes mes amis:

- je tâcherai d'être toujours bienveillant à votre égard;

- j'essaierai d'être quelqu'un de bien;

- je m'efforcerai de ne pas laisser libre cours à mon hyper-émotivité;

- je ferai en conséquence des efforts à l'oral (je peux avoir la parole encore plus hésitante que celle de Modiano);

- je prendrai les contrariétés et les vicissitudes avec humour...

 

Sinon, j'émets, bien sûr, tous les meilleurs voeux que l'on peut souhaiter à ses amis, en pareille circonstance, celle d'un changement de millésime.

 

Francis Richard

 

PS

 

Dans les Pièces non recueillies, François Villon a composé une espitre destinée à ses amis. Il aurait dû écrire epistre. J'ai repris cette faute, dans le titre de ce billet, parce qu'elle convient très bien à mon imperfection.

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 22:30
Les référencements Google de ce blog sont rétablis: merci Overblog !

Pendant ces huit derniers jours, mon moral est passé par des hauts et des bas.

 

Ce blog a, dans un premier temps, disparu le jour du 6ème anniversaire de son existence.

 

Cette disparition, le 24 mai 2014, tombait particulièrement mal, parce que je venais de tourner une page douloureuse de ma vie personnelle et que ce coup du sort, d'origine technique, m'atteignait plus que cela n'aurait été le cas en temps normal.

 

Le troisième jour suivant sa disparition, le 27 mai 2014, ce blog est redevenu accessible pour ses visiteurs, mais il n'était plus du tout référencé par Google. D'où une chute terrible des visites.

 

Aujourd'hui les référencements Google ont été rétablis. C'est important parce qu'il est maintenant possible à nouveau, par exemple, de rechercher par le titre d'un livre l'article que je lui ai consacré.

 

Ce matin, en désespoir de cause, j'ai repris contact avec Overblog, la plate-forme qui m'héberge et qui est à l'origine du dysfonctionnement technique d'il y a huit jours. Ils ont dû intervenir puisque Google a rétabli tous ses référencements. Overblog a donc réparé et je les en remercie vivement.

 

Désormais j'ai l'esprit beaucoup plus libre pour continuer à partager sur ce blog mes coups de coeur dans les arts et lettres et mes raisonnements dans l'action humaine...

 

Francis Richard

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 12:30
Overblog supprime l'accès à ce blog deux trois jours, dès lors Google l'ignoreOverblog supprime l'accès à ce blog deux trois jours, dès lors Google l'ignore

Il aura suffi de deux trois jours d'interruption d'accès à ce blog, due à un dysfonctionnement d'Overblog, pour que Google ne me référence plus. Ou sinon via des sites qui ont la gentillesse de le mettre en lien. Je n'arrive même plus moi-même à me connecter directement sans passer par l'un d'eux, c'est dire.

 

Ce sont les mystères d'Internet.

 

Google m'avait fait le magnifique cadeau de me référencer de belle façon. Je ne sais ni pourquoi ni comment. Du coup la fréquentation de ce blog augmentait régulièrement. Ce cadeau m'a été retiré aussi mystérieusement qu'il m'avait été donné. Et, depuis, la fréquentation, après avoir été nulle pendant l'interruption, peine à remonter la pente.

 

Je me suis rendu compte que c'est bien ce référencement par Google qui m'apporte l'essentiel de mes visiteurs. Qu'il s'agisse de visiteurs passant par Google France, par Google Suisse ou par Google Belgique. Les réseaux sociaux ne contribuant que pour une très modeste part à leur afflux.

 

Cette triste expérience, qui a coïncidé avec le sixième anniversaire de son existence, m'aura appris la vulnérabilité de ce blog, qui dépend beaucoup plus finalement de la technique que de ce que je peux bien écrire. Ce qui n'est guère rassurant pour la liberté d'expression...

 

Heureusement que l'esprit de résistance m'a été insufflé familialement dès le plus jeune âge et que, devant les difficultés, il m'a été enseigné de ne jamais baisser les bras, sinon je renoncerais.

 

Mais, je ne renoncerai pas, non seulement parce que de tenir ce blog m'est vital comme l'air que je respire, mais aussi parce que je me suis donné pour objectif de partager avec mes lecteurs mes coups de coeur dans les arts et lettres tout autant que mes raisonnements dans l'action humaine...

 

Peut-être mon opiniâtreté sera-t-elle récompensée un jour prochain par les robots de Google...

 

Francis Richard

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Published by Francis Richard - dans Edito
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.

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