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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 21:40
La finance de l'ombre a pris le contrôle, de Dominique Morisod et Myret Zaki

Myret Zaki a relevé le défi de reprendre le travail accompli par Dominique Morisod. Celui-ci avait entrepris la rédaction d'un livre, inachevé, où il se donnait pour objectif de dénoncer les dérives mortifères pour l'économie réelle d'un certain nombre de professionnels de la finance.

 

Ces moutons noirs n'hésitent pas, comme le dit Daniel Schmid dans sa préface, à ériger des systèmes qui n'ont pour seul but que d'enrichir leur établissement et bien entendu eux-mêmes, quitte à avoir une influence négative sur leurs clients, la société, sans l'ombre d'un scrupule.

 

Le préfacier ajoute: Cependant, peu d'entre eux maîtrisent l'ensemble des processus auxquels ils participent. En revanche, ils savent qu'ils contribuent à créer les conditions qui pourraient dégénérer en un krach financier dont les retombées sur l'économie réelle seraient sans précédent.

 

A la suite de la crise de 2007-2008, des mesures ont été prises pour réglementer davantage le système bancaire. Il s'agissait de faire en sorte qu'elle ne se repoduise pas. Mais, à chaque fois que des réglementations sont décidées, plus elles sont contraignantes, plus se développe un marché noir pour les éviter.

 

Dans le domaine financier s'est ainsi développé ce que les auteurs appellent la finance de l'ombre. Cette finance de l'ombre était déjà présente lors des crises de 2002 et de 2008. Elle n'a fait que croître et embellir. Elle a même été favorisée par les politiques monétaires des banques centrales.

 

Ces politiques monétaires étaient déjà responsables des crises précédentes. Les manipulations des monnaies sont un moyen, croit-on, de réguler l'activité de l'économie réelle. Or il n'en est rien. Elles sont en fait à l'origine des bulles financières et immobilières et des krachs qui en sont les conséquences.

 

Cette fois les banques centrales ont fait très fort. Depuis 7 ans, prétendument pour relancer la croissance, les taux d'intérêt sont de 0%, voire négatifs. Or la croissance n'a pas été relancée, ou sinon partiellement, et l'inflation immorale des prix souhaitée (2%) n'a pas été atteinte. C'est la dette globale qui  a augmenté:

 

En effet la dette des gouvernements, des entreprises, des ménages et du secteur financier a augmenté de 57 000 milliards de dollars entre mi-2007 et mi-2014, pour atteindre quelque 200 000 milliards de dollars, selon McKinsey, soit 286% du PIB mondial.

 

Le mécanisme est malheureusement simple. L'emprunt gratuit permet d'investir dans des placements qui génèrent des gains d'autant plus élevés qu'ils sont risqués, et ils sont d'autant plus risqués qu'ils sont mauvais. Et, comme les investisseurs cherchent des rendements désespérément, ils se laissent tenter par des gains démesurés...

 

Il faudrait sortir de ces taux zéro, mais le problème est qu'on ne sort pas comme ça d'un tel cercle vicieux. Une hausse des taux, alors qu'une bulle de crédit s'est formée, ne pourrait qu'être catastrophique: Lorsque les taux d'intérêt remontent, les garanties perdent de la valeur et les charges financières augmentent.

 

L'intérêt du livre de Dominique Morisod et de Myret Zaki est de passer en revue les véhicules financiers empruntés, qui forment cette bulle de crédit sans précédent, et de montrer comment ils fonctionnent dans l'ombre peut-être, mais au vu et au su des banques centrales et des grandes instances internationales.

 

La finance de l'ombre, c'est-à-dire non bancaire, comprend ainsi divers fonds tels que les fonds de private equity, qui investissent dans des entreprises non cotées, ou les hedge funds, qui investissent en bourse, des asset managers, des courtiers, des négociants. Elle croît plus vite que la finance réglementée.

 

Représentant à fin 2014 quelque 80 000 milliards de dollars, sur un total de 200 000 milliards d'endettement au niveau mondial, la finance de l'ombre a pris le contrôle dans le sens qu'elle empêche la remontée des taux d'intérêts. En effet cette remontée se traduirait par l'éclatement d'une bulle bien plus phénoménale que celle de 2008...

 

Francis Richard

 

La finance de l'ombre a pris le contrôle, Dominique Morisod et Myret Zaki, 196 pages Favre   

 

Livres précédents de Myret Zaki chez le même éditeur:

 

Vive l'évasion fiscale (2010)

La fin du dollar (2011)

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 22:55
La folie des banques centrales, de Patrick Artus et Marie-Paule Virard

Le diagnostic établi par Patrick Artus et Marie-Paule Virard est sévère.

 

En effet les banques centrales seraient folles. Que font-elles pour mériter pareil qualificatif?

 

Depuis 2010, une fois passé le plus fort de la crise:

- elles pratiquent des taux d'intérêt proches de zéro;

- elles augmentent vertigineusement la liquidité, autrement dit elles créent de la monnaie à tout va.

 

Les auteurs remarquent: Le flot de liquidités entretient l'anesthésie généralisée et nourrit l'ampleur des mouvements que l'on observe sur le prix des actifs (actions, obligations, immobilier) comme sur les taux de change.

 

Une des conséquences est qu'ont disparu les primes de risques entre investissements comportant un risque et investissements sans risque, alors qu'elles sont censées représenter le rendement supplémentaire justifié par la prise de risque: leurs écarts de rendement, leurs spreads, sont comprimés...

 

Le but de cette politique monétaire, pratiquée à l'échelle planétaire, est, en l'absence d'inflation des prix des biens et des services et en présence de bulles sur les prix des actifs (une banque centrale peut toujours créer de la monnaie pour acheter des actifs), de s'occuper de la croissance et de l'emploi, avec l'illusion de créer de la richesse par stimulation de la demande...

 

Pour les interventionnistes de toute sorte, c'est le seul outil qu'il leur reste pour faire des dégâts. En effet la politique budgétaire pour relancer l'économie n'est plus possible en raison des taux d'endettements stratosphériques, qu'ils soient publics ou privés. Alors, la politique monétaire se résume à mettre une plus grande quantité en circulation plutôt que d'agir sur son prix.

 

Comment? Non pas, comme dans le bon vieux temps, en faisant marcher la planche à billets, mais en rachetant de la dette publique ou privée à des institutions financières. Ce processus est appelé, magnifique euphémisme, assouplissement quantitatif, c'est-à-dire, en français dans le texte, quantitative easing. Qu'en termes galants ces choses-là sont dites!

 

Comment cela se traduit-il? Par une augmentation des réserves des institutions financières, ce qui leur permet de créer de la monnaie sous forme de crédits à taux faible aux entreprises et aux particuliers, qui retrouvent une marge de manoeuvre pour investir ou consommer, ce qui est censé doper l'activité et la croissance.

 

Mais, surprise, cela ne les dope pas. Au contraire cela incite les agents économiques fragiles à persévérer dans leurs mauvaises habitudes et cela débouche sur une mauvaise allocation de l'épargne: cela favorise le développement de la partie de l'économie liée aux prix des actifs, à l'endettement, à la spéculation...

 

A la longue cela se traduit par une contraction de l'économie, par l'explosion des bulles, par une crise de l'endettement. Ce sont les effets pervers des taux bas à long terme, que les banques centrales ne peuvent plus remonter sans risquer d'avoir un effet catastrophique sur les finances publiques comme sur les dettes des emprunteurs privés...

 

Dans le passé la politique monétaire se résumait, selon les auteurs, à un arbitrage à court terme entre chômage et inflation, en jouant sur les taux d'intérêt. Mais, comme l'inflation a disparu, l'arbitrage doit se faire entre chômage d'une part et excès de liquidité et bulles sur les prix d'actifs d'autre part.

 

Bref, aujourd'hui, les auteurs pensent que les banques centrales devraient répondre aux questions suivantes: quelle est la quantité de liquidité nécessaire au bon fonctionnement de l'économie? Où sont les risques? Comment se donner les moyens de réagir aux crises financières? Et pour y répondre, ils préconisent une coopération monétaire internationale.

 

Si les banques centrales ne répondent pas à ces questions, si elles ne renoncent pas à leurs politiques expansionnistes, qui deviennent de plus en plus irréversibles, et si des réformes institutionnelles ne sont pas entreprises pour les contrôler, alors toutes les conditions seront réunies pour que de grands mouvements de capitaux se produisent d'une classe d'actifs à une autre, d'un pays à un autre:

 

Et lorsqu'il s'agit du report massif de capitaux d'un actif risqué vers un actif sans risque, une crise financière peut éclater à tout moment.

 

Les auteurs concluent: Pour le moment le système tient. Nos "gardiens" de la monnaie peuvent ouvrir les vannes autant qu'ils veulent et chaque fois que l'on en a besoin. Mais s'ils s'entêtent dans une fuite en avant où l'on entretient le mythe du crédit qui crée de la valeur et où le chacun pour soi domine, il faut s'attendre à ce que surviennent des crises financières de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes.

 

A aucun moment les auteurs ne se posent les questions qui dérangent, mais qui trouvent pourtant leur réponse dans leur diagnostic:

- et si les banques centrales, qui ne sont nées qu'au XIXe siècle (depuis il n'y a jamais eu autant de crises monétaires), n'étaient de toute façon pas la solution, mais le problème?

- et si les politiques monétaires par définition ne pouvaient qu'être nuisibles?

 

Francis Richard 

 

La folie des banques centrales, Patrick Artus et Marie-Paule Virard, 168 pages, Fayard

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 23:55
"On va dans le mur..." d'Agnès Verdier-Molinié

Un mur se dresse devant soi. On fonce dedans. Cela ne peut que faire mal...

 

Dans On va dans le mur, on, c'est la France. Si elle ne change pas de cap, elle court à la catastrophe, parce qu'un mur est bien là, sur sa route, contre lequel elle risque bien de se fracasser. Comme d'autres pays avant elle, tels que la Grèce...

 

Agnès Verdier-Molinié  pense qu'il est encore possible d'éviter le mur: "Ce livre optimiste est dédié à tous ceux qui croient encore que la France peut bouger et faire mentir les plus pessimistes."

 

Pourtant le constat chiffré qu'elle dresse n'est guère encourageant. Elle le décline en trois points.

 

L'empilement

 

La fiscalité française est un véritable maquis dans lequel il est bien difficile de se retrouver. Il n'existe pas moins de 360 taxes. Ce n'est pas un chiffre sorti de nulle part. L'auteur en fait l'inventaire à la Prévert dans l'annexe 2 du livre. Elle est raisonnable puisqu'elle ne cherche à n'en réduire le nombre qu'à une centaine... en éliminant toutes celles qui ne sont pas rentables.

 

Les agents de la fonction publique sont aujourd'hui au nombre de 5,3 millions. Il faut remarquer au passage que c'est la fonction publique territoriale qui a le plus augmenté au cours des trois dernières décennies, augmentation ne se justifiant qu'en partie par la décentralisation. L'auteur propose de geler l'embauche des agents pendant 5 ans et de ne remplacer qu'un départ à la retraite sur deux pendant 3 ans.

 

Le mille-feuille administratif comprend 36'769 communes, 15'903 syndicats inter-communaux, 27 régions, 101 départements. L'auteur propose la fusion des communes en 5'000 super-communes, la suppression de l'échelon départemental et la fusion des régions de telle sorte qu'il n'y ait plus que 13 grosses régions aux compétences élargies.

 

Aujourd'hui il y a plus d'ambassadeurs que d'ambassades... Elles sont au nombre de 163, ils sont 191. La différence? Les 28 ambassadeurs "thématiques" (sic). Exemple de thème: "la coopération décentralisée avec l'Asie"... Est-ce bien raisonnable? L'auteur propose de réduire de toute façon le nombre d'ambassades inutiles, notamment en Europe, et de vendre le patrimoine immobilier correspondant.

 

En contrepartie des taxes, qui représente le bâton dont il se sert pour exister, l'Etat agite la carotte, soit 103 aides sociales, ce qui représente un montant de 700 milliards d'euros de dépenses sociales. L'auteur propose, pour résorber les déficits et réduire la dette correspondante, de fusionner un certain nombre de ces aides et de réduire le nombre d'interlocuteurs.

 

Le nombre des mandats paritaires est un sujet tabou auquel s'attaque Agnès Verdier-Molinié. Ils seraient 100'000 à se partager ce fromage, juteux aussi bien pour le patronat que pour les syndicats de salariés. L'auteur propose que l'Etat gère dérsormais l'assurance chômage, l'assurance santé et les caisses d'allocations familiales. Bref qu'il soit mis fin au parasitisme du paritarisme par de l'étatisme...

 

Les dérives

 

Le mille-feuille institutionnel se traduit par des élus, financés entre autres par les 360 taxes. Ils sont 618'384. Un record mondial. Soit un mandat électif pour 104 habitants... L'auteur propose de réduire le nombre des parlementaires et, conséquence de la réorganisation territoriale, le nombre des élus locaux pour faire passer le nombre total d'élus à seulement 55'000.

 

Qui sait qu'aux salaires bruts des agents de la fonction publique de l'Etat s'ajoutent quelque 1'851 primes et indemnités? Cela représente pourtant 28% de leur rémunération globale... Qui sait que la fonction publique est divisée en 327 corps de fonctionnaires "qui correspondent à des statuts avec attributions, systèmes de primes et grilles de paies précises"? L'auteur propose de réduire le nombre de ces primes, de lier leur versement à la performance et de réduire le nombre des corps.

 

Il y a 5 millions de chômeurs en France toutes catégories confondues. Parmi eux, un grand nombre ne cherchent pas d'emploi, 20%, voire 30% suivant les régions. Il faut dire que "parfois l'emploi n'est que très marginalement plus rémunérateur"... Alors, pour "préserver justement le coeur de notre Etat-providence", l'auteur propose d'être plus sévère sur les indemnisations et sur les refus d'emplois proposés...

 

Si l'on n'omet pas de compter les jours de grève dans la fonction publique, il y a environ 2 millions de jours de grève en France par an. Ce qui a un coût économique considérable. L'auteur propose "de limiter le droit de grève pour les agents en charge d'une mission de service public", parce que leur statut garantit leur emploi et que les conséquences économiques sont reportées sur le contribuable, et d'encadrer le droit de grève dans le secteur privé en n'y autorisant une grève que si 50% des effectifs l'approuvent.

 

Il y aurait en fait 915'138 enseignants en France, soit un enseignant pour 14 élèves, qui assument un service allégé... Si à ce nombre on ajoute les 70'000 enseignants du supérieur et tous les personnels non enseignants, l'Education compterait 1'281'638 agents pour 12,6 millions d'élèves... Tout ce monde-là pour aboutir à une instruction défaillante. A la faveur de la réorganisation territoriale l'auteur propose que les enseignants soient recrutés localement et qu'au lieu d'assurer 18 heures par semaine, ils en assurent 800 par an.

 

Les opérateurs de l'Etat ou agences publiques sont au nombre de 1'244 pour 442'830 agents. Quand l'Etat réduit ses effectifs, les effectifs des agences augmentent. Elles servent en fait de vases communicants, où sont recasés les agents de l'Etat... L'auteur propose de réduire leur nombre à 800 en fusionnant celles qui sont proches et complémentaires.

 

La complexité

 

Nul n'est censé ignorer la loi. Sauf qu'en France il y a 400'000 normes, 10'500 lois et 127'000 décrets. Le tiercé gagnant? Le droit de l'environnement, le code général des impôts et le code du travail. Remède contre cette inflation législative? La création d'un organisme indépendant pour analyser l'impact de chaque mesure qui touche les entreprises et la suppression d'une loi à chaque fois qu'une autre loi est créée.

 

Le code du travail comprend, dans l'édition Dalloz de 2014, 3'500 pages, 10'628 articles, et pèse 1,5 kilo... contre 500 grammes 30 ans plus tôt. Code extrêmement précis sur certains points et complètement flou sur d'autres... Toujours est-il que les seuils sociaux qui y sont définis sont des freins à l'embauche, de même que les licenciements, parce que périlleux...

 

S'il y a eu 549'975 entreprises créées en 2012, seules 27'500 ont créé des emplois à leur démarrage. Il existe pourtant 1'175 dispositifs d'aides aux entreprises... et un nombre impressionnant de structures pour obtenir cette manne. L'auteur propose d'abandonner l'idée d'aider les entreprises, d'agir uniquement sur leur environnement, de "faire en sorte qu'il soit simple, stable et favorable à leur compétitivité", de supprimer l'ISF et l'imposition sur les plus-values de cession.

 

L'Etat français contrôle un grand nombre d'entreprises (1383 en 2012) et le total de ses participations s'élève à 110 milliards d'euros. Une fois définies les entreprises qui sont réellement stratégiques pour le pays, l'Etat devrait se désengager des autres.

 

Aujourd'hui il y a 37 régimes de retraite, ce qui ne facilite pas la mobilité professionnelle et est à l'origine d'injustices: par exemple, 60 milliards d'euros sur 282 milliards de prestations sont distribués sans cotisations... L'auteur propose donc la convergence de "tous les régimes vers un système unique sous forme d'une retraite par points par répartition, complétée par une part de retraite en capitalisation".

 

Les Français ne travaillent pas pendant 10,3 semaines par an. Cela correpond à 6,6 semaines de congés payés, à 0,9 semaine de jours fériés et... à un absentéisme moyen de 2,8 semaines, plus particulièrement important dans la fonction publique. La durée de travail est de ce fait bien moindre en France qu'en Grande-Bretagne, qu'en Allemagne et même qu'en Italie. L'auteur propose donc l'allongement de la durée du travail, "ce qui ne se résume pas à la durée hedomadaire de 35 heures, qui doit être rendue flexible en plus ou en moins, mais inclut la durée sur l'année, et aussi sur toute la vie".

 

Conclusion

 

L'auteur pense que si l'on fait tout ça, la France évitera le mur. Agnès Verdier-Molinié se projette en 2022 et conclut: "C'est une nouvelle France qui démarre et l'on ressent beaucoup d'enthousiasme, comme une fierté retrouvée à l'aune des désespoirs d'antan d'être sorti d'un système favorisant corporatisme et connivence qui ne profitait qu'à quelques-uns en bloquant tous les autres."

 

Pourquoi cet enthousiasme prédit par l'auteur à l'horizon de sept ans laisse-t-il sceptique?

 

- D'abord parce que, de son propre aveu, le résultat escompté de tant d'efforts est, somme toute, modeste: si tous les objectifs qu'elle détaille dans l'annexe 1 de son livre sont atteints - ce qui n'est pas gagné -, les dépenses publiques seront limitées à un maximum de 52% en 2022 et de 50% en 2025...

 

- Ensuite parce que l'intervention de l'Etat reste prépondérante dans des domaines qui ne sont pas régaliens et, par exemple, est même renforcée dans ce qui devrait relever de l'assurance privée tels que la santé ou le chômage.

 

- Enfin parce que l'auteur veut préserver l'Etat-providence, qui n'est justement pas la solution mais le problème principal dont souffrent nos pays: redistribuer plus rationnellement, c'est toujours redistribuer.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

On va dans le mur..., Agnès Verdier-Molinié, 272 pages Albin Michel

 

Livre précédent de l'auteur chez le même éditeur:

 

60 milliards d'économie ! (2013)

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 22:00
Jésus et le jeune homme riche.

Jésus et le jeune homme riche.

Dans une autre vie j'ai été chef d'entreprise, qui plus est en France. Je suis donc un rescapé, qui ne regrette pas d'avoir pris la route de l'exil, il y a bientôt quatorze ans, et d'être parti pour un pays, la Suisse, où il se trouve si bien qu'il en est devenu citoyen.

 

Bien que je sois loin d'eux maintenant, à tous points de vue, dans un pays paradisiaque en comparaison de celui où ils sont demeurés, j'ai gardé le contact avec un certain nombre de mes anciens confrères.

 

Ce qu'ils me racontent sur la vie infernale qui est devenue la leur, sur le découragement qui les étreint, sur la déconsidération dont ils font l'objet de la part de leurs concitoyens, m'a inspiré un petit texte que je leur dédie, avec toute mon amitié attristée par leur sort.

 

Francis Richard

 

Confession d’un riche appauvri

 

Tout jeune déjà je voulais être riche, je ne voulais pas être pauvre. Je me disais qu’être riche me permettrait de faire tout ce que je voulais, sans nuire pour autant aux autres, bien entendu, et, comme j’avais reçu une éducation chrétienne, je me disais que je pourrais de surcroît faire du bien autour de moi.

 

En voulant faire du bien autour de moi, je ne chercherais pas à me donner bonne conscience, mais, parce que rien de ce qui est humain ne m’a jamais été étranger, très naturellement, une fois riche devenu, je voudrais, de moi-même, aider mes frères humains, proches ou lointains, qui auraient moins réussi que moi.

 

Cependant j’avais un peu honte d’aspirer à devenir riche. Ce n’était pas bien d’être riche. N’était-ce pas, déjà à mon époque, ce que j’entendais tous les jours, sur tous les tons, dans mon pays, la France ? Je n’avais pas encore compris que nombre de ses habitants succombaient à la tentation de commettre le péché d’envie et qu’ils seraient toujours plus nombreux.

 

Cette envie poussait mes compatriotes à vouloir faire payer les riches plutôt que de se donner la peine de le devenir eux-mêmes. Cette tentation n’était pas nouvelle. Elle provenait de l’idée d’égalité matérielle, bien différente de celle d’égalité en droit, qui procède, pour les croyants dont je suis, de l’égalité devant Dieu.

 

Avant de me lancer, il me fallait toutefois vaincre un autre obstacle. Dans ma tête trottait la parabole du riche au salut difficile. Une fois riche devenu, après avoir observé les dix commandements de Dieu, devrais-je pour autant vendre tout ce que j’aurais accumulé de richesses pour le distribuer aux pauvres ?

 

Il me fallut du temps pour comprendre le sens que je devais donner à cette parabole. En fait, je ne devais tout simplement pas mettre la richesse en tête de mes priorités, je devais la mettre à sa juste place, non pas celle d’une fin, mais celle d’un moyen, au service de mes aspirations solidaires les plus profondes.

 

« De toute façon », me disais-je, « tout cela n’est que conjecture. Tu n’es pas riche, tu es même plutôt pauvre. Ce problème existentiel ne se posera à toi que lorsque tu seras riche. Ce qui n’est pas gagné. Car, comment riche deviendras-tu ? »

 

Il ne m’a pas fallu longtemps pour me rendre compte que ma principale richesse se trouvait en moi : il me fallait cultiver mon esprit, il me fallait acquérir des connaissances pour le nourrir, si possible dans un domaine qui lui plairait. A partir de là, tous les espoirs me seraient permis.

 

Mes connaissances me permettraient d’innover, de créer des biens ou des services que je pourrais échanger avec d’autres contre d’autres biens ou d’autres services. Si j’étais un tant soit peu malin, je pourrais faire comme la fourmi de la fable, mettre de côté une partie de ce que j’aurais reçu en échange de ce que j’aurais produit et m’en servir ultérieurement pour investir dans ce qui me permettrait de produire d’autres biens ou d’autres services.

 

Pendant des années, j’ai réalisé ce beau programme et suis devenu riche. J’ai même pu, comme j’en avais l’intention dès le départ, aider des frères humains qui avaient moins bien réussi que moi, à commencer par ma famille au sens strict, puis au sens large, pour finir par des personnes plus éloignées qui ne demandaient qu’une chose, que quelqu’un leur mette le pied à l’étrier, quitte à lui manifester leur reconnaissance sur laquelle il ne comptait pas.

 

Chaque année, cependant, je devais me rendre compte que l’accroissement de mes richesses ralentissait, quelque effort que je fournisse. Pourtant, je produisais toujours autant de biens et de services et ma petite entreprise ne connaissait pas la crise. Mais quantité produite ne signifie pas croissance de richesses. Je l’ai appris à mes dépens.

 

Force me fut en effet de constater que, furtivement, j’étais exproprié d’une part de plus en plus importante des fruits que je produisais. Au début, cela n’était pas sensible, la productivité accrue de ma petite entreprise compensait plus que largement ce qui m’était soustrait. Au bout d’un certain nombre d’années, toutefois, ce ne fut plus le cas.

 

Pendant longtemps je crus naïvement que l’Etat était là pour faire respecter les contrats que je concluais avec d’autres – j’avais confiance en la justice de mon pays – et pour assurer la sécurité des biens et des personnes. Au contraire de remplir ces rôles que je croyais justifications de son existence, il distribuait de plus en plus, à ma place, de mes richesses à ceux qu’il considérait réglementairement comme des pauvres, toujours plus nombreux.

 

Alors, je le confesse, comme moult de mes confrères, j’ai levé le pied. Je ne me suis plus astreint à faire mes deux fois trente-cinq heures par semaine. J’ai gagné moins, je me suis appauvri en quelque sorte, comme tout le monde autour de moi. A quoi bon rester riche ? Je ne suis plus à même d’aider les autres, ce que je faisais naguère de bon cœur. Nous sommes tous, plus ou moins, devenus pauvres...

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 22:00
La loi anti-Amazon ne sauvera pas les libraires dépourvus d' inventivité

La loi anti-Amazon a donc été définitivement votée par le Sénat français le 26 juin dernier, un an après que la proposition en a été déposée à l'Assemblée nationale.

 

Il s'agit d'un appendice à la loi sur le prix unique du livre de 1981, présenté en ces termes sur le site du parlement français:

 

La présente proposition de loi, déposée à l'Assemblée nationale le 26 juin 2013 par Christian Jacob, Bernard Accoyer, Yves Albarello, Hervé Gaymard, Christian Kert, Guy Geoffroy et Julien Aubert, a pour objet de modifier la loi du 10 août 1981 sur le prix unique du livre.

 

Estimant que le secteur des librairies "particulièrement fragilisé par les nouveaux modes de consommation, doit être défendu, car il constitue un des maillons clé de la chaîne du livre et assure sur nos territoires une animation culturelle indispensable, notamment en zone rurale", les auteurs de la proposition de loi souhaitent insérer un nouvel alinéa à l'article 1er de la loi de 1981, afin que la prestation de livraison à domicile ne soit pas incluse dans le prix fixé.

 

Deux phrases, écrites dans un jargon juridique, qui aurait certainement été apprécié par Stendhal, admirateur en son temps du style du Code Civil, ont donc été ajoutées au quatrième alinéa de l'article 1 de la loi 81-766 du 10 août 1981, pour interdire le cumul entre livraison gratuite et remise maximum de 5% sur le prix unique du livre, fixé par l'éditeur ou par l'importateur:

 

Lorsque le livre est expédié à l’acheteur et n’est pas retiré dans un commerce de vente au détail de livres le prix de vente est celui fixé par l’éditeur ou l’importateur. Le détaillant peut pratiquer une décote à hauteur de 5% de ce prix sur le tarif du service de livraison qu’il établit.

 

On remarquera qu'il s'agit d'un amendement déposé par l'UMP et non pas par le PS... et qu'il s'agit d'une loi de circonstance dirigée contre une entreprise qui a le tort d'être performante, d'être innovatrice et créatrice d'emplois dans un environnement contraignant. En effet Amazon France représente quelque 5'000 emplois, répartis sur 4 sites...

 

Il faut dire qu'en France on préfère que des gens soient payés à ne rien faire et pointent au chômage plutôt qu'ils ne soient payés modestement parce qu'ils ne sont pas qualifiés...

 

Il faut dire également qu'en France on préfère, comme l'a fait un jeune journaliste, Jean-Baptiste Malet, dénoncer les conditions de travail chez Amazon France, dans un livre, En Amazonie, diffusé d'ailleurs par Amazon.fr et publié au printemps 2013 chez Fayard, plutôt que de se demander comment une entreprise peut être rentable face aux coûts qu'induisent le salaire minimum et des prélèvements obligatoires exorbitants...

 

Quoi qu'il en soit cette loi anti-Amazon aura pour effet de pénaliser davantage le consommateur qui paie déjà plus cher le livre qu'il ne le devrait parce que son prix est contrôlé. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'améliorera pas la situation des libraires qui ont fait du prix unique du livre un oreiller de paresse les empêchant d'innover et de se différencier des grandes surfaces et de la pure vente en ligne. Au début du XXe siècle la même mentalité voulait que les trains soient interdits, ou pénalisés, parce qu'il ne fallait pas que les diligences disparaissent ...

 

Quand il s'est agi il y a deux ans d'introduire le prix unique du livre en Suisse, j'ai rappelé sur ce blog qu'en 30 ans d'existence, le prix unique du livre n'avait pas empêché la disparition en France d'un grand nombre de librairies traditionnelles, qui, avec les consommateurs, avaient été les grandes perdantes de cette loi liberticide, au profit des éditeurs et des grandes surfaces. Le peuple suisse a heureusement rejeté le 11 mars 2012, par 56% des voix, la loi liberticide votée préalablement par le parlement helvétique.

 

L'amendement voté en France le 26 juin 2014 ne sauvera pas les libraires dépourvus d'inventivité. Il ne fera que pénaliser un peu plus les consommateurs. Cette réglementation supplémentaire réduira aussi la productivité des libraires, présents ou non sur la Toile, qui auraient pourtant bien besoin de moyens pour innover.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 19:15
Manifeste pour une union politique de l'euro: la grande illusion

Il y a huit jours un collectif lançait un manifeste Pour une union politique de l'euro.

 

Parmi les premiers signataires on pouvait relever les noms de Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives économiques, Thierry Pech, directeur général de Terra Nova et l'incontournable Thomas Piketty, directeur d'études à l'EHESS.

 

L'essentiel de ce manifeste était reproduit dans l'édition du Monde datée du 18 février 2014, auquel était joint un texte intitulé: Mettre en commun les dettes de nos pays.

 

Quel serait l'"enjeu central" pour ce collectif?

 

"Permettre à la démocratie et à la puissance publique de reprendre la main, afin de réguler efficacement le capitalisme financier mondialisé du XXIe siècle et de mener les politiques de progrès social qui manquent cruellement à l'Europe actuelle."

 

Pour les signataires il y aurait non pas trop d'Europe, mais pas assez d'Europe. Pour eux la monnaie unique devrait être complétée par "de nouveaux instruments économiques, sociaux, fiscaux et budgétaires communs".

 

Quels seraient ces nouveaux instruments?

 

- La délégation à une instance souveraine européenne du "soin de déterminer une assiette commune aussi large que possible et rigoureusement contrôlée" pour l'impôt société, dont le taux minimal serait de l'ordre de 20%, auquel s'ajouterait un taux fédéral de l'ordre de 10% pour donner à la zone euro les moyens "d'impulser des actions de relance et d'investissement";

 

- La généralisation de "l'échange automatique d'informations bancaires" dans la zone euro;

 

- L'engagement d'"une politique concertée de rétablissement de la progressivité de l'impôt sur les revenus et les patrimoines";

 

- L'institution d'une Chambre parlementaire de la zone euro, composée d'une partie des députés des Parlements nationaux, pour sortir de "l'inertie actuelle" en prenant  à la majorité les décisions financières, fiscales et politiques.

 

Enfin, dans le texte annexé, le collectif estime que "la seule façon de sortir définitivement de la crise de la dette est de mettre en commun les dettes des pays de la zone euro". 

 

Plusieurs remarques:

 

- L'harmonisation fiscale préconisée par ce collectif conduit comme toutes les harmonisations fiscales à une augmentation de l'impôt, en l'occurrence de l'impôt société (IS), même s'il précise que chaque pays peut fixer son propre taux d'IS, puisqu'un taux minimal est imposé et que l'assiette en est la plus élargie possible.

 

Comme le rappelait Pascal Salin, dans son livre La tyrannie fiscale, une entreprise ne paie pas d'impôts. Ce sont toujours des individus qui les paient, dans tous les cas, les salariés et les actionnaires. Cette fiction fiscale permet de rançonner furtivement les uns comme les autres.

 

- Les actions de relance et d'investissement par l'Etat, quelle que soit la forme que l'Etat revêt, sont toujours vouées à l'échec. Car les hommes de l'Etat ont la prétention de croire qu'ils savent mieux que les autres ce qu'il faut faire pour que marche l'économie. Cela les conduit inévitablement à faire ou à faire faire de mauvais investissements sans qu'ils n'en portent jamais la responsabilité. Ils risquent tout au plus de ne pas être réélus.

 

- L'échange automatique d'informations bancaires est une atteinte à la sphère privée, qui est un droit naturel. Elle signifie que pour l'Etat les êtres humains ne doivent pas avoir de secrets, que les hommes de l'Etat ont un droit de regard sur leur vie privée et que leur argent lui appartient puisqu'il lui est permis d'en contrôler la détention et l'usage, pour, en fait, mieux se l'accaparer.

 

- La progressivité de l'impôt n'a pas à être rétablie, elle existe déjà dans la plupart des pays, particulièrement en France d'où sont issues toutes les têtes pensantes du collectif. Là encore, dans La Tyrannie fiscale, Pascal Salin montre que ce mode d'imposition est confiscatoire et "désincitatif" pour les entrepreneurs. Mais peut-être le collectif pense-t-il que les entreprises peuvent se passer d'entrepreneurs...

 

- Le collectif pense qu'une nouvelle institution, telle que la Chambre parlementaire qu'ils appellent de leurs voeux, permettrait de prendre des décisions à la majorité en s'affranchissant de la règle de l'unanimité. Cela veut tout simplement dire que cette institution pourrait imposer par le haut des décisions contre le consentement des minoritaires, qui ne disposeraient d'aucun contre-poids face à sa tyrannie.

 

- Mettre en commun les dettes de la zone euro revient à donner une prime aux mauvais élèves de cette zone et à les encourager à ne pas faire plus d'efforts que cela puisqu'il y  aurait toujours d'autres pays pour leur sauver la mise. On retrouve là le mythe de la solidarité, qui n'a de réalité que le nom quand elle s'exerce par la contrainte et ne fait pas appel à la responsabilité.

 

Quand on examine les différentes propositions de ce manifeste, on se dit que le collectif qui en est l'auteur porte bien son nom, qu'il ne raisonne que par grandes considérations abstraites, sans tenir aucun compte de ce que peuvent en penser les individus et sans leur donner la parole, bref qu'ils se bercent d'illusions en voulant donner à l'Etat davantage d'instruments pour réguler.

 

Francis Richard

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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 20:35

pole-emploi.jpgIl ne faut pas rêver. La libération de la France de ses chaînes étatiques n'est pas pour demain, ni même après-demain.

 

Pour les hommes politiques, les médias et une grande partie de la population de ce beau pays qui coule, l'Etat est LA solution.

 

Ernest Renan disait:

 

"Ce sont les idées qui mènent le monde."

 

S'il a raison et que l'on veut changer les choses, la priorité est donc de mener le combat contre les idées fausses et de montrer, entre autres, que, justement, l'Etat est LE problème, à l'origine de bien des maux français.

 

Aucune réforme ne sera jamais possible si ceux qui en sont les victimes, c'est-à-dire presque tout le monde, n'en sont pas convaincus et se complaisent dans la servitude volontaire.

 

Parmi les premières victimes, il est un personnage archétypique, qui n'existe donc pas, mais en qui un nombre non négligeable de Français se reconnaîtront, le Français moyen, salarié du secteur privé.

 

Il y a quelques semaines, parce que j'étais de bonne humeur, qu'il faut bien commencer par un bout et que je lui veux du bien, j'ai écrit une lettre à ce candidat potentiel à Pôle Emploi. Dans cette lettre, je lui fais toucher le fond, afin qu'il puisse peut-être remonter...

La voici:

Cher contribuable,

Tu constates que la croissance du pays est nulle et que le nombre de chômeurs ne cesse de croître depuis des mois et des mois. Sois heureux. Ton tour de vivre aux crochets de l’Etat finira bien par venir et tu pourras enfin trouver le repos de l’assisté malgré lui.

En % du PIB, la dette de l’Etat ne représente encore que 92%. Elle ne peut qu’augmenter sans mollir puisque que ses recettes, 52% du PIB, sont inférieures à ses dépenses, 57% du PIB, et que celles-ci ne sont pas près d’être réduites. L’horizon des 100% est bientôt en vue. Alléluia !

Je ne t’apprends donc rien en te disant que l’Etat vit largement au-dessus de tes moyens, parce que, souviens-toi, l’Etat, c’est toi. Tu contribueras donc toujours plus. Ce qui devrait te réjouir puisque tu seras davantage solidaire, certes bien involontairement, mais pour le bien d’une multitude de moins riches que toi.

Rapporté au total de ses dépenses, le déficit du budget général de l’Etat n’est, après tout, que de 20%. Certes, tu n’irais pas bien loin si, comme lui, chaque année, tu dépensais 25% de plus que tes revenus. Mais ce n’est pas de ta petite personne qu’il s’agit, c’est de l’Etat avec un E majuscule. Grâce à toi, il peut se permettre cette minuscule fantaisie. Sois en fier.

Tu sais que, sur 28 millions d’actifs potentiels en France, plus de la moitié d’entre eux est d’une manière ou d’une autre payée par l’Etat. C’est l’ineffable exception économique française. Une minorité de Français travaille en fait pour une majorité. Et tu as le grand honneur de faire partie de la minorité laborieuse. Ce qui fait de toi, comme tes semblables, un contribuable émérite et irremplaçable.

Pour tes déplacements, pour ton approvisionnement en énergie, pour l’éducation de tes enfants, tu es à la merci de syndicalistes du secteur public qui décident où et quand ils feront grève. Ils te rendent le sacré service public d’attirer ton attention sur leur sort peu enviable. Aie de la compassion pour eux.

Tes biens et ta personne ne sont pas en sécurité. Les prisons sont certes surpeuplées, mais un grand nombre de délinquants et de criminels sont en liberté. Ce qui te permet de vivre dangereusement, sans l’avoir vraiment voulu, mais avec tous les mérites qui s’attachent à ce mode de vie, recommandé par le regretté Friedrich Nietzsche.

Bref, l’Etat s’occupe de presque tout, sauf bien sûr de ce qui te permettrait de vivre libre et prospère. Ce qui serait tout de même dommage et injuste, socialement parlant.

Comme les hommes et les femmes politiques, de gauche comme de droite, n’ont aucun intérêt à combattre l’obésité de l’Etat, qui leur donne de l’importance et sans laquelle ils ne pourraient pas entretenir de clientèle électorale, il n’y a aucune malchance pour que les choses changent.

Le statu quo, c’est-à-dire le pire, est le plus sûr. Ne désespère donc pas que quiconque ait le courage de la réforme.

Les temps sont révolus où une femme, Margaret Thatcher, s’avérait l’avenir de « l’homme malade de l’Europe » qu’était alors la Grande-Bretagne.

En effet, imagine, il faudrait que quelqu’un de son genre surgisse d’un parti capable de l’emporter aux élections. Il faudrait que cette personne tienne tête aux membres de son parti qui voudraient aller plus vite ou plus lentement que la musique. Il faudrait que cette personne ne fasse pas risette à ses adversaires pour leur complaire et que, de surcroît, elle coupe les vivres, d’origine publique, aux syndicats.

Autant te dire que ce n’est pas demain la veille que les mots d’assistanat, de subvention, de grève seront bannis du vocabulaire de ton pays et remplacés par des mots violents comme esprit d’entreprise, droits de propriété, professionnalisme.

Tu peux dormir tranquille. Tu ne trouveras personne de courageux, à la tête d’une quelconque équipe, pour garder le cap dans les tempêtes, que soulève toute réforme qui touche à des privilèges.

Il te faut te résigner à courber l’échine davantage, ce qui est bon pour son assouplissement.

Je te souhaite donc une bonne servitude, qui n’en sera que plus méritoire si tu la subis sans maugréer et en bonne intelligence.

Que tes contributions ne te soient pas rendues !

Francis Richard

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 22:00

10 idées LANDIER THESMARLa France coule. Mais pourquoi? Une grande majorité de Français ne le savent pas. Ils ont la nostalgie du capitalisme des trente glorieuses et ont les yeux fixés sur le rétroviseur au lieu de regarder devant eux.

 

Deux professeurs, Augustin Landier, qui enseigne la corporate finance à L'Ecole d'économie de Toulouse et David Thesmar, qui enseigne la finance à HEC Paris, expliquent justement pourquoi.

 

Ce serait, selon eux, 10 idées fausses qui seraient responsables de ce naufrage de la France, 10 idées largement partagées par les Français et leurs dirigeants, depuis près de quarante ans.

 

Quelles sont ces fichues 10 idées qui coulent la France?

 

1) Une France sans industrie? ça va être Disneyland

 

Le déclin de la France serait dû à sa désindustrialisation. Or, c'est tout le contraire:

 

"Quand la classe moyenne atteint un certain niveau de revenus, ses besoins en matériels sont saturés - ils croissent moins vite que la productivité d'une industrie qui continue d'automatiser ses chaînes de montage. L'emploi se déverse dans les services, plus difficilement mécanisables."

 

Dans tous les pays développés, ce phénomène, propre à une économie moderne, se produit. Les services deviennent le moteur de la croissance: services à la personne, hôtellerie-restauration, ingénierie, notamment informatique, santé. Il est vain de vouloir maintenir à tout prix - c'est le cas de le dire - des industries malades.

 

2) Pour sauver l'emploi, il faut sauver l'industrie

 

L'industrie n'est plus créatrice d'emplois. Les 4 millions d'emplois créés au cours des trente dernières années l'ont été dans les services, dont "1 million d'emplois dans la santé, 700'000 dans le commerce, 300'000 dans l'hôtellerie".

 

Parmi ces emplois, les plus qualifiés sont les emplois de cadres, de médecins, d'ingénieurs, d'avocats et les moins qualifiés les emplois de services à la personne et les emplois commerciaux.

 

L'industrie ne crée plus d'emplois parce qu'elle robotise les tâches routinières:

 

"L'industrie française du XXIe siècle sera robotisée ou ne sera pas. C'est même probablement parce qu'elle ne s'est pas assez robotisée qu'elle perd actuellement du terrain."

 

Emploi industriel et compétitivité ne sont pas compatibles...

 

3) Un ingénieur, un vrai, ça travaille dans une usine

 

En France, il y a à la fois une désaffection pour les sciences et une méconnaissance des nouveaux métiers d'ingénieurs.

 

Les ingénieurs sont pourtant les plus à même d'exploiter la mine d'informations que constituent les données personnelles que les entreprises recueillent sur leurs clients:

 

"Ce sont eux qui savent produire l'analyse statistique pour faire parler les données, automatiser les processus qui fabriquent, filtrent et réagissent sur ce matériau d'un type nouveau."

 

Seulement, pour être dirigeant d'entreprise en France, il faut sortir de l'ENA ou d'une école de commerce, mais certainement pas être ingénieur...

 

4) Il nous faut un Etat stratège

 

Pendant les trente glorieuses l'Etat a pris de plus en plus d'importance. Or c'était une période de croissance rapide:

 

"Quoi d'étonnant à ce que, lorsque les choses vont mal, les politiques jouent sur la corde sensible de la nostalgie?"

 

Le sophisme revient à dire que croissance rapide et Etat stratège vont de pair...

 

Les auteurs ne sont pas contre une politique industrielle de l'Etat, à condition qu'elle se fasse à partir d'une doctrine et non pas au coup par coup:

 

"L'Etat doit concentrer ses moyens sur les cas où les intérêts privés et l'intérêt public ne coïncident pas."

 

Quand est-ce le cas? En présence d'externalités ou de monopole naturel... qui sont pourtant de mauvais prétextes pour justifier l'intervention de l'Etat.

 

Dans le premier cas, Ronald Coase a montré qu'il était possible de réduire les externalités négatives par des droits de propriété bien définis. Dans le second cas, un monopole naturel peut sans problème être de nature privée du moment que liberté est laissée à un ou des nouveaux acteurs d'entrer un jour sur ce marché.

 

L'Etat ne devrait jamais être stratège en matière économique, même à partir d'une doctrine, n'en déplaise à ces deux auteurs.

 

5) Les marchés sont la dictature du court terme

 

Les auteurs montrent qu'en présence d'un projet d'investissement les marchés, au contraire, tiennent compte du long terme:


"Si le projet est rentable, même à long terme, les profits futurs seront incorporés dans la valeur de l'action, et l'actionnaire en profitera, même s'il revend rapidement."

 

Ceux qui veulent mettre au pas le capitalisme actionnarial sont ceux qui ont intérêt à ne pas être évalués par les autres professionnels de l'investissement, c'est-à-dire le grand patronat et les investisseurs publics et parapublics...

 

6) Une grande banque publique pour nos PME, c'est indispensable

 

Les banques ne seraient pas prêteuses et c'est pourquoi, dans sa grande bonté, l'Etat se substituerait à elles pour prêter à ces pauvres PME. En réalité, si les banques ne prêtent pas à certaines PME, c'est que le risque est trop grand.

 

Les auteurs évoquent deux pistes: que le droit de la faillite soit plus favorable aux créanciers et que les délais de paiement extrêmement longs en France le soient moins...

 

7) La BCE? Une institution bornée qui bloque la croissance

 

Toute banque centrale fausse le jeu des marchés en faisant joujou avec les taux d'intérêt et en étant fauteur de bulles. Il est donc vain d'entrer dans le jeu de la critique ou non de la BCE que pratiquent les auteurs... Ils n'en ont pas moins raison de dire que la BCE est un bouc émissaire tout trouvé pour les politiques...

 

8) Le culte de la concurrence: voilà l'ennemi

 

Qui est contre la concurrence? Les Français le sont par ignorance économique. Ceux qui en tirent avantage, ce sont les entreprises du capitalisme de connivence et les politiques. Et les dindons de la farce anti-concurrence sont les consommateurs:

 

"Comme les consommateurs sont en moyenne plus pauvres que les actionnaires, la concurrence agit comme une grande machine à redistribuer l'argent des riches: en faisant baisser les prix, elle réduit les profits - et donc les dividendes - et augmente le pouvoir d'achat - et donc les salaires."

 

9) La solution à la crise, c'est plus d'Europe, bien sûr!

 

Les auteurs parlent d'euro-bigoterie et n'ont pas tort:

 

"En niant, par une sorte de bigoterie superstitieuse, l'insolvabilité de la Grèce, la BCE, les politiques européens et, il faut l'avouer, toute une clique d'économistes bien-pensants, ont réussi à convaincre les investisseurs que sur le continent de Descartes et de Kant, les dirigeants donnaient la priorité aux versets des traités sur les lois de l'arithmétique."

 

Pour les adeptes de la religion européiste, le salut consiste à passer "à la vitesse supérieure dans la contruction du fédéralisme européen". Or c'est chose impossible. D'abord parce que les populations sont de plus en plus hostiles à l'Europe, ensuite parce qu'aucun pays n'abandonnera sa souveraineté budgétaire et, enfin, parce que la diversité des pays européens s'oppose à toute solidarité entre eux:

 

"Le grand soir fédéraliste n'est pas pour demain. Pour être acceptable à l'intérieur et crédible à l'extérieur, tout plan de reconstruction de l'Euro doit assumer la contrainte que les abandons de souveraineté et les transferts entre Etats seront faibles - une approche en contradiction marquée avec les tirades enflammées des eurodévots maximalistes."

 

10) Une meilleure gouvernance mondiale, c'est ça qui réglera tout

 

"La gouvernance mondiale, c'est bien, tant que cela reste virtuel."

 

Les Français sont schizophrènes:

 

"Conscients de l'originalité de leurs croyances collectives, les Français fantasment sur l'idée de prodiguer des conseils au monde entier, pour le convaincre de devenir une grande France; en revanche, ils rejettent en bloc les pressions qui viennent des instances économiques internationales."...

 

Les auteurs concluent leur livre en ces termes:

 

"Tant que les dix poncifs qui font l'objet de ce livre continueront d'empoisonner le débat public, le pays s'enlisera doucement dans la nostalgie improductive."

 

En dépit de quelques bémols, puisse ce livre contribuer à ouvrir les yeux des Français sur le monde réel qui les entoure et qu'ils ne sauraient voir...

 

Francis Richard

 

10 idées qui coulent la France, 160 pages, Flammarion

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 06:00

MaggieA la fin des années 1970, la Grande-Bretagne est considérée à juste titre comme "l’homme malade" de l’Europe.

Tous les clignotants économiques sont passés au rouge vif au cours des années 1970:

- Le pourcentage d’augmentation annuelle des prix est à deux chiffres (26% en 1975).

- La croissance est nulle.

- Le nombre de chômeurs passe la barre du million en 1972, puis celle du million et demi en 1976.

- Les dépenses publiques atteignent 60% du PIB en 1975.

- Les grèves se multiplient et des millions de journées de travail sont perdues chaque année.

Comment la Grande-Bretagne en est-elle arrivée là ?

Dans les années d’après-guerre, le parti travailliste, par idéologie, met en œuvre le socialisme.

Les principaux secteurs économiques sont nationalisés : Banque d’Angleterre, mines, aviation civile, téléphone, chemins de fer, électricité, sidérurgie.

La santé est étatisée (NHS).

L’Etat finance, à parts égales avec les employeurs et les employés, les assurances maladie, chômage et invalidité, les allocations sociales, les pensions de retraite.

Des centaines de milliers de logements sont construits par l’Etat et mis en location à petits prix.

Pour financer cette politique coûteuse, l’Etat recourt bien entendu à l’imposition des hauts revenus, des successions, du capital, etc. Comme cela ne suffit pas, il recourt à l’emprunt pour combler les déficits...

Pendant 25 ans, cette politique n’est pratiquement pas remise en cause par les gouvernements successifs, qu’ils soient travaillistes ou conservateurs. Et les prélèvements obligatoires atteignent 48% du PIB en 1975 …

Toute ressemblance avec la situation actuelle d’autres pays européens serait purement fortuite…

En tout cas, c’est dans ce contexte que Margaret Thatcher, Maggie, est d’abord élue chef du parti conservateur le 11 février 1975, puis nommée Premier ministre le 4 mai 1979. Une femme – et quelle femme ! – est choisie comme remède à "l’homme malade" de l'Europe…

En octobre 1975, au congrès du parti conservateur à Blackpool, elle prononce un discours où se trouve  exprimée sa vision des choses, qui revient à restaurer les droits de propriété au sens large et à réduire le périmètre de l'Etat:

"Permettez-moi de vous exprimer ma vision : le droit d’un homme de travailler quand il veut, de dépenser ce qu’il gagne, d’être propriétaire, de considérer l’Etat comme un serviteur et non comme un maître sont notre héritage."

Une fois au pouvoir, comme Maggie & Co ne peuvent pas immédiatement réduire les dépenses publiques, seulement les maîtriser, pour réduire le déficit, ils augmentent dans un premier temps les impôts indirects et baissent les impôts directs. Le contrôle des changes est progressivement supprimé. Ce qui est pourtant contradictoire avec leur volonté de contrôler la masse monétaire…

Les résultats ne sont au rendez-vous qu’au bout de 18 mois. C’est long. Et c’est court.

La production industrielle repart après avoir baissé fortement (- 17%). Les hausses de prix finissent par être moindres. Le chômage baisse enfin à son tour, après avoir augmenté fortement, mais seulement au bout de sept ans. Ce qui est le douloureux prix à payer pour avoir vécu au-dessus de ses moyens et tué l’initiative individuelle.

Peu à peu Maggie & Co réduisent le rôle des syndicats, favorisent la liberté contractuelle aux dépens des négociations collectives. Leur victoire dans le bras de fer qui les oppose au syndicat des mineurs est décisive dans la réduction de l’influence des syndicats d’une manière générale.

Les privatisations qu’ils effectuent, après assainissement des entreprises publiques, sont dans l’ensemble des réussites (celle calamiteuse des chemins de fer a été faite par John Major…).

Les prélèvements obligatoires baissent significativement. Si l’Etat-providence n’est pas démantelé (le NHS et les dépenses sociales représentent toujours 33% du PIB, comme du temps des travaillistes), sous son mandat les quatre derniers budgets annuels sont excédentaires.

Enfin les propriétaires de leur logement passent de 51 à 68% en dix ans.

Maggie & Co, issus du système, ont été la solution à la pire des situations. Leur pragmatisme a eu raison des dogmatismes. Ce qui ne satisfera pas les purs et durs, de quel que bord qu'ils soient, qui s’obstinent dans leur pureté et n’obtiennent pas de résultats…

Certes Maggie & Co n’ont pas tout réussi, loin de là, d’autant que la solution par le système est un travail de Sisyphe: il faut remettre indéfiniment l’ouvrage sur le métier…

Mais une chose a changé de manière plus pérenne, en dépit des nouvelles vicissitudes que connaissent les Britanniques, c’est leur mentalité. L’esprit d’entreprise et les droits de propriété ont retrouvé leur place. Dans leur imaginaire et dans la réalité, l’Etat n’est plus ce qu’il était…

Maggie n’avait-elle pas dit lors d’un congrès de son parti : "La méthode, c’est l’économie. L’objectif, c’est l’âme."?

Francis Richard

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 05:30
Frédéric BastiatAu début du XIXe siècle, afin de protéger les producteurs de céréales britanniques, des barrières douanières, les Corn Laws, furent dressées contre les importations étrangères dont les prix étaient moins élevés que les prix domestiques.
Ce protectionnisme fut introduit en 1815 et aboli en 1846. Il n’a jamais été réintroduit depuis. Et les Britanniques n’ont plus jamais connu de disette…
Il avait revêtu plusieurs formes : celle de l’interdiction pure et simple quand le prix du quarter (un peu moins d’un quart de tonne) baissait en-dessous d’un certain seuil ou celle d’une échelle mobile de taxes en fonction du prix du quarter.
Deux auteurs ont pris position sur les Corn Laws, et leur abolition, Karl Marx et Frédéric Bastiat.
Le premier dans son Discours sur le libre-échange, du 9 janvier 1848, le second dans des articles de 1846, 1847 et 1848, qui figurent dans son recueil sur Le libre-échange.
Honneur au barbu.
Karl Marx écrit :
"Tant que le prix du blé était encore élevé, le salaire l’étant également, une petite épargne faite sur la consommation du pain suffisait pour lui procurer d’autres jouissances. Mais du moment que le pain et en conséquence le salaire est à très bon marché, il ne pourra presque rien économiser sur le pain pour l’achat d’autres objets."
Frédéric Bastiat lui répond :
"Quand les objets de première nécessité sont à bas prix, chacun dépense pour vivre une moindre partie de ses profits. Il en reste plus pour se vêtir, pour se meubler, pour acheter des livres, des outils, etc. Ces choses sont devenues plus demandées, il en faut faire davantage ; cela ne se peut sans surcroît de travail, et tout surcroît de travail provoque une hausse des salaires."
Karl Marx n’en reste pas moins convaincu qu’avec le libre-échange se confirment les lois exposées par les économistes, depuis Quesnay jusqu’à Ricardo, telles qu’il les interprète :
"La première de ces lois, c’est que la concurrence réduit le prix de toute marchandise au minimum de ses frais de production. Ainsi le minimum du salaire est le prix naturel du travail. Et qu’est-ce que le minimum du salaire ? C’est tout juste ce qu’il faut pour produire les objets indispensables à la sustentation de l’ouvrier, pour le mettre en état de se nourrir tant bien que mal et de propager tant soit peu sa race."
Frédéric Bastiat convient qu’avec le libre-échange, il peut y avoir baisse de salaire, mais à une condition :
"La rareté des aliments est le plus grand des fléaux pour ceux qui n’ont que des bras. Nous croyons que les produits avec lesquels se paie le travail étant moindres, la masse du travail restant la même, il est inévitable qu’il reçoive une moindre rémunération."
Mais, sinon, ce n’est qu’en cas de disette qu’il y a baisse de salaire :
"Quand le pain est cher, un nombre immense de familles est réduit à se priver d’objets manufacturés, et les gens aisés eux-mêmes sont bien forcés de réduire leurs dépenses. Il s’ensuit que les débouchés se ferment, que les ateliers chôment, que les ouvriers sont congédiés, qu’ils se font concurrence entre eux sous la double pression du chômage et de la faim, en un mot il s’ensuit que les salaires baissent."
Karl MarxPour Karl Marx, en résumé, le libre-échange, c’est la liberté du capital - quelle horreur! - :
"Admettez un instant qu’il n’y ait plus de lois céréales, plus de douane, plus d’octroi, enfin que toutes les circonstances accidentelles auxquelles l’ouvrier peut encore s’en prendre, comme étant les causes de sa situation misérable, aient entièrement disparu, et vous aurez déchiré autant de voiles, qui dérobent à ses yeux son véritable ennemi.
Il verra que le capital devenu libre ne le rend pas moins esclave que le capital vexé par les douanes.
Messieurs, ne vous laissez pas imposer par le mot abstrait de liberté.
Liberté de qui ? Ce n’est pas la liberté d’un simple individu, en présence d’un simple individu. C’est la liberté qu’a le capital d’écraser le travailleur."
Frédéric Bastiat dit au contraire :
"L’échange est un droit naturel comme la propriété. Tout citoyen, qui a créé ou acquis un produit, doit avoir l’option ou de l’appliquer immédiatement à son usage, ou de le céder à quiconque, sur la surface du globe, consent à lui donner en échange l’objet de ses désirs."
Karl Marx est hostile à la mondialisation :
"Tous les phénomènes destructeurs que la libre concurrence fait naître dans l’intérieur d’un pays se reproduisent dans des proportions plus gigantesques sur le marché de l’univers […]. Si les libres-échangistes ne peuvent pas comprendre comment un pays peut s’enrichir aux dépens de l’autre, nous ne devrons pas en être étonnés, puisque ces mêmes messieurs ne veulent pas non plus comprendre comment, dans l’intérieur d’un pays, une classe peut s’enrichir aux dépens d’une autre classe."
Frédéric Bastiat, quant à lui, distingue les peuples qui ont recours à la violence pour bâtir une prospérité éphémère, les peuples qui ne demandent rien qu’au travail et à l’échange, enfin les peuples qui s’efforcent d’imposer leurs produits à tous les autres sous le nom de régime prohibitif. Il se réjouit que l'Angleterre évolue de la troisième à la deuxième catégorie:
"Nous avons dit que l’Angleterre, instruite par l’expérience et obéissant à ses intérêts bien entendus, passe du régime prohibitif à la liberté des transactions ; et nous regardons cette révolution comme une des plus imposantes et des plus heureuses dont le monde ait été témoin."
Karl Marx, ce faux prophète, fait enfin cette prédiction cynique, contredite par les faits :
"En général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l’extrême l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C’est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange."
Frédéric Bastiat montre que le protectionnisme se traduit par un profit – pour une industrie – et par deux pertes – pour une autre industrie et pour le consommateur –, ou encore par deux pertes contre un profit pour une nation, tandis que l’échange libre fait deux heureux gagnants.
Avec Frédéric Bastiat, n’ayons donc pas peur du mot, ni de la chose: 
"Dites- moi ce que c’est que le libre-échange. 
- Mon ami, c’est l’échange libre
- Ah ! bah ! rien que cela ? 
- Pas autre chose ; le droit de troquer librement nos services entre nous. 
- Ainsi, libre-échange et échange libre, c’est blanc bonnet et bonnet blanc ? 
- Exactement. 
- Eh bien ! tout de même, j’aime mieux échange libre. Je ne sais si c’est un effet de l’habitude, mais libre-échange me fait encore peur."
Francis Richard
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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 12:00

Echec euroTelle était le titre de la conférence organisée à Genève, mercredi soir 21 novembre 2012, par l’Institut Libéral.

A cette question ont répondu deux intervenants, Philippe Simonnot et Pierre Leconte, qui ont traité chacun un thème connexe.

Philippe Simonnot, économiste, co-auteur de La monnaie, histoire d’une imposture, a montré dans sa communication que la manipulation monétaire était à la source des crises.

Qu’est-ce que la monnaie? La monnaie est à l’origine une marchandise, qui facilite l’échange volontaire entre deux parties qui y gagnent.

En l’absence de monnaie, plus le nombre de marchandises augmente, plus le nombre de prix nécessaires pour les valoriser entre elles, et les échanger, augmente. Ainsi l’échange de 100 marchandises nécessite-t-il la fixation de 4'950 prix. En présence de monnaie, chaque marchandise a son  prix. Il suffit donc alors de fixer 100 prix. Ce qui correspond à la loi humaine du moindre effort…

Quelles sont les qualités requises pour une monnaie? La facilité de transport, la sécurité, la divisibilité, la conservation de valeur à travers le temps.

Très naturellement, et très spontanément, les métaux précieux, qui ont ces quatre qualités, ont joué le rôle de monnaie-marchandise. Il n’y a pas eu besoin d’intervention de l’Etat pour ce faire, sinon, éventuellement, pour certifier leur aloi, comme peuvent être certifiés par lui les poids et les mesures.

Dans le cas des poids et mesures, l’intervention de l’Etat est bénéfique parce qu’ils ne sont pas facilement modifiables, tandis que, dans le cas de la monnaie, celle-ci étant modifiable à l’envi, elle peut ne pas l’être du tout. Car, la tentation est grande pour l’Etat de succomber au vice de modifier l’aloi, ce à quoi il s’est adonné sans vergogne quand il s’est finalement approprié la monnaie.

La monnaie-marchandise – c’est-à-dire les métaux précieux –, a été remplacée par de la monnaie de banque. A ce sujet, parmi les partisans de l’économie de marché, il y a deux écoles qui s’affrontent: celle qui défend les réserves à 100% et celle qui défend les réserves fractionnaires.

Dans le cas de 100% de réserves, les dépôts sont disponibles à tout instant, ce qui empêche toute utilisation frauduleuse, mais pose la question du paiement du service bancaire. Cette école s’inscrit dans la tradition du droit romain.

Dans le cas des réserves fractionnaires, les banquiers créent plus de monnaie qu’il n’y a de réserves. Les banquiers gagnent de l’argent et disposent d’un pouvoir explosif. Cette tradition remonte aux banquiers juifs et s’inscrit dans celle du talmud.

Le principal défaut de cette dernière école est que la concurrence aboutit à des oligopoles qui, étant de plus en plus gros, peuvent faire appel aux banques centrales, organismes étatiques, pour se refinancer. Se pose alors la question posée par Juvénal en son temps: qui garde le gardien? Autrement dit, qui empêche les banques centrales de créer de la monnaie indéfiniment ?

En matière monétaire le seul gardien possible est l’or. Il a été progressivement abandonné. En 1914 les gens ont pris peur et ont réclamé leur or et, en conséquence, l’étalon-or a été suspendu. A partir de là, par étapes successives – Gênes en 1922 et Bretton Woods en 1944 –, l’or a peu à peu perdu son rôle de gardien qui empêchait les crises.

Le 15 août 1971, la décision unilatérale de Richard Nixon de non convertibilité du dollar en or a parachevé la suppression de ce gardien, ouvrant la voie à toutes les crises qui ont suivi.

De Napoléon à la guerre de 1914 le franc français n’avait pas bougé. A partir de 1914 jusqu’à sa disparition, il a perdu 99,99% de sa valeur…

Pierre Leconte, président du Forum monétaire de Genève, dans sa communication, a expliqué pourquoi l’euro a échoué [la photo ci-dessus provient d'ici].

Selon lui il y a cinq niveaux d’explication:

-          L’euro n’a pas une qualité supérieure aux monnaies nationales: on est passé d’un monopole étatique au niveau national à un monopole étatique au niveau supranational;

-          La convergence entre les pays de la zone euro n’a pas eu lieu, que ce soit au niveau macro-économique ou au niveau micro-économique;

-          La zone euro n’a pas un caractère optimal;

-          La construction européenne n’est pas plus démocratique qu’auparavant, au contraire;

-          L’euro ne fait pas le poids dans la concurrence avec le dollar (62% des réserves des banques centrales sont libellés en dollars, 24% en euros). 

La construction européenne a échoué parce que les technocrates à la tête de l’UE ont dissimulé aux peuples que leur objectif réel était de créer un Etat supranational et parce qu’il s’agissait d’une construction constructiviste: ils pensaient se servir de l’union monétaire pour aboutir à l’union politique (et ils le pensent toujours).

Les hommes politiques comme Charles de Gaulle avaient opté pour une coopération intergouvernementale et le maintien des monnaies nationales. Au lieu de cela les hommes politiques européens ont préféré opter pour une intégration forcée.

De cette intégration forcée il est résulté une confiscation des processus démocratiques  – comme les peuples ne veulent pas de cette intégration, on ne les consulte plus –, et une régression sociale – dans certains pays le taux de chômage atteint 25 à 30%.

Les pays faibles de la zone euro ont, comme les autres pays de la zone, emprunté de manière colossale, l’argent étant créé sans frein par les banques centrales. Les critères de Maastricht n’ont été respectés par aucun de ces pays. Comme monnaie unique ne signifie pas taux uniques, les difficultés ont finalement grandi pour les pays les moins crédibles, qui s’étaient jusque-là comportés en passagers clandestins.

Au sein de cette construction forcée, les pays les moins touchés veulent de moins en moins venir au secours des plus touchés. Cela se passe de même à l’intérieur des pays entre régions plus ou moins riches. La mutualisation des dettes y est par conséquent impossible, de même que les transferts. Les divergences économiques ne permettent pas non plus d’union fiscale qui serait refusée par les pays les plus vertueux et qui serait pourtant indispensable à une union monétaire.

Des économistes qui ne sont pas libéraux, tels que Jacques Sapir, en viennent à dire que la fin de l’euro ne serait pas un drame…

Alors, comment en sortir?

Il faudrait ne pas oublier que, quand il n’y a pas liberté monétaire, il n’y a pas non plus de liberté économique, ni de liberté politique.

Il faudrait redonner à l’or son rôle de monnaie, et de gardien, non pas en fixant des parités à la faveur d’une conférence monétaire, qui n’aura jamais lieu, mais en faisant le pari du marché pour les déterminer.

L’annulation du cours légal de la monnaie et la suppression de la taxe fiscale sur l’or devraient alors permettre l’éclosion d’une concurrence des monnaies jusqu’ici taboue, où les banques aux réserves à 100% pourraient bien, par le marché, prendre l’avantage sur les autres. 

Francis Richard

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 23:00

Théorie KeynesLes idées keynésiennes ont la vie dure. Pourtant elles se sont avérées complètement fausses. On croyait qu'elles avaient disparu. Il n'en est rien. A la faveur de la crise, elles sont réapparues.

 

Dans une publication parue ce jour sur le site de l'Institut Libéral ici, Richard Ebeling, professeur à l'Université Northwood, Californie, explique leur persistance en revenant sur la pensée keynésienne.

 

Il rappelle d'abord quelles sont les deux idées principales de l'oeuvre majeure de John Maynard Keynes, intitulée Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie:

 

"D’une part, l’allégation que l’économie de marché serait essentiellement instable et susceptible de générer de longues périodes de chômage et de sous-utilisation des capacités de production, et, d’autre part, la supposition qu’il appartiendrait aux gouvernements d’agir contre ces dépressions économiques, à l’aide des divers outils de politique monétaire et budgétaire à leur disposition."


L'interventionnisme étatique avait trouvé son théoricien. De défendre un état activiste et planificateur faisait-il de Keynes un socialiste ou un communiste? Certainement pas au sens strict. D'autant qu'il se prétendait théoricien d'un nouveau libéralisme, tout en considérant "l'individualisme démodé et le laissez-faire" comme des "fardeaux du passé".

 

Keynes s'oppose en fait à la théorie économique traditionnelle. En vertu de celle-ci:

 

"Si pour une raison quelconque une vague de pessimisme économique devait conduire à une baisse de la demande d’emprunts pour investir, les taux d’intérêt baisseraient, ce qui rendrait l’épargne moins attractive. En conséquence, les dépenses de consommation augmenteraient en parallèle. De cette manière, alors même que les dépenses d’investissement diminuent, les dépenses accrues des consommateurs compensent la différence et assurent le "plein emploi" de la main d’œuvre et des ressources de la société."

 

Selon Keynes la capacité et les désirs des hommes à inventer des façons d'améliorer leur vie seraient limités. Il en résulterait une épargne non utilisée et non investie. L'épargne, qui serait malgré tout investie, le serait de manière imprévisible à cause de l'irrationalité des entrepreneurs face à un futur incertain. Ce qui expliquerait les alternances d'expansions et de récessions, les longues périodes de chômage élevé et les usines inactives.

 

Seul l'Etat, par des politiques monétaires et budgétaires appropriées, serait à même de jouer un rôle stabilisateur, permettant le plein emploi et une production stable. En intervenant et en dépensant lui-même l'épargne inutilisée, l'Etat stimulerait l'activité d'investissement, quel que soit celui-ci, cela n'a pas d'importance.

 

Keynes pense que l'Etat, au contraire des entrepreneurs, est seul capable de calculer calmement sur le long terme ce qui est socialement avantageux pour un pays. A condition que soient aux commandes ceux qui ont les bonnes idées et les bons sentiments. Il n'explique pas comment sont déterminés les membres de la société qui répondent à ces critères...

 

Richard Ebeling rappelle que Keynes se présente lui-même comme un immoraliste, qu'il trouve absurde de renoncer à un bénéfice immédiat pour un avantage douteux dans le futur et que le Devoir varie en fonction des circonstances si le Bien est immuable et distinct.

 

Là encore Keynes s'oppose aux libéraux qui voient la nature invariable de l'homme et constatent que des institutions sociales, telles que la propriété privée, l'échange volontaire et mutuellement bénéfique, la concurrence pacifique et ouverte, permettent non seulement, d'améliorer la condition de l'homme et de servir ses propres intérêts, mais de servir ceux des autres.

 

A l'instar de Frédéric Bastiat  ou de Friedrich Hayek, les libéraux et les économistes classiques ne se contentent pas de ce qu'ils voient à court terme mais essayent d'appréhender, du mieux possible, ce qu'ils ne voient pas à long terme:

 

"L'un des usages de l'économie est de nous aider, au moins qualitativement, à anticiper les contours et les formes de ce futur, de par notre compréhension des lois du marché."

 

Keynes, en réalité, avec ses agrégats macro-économiques, tourne le dos aux fondements de l'économie:

 

"Après plus de deux siècles [depuis Adam Smith jusqu'à l'Ecole autrichienne], les économistes en sont venus à comprendre plus clairement que rien ne se passe dans "la société" ou sur "le marché" qui ne commence d’abord par les actions et décisions d’individus. En effet, "le marché" n’est rien de plus qu’un terme qui résume le lieu où des multitudes d’individus se rencontrent et interagissent en tant que fournisseurs et consommateurs dans le but de réaliser des gains mutuels par l’échange."

 

L'internaute intéressé lira avec profit le développement que fait Richard Ebeling sur les lois du marchés auxquelles John Maynard Keynes tente d'échapper.

 

Mais ces lois du marché découlent surtout d'une vision de l'homme étrangère à Keynes, pour qui l'homme est une créature irrationnelle, en laquelle il n'est pas possible de faire confiance pour prendre les bonnes décisions, aussi bien dans le présent que dans le futur.

 

Richard Ebeling pose les questions qui, du simple  fait de les poser, comprennent implicitement les réponses de cette autre vision de l'homme dont découlent les lois du marché:

 

"L’homme a-t-il droit à sa propre vie, à sa liberté et à sa propriété acquise honnêtement ? Considérons-nous l’homme comme un être rationnel et pensant, capable de diriger et de guider sa propre vie ? Les relations humaines doivent-elles être fondées sur le choix volontaire et l’accord mutuel ? Chaque individu doit-il être en mesure de concevoir les projets de sa propre vie et de coordonner ses actions avec celles des autres par le biais d’interactions pacifiques et concurrentielles sur le marché libre ? Allons-nous limiter le rôle de l’État à celui d’assurer le droit de chacun à être protégé de la violence et de la spoliation?"

 

A ces questions beaucoup de soi-disants économistes répondent par la négative, se trompent et trompent les autres.

 

Francis Richard

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 23:05

Jesus-Huerta-de-Soto.jpgSous ce titre, l'Institut Libéral publie ce mois-ci un rapport ici du professeur Jesús Huerta de Soto [photo ci-contre qui provient d'ici]  qui devrait donner matière à réflexion et susciter de saines et fructueuses controverses au sein même des libéraux.

 

En effet il rend les banques centrales "responsables de tous les bouleversements économiques engendrés par la crise et la récession qui touchent le monde".

 

Et il donne comme priorité leur élimination "pour parachever la chute du mur de Berlin et se débarrasser du socialisme réel qui persiste encore dans le secteur du crédit et de la monnaie"...

 

Dans ce rapport percutant, il voit l'origine de tous nos maux dans la loi bancaire Peel, promulguée en Angleterre le 19 juillet 1844, qu'il considère comme la mère de toutes les lois bancaires qui ont suivi.

 

Cette loi obligeait les banques à conserver des réserves à 100 pour 100 sur les billets de banque émis, mais n'imposait pas la même chose sur les comptes de dépôt à vue. Au moins trois siècles plus tôt, les Scolastiques de l'école de Salamanque avaient découvert que ces comptes de dépôt faisaient partie de l'offre de monnaie. Ils qualifiaient le non maintien de réserves à 100 pour 100 sur ces comptes de crime de détournement...

 

Jesús Huerta de Soto montre que le seul processus vertueux d'accumulation de capital est basé sur l'épargne véritable.

 

Il explique que, quand se produit une baisse significative des ventes de biens de consommation, les entrepreneurs y voient le signal qu'ils doivent rediriger leurs investissements vers des industries de biens intermédiaires plus profitables. Alors l'épargne s'accroît. Le taux d'intérêt baisse. Les prix de biens de production augmentent. Des entrepreneurs investissent dans les industries des biens de production. Dans le même temps, les prix des biens de consommation stagnent ou baissent. Les entrepreneurs des biens de consommation cherchent "à substituer à la marge le travail par le capital". Leurs bénéfices augmentent en dépit de la baisse de leurs ventes. Leurs travailleurs se reconvertissent dans les industries de biens de production dont la demande s'est accrue.

 

En résumé, "cette nouvelle structure de production, plus intensive en capital, est tout à fait durable, puisqu'elle repose sur une véritable épargne".

 

Au contraire, quand les investissements sont financés "par un processus d'expansion artificielle du crédit, mené par les banques fonctionnant avec un système de réserves fractionnaires et dirigé par la banque centrale, prêteur de dernier ressort", des bulles se créent, suivies de récessions.

 

Les prêts accordés ont pour contrepartie de la monnaie scripturale, créée ex nihilo. Les investisseurs peuvent financer n'importe quel projet, même déraisonnable, à un taux d'intérêt très faible. Ils privilégient d'investir dans des industries de production. Mais cette fois des ressources productives des biens de consommation ne sont pas libérées. Tous les prix augmentent, qu'il s'agisse des prix des matières premières, des facteurs de production, des biens de production ou des titres qui les représentent. Tout le monde est content. En réalité une bulle s'est créée. Et se terminera par... une récession.

 

Car le marché aura découvert les erreurs commises et six causes entraîneront "le renversement du boom articificiel":

- l'augmentation du prix des facteurs de production

- l'augmentation subséquente et plus grande du prix des biens de consommation

- l'augmentation relative substantielle des profits des entreprises les plus proches de la consommation finale

- la baisse du salaire réel dans ces entreprise et la substitution du travail au capital, d'où la réduction de la demande pour les biens de production

- l'expansion du taux d'intérêt quand le rythme de l'expansion cessera de s'accélérer (les primes de risques seront plus élevées): les entrepreneurs qui auront fait de mauvais investissements demanderont des crédits additionnels

- la découverte de lourdes pertes par les entreprises qui évoluent dans les stades de production relativement plus éloignées de la consommation.

 

La crise bancaire résultera alors de la valeur plus basse des actifs bancaires par rapport au passif demeuré constant. Pour éviter l'écroulement du système bancaire la banque centrale viendra à son secours.

 

Le boom économique est en effet le résultat d'une illusion:

 

"L'expansion du crédit bancaire pendant la période de boom encourage les entrepreneurs à agir comme si l'épargne avait augmenté alors que cela n'est en réalité pas le cas."

 

La crise actuelle résulte d'une expansion artificielle majeure du crédit de l'investissement depuis 2001, qui n'a pas été soutenue par une expansion parallèle de l'épargne volontaire des ménages. La productivité a augmenté considérablement et la déflation naturelle qui aurait dû en résulter a été masquée jusqu'à ce que la récession ne se produise. Les facteurs déclencheurs de la crise ont été cette fois la hausse des matières premières, la crise des subprimes aux Etats-Unis, la faillite d'institutions financières dont la valeur des dettes excédait celle des actifs.

 

Jesús Huerta de Soto souligne, au passage, le rôle néfaste des nouvelles règles comptables internationales, qui, au lieu "de permettre une gestion prudente de chaque entreprise pour empêcher la consommation de capital", prétendent en refléter la "vraie" valeur...

 

Qui sont les responsables de la situation actuelle?

 

En premier lieu les banques centrales. Pourquoi? Parce que ces agences de planification centralisée dirigent la politique monétaire. Or "les planificateurs centraux de la monnaie centralisée sont incapables de connaître, de suivre ou de contrôler les changements tant dans la demande que dans l'offre de monnaie".

 

En second lieu les banques commerciales. Pourquoi? Parce que, pouvant utiliser un système de réserves fractionnaires, elles créent des "dépôts qui se matérialisent sous forme d'expansion de crédit, laquelle finit irrémédiablement par une crise et par une récession".

 

Quels sont les scénarios possibles?

 

- L'effondrement du système bancaire basé sur des réserves fractionnaires

- Le "remède inflationniste"

- Le crédit facile accompagné d'interventions étatiques, comme au Japon

- Le réajustement microéconomique par l'ordre spontané du marché, en dépit de toutes les interventions étatiques.

 

Pour que ce dernier scénario soit possible, encore faut-il que l'économie soit libéralisée à tous les niveaux, notamment à celui du marché du travail, que les dépenses publiques et les impôts soient réduits et que "le système financier et bancaire mondial soit entièrement refondé sur les principes généraux de propriété privée qui constituent la fondation essentielle du système capitaliste et qui requièrent une réserve à 100 pour cent pour tout contrat de dépôt".

 

Ce qui suppose l'élimination des banques centrales, "la privatisation totale de la base monétaire fiduciaire, actuellement émise de manière monopolistique par l'Etat, et son remplacement par un pur étalon-or classique".

 

Francis Richard

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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