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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 21:15
Le Paradis et le Désert, de Benjamin Mercerat

C'est en cela que les oeuvres du poète sont précieuses: elles décrivent le processus évolutif de son ambivalence, écrit Benjamin Mercerat à propos des oeuvres de Maurice Chappaz, dans son essai intitulé Le Paradis et le Désert, comme le poème du Valaisan, dédié à son épouse, sur lequel il se termine.

 

Les titres des chapitres de cet essai savant, à la fois critique et plein d'empathie (qui aime bien, châtie bien), sont en quelque sorte les jalons du processus évolutif de cette ambivalence: Paradis artificiels, Le paradis conquis, La Terre promise, L'Éden vendu, Le Désert et l'Asile, Portrait du poète en Judas, Le Paradis et le Désert.

 

Dante a démontré, rappelle Benjamin Mercerat, dès le début de son essai, que la poésie est une quête purgatoire du paradis. Purgatoire semble bien être le qualificatif qui convient, parce que, pour parvenir au paradis, il faut affronter bien des vicissitudes, et, notamment, l'expérience du néant à laquelle soumet l'immanentisme.

 

Maurice Chappaz le sait bien, puisqu'il a justement expérimenté l'union avec la Nature, l'enstase, par la voie de la poésie. Mais la Nature, idolâtrée, et Dieu ne sont-ils pas des allégeances contraires? La Grâce poétique n'est-elle pas la rivale de l'Autre? Le paradis terrestre ne s'oppose-il pas au Paradis céleste? 

 

Il faut traverser bien des épreuves pour prendre conscience du néant de l'homme sans Dieu et du nécessaire dépassement de l'immanence pour accéder à la transcendance. En louant la première le poète ne trahit-il pas la seconde? Ne fait-il pas alors qu'en contempler la trace? Mais l'homme charnel ne peut-il pas désirer toute la Nature?

 

Faire du Tourisme ou du Progrès une nouvelle religion insupporte Chappaz. C'est ainsi que le Valais de béton et d'acier remplace peu à peu le Valais de bois. En effet il croit fermement qu'en sauvant la terre, ce n'est pas seulement elle qui est sauvée mais les âmes qui le sont: Le génocide de la nature détruit le Christ.

 

Maurice Chappaz n'est pas pour autant pessimiste. Il a confiance en l'homme qui a opéré le néfaste remplacement de la civilisation paysanne par la civilisation industrielle: Au lieu d'être dans l'espérance du Paradis céleste, il espère une renaissance toute terrestre qui ferait suite à un désastre inévitable.

 

Comment s'extraire du piège du paradis de l'enstase sinon en recourant au désert. Les choses perdent ainsi de leur attrait fallacieux; les signes de l'Éternité deviennent perceptibles. Mais est-il vraiment possible d'échapper complètement à l'ambivalence de son être? Dans L'Evangile selon Judas, Chappaz se trahit:

 

Judas est immanent. Il s'avoue en moi tandis que je tâte la vie qui passe.

 

Francis Richard

 

Le Paradis et le Désert - Maurice Chappaz, Benjamin Mercerat, 216 pages  Editions de l'Aire

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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