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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 22:30
"Black Whidah" de Jack Küpfer

Les derniers pays chrétiens, qui ne l'avaient pas encore fait, ont aboli l'esclavage au XIXe siècle, les uns après les autres, mais l'un des derniers sera le Brésil, qui ne le fera qu'en 1888...

 

Quant aux pays musulmans, ils attendront le XXe siècle pour s'y mettre et le dernier sera la République Islamique de Mauritanie, en 1980, c'est-à-dire hier.

 

Le décret d'abolition de l'esclavage en France, lui, date du 27 avril 1848...

 

Ces quelques repères historiques ne sont pas inutiles pour situer le roman de Jack Küpfer, Black Whidah, qui se passe en 1808, au Brésil, puis sur la côte des esclaves, dans le golfe de Guinée, plus précisément dans le Royaume de Whidah (un whidah est un oiseau africain de la famille des tisserins...), imaginé par l'auteur.

 

Le narrateur est un natif de Stornoway, ville écossaise des Hébrides, un dénommé Gwen Gordon. Deux ans après les faits, il se décharge enfin, avec répugnance, du pesant poids de la mémoire de l'histoire qu'il a vécue.

 

Gordon parle couramment plusieurs langues: le portugais,le français, l'anglais et l'espagnol. Aussi, après avoir abandonné une Norvégienne, Sigrid, qui, fruits de ses oeuvres, a mis au monde deux jumeaux, a-t-il été enrôlé, des années plus tard, pendant quelque temps, comme interprète, par Watkins, un vieux loup de mer, un alcoolique flibustier, un pirate qui a fini pendu à une potence dans un port fortuné brésilien.

 

Dans un autre port fortuné brésilien, Recife, où il fait profil bas, en se faisant passer pour un honnête marin français, Gordon fait la connaissance du capitaine Porteiro. Ce dernier lui propose de l'engager sur son navire, l'Antares, dont les cales sont remplies de sucre, de coton, de café, d'alcool et de tabac et qui a pour destination Whidah, le plus grand port d'esclaves du golfe de Guinée.

 

Cette proposition est une aubaine pour Gordon, qu'il ne peut refuser. Il n'a pas envie de finir pendu à son tour et il est complètement démuni. Autant quitter le pays. Mais le prix à payer sera d'obéir sans réserve à Porteiro, qui a payé la note de son auberge, qui en sait plus sur son passé de forban qu'il ne l'imaginait et qui a bien l'intention de se servir de ses compétences de polyglotte.

 

Le Royaume de Whidah, avec lequel les négriers sont alliés, est en guerre contre le Royaume d'Oyo. Ce conflit est intéressant pour des gens comme Porteiro, car il leur fournit "abondance d'esclaves", qui sont autant de prisonniers faits à l'ennemi. Ses semblables négriers et lui se donnent bonne conscience. S'adressant à Gordon, Porteiro lui dit:

 

"Nous ne faisons rien de mal ici, mon jeune ami. Nous offrons même une chance de survie aux vaincus, et la possibilité de sauver leur âme en un pays catholique, ainsi qu'à se préparer sereinement, dans le travail, à la vie éternelle..."

 

La chance de survie n'est pourtant pas bien grande:

 

"Pour chaque esclave qui survit, trois meurent avant, pendant ou après la croisée de l'Atlantique!"

 

C'est pourquoi les négriers ont un bel avenir devant eux... D'autant que les besoins de main-d'oeuvre sont grands dans les mines d'or et les plantations brésiliennes et qu'il faut la renouveler fréquemment...

 

Cette fois, la transaction entre le chefe Da Costa, commandant du fort de Whidah, et le capitaine Porteiro ne se déroule pas aussi tranquillement que d'habitude.

 

La cargaison d'esclaves prévue est composée de membres d'une tribu dont la sorcière, la Mambo, a été tuée pendant un assaut qui a fait de nombreux morts de part et d'autre. Et les guerriers du Royaume de Whidah, terre de Vaudou, commencent à voir son fantôme partout...

 

Da Costa se comporte mal avec sa jeune compagne Paula, d'origine portugaise. Ce qui provoque les rires des officiers de l'Antares, mais ne fait pas rire du tout Gordon. Paula le remarque. Or, de son côté, elle a tout pour éveiller en lui "une excessive curiosité":

 

"Son teint était hâlé et ses traits plutôt délicats. Elle avait une luxuriante chevelure brune, un peu défaite, et ce qu'il faut un peu partout pour susciter les feux les plus violents."

 

A partir de là, les événements s'enchaînent et le narrateur conduit le lecteur successivement dans la forêt du royaume - la forêt de Kpassé - d'où proviennent les gémissements d'un enfant, puis sur le port de Whidah où se trouve le marché aux esclaves, enfin sur une mer déchaînée où se trouvent des évadés, lesquels, pendant la tourmente, ne se seront jamais sentis aussi proches de Dieu...

 

Et, pendant toutes ces péripéties, le narrateur, écoeuré, révolté par sa conduite, fait preuve alternativement de courage et de lâcheté, avec des pensées au diapason:

 

"Tantôt sombres, tantôt claires, mes pensées étaient ambiguës. On eût dit que les antagonismes étaient libérés, que les contraires se mêlaient, sans jamais vraiment s'opposer."

 

Une fois tournée la dernière page, le lecteur, transporté par le style riche, chatoyant, parlant à l'imagination de ce livre, ne peut que s'exclamer, un peu épuisé (surtout s'il l'a lu nuitamment d'une traite), faute d'autres mots plus appropriés: quelle aventure!

 

Francis Richard

 

Black Whidah, Jack Küpfer, 272 pages, Olivier Morratel Editeur

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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