En France, tout est fiscal. La naissance est fiscale, le premier boulot est fiscal, le mariage est fiscal, monter sa boîte est fiscal, le premier enfant est fiscal, le troisième encore plus, la mort est fiscale. La fiscalité imprègne nos vies de citoyens plus que partout ailleurs en Europe.
Telles sont les premières phrases du dernier livre d'Agnès Verdier-Molinié. En annexe 3, en guise d'argument, figure la liste des 438 taxes, impôts, cotisations et contributions sévissant en France... un record du monde.
Ce matraquage fiscal ne date pas d'hier: je pense à la chanson Rap-Tout interprétée par les Inconnus1, sortie en 1991, il y a trente-cinq ans, et qui en dressait une liste à partir des 200 environ, qui existaient à l'époque2.
Tout au long de leur vie, les Français paient donc des sommes considérables à l'État qui, en échange, ne leur rend pas les services qu'ils pourraient attendre de lui, ce qui est à l'origine des troubles urbains actuels.
Même si Agnès Verdier-Molinié ne prononce pas le mot, c'est pourtant le socialisme3 qui est à l'origine de cette inflation fiscale, avec son corollaire, l'étatisme, cultivé aussi bien par la droite que par la gauche française.
Les conséquences sont multiples. Agnès Verdier-Molinié en dresse l'inventaire de manière détaillée dans son livre et, si c'est instructif pour les Français, cela ne l'est pas moins pour tous les pays occidentaux.
Ce matraquage fiscal est en effet, par exemple:
- Anti-famille: il dissuade les Français d'avoir des enfants, de leur transmettre un patrimoine.
- Anti-épargne: il les dissuade de la placer en actions (45 amendements ont été adoptés depuis 2020 pour la taxer).
- Anti-propriété: il les dissuade, par la taxation immobilière (taxe foncière, impôt sur la fortune immobilière) et par l'inquisition, d'être propriétaire.
- Anti-mobilité: il punit nombre d'entre eux de ne pas avoir les moyens d'acquérir des voitures électriques avec les ZFE (zones à faibles émissions), il punit les véhicules des entreprises et des personnes, il se traduit par des taxes exorbitantes sur les carburants, il punit ceux qui prennent l'avion, il punit ceux qui possèdent un yacht ou un avion d'affaires.
- Anti-travail: il essore les indépendants, il prélève 50% des salaires, il s'en prend au cumul emploi-retraite.
- Anti-entrepreneurs: il pousse ceux-ci à choisir le chemin de l'exil: l'entreprise est devenue aussi et surtout un collecteur fiscal, un financeur social, un relais administratif.
- Anti-production: il prend la forme de la surtaxe de l'impôt sur les sociétés, d'impôts de production (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, imposition forfaitaire des entreprises de réseaux, contribution de solidarité des sociétés), du versement mobilité, de la cotisation foncière des entreprises, des taxes sectorielles et des écocontributions infligées aux industries pharmaceutiques (sans parler du prix administré et des normes des médicaments).
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'en France se soient développées l'économie grise (autour de 12% de la richesse nationale) et l'économie "légale" mais non taxée (les systèmes d'échanges locaux).
Il n'est pas étonnant non plus que se vérifie l'adage des libéraux selon lequel trop d'impôt tue l'impôt, illustré par la courbe d'Arthur Laffer, représentant l'effet suivant:
Au-delà d'un certain niveau de prélèvement, l'augmentation du taux ou de la pression fiscale ne produit plus les recettes attendues, parce qu'elle décourage l'activité, réduit les bases taxables ou provoque des comportements d'évitement.
En conclusion:
La France est proche de la faillite. À la fois économique et budgétaire. Il y a aussi une forme de faillite des élites, tombées dans la facilité du matraquage fiscal faute d'avoir le courage de s'attaquer à la baisse des dépenses.
Agnès Verdier-Molinié ne se contente pas de faire ce constat. Elle propose de réduire de 154 milliards d'euros les prélèvements obligatoires
- en baissant les charges sur la masse salariale,
- en baissant les autres impôts de production,
- en ramenant les droits de succession et de donation à la moyenne de la zone euro.
Etc.
Elle propose de réduire les dépenses publiques de 230 milliards d'euros:
- en reportant progressivement l'âge de départ à la retraite à 66 ans4,
- en mettant fin à des embauches sous statut public,
- en désindexant partiellement les pensions,
- en diminuant les coûts de gestion des administrations publiques,
- en réduisant le nombre d'élus.
Etc.
Selon elle, il faudrait toutefois préserver les dépenses d'investissement ainsi que les missions régaliennes.
En annexe 2, elle publie le scénario qui en résulterait, de 2027 à 2037, en utilisant le modèle macro-économique Mésange5.
Elle conclut:
Il existe un chemin pour rejoindre la moyenne de la zone euro6, baisser la pression fiscale sur les ménages et les entreprises, améliorer nos comptes publics, retrouver de la souveraineté et recréer de la richesse. Alors suivons-le!
Francis Richard
1 - Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus.
2 - C'est une des raisons majeures qui m'ont fait revenir en Suisse, il y a vingt-cinq ans...
3 - Les socialistes aiment tellement les pauvres qu'ils en fabriquent. Jacques Godfrain (prix de l'humour politique 1993)
4 - Pas un mot sur la retraite par capitalisation...
5 - Développé conjointement en 2002 par l'INSEE et la Direction générale du Trésor.
6 - Il n'est pas très ambitieux: le plan Rueff de 1958 avait rétabli les comptes en deux ans...
Arrêtez de nous taxer!, Agnès Verdier-Molinié, 270 pages, Éditions de l'Observatoire
Livres précédents aux Éditions de l'Observatoire:
Le vrai État de la France (2022)
Où va notre argent? (2023)
Face au mur (2025)
Livres précédents chez Albin Michel:
60 milliards d'économie ! (2013)
On va dans le mur (2015)
Ce que doit faire le (prochain) président (2017)
En marche vers l'immobilisme (2018)

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