Ici, ce sont les tours. Un niveau après l'autre, les façades en béton s'élèvent dans le ciel, on perd le compte. À l'intérieur des couloirs sans fin, des sols brillants et des néons. Des escaliers aussi, des ascenseurs, des portes numérotées et, à partir du deuxième étage, un cadenas à chaque fenêtre.
C'est en ces termes que le narrateur, un jeune homme, décrit l'établissement dans lequel il travaille avec Virginia, une femme d'un âge incertain.
Comme elle lui a dit: Je suis là pour aider, et toi, tu es là pour m'aider à aider.
Ils ont un curieux collègue, Paul. Celui-ci, semble-t-il, mais le lecteur saura plus loin que ce n'est qu'apparence, a peu de considération pour Virginia.
En effet Paul, pour la désigner au narrateur, dit d'elle la folle ou la cinglée, ce qui est rien moins qu'aimable, mais cache peut-être de l'affection.
Les tours ont beaucoup d'étages, et un sous-sol. Le lecteur ne saura jamais combien, mais il apprendra qu'il y a une salle à manger aux niveaux 8 et 15.
Le toit est un lieu où Virginia se rend pour fumer en cachette. Quand, un jour, le narrateur y rejoint Virginia, qui la cherche, dixit Paul, celle-ci lui confie:
Quand je fume ici, j'ai l'impression d'être une star sur un rooftop un peu chic.
Les tours? Un home pour personnes âgées. Virginia y travaille depuis longtemps, si bien que, parfois, elle a l'impression qu'elle va y finir à son tour...
Les cadenas, à partir du deuxième étage, ont été installés par la sécurité après que deux personnes ont sauté... C'était avant que le narrateur n'arrive.
Virginia et le narrateur sont inséparables. Aussi le narrateur ne sait-il comment lui dire qu'il partira l'été venu. Alors il rédige, leurs dialogues impossibles...
Dans les tours entourées d'une forêt, règne une atmosphère mystérieuse, que ne dissipent pas les taches bleues qui apparaissent sur le corps du narrateur...
Chaque année, dans les tours, Virginia, prépare une fête: Ce sera quelque chose, cet été. Ce qui ne facilite pas les choses au narrateur, qui, de fait, est tourmenté:
Sans Virginia, je suis comme le verre brisé, des morceaux qui piquent et coupent si on les caresse, des morceaux partout, nulle part, je ne sais plus me rassembler.
Parallèlement aux préparatifs de la fête d'été, le narrateur continue d'aider à aider, pas seulement Viriginia, Paul également, parfois d'autres, des soignants.
Quand, peu avant la fête, Virginia et le narrateur se retrouvent sur le toit, ils font des projets improbables, qu'ils ne réaliseront donc pas. Après la fête, il sera loin...
La vie continuera dans les tours, sans lui, c'est dans l'ordre des choses. Le bleu sous ses yeux continuera de s'étendre. Une dernière fois, elle le regardera, sourira:
Pour un moment encore, le monde est un champ de coquelicots.
Francis Richard
Virginia dans les tours, Thomas Bingelli, 140 pages, La Veilleuse

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