Voilà l'argument de ce livre: le Gaulois a perdu ses capacités de démolition. S'il ne les retrouve pas, son avenir sera démoli à jamais (et lui sous les ruines).
Autrement dit: Le Français ne peut retrouver sa dignité, sa fierté, sa liberté, l'honneur de son nom, sans recouvrer son potentiel de démolition.
Depuis La France Orange Mécanique, c'est-à-dire depuis quatorze ans, et treize bouquins1 avant La France Demolition Man, Laurent Obertone constate qu'aucun de ses livres n'a sauvé le pays, ni renversé l'univers, ni même éraflé le Conseil constitutionnel...
Mais il ne désarme pas...
Le présent bouquin doit son titre au film Demolition Man, sorti en salles en 1993. Pour l'auteur, l'intérêt de ce film réside dans ce tableau si visionnaire d'une société castrée, livrée à la nouvelle barbarie, et à la tyrannie de Big Brother. C'est le fil rouge du livre.
La barbarie? C'est, par exemple, l'affaire du viol de Cherbourg. Le 4 août 2023, 7h du matin, Oumar, 18 ans, tambourine à la porte de Mégane, 29 ans, qui ouvre. Il l'assène de coups "extrêmement violents" puis la viole avec un manche à balai, c'est pas sa faute:
Le barbare, ce n'est pas Oumar, jamais. C'est celui qui mal y pense.
Comment a réagi le pays? Il n'a pas réagi, du tout: Il a des droits, Oumar, des tas. Quant à Mégane, opérée plusieurs fois, elle n'a plus le goût de vivre; elle est sous antidépresseurs, n'a pas repris le travail ni le sport: n'en rajoute-t-elle pas un petit peu? Et Oumar?
Peut-être s'est-il senti rejeté, discriminé, allez savoir.
Laurent Obertone est historien de passion. Il ne chante pas le sang, il constate ce qui a été: Pas un siècle avant le nôtre n'aurait envisagé pour Oumar un "projet de réinsertion" autre qu'une combustion, qu'un supplice des familles, ou qu'une exemplaire pendaison.
L'histoire des Français le conduit à faire une comparaison entre l'homme de Cro-Magnon et François Hollande et à cette conclusion: Nous sommes devenus une espèce différente. Les démolisseurs s'amollissent. Et cette évolution, si l'on ose le mot, semble s'emballer.
Cette évolution n'est pas sans conséquences: Une société qui ménage et moralise l'antisocial, n'intimide et n'incrimine que l'honnête homme, constitue une énorme invitation à se servir et se défouler. Une fois la société désarmée, la crainte du chaos augmente.
Le corollaire de cette évolution? l'État a TOUT pris. Il éduque, vaccine, moralise, sensibilise, apprend à ses sujets à manger, "se mettre à la place d'autrui", au besoin retire ses enfants aux "défaillants", les place à l'occasion chez des violeurs agréés, via ses Services sociaux.
Laurent Obertone ajoute:
- L'État a le monopole de la démolition.
- Le privé ne peut plus démolir, parce qu'il est démoli.
- L'État confisque la violence légitime, puis décide de ne plus l'exercer.
- Dans la suite des grands efforts pour réduire à presque rien les morts violentes, on entend civiliser le suicide et la mise à mort, par un mécanisme "encadré" et légal qui ressemble fort à un processus d'abattage.
Etc.
Le projet? On n'est pas sur un Reich de mille ans. S'agit plutôt de pressurer le docile, tirer profit de la stabulation, via une sorte de délit d'initiés planétaires. Population soigneusement stressée = docilité absolue, productivité maximale.
Les ennemis du projet? Les heures sombres, le non-démoli, le masculiniste, la droite, la famille, la liberté, la virilité, la tradition, les gens qui organisent des banquets, roulent en diesel et mangent de la viande, tout ce qui bouge encore, tout ce qui comprend les manigances.
L'alliée du projet? La lâcheté collective.
Alors que faire? Comment démolir utile ou résister à la démolition? Laurent Obertone présente son arme, l'art de sa guerre: Si on commence à se marrer d'une fiction qui se veut sérieuse, si on la présente sous son meilleur jour, à savoir le plus grotesque, ses acteurs prétentieux, sa gravité d'enfant débile, ses textes affligeants, son argument nullissime, on peut la démolir.
La philosophie de l'auteur? Nous sommes ce que nous méritons. Il sera donné à chacun, selon ce que chacun donnera.
Plus précisément:
- SEUL le désagrément permet la joie véritable.
- Céder à la peur ne peut que rendre la vie plus douloureuse.
- L'homme sans peur n'offre aucune prise.
- La joie est de combattre jusqu'à la fin.
Etc.
En somme:
L'acte est la démolition de la passivité. On se démolit, mais dans le bon sens, comme une mutation favorable. L'inverse de la déconstruction. On façonne l'adulte pour devenir le parent. On devient Démolisseur pour se faire indémolissable. Anti-fragile. Non pour le plaisir d'écraser le monde: pour se garantir de ne plus l'être.
Pour faire sienne une telle philosophie, il faut travailler son mental, c'est-à-dire ne jamais se coucher, bénir le malheur, surmonter sa peur de mourir, être prêt au sacrifice, au fond duquel il y a l'honneur, un principe d'action: Il est aux yeux de tous, ce que nous sommes.
Pour affronter la vie, dixit Laurent Obertone, rien de tels que l'esprit comme arme, le pouvoir comme quête, l'honneur comme guide. Et le rire, n'oublions pas! La joie, par-dessus tout.
Francis Richard
1 - À ma grande honte j'avoue ne pas avoir lu le cinquième, Le Diable du ciel... paru en 2017.
La France Demolition Man, Laurent Obertone, 240 pages, Magnus
Livres précédemment chroniqués:
La France Orange Mécanique (2013)
Utoya (2013)
La France Big Brother (2015)
Guerilla I, le jour où tout s'embrasa (2017)
La France interdite (2018)
Guerilla II, le temps des barbares (2019)
Éloge de la force (2020)
Game over (2022)
Guerilla III, le dernier combat (2022)
Raisonnablement sexiste (2023)
Guerre (2024)
De boue et de sang (2025)

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