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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 21:30
J'ai tué papa, de Mélanie Richoz

Les êtres humains sont à la fois semblables et différents. Mais ils ont bien plus de peine à comprendre leurs différences que leurs ressemblances. Et c'est bien dommage. Car, sinon, ils s'enricheraient naturellement les uns les autres et se respecteraient certainement davantage.

 

Le petit héros du dernier roman de Mélanie Richoz, s'appelle Antoine, comme Saint-Exupéry, l'auteur du Petit Prince. Ce n'est pas un enfant comme les autres, il est handicapé, mais c'est pourtant bien un enfant, comme les autres enfants...

 

Sa différence, avec les autres enfants qui ne le sont pas, est qu'il est autiste. Son papa l'appelle bien son petit prince et lui cite l'auteur de Terre des hommes, qui a le même prénom que lui: "Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction."; mais l'amour est un vaste domaine qu'il ne maîtrise pas...

 

Sa maman l'aime aussi beaucoup. Avant sa naissance, comme elle riait et jouait beaucoup avec papa, il lui plaisait "de croire que rire et jouer, c'était aimer". Maintenant, depuis la naissance d'Antoine, elle a révisé sa manière de penser, car "Antoine ne sait ni jouer ni rire."

 

Antoine est solitaire et aime être seul. Il est dans son monde. Il n'aime pas qu'on le touche. Aussi, quand il est en contact avec d'autres enfants, en particulier avec ceux qui ne lui veulent pas du bien, son niveau d'anxiété peut-il vite grimper à dix sur une échelle de dix.

 

Antoine n'a pas le sens de la plaisanterie. Il prend tout au pied de la lettre. Antoine n'imagine pas qu'on puisse mentir, même pour rire. Lui-même dit toujours la vérité sans se rendre compte que la dire peut parfois blesser celui ou celle à qui il la dit.

 

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'Antoine ait du mal à communiquer, à verbaliser ce qu'il pense, en dépit des efforts qu'il fait pour mettre en application la marche à suivre qu'il rédige consciencieusement dans son classeur vert. En situation réelle, ça va en effet trop vite.

 

Cet isolement ne signifie pas qu'Antoine n'est pas intelligent. Bien au contraire. Il tient même des raisonnements qui sont d'une logique imperturbable. Quand sa maman, par exemple, lui dit: "Il faut qu'on parle.", il s'étonne qu'elle emploie on pour parler d'elle-même...

 

Cet isolement ne signifie pas qu'Antoine n'enregistre rien. Bien a contraire. Il a même une mémoire d'éléphant. Son papa, qui est architecte, lui envie son "réalisme photographique", sa passion du détail et le fait que rien ne lui échappe.

 

Cet isolement ne signifie pas qu'Antoine ne sait rien faire. Bien au contraire. Il sait même très bien dessiner les choses, s'il ne sait pas dessiner les êtres humains, parce qu'il ne les comprend pas. Il n'arrive pas en effet "à représenter ce qu'ils ressentent, ce qu'ils veulent, ce qu'ils aiment".

 

Deux événements vont permettre petit à petit à Antoine de progresser: l'accident survenu à papa un lundi alors qu'il joue à le tuer, comme tous les lundis matins au petit-déjeuner (cette fois papa n'a pas fait semblant et s'est retrouvé à l'hôpital) et l'incident qui se déroule dans la cour de l'école en cours de récit.

 

Ce récit est à trois voix, celles d'Antoine, de maman et de papa. Enfin il serait plus juste de dire qu'il est à deux voix et trois pensées, puisque papa, depuis qu'il est à l'hôpital, ne peut plus dire un mot. Ces trois pensées permettent d'accéder à un monde que Mélanie connaît bien - son livre est dédié à ses petits patients - et qu'elle restitue de manière émouvante.

 

Après avoir lu ce roman de Mélanie Richoz, dont le style est direct et dans lequel les mots font mouche, on ne peut qu'être tout chose quand on en émerge, parce qu'on sait fort bien que tout ce qu'on a appris est vrai et qu'on ne pourra plus jamais regarder un enfant ou un adulte atteint d'autisme de la même façon.

 

Pour en revenir à Antoine de Saint-Exupéry, sous l'égide duquel Mélanie Richoz s'est en quelque sorte placée, une autre citation de lui, extraite de Citadelle, illustre, me semble-t-il, son propos avec ce roman d'une belle singularité:

 

"Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis."

 

Francis Richard

 

J'ai tué papa, Mélanie Richoz, 96 pages, Slatkine (sortie en librairie le 25 août 2015)

 

Livres précédents de l'auteur chez le même éditeur:

Mue (2013)

Le bain et la douche froide (2014)

 

Teaser du livre:

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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