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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 22:15

Micheline et DorisLe Conseil fédéral a publié ce matin un communiqué ici à la suite de sa "retraite" d'hier, pendant laquelle il a été question des relations futures entre l'Union européenne et la Suisse.

 

La position du gouvernement n'est pas claire. Et pour cause : nous avons eu droit à un véritable numéro de duettistes, tout sourire, de la part des deux ministres qui s'occupent du dossier, Doris Leuthard, Ministre de l'économie, et Micheline Calmy-Rey, Ministre des affaires étrangères [la photo ci-contre provient d'ici].

 

Cela donne le dialogue suivant, qui résulte du découpage du communiqué, en attribuant à chacune la part qui lui revient vraisemblablement :

 

- Doris : " Le Conseil fédéral est convaincu que, d'un point de vue de politique étrangère, la voie bilatérale demeure praticable et qu'elle représente actuellement l'instrument de politique européenne bénéficiant du plus grand soutien sur le plan interne."

 

- Micheline : " Ceci étant, il devient plus difficile de poursuivre sur cette voie, l'UE tendant de plus en plus à considérer que les accords avec la Suisse doivent être basés sur la reprise sans exception de son droit interne pertinent [sic] ainsi que de ses développements."

 

- Doris : "La recherche de solutions s'écartant de ce droit fait donc l'objet d'âpres négociations bilatérales."

 

- Micheline : "Il n'en demeure pas moins que, selon le Conseil fédéral, la Suisse et l'UE ont un intérêt commun à trouver des solutions au moyen d'accords spécifiques dans de nombreux domaines en raison des relations particulièrement étroites qu'elles entretiennent."

 

 - Doris : "Aux yeux du Conseil fédéral, la voie bilatérale demeure donc actuellement celle qui convient le mieux..."

 

- Micheline : "...pour assurer l'indispensable convergence des intérêts des deux parties."

 

- Doris : "La Suisse exclut en particulier une reprise automatique des nouveaux développements du droit de l'UE dans les domaines régis par les accords."

 

- Micheline : "Des mécanismes institutionnels devraient faciliter la mise en oeuvre et le développement des accords."

 

- Doris : "L'équilibre des intérêts des deux parties doit être préservé, notamment en évitant de nouveaux obstacles entravant l'accès aux marchés et en garantissant des conditions-cadres équivalentes pour les deux partenaires."

 

- Micheline : "La Suisse doit contribuer à résoudre les défis communs en Europe."

 

On retrouve cette ambiguïté, chacune tenant son discours en feignant de ne pas écouter l'autre, tout en le relayant, dans le compte-rendu que font les agences de la conférence de presse, faite ce matin par les deux ministres, tel qu'il est reproduit ce jour par les médias en ligne ici.

 

Pour Doris il s'agit de poursuivre la voie bilatérale, pas question d'EEE, ni d'accord-cadre :

 

""EEE light" ou "accord-cadre" sont autant de concepts largement discutés ces derniers temps mais que le gouvernement n'utilise pas, et ce à dessein, a déclaré la présidente de la Confédération Doris Leuthard jeudi devant la presse, au lendemain de la séance spéciale du gouvernement sur la politique européenne."

 

Pour Micheline il s'agit de défendre les intérêts de la Suisse, qu'importe le moyen, rien n'est exclu, pas même, implicitement, l'adhésion à terme :

 

"Car la question n'est pas de savoir si la Suisse doit adhérer à l'Union européenne (UE), à l'Espace économique européen (EEE) ou si elle doit négocier un accord-cadre avec Bruxelles, mais comment elle peut défendre au mieux ses intérêts, a renchéri la ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey."

 

Doris : "Nous voulons agir et pas seulement reprendre l'acquis communautaire."[citation]

 

Micheline : "Le Conseil fédéral souhaite trouver une solution qui permette à Berne de disposer d'un droit de codécision et de participation jugé suffisant et qui s'appliquerait à l'ensemble des accords."[style indirect]

 

Doris : "Il est en particulier exclu pour le gouvernement de reprendre automatiquement le droit européen, ni de devoir se soumettre à une nouvelle clause guillotine (la dénonciation d'un accord entraînerait celle des autres)."[style indirect]

 

Micheline : "Il y a peut-être une solution entre les deux [entre l'adhésion à l'EEE et l'accord-cadre]"[citation]. "Le statu quo n'est pas réaliste [...], le bilatéralisme n'est pas statique."[style indirect]

 

Doris : "La voie bilatérale laisse assez de marge de manoeuvre."

 

Cette ambiguïté n'est-elle pas destinée à noyer le poisson ? Quand il y a deux comparses, il y a toujours un gentil et un méchant. Qui est la gentille ? Doris ou Micheline ? Qui est la méchante ? Micheline ou Doris ?

 

Pendant ce temps L'Hebdo remet pour la nième fois l'ouvrage sur le métier. Cette semaine il fait appel ici à Thomas Cottier, professeur de droit européen à l'Université de Berne, mais aussi "ancien négociateur suisse à l'époque de l'Espace économique européen (EEE)", rejeté par le peuple suisse en 1992.

 

Pour ce digne professeur, d'un an mon aîné, la voie bilatérale conduit comme de juste à une impasse, "à terme". On connaît la rengaine... C'est celle de cette année, que l'on chante sur tous les tons.

 

Le plus beau est que cet indéfectible suppôt de l'adhésion à l'UE ose dire : "Le fonctionnement de l'UE est comme calqué sur le modèle suisse" ! Il porte pourtant des lunettes, qui ont l'air de ne lui être d'aucune utilité...

 

Rappelons à ce digne professeur que l'UE fonctionne sans demander l'avis des peuples, sans leur permettre d'avoir le dernier mot, bref sans démocratie directe (ou rarement puisqu'elle lui est plutôt contraire, ou sinon en la dévoyant), souvent même sans démocratie indirecte, par voie d'autorité de fonctionnaires non élus et non représentatifs, qui appliquent le principe de subsidiarité à leur manière, c'est-à-dire à l'envers, du haut vers le bas

 

C'est bien d'ailleurs où le bât blesse tous ces braves gens : le peuple ne les écoute pas, il a compris que l'UE est un piège et il n'en veut pas. Ces braves gens le savent. Alors ils le cajolent par devant, pour mieux le tromper par derrière.

 

L'aveu ? Il se trouve dans cette petite phrase du communiqué du Conseil fédéral : "La voie bilatérale [...] représente actuellement [c'est moi qui souligne] l'instrument de politique européenne bénéficiant du plus grand soutien sur le plan interne."

 

Ces braves gens se font forts de contourner l'obstacle plutôt que de l'attaquer de front. Georges Clémenceau disait : "Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission." A la fin de son communiqué d'aujourd'hui le Conseil fédéral a marqué sa volonté d'enterrer la voie bilatérale en approuvant la création d'un groupe de travail, où siègeront des fonctionnaires acquis comme Thomas Cottier à l'adhésion :

 

"Le 19 juillet 2010, la présidente de la Confédération Doris Leuthard et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso sont convenus à Bruxelles de mettre en place un groupe de travail commun chargé d'ébaucher des propositions de solution en réponse aux questions institutionnelles. Lors de sa séance spéciale d'hier, le Conseil fédéral a décidé que des représentants des départements fédéraux siégeront dans ce groupe de travail."

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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Published by Francis Richard - dans Suisse
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commentaires

Le passant ordinaire 21/08/2010 10:30



Le bradage de nos libertés c’est ce qui nous attend en acceptant d’entrer dans l’UE


Horizons et débats  >  2010  >  N°32, 16 août 2010  >
 La «Fondation Bertelsmann»
ou: La «vision» du bradage des communes






La «Fondation
Bertelsmann» ou: La «vision» du bradage des communes


hof. Des «ateliers du futur»,
des «forums prévisionnels» ou des «ateliers de démographie» en vue du soi-disant «développement de la commune» – cela n’existe pas en Suisse seulement. C’est à travers l’Europe entière
que les communes ont affaire à de telles organisations douteuses et anti-démocratiques. Et partout elles se déroulent selon le même schéma, guidées par des animateurs externes.
En Allemagne, c’est la Fondation Bertelsmann qui en fournit le modèle. Sur ses sites internet on trouve des directives stratégiques, des conseils, des manuels en vue de créer des
«ateliers dans les communes» ainsi que des «visions sur le développement communal».1
Quant aux «visions» de la Fondation Bertelsmann, elles sont évidentes. Il s’agit du détournement vers le privé des institutions communales («out-sourcing»), de l’usurpation de tâches
réservées à la souveraineté de la commune, de privatisation de piscines commu­nales et des régies communales de l’eau, des maisons de retraite, des associations et unions d’intérêt public
etc.; les communes et leurs institutions devront, selon ces plans, devenir des entreprises fonctionnant selon le principe de gain et profit, quitte à participer à la course aux avantages
locaux. Il est évident que cela n’a plus rien à voir avec la démocratie.
En Angleterre, l’entreprise Arvato, filiale à 100% de la Fondation Bertelsmann, a ainsi pris possession de la commune de East Riding, Yorkshire, gérant maintenant des tâches auparavant
réservées à la souveraineté communale dans une circonscription qui compte pas moins que 325 000 habitants (cf. en­cadré) – s’étendant du prélèvement des impôts communaux, en passant par
la distribution des allocations d’aide sociale, jusqu’à la gestion des finances.2
En Allemagne, c’est la ville de Wurzburg (Basse-Franconie) où Arvato gère «la totalité des prestations administratives».3 D’autres communes devraient suivre ce modèle.
Or, en Allemagne, il s’agit de 105 milliards d’euros, provenant des fonds fiscaux qui, selon estimation, circulent dans les communes et leurs institutions par an. Ce sont ces milliards-là
qui provoquent l’avidité de la multinationale Bertelsmann. Pour le moment, Arvato «se contente» d’un cinquième de cette somme, comme dit son chef, Rolf Buch: «Il s’agit d’un marché de
plus de 20 milliards d’euros, soit autant que le chiffre d’affaires actuel de Bertelsmann.»4
Non, décidément, avec Bertelsmann, on n’a plus affaire à un cercle à connivence chrétienne distribuant des livres et des périodiques dont les magazines illustrés peuplaient, du temps de
l’après-guerre, les mé­nages, les cabinets médicaux et les pharmacies allemands. Aujourd’hui, il s’agit d’un empire des médias connecté dans le monde entier, disposant d’un chiffre
d’affaires en milliards et qui, dans de nombreux pays, entretient des relations les plus privilégiées avec des hommes politiques de haut rang, des présidents de partis et des chefs
d’Etat, ainsi qu’avec des fonctionnaires de syndicats etc. Les gens de Bertelsmann siègent dans des institutions et commissions de l’UE et influencent tous les domaines de la politique –
qu’il s’agisse de la Constitution europé­enne, de la formation d’une armée européenne ou de la privatisation des domaines de la formation et de la santé et, dernièrement aussi des
communes.5
La «vision» de la Fondation Bertelsmann est une «Europe des régions» dans laquelle les nations souveraines ont disparu6 et dont les unités administratives sont des «espaces
métropolitains» ou des communes fusionnées, unités sous l’administration centrale de Bruxelles7 et exploitées sur le marché par Bertelsmann. C’est dans cette direction-là qu’est dirigé ce
«changement», changement où les décisions démocratiques des citoyens ne font que déranger.
Pour démarrer le «changement» on convoque – après concertation avec les conseillers externes – un groupe, complètement arbi­traire, mais pourtant soigneusement choisi – de membres
d’exécutifs, d’associations, d’Eglises, de corps de métier et corporations, d’entreprises etc. dans les «ateliers du futur» susnommés qui n’ont aucune légitimation ni représentation
démocratiques. Ainsi, avec le recours à des méthodes de manipulation psychologique employées dans des groupes d’envergure (mise en place, «open space» etc.) qui n’ont rien à faire dans un
processus de décision libre et démocratique, on se met à dis­soudre «les forces récalcitrantes» de la société.8 Il s’agit de créer une «ambiance positive de renouveau» qui vise
«l’enthousiasme des acteurs locaux».9 Ceux qui mettent en doute les «visions» sont traités de «passéistes» et de «traditionalistes arriérés». De telles images nuisibles ne font que semer
la discorde dans les communes et déranger la paix politique.
Nous n’avons pas besoin d’«ateliers du futur» qui, comme des «cabinets de l’ombre», se mettent à saper l’autonomie communale. Il ne nous faut pas du «strip-tease» psycholo­gique dans des
salles polyvalentes pour procréer des «visions communales», qui ne créent, en fait, que des coûts. Le vrai débat sur les thèmes d’avenir se situe dans les conseils municipaux et les
réunions communales où chaque citoyen est censé contribuer, proposer des motions et solliciter un vote, dénué de tout endoctrinement et de toute manipulation.
Mais détrompons-nous: en Suisse aussi, une 5e colonne de traîtres au pays se bâtit sous forme d’«acteurs» en vue du développement européen régional misant sur les méthodes Bertelsmann.
Ainsi «régiosuisse», un réseau central national en faveur du développement régional suisse, recommande-t-il chaudement «la fondation allemande de Bertelsmann». «Sur son site internet»,
poursuit-il, «elle fournit toute une gamme d’idées à l’usage des gestionnaires régionaux et instances constructrices d







Francis Richard 21/08/2010 10:55



C'est pourtant ce qui se prépare. A moins que...



MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS 20/08/2010 09:49



Effectivement, l'enterrement de l'originalité suisse et son intégration à l'UE sous une présentation imposée aux Suisses est bien programmée au vu de votre citation en conclusion. J'ai un exemple
d'application, contre lequel je lutte dans le désert depuis 30 ans de votre constat : "l'UE fonctionne sans demander l'avis des peuples, souvent même sans démocratie indirecte, par voie
d'autorité de fonctionnaires non élus et non représentatifs, qui appliquent le principe de subsidiarité à leur manière, c'est-à-dire à l'envers, du haut vers le bas".Cet exemple est celui de
l'heure ! J'ai fait un dossier en 2006 de deux pages très précis démontrant exactement ce que vous dites et dans le cas de l'heure l'abus sur la volonté et la santé des Peuples. Si vous voulez je
vous l'envoie par internet. La motivation est incroyable ! Mme LHERITIER que j'ai eu au téléphone à l'époque à l'Elysée m'a dit qu'elle-même ne se laisserait jamais imposer un changement d'heure
et tant pis pour ceux qui suivent !!! Je cite de mémoire mais c'était bien le sens de sa réponse. Plus encore, elle m'a dit que ce n'était pas l'Elysée ni le gouvernement qui s'occupait de cela.
En somme c'est une machine qui fonctionne seule... Ce qui est faux, elle fonctionne sur la base de décrets. On a, avec cet exemple, le constat de l'extrême danger de la machine infernale de
Bruxelles qui fonctionne avec un cliquet anti-retour. Ne coincez JAMAIS vos doigts dans l'engrenage. Vos deux femelles doivent rentrer s'occuper de leur linge. La Suisse comme la FRANCE ne doit
pas tomber en quenouille. PAS DE COMMISSION de "travail" car c'est le doigt dans la machine !



Francis Richard 20/08/2010 11:05



L'UE est une machine infernale. L'exemple que vous donnez en apporte une preuve supplémentaire.


 


 



Ben Palmer 20/08/2010 08:23



"Le Conseil fédéral souhaite trouver une solution qui permette à Berne de disposer d'un droit
de codécision et de participation jugé suffisant et qui s'appliquerait à l'ensemble des accords."


Le droit (et la liberté) de codécision est le mieux
maintenu par des accords bilatéraux : Le conseil peut à chaque cas qui se présente décider s'il veut entrer en matière ou non. En tant que membre de l'UE, la Suisse n'aura qu'une voix parmi
beaucoup d'autres, mais devra se plier à la décision de la majorité (des fonctionnaires). Comme on a vu maintes fois, les intérêts des autres membres de l'UE et ceux de la Suisse ne sont pas toujours identiques et parfois diamétralement opposés.


Ca me semble tellement logique, que je ne comprends pas comment ont peut ne pas le voir.



Francis Richard 20/08/2010 10:45



En fait on ne veut pas le voir, aveuglé par l'idéologie.



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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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