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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 15:45

Piano chinois BarilierAu dernier Salon du Livre de Genève il m'avait fallu faire un choix. Sortant d'une opération au ventre, il m'était difficile de porter un trop grand poids de livres. La mort dans l'âme j'avais donc renoncé ce jour-là à faire l'acquisition d'un certain nombre de livres, parmi lesquels le Piano chinois d'Etienne Barilier, édité chez Zoé ici.

 

Surtout j'avais renoncé à me présenter à l'auteur, seul derrière sa pile de livres, pour lui dire que je voulais bien discuter avec lui mais qu'il fallait qu'il attende avant que je ne le lise... Je savais bien pourtant que ce ne serait que partie remise et que je n'ignorerais pas longtemps son livre paru cette année.

 

En flânant chez Payot, à Lausanne, l'autre jour, au sommet d'une gondole, ce livre m'a en quelque sorte tendu les bras et je les ai saisis, sans vergogne, ne regrettant pas aujourd'hui ce geste compulsif, et bien conforme à ma vie faite d'engouements successifs, après avoir habité quelques heures ce livre à la bonne facture : c'est un bel objet et il est remarquablement écrit.

 

Un récital de musique classique a lieu dans le midi de la France, à La Roque d'Anthéron, le 25 juillet 2010. Une jeune Chinoise, Mei Jin, y interprète des oeuvres du répertoire européen. Deux critiques musicaux assistent à la représentation. Tous deux tiennent un blog et relatent ce qu'ils ont vu et entendu ce jour-là. L'un tire sur la pianiste, l'autre la porte aux nues.

 

Ces deux critiques signent chacun d'un pseudonyme. Tous deux rivalisent de connaissances techniques sur le sujet. Celui qui porte aux nues l'interprète adopte un ton sérieux et docte. Celui qui tire sur elle se veut volontiers potache et séditieux. Dans un premier temps ils ignorent chacun ce qu'écrit l'autre. Mais, sur Internet, il est rare d'ignorer longtemps ceux qui s'expriment sur un même sujet.

 

Aussi, dès que chacun apprend ce qu'écrit l'autre sur la jeune Chinoise au joli minois, les deux critiques s'invectivent-ils d'abord  publiquement, d'un blog à l'autre, puis dans un échange de courriels privés, où ils passent rapidement des arguments techniques aux coups bas, aux attaques ad hominem, de préférence en dessous de la ceinture.

 

Au fil de cette bagarre faite de bons et de mauvais mots, on apprend que l'un fut le maître de l'autre et que, en tant qu'aîné, il ne supporte pas que le cadet se regimbe, veuille lui en remontrer. A l'issue de cette lutte homérique, au cours de laquelle deux styles étincelants et bien différents s'affrontent, un dénouement inattendu se produit qui permettra aux belligérants de vider leur querelle de sa substance.

 

Il ne faut pas se laisser impressionner par la culture musicale de l'auteur, si, comme moi, l'on n'est qu'un amateur mal éclairé de l'art dont Euterpe est la muse. Le propos de l'auteur n'est pas en effet d'en faire étalage, mais de débattre de l'aura de la musique occidentale sur l'orient et de montrer que les critiques sont des hommes comme les autres avec leurs travers et leurs défauts et que les conflits entre générations finissent par se résoudre quand chacun accepte de faire la part des choses.

 

Au fond c'est très intelligent, très moral et très réconfortant.

 

Francis Richard 

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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DF 04/06/2011 09:25



Cette sortie m'avait échappé, mais me paraît fort intéressante. Je note donc... merci pour la référence!



Francis Richard 04/06/2011 11:44



Il ne semble pas qu'il y ait eu beaucoup de critiques de ce livre. Ce qui est bien dommage.



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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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