Le chien, couché devant le menhir, plonge son museau dans le trou béant. Vide. Le vieil homme a failli à sa mission. Le trésor qu'il devait garder a été volé. Sous le coup de l'émotion, il s'effondre.
De quel trésor s'agit-il? Qui est ce vieil homme? Ce sont questions auxquelles le lecteur devra attendre pour obtenir des réponses.
En attendant, l'auteure l'invite à assister à une conférence donnée à l'Université de Rome par une ethnologue, docteure en anthropologie sociale, Joséphine Victorine Leszcinska-dit-Rhônois. Le sujet de cette conférence? Le carnaval de Mamoiada, village situé au centre de la Barbagia en Sardaigne:
On peut y trouver, encore à l'heure actuelle, des résidus d'un rite archaïque dont les racines pourraient se situer dans la préhistoire.
En lisant ce qui est dit dans cette conférence, le lecteur fait le lien avec le prologue puisque la conférencière annonce, sans susciter de battement de cils dans l'assistance, que s'y trouvent des preuves protohistoriques de présence humaine dans cette région, tels que menhirs...
Jo - car c'est ainsi que ladite ethnologue souhaite être appelée, en signe d'affection - parle de masques - tiens tiens ! - que revêtent les douze mamuthones ce jour-là, chaque 17 janvier, pour danser, en faisant tinter leur lourd chargement de cloches.
Deux personnes assistent à cette conférence qui auront leur importance dans la suite du récit, qui prendra assez vite des allures mythiques: un jeune homme vêtu de velours brun, aux yeux verts, presque jaunes et le professeur S, surnommé le comte, su Conte.
Il n'est pas inutile de préciser que Jo est une romancière à succès et que son public habituel est différent de celui, compassé, des gens de l'université qui viennent de l'écouter, ce qui lui a permis de s'entourer de deux assistants, Adélaïde et Hugo.
Dans Rome, le lendemain, le mystérieux jeune homme disparu à l'issue de la conférence la rejoint et se présente: Gavino Sulas, sculpteur de masques, envoyé par son oncle Efizio, le Veilleur, c'est-à-dire un maître sculpteur chargé de protéger le Premier.
Le Premier? C'est le masque qui sert de modèle à tous les autres: Il leur communique l'énergie qui favorise la métamorphose de l'homme en mamuthone. Le lecteur comprend qu'il s'agit du trésor disparu... qui avait fait s'effondrer un vieil homme, Efizio donc.
Mais l'histoire ne fait que commencer. Le messager se trouve mal. Partie chercher des secours, quand elle revient avec de l'aide, il a disparu à son tour. Quand il est retrouvé, il respire à peine. Elle part tout de même avec lui pour la Sardaigne où les péripéties fantastiques se succéderont...
Car Jo y sera investie de la mission de retrouver le Premier et, dans cette quête, fera la connaissance des personnages qui sont, peu ou prou, mêlés à sa disparition. Et, au fil des semaines, le lecteur découvrira le monde sarde, sur lequel pèse le poids de la tradition.
Magali Jenny malmène le lecteur jusqu'au bout. Son héroïne, Jo, se demandera même, à la fin, tout en n'y croyant pas, si elle n'a pas imaginé toute cette histoire abracadabrante. Pour se rasséréner elle noircira des pages et des pages de ce qui sera un nouveau roman...
Et le lecteur est ravi de s'être laissé embarquer dans cette aventure qui se terminera le jour du rendez-vous annuel des mamuthones... Devançant ses interrogations persistantes, lecture achevée, une note finale de l'auteure lui permettra de démêler le vrai du faux...
Francis Richard
Le masque, Magali Jenny, 282 pages, Favre

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