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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 19:45

Aux sources 1Dans le cadre historique et somptueux de la Société de Lecture de  Genève, l'Institut Libéral   recevait mercredi soir deux historiens des idées libérales: Alain Laurent et Olivier Meuwly.

 

Alain Laurent est philosophe, directeur de la collection Bibliothèque classique de la liberté et de la collection des Penseurs de la liberté aux Belles Lettres et auteur de l'anthologie Les penseurs libéraux.

 

Olivier Meuwly est historien, auteur de nombreux ouvrages, chargé de cours à l'Université de Genève, chroniqueur au Temps.

 

Alain Laurent est ému de parler du libéralisme en ce lieu, proche de ces lieux mythiques pour les libéraux que sont le Château de Coppet et le Mont-Pèlerin, qui a donné son nom à la société fondée par Friedrich Hayek.

 

Alain Laurent remonte aux sources du libéralisme pour démonter les cinq fables que racontent ses détracteurs.


1) Nous assisterions au triomphe du libéralisme, alors qu'il y a toujours plus de réglementations et toujours plus d'Etat (en France les dépenses publiques représentent 57% du PIB).

 

2) Le libéralisme serait à l'origine de la crise, alors que l'Etat-providence en est le responsable en ayant donné l'accès à la propriété à des personnes insolvables et que la crise se poursuit en raison d'endettements publics faramineux.

 

3) Il y aurait un néolibéralisme, qui serait en rupture avec le libéralisme des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, celui des Turgot, Tocqueville, Bastiat, Constant. Or, il n'en est rien. Hayek, Mises, Friedman se sont inspirés des libéraux fondateurs qui, comme eux, défendaient la souveraineté individuelle, le caractère intangible de la propriété, la liberté d'échanger etc. Ils n'ont fait que l'adapter au contexte nouveau.

 

4) Il y aurait même, quelle horreur, un ultra-libéralisme, que dénoncent pêle-mêle les sociologues, les économistes, les socialistes etc. En employant le préfixe ultra, oubliant qu'il signifie au-delà (c'est l'étymologie d'outre-mer), ils entendent dénoncer le caractère excessif du libéralisme contemporain qui prônerait, en opposition aux fondateurs, la liberté de la concurrence et la liberté du travail. Or, leurs textes à l'appui, tous les libéraux fondateurs en sont les défenseurs...

 

5) Il y aurait un bon libéralisme, le libéralisme politique, et un mauvais, le libéralisme économique. Or, les deux libertés, en économie et en politique, sont indissociables. Elles sont toutes deux issues de la liberté individuelle et présentes dans les écrits des fondateurs. L'Etat ne doit pas intervenir dans l'économie; c'est indispensable pour que la liberté individuelle et, en conséquence, la liberté politique puissent exister. Dans une démocratie libérale, il s'agit de réduire au maximum les occasions pour la tyrannie de la majorité de s'exercer.

 

Aux sources 2En conclusion, Alain Laurent souligne que les auteurs libéraux du XXe siècle et du début du XXIe sont bien dans la lignée de ceux qui les ont précédés au XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles et qu'il n'y a pas discontinuité entre eux.

 

Alain Laurent exclut toutefois de la famille libérale un auteur, considéré à tort comme tel, et qui ne figure d'ailleurs pas dans son anthologie.

 

Il s'agit de John Rawls, qui a usurpé ce qualificatif pour avoir écrit, dans Théorie de la justice, qu'un individu n'est jamais propriétaire de ses dons et de ses qualités et que la société est en droit de lui demander des comptes et d'en disposer comme elle veut...

 

Qu'en est-il des penseurs libéraux en Suisse romande?

 

Olivier Meuwly constate qu'il n'y a pas de théoriciens professionnels libéraux en Suisse romande. Aussi est-il nécessaire de reconstituer le puzzle de leur pensée dans leurs écrits parus dans la presse, ou dans leurs interventions dans les parlements.

 

Ce sont donc des penseurs marqués par le goût de la pratique et bien souvent des juristes, pragmatiques et confrontés au réel. Antoine-Elisée Cherbuliez, genevois aujourd'hui tombé dans l'oubli, est un représentant typique de ces penseurs, dont les réflexions sont éparses.

 

Le canton de Neuchâtel ne rompt complètement avec la monarchie prussienne qu'en 1848. Les cantons de Fribourg et du Valais sont longtemps soumis au pouvoir religieux. Restent les cantons de Genève et de Vaud, qui ne s'est libéré de l'assujetissement bernois qu'en 1798.

 

Dans le canton de Genève les principes libéraux cohabitent avec les principes conservateurs; c'est le cas d'un Cherbuliez. Dans le canton de Vaud l'obsession est d'être discret pour ne pas indisposer la Diète...

 

Que pense-t-on de Jean-Jacques Rousseau dans le courant libéral? Il est plébiscité comme éducateur... et banni comme auteur du Contrat social.

 

Quelles sont les figures de ce courant?

 

Olivier Meuwly cite Frédéric-César de La Harpe qui a été précepteur du futur tsar Alexandre 1er, à qui il a enseigné les principes libéraux, et qui a dénoncé le despotisme bernois.

 

Après avoir participé au groupe de Coppet, Jean de Sismondi s'est éloigné du libéralisme économique de Ricardo et de Smith, convaincu qu'une redistribution des richesses est nécessaire.

 

Etienne Dumont, qui a été en relation avec Mirabeau, s'est lié, pendant ses années passées en Angleterre, avec Jeremy Bentham, dont il s'est inspiré pour le code pénal genevois.

 

Pellegrino Rossi, qui a fréquenté les salons de Madame de Staël à Coppet, est à la fois partisan d'une Suisse plus unie et fédéraliste. Les libéraux sont en effet, au début, plutôt centralisateurs...

 

Certains libéraux romands ont fréquenté les salons de Coppet. D'autres, sans les avoir fréquentés, ont été influencés par leurs membres. Ainsi La Harpe, qui adhérait aux principes de Jean-Batiste Say, a-t-il annoté des livres de Benjamin Constant, dont il s'est inspiré pour ses interventions publiques.

 

Aux sources 3Le libéralisme vaudois (dans le canton de Vaud tout le monde, ou presque, est protestant) s'inscrit dans la liberté de culte avec Charles Monnard, disciple de La Harpe, et avec son ami Alexandre Vinet, ce qui leur vaut à tous deux bien des avanies.

 

Quand le mouvement radical émerge, il est le réceptacle de plusieurs courants, dont le courant libéral, et de multiples traditions.

 

C'est ainsi que Louis-Henri Delarageaz, ami de Joseph Proudhon, entretiendra avec lui une correspondance et que Charles Secrétan se fera le défenseur de la conservation du paysage et du patrimoine.

 

Les radicaux se rejoignent sur la nécessité d'un Etat fédéral, sur la souveraineté populaire et sur le rôle de l'Etat, qui, comme le dit Numa Droz (qui sera Conseiller fédéral pendant des années), doit être "un veilleur de nuit". Ce sont des pragmatiques, favorables à un libéralisme étatique, mais leur pragmatisme va malheureusement devenir de plus en plus une fin en soi et tarir leurs réflexions.

 

A l'issue de ces deux conférences, après avoir remercié les deux orateurs de la soirée, Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral, rappelle que le rôle de l'institut n'est pas de jouer un rôle politique, mais d'insuffler les idées libérales dans ce qui existe.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec Lesobservateurs.ch

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 22:25

Cercle Frédéric BastiatChaque premier week-end de juillet, le Cercle Frédéric Bastiat organise des conférences à Dax avec le concours de l'Aleps, de Contribuables associés, de Liberté chérie, de l'Institut Coppet et de l'iFRAP.

 

Cette année le thème était: Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité.

 

Ces notions sont à l'opposé de ce qui, aujourd'hui, détruit la France: le collectif, la société sans risques et l'irresponsabilité.

 

Dimanche matin, 7 juillet 2013

 

Catherine de Wenden, directrice de recherche au CNRS et enseignante à Sciences-Po, est spécialiste des flux migratoires, auxquels elle a consacré plusieurs ouvrages.

 

Catherine de WendenElle constate qu'il y a des inégalités de développement humain dues à l'espérance de vie à la naissance, au niveau d'éducation et au niveau de vie. Sur 7 milliards d'habitants de la planète, 1 milliard sont en situation de mobilité en raison de ces inégalités.

 

130 millions d'entre les habitants de la planète se sont effectivement dirigés vers le nord. Ce que l'on sait moins, c'est que 110 millions l'on fait vers le sud.

 

Car, s'il y a mondialisation des migrations, il y a également des migrations régionales.

 

La démographie est un autre facteur de migrations. Les pays d'accueil sont l'Europe vieillisante mais également les fameux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

 

Par ailleurs des migrants partent de pays très peuplés à petites ressources, vers des pays peu peuplés mais à grandes ressources. Il faut savoir que 400 milliards de dollars sont envoyés par de tels migrants vers leurs pays d'origine, ce qui représente trois fois l'aide publique internationale.

 

Enfin l'urbanisation galopante est un facteur déterminant des flux migratoires.

 

Les Etats se sont toujours intéressés à leurs populations et plus spécifiquement dans trois domaines: l'agriculture pour les ressources alimentaires, l'armée pour les ressources de défense et les impôts pour les ressources financières.

 

Auparavant il était facile d'entrer dans un pays. Il était plus difficile d'en sortir. Depuis 1990 la situation s'est inversée, avec toutefois, l'impossibilité d'interdire, en vertu du droit international, certains flux migratoires. Ont été ainsi reconnus le droit d'asile, le droit au regroupement familial et les droits de l'enfant. 46 Etats, essentiellement des Etats de pays du sud, ont signé une convention reconnaissant des droits minimum aux sans-papiers.

 

Du XVIe siècle à la moitié du XIXe siècle, les Etats interviennent peu dans les flux migratoires. Avec Hugo Grotius et Emmanuel Kant apparaît une théorisation du citoyen du monde qui doit pouvoir circuler librement dans tous les pays, sans forcément s'y installer.

 

En France la migration se régulait en fonction de l'offre et de la demande, conformément au libéralisme économique. C'est pourquoi il y a eu peu d'intervention de l'Etat entre 1945 et 1980. L'immigration était d'ailleurs considérée comme provisoire. Les immigrés en provenance d'Espagne, d'Italie ou de Grèce finissaient par retourner chez eux. 

 

Mais, quand ça va mal, les gens restent dans le pays d'accueil. Auparavant ils se disaient qu'ils allaient gagner de l'argent puis repartir dans leur pays d'origine. Désormais ils se disent qu'ils n'y ont aucun espoir, et ils espèrent changer de vie avec leur projet de migration.

 

Cette nouvelle donne a conduit les Etats a changé d'attitude à l'égard de l'immigration. Si le droit de sortie est reconnu par eux, ils exercent leur souveraineté à l'entrée du fait d'une demande de migration de plus en plus forte.

 

Aux Etats-Unis par exemple, on estime qu'il y a environ 11 millions de clandestins. Les frontières sont de plus en plus contrôlées. Aux quotas ethniques a succédé une limitation par le nombre (800'000 personnes par an).

 

Les Etats adoptent de plus en plus un système intermédiaire entre le tout libéral et le tout répressif. Ils essaient de trouver un équilibre entre l'ouverture et la fermeture (en invoquant des raisons de sécurité) et tiennent donc un discours contradictoire.

 

A une question sur l'attrait des prestations sociales pour les migrants, Catherine de Wenden répond que les immigrés ne se rendent pas en France pour cette raison. En effet, précise-t-elle, les droits sociaux y sont liés à la durée du séjour.

 

Pourtant, dans le hors série n°3 du Cri du contribuable de juin 2010, une étude très documentée montrait que le solde des dépenses et des recettes de l'immigration était un déficit de plus de 30,4 milliards d'euros, soit 1,56% du PIB, tandis que celui de l'émigration était un déficit de près de 8 milliards d'euros, soit 0,4 % du PIB.

 

A l'époque, il y a trois ans, "les prestations sociales forment 14% du revenu des ménages immigrés contre 5% du revenu des autochtones"...

 

Philippe KarsentyPhilippe Karsenty, maire-adjoint de Neuilly-sur-Seine, explique pourquoi, dans le domaine des médias, il est impossible de prendre des risques et des initiatives individuels.

 

En effet, l'Etat contrôle tout, soit via des contrats publics (Le Figaro), soit via des subventions (Rue 89).

 

C'est dans ce contexte qu'il est possible de faire des manipulations médiatiques, graves de conséquences, en toute impunité, comme le conférencier en a fait l'expérience.

 

Philippe Karsenty s'est ainsi aperçu un jour que le reportage du  30 septembre 2000, diffusé dans le 20 heures de France 2, sur la mort du petit Mohammed al-Dura et sur les blessures par balles de son père, était une mise en scène accréditée par la chaîne et son commentateur Charles Enderlin. Et que, du coup, il avait été repris sans esprit critique par toutes les chaînes de télévision du monde.

 

A l'aide de diapositives, tirées de ce reportage de 50 secondes, le conférencier démontre qu'il y a bien eu mise en scène. Des snipers israéliens auraient tiré sur le père et son jeune fils à 80 mètres de distance. Il y aurait eu 45 mn de tirs. Le père aurait reçu 12 balles et le fils 3. Or il n'y a pas de traces de sang et les impacts de balles visibles sur le mur derrière les victimes sont circulaires au lieu d'être ovales, alors qu'elles ont été tirées sous un angle de 30°...

 

Ce bidonnage a été exploité dans le monde entier. Ben Laden l'a utilisé dans une cassette vidéo pour recruter avant les attentats du 11 septembre 2001. Le journaliste Daniel Pearl a été égorgé pour venger la mort du petit Mohammed. Des timbres-poste représentant cette scène ont été imprimés dans le monde musulman. Un monument a été érigé en mémoire de Mohammed sur la Place de l'Enfant Martyr à Bamako...


En 2002, Philippe Karsenty tente de faire connaître la vérité sur cette supercherie, mais personne ne l'écoute, toutes les chaînes étant coutumières du bidonnage... En 2003, il monte une agence de notation des médias, Media-Ratings, pour évaluer la fiabilité des informations diffusées par les grands médias.

 

En 2004 il accuse France 2 de mise en scène de la mort du petit al-Dura. Il est poursuivi en diffamation par la chaîne. En 2006 il présente des rushes de la chaîne publique sur lesquels on peut voir le jeune Mohammed levé le coude après sa mort... En dépit de l'avis du procureur qui lui est favorable, il est condamné (tous les médias font corps avec Charles Enderlin et la plupart des journalistes pétitionnent pour lui...).

 

Le 21 mai 2008, la Cour d'appel de Paris prononce la relaxe de Philippe Karsenty avec des attendus sévères pour France 2 et Charles Enderlin. Lesquels se pourvoient en cassation.

 

En juillet 2009, Charles Enderlin est décoré de la Légion d'honneur par Bernard Kouchner... sans doute pour le récompenser d'avoir mis le feu à la planète...

 

Le 28 février 2012 la Cour de cassation casse le jugement qui relaxait Philippe Karsenty contre l'avis du procureur général: le tribunal ne pouvait pas ordonner à France 2 de montrer ses rushes...

 

Le 26 juin 2013, cette fois la Cour d'appel de Paris, devant laquelle l'affaire a été renvoyée, condamne à 7'000 € d'amende Philippe Karsenty, au motif qu'en 2004 il ne disposait pas des éléments suffisants pour dire que le reportage de France 2 était bidon... Cet arrêt n'a été communiqué à Philippe Karsenty qu'après le délai pendant lequel il pouvait se pourvoir en cassation...

 

En 2010, Pierre-André Taguieff avait consacré une centaine de pages (sur 568) de son livre sur La nouvelle propagande antijuive à l'affaire al-Dura. Zéro personne dans les médias n'en avait, et n'en a, parlé...C'est dire si le rouleau compresseur médiatique est fort... Et que rares sont les médias libres en France, tels que Radio Courtoisie ou Causeur, par exemple.

 

Benoît MalbranqueBenoît Malbranque est étudiant en finance et chercheur associé à l'Institut Coppet.

 

A 21 ans il est déjà l'auteur de deux livres: Le socialisme en chemise brune et Introduction à la méthodologie économique.

 

Le plus jeune des conférenciers de ce 5ème Week-End de la Liberté a donc eu l'honneur d'en être le dernier intervenant et de traiter du thème général retenu "au cours de l'histoire et dans l'avenir".

 

L'histoire permet en effet de confirmer des théories abstraites, de les illustrer et de les tester, d'en définir les limites.

 

Benoît Malbranque s'est intéressé à l'histoire de deux pays, au cours d'une longue période, mais tout de même limitée.

 

La Grèce antique se caractérise par une absence de progrès technique et économique. Pourquoi?

 

Pendant des siècles, les habitants se livrent aux mêmes types de culture. L'agriculture représente 80% de l'activité. Il y a peu d'artisanat. Il n'y a pas d'inventions techniques.

 

L'Etat gère les bâtiments, les aménagements, les ateliers publics. Le travail est indigne d'un homme libre. Le commerce est déconsidéré et réservé aux étrangers ou aux esclaves. Aristote dénonce l'accumulation illimitée de richesses.

 

Dans A history of greek economic thought , Albert Augustus Trever, parle d'interventionnisme étatique, et Henri Francotte, dans L'industrie dans la Grèce ancienne, parle d'allocations versées qui paralysent l'activité individuelle et économique et qui préfigurent l'Etat-providence tel que nous le connaissons.

 
La liberté politique ne doit pas être confondue avec l'initiative individuelle. D'autant que chaque personne, à l'époque, est rattachée à une maisonnée, l'oikos, qui est à la fois un lieu commun d'habitation et de production, et qui représente une famille élargie jusqu'aux esclaves.

 

Il s'agit donc d'une socialisation. Il existe une barrière morale au progrès. La mentalité productive et entrepreneuriale est absente. On peut dire qu'il y a un encouragement à la paresse.

 

La Chine, de 2'000 ans avant JC jusqu'à la fin du XVIIIe, au contraire, se caractérise par son inventivité. Pourquoi?

 

Le semoir est inventé 2'000 ans avant JC, l'alcool entre 2'000 et 1'600 ans avant JC, le papier au Ier siècle, le sismographe et l'anesthésie au IIe, le parapluie au IVe, le papier monnaie au IXe, la poudre à canon au Xe, l'imprimerie au XIe etc.

 

Voltaire et Diderot admirent la Chine. François Quesnay, dans Le despotisme de la Chine (1767), révèle qu'en Chine il n'y a pas d'impositions arbitraires, pas d'exactions de publicains et que le droit, la liberté et la propriété fondent la prospérité de cet empire. Pierre Poivre, dans Voyages d'un philosophe (1768), loue la stabilité institutionnelle de la Chine et le respect de la propriété.

 

Si l'agriculture chinoise est si florissante, c'est donc grâce à la liberté et à la conservation des droits de propriété. Mais il y a des raisons additionnelles à cette prospérité: le mérite individuel, la sacralisation et la valorisation du travail, le wu-wei - le non agir - de l'Etat qui ne s'occupe pas d'économie mais accompagne la nature.

 

Que faire à l'avenir? Force est de constater que l'initiative et la propriété individuelles sont efficaces et sont des facteurs de productivité. Mais il y a d'autres causes de prospérité, qu'il convient d'étudier pour en tirer des leçons: la défense de l'entrepreneuriat, la revalorisation du travail, de l'effort etc.

 

Francis Richard

 

Episodes précédents:

 

5ème Week-End de la Liberté à Dax 1/3 du 10 juillet 2013

5ème Week-End de la Liberté à Dax 2/3 du 18 juillet 2013

 

Bibliographie:

 

"Les oeuvres complètes" de Frédéric Bastiat, Editions Charles Coquelin

"Foreclosure gate: les gangs de Wall Street contre l'Etat US" de Vincent Bénard

"Sécu: comment faire mieux" de Patrick de Casanove

"A quoi servent les riches" de Jean-Philippe Delsol avec Nicolas Lecaussin

"Logique du libéralisme" de Jacques de Guenin, Editions Charles Coquelin

"Faut-il révolutionner la mondialisation" de Lucas Léger

"Introduction à la méthodologie économique" de Benoît Malbranque, Collectif La Main Invisible et Institut Coppet 

"La question migratoire au XXIème siècle" de Catherine de Wenden, Presses de Sciences Po

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 00:10

Cercle Frédéric BastiatChaque premier week-end de juillet, le Cercle Frédéric Bastiat organise des conférences à Dax avec le concours de l'Aleps, de Contribuables associés, de Liberté chérie, de l'Institut Coppet et de l'iFRAP.

 

Cette année le thème était: Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité.

 

Ces notions sont à l'opposé de ce qui, aujourd'hui, détruit la France: le collectif, la société sans risques et l'irresponsabilité.

 

Samedi après-midi, 6 juillet 2013

 

Lucas Léger, chercheur à l'IREF, traite de la mondialisation en trois points:

 

I Un monde schumpétérien

 

Pour Joseph Schumpter, le fondement et le ressort de la dynamique de l'économie sont l'innovation et le progrès technique.

 

Lucas LegerLucas Léger prend pour exemples d'innovations majeures l'invention du conteneur, en 1956, de Malcolm McLean et du triple W (World Wide Web), en 1989, par Tim Berners-Lee.

 

Il faut soutenir l'offre et provoquer la demande. A contrario, les Etats ne peuvent pas soutenir la demande. Aussi est-ce la fin programmée des politiques de redistribution.

 

Comment soutenir l'offre? En créant un environnement favorable. Et la mondialisation, dont les entreprises ont besoin, en est un.

 

Si les entrepreneurs partent d'un besoin et d'un idéal, les ingénieurs partent du possible, remarquait Stefan Zweig.

 

La mondialisation, telle que nous la connaissons, ne s'est vraiment développée qu'avec l'ère post-industrielle, la société de connaissance décrite par Alvin Toffler.

 

II 5 mythes

 

1) La mondialisation, ce serait la loi du plus fort: on constate au contraire que c'est un long processus de coopération, que la tendance est positive, que deux nations qui échangent ne se font pas la guerre (Jean-François Revel), que 65% de la production se retrouvent sur le marché mondial.

 

2) La mondialisation, ce serait plus de chômage: on ne constate pas de corrélation entre le taux de chômage et le taux d'ouverture.

 

3) La mondialisation, ce serait plus d'inégalités et plus de pauvres: on constate une amélioration de l'IDH, indice de développement humain, une baisse des inégalités entre pays. On constate également que, quand les inégalités n'augmentent pas, le chômage augmente. Plutôt que de réduire les inégalités ne faut-il pas réduire la pauvreté?

 

4) La mondialisation, ce serait les délocalisations (les localisations à un autre endroit): on constate qu'il y a en France 4 millions d'emplois plus ou moins liés à l'exportation, que le taux de délocalisation est 4,2%, que 73% des délocalisations se font au sein d'un même groupe, que 30'000 emplois supprimés en 3 ans le seraient pour cette raison et qu'on relocalise au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

 

5) La mondialisation, ce serait la concurrence des pays émergents: on constate que dans ces pays les salaires augmentent deux fois plus que la productivité, que dans les échanges entre l'Union européenne et la Corée du Sud la balance des biens est équilibrée et qu'elle est excédentaire dans les services en faveur de la première.

 

III Innovation

 

La peur du progrès n'est pas chose nouvelle.

 

Nedd Ludd, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe organisait la destruction des métiers à tisser. José Bové fauche des OGM.

 

Pour Martin Heidegger, les moyens deviennent les fins.

 

Pour Jacques Ellul, l'homme est instrumentalisé par la technique.

 

Or les idées sont l'oxygène de nos économies. Il suffit pour s'en convaincre de citer quelques noms d'entreprises: Apple, iRobot, Twitter, Facebook, Amazon, Pioneer, DaVita, Intuitive Surgical, Infosys...Elles ont donné naissance à Internet, aux biotechnologies, aux nanotechnologies.En France Arche, Astellia, Chauvin-Arnoux, par exemple, sont des entreprises innovantes.

 

En conclusion

 

Dans les pays ouverts, les productions sont les plus élevées. Il n'y a pas besoin pour cela d'une BPI (Banque publique d'investissement) ou d'un nouveau protectionnisme.

 

Il faut en finir avec ceux que Frédéric Bastiat appelait les enrayeurs.

 

Il faut s'adapter.

 

En Nouvelle Zélande les agriculteurs ne reçoivent plus de subventions. Ils ne s'en portent que mieux et exportent dans le monde entier. Ils ne travaillent plus pour les subventions, mais pour leurs clients...

 

Patrick de CasanovePour Patrick de Casanove, médecin, président du Cercle Frédéric Bastiat, l'Etat a confisqué la santé des personnes.

 

Ainsi l'OMS (Organisation mondiale de la santé) prône-t-elle un système unique de toutes les fonctions de santé et déclare-t-elle que la santé publique doit organiser les soins curatifs. Les gouvernements seraient responsables de la santé de leurs peuples.

 

Un système de santé est destiné à promouvoir, à restaurer et à entretenir la santé.

 

Or seules les actions des individus sont des réalités concrètes (Ludwig von Mises).

 

En France les pouvoirs publics décident seuls de l'affectation des sommes prélevées et ont un droit de regard sur votre intimité. Mais cette intervention de l'Etat dans la vie des gens est inefficace: la couverture des soins diminue de plus en plus.

 

Patrick de Casanove cite à son tour le magnifique texte de Frédéric Bastiat sur la responsabilité:

 

  "La responsabilité, mais c'est tout pour l'homme: c'est son Moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. Sans Elle, l'homme n'a plus de libre arbitre, il n'est plus perfectible, il n'est plus un être moral, il n'apprend rien, il n'est rien. Il tombe dans l'inertie et ne compte plus que comme une unité dans un troupeau." (Frédéric Bastiat, Harmonies économiques, Services privés, services publics)

 

Seules des initiatives individuelles peuvent pallier aux défaillances de l'Etat. Emmaüs, les Restos du Coeur en sont des exemples emblématiques, de même que l'association Carpe Diem, au Canada, qui, sous la férule de Nicole Poirier, s'occupe des Alzheimer et offre des services adaptés à chaque personne et à chaque famille tout au long de sa maladie.

 

L'Etat, plus particulièrement la Sécu, par son intervention met fin au dialogue singulier qui unit patient et médecin. La solidarité véritable est remplacée par des droits sociaux.

 

Pour gérer la pénurie induite par son intervention, la Sécu s'immisce dans les prescriptions de médicaments. La ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique) a été instituée à cette fin: il y a les gentils médecins qui se soumettent et qui touchent des sous, et les méchants médecins qui ne touchent rien: un médecin peut ainsi se voir reprocher de prescrire trop d'antibiotiques par rapport aux autres, sans considération du bien-fondé de la prescription.

 

Le patient peut encore choisir son médecin, mais pas son assurance. Il paye deux fois: la Sécu et sa mutuelle.

 

Deux scandales majeurs sont dus à l'Etat: celui du sang contaminé et celui de l'hormone de croissance.

 

Les autorisations de mise sur le marché, AMM, sont délivrées par l'Etat, sans garantie. Le Mediator bénéficiait d'une AMM... Le Ritrovil qui était aussi utilisé pour soulager les douleurs neurologiques de nombreux patients est désormais réservé aux épileptiques. Les génériques sont le dada de la Sécu mais leur principe actif est plus ou moins pur, leur excipient, leur galénique varient... et, du coup, ils n'ont pas tous le même effet.

 

Les travaux de John Snow sur les épidémies de choléra, d'Edward Jenner sur la vaccination, de Louis Pasteur sur la rage, l'utilisation de PRP (plasma riche en plaquettes) sont des initiatives individuelles.

 

La vaccination contre l'hépatite B est insuffisante en France. Dans un premier temps l'Etat a décidé sa mise en place dans les collèges, puis il a fait marche arrière quand elle a été suspectée de donner la sclérose en plaque. Ce qui s'est révélé faux. Mais le résultat est que la couverture vaccinale en France est déplorable en France. La vaccination soviétique contre la grippe H1N1 a donné le même résultat.

 

En conclusion, il faut rendre l'initiative aux individus, médecins comme patients. Le meilleur évaluateur du médecin, c'est le patient.

 

La longue histoire de l'humanité est l'histoire d'une longue lutte de l'innovation contre la misère humaine et de la liberté contre l'oppression du pouvoir.

 

Vincent BénardVincent Bénard , ancien président de l'Institut Hayek de Bruxelles, rappelle que la crise financière est communément interprétée comme le résultat de prises de risques excessifs, de l'appât du gain et de la spéculation (qui n'est pourtant que l'espérance de gains futurs). Le prétexte pour réguler.

 

En fait chaque échec individuel ne devrait pas entraîner l'échec de tout le monde. Pour l'éviter il existe plusieurs moyens qui ne font pas appel à la régulation étatique, mais, par exemple, au contrôle effectué par le marché ou par les personnes concernées:

 

- le mécanisme des prix

- les assurances ("c'est vieux comme la marine anglaise!"), qui permettent de supporter les conséquences financières de ses actes

- les taux d'intérêts, qui grimpent quand le risque est trop grand

- les actionnaires, qui peuvent mettre à la porte les dirigeants.


Les juges sont là également pour que les individus assument les conséquences de leurs erreurs. Les tribunaux civils accordent des dommages et intérêts aux personnes lésées et les tribunaux pénaux sanctionnent les fautes.

 

Or, dans le domaine financier, les risques financiers ne sont pas assumés par les responsables. C'est ainsi que la FED a été créée en 1913 pour servir de parachute à des banques en difficultés; que le hedge fund LTCM a été sauvé en 1998 par des banques obligées de le faire par la Banque fédérale de New-York, que Fannie Mae, Freddie Mac et AIG ont été sauvés de la faillite par l'Etat fédéral et la FED.

 

Des dirigeants se sont livrés à des manipulations frauduleuses et se sont enrichis sur le dos des institutions financières à la tête desquelles ils se trouvaient. Vincent Bénard cite Richard Fuld de Lehman Brothers, Angelo Mozilo de Country Wide et Franklin Raines de Fanny Mae.

 

Bien que les pertes de leurs entreprises soient colossales, ces dirigeants ont joui d'une large impunité. Leur respect des normes leur a permis d'être exonérés de la plus grande part de leurs responsabilités et leur copinage avec les politiques les a immunisés: ils étaient too big to jail! Aussi l'organisme régulateur, le SEC, s'est-il révélé impuissant face à de tels fraudeurs.

 

En raison de la faillite de la cogestion de la Finance et de l'Etat et du risk shifting (transfert du risque des banques vers l'Etat), Vincent Bénard préconise donc leur séparation et de laisser faire faillite les banques, en convertissant, par exemple, leurs créanciers en actionnaires.

 

Samedi soir, 6 juillet 2013

 

Vincent GinocchioVincent Ginocchio, président de Liberté chérie, traite du principe de précaution. Le théologien Hans Jonas parlait dans cette acception de principe de responsabilité. Il entendait par là que l'homme était capable de provoquer sa propre destruction et qu'il fallait l'empêcher de le faire.

 

Le philosophe Mark Hunyadi distingue:

- La prudence: les risques sont avérés et la probabilité est estimable

- La prévention: les risques sont avérés et la probabilité n'est pas estimable

- La précaution: les risques ne sont pas avérés et la probabilité n'est pas estimable.

 

La déclaration de Rio de 1992 énonce en ces termes le principe de précaution:

 

"Là où existent des menaces de dommages sérieux et irréversibles le manque de certitude scientifique ne doit pas constituer une raison pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l'environnement."

 

La loi numéro 95-101 du 2 février 1995, dite loi Barnier, le définit ainsi:

 

"Le principe de précaution [est le principe] selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable."

 

L'article 5 de la Charte de l'Environnement de 2004, à laquelle fait référence le Préambule de la Constitution, dès le 1er mars 2005, définit le principe de précaution par lui-même [sic]:

 

"Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'applications, à la mise en oeuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage."

 

Bref, avant de pouvoir agir, il faut prouver qu'un risque qui n'existe pas n'existe pas...

 

Lors d'un mémorable débat, organisé par l'Institut Molinari le 22 novembre 2005, qui l'opposait à Me Jean-Philippe Feldman, Nathalie Kosciusko-Morizet, responsable de la rédaction de cette charte, déclarait que le champ d'application du principe de précaution était celui du risque incertain à la probabilité estimable et qu'il ne couvrait pas le risque inconnu ou fantasmé...

 

Quelques exemples montrent les effets pervers des interdictions:

- Le DDT a été interdit en 1970, puis réintroduit en 2006 en raison de son effet contre la malaria et est l'objet d'un moratoire depuis 2009 jusqu'en 2020

- Les OGM, qui améliorent la culture et ont des application médicales (insuline), sont interdits alors qu'ils sont cultivés dans de nombreux pays sans aucun effet néfaste

- Le Bisphénol A qui est utilisé un peu partout sera interdit en 2015 et sera remplacé par le Bisphénol S qui est autorisé sans que des études n'aient été faites pour prouver son innocuité

- Les gaz de schiste sont exploités ailleurs sans dommages, mais, en France, le sol appartient à l'Etat qui a interdit leur exploitation

- Des antennes-relais sont interdites dans la région de Lyon, y privant de réseau les téléphones portables.

 

Comme le prouve l'interdiction des OGM pour le cas de l'insuline, ne pas agir peut être un risque...

 

En réalité la vraie raison du principe de précaution est la recherche par la classe politique de la réduction des risques pour elle-même...

 

Pour que la prise de risque soit responsable il faut qu'il y ait des droits de propriété, des possibilités d'assurance contre les dommages (en faisant au besoin jouer la concurrence) et des stratégies individuelles.

 

Frédéric Bastiat écrivait dans Les harmonies économiques:

 

"Plus souvent [le sophisme] se comprime, il se resserre, il se fait principe , et se cache tout entier dans un mot."

 

Francis Richard

 

Episode précédent:

 

5ème Week-End de la Liberté à Dax 1/3 du 10 juillet 2013

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 17:35

Cercle-Frederic-Bastiat.jpgChaque premier week-end de juillet, le Cercle Frédéric Bastiat organise des conférences à Dax avec le concours de l'Aleps, de Contribuables associés, de Liberté chérie, de l'Institut Coppet et de l'iFRAP.

 

Cette année le thème était: Initiative individuelle, prise de risque et responsabilité.

 

Ces notions sont à l'opposé de ce qui, aujourd'hui, détruit la France: le collectif, la société sans risques et l'irresponsabilité.

 

Vendredi soir, 5 juillet 2013 

 

En guise d'introduction, le Cercle Frédéric Bastiat a fait appel à un philosophe, Damien Theillier, qui préside aux destinées de l'Institut Coppet. Et c'est en philosophe que l'orateur a défini liberté, responsabilité et prise de risque et les relations qui existent entre elles.

 

Qu'est-ce que la responsabilité?

 

"Etre responsable c'est étymologiquement répondre de ses actes et de leurs conséquences."

 

Suivant que les conséquences sont bonnes ou mauvaises, le responsable encourt éloge ou blâme, sanctions morales ou juridiques qu'il se doit d'anticiper. Il doit donc être lucide et vigilant et s'assurer individuellement pour en supporter éventuellement les coûts.

 

Dans son Eloge de la liberté (1958) Isaïah Berlin distinguait deux conceptions de la liberté, la liberté négative et la liberté positive.

 

La liberté négative est la conception libérale de la liberté. Elle se résume à une seule question:

 

"Quelle est le champ à l'intérieur duquel un sujet devrait pouvoir faire et être ce qu'il veut, sans l'ingérence d'autrui?"

 

La liberté positive est la conception romantique de la liberté. Elle "découle du désir d'un individu d'être son propre maître". L'individu désire agir avec sa propre raison, s'affranchir de ses pulsions irrationnelles.

 

La liberté négative est celle de Locke, Bentham, Mill en Angleterre, de Montesquieu, Constant, Tocqueville en France, de Jefferson et Paine en Amérique.

 

La liberté positive est celle de Rousseau, Mably, Herder, Fichte, Hegel, Marx, et des socialistes français tels que Fourrier ou Jaurès.

 

La liberté négative est celle énoncée par l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789:

 

"La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui."

 

La liberté n'est donc pas absolue et la première contrainte, c'est autrui. Si l'on admet qu'un individu est propriétaire de lui-même et n'est pas esclave d'autrui, il faut admettre qu'il est également propriétaire des fruits de son activité.

 

Dans la tradition libérale, c'est donc le droit de propriété qui délimite la liberté. Il se fonde sur le travail et l'innovation. Liberté et droit de propriété sont indissociables.

 

La liberté étant délimitée, toute responsabilité ne peut qu'être limitée et ne peut donc pas être collective. Il en résulte que la responsabilité ne peut être bien définie que si les droits de propriété le sont.

 

A partir de la liberté, de la propriété et de la responsabilité peut émerger l'ordre social et l'autorité peut se contenter d'être juste, chacun s'occupant de son propre bonheur.

 

Benjamin Constant disait que "les fonctions du gouvernement sont purement négatives":

 

"Il doit réprimer les désordres, écarter les obstacles, empêcher en un mot que le mal n'ait lieu. On peut ensuite se fier aux individus pour trouver le bien."

 

Pour Karl Marx, la liberté négative n'est qu'une liberté formelle. Elle favorise l'antagonisme entre les hommes et le triomphe de l'individualisme.

 

Pour Keynes, il n'y a pas d'harmonies économiques, pas de lois naturelles, pas d'ordre spontané.

 

Pour l'un comme pour l'autre, il faut donc une organisation politique qui régule les intérêts particuliers pour les orienter vers l'intérêt général.

 

Cette autre conception de la liberté, la liberté positive, revient à dire que je ne suis libre que si j'ai un minimum de biens garantis. Il faut que je sois libéré des besoins, de ce qui m'aliène, des déterminismes, de tout ce qui diminue ma capacité à agir. Les libertés positives sont ainsi par exemple le droit au logement, à la santé ou au crédit...

 

Dans cette conception de la liberté la solidarité se substitue à la responsabilité individuelle. Les maux économiques et sociaux résultent des dysfonctionnements de la société. L'action publique doit donc la transformer pour y remédier. L'assurance est transférée à l'Etat: maladie, chômage, retraite...

 

L'environnement économique et social est imparfait: celui qui se retrouve au chômage n'est pas responsable, c'est une victime.

 

En résumé la main visible de l'autorité est plus efficace et plus juste que la main invisible du marché. Autrement dit les décideurs publics - ceux que Frédéric Bastiat appelle les publicistes - sont plus éclairés que nous. Le problème est qu'ils ne supportent pas les conséquences de leur choix.

 

Damien TheillierLa thèse de Frédéric Bastiat, dans Les harmonies économiques, est que la responsabilité individuelle permet seule par un processus de découverte, de progresser et de réduire les maux sociaux. C'est pourquoi on peut dire qu'elle est la grande éducatrice des peuples.

 

Car, en supportant les conséquences, bonnes ou mauvaises, de ses décisions, l'homme tend à s'améliorer et à tirer les leçons de ses expériences.

 

Le monde social n'est pas parfait et ne le sera jamais, mais il est perfectible. La responsabilité, par la sanction naturelle, est le ressort du progrès social.

 

La souffrance qu'engendre le mal fait comprendre ce qu'est le mal et remet celui qui le commet dans le droit chemin. Connaître le mal fait progresser vers le bien. Le libre arbitre est éclairé par la responsabilité. L'initiative et la prise de risque développent en chacun l'autodiscipline et la vertu de prévoyance.

 

Il y a une incontestable solidarité naturelle entre les hommes. Mais ils ont tendance à faire en sorte que les conséquences utiles de leurs actes leur reviennent et que les conséquences nuisibles retombent sur autrui. Aussi la réprobation sociale peut-elle avoir un effet correcteur de cette tendance.

 

C'est ce que Bastiat appelle la loi de solidarité qui est une force de résistance de la masse aux actes qui lui nuisent. Le danger est cependant de faire de cette réprobation un instrument pour multiplier les interdits législatifs et amoindrir, voire détruire, la responsabilité.

 

Comment renforcer la responsabilité? En dehors de la liberté, il y a deux moyens:

 

1) La morale religieuse et philosophique qui agit par purification et correction de l'action humaine. Elle s'adresse au coeur. C'est la plus noble.

2) La morale économique qui agit de façon indirecte en faisant connaître à l'homme les effets de ses actes. C'est la plus difficile d'accès.

 

Comme disait Jean-Baptiste Say, pour faire cesser le désordre introduit par l'hypocrisie dans une famille honorable, il faut "corriger Tartuffe ou déniaiser Orgon": il y aurait moins de Tartuffe s'il y avait moins d'Orgon pour les écouter.

 

C'est dans cet esprit que, grâce à la science économique, il faut dénoncer les sophismes économiques afin de dépouiller la classe spoliatrice de sa justification et de son pouvoir.

 

La morale, la religion, la science économique sont les auxiliatrices de la liberté et de la responsabilité, qui est le remède à l'imperfection humaine:

 

"La responsabilité, mais c'est tout pour l'homme: c'est son Moteur, son professeur, son rémunérateur et son vengeur. Sans Elle, l'homme n'a plus de libre arbitre, il n'est plus perfectible, il n'est plus un être moral, il n'apprend rien, il n'est rien. Il tombe dans l'inertie et ne compte plus que comme une unité dans un troupeau." (Frédéric Bastiat, Harmonies économiques, Services privés, services publics)

 

Samedi matin, 6 juillet 2013

 

Henri LepageSous l'angle de l'économiste, Henri Lepage , ancien président de l'Institut Turgot aborde la complexité du concept de propriété privée.

 

Tout part du monde de rareté dans lequel l'homme vivait et qui générait des conflits. La solution pour résoudre ce problème de rareté a été de créer les droits de propriété.

 

De quoi s'agit-il? Il s'agit de régler les rapports des hommes entre eux quant à l'usage des choses et de répondre à la question de qui décide de cet usage. Il existe une infinité de systèmes juridiques qui règlent ces rapports.

 

Le système juridique de la propriété privée est un système où les droits sont personnels et individuels. Ces droits sont exclusifs, transférables et en conséquence négociables.

 

Mais il existe d'autres formes de propriété. L'Etat est le véritable propriétaire, alors les droits sont collectifs. Au Moyen-Age, le propriétaire des terres est le seigneur et les paysans les cultivent. Jusqu'au XIXe siècle les prés peuvent être communaux. Il y a encore comme autre système juridique l'autogestion.

 

Quoi qu'il en soit, la propriété privée s'identifie à l'Occident. Les droits subjectifs qui sont relatifs aux individus se distinguent des droits positifs qui le sont à l'Etat. Ce système de propriété y est devenu dominant. Il s'y est étendu et approfondi.

 

Les droits de propriété peuvent en effet se subdiviser en une infinité de droits élémentaires.

 

Un terrain, par exemple, peut être loué sous forme de fermage moyennant le paiement d'un loyer ou sous forme de métayage moyennant une partie du fruit de la récolte. Mais il est également possible de céder la perception des loyers, c'est-à-dire une partie de la propriété.

 

A propos de la propriété privée, Henri Lepage parle donc d'un "panier de droits" qu'il est possible de segmenter et tronçonner à l'infini. C'est une innovation propre à la société occidentale. Et il y a un lien entre ce processus de marchandisation et le développement économique.

 

La révolution industrielle est en effet liée à cette innovation juridique. Auparavant la justice s'occupait d'équité, elle s'occupe désormais de faire appliquer les contrats.

 

Dans le système de propriété privée, les droits de propriété sont exclusifs. L'avantage de l'exclusivité est qu'on gère bien sa propriété. Les droits sont transférables. L'avantage de la transférabilité est qu'elle permet de magnifier l'exclusivité, en agitant la carotte du profit et le bâton de la concurrence. Les droits sont négociables. L'avantage de la liberté des contrats est de démultiplier les droits.

 

Henri Lepage donne l'exemple de la pêche et de la rareté de ses produits. Quand les zones de pêche sont mises en commun, l'épuisement s'ensuit. Une manière de l'empêcher est de créer des quotas et de les rendre négociables comme cela s'est fait en Islande. Il est évidemment possible de passer au mécanisme du marché pour différents autres usages.

 

Les droits de propriété permettent en conséquence de liquéfier le capital et, maintenant, grâce à Internet, de le segmenter à l'infini ou presque.

 

Jacques de GueninJacques de Guenin, fondateur du Cercle Frédéric Bastiat, parle des risques encourus par l'entreprise et des menaces qui pèsent sur elle.

 

Il y a trois sortes de risques: l'insuffisance ou le changement de nature de la demande des biens produits par l'entreprise; les risques matériels; les risques dus à l'intervention de l'Etat dans la vie économique.

 

Par exemple, HP et Dell ont souffert de la concurrence japonaise. Par exemple, la catastrophe d'Icmesa à Seveso (1976) et l'explosion à l'usine d'AZF à Toulouse (2001), les naufrages de l'Exxon Valdez (1989) ou du Concordia (2012) sont des risques matériels.

 

Les risques dus à l'intervention de l'Etat se traduisent par un accroissement des charges fiscales et des prélèvements sur les salaires, mais aussi, en France, par un harcèlement administratif (10 000 pages de réglementation), par un Code du Travail toujours plus gros (2700 pages en 1990, 3200 pages plus serrées en 2008).

 

L'édition du 1er juin 2013 de The Economist on peut lire que c'est la bureaucratie et non pas la gravité qui empêchent les entreprises de s'envoler...

 

Malgré tous ces risques, toutes ces difficultés qui les attendent, des personnes tentent de créer des entreprises. Car l'esprit d'entreprise, même s'il est rare, reste chevillé au corps et sauve l'humanité.

 

Ces entrepreneurs ont des responsabilités à l'égard des actionnaires (qui peuvent être des caisses de pension, des personnes qui y mettent de l'argent pour leurs vieux jours, des institutions financières etc.), des prêteurs, du personnel, des fournisseurs (qui peuvent subir les défauts de paiement de leurs clients).

 

Contrairement aux idées reçues, l'objectif numéro un des entreprises n'est pas le profit immédiat, mais leur survie à long terme. Jacques de Guenin peut en témoigner en tant qu'ancien cadre dirigeant d'Exxon et de PSA. Alors que les politiques ne voient pas au-delà de la durée de leur mandat...

 

Quelles sont les armes pour se prémunir contre le risque? La prévision, la prévention et l'adaptation.

 

A contrario, la précaution n'est pas une arme contre le risque, mais un refus du risque. Il en est ainsi des OGM (dont on ne connaît aucune conséquence néfaste depuis 12 ans et qui ont été autorisés dans 20 pays) et des gaz de schiste.

 

Il faut essayer de prévoir et si un risque se produit l'analyser pour qu'il ne se reproduise pas. L'entreprise se doit d'engendrer plus de richesses qu'elle n'en consomme. Elle doit s'adapter ou mourir.

 

Jacques de Guenin donne l'exemple de l'entreprise Radiall, fondée par Yvon Gattaz et son frère Lucien en 1952. Cette entreprise spécialisée dans les connecteurs coaxiaux pour la télévision et les radars, a commencé à connaître des difficultés en 1989, qui se sont aggravées en 1992, avec la réduction des budgets militaires.

 

L'actuel dirigeant est Pierre Gattaz, qui vient d'être élu président du MEDEF. Ingénieur Télécom et titulaire d'un Certificate in Administrative Management de l'Université George Washington, il travaille tout d'abord chez Dassault pendant cinq ans puis dans deux autres entreprises. Il rejoint l'entreprise familiale en 1992 et en devient le président deux ans plus tard.

 

Pierre Gattaz repositionne l'entreprise dans les domaines de l'électronique professionnelle, du médical, du spatial et de l'aéronautique (Airbus, Eurocopter etc.). Après 3 ans de recherche et développement, Radiall met au point un connecteur rectangulaire qui est adopté par Boeing pour son 787, après 3 ans de qualification (il y en a 3 500 par appareil ...).

 

En 2012 Radiall a retrouvé son chiffre d'affaires de l'année 2000: l'entreprise s'est adaptée, envers et contre tout.

 

Tout en effet s'oppose en France au développement d'une entreprise: l'enseignement, l'Etat, les syndicats. Plus particulièrement, l'Etat freine les initiatives individuelles, accroît les risques, cultive l'irresponsabilité et freine l'adaptation.

 

Il n'y a au fond rien d'étonnant à cela:

 

- la quasi-totalité des politiques n'ont jamais mis les pieds dans une entreprise;

- la culture économique est nulle ou biaisée (lutte des classes ou Keynes);

(Keynes disait qu'il fallait dépenser pendant la crise et économiser pendant la prospérité, mais quand l'Etat commence à dépenser, il ne sait pas s'arrêter)

- tout emploi créé par l'Etat engendre la destruction de 1,1 emploi ailleurs dans l'économie;

- on ignore qu'une personne ne sera embauchée que si son coût marginal (salaires + charges) est inférieur au revenu marginal qu'elle apporte à l'entreprise.

(en régime de plein emploi la négociation entre employeur et salarié est favorable à ce dernier)

 

Il ne faut pas oublier que les employeurs doivent faire des efforts pour être meilleurs et que les moins bons d'entre eux sont obligés de s'améliorer. C'est un cercle vertueux.

 

Comme le montre l'Indice de Liberté Economique de l'Heritage Foundation, publié chaque année, les performances des entreprises sont d'autant plus élevées qu'elles se trouvent dans un pays à l'indice de liberté économique élevé. Selon cet indice, en 2013, la Suisse est au 5e rang mondial et au 1er rang européen, tandis que la France se situe au 62e rang mondial ...

 

Jean-Philippe DelsolJean-Philippe Delsol, avocat, contributeur de l'IREF, à la création duquel il a participé, expose comment les prélèvements obligatoires tuent l'initiative individuelle et la croissance.

 

C'est Angela Merkel qui a mis en lumière les disproportions intenables qui caractérisent l'Europe et expliquent son déclin. Dans le monde, l'Europe représente 7% de la population, 17% de la production et ... 50% des dépenses sociales.

 

Sans parler du taux spoliateur de 75%, la France détient le record avec 57% de dépenses publiques en 2013.

 

Alors que le taux de l'impôt société baisse en Slovénie, au Royaume-Uni, il augmente au Portugal et en France. En Irlande il est de 12,5% et représente 2,8% du PIB, en France il est supérieur à 34% et représente 2,9% du PIB...

 

En France le poids des charges sociales est égal à 70 ou 80% du salaire net, alors qu'il est de l'ordre de 20% en Suisse, au Luxembourg ou au Royaume-Uni.

 

Le coût horaire moyen du travail est de 34€ en France, de 30€ en Allemagne, de 26€ en Italie et de 20€ au Royaume-Uni.

 

Le taux de marge brut des entreprises est en moyenne de 28% en France et de 40% en Allemagne...

 

A cela s'ajoute que la loi change sans cesse en France et que le poids élevé des prélèvements obligatoires est imprévisible.

 

Les droits de cession d'actions, par exemple, ont varié entre 2011 et 2012. Les plus-values mobilières devaient être exonérées au bout de la période 2006/2011, mais une loi a supprimé l'exonération avant l'échéance des 6 ans. Les plus-values immobilières ont été successivement exonérées au bout de 15 ans, puis de 30 ans sous Nicolas Sarkozy, et devraient l'être au bout de 22 ans sous François Hollande...

 

En Allemagne 1/3 ne paient pas d'impôts sur le revenu et 1/4 des 2/3 restants ne paient que 7% du total. En France 50% ne paient pas d'impôts sur le revenu et 10% seulement paient 74% du total.

 

Officiellement les emplois publics représentent 23% de l'emploi total en France. En réalité c'est beaucoup plus.

 

En effet il y a 5,2 millions de personnes qui travaillent dans le secteur public, 2 millions dans le secteur parapublic. Comme 60% des recettes des associations proviennent de subventions, en réalité, sur le 1,8 million d'employés des associations il faut compter 1,08 million d'emplois payés par l'Etat. Les bénéficiaires de contrats aidés sont au nombre de 0,5 million, les apprentis de 0,2 million, les contrats de génération de 0,05 million, les agriculteurs de 1 million, les chômeurs de 3,22 millions et les bénéficiaires du RSA "socle" de 1,3 million.

 

Au total cela représente 14,55 millions de personnes sur une population active de 28 millions de personnes, sans compter les entreprises concessionnaires et les chômeurs de catégories B et C (environ 1,2 million).

 

C'est pourquoi, en France, le public devient la norme des coûts et du niveau des rémunérations... et que l'esprit du public l'emporte.

 

Il y a toutefois des différences entre le public et le privé. Dans le public l'horaire hebdomadaire moyen est de 35 heures, dans le privé de 39,6 heures. L'absentéisme dans le public s'élève en moyenne à 23 jours par an et à 9 jours par an dans le privé. L'âge moyen de départ à la retraite est de 58 ans dans le public, de 62 ans dans le privé.

 

Se vérifie ce que disait déjà Frédéric Bastiat il y a un siècle et demi:

 

"L'Etat, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde."

 

Pendant un an, en 1987, en Islande, à la faveur de la transition entre l'impôt déclaratif et l'impôt à la source, aucun impôt sur le revenu n'a été prélevé. La même année la croissance est passée de 3,29% du PIB à 8,55%...

 

Plus on taxe, moins l'argent rentre dans les caisses. Un ministre du roi Henri IV, Barthélémy de Laffemas, l'avait déjà constaté:

 

"Les hauts taux tuent les totaux."

 

Ce qu'Arthur Laffer a illustré par sa célèbre courbe...

 

Il ne faut pas chercher plus loin les 14 milliards d'euros qui manquent au budget de la France (TVA -4,5; IS -2; IR -1; droits de mutation - 2; recettes sociales -3 etc.).

 

Cela prouve, s'il en était besoin, que plus de dépenses publiques se traduit par moins de croissance:

 

"A force de taper sur la bête, elle ne bouge plus..."

 

Grosso modo 10% d'augmentation des dépenses publiques se traduisent par une baisse de 1% de la  croissance.

 

L'exemple de la Suède est éclairant. Sur la période 1984-1993 les dépenses publiques ont augmenté de 13% et la croissance n'a été que de 1%. Sur la période de 1995-2010 les dépenses publiques ont baissé de 19,58% et la croissance a été de 3%.

 

En France l'IR paie tout juste les intérêts de la dette !

 

En France toujours, les dépenses en faveur de l'emploi s'élèvent à 1,1% du PIB et ailleurs à moins de 0,3%. Le taux d'emploi est de 63,8% en France et supérieur à 70% ailleurs.

 

Tous ces chiffres et ces exemples montrent qu'en France le citoyen est déresponsabilisé par l'intrusion publique dans toutes les relations sociales et les rapports économiques. Ils montrent également la multiplication d'emplois qui ne répondent pas à la logique économique mais à des sujétions politiques et parfois syndicales.

 

L'Etat réprime, nivelle, se substitue aux personnes. Alors que les entrepreneurs privés font des erreurs et les corrigent, l'Etat pérennise les siennes. Il est en conséquence impératif que les dépenses publiques baissent pour libérer l'économie.

 

La seule solution, pour que l'austérité soit positive, est d'amaigrir l'Etat, de réduire la dette et le déficit.

 

Après sa nomination par le roi Louis XVI, dans une lettre adressée à ce dernier le 24 août 1774, Anne Jacques Robert Turgot résumait son programme en trois points:

 

"Point de banqueroute; point d'augmentation d'impôts, point d'emprunts."

 

Ce programme devrait être celui de tout gouvernement.

 

(A suivre)

 

Francis Richard

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 00:00

Institut libéral 29.04.2013Le 29 avril 2013, l'Institut Libéral organise à Genève une conférence sur le thème: Quelles réponses aux excès de l'Etat fiscal?

 

Les trois intervenants sont:

- Daniel Mitchell, Chercheur senior au Cato Institute   

- Jean-Philippe Delsol, avocat fiscaliste et administrateur de l'IREF, Institut de recherches économiques et fiscales


- Victoria Curzon-Price, professeur honoraire de l'Université de Genève et présidente du Comité de l'Institut Libéral.

 

Daniel Mitchell parle du Nouvel impérialisme fiscal et [de] ses conséquences.

 

Ce nouvel impérialisme repose sur:

 

- la défense des intérêts personnels des politiciens, qui, pour se donner de l'importance et entretenir leur clientèle électorale, veulent dépenser toujours plus d'argent public;

- le refus de la concurrence fiscale, qui - c'est horrible! - pourrait favoriser la baisse des impôts;

- la volonté d'harmonisation fiscale, qui favorise l'augmentation des impôts sous prétexte d'organiser la concurrence;

- l'interdiction faites aux contribuables de discuter et de décider des taux d'imposition auquels ils sont soumis.

 

Les organisations internationales, telles que l'OCDE, sont dominées par des pays où les impôts sont élevés et qui veulent obliger les pays où les impôts sont faibles à les augmenter.

 

Ce nouvel impérialisme est multiforme:

- unilatéral avec le FATCA, Foreign Account Tax Compliance Act, loi américaine destinée à lutter contre l'évasion fiscale des citoyens américains;

- bilatéral avec les TIEAS, Tax Information Exchange Agreements, accords entre deux pays sur l'échange d'information fiscale;

- multilatéral avec les standards de l'OCDE et les listes noires établies par elle pour amener les récalcitrants à résipiscence.

 

Le but est d'imposer tous les revenus et tous les avoirs, de s'attaquer à la sphère privée financière, de répartir autoritairement et arbitrairement les richesses, de fustiger l'évasion fiscale et l'évitement fiscal.

 

Résultat: les Etats grossissent, tandis que la liberté individuelle diminue et que les impôts deviennent confiscatoires. Pendant ce temps les réformes fiscales nécessaires sont différées, la crise fiscale due à l'obésité des Etats perdure et les droits individuels sont érodés.

 

Jean-Philippe Delsol parle de L'imposition proportionnelle, plus efficace que la chasse aux riches.

 

Les impôts en France touchent principalement les riches. Sans parler de l'imposition à 75%, chère à François Hollande, le fait est que l'impôt sur les sociétés y est le plus élevé d'Europe avec un taux de 36,15% (contre une moyenne de 23,9% dans la zone euro) et que le taux marginal de l'impôt sur les revenus peut atteindre 57%.

 

Quels sont les différents modes d'imposition?

 

- par tête: l'impôt est un prix et il est le même pour tous (discutable parce qu'en réalité les citoyens profitent inégalement de l'Etat);

- dégressif: en 1832, à Zurich, le taux de l'impôt sur le revenu était de 2,5% pour les revenus inférieurs à 8'000 francs et de 1,5% au-delà;

- progressif, le plus répandu dans les pays où les impôts sont élevés.

 

L'impôt progressif a une explication philosophique.

 

Le précepte : "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse." est devenu avec la religion chrétienne: "Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fasse." De ce précepte, qui vaut pour l'individu, l'Etat s'est emparé et il s'est substitué à l'individu pour faire à sa place ce qu'il devrait moralement faire lui-même, lui enlevant tout mérite. Ce qui a donné l'article 21 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793:

 

"Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler."

 

L'Etat devient alors Etat-providence et la démocratie cède à la tentation de la démagogie. Les impôts sont toujours plus nombreux et les politiciens sont toujours plus sollicités par des lobbies. Il y a ainsi 500 niches fiscales en France, qui sont autant d'avantages accordés à quelques uns au détriment de tous les autres...

 

Cette inflation d'impôts est non seulement immorale, mais contre-productive. Barthélémy de Laffemas (qui n'était pas un libéral) disait déjà au XVIe siècle:

 

"Les hauts taux tuent les totaux."

 

C'était un précurseur d'Arthur Laffer et de sa fameuse courbe qui illustre le fait que plus d'impôts, à partir d'un certain seuil, génèrent moins de produits. Ecoutant Laffer, Ronald Reagan avait baissé les impôts dont le rapport avait très vite doublé ...

 

Il est enfin un autre mode d'impôt, l'impôt proportionnel, qui, lui, est inspiré de l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789:

 

"Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable: elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés."

 

A l'époque "en raison de" signifie "en proportion de"...

 

"L'impôt [...] étant un échange entre les citoyens et l'Etat, la redevance par chacun doit être égale à sa participation. De là l'idée que l'impôt devant être payé par chacun:

1) en raison de sa personne

2) en raison de ses facultés,

doit être proportionnel à sa fortune, idée conforme au principe de l'échange, aux règles d'une comptabilité sévère, en un mot, aux lois de la justice." disait Joseph Proudhon, dans la Théorie de l'impôt (1860).

 

L'impôt proportionnel - ou flat tax - a pour avantages:

 

- d'éviter l'instrumentalisation de l'impôt par l'Etat, qui est empêché d'interférer dans tous les secteurs économiques et sociaux;

- de rester à un niveau raisonnable parce que, si tous payent, tous sont attentifs au niveau de taxation;

- de simplifier le système fiscal.

 

Il en résulte les bénéfices suivants:

 

- la machine économique en est dynamisée;

- des emplois sont créés;

- les recettes fiscales s'accroissent.

 

Ce n'est pas pour rien que 30 pays ont adopté la flat tax.

 

La Russie a adopté en 2001 une flat tax au taux de 13%. Entre 2001 et 2004, les recettes fiscales y ont augmenté de 80%...

 

Après la mort du roi Salomon, Roboam, son fils, refusa de baisser les impôts élevés que son père avait institués. Dix des douze tribus d'Israël firent alors sécession et Israël fut démantelé... Comme quoi, si trop d'impôt tue l'impôt, trop d'impôt peut aussi tuer l'Etat...

 

Victoria Curzon-Price parle de La fausse bonne idée de l'imposition des successions.

 

En Suisse, une initiative fédérale "Imposer les successions de plusieurs millions pour financer notre AVS (Réforme de la fiscalité successorale)" a abouti le 15 février 2013, avec 110'205 signatures reconnues valides.

 

Aux termes de cette initiative, il s'agit d'imposer au taux de 20% les successions de plus de deux millions de francs.

 

C'est attractif:

 

- ne seraient touchées que 10% des successions: autrement dit seuls les riches paieraient;

- il n'y aurait plus de concurrence intercantonale: deux tiers de cet impôt seraient versés au Fonds de compensation de l'AVS [Assurance vieillesse et survivants] et un tiers aux cantons.

 

C'est pourtant une fausse bonne idée:

 

- c'est inutile parce que le Fonds de compensation de l'AVS regorge d'argent: il représente plus d'un an de cotisations et il augmente chaque année parce que les recettes de l'AVS sont supérieures aux dépenses...

- c'est immoral de faire payer les seuls riches;

- c'est détruire des capitaux qui pourraient servir à démarrer une entreprise ou à poursuivre une innovation: les investissements d'aujourd'hui sont les emplois de demain, donc les recettes futures de l'AVS...

 

Jean de La Fontaine, dans La poule aux oeufs d'or, raconte l'histoire de celui dont la poule pondait chaque jour un oeuf d'or. Croyant "que dans son corps elle avait un trésor":

 

"Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable

A celles dont les oeufs ne lui rapportaient rien,

S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien."

 

De même, si on détruit des capitaux qui sont disponibles pour l'économie par un impôt fédéral sur les successions, aura-t-on tué la poule aux oeufs d'or, c'est-à-dire la source même du renouveau du tissu industriel suisse...

 

Devant tant de désastres en perspective, auxquels conduisent les excès de l'Etat fiscal, que peut-on faire?

 

Comme dit Jean-Philippe Delsol, il n'y a pas de fatalité. Il faut parler des conséquences de ces excès, écrire dessus, diffuser autour de soi. Il n'est même pas inutile, pour les convaincus, de s'informer toujours davantage sur le sujet pour en parler avec encore plus de compétence ...

 

Francis Richard

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 20:00

 

Institut Libéral 28.02.13Le 28 février 2013, l'Institut Libéral organise à Genève une conférence sur un thème quelque peu obscur de prime abord: Souveraineté et concurrence des systèmes.

 

Les trois intervenants sont Jean-Pierre Roth, ancien président du directoire de la Banque nationale suisse, Edouard Cuendet, secrétaire général du Groupement des banquiers privés genevois, et François Schaller, rédacteur en chef de L'AGEFI. 

 

Le descriptif de la conférence est plus explicite:

 

"Cours plancher vis-à-vis de l'euro. Différends fiscaux avec l'UE et les États-Unis. Pressions réglementaires de l'OCDE instrumentalisée par le G20. La Suisse, qui dispose de l'important avantage institutionnel de sa non-appartenance à l'Union européenne tout en étant traditionnellement l'une des économies les plus ouvertes sur le monde, ne peut échapper aux bouleversements internationaux. Elle semble de moins en moins en mesure de faire appliquer son droit compétitif lorsqu'il apparaît entrer en collision avec les intérêts de grands États ou de cartels d'États. Quelles stratégies un petit pays peut-il développer à l'avenir pour préserver ses libertés et sa conception d'un État subsidiaire de proximité?"

 

Dans son introduction Pierre Bessard souligne que les petits Etats et les cités-Etats sont les plus à même de fixer des limites à la centralisation, de respecter le principe de subsidiarité et d'avoir dans le même temps un grand degré d'ouverture sur le monde. Le cas de la Suisse et de Singapour, par exemple.

 

Jean-Pierre Roth constate qu'Adam Smith a gagné sur Karl Marx, que le capitalisme est sorti vainqueur de son affrontement avec le communisme. Le capitalisme revêt toutefois plusieurs habits: il peut être rouge, comme en Chine, social-démocrate, comme en Europe, impérialiste, comme aux Etats-Unis. Il s'agit en fait d'oppositions de mises en forme.

 

La crise de l'euro résulte, selon lui, de problèmes de gouvernance. Tout le monde est monté dans un même bâteau sans qu'il n'y ait de pilote... L'euro a été un oreiller de paresse. C'est ainsi que l'Italie a perdu 20% de productivité par rapport à l'Allemagne depuis la création de la monnaie unique. Aussi la crise de l'euro n'est-elle pas une crise technique mais une crise des finances publiques, conséquence de la dilatation des régimes sociaux.

 

Dans ce contexte la Suisse a su préserver la qualité de sa monnaie en stabilisant les prix, en limitant l'inflation, même si elle a dû prendre des mesures de sauvegarde, telles que le cours plancher.

 

Sa stratégie doit se donner pour objectifs de:

 

- se maintenir au top de la qualité en matière de technologie, de recherche, de conditions cadres, de stabilité monétaire, de diversification des marchés;

- renforcer sa cohésion intérieure face aux attaques extérieures.

 

Edouard Cuendet expose que les attaques contre la souveraineté fiscale de la Suisse ne se font pas pour de nobles motifs, mais pour acquérir des parts de marché. La réglementation et le refus du libre-échange des services sont des moyens de parvenir à ces fins.

 

La FATCA, la législation américaine relative aux rapports entre l'administration fiscale, l'IRS, et les institutions financières, doit être observée par ces dernières sous peine d'exclusion du marché américain. Elle engendre des coûts prohibitifs et a une portée extra-territoriale...

 

La France de François Hollande remet en cause la convention successorale avec la Suisse (la taxation se fera au domicile fiscal des héritiers au lieu de celui du défunt), abolit unilatéralement les forfaits fiscaux, taxe les exilés fiscaux.

 

Sous prétexte de protéger les consommateurs l'Union européenne oblige les institutions financières de pays tiers à avoir un établissement dans un pays de l'UE pour pouvoir y proposer leurs services et menace de rétorsions les pays dont la fiscalité des entreprises serait trop faible (à Londres les taux sont certes élevés mais les assiettes d'imposition miniscules...).

 

L'OCDE a créé une organisation, le Global forum (sur la transparence et l'échange de renseignements à des fins fiscales), qui détermine les conditions à remplir pour être conforme à la norme fiscale internationale. La Suisse reste bloquée à la première phase, en compagnie du Vanuatu, du Liban et des Emirats arabes unis, bien qu'elle ait conclu 40 accords de double-imposition: on lui reproche de ne pas en avoir conclu avec les grands Etats membres...tels que l'Italie hostile.

 

Edouard Cuendet suggère plus de fermeté. Les accords bilatéraux se sont montrés efficaces, mais il faut conclure des accords globaux et refuser le saucissonnage. A l'interne il faut faire davantage front et refuser l'autoflagellation: les Suisses seront respectés dans la mesure où ils se respecteront eux-mêmes.

 

François Schaller remarque qu'il n'y a jamais eu autant de démocraties sur la planète, mais que la démocratie est limitée par la Déclaration des droits de l'homme de 1945, par la solidarité, par le sauvetage de la planète...

 

L'unité de lieu n'est plus la nation mais le monde. L'égalité des nations est malmenée. Le Conseil fédéral et le Parlement ont fait ce qu'ils pouvaient, mais ils ont pu peu...

 

Pour François Schaller il faut réhabiliter l'égalité des nations en créant un forum international où des personnalités seraient invitées à débattre de cette thématique. Il est convaincu qu'un grand nombre de nations seraient intéressées, par exemple le Canada et l'Australie.

 

Il est préférable de porter le drapeau des petites nations plutôt que de s'obstiner à vouloir faire partie du G20 qui ne veut pas de la Suisse.

 

Comme les deux autres intervenants, il se désole du manque de cohésion de la Suisse, où, par exemple, la FINMA (Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers) désapprouve ouvertement le coussin conjoncturel préconisé par la BNS (Banque nationale suisse)...

 

Francis Richard

 

Co-publication avec lesobservateurs.ch

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 21:30

CaliceoLe Cercle Frédéric Bastiat organise le samedi 6 octobre 2012 un dîner-débat sur le thème brûlant du Face à face islam chrétienté. 70 convives participent à ce dîner qui a lieu à Saint Paul-lès-Dax, à l'hôtel Caliceo. L'invité est Claude Sicard, agronome, docteur en économie, spécialiste du développement, auteur de deux livres sur l'islam, L'islam au risque de la démocratie et Le face à face islam chrétienté-Quel destin pour l'Europe ?.

 

En préambule Claude Sicard souligne que l'Europe est en déclin démographique, alors que les pays musulmans sont au contraire en expansion démographique. Aussi, selon lui, le printemps arabe n'est-il pas le résultat d'une aspiration à la démocratie mais d'un phénomène démographique: les populations des pays arabes souffrent de sous-emploi et se sont révoltées contre leurs dirigeants qui s'en mettaient plein les poches.

 

Cette poussée démographique se traduit par une arrivée massive d'immigrants de ces pays en Europe. L'un des signes les plus visibles en est la construction de mosquées: il y en a aujourd'hui 2'000 en France et il y en aura certainement beaucoup d'autres dans les années à venir.

 

Quels sont les risques de cette arrivée massive?

 

- Des risques d'attentat? L'orateur pense qu'ils sont minimes parce que les islamistes savent qu'ils ont pour effet de dresser l'opinion contre leur cause.

 

- Des risques de communautarisme? Ils sont réels et pourraient attenter à la cohésion nationale.

 

- Des risques d'instauration de la charia? L'orateur n'y croit pas.

 

- Des risques d'atteintes à la civilisation? Les populations de souche européenne s'y opposeraient. L'orateur pense aux Suisses qui ont voté contre la prolifération des minarets et à la France qui a interdit le port du voile à l'école et le port de la burqa pour des raisons de sécurité.

 

Pour introduire le débat Claude Sicard cite le philosophe François Jullien. Extrait de son livre Les transformations silencieuses:

 

"D'où vient que ce qui se produit inlassablement sous nos yeux, et qui est le plus effectif, est patent, mais ne se voit pas?"

 

Et l'ethnologue Claude Lévi-Strauss. Extrait de son Journal intime:

 

"Nous sommes aujourd'hui les protagonistes d'un phénomène assez paradoxal de l'histoire auquel l'islam me semble mêlé...J'ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d'autres cultures dont je me suis fait le défenseur et le témoin.

 

Maintenant, j'ai l'impression que le mouvement s'est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis de menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l'explosion islamique. Du coup, je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture."

 

Puis Claude Sicard donne les raisons actuelles de l'opposition entre islam et chrétienté, qui dure depuis 13 siècles...

 

LES RAISONS DOCTRINALES

 

Pour les musulmans le Coran est la parole immuable et incréée de Dieu. Moïse, Jésus, sont des prophètes inspirés de Dieu. L'islam est la religion de vérité qui doit triompher de toutes les autres. Jésus n'est pas le Fils de Dieu. Il n'est pas mort sur la Croix et la Sainte Trinité n'est que du polythéisme. Ces croyances chrétiennes résultent d'une falsification des Ecritures.

 

Si, pour les chrétiens, le Paraclet est le Saint-Esprit, pour les musulmans, c'est Mahomet. Les incroyants doivent être convertis. Les Juifs et les Chrétiens sont des dhimmis, c'est-à-dire des hommes de second rang, que les musulmans peuvent soumettre à des impôts très lourds.

 

L'homme doit se soumettre à la parole de Dieu. Le péché le plus grave est d'y désobéir. Il y a deux maisons sur Terre: le Dar al islam (maison de l'islam) et le Dar al harb (maison de la guerre). Le dijhad? C'est combattre dans le chemin de Dieu. Il y a le petit djihad qui a pour but de combattre les incroyants et le grand djihad qui a pour but de combattre ses mauvais instincts.

 

Le petit djihad est encouragé: les 4/5 du butin sont réservés aux combattants survivants et le paradis d'Allah est promis aux combattants qui périssent. C'est le petit djihad qui a fini par s'imposer comme "le" djihad 

 

Allah est le législateur. L'islam n'est pas seulement une religion. Le Coran est également un code civil et un code pénal. D'après ce code civil, il n'y a pas d'égalité homme-femme, le statut des dhimmis est fixé, et la fraternité entre musulmans doit prévaloir vis-à-vis des autres, même si l'un d'entre eux est coupable.

 

Pour les chrétiens, Mahomet est un faux prophète. Jésus a prêché un religion d'amour: aimez-vous les uns les autres. De ce premier commandement découlent l'égalité, la justice et la solidarité entre tous les hommes. Le religieux et le politique sont séparés. La relation se fait de l'homme à Dieu. La liberté de conscience prévaut et les conquêtes se font par l'exemple et non par la guerre.

 

Face à face islam chrétientéLES RAISONS HISTORIQUES

 

Alexis de Tocqueville écrit dans De la démocratie en Amérique:

 

"Quand le passé n'éclaire plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres."

 

Au VIIe siècle il y a deux mondes: l'empire romain et l'empire perse. Les musulmans partent à la conquête de ces deux mondes.

 

Damas est prise en 636, Jérusalem en 638, Alexandrie en 643, Tanger en 704, Gibraltar en 711. Si les musulmans sont arrêtés à Poitier en 732, ils prennent la Sicile en 826 et pillent Rome en 846. Entre le VIIIe siècle et le IXe siècle les conquêtes musulmanes s'étendent jusqu'à l'Indus. Au XIe siècle les Seldjoukides s'emparent de Konya en 1084 et d'Antioche en 1085.

 

Les croisades déclenchées à l'appel du pape Urbain II sont une riposte aux conquêtes musulmanes. Il s'agit de la reconquête de la Terre Sainte des chrétiens et de la reconquête de l'Espagne. C'est ainsi que Jérusalem est reprise en 1099 et que la présence chrétienne se concrétise en Terre Sainte sous la forme de quatre petits Etats. Les croisades se terminent deux siècles plus tard avec la chute de Jérusalem en 1291.

 

Si la Reconquista de l'Espagne s'achève avec la prise de Grenade en 1492, les Turcs envahissent l'Europe des Balkans en 1359. Constantinople tombe entre leurs mains en 1453. Vienne est assiégée une première fois en 1529 et une seconde fois en 1683.

 

Au XIXe siècle, la conquête de l'Algérie est destinée à mettre fin à trois siècles de piraterie, de 1515 à 1830, alors que les autres conquêtes coloniales de la France sont inspirées par une idéologie soutenue par la gauche, où l'Occident est investi d'une mission civilisatrice:

 

"La race supérieure ne conquiert pas pour le plaisir, dans le dessein d’exploiter le faible, mais bien de le civiliser et de l’élever jusqu’à elle." (Discours de Jules Ferry à la Chambre des députés, le 27 mars 1884) 

 

"L'œuvre civilisatrice qui consiste à relever l'indigène, à lui tendre la main, à le civiliser, c'est l'œuvre quotidienne d'une grande nation." (Discours de Jules Ferry au Sénat, le 6 mars 1891)

 

Les luttes pour l'indépendance au XXe siècle commencent dans les années 1920 et s'appuient sur l'islam...

 

LES RAISONS PSYCHOLOGIQUES

 

Alors que l'histoire montre que les musulmans sont sortis globalement vainqueurs en termes de conquêtes de territoires sur les chrétiens, ils éprouvent pourtant des rancoeurs à leur égard.

 

Les motifs qui reviennent le plus souvent sont les croisades, l'expulsion des Morisques d'Espagne en 1609, la colonisation, la création de l'Etat hébreu en 1947, le démantèlement de l'empire ottoman.

 

S'y ajoutent le "pillage des ressources" (pétrole), les promesses non tenues (accords Sykes-Picot de 1919), la non reconnaissance des apports à l'Occident de la civilisation musulmane.

 

Claude Sicard note, au passage, que la nationalité française a été accordée en 1865 aux musulmans d'Algérie à condition qu'ils renoncent à leur code civil. Ce que seulement deux mille d'entre eux acceptent à l'époque...

 

Quoi qu'il en soit, les musulmans se sentent humiliés, soumis à l'hégémonie de l'Occident, victimes d'injustices, en proie à un complot judéo-chrétien. Ils nourrissent une psychologie victimaire et revendicatrice.

 

Selon les musulmans la civilisation occidentale est arrogante, sans Dieu, immorale. C'est une civilisation de l'objet, où la polygamie est mal organisée. Ils ne comprennent pas comment cette civilisation matérialiste a pu devenir aussi puissante alors qu'elle ne reconnaît pas l'omnipotence de Dieu.

 

Le Directeur général de l'ISESCO (Islamic, Educational Scientific and Cultural Organization), le Dr Othman Altwaijri, estime qu'il faut trouver un équilibre entre le spirituel et le matériel et que l'islam est la civilisation de demain parce qu'il est une alternative à la culture de l'éphémère.

 

LES SCENARIOS CATASTROPHES

 

Les prévisions démographiques ne sont pas encourageantes. En moyenne européenne le taux de fécondité est de 1,36 enfant par femme. En 2050, 47% de la population devrait atteindre l'âge de la retraite et il devrait y avoir 1,4 actif pour 1 retraité. C'est pourquoi il est réaliste de prévoir qu'à ce moment-là 30 à 40% de la population sera de confession musulmane et qu'elle sera plus ou moins intégrée, d'autant que le Conseil de l'Europe recommande de respecter les différences culturelles...

 

Quatre scénarios catastrophes sont évoqués:

 

1) Les taches d'huile : les enclaves musulmanes s'étendent

2) La libanisation

3) La guerre intérieure

4) La troisième guerre mondiale

 

Claude Sicard ne croit à aucun de ces scénarios.

 

Il tente de donner une définition au mot de civilisation. Une civilisation est composée d'un corps sous la forme de réalisations matérielles et d'un esprit constitué d'un ensemble de croyances, de principes et de valeurs morales. C'est pourquoi une civilisation peut se caractériser par une identité propre et par une compréhension propre du monde. Répondraient à cette définition cinq civilisations: la Chine, le Japon, l'Inde, l'Islam et l'Occident.

 

A la base de chaque civilisation il y a une religion. Comme toute vie, une civilisation comporte quatre phases: naissance, expansion, déclin, mort.

 

Quels sont les rapports qu'entretiennent les civilisations entre elles? Pour Francis Fukuyama, elles convergent. Pour Claude Lévi-Strauss et Samuel Huntington, elles divergent.

 

Immigration massiveLES SCENARIOS POSSIBLES

 

La civilisation occidentale, hormis l'Amérique, est en déclin. Oswald Spengler, Albert Camus ou Paul Valéry l'ont écrit il y a un bon moment déjà.

 

Ce déclin correspond à une sortie de religion, à l'accès à la démocratie. Les hommes créent les lois et élaborent une déclaration des droits de l'homme.

 

La civilisation musulmane est en expansion. Il n'y a pas de sortie de religion. Il y a bien une déclaration musulmane des droits de l'homme, mais elle est en référence avec la charia.

 

Le philosophe Jean-François Mattéi, dans Le regard vide, dit que le regard européen est un regard dirigé vers le lointain, que l'Européen voue un culte à l'abstraction et qu'il fait l'éloge de l'infini.

 

A l'opposé, Hani Ramadan écrit que "l'homme baisse les yeux sur un texte révélé".

 

Le philosophe André Comte-Sponville dit qu'il ne croit pas en Dieu, mais qu'il transmettra les valeurs chrétiennes.

 

Quels sont donc les scénarios possibles?

 

1) La civilisation musulmane détruit la civilisation chrétienne

2) Les musulmans abandonnent leur civilisation

3) Un syncrétisme se fait entre les deux civilisations, ce qui donne un produit de synthèse et de dépassement.

 

Claude Sicard pense que ce dernier scénario est le plus probable. Mais qui connaît l'avenir? Le Père Michel Lelong lui a confié un jour qu'il préférait que l'Europe soit musulmane plutôt qu'athée...

 

Claude Sicard donne deux citations à méditer:

 

"Les civilisations ne meurent pas assassinées, elles se suicident." Arnold Toynbee

 

"L'arrivée massive des immigrés est le signe que l'on trouve dans toutes les civilisations en déclin." Caroll Quigley

 

Claude Sicard pense encore que l'on a tort de distinguer les islamistes des musulmans tempérés, parce que le message est dans le Coran. Les musulmans sont piégés par le fait que la parole de Dieu organise tout. En conséquence personne ne sait comment réformer l'islam.

 

L'ISLAM EST-IL REFORMABLE?

 

Cela dit, l'islam de l'Indonésie est un islam réformé et l'oeuvre de Mustafa Kemal en Turquie est partie du constat que l'islam était la cause de la décadence de son pays. Ce qui lui a fait adopter le code civil suisse, le code pénal italien et le code de commerce allemand.

 

De plus l'évolution vers un islam modéré peut être facilité par le droit reconnu aux musulmans qui se trouvent dans un pays situé en dehors du Dar al islam de ne pas respecter tous les interdits de l'islam.

 

Au sujet du printemps arabe, Claude Sicard est convaincu que les islamistes qui ont pris le pouvoir échoueront sur le plan économique.

 

Jacques de Guenin, fondateur du Cercle Frédéric Bastiat, fait remarquer qu'un syncrétisme devrait être facilité par le progrès de la pensée rationnelle et par la différence entre l'évangile et le Coran. Autant l'évangile est lumineux pour n'importe quel lecteur, autant le Coran, dont il lit des sourates tous les jours, est incohérent, mal organisé et mal écrit. La solution ne serait-elle pas de faire lire l'évangile aux musulmans?

 

Patrick de Casanove, président du Cercle Frédéric Bastiat, rappelle que le libéralisme est avant tout une éthique de la liberté, qu'il est ouvert à toutes les cultures et qu'il pourrait donc bien réconcilier les contraires. A condition bien entendu que les Français non musulmans prêchent d'exemple. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

 

Certes, mais n'est-ce pas les femmes musulmanes, ou non, parce qu'elles sont plus nombreuses que les hommes, et les premières intéressées, qui permettront l'évolution vers un islam modéré, comme le suggère une participante?

 

Francis Richard

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 21:50

023L'été fleurissent les universités ... d'été.

 

Mais, comme le disait George Orwell à propos des cochons, dans Animal farm , il y a des universités plus égales que les autres.

 

Il y a celles dont on parle, celle du PS, de l'UMP, du MEDEF, que sais-je, et celle que l'on passe sous silence, un silence assourdissant.

 

Hormis dans la presse régionale, il n'y a donc eu aucun écho, à ma connaissance, dans la presse française, non plus que dans la presse internationale, sur la 33e Université d'été de la Nouvelle Economie , qui s'est tenue du 26 au 29 août 2012 à l'Université Paul Cézanne d'Aix-en-Provence.

 

Le thème était pourtant porteur, voire provocateur aujourd'hui, parce qu'anti-socialiste : Libre-échange et progrès social . Il faut croire que la culture étatiste, dont Patrick de Casanove dit qu'elle est héréditaire en France, mais en tout cas pas génétique, a encore de beaux jours devant elle dans ce beau pays, pour son malheur.

 

L'Etat providence est pourtant condamné à mort, même si ses profiteurs ne le savent pas encore. C'est pourquoi cette université d'été fera date, parce qu'elle se situe à l'avant-garde des idées. On pourrait penser qu'arrivée à sa trente-troisième édition elle n'est plus de prime jeunesse, mais il n'en est donc rien.

 

DIMANCHE 26 AOUT 2012

 

P Nemo

Comme la libre économie reste méconnue des médias et des universités tout court en France, elle est on ne peut plus nouvelle, c'est-à-dire qu'il s'agit toujours d'une terre nouvelle à découvrir dans un pays devenu entièrement socialiste, comme l'a dit d'emblée le philosophe Philippe Nemo [photo ci-contre] lors du dîner inaugural à l'Hôtel du Roi René.

 

Pour Philippe Nemo il n'y a effectivement rien à attendre ni de l'ancienne majorité, ni de l'actuelle, qui ni l'une ni l'autre ne défendent les droits de propriété, sans lesquels il n'est pourtant pas de liberté.

 

L'impôt n'est pas le vol s'il y a contrepartie

 

Les impôts sont un critère pour déterminer si une société est libre ou non. A l'exception de libertariens et des anarcho-capitalistes, l'impôt n'est pas considéré comme un vol par les libéraux, à la condition toutefois qu'il ait une contre-partie.

 

L'impôt n'est pas un vol quand il est proportionnel si le service rendu dépend de l'usage, et n'est pas un vol quand il est le même pour tous si le service rendu est indépendant de l'usage : le vol perpétré contre un riche n'est pas supérieur à la vie d'un pauvre...

 

Il n'en est pas de même quand l'impôt est progressif ou quand il ne se justifie pas autrement que par la possession de fortune. Il s'agit alors de spoliation, suivie de partage de ces vols légaux (qui pour être légaux n'en sont pas moins des vols), à l'instar des voleurs qui se partagent leurs rapines.

 

Que faire? Opposer au socialisme les différentes doctrines libérales en matière de philosophie, d'économie, de politique. Comment? Par la conquête de la recherche scientifique, de l'éducation, des médias. A ce dernier sujet, les agences de pub étant passées à gauche, il faut créer des agences de pub libérales...suggère Philippe Nemo.

 

LUNDI 27 AOUT 2012

 

Le libre-échange a permis une croissance sans précédent

 

V Curzon Price E ColombattoVictoria Curzon-Price dresse le bilan de la libéralisation progressive des échanges au cours du dernier siècle, plus particulièrement depuis les 60 dernières années. Certes il y a toujours des entraves, mais le marché devenu mondial en profite tout de même.

 

Cela ne s'est pas fait sans mal. Cela s'est cependant traduit par un développement économique sans précédent, où l'aide du fameux Plan Marshall n'a pas joué grand rôle.

 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes :

 

- le taux de croissance a été de 5 à 10% pendant 20 à 30 ans;

- tous les pays en ont profité, hormis ceux qui vivaient en autarcie, tels que la Corée du Nord...

 

La richesse mondiale a été multipliée par 7 depuis 1900; l'augmentation de la population par 5 sur la même période. La population mondiale vit "assez bien": un Mexicain moyen d'aujourd'hui vit aussi bien qu'un Anglais moyen en 1955; la mortalité infantile au Népal aujourd'hui est égale à celle de l'Italie de 1955.

 

En résumé le libre-échange a permis à la fois d'élever le niveau de vie et d'augmenter la population.

 

Sur les 45 dernières années les proportions de produits de base et de produits manufacturés échangés ont évolué en sens inverse. En 1963 les produits de base, PB, représentaient 89% des échanges et les produits manufacturés, PM, 11%; en 2009 les premiers représentaient 36% et les seconds 64%.

 

En valeurs absolues la progression est vertigineuse: les échanges de PB s'élevaient à 28,5 milliards de dollars en 1963 et à 1'702 milliards en 2009; ceux de PM à 3,5 milliards de dollars et à 3'253 milliards respectivement.

 

Les politiciens français sont tous protectionnistes

 

JP FeldmanJean-Philippe Feldman rappelle que le libre-échange se définit par la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, laquelle est loin d'être vraie de nos jours.

 

Quand Stefan Zweig accomplit son tour du monde, avant la deuxième guerre mondiale, il peut le faire sans présenter nulle part le moindre document... Ce qui est tout simplement impossible de nos jours.

 

Les candidats, lors de la dernière campagne présidentielle française, se sont tous prononcés pour du protectionnisme: les extrêmes de gauche et de droite pour la suppression pure et simple du libre-échange, les autres candidats pour sa régulation sous forme de réciprocité commerciale, c'est-à-dire pour un protectionnisme qui n'ose pas dire son nom. Dans Droit, législation et liberté, Friedrich Hayek disait que, lorsque les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté...

 

Cette résurgence du protectionnisme dénote une ignorance économique. Ce ne sont pas les Etats qui commercent entre eux, mais des particuliers. Aussi convient-il de défendre le libre-échange sur le terrain du droit, puisqu'il s'agit d'une extension du droit de propriété, et sur le terrain de la morale, puisque le protectionnisme privilégie des producteurs au détriment d'autres producteurs et de tous les consommateurs.

 

La collectivisation des concepts conduit à des erreurs

 

Pascal Salin rappelle ce qu'est le principe de l'échange libre: il se passe entre deux personnes qui y trouvent chacune leur intérêt, qu'il y ait une frontière entre elles ou non. Il y a double gain dans le libre-échange: un gain statique entre deux personnes et un gain dynamique qui résulte de la concurrence, qui, comme le disait Friedrich Hayek, est un processus de découverte.

 

En critiquant le libre-échange les tenants du protectionnisme se focalisent sur les pertes plutôt que sur les gains, tant il est vrai qu'il est plus facile de défendre des intérêts spécifiques que des intérêts diffus. Mais, comme il est impossible de protéger tout le monde, certains sont protégés au détriment de tous les autres.

 

La collectivisation des concepts de l'échange est à l'origine d'erreurs communes. Elles se caractérisent par leur caractère abstrait et par la relativisation des idées. Il en est ainsi des externalités négatives ou de la théorie de l'avantage comparatif de David Ricardo, qui ne rendent pas compte de la valeur subjective caractérisant l'échange libre entre deux personnes.

 

La protection d'industries dans l'enfance est une autre erreur commune. C'est au producteur d'actualiser ses gains futurs pour déterminer si l'activité dans laquelle il se lance sera rentable ou non. Enfin la concurrence pure et parfaite est absurde: un marché est toujours imparfait et chaque producteur doit se différencier pour vendre ses produits. C'est ce qui se produit avec la mondialisation où la réalité des différenciations s'oppose à la volonté d'harmonisation des politiques.

 

Pascal Salin conclut que l'attachement à la liberté des échanges est une exigence morale et que l'approche utilitariste peut être utile à sa défense, même si l'approche éthique reste fondamentale.

 

A l'origine de la crise de 29, l'abandon de l'étalon-or et le protectionnisme

 

F Aftalion P NemoFlorin Aftalion est à la fois historien et économiste.

 

Les grandes dates, qui ont précédé la crise de 1929 sont l'abandon de l'étalon-or en 1914, qui a pourtant assuré la stabilité des monnaies pendant les deux siècles précédents; le remplacement de l'étalon-or en 1922 par le régime de l'étalon de change-or, où les monnaies européennes sont gagées sur l'or, la livre sterling et le dollar.

 

Entre 1914 et 1922, les prix ont considérablement augmenté et revenir aux parités de 1914 nécessite pour la plupart des pays, y compris l'Angleterre, de pratiquer des politiques déflationnistes. Les Etats-Unis, au contraire, sont en expansion de 1921 à 1929 jusqu'au krach de Wall Street et accordent aux autres pays des crédits à taux faibles pendant cette période.

 

Le président Herbert Hoover, entré en fonction en début de l'année 1929, signe en juin un premier acte protectionniste, l'Agricultural Marketing Act , en faveur des agriculteurs américains qui souffrent de surproduction depuis la fin de la guerre. Ce qui provoque des représailles de la part des pays qui exportent vers les Etats-Unis dans certains domaines agricoles. Conséquence: les baisses des importations sont faibles, tandis que les baisses des exportations américaines sont considérables.

 

L'année suivante, il signe le Smoot-Hawley Act  qui, cette fois, protège l'industrie américaine en augmentant fortement les tarifs douaniers, avec pour effet de provoquer des représailles de tous les autres pays, qui sont ruineuses et d'une tout autre ampleur qu'en matière agricole. Parallèlement à ce protectionnisme il augmente les impôts, creuse les déficits, se lance dans la construction d'un grand barrage - le Hoover Dam.

 

Grâce à ces mesures étatistes, protectionnistes, la crise déploie tous ses effets: la masse monétaire se contracte de 25% entre 1929 et 1932, le commerce mondial est divisé par deux sur la même période, le taux de chômage atteint 25% en 1933.

 

Le dumping

 

A Mathieu G LanePierre Garello montre que le dumping - vendre en-dessous du coût de production pour faire des profits à long terme et se trouver finalement en situation de monopole - n'existe pas.

 

C'est une idée folle, parce que cela suppose d'avoir les reins sacrément solides dans un monde où les marchés évoluent sans cesse et de plus en plus vite, où nombre de produits ont une durée de vie très courte.

 

Le dumping fiscal est le nom que donnent à la concurrence fiscale les perdants de cette concurrence, qui font tout pour la réguler, avec pour but de la supprimer, avec l'aide de Bruxelles et de l'OCDE sous couvert d'harmonisation fiscale.

 

Alain Mathieu montre que le dumping social n'existe pas. Dans le prix des produits des pays émergents, les achats représentent 50%, les salaires de 15 à 20% et le reste les impôts, les transports, l'énergie.

 

Georges Lane expose qu'en 2003 le salaire brut en France était inférieur à la moyenne des 15 pays de l'Europe et même des 25, tandis que les cotisations sociales en France lui étaient supérieures. Une harmonisation se traduirait par une augmentation des salaires complets de tous les pays de l'Europe des 15 ou des 25.

 

MARDI 28 AOUT 2012

 

La mondialisation de la demande, la délocalisation de l'offre

 

Axel Arnoux fait part de son expérience de chef d'entreprise depuis 30 ans. Le groupe Chauvin-Arnoux existe depuis 1893. Il a 10 filiales dans le monde - en Europe, en Chine, aux USA - dont une au Liban, qui marche bien... Ses effectifs sont de 1'100 personnes, dont 800 en France.

 

Axel Arnoux prend l'exemple d'un wattmètre aux 1'500 composants, dont le prix moyen est de 3'000 €, qui est le fruit de 20'000 heures de recherche et qui est produit en 2-3 heures. Le marché français est de seulement 200-300 appareils par an. Il est vendu à plusieurs milliers d'exemplaires dans le monde et 2/3 des fournitures proviennent du monde entier...

 

Le groupe, qui a perdu 90% de ses effectifs en 30 ans, aurait disparu s'il n'avait pas délocalisé, s'il n'avait pas innové, s'il ne s'était pas adapté aux besoins locaux (grâce à ses bureaux d'achats délocalisés), s'il n'avait pas conçu des produits standards adaptables.

 

Le libre-échange est un processus de découverte

 

P garello A Arnoux JP FeldmanComme la concurrence, le libre-échange est un processus de découverte. Pierre Garello montre deux courbes, celle des échanges commerciaux depuis l'origine des temps et celle des mêmes échanges commerciaux depuis 1700. Sur la première courbe un premier point d'inflexion se situe après 1300, sur la deuxième courbe l'inflexion est nette en 1919 et encore plus nette en 1944, date à partir de laquelle les échanges explosent.

 

Le libre-échange résulte d'un ordre chaotique, ce que Friedrich Hayek appelait la catallexie. La main invisible d'Adam Smith s'oppose à la main qui oblige à acheter. Un entrepreneur, pour s'enrichir, doit découvrir ce dont les gens ont besoin et comment il peut les satisfaire. Pour cela il a besoin de signaux. Ce sont les prix et les profits, qui l'obligent à s'ajuster sans cesse. Pour ce faire il faut que l'échange soit libre, sans quoi il lui est impossible de saisir une opportunité là où il y a un manque.

 

Le libre-échange est un facteur de développement

 

Emmanuel Martin souligne le lien entre libéralisation des échanges et croissance économique. Pour que le libre-échange produise la croissance, encore faut-il qu'il y ait continuité de ce libre-échange et qu'il s'inscrive dans des réformes plus larges. Ainsi le climat des affaires, l'environnement fiscal, l'incertitude juridique, l'incertitude institutionnelle jouent-ils un rôle. Il faut que tout soit fait en même temps pour être en mesure d'en récolter les fruits.

 

C'est pourquoi Israël, en dépit de son ouverture, pâtit de la protection qu'il accorde à ses producteurs; c'est pourquoi le Mexique pâtit de sa politique monétaire; c'est pourquoi la Corée du Sud et Taïwan pâtissent des stimulations économiques, auxquelles ils se livrent.

 

Emmanuel Martin observe, tout comme Pascal Salin, que la collectivisation du concept d'échange a pollué le raisonnement et conduit à substituer le concept de rareté (David Ricardo) à celui d'opportunité (Adam Smith). Dans le premier cas le présupposé est que les hommes sont tous différents, sans quoi ils n'échangeraient pas, dans le deuxième cas on part de l'idée que les hommes sont tous pareils et qu'ils cherchent dans l'échange un avantage, ou à créer un avantage, ce qui se traduit par une création de valeur.

 

Compétitivité et concurrence fiscale

 

JP Delsol JP Feldman A MathieuJean-Philippe Delsol décrit les solutions apportées par les uns et les autres, en France, pour remédier à la dégradation de la balance commerciale, qui pèse sur le déficit de la balance des paiements.

 

La TVA sociale de Nicolas Sarkozy visait ainsi à empêcher que les produits étrangers ne viennent en France, de même que la taxation des transactions financières. L'exit tax était destinée à empêcher les délocalisations.

 

Les socialistes veulent en lieu et place augmenter la CSG, c'est-à-dire réduire les charges sociales en les augmentant... sans abandonner pour autant la taxation sur les transactions financières.

 

Pourquoi ces mesures inutiles à long terme? Parce que cela peut avoir quelques effets à court terme, parce que cela focalise l'attention sur des boucs émissaires tout trouvés: l'étranger, le riche, l'entreprise...

 

L'autre raisonnement, keynésien, est de faire du déficit budgétaire pour augmenter l'épargne disponible conformément à la règle du double déficit selon laquelle l'épargne moins l'investissement plus le solde budgétaire public est égal au solde de la balance des paiements courants. Ce faisant, l'épargne mobilisée n'est plus disponible pour les investissements privés.

 

De plus, quand le déficit budgétaire augmente, les taux d'intérêt aussi, de même que les coûts. Ce qui préfigure une augmentation des impôts demain, auquel il convient de faire face en épargnant dès aujourd'hui.

 

Pour favoriser l'échange il faut donc au contraire réduire les déficits, non pas en augmentant les impôts mais en engageant des réformes structurelles, c'est-à-dire en changeant de modèle social (assurances au lieu de taxation) et de modèle fiscal (plus de simplicité et une fiscalité raisonnable, ordonnée aux personnes).

 

Compétitivité et modèle social

 

Alain Mathieu remarque que le solde du commerce extérieur est de - 3,5% en France et de + 6% en Allemagne.

 

Quels sont les facteurs de compétitivité? Les coûts et les hors-coûts (qualité, SAV, réseaux commerciaux, innovation, taille de l'entreprise...).

 

A partir de la publication des auditions d'une étude non publiée, dont les rapporteurs étaient Jérôme Cahuzac et Pierre Méhaignerie, Alain Mathieu a pu reconstituer pourquoi les entrepreneurs français sont devenus moins compétitifs que les entrepreneurs allemands:

 

- les charges sociales employeur représentent 20% du salaire brut en Allemagne et 40% du salaire brut en France

- les prélèvements obligatoires sont inférieurs en Allemagne de 10 points de PIB: 6% proviennent de la rémunération des fonctionnaires, 1,3% des dépenses de logement (50% des HLM ont été privatisés en Allemagne), 0,4% des dépenses de santé (la convergence des tarifs public-privé est effective en Allemagne).

 

C'est donc l'augmentation des coûts qui fait la différence de compétitivité entre la France et l'Allemagne.

 

MERCREDI 29 AOUT 2012

 

Le protectionnisme monétaire

 

Photos-diverses-557.JPG Jacques Garello rappelle que l'échange peut se faire sans monnaie. C'est le troc. Mais cela ne va pas bien loin. D'où la création de monnaie pour le faciliter.

 

La monnaie peut être nationale ou non. La monnaie est une rente. C'est la rémunération d'un service. Mais dévaluer une monnaie peut rapporter beaucoup plus gros que la seule rémunération du service rendu.

 

La monnaie nationale peut être fixée directement à l'or (gold standard) et s'exprimer en poids d'or, ou être fixée indirectement à l'or via une autre monnaie convertible en or (gold exchange standard): jusqu'en 1971 l'once d'or valait ainsi 35 $.

 

Qu'est-ce que la dévaluation d'une devise? Un vol opéré sur les détenteurs de la devise en question:

 

"Si je dois de l'argent aux autres c'est que je ne suis pas assez compétitif."

 

Alors la solution de facilité, qui est une forme de protectionnisme, est de dévaluer. Comme tous les protectionnismes, c'est inefficace.

 

En fait l'émission de monnaie est toujours une créance. On ne lui fait confiance que si la créance est solide. C'est pourquoi la concurrence des monnaies est bénéfique. Elles devraient même être déconnectées des Etats et redevenir privées. Car l'avenir est à un système financier et monétaire sous la responsabilité des émetteurs.

 

La mondialisation s'oppose à la souveraineté des Etats

 

Carlo Lottieri rappelle cette vision selon laquelle là où il y a société il y a Etat. La rupture s'est produite à la fin du Moyen-Age qui était un univers très complexe. Les traités de Westphalie ont reconnu les Etats. A partir de là ces derniers ont tous poussé à la centralisation.

 

Avec la mondialisation la propriété est de retour. Les entreprises et les individus se déplacent. Il en résulte un conflit entre la mondialisation et les Etats, qui s'unissent progressivement, à la faveur de l'idéologie des droits humains, typiquement européenne, et qui se traduit par une perte du goût de la liberté et du risque.

 

Aussi la crise n'est-elle pas globale, mais spécifiquement européenne. L'Europe devient une forteresse étatiste à la centralisation de laquelle ne s'opposent que les nationalistes.

 

Comme les parasites sont en plus grand nombre que les producteurs, la crise désastreuse qui en résulte pourrait bien être une opportunité pour aller vers un libre-échange européen, sans les directives...

 

L'Union européenne est un cartel d'Etats

 

V Curzon Price E ColombattoEnrico Colombatto ne voit pas d'inconvénient à la constitution de cartels privés - ce ne sont que des accords -, à la condition, toutefois, bien entendu, qu'ils n'empêchent pas le libre accès à d'autres entreprises sur leur marché.

 

Il n'en est pas de même des cartels étatiques, tels que l'Union européenne. Car ils organisent la violence étatique. 

 

Ces cartels exerce leur violence dans trois domaines:

 

- la réglementation en édictant des règles communes;

- les impôts en se donnant pour but l'harmonisation fiscale qui se heurte cependant à l'accord unanime de l'augmentation des impôts et surtout à la répartition des dépenses une fois levés ces impôts;

- la monnaie (la vraie monnaie est un moyen d'échange qui inclut des contreparties solides; la fausse ne vaut que le papier dont elle est faite) en obligeant à accepter leur valeur arbitraire, le cours légal.

 

Le problème de l'euro est qu'il permet à la banque centrale européenne d'imprimer autant de monnaie qu'elle veut et de la transférer à qui elle veut, notamment aux mauvaises banques européennes, puis aux fonctionnaires, ce qui revient à socialiser les dettes publiques.

 

Il y a en effet trois moyens de lutter contre un déficit budgétaire:

 

- en levant des impôts;

- en réduisant les dépenses;

- en imprimant de la monnaie.

 

La seule sortie possible est d'admettre que ceux qui ont dépensé trop doivent faire faillite. Un Irlandais ne disait-il pas: "Le capitalisme sans la faillite, c'est comme le christianisme sans l'enfer"?

 

Les pauvres existeront toujours, libre-échange ou pas

 

Bertrand Lemennicier ne connaît pas de définition exacte des pauvres. Il y a plusieurs façons de les compter suivant le concept adopté. Les moines et les clochards sont-ils des pauvres? Un pauvre dans un pays est un riche dans un autre.

 

Quand des modifications interviennent les inégalités peuvent s'accroître. Elles ne se réduisent que lorsqu'il y a compétition. N'importe qui peut être économiste... ce qui n'est pas le cas d'un juriste ou d'un médecin.

 

Le libre-échange est d'abord éthique

 

Jacques Garello et Gérard Bramoulle Aix 2012Jacques Garello, au contraire des utilitaristes, défend le libéralisme non pas pour son efficacité mais pour son éthique.

 

Le libre-échange est une libération, puisqu'il permet de se libérer d'un territoire (70% des échanges sont des échanges de services) et puisqu'il permet à chacun de s'accomplir:

 

 "Deviens ce que tu es", disait Jean de La Croix.

 

Le libre-échange est une découverte puisqu'un terrien sur sept visite un pays qui n'est pas le sien et puisque la base de l'échange est le service rendu aux autres: "L'économie, c'est le service des autres" (Frédéric Bastiat).

 

Le libre-échange est harmonie, qui est différente de l'équilibre puisque chacun est un exécutant et puisque la main invisible est le chef d'orchestre. La plus grande conséquence de la mondialisation est que les pays pauvres le sont devenus un peu moins, hormis les pays dictatoriaux où les dirigeants ne sont pas rémunérés pour les services qu'ils rendent mais pour les vols qu'ils commettent.

 

Le libre-échange est espoir. Ce n'est pas le choc des civilisations de Samuel Huntington (il y a plusieurs cultures, mais une seule civilisation) ni la fin de l'histoire de Francis Fukuyama: les deux ont tort, l'un par l'analyse, l'autre par optimisme. Le libre-échange est une promesse de paix universelle.

 

"Faisons la liberté, la liberté fera le reste", disait Jean-Marc Varaut.

 

La meilleure politique est d'ouvrir unilatéralement les frontières au marché

 

Lawrence White est le seul intervenant à s'exprimer en anglais cette année. Ce qu'il dit n'en est pas moins décapant, à l'opposé des idées reçues.

 

En 1999 le sénateur d'Amato interroge Milton Friedman et lui demande ce qu'aurait pensé Adam Smith du déficit des échanges. L'économiste lui répond que la meilleure politique est d'ouvrir unilatéralement les frontières au marché.

 

La métaphore de Johan Robinson illustre cette déclaration: "Que quelqu'un lance des cailloux dans son propre port pour empêcher des bateaux d'entrer est ridicule."

 

Le commerce international reste un commerce entre des personnes. Il faut qu'elles y trouvent chacune un intérêt et que ce commerce soit volontaire. A ce moment-là c'est bénéfique pour les deux parties.

 

Ford s'oppose au libre-échange avec la Corée du Sud en disant qu'il est inéquitable que le nombre des voitures coréennes vendues aux Etats-Unis soit de 476'833 tandis que le nombre des voitures américaines vendues en Corée du Sud est de 5'878. Ceux qui prétendent ne pas être protectionnistes utilisent cette rhétorique de l'échange équitable, alors que n'importe qui peut dire qu'il est préférable d'acheter quelque chose moins cher que de le faire soi-même plus cher.

 

Dans sa Pétition des marchands de chandelles , Frédéric Bastiat parlait de bloquer les rayons du soleil pour donner du travail à un tas de gens...

 

Autre exemple de sophisme: il y a un gros opéra à Paris qui est une grande ville; si on en construit un à Aix-en-Provence, elle deviendra également une grande ville...

 

Francis Richard

 

NB

 

Ce compte-rendu de la 33e Université d'été de la Nouvelle Economie n'est pas exhaustif. Il ne prétend à rien d'autre que d'en donner une idée, la plus juste possible. Il est destiné aux libéraux qui n'ont pas pu faire le voyage, aux non libéraux pour qu'ils aient un aperçu de ce qui s'y est dit puisqu'ils ne trouveront aucune trace de cet événement dans leurs médias préférés.

 

En dehors des débats, qu'il était difficile de résumer, j'ai omis volontairement de parler des présentations de livres. En voici la liste dans l'ordre de présentation (avec le lien pour certains d'entre eux vers l'article que je leur ai déjà consacré peu ou prou sur ce blog, me réservant la possibilité d'en écrire un ultérieurement sur les autres ou plus approfondi sur ceux déjà évoqués):

 

Esthétique de la liberté, Philippe Nemo (à paraître en octobre 2013) aux PUF

Crise, Dépression, New Deal, Guerre, Florin Aftalion, 144 pages, Economica

Le dictionnaire du libéralisme, sous la direction de Mathieu Laine, 640 pages, Larousse (évoqué ici)

A quoi servent les riches, Jean-Philippe Delsol avec Nicolas Lecaussin, 238 pages, JC Lattès (rendu compte ici )

25 millions de propriétaires, Jean Perrin, 120 pages, Editions TME

Ces mythes qui ruinent la France, Alain Mathieu, 192 pages, Editions du Cri (évoqué ici)

La sécu: comment faire mieux, Patrick de Casanove, 176 pages, Tatamis (rendu compte ici)

 

Article reproduit par lesobservateurs.ch le 4 octobre 2012

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 21:15

Patrick-de-Casanove.JPGPour la quatrième année consécutive, le Cercle Frédéric Bastiat ici, présidé par Patrick de Casanove [photo ci-contre], organisait du 6 au 8 juillet 2012 un week-end de la liberté.

 

Avec le concours de l'ALEPS ici, de Contribuables Associés ici, de Liberté Chérie ici, de l'Institut Coppet ici et de l'iFRAP ici.

 

Le thème de cette année était la responsabilité. Vaste programme.

 

Lors du dîner-débat du 6 juillet, il revient à Alain Laurent de définir ce qu'est la responsabilité individuelle.

 

L'orateur rappelle que, si l'expression de responsabilité individuelle est employée pour la première fois par Frédéric Bastiat, le concept existe bien avant lui. Pour Aristote le coupable est responsable de son ignorance. Pour un chrétien chacun est responsable de son salut. Pour Kant il n'est pas de responsabilité sans autonomie de la volonté.

 

Alain Laurent fait remarquer que responsable vient du verbe latin respondere qui signifie répondre de ses actes et de spondere qui signifie se porter garant et qui a donné spontané et sponsor. Il cite encore Ayn Rand et le fondement objectif de la causalité de la liberté, Nietzsche et l'empire sur soi-même, Saint-Exupéry et le renard qui dit au Petit Prince qui l'a apprivoisé: "Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé".

 

Alain Laurent insiste sur la distinction entre responsabilité individuelle qui est une notion générale, et traditionnelle dans le vocabulaire libéral, et responsabilité personnelle qui est la responsabilité propre que chacun exerce en particulier.

 

Le matin du 7 juillet Vincent Ginocchio parle de politique agricole et responsabilité.

 

La PAC, Politique agricole commune, représente 30% du budget européen. Ses objectifs sont d'assurer un revenu décent aux agriculteurs, de lutter contre la désertification des campagnes, de compenser les variations des prix mondiaux, de fournir aux consommateurs une sécurité alimentaire et de protéger l'environnement.      

 

En France la mainmise des SAFER, Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural, sur les terres agricoles, avec leur droit de préemption et leur volonté de maintenir les prix bas, a des effets pervers. Beaucoup de gens incompétents se lancent dans des projets non viables. Les propriétaires ne sont pas incités à vendre ou ne peuvent plus vendre etc. Il en résulte qu'elles sont d'une faible rentabilité.

 

Pour stabiliser les prix agricoles plusieurs mécanismes sont mis en oeuvre: subventions, droits de douane, jachère obligatoire, prix d'intervention, compensations entre prix européens et prix mondiaux (baptisées pudiquement restitutions).

 

Il s'agit donc d'interventions publiques destinées à protéger, qui, au final, ne protègent rien du tout mais déresponsabilisent.

 

Car quels sont les résultats ? Les exploitations agricoles sont peu rentables et disparaissent. Les investissements sont mauvais parce qu'ils ne sont fait qu'en fonction des subventions qu'il est possible d'obtenir. La quantité prime sur la qualité. Les consommateurs paient deux fois les produits agricoles, en les achetant et en contribuant aux subventions dont ils bénéficient. Les pays pauvres subissent une concurrence "déloyale". L'environnement est dégradé.

 

Au sujet des subventions il n'est pas surprenant de noter que seuls 10% des agriculteurs reçoivent des subventions et que les 24 premières entreprises subventionnées en France ne sont pas des exploitations agricoles. Les premiers bénéficiaires sont en effet le Groupe Doux (qui a récemment déposé son bilan...), LVMH, Rotschild, Dassault, Grimaldi...

 

Pour s'en sortir? Il faut ouvrir les frontières européennes à la concurrence, ce qui devrait se traduire par une baisse des prix de l'ordre de 25%. Il faut supprimer les subventions et les quotas et rendre les agriculteurs responsables. Impossible? La Nouvelle Zélande l'a fait et son agriculture est aujourd'hui florissante.

 

Patrick de Casanove, qui est médecin, s'exprime sur politique de santé et responsabilité individuelle

 

La sécurité sociale coûte toujours plus cher et rembourse de moins en moins. Les urgences sont engorgées et des régions sont devenus de véritables déserts médicaux.

 

Cercle-Bastiat.jpgPatrick de Casanove préconise donc de limiter le rôle de l'Etat et de restituer aux individus les moyens d'assumer leur vie et leur responsabilité individuelle. Comment? En remplaçant les 6 ou 7 cotisations de la sécurité sociale par une seule cotisation correspondant au contrat d'assurance privée qu'ils souscriront et qui sera d'un coût nettement moins élevé. Autrement dit en privatisant la sécurité sociale.

 

La liberté des prix permettra de faire la distinction entre les médecins qui soignent, et examinent, et ceux qui se contentent d'être des distributeurs d'ordonnances.

 

Les médecins seront librement choisis non pas en fonction de critères technocratiques déterminés par un organisme étatique mais en fonction du meilleur service qu'ils rendent à leurs patients. Qui pourront exercer leur libre choix de santé.

 

Comment privatiser en France? En établissant une charte qui ne prévoit pas de conditions d'accès, en rétablissant un système concurrentiel d'assurances, en permettant aux patients de se constituer un compte d'épargne santé et en prévoyant pour les plus démunis un filet de sécurité.

 

La publicité et la responsabilité personnelle est le sujet traité par Olivier Méresse

 

La publicité est multiple. Son domaine est difficile à circonscrire. Contrairement aux idées reçues elle est surtout favorable aux petits qui ne disposent pas des mêmes moyens d'information que les grands.

 

Naguère un organisme privé, le BVP, Bureau de vérification de la publicité, délivrait un label de qualité des annonces.

 

Le législateur socialiste - ce qui est un pléonasme - a trouvé ce label insuffisant et a cru bon de protéger davantage le consommateur (lois Evin contre le tabagisme et l'alcoolisme, loi Sapin sur les achats d'espace, accord Ameline avec les médias sur l'image de la femme dans la publicité).

 

L'effet pervers de cette déresponsabilisation? Tout ce qu'on voit maintenant dans la publicité est considéré comme vrai puisque la loi l'autorise...

 

Au début de l'après-midi du 7 juillet, Axel Arnoux, Président de Chauvin Arnoux, expose le combat qu'il mène depuis des années pour le salaire complet, qu'il a instauré dans sa propre entreprise.

 

Pourquoi? Parce qu'il fait apparaître tout ce que l'Etat prend au salarié sur son salaire réel.

 

L'opération est simple, comptable. Le salaire complet est égal au salaire net plus les cotisations dites salariales plus les cotisations dites patronales. Exemple:

 

Un salarié qui touche 1'600 euros nets par mois a en réalité un salaire complet de 3'200 euros. La moitié lui est prélevée par l'Etat... Ce qui est dissimulé en faisant le distingo artificiel entre prélèvements salariaux et patronaux, d'un montant de 400 et 1'200 euros respectivement.

 

Patrick de Casanove a montré que le salarié pourrait s'assurer contre la maladie à meilleur compte dans le privé. Axel Arnoux montre qu'il en est de même pour les retraites.

 

Dans l'exemple donné, en plaçant à 3% le prélèvement qui lui est fait, le même salarié pourrait bénéficier d'une retraite de 2'500 euros par mois pour une durée de retraite de 25 ans (dont il conviendrait de déduire, à la louche, 500 euros par mois pour qu'il puisse s'assurer contre le risque maladie) ou d'un capital de 550'000 euros.

 

Il s'agit donc non pas d'un combat que devraient mener les employeurs mais les salariés, dont, par coercition, on ampute la moitié du salaire sans qu'ils n'aient leur mot à dire.

 

Christian Julienne avait la lourde tâche de parler de politique du logement et responsabilité individuelle

 

Le logement a pris une très grande place dans le budget des familles françaises. Alors qu'il représentait 4% de ce budget dans l'immédiate après-guerre, il en représente aujourd'hui 29%, 35% si l'on inclut les taxes. Il faut dire que sur la même période les propriétaires sont passés de 20 à 60% de la population.

 

En matière d'urbanisme il y a corrélation étroite entre biens publics et bien privés, qu'il s'agisse de copropriétés ou de lotissements. Mais cette corrélation est renforcée par le code d'urbanisme qui mêle allègrement droit et incantation morale, droit et social - la proportion arbitraire de 20% de logements sociaux dans toutes les communes est une absurdité. Le même code d'urbanisme se mêle en outre d'environnement technocratique depuis la loi Borloo...

 

La politique d'urbanisme est déterminée par l'Etat et par les courroies de transmission de son monopole en la matière que sont les sociétés d'économie mixte, les agences foncières et techniques, les sociétés publiques. 

 

Comme l'Etat n'aime pas la maison individuelle, les logements sociaux sont essentiellement des appartements dont la superficie et le nombre de pièces sont définis arbitrairement par lui et non pas par ceux qui les habitent. N'est-il pas significatif que, quand une aide à la personne est décidée, elle ne soit pas versée à l'intéressé mais à l'organisme qui assume la gestion de son logement?

 

Au lieu de servir de secteur de dépannage contre les accidents de la vie, les logements sociaux sont devenus par la grâce de l'Etat un privilège héréditaire. Il n'y a même pas de contrat de bail définissant les obligations du bailleur et du preneur, mais un simple engagement de location, transmissible aux descendants.

 

Le maire d'une commune peut se comporter en véritable despote en matière de logement. Ne détient-il pas entre ses mains à la fois la permission de construire et l'application de la politique étatique d'urbanisme? De quoi, à moindres frais, fidéliser une clientèle électorale...

 

Il serait donc souhaitable que les habitations à loyers modérés ne représentent plus qu'une toute petite part du parc de logements et que des baux de 6 ans soient conclus dans ce secteur de l'habitat.

 

Jacques-Garello.JPGQuelle est la responsabilité des libéraux dans l'opposition? C'est à cette question qu'a répondu Jacques Garello [photo ci-contre].

 

Il incombe aux libéraux de relancer le libéralisme français, à partir du constat que ce n'est pas la pensée libérale qui est en crise, mais la politique libérale.

 

Force est de constater qu'il n'y a pas de politiciens libéraux en France.

 

De gauche comme de droite les politiciens français sont en effet protectionnistes et contre la finance. Ils sont tous étatistes, de Mélenchon à Le Pen. Aussi faut-il faire une nouvelle offre politique, qui soit réaliste, nécessaire et exigeante.

 

Quand les socialistes sont au pouvoir, c'est bon pour les libéraux, parce que les socialistes commettent tous la même erreur anthropologique qui est de vouloir tout diriger administrativement, ce qui les conduit inexorablement à l'échec. Ce n'est plus à démontrer. L'histoire le montre à satiété.

 

Que faut-il faire? Réduire les dépenses publiques, c'est-à-dire réduire le périmètre de l'Etat qui ne doit plus s'occuper d'éducation, de logement ou de protection sociale; privatiser ce qui est privatisable, par exemple la poste, les chemins de fer, l'énergie.

 

Pourquoi? Parce que l'Etat omniprésent - les dépenses publiques représentent 57% du PIB - empêche le fonctionnement de la société marchande. Ce qui conduit 100 000 jeunes, chaque année, à quitter la France pour être, sous des cieux plus propices, acteurs de leur propre vie.

 

La solution ne viendra pas de l'actuelle opposition, mais d'en-bas, de la base. Les libéraux doivent devenir militants, prendre leur bâton de pèlerins et vendre le libéralisme, qui est un tout, car des mesures libérales isolées seraient de toute façon inefficaces:

 

"Faites-moi des électeurs libéraux, je vous ferai des élus libéraux." disait le libéral Edouard Laboulaye.

 

Xavier Bébin est délégué général de l'Institut pour la justice ici, qui lutte contre les dysfonctionnements de la justice. Lors du dîner-débat du 7 juillet il traite magistralement de la responsabilité des juges en démocratie

 

Qu'est-ce qu'un juge? Le gardien de la loi, à la fois créateur de normes et arbitre d'une part entre particuliers, d'autre part entre particuliers et administration, tout du moins en droit pénal.

 

Le juge ne jouit pas de l'immunité pénale et ses responsabilités civile et disciplinaire peuvent être engagées. Ainsi son comportement personnel, comme tout justiciable, peut être sanctionné. Il n'en est pas de même de son comportement professionnel, où il jouit d'une impunité de fait, même si sa responsabilité devrait pouvoir être mise en cause en cas de non respect de la procédure ou de dépassements de délais.

 

En revanche si un juge prend une mauvaise décision, c'est l'appel qui est la contrepartie de son irresponsabilité.

 

Comment s'assurer que justice soit rendue, c'est-à-dire que les coupables ne restent pas impunis? Par la délimitation des pouvoirs des juges, par un nouveau mode de nomination des juges, par la construction de nouvelles places de prison:

 

- En cas de récidive, l'application de réelles peines plancher, par exemple, ne devraient-elles pas être appliquées?

 

- L'Ecole nationale de la magistrature formant de très jeunes juges, ne devrait-on pas élire, ou en tout cas nommer, des juges d'au moins 40 ans, ayant une expérience du droit, comme cela se fait dans d'autres pays?

 

- En France 80'000 personnes condamnées à des peines de prison ferme étant en liberté faute de place -il n'y a que 57'000 places dans les prisons françaises, occupées par 67'000 détenus -, ne serait-il pas indispensable d'avoir un taux de détenus par habitant plus élevé, comparable à celui des pays voisins?

 

Il ne faut pas oublier que les libertés fondamentales sont remises en cause par la trop grande impunité dont jouissent délinquants et criminels en France.

 

La-doctrine-sociale-de-l-eglise.jpgAu matin du 8 juillet, les participants peuvent se demander comment René de Laportalière va bien pouvoir se sortir d'un sujet tel que la responsabilité personnelle, la religion et l'Eglise.

 

D'emblée il rassure l'auditoire et se place sous l'égide de trois libéraux, Frédéric Bastiat, Murray Rothbard et François Guillaumat, pour qui l'appartenance à la religion catholique ne pose pas de problème:

 

- Le premier est au début un catholique rationnel, puis un catholique éclairé par la grâce de Dieu.

 

- Le deuxième a permis de redécouvrir l'Ecole de Salamanque.

 

- Le troisième dans une conférence, faite notamment le 20 juin 1998 devant le Cercle Frédéric Bastiat, a brillamment établi les liens entre libéralisme et christianisme. 

 

Puis l'orateur fait l'examen de quatre encycliques, qu'il compare à des coffres immergés. En écartant les algues, selon lui, il est possible de trouver de véritables trésors:

 

- Dans Rerum de novarum, qui traite des rapports entre patrons et ouvriers, Léon XIII fait du Mélenchon avant l'heure, ce sont les algues, mais défend la propriété privée et condamne ce qui s'appellera l'Etat providence.

 

- Dans Quadragesimo Anno, qui traite du capital et du travail, Pie XI ne trouve aucune grâce ni au libéralisme  ni au socialisme, qu'il renvoie dos à dos, ce sont les algues, mais il dit que la propriété privée est un droit naturel qu'il faut laisser intact, défend le principe de subsidiarité et affirme qu'il est incompatible d'être un bon catholique et un vrai socialiste.

 

- Dans Popularum progressio, Paul VI fait du Mélenchon, tout comme Léon XIII avant lui, ce sont les algues, mais il dit que le dessein de l'homme est de faire fructifier ses talents et que chacun est l'artisan de ses échecs et de ses réussites.

 

- Dans Caritas in veritate, Benoît XVI fustige la mondialisation, mais déclare que le développement humain n'est possible que dans la liberté.

 

En résumé, si les papes affirment dans ces encycliques des principes solides, leur analyse sur les raisons de la misère demeure insuffisante. Le libéral y retiendra cependant deux thèmes:

 

- Le principe de subsidiarité

- La nécessaire soumission de l'Etat au droit naturel: ce n'est plus le cas depuis au moins deux siècles, puisque c'est désormais l'Etat qui décide arbitrairement - de manière changeante - de ce qui est bien et de ce qui est mal.

 

Le fondement de la résistance est bien le droit naturel.

 

Max Falque, qui est délégué général de l'ICREI, International Center for Research on Environmental Issues ici,avec sa conférence sur politique environnementale et responsabilité personnelle, témoigne que de telles préoccupations ne sont pas étrangères aux libéraux.  

 

La qualité de l'environnement et le niveau de vie sont liés, de même que la qualité de l'environnement et l'exercice de droits de propriété privée le sont, tant il est vrai que la propriété en commun conduit inévitablement à la surexploitation, sauf quand elle est de taille réduite, homogène et quand les sanctions des abus sont clairement définies à l'avance.

 

Une politique environnementale, qui responsabilise, passe donc par de nouvelles modalités d'appropriation (comme, par exemple, la propriété de servitudes), lesquelles s'avèrent plus efficaces que n'importe quelles réglementations et taxations. En effet la gestion publique est finalement toujours mauvaise ou coûteuse, souvent les deux.

 

Ainsi de belles âmes écolo servent-elles d'alibis à de véritables voyous, comme c'est manifestement le cas avec l'escroquerie des éoliennes.

 

Max Falque résume la politique environnementale étatique par cette sentence:

 

"C'est donner la garde de l'oiseau au chat."

 

La dernière conférence de la matinée du 8 juillet est donnée par Jacques de Guenin, fondateur du Cercle Frédéric Bastiat, sur le thème responsabilité personnelle et l'Etat minimum.             

 

L'Etat est responsable d'une insidieuse, progressive et cumulative diminution des responsabilités individuelles, dans des domaines tels que les relations en entreprise, les retraites, le logement, le surendettement, la solidarité (qui tue la compassion puisque l'Etat est payé pour ça), la santé, le mariage, la PAC, l'interdiction des OGM, l'interdiction du gaz de schiste.

 

Force est de constater que plus les sociétés sont libres, plus elles sont efficaces. Jacques de Guenin souligne que les habitants eux-mêmes de la région de Fukushima ont effectué des réparations immédiates alors que l'Etat a mis plus d'un an à mettre en oeuvre les aides ministérielles pour la reconstruction.

 

Le mal existe et peut détruire les meilleures sociétés. Sur une échelle de 1 à 10 l'orateur a classé les manifestations du mal: 1 graffiti, 2 virus informatiques, 3 les vols, 4 les viols et les violences, 5 les crimes crapuleux, 6 les attentats, 7 les meurtres pour la prise de pouvoir, 8 les guerres de conquête, 9 les génocides, 10 les meurtres de masse communistes.

 

Un Etat minimum est par conséquent nécessaire selon Frédéric Bastiat, Ayn Rand et Robert Nozick, pour que soient respectés les droits à la vie, à la liberté, à la propriété, au fruit de son travail etc. Il fonctionne d'autant mieux qu'il est décentralisé, parce qu'alors tout le monde se connaît et qu'en résulte une société plus paisible.

 

Patrick de Casanove tire la conclusion de ces neuf conférences et de ces deux dîners-débat

 

Les libéraux de toutes obédiences doivent se rencontrer, unir leurs forces pour que s'accomplisse le dessein de l'homme libre, bref devenir tous des militants de la liberté.

 

Et dans le projet Bastiat 2017 ici ils peuvent tous se reconnaître.

 

Francis Richard

 

Post-scriptum:

 

La toute jeune fille de Patrick de Casanove, après la conclusion de son père, réserve la surprise aux participants de réciter le magnifique poème de Paul Eluard, qui date de 1942:

 

Liberté

 

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 11:45

023Initialement l'Université d'Été de la Nouvelle Économie avait lieu tous les ans, ce depuis 1978. Elle a lieu tous les deux ans depuis 2007. Les participants n'en sont que plus heureux de se retrouver après une telle interruption... dans l'amphi surchauffé de la faculté de droit de l'Université d'Aix-Marseille III [ci-contre].

Les thèmes de cette année était on ne peut plus d'actualité : Quelle crise ? Quelle sortie de crise ? Après l'État Providence.

Ces thèmes auraient dû attirer l'attention de journalistes un peu curieux, qui ne se contentent pas de la rengaine répétée à satiété et sur tous les tons : c'est le méchant capitalisme qui est le responsable de tous les maux, donc de la crise financière, puis de la crise de l'endettement public. Il ne s'est trouvé qu'un journaliste pour faire le déplacement parmi tous ceux, nombreux, qui avaient été invités par les organisateurs, ce qui montre combien est grande la curiosité des médias, qui se plaignent de leur perte d'audience...

Anne Jollis Wall Street Journal EuropeEn fait il s'agit d'une journaliste, Anne Jolis [ci-contre], éditorialiste basée à Londres du Wall Street Journal Europe ici. Elle sauve l'honneur d'une profession qui se satisfait des explications données par les fauteurs de crise. Ces derniers qui sont les bénéficiaires de l'Etat-Providence rejettent évidemment sur les autres leurs propres turpitudes.

Anne Jolis a même fait mieux que d'assister. Elle a accepté d'animer un des débats de fin de journée de l'Université d'Été, qui s'est tenue du 22 août 2011 au 24 août 2011, le matin et en fin de journée dans l'amphithéâtre David, l'après-midi dans deux plus petites salles, destinées l'une au public anglophone, l'autre au francophone.

En fait l'Université a débuté, le 21 août 2011, par un dîner d'ouverture au Grand Hôtel du Roy René, comme c'est devenu la tradition. Au cours de ce repas de l'amitié, qui permet de se retrouver entre personnes qui toutes défendent les idées de liberté, deux personnalités ont pris la parole.

 

Michel Kelly-GagnonLeszek Barcelowicz, ancien Ministre polonais des finances, ancien Directeur de la banque centrale de Pologne, Docteur honoris causa de l'Université d'Aix-en-Provence en 1993, a rappelé fort opportunément qu'il ne fallait pas confondre Etat-Providence et solidarité... un mot cher aux Polonais, qui ont su lui donner un retentissement mondial, grâce à l'action incomparable du syndicat éponyme, dirigé alors par Lech Walesa.

Michel Kelly-Gagnon [ci-dessus], ancien Président du Conseil du patronat du Québec ici, ancien Président de l'Institut économique de Montréal ici, a expliqué pourquoi le Canada n'a pas connu la crise : en opérant de grosses coupes ciblées dans le budget, le gouvernement Jean Chrétien, pour sauver l'Etat-Providence, est parvenu à dégager des excédents budgétaires entre 1997 et 2007...

Quelle crise ? 

 

Médaille d'or Ville d'AixLeszek Barcelowicz [ci-contre, lors de la remise de la Médaille de la Ville d'Aix au Pavillon Vendôme ] explique que la crise est due à la politisation de l'économie, à la concentration du pouvoir, à l'absence de concurrence et au protectionnisme.

Pascal Salin incrimine la manipulation des taux d'intérêt par les banques centrales : un taux faible incite à investir dans des activités risquées ou non rentables. Il souligne que l'épargne est insuffisante en raison des politiques fiscales et des retraites par répartition et que la création monétaire est inutile, la déflation naturelle permettant d'augmenter le niveau de vie.

 

Victoria Curzon-Price démontre que le protectionnisme conduit au chômage et à la décroissance. Aux salaires bas des pays émergents, les pays occidentaux peuvent opposer une productivité incomparable. Ce qui les empêche d'être compétitifs ce sont leurs charges sociales et leur modèle social. Elle donne l'exemple de la taxe CO2 qui rend inapte à la concurrence mondiale les principales activités économiques, hormis celles du bien-être et de l'environnementalisme.

 

Session université été nouvelle éco 2011Pour Tom Palmer il faut déconnecter cupidité et capitalisme, car les connoter revient à reprocher la maladie à la médecine. C'est l'interventionnisme qui est responsable de la persistance de la pauvreté parce qu'il engendre privilèges et corruptions, c'est le capitalisme des petits copains, le crony capitalism. Tom cite Tarek el Taib Mohamed Bouazizi, le désormais fameux vendeur ambulant tunisien, décédé le 4 janvier 2011, à l'âge de 27 ans, des suites de son immolation deux semaines plus tôt :

 

"Le capitalisme du libre marché est le seul système compatible avec la dignité humaine."

Jean-Pierre Centi [ci-dessous avec Pierre Garello] rappelle que le pacte de stabilité de la zone euro se donnait pour objectifs : 3% de déficit maximum et 60% du PIB de dette publique maximum. C'étaient des objectifs purement arbitraires. La règle était pourtant l'équilibre budgétaire au XIXe siècle. Cette règle a été oubliée au profit de la théorie keynésienne selon laquelle le devoir d'agir passe par la pratique du déficit budgétaire, comme si le tout se comportait différemment de l'élément, l'économie d'un pays de celle d'une entreprise... Il n'y a que deux façons de répudier une dette : explicite en disant aux prêteurs qu'on ne leur doit rien, implicite en pratiquant l'inflation.

 

Quelle sortie de crise ?

JP Centi et P GarelloFace à la crise il y a ceux qui pensent qu'il faut attendre que le système basé sur l'Etat-Providence s'effondre, d'autres qu'il est réformable, voir l'exemple du Canada, et enfin ceux qui pensent que son effondrement est déjà effectif...

Pour un libéral à quoi sert une constitution ? A limiter le pouvoir répond Jean-Philippe Feldman. Une constitution ne peut le faire qu'en déclarant les droits et notamment les droits de propriété, en séparant véritablement les pouvoirs, en décentralisant verticalement et horizontalement, en appliquant la subsidiarité verticale et horizontale. Mais il ne faut pas s'illusionner. Une constitution n'empêche ni l'autoritarisme, ni le totalitarisme, ni la technocratie... Et de citer Georges Pompidou :

"Comment se ruiner ? Par le jeu ? C'est le plus rapide. Par les femmes ? C'est le plus agréable. Par les technocrates ? C'est le plus sûr."

P Bessard et JP DelsolLes institutions helvétiques se caractérisent, nous dit Victoria Curzon-Price, par la décentralisation politique et la démocratie directe. Il en résulte une concurrence institutionnelle vive, un processus de découverte institutionnelle permanente, une limitation du pouvoir politique et des impôts raisonnables, même si les dépenses publiques représentent tout de même 37% du PIB...

Pierre Bessard rappelle que le secret bancaire n'est pas un privilège mais une protection envers l'Etat et envers les tiers. De même les paradis fiscaux participent à la préservation des droits individuels et permettent un arbitrage vis-à-vis des excès budgétaires. La minimisation fiscale est un devoir moral. L'Etat devrait être au service des citoyens et non l'inverse. 

L'impôt est un moyen dans l'Etat limité à ses fonctions régaliennes, nous dit Jean-Philippe Delsol. Mais c'est une arme dans l'Etat-Providence, une arme au service d'une idéologie. Il s'agit d'égaliser, de déraciner les fortunes, selon l'expression d'un certain Maximilien Robespierre... Pour Jean-Philippe Delsol, qui est favorable à la flat-tax (l'impôt proportionnel, qui touche tout le monde) l'impôt progressif consiste à faire payer les riches (seuls 50% des Français payent l'impôt sur le revenu).

Après l'Etat-Providence.

salle rené casinMario Rizzo donne raison à Friedrich Hayek. L'extension de l'Etat, avec son accumulation de lois et de réglementations, est responsable de la crise que nous connaissons aujourd'hui. Il faut diminuer les dépenses publiques et réduire l'Etat. Pour y parvenir un consensus est nécessaire. Il ne surviendra que lorsque le fond aura été atteint.

Steve Davies souligne que réduire l'Etat-Providence rencontre des oppositions. Pourtant il ne peut pas perdurer. La vie sociale en est trop fortement endommagée. Couper dans les dépenses fait mal. Steve préfère donc présenter les choses autrement : le choix privé est l'expression de la liberté, qui seule permet la croissance du marché et la sortie de crise.

Tribune Uni été 2011Douglas Den Uyl expose les arguments avancés en faveur de l'Etat-Providence : la défense des pauvres, le besoin plutôt que le profit, l'égalité etc. Et ceux avancés pour le critiquer : l'Etat-Providence c'est donner aux uns en prenant aux autres, c'est la dépendance, l'inégalité réelle, la stagnation etc. Il ajoute que cela conduit surtout à l'atomisation de la société. Pourquoi ? Parce qu'il est contraire à la morale et encourage l'égo-centrisme.

En effet une personne ne peut être morale que si elle accepte la responsabilité de ses actes et qu'elle agit selon des principes. Ce qui suppose d'être libre de choisir ses principes d'action. Ainsi il est moral d'aider volontairement les autres en leur consacrant 10% des ses revenus. Il n'est pas moral que ce soit l'Etat qui prélève, par la coercition, ces 10% pour aider les autres.

Douglas Rasmussen traite de la justice. Le mot recouvre trois significations : la justice metanormative, la vertu de justice, la justice personnelle. La première a trait aux droits individuels qui sont limités par le consentement, la deuxième à la considération des autres, ce qui est différent de l'égalité de traitement, la troisième à deux maximes principales : connais-toi toi-même et deviens ce que tu es. Un ordre libéral doit fournir la justice metanormative qui permet à la vertu de justice et à la justice personnelle d'exister. En fin d'exposé, Douglas cite Benjamin Franklin :

"Where liberty dwells, there is my country" [là où la liberté demeure, se trouve mon pays]

Château Régis Saint MenetJean-François Mattei estime que la crise politique actuelle est une crise identitaire. Elle ne date pas d'hier. Paul Valéry en parlait déjà en 1919. Aussi a-t-il consacré son dernier livre aux procès faits à l'Europe. Il cite quelques exemples du refus d'assumer l'héritage :

 

- L'Union européenne a chargé une ONG, la Generation Europe Foundation, de recenser les fêtes religieuses européennes. Aucune fête chrétienne ni juive n'a été recensée. Coût : 5 millions d'euros.

- Aucun des sept billets libellés en euros ne comporte d'illustration réelle : elles sont toutes fictives [ci-contre le château Régis à Saint Menet où s'est achevée l'Université d'Été].

 

- Le projet de Constitution européenne ne faisait pas référence aux racines chrétiennes de l'Europe.

Tribune Uni 2011Le conférencier cite alors René Char :

"Notre héritage n'est précédé d'aucun testament."

Hannah Arendt se demandait comment utiliser cet héritage. En l'assumant, répond Mattei, en faisant nôtre ce qui le caractérise, et qui est l'objet de reproches : la découverte de l'universel et l'idée d'ouverture, qui sont les fruits de la liberté.

William Faulkner disait :

"Le passé n'est jamais mort, il n'est même pas passé."

Alors que faut-il faire ?

 

Petit déjeuner sous les platanesIl faut faire savoir que l'Etat-Providence est le problème et non pas la solution. Il est le problème parce que, s'il répond à des besoins réels, il manque de transparence et que l'information sur lui est proche de zéro. Les populations manquent d'éducation économique et subissent au contraire, de la part de l'Etat-Providence, une propagande qui est une éducation véritablement anti-économique.

 

Il faut faire savoir que l'Etat-Providence est immoral - il est par exemple immoral de transmettre des dettes aux générations futures - et que la conception de l'homme, libre et responsable, et l'économie sont inséparables. L'Etat-Providence s'oppose à la liberté et à la responsabilité et ne peut pas enseigner l'économie. Il n'enseigne que deux idéologies qui lui sont favorables : le socialisme et le keynésianisme.

Emmanuel Martin Un Monde LibreDans tous les pays occidentaux, il faut faire savoir quel salaire complet les personnes perçoivent, ou plutôt ne perçoivent pas, en réalité, quel est le jour de leur libération fiscale, à partir duquel elles travaillent pour elles-mêmes et non plus pour l'Etat, quel est le poids de la dette publique de leur pays en prenant des exemples concrets, plus parlants que des milliards d'euros, de dollars ou de francs suisses, qui sont bien abstraits.

Il faut transmettre le raisonnement économique en utilisant tous les moyens modernes existant, à destination de tout le monde, sa famille, ses proches, les médias, via Internet, des articles, des traductions, des films. Car les choses ne changeront pas sans la pression de la société civile. 

Je terminerai par cette citation de Jacques Garello, juxtaposant deux titres de livres écrits par Adam Smith :

"Les sentiments moraux font la richesse des nations."

Francis Richard

PS

J'ai bien conscience que ce compte-rendu de la 32e Université d'Été de la Nouvelle Économie est lacunaire. Tous ceux que je n'ai pas cités ou dont je n'ai pas rendu compte des travaux me pardonneront, j'en suis sûr. Comme lorsque je fais une recension d'un livre que j'aime, je n'ai pas d'autre ambition que de mettre en appétit.

Le programme de cet événement boudé par les médias se trouve ici.

Les deux dernières photos ci-dessus montrent que les participants savent non seulement penser, discuter, mais vivre... et chanter [Emmanuel Martin à gauche sur la dernière photo est non seulement un chanteur insigne mais l'animateur d'un site remarquable, Un Monde Libre, ici].
    
Compléments :

Anne Jolis parle de l'Université d'Été dans le Wall Street Journal ici.

On peut écouter l'intervention de Georges Lane du 23 août 2011 à l'Université d' Été sur le site de Lumière 101 à propos des Retraites au risque de l'étatisme ici.

Quelques liens utiles :

ALEPS :  http://www.libres.org/

Atlas Network : http://atlasnetwork.org/

Alerte éducation : http://alerteducation.eu/

Cato Institute : http://www.cato.org/

Contribuables associés : http://www.contribuables.org/

Entrepreneur Junior : http://www.entrepreneurjunior.org/

Institute for economic studies : http://www.ies-europe.org/

IREF : http://www.irefeurope.org/

Liberté Chérie : http://www.liberte-cherie.com/

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 01:00
The bowlerIl y a 210 ans, à Bayonne, le 30 juin 2011, naissait Frédéric Bastiat. Un article du Monde, daté du 3 janvier 2011, signé Nicolas Bourcier, le qualifiait de "Français inconnu" et de "référence des ultra-conservateurs américains". Nul n'est décidément prophète en son pays...

Il existe pourtant en France plusieurs rues Frédéric Bastiat, notamment à Paris, à Mont-de-Marsan et à Mugron, dans les Landes, d'où sa famille est originaire.

A l'angle de la rue parisienne et de la rue d'Artois se trouve un pub, The bowler, qui a servi de point de rendez-vous vendredi soir dernier à des amis sur Facebook,  pour célébrer ce Français inconnu, qui a tout de même inspiré aussi bien Margaret Thatcher que Ronald Reagan, noms que Nicolas Bourcier ne doit, à l'évidence, pas connaître non plus...

En deux mots rappelons donc que Frédéric Bastiat, mort à Rome le 24 décembre 1850, était tout à la fois un économiste défenseur de la liberté des échanges et des choix économiques par les individus, un philosophe défenseur de la liberté individuelle et de la responsabilité, un homme politique défenseur du désengagement de l'Etat dans les activités pour lesquelles les individus peuvent se passer de lui.

Anniversaire BastiatAu cours des échanges de ceux qui ont commémoré l'anniversaire de Bastiat, une nouvelle réjouissante a été annoncée par l'une d'entre eux : Atlas shrugged d'Ayn Rand va être publié le 22 septembre prochain en français. Ceux qui ne lisent pas l'anglais vont enfin pouvoir répondre à la question : who is John Galt ?

Après avoir vidé quelques bières les participants [la photo ci-contre n'en montre qu'une partie] se sont rendus dans un restaurant de la rue de La Boëtie pour y partager un repas, continuer leurs échanges sur la situation économique actuelle de la France, aborder d'autres sujets et faire réellement connaissance parfois, puisque certains ne se connaissaient que via Facebook.

Le lendemain 1er juillet 2011 commençait à Saint Paul-lès-Dax Le Week-End de la Liberté organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, dont l'objet est de "perpétuer la mémoire de Frédéric Bastiat et de propager sa philosophie de liberté, d'initiative et de responsabilités". ici.

Parti de Paris plus tard que prévu, votre serviteur n'a pas pu assister au cocktail et dîner du premier jour. Pendant les deux jours suivants il a eu le bonheur de suivre les huit conférences consacrées à La souveraineté de l'individu et [à] la coopération spontanée.
 
Bertrand Lemennicier, professeur d'économie à l'Université de Paris II Panthéon-Assas, a ouvert le feu avec une conférence suivie d'un débat sur la famille. Avec beaucoup d'humour il a expliqué que la disparition de la famille traditionnelle s'expliquait très bien par le changement des contraintes, notamment par la possibilité nouvelle donnée à la femme de travailler sans l'accord de son mari et par l'interventionnisme de l'Etat dans le financement de la famille obtenu grâce à l'électorat féminin.
 
Sur l'école, Lionel Devic, avocat, président de la Fondation pour l'Ecole a d'abord retracé l'histoire de l'école depuis les lois Ferry de 1881 et 1882 qui ont instauré l'école laïque, en passant par le principe posé en 1946 de l'éducation prérogative de l'Etat et en terminant par les lois Debré de 1959 qui ont associé l'école privée au service public. Pour retrouver un enseignement de qualité et former des élèves libres, il faut que les éducateurs soient également libres, ce qui ne peut se faire que par la création de classes hors contrat et par le chèque-éducation.

Jean-Pierre Ferro, ancien officier de la police nationale, a participé à la lutte contre le grand banditisme, la drogue, le terrorisme et le kidnapping à Paris, Bordeaux, Madrid et en Colombie. Les menaces mondiales ont augmenté, les budgets ont diminué. Au cours des quinze dernières années la sécurité privée a pris une importance considérable, sous des formes très diverses, jusqu'au point de représenter des milliers de milliards de dollars de chiffre d'affaires.

Week-end libéral DaxLa légitime défense n'est pas interprétée de la même manière dans tous les pays. En Belgique, Marc Cools, professeur de criminologie à l'Université de Bruxelles et de Gand, explique qu'elle n'est justifiée que pour les personnes et non pas pour les biens. Or de plus en plus le monopole légal de la sécurité est remis en cause du fait que les droits de propriété sont de plus en plus mal défendus. Hobbes était le plus grand menteur qui soit quand il affirmait : "L'Etat vous protège". La sécurité privée est l'alternative. D'autant que des études sur les armes menées en Irlande, en Grande-Bretagne, en Ecosse, en Australie et aux Etats-Unis, montrent que celles-ci ne sont pas un facteur d'augmentation de la criminalité.

 

Patrick Simon, avocat, montre toute la différence qui existe entre la loi, c'est-à-dire le droit décrété, et le droit naturel. La loi est édictée par l'Etat, elle impose des règles, l'autorité fait la loi, la loi est instable, elle dit le bien et le mal, elle a besoin d'un support matériel. Le droit naturel énonce des principes généraux nés de l'expérience, les règles sont spontanées, la justice fait le droit naturel, il s'agit de trancher entre un bien et un autre bien, le droit naturel évolue et résulte d'un processus de découverte, il existe sans qu'un support matériel ne soit nécessaire. Quand le droit naturel n'est pas respecté, la sanction arrive. La loi de 1948 de blocage des loyers en France s'est traduite par le fait que les propriétaires n'avaient plus intérêt à entretenir leurs biens...

 

Après un rappel historique sur la monnaie Philippe Nataf, professeur à l'Université Paris IX Dauphine, montre tout l'intérêt que représentent les banques libres. Cela suppose l'abolition du cours légal des monnaies, la liberté pour les banques d'ouvrir des comptes en or et la liberté pour elles de frapper des pièces en or.

Jacques de Guenin, fondateur du Cercle Frédéric Bastiat, rappelle qu'une entreprise résulte de contrats privés dont l'Etat ne devrait pas se mêler. Dans une économie libre les salaires devraient être librement négociés, en se souvenant qu'un salarié n'est pas employable si son coût marginal est supérieur au profit marginal que son employeur peut en retirer. Pour vivre l'entreprise doit continuellement s'adapter. C'est ainsi que le plein emploi peut être obtenu. Il n'y a pas besoin d'autorité extérieure pour répartir le temps entre le travail et les loisirs. Cela se fait par la négociation de même que la résolution des conflits.

Les interventions de l'Etat, en France, au contraire, provoquent le chômage. Le SMIC empêche l'embauche et coûte plus de deux fois ce que perçoit le salarié. Le Code du Travail empêche de se séparer des personnes qui ne font pas l'affaire et de diminuer les effectifs quand c'est nécessaire. Les 35 heures payées 39 ont peut-être créé 300 000 emplois de fonctionnaires mais ce sont autant de biens et de services dont les entrepreneurs et les consommateurs ont dû se priver. Car un emploi public est plus onéreux qu'un emploi privé, il est la plupart du temps inutile, voire nuisible, puisque rien n'empêche que sa productivité marginale soit inférieure à son coût marginal. Enfin les syndicats subventionnés par l'Etat n'existent que pour mettre de l'huile sur le feu. Dans le privé la syndicalisation est inférieure à 5%... et les conflits beaucoup plus rares que dans le public.

Quelle serait la constitution de la liberté ? C'est à cette vaste question qu'a tenté de répondre Jean-Philippe Feldman, avocat, professeur de droit à l'Université de Rennes. Pour les libertariens il n'est pas besoin de constitution. Pour les libéraux, ce n'est pas le cas. Après avoir passé en revue les différents types de démocraties, Jean-Philippe Feldman dessine le portrait de ce que devrait être, selon lui, le régime le plus à même de défendre la liberté. 

 

Il s'agirait d'une démocratie bi-camérale, où les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire seraient réellement séparés. Le scrutin devrait être majoritaire à un tour pour éviter l'instabilité et les manoeuvres entre partis. La constitution devrait être courte et simple à comprendre par ...les hommes politiques et par les citoyens. Sans être hostile à la démocratie semi-directe le conférencier évoque ses craintes en matière de souveraineté de l'individu et de la part des groupes de pression. Il n'aime pas non plus la rhétorique souvent employée dans ce cadre à l'égard de l'oligarchie.

 

Dans sa conclusion Patrick de Casanove, [voir photo ci-dessus] médecin, président du Cercle Frédéric Bastiat, cite Michel Guenaire :

"Le libéralisme c'est la morale de la liberté."

Le fait est que la loi ne crée pas la morale. C'est la morale qui doit inspirer la loi.

La morale de la liberté repose sur les six derniers des dix commandements :

- Tu aimeras ton prochain
- Tu ne tueras pas
- Tu ne voleras pas
- Tu ne convoiteras pas le bien d'autrui
- Tu ne mentiras pas
- Tu honoreras ton père et ta mère

Elle considère que les hommes sont inégaux mais également dignes.

L'Etat libéral laisse faire les bons et punit les mauvais. Il laisse faire la concurrence et le libre choix. Il est opposé à la spoliation légale, à l'arbitraire, à la soumission, à l'irresponsabilité collective, au mépris de l'individu. Tout homme a des capacités et des talents utiles à l'humanité.

La charité libre permet à l'homme de sublimer son destin dans l'amour du prochain :

"Faites aux autres ce que vous voudriez que les autres fissent pour vous" disait Frédéric Bastiat

Francis Richard
 

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 07:10

Colloque LibéralismeLe Cercle Démocratique Lausanne ici et le Liberales Institut ici ont organisé un colloque sur le libéralisme en Suisse le vendredi après-midi 12 novembre 2010 et le samedi matin 13 novembre 2010. Les interventions étaient faites en français, en allemand et en anglais.

 

Ce fut pour moi l'occasion, parmi les intervenants, de retrouver Victoria Curzon-Price, Pierre Bessard et Uli Windisch et de faire la connaissance d'Olivier Meuwly, de Pierre Weiss et de Philippe Nemo; parmi les auditeurs de renouer des liens avec des amis connus lors de la dernière Université d'été de la nouvelle économie d'Aix-en-Provence, en 2009 [voir mon article Le dissident russe Vladimir Boukovsky à l'Université d'Aix-en-Provence ].

 

Pour rendre compte des différentes interventions de ce colloque, je me suis inspiré largement des résumés mis à la disposition des participants, sans faire usage de guillemets qui auraient alourdi mon texte et qui n'auraient de toute façon pas correspondu à de réelles citations. 

 

La première demi-journée du colloque a été consacrée à l'histoire du libéralisme suisse.

 

Le premier intervenant, Alexis Keller, professeur à l'université de Genève, a parlé des sources intellectuelles du libéralisme suisse et a montré que les libéraux suisses, Usteri, Sismondi, Bellot, Zschokke, Monnard, Snell ou Cherbuliez, ont puisé leurs réflexions à trois sources principalement : la philosophie des Idéologues, la pensée politique britannique (l'utilitarisme et la culture whig écossaise) et la tradition républicaine. Ils s'inspiraient sans problèmes à la fois de Montesquieu, de Rousseau et d'Adam Smith.

 

Bela Kapossy, professeur à l'université de Neuchâtel, a montré ensuite quel rôle avaient joué les conflits internationaux dans la naissance du libéralisme suisse. Le libéralisme suisse est né au XVIIIème siècle. Il s'agissait, alors que se déroulait la guerre de Sept Ans, vers la moitié du siècle, pour les républiques de la Confédération, de trouver la meilleure manière de se défendre contre la pression économique et politique des puissances commerciales européennes. Modernisation de l'économie domestique, critique de la position privilégiée des villes, positionnement au sein de l'Europe d'une Suisse adepte de l'économie de marché ont nourri les débats des libéraux suisses dans la seconde moitié de ce siècle.

 

Karen Grossmann, professeur à l'Université de Zurich, à partir de l'étude des Constitutions successives  de la Confédération, de 1848, 1874 et 1999, constaste que la liberté absolue, présente à l'origine dans les deux premiers textes, s'est atomisée avec le troisième en libertés sectorielles et en droits fondamentaux, l'Etat limitant toujours plus la liberté et vidant de sens le rôle de contrôle du Tribunal fédéral toujours plus lié par la législation fédérale.

 

Olivier Meuwly, vice-président du Cercle Démocratique Lausanne et chargé de cours à l'Université de Genève, rappelle qu'une singularité du libéralisme suisse a été d'accepter l'Etat démocratique comme ferment d'une liberté au service du plus grand nombre. Le libéralisme suisse devra cette réconciliation avec la vocation gouvernementale au mouvement radical, au pouvoir pendant des décennies, au cours desquelles ce dernier développera l'Etat social, puis intégrera des socialistes au sein du Conseil fédéral. A la fin du XXème siècle il perdra de son influence, faute d'avoir réinventé des limites à l'Etat, au profit de l'UDC qui, certes, lui empruntera des éléments libéraux, mais assortis d'une vision conservatrice de la société.

 

Pierre Bessard, directeur du Liberales Institut et délégué de l'Institut Constant de Rebecque, évoque le rôle de refuge de la Suisse pour les libéraux pendant la Seconde Guerre mondiale sous la houlette de William Rappard, cofondateur de l'Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève qui accueillera, de 1934 à 1940, Ludwig von Mises, qui partira alors aux Etats-Unis, et, de 1937 à 1966, jusqu'à sa mort, Wilhelm Röpke. Après guerre, en 1947, la Société du Mont-Pèlerin ici, enregistrée aux Etats-Unis, mais financée par la finance et l'industrie suisses, réunira en Suisse les défenseurs de la liberté face au collectivisme. William Rappard prononcera d'ailleurs le discours inaugural. Le premier président en sera Friedrich Hayek et le second Wilhelm Röpke... 

 

Le marché et l'EtatRobert Nef, président du conseil de fondation du Liberales Institut, insiste justement sur l'actualité de Röpke. Son influence a été grande sur les décideurs qui se retrouvaient dans son éthique de l'économie de marché et adhéraient comme lui aux principes de la propriété et de la concurrence, au fédéralisme décentralisé et aux limites de l'Etat fiscal. Depuis, l'Etat providence, l'Etat redistributif et l'Etat titulaire ont pris une place démesurée, incompatible avec les idéaux de Röpke. Ce dernier, à travers ses nombreux ouvrages, gagne aujourd'hui en actualité. A ce propos son livre Au-delà de la loi de l'offre et de la demande a été réédité en français en 2009 ici.

 

Uli Windisch, professeur à l'Université de Genève, raconte plusieurs faits divers qui attestent que l'insécurité n'est pas seulement un sentiment mais une réalité. Il pose donc les deux questions liées entre elles : Faut-il un Etat fort pour assurer la sécurité ? Si oui, est-ce bien compatible avec le libéralisme ? Il expose l'exemple de la ville de New York, qui, après avoir été une des villes les plus dangereuses au monde, est devenue une des plus sûres. Il explique qu'aux habituelles prévention et répression s'est ajoutée la solution de la réparation. Le délinquant, le criminel, sont tenus de réparer les dégâts qu'ils ont commis. 

 

La seconde demi-journée du colloque a été consacrée à la philosophie et à l'économie.

 

Pour Philippe Nemo, professeur à l'ESCP-EAP ici et maître de conférence à HEC, dans l'après-guerre, le libéralisme, en tant que doctrine favorable aux libertés intellectuelles, politiques et économiques, a fait ses preuves. C'est ce qui lui a pemis de l'emporter sur le modèle communiste. Il définit d'ailleurs la liberté comme capacité de non imitation. Toutefois, selon l'intervenant, les théoriciens libéraux devraient éclairer mieux qu'ils ne le font leur réponse à ce qu'il appelle les effets du mimétisme, c'est-à-dire au phénomène des bulles. Dans les domaines de la gestion pluraliste des savoirs, des institutions politiques et juridiques, de l'économie, les théories libérales sont pleinement mûries. Mais elles doivent entreprendre d'autres chantiers sur des phénomènes (qui relèvent, d'autres disciplines, telles que la sociologie, la géopolitique, l'histoire ou la morale), tels que l'immigration, les revendications identitaires, le communautarisme ou le terrorisme.

 

Le libéralisme pourra-t-il ramener l'Etat à ses dimensions naturelles ? C'est à cette question qu'a tenté de répondre Gerhard Schwarz, directeur d'Avenir Suisse ici. L'Etat a trois dimensions : libérale, coopérative et subsidiaire. Le libéralisme ne refuse pas un tel Etat, nécessaire pour garantir la liberté et la propriété, mais il souhaite le maintenir dans des limites les plus petites possibles : "Aussi peu d'Etat que possible, autant d'Etat que nécessaire". Il n'y a cependant pas de mesure objective aux dimensions de l'Etat. On peut se donner des objectifs quantitatifs ou procéduriers pour le contenir. On peut dresser la liste de ses tâches. On peut formuler les lois de façon générale, ce qui permet de laisser la plus grande liberté à l'individu. On peut édicter des interdictions et non des commandements à agir. On peut restituer des domaines à la société civile et à l'économie de marché.

 

Victoria Curzon Price, professeur honoraire à l'Université de Genève et présidente du conseil d'administration de l'Institut Constant de Rebecque ici  fait l'éloge de la petite Suisse qui a su faire de ses handicaps des avantages en les surmontant. Les Suisses ont en effet développé depuis des lustres leur goût pour l'indépendance, l'originalité de leur offre et le commerce, toutes choses qui les ont prédisposés à échanger sur un marché extérieur devenu de plus en plus mondial. Leur refus depuis longtemps de la centralisation politique aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur est aujourd'hui pour elle un facteur important de compétitivité.

 

Vincent Valentin, maître de conférences à l'Université Panthéon-Sorbonne et à Sciences-Po, s'est attaché à montrer que le droit positif n'est pas une menace pour le libéralisme. Selon l'intervenant il faut distinguer entre science du droit et philosophie du droit. La science du droit est descriptive et ne se prononce pas sur la philosophie qui le sous-tend. Aux libéraux de faire valoir leur conception pour faire évoluer le droit.

 

Gerd Habermann, professeur honoraire à l'université de Potsdam et président exécutif de la F.A. von Hayek Stiftung ici, dresse un portrait du combat des libéraux contre l'Etat-providence depuis son apparition en Prusse au XVIIIe siècle. La critique est alors morale, esthétique, politique et économique. Elle est menée par Mirabeau, les auteurs "classiques" allemands et Emmanuel Kant. Au XIXe siècle les libéraux triomphent dans les domaines économique et politique. Mais les réformes de Bismarck viennent réduire à néant leurs efforts. Une période néolibérale s'ouvre après la Seconde Guerre mondiale, mais elle s'accommode d'un Etat providence de plus en plus égalitariste. Lueur d'espoir : les mouvements libéraux connaissent un renouveau ... à l'extérieur du Parlement.

 

Il revenait à Pierre Weiss, député au Grand Conseil genevois et vice-président du Parti Libéral-Radical, de conclure ce colloque. Le libéralisme a-t-il triomphé ? A-t-il gagné ou perdu une étape ? Difficile de répondre. L'intervenant pense que le libéralisme doit redonner toute sa place aux valeurs et à la morale, aux devoirs aussi bien qu'aux droits, qu'il doit dessiner un nouveau paysage dans lequel figurent en bonne place dignité, responsabilité et éthique.

 

Francis Richard

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 06:00

Le 25 août 2009, Vladimir Boukovsky [photo ci-contre, prise par votre serviteur], le dissident russe, a pris la parole à l'issue de la deuxième journée de la 31ème Université d'été de la Nouvelle Economie (ici) [1], qui se déroule depuis 31 ans à l'Université Paul Cézanne d'Aix-en-Provence, à l'exception de l'interruption de l'an passé. 

Sa conférence avait pour thème : Comparaison entre l'Union européenne et l'URSS, thème qui a fait l'objet de son dernier ouvrage, paru il y a quatre ans aux éditions du Rocher (ici) et intitulé L'Union européenne, une nouvelle URSS ?.

Pour les jeunes internautes il faut rappeler que Vladimir Boukovsky, avant d'être échangé par l'URSS, à l'âge de 34 ans, en 1976, contre le communiste chilien Luis Corvalan, a séjourné au total 12 ans en camp, prison et asile psychiatrique soviétiques. Il s'est rendu célèbre dans le monde libre à la faveur de la sortie son livre, au titre évocateur, Une nouvelle maladie mentale en URSS : l'opposition, publié au Seuil en 1971.

Lors de son intervention Vladimir Boukovsky a souligné les similitudes qui existent entre l'Union européenne et l'Union soviétique. Toutes deux ont la caractéristique d'être dirigées par des personnes non élues, la Commission et le Politburo, d'être contrôlées par un parlement réduit à l'impuissance, le Parlement européen et le Soviet suprême, d'être administrées par des technocraties composées de centaines de milliers de personnes jouissant de gros salaires et de privilèges exorbitants.

Si l'URSS s'est constituée par la contrainte militaire, l'UE se constitue par la contrainte économique. C'est quand l'URSS a cessé de se développer qu'elle s'est écroulée. Il est vraisemblable qu'il en sera de même avec l'Union européenne qui ne cesse de s'élargir. Avec l'Union soviétique il s'agissait de créer la nationalité soviétique, abolissant les nations, traditions et coutumes du passé. Il semble que ce soit bien le même but recherché par l'Union européenne qui veut leur substituer la nationalité européenne.

La corruption régnait en URSS, du haut vers le bas. L'Union européenne n'a rien à lui envier. Le déni de démocratie qui caractérisait la défunte URSS se retrouve de même dans l'Union européenne qui ne tient compte que des votes populaires favorables et refuse de tenir compte des votes contraires. Elle fait voter encore et encore, jusqu'à ce que les peuples fassent enfin le bon choix, celui de leur esclavage programmé.

Le politiquement correct a remplacé le goulag : il n'est pas bon aujourd'hui comme hier d'être un dissident. Vous risquez de le payer cher, d'être puni, d'être baillonné. 32 crimes ont été inventés, répertoriés pour vous condamner. Vous n'avez plus le droit, par exemple, de vous exprimer librement sur des sujets devenus tabous tels que la race ou la sexualité et encore moins d'en faire des sujets de plaisanteries. C'est le commencement de la perte de liberté et celui du goulag. C'est ainsi que l'Autriche a été frappée d'ostracisme parce que son peuple avait élu le mauvais gouvernement, aux yeux des élites de l'Union européenne.

L'Union soviétique, après s'être écroulée, est devenu un champ de ruines et le théâtre de guerres ethniques. C'est ce qui attend l'Union européenne, qui, tôt ou tard, subira le même sort. Certes, à l'Est, le communisme s'est installé violemment, et, à l'Ouest, la social-démocratie s'installe graduellement. Mais au final le résultat est le même parce que le but recherché est le même : l'instauration du paradis sur terre, bon gré, mal gré, et surtout mal gré.

Cette similitude entre l'Union européenne et l'Union soviétique n'est pas le fruit du hasard. Cette convergence a été voulue, même si elle a finalement échoué avec la réunification de l'Allemagne, qui a remis en cause les plans de Gorbatchev et des gouvernements socio-démocrates qui le soutenaient. Cette réunification a été un réel désastre pour lui. Vladimir Boukovsky pense que cette convergence se poursuit entre Vladimir Poutine et l'UE, qui paraît bien indulgente à son égard...

Vladimir Boukovsky répond alors à des questions. Pour lui  la solution, pour se sortir de ce piège, est de revenir à un espace économique européen et de renoncer désormais à toute construction politique européenne. Pour ce qui concerne le réchauffement climatique, il pense que d'en faire un problème global permet de faire croire que la solution ne peut être que globale et qu'elle ne peut être mise en oeuvre que par un gouvernement global. Alors qu'en réalité le changement climatique est en corrélation avec l'activité solaire et n'a rien à voir avec l'activité humaine.   

La veille de cette intervention qui s'est achevée par des applaudissements nourris, Vladimir Boukovsky avait reçu, dans le jardin du Pavillon Vendôme, des mains de  Jules Susini, adjoint-délégué au maire d'Aix-en-Provence, la médaille de la ville, dessinée par Paul Cézanne. A chaque Université d'été de la Nouvelle Economie il est de tradition qu'un de ses invités reçoive ainsi cette distinction de la part de cette ville d'accueil. J'ai filmé pour les internautes ce moment historique au cours duquel Monsieur Susini, sous le coup de la chaleur et de l'émotion, a fait un lapsus qui lui sera pardonné en raison de sa grande gentillesse :


En tout cas ceux qui rêvent de construire le meilleur des mondes européen feraient bien d'écouter ce héros de la liberté justement récompensé à Aix, s'ils veulent éviter que leur rêve ne se transforme en un véritable cauchemar.

Francis Richard 

[1] Lors du dîner inaugural de cette année, l'invité d'honneur était le président tchèque Vaclav Klaus. Dans son intervention ce dernier a remarqué que le titre de Nouvelle Economie n'était pas adéquat et qu'il lui faisait penser à l'économie keynésienne. Selon lui il vaudrait mieux parler d'économie éternelle. En fait ce titre de Nouvelle Economie est historique. Il avait été inventé par Jacques Garello, à une époque où l'on parlait des nouveaux philosophes et de la nouvelle cuisine, pour indiquer une rupture avec les idées économiques socialistes de l'époque.

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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