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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 22:55
Les livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à Cologny

2 juin 2015, par une chaude fin d'après-midi ensoleillée, à Cologny.

 

La Fondation Martin Bodmer  se trouve en haut de la rampe de Cologny. Il faut marcher une bonne heure depuis la Gare de Cornavin à Genève pour s'y rendre. Sur les pelouses, le long du quai Gustave Ador, des jeunes femmes et des jeunes hommes cuisent au soleil en tenues balnéaires...

 

La Fondation Martin Bodmer est avant tout une bibliothèque phénoménale, puisque 160'000 pièces originales y sont réunies. Ayant hérité d'une grosse fortune, alors qu'il n'est encore qu'un jeune homme, Martin Bodmer, bibliophile précoce, décide de la consacrer à l'acquisition d'éditions originales de tous pays et sur tous supports.

 

La Fondation Martin Bodmer est aussi un musée. L'exposition permanente retrace l'histoire de la civilisation. Au moment où Genève commémore le bicentaire de son entrée dans la Confédération helvétique, le 19 mai 1815, l'actuelle exposition temporaire est consacrée, jusqu'au 13 septembre 2015 aux Livres de la liberté.

Les livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à ColognyLes livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à Cologny

L'Institut Libéral organise donc ce 2 juin une visite guidée par le commissaire de cette exposition, Bernard Lescaze, historien, membre du conseil de la Fondation.

 

Sont exposées, dans cette exposition temporaire, les éditions originales de livres de libéraux anglais, français et... genevois. Si des traductions originales en français de livres d'Adam Smith ou de John Stuart-Mill sont présentes, ce sont les éditions originales de livres de Français et de Genevois libéraux qui prédominent, tels que: 

 

- pour les Français: Réflexions sur la formation et la distribution de richesses, d'Anne-Robert-Jacques Turgot, De l'esprit des lois de Charles de Montesquieu, De la démocratie en Amérique d'Alexis de Tocqueville, Harmonies économiques de Frédéric Bastiat, Commentaire sur l'ouvrage de Filangieri de Benjamin Constant etc.

 

- pour les Genevois: Principes du droit naturel de Jean-Jacques Burlamaqui, Le libéralisme de Jacques-Henri Serment, Théorie des peines et des récompenses d'Etienne Dumont etc.

Les livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à ColognyLes livres de la liberté, à la Fondation Martin Bodmer, à Cologny

Parmi les nombreuses anecdotes que Bernard Lescaze rapporte pendant la visite, il en est trois qui me marquent suffisamment pour que je me les rappelle une semaine plus tard.

 

La première illustre le fait qu'il existe un réseau de libéraux à travers l'Europe, qui correspondent entre eux, voire se rencontrent. Ainsi Burlamaqui connaît-il Montesquieu. Burlamaqui montre à Montesquieu, en 1747, l'édition qu'a faite pour lui, à Genève, le libraire Barillat de son livre sur les Principes du droit naturel. Cette édition plaît tellement à Montesquieu qu'il fera éditer De l'esprit des lois en 1748 par le même Barillat.

 

La deuxième est un démenti apporté aux histoires sur le libéralisme en général qui disent que le premier livre intitulé Le libéralisme a paru en 1903, sous la plume d'Emile Faguet... Or, Le libéralisme de Jacques-Henri Serment, que désigne dans une vitrine le conférencier, est paru en 1860... J'ajoute que la première occurrence du mot libéralisme est bien antérieure et date de 1818, dans le Journal de Maine de Biran, qui le définit comme "une doctrine favorable au développement des libertés" (sic)...

 

La troisième interpelle le stendhalien que je suis. L'exposition temporaire comporte un exemplaire original de La Chartreuse de Parme. Dans ce roman (page 147, Tome II des Romans et Nouvelles, Bibliothèque de la Pléiade, 1968), Stendhal met dans la bouche de Fabrice les paroles suivantes: "Les mots liberté, justice, bonheur du plus grand nombre, sont infâmes et criminels: ils donnent aux esprits l'habitude de la discussion et de la méfiance."

 

Stendhal n'ignore pas qu'en 1817, c'est en ces termes que Jeremy Bentham résume l'utilitarisme, dont est proche Jean-Baptiste Say: "[Il] établit comme seule fin qui convient à la visée du moraliste et du législateur le plus grand bonheur du plus grand nombre."...

 

Francis Richard

 

Pendant la durée de l'exposition Les Livres de la liberté, les jeudis à 18:30, une série de conférences ont lieu à la Fondation. Les prochaines sont données:

 

- Le 11 juin 2015 par Emmanuelle de Champs sur Un code constitutionnel pour toutes les nations professant des opinions libérales. Libéralisme et utilitarisme dans la pensée de Jeremy Bentham.

 

- Le 18 juin 2015 par Marie-Pierre Rey sur Le libéralisme d'Alexandre 1er, Tsar de Russie entre 1815 et 1820.

 

- Le 2 juillet 2015 par Laurent Theis sur François Guizot, un libéral sous la Restauration.

 

- Le 27 août 2015 par Pascal Couchepin sur Libéralisme et politique.

 

- Le 3 septembre par Philippe Roch sur Le libéralisme au défi de la croissance et de l'écologie.

 

- Le 10 septembre par Léonard Burnand sur Liberté et terreur selon Benjamin Constant.

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 23:20
Philippe Nemo invité de l'Institut Libéral à la Société de Lecture de Genève

Jeudi 26 mars 2015, il est dix-neuf heures passées. Nous sommes dans le Grand Salon Jaune de la Société de Lecture de Genève. Laquelle se trouve dans un bel hôtel particulier du XVIIIe siècle, au 11 de la Grand-Rue, dans la vieille cité. Un lieu magique, qui fait rêver, avec sa bibliothèque de 400'000 volumes...

 

Après une brève présentation de Philippe Nemo par Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral, l'auteur d'Esthétique de la liberté commence sa conférence sur La beauté d'une société libre.

 

L'idée d'écrire son livre est venue à Philippe Nemo lors d'un séminaire en Italie, à Dogliani, où il avait été invité à s'exprimer sur le thème de l'Anthropologie de la liberté, en octobre 2011. A cette occasion il avait pu établir la relation entre la beauté et la liberté, la beauté et le libéralisme. Et a contrario la relation entre le socialisme et la laideur.

 

Tout était en fait parti d'une fable de La Fontaine, Le chien et le loup. Où le loup, tout maigre et efflanqué qu'il est, apparaît beau, tandis que le chien, gras et poli, apparaît laid. Le premier est en effet libre, tandis que le second a le cou pelé par le collier dont il est attaché...

 

Philippe Nemo part de trois points:

 

1) Avec les philosophes grecs et chrétiens, et avec Kant, il apparaît que le vrai, le bien et le beau ne peuvent être poursuivis que dans la liberté. Avec Orwell, Arendt, Hayek et Zinoviev, que la laideur est la marque de la servitude;

 

2) Il ya un lien étroit entre l'être et l'avoir: la propriété privée permet de conserver ce que nous avons et ce que nous sommes, alors que le collectivisme confond les avoirs et empêche les êtres de se différencier;

 

3) Le voyage, qui comporte de l'imprévu, change l'être et révèle à nous-mêmes ce que nous sommes.

 

Conclusion: seules les sociétés libérales permettent de donner un sens à la vie.

 

Barry Smith, philosophe britannique qui enseigne à l'université de Buffalo, définit ainsi le sens de la vie: créer une forme originale, qui modifie le monde et qui est constatée par des témoins extérieurs. Exemples: Beethoven, Mahomet, Alekhine (joueur d'échecs), Faraday ont donné, dans cette acception, un sens à leur vie...

 

Or, seules les sociétés libérales, c'est-à-dire libres, maximisent les chances qu'un individu pris au hasard donne un tel sens à sa vie.

 

Philippe Nemo conteste cependant qu'il soit besoin de témoins extérieurs pour créer une oeuvre originale qui donne du sens à la vie: une vie peut avoir un sens sans conscience et inversement. Ce qui compte, c'est le commerce avec les idéaux de l'esprit, une oeuvre pouvant être créée en réalité sans conditions. Une vie, si brève soit-elle,  a d'ailleurs de la valeur si elle a plu à Dieu...

 

Pour Philippe Nemo, ce qui importe, c'est donc de poursuivre les idéaux de l'esprit: il faut ainsi préférer le bien au mal et aimer la vérité quand bien même elle n'est pas reconnue. Pour ce qui est de la beauté, il s'agit là d'un idéal de l'esprit différent des deux précédents.

 

Il existe en effet deux conceptions de la beauté:

- platonicienne: la beauté est transcendante, elle n'est pas fonctionnelle;

- aristotélicienne: toute découverte est merveilleuse, elle rend semblable à Dieu, elle est le signe de la perfection, c'est-à-dire, étymologiquement, de ce qui est fait entièrement.

 

Dans les deux conceptions, c'est l'idée d'éclat qui ressort. Le sage rayonne par sa beauté morale (les Grecs parlent de καλοκἀγαθία, Cicéron d'honestas): le sage est bel et bon, il pratique les vertus.

 

Pour que la beauté puisse éclore, il y a nécessité d'un contexte. Ce contexte pour l'homme doit favoriser l'exercice par lui des quatre vertus cardinales que sont la prudence, la tempérance, la force d'âme et la justice. Mais la première de ces vertus est encore la justice, parce que les autres s'ensuivent.

 

Il existe deux sortes de justice:

- la justice distributive (selon le mérite);

- la justice commutative (où il y a égalité dans les échanges).

 

On ne peut être pleinement juste que dans la cité. On ne peut pas être homme dans son coin. On ne peut pas l'être dans une société de servitude.

 

Dans sa Somme théologique , Saint Thomas d'Aquin, sur 3'000 pages, en consacre 2'000 à la morale et il passe en revue vertus et vices. Parmi les vertus connexes:

 

- la véracité peut se définir comme la propension à dire le vrai: la société socialiste favorise au contraire la tromperie sur la marchandise par l'irresponsabilité;

- la libéralité consiste à donner un peu plus que ce que l'on doit: on ne peut pas être libéral dans ce sens-là si l'on ne possède rien;

- l''esprit de paix reconnaît que la prédation n'est pas payante: il est difficile de commercer en cas de guerre et commercer, c'est renoncer à la violence;

- la tolérance revient à laisser autrui faire ce qu'il veut et à ne pas se préoccuper de ce qu'il fait: les socialismes, au contraire, sont intolérants, par construction, puisqu'ils font des comparaisons entre ce que possèdent les gens.

 

Toutes ces vertus ne peuvent donc se développer que dans le contexte d'une société libre, où on aime produire, et non pas dans celui d'une société socialiste, où on fait du lobbying, ce qui se traduit pas un amoindrissement de l'humain.

 

Philippe Nemo termine par les trois vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité. Ce ne sont pas des vertus qui sont en elles-mêmes favorisées par la société libre, mais il est tout de même plus facile de les y pratiquer que dans la société socialiste.

 

Répondant à des questions, Philippe Nemo remarque qu'en France les adversaires du libéralisme ont réussi leur coup en prenant l'école, que, si la gauche a perdu en fait la bataille des idées, elle n'en possède pas moins les institutions, qu'elle détient le pays légal et qu'elle n'écoute pas le pays réel...

 

François Hollande a déclaré qu'il ne lisait  pas de livres. En sortant de La Société de Lecture, je fais remarquer à Philippe Nemo la phrase latine - elle est de Saint Thomas d'Aquin -, inscrite sur son frontispice: "Timeo hominem unius libri", c'est-à-dire "Je crains l'homme d'un seul livre". Il me fait remarquer en retour que c'est une phrase qu'un musulman ne devrait en principe pas apprécier... Je lui réponds qu'il faut de toute façon craindre davantage l'homme d'aucun livre...

 

Francis Richard

 

Esthétique de la liberté, Philippe Nemo, 220 pages, PUF

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 17:45
Pierre Bessard, invité des Swiss Students for Liberty, à Fribourg

Hier soir, les Swiss Students For Liberty, antenne helvétique des Students For Liberty, recevaient à Fribourg Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral. Après un bref mot d'introduction de Frédéric Jollien, coprésident de l'association invitante, l'orateur, alternant le français et l'allemand, ce qui est une gageure, prenait la parole sur le thème:

 

La Suisse: refuge de la dictature de la majorité ou de la liberté individuelle?

 

Pierre Bessard, invité des Swiss Students for Liberty, à Fribourg

Au préalable, Pierre Bessard dit quelques mots sur l'Institut libéral, à l'auditoire composé exclusivement de jeunes femmes et de jeunes hommes, à l'exception notable du blogueur qui signe ce billet...

 

L'Institut libéral a été fondé en 1979. Il a "pour mission la réflexion et la recherche des idées de liberté" et "promeut la tradition et la culture suisses de liberté individuelle, de paix, d'ouverture et de diversité politique, et contribue au développement de la tradition intellectuelle libérale".

 

Très prochainement l'Institut sera présent à Berne, la capitale confédérale, où il ouvrira un espace d'accueil pour étudiants, où pourront avoir lieu des conférences et qui sera doté d'une bibliothèque d'ouvrages libéraux, souvent introuvables ailleurs.

 

La Suisse a une longue tradition de liberté. Les racines de cette tradition remontent au XIIIe siècle. Il s'est agi à l'époque de se défendre contre la tyrannie fiscale des Habsbourg et de la  remplacer par "une communauté volontaire liée par des règles communes minimales", d'organiser une défense mutuelle contre les agresseurs externes et d'instituer une justice impartiale basée sur les droits individuels de propriété.

 

Plus proche de nous, au XIXe siècle, la Suisse adopte la Constitution la plus libérale du continent, avec la liberté du commerce et des échanges, la liberté de mouvement et d'établissement et la liberté religieuse. Les penseurs libéraux suisses de l'époque sont, par exemple, Charles Monnard ou Frédéric-César de La Harpe, héritiers d'Emmanuel Kant, de Germaine de Staël ou de Benjamin Constant, disciples d'Alexis de Tocqueville.

 

La philosophie de la liberté, bien sûr, n'a pas été inventée en Suisse. Elle fait partie de l'héritage culturel de l'humanité. Lao-Tseu, philosophe chinois du VIe siècle avant JC, ne peut-il pas être considéré comme un des premiers penseurs libéraux, lui qui dénonçait déjà les "méfaits de l'interventionnisme et d'une fiscalité excessive pour l'harmonie de la société"?

 

La Suisse se distinguera également au XXe siècle en accueillant sur son sol la Société du Mont-Pèlerin, fondée en 1947 par Friedrich Hayek, économiste, juriste et philosophe, prix Nobel d'économie en 1974.

 

Dans la pensée libérale, la liberté est la valeur condition de toutes les autres. L'homme est capable de raisonner, il est doté d'un libre arbitre et il est responsable de ses actes. De même les règles morales, d'inspiration gréco-romaine et judéo-chrétienne, sont-elles les mêmes pour tous.

 

Dans la pensée libérale, l'être humain est propriétaire de lui-même et des fruits de son travail. La liberté des échanges, basée sur le respect des droits individuel, est par conséquent le contraire de la loi de la jungle. Elle permet la division du travail qui est à la base du développement des arts et des sciences.

 

Quel est le but du droit? Il est de limiter les prérogatives de la majorité. Comment? En fragmentant  les décisions politiques aux niveaux cantonal et communal, en réduisant l'Etat fédéral à un rôle subsidiaire, en limitant les activités de l'Etat, quel que soit son niveau, par des taux maximaux d'imposition et par le frein à l'endettement.

 

Dans cet esprit la démocratie directe est un droit de veto qui permet de limiter la démocratie représentative. Mais elle peut être aussi nuisible que l'activisme parlementaire ou gouvernemental quand elle prend la forme d'initiatives populaires interventionnistes comme ce fut récemment le cas avec l'initiative contre les minarets ou les résidences secondaires. A ce moment-là elle conduit à la centralisation et à la réglementation.

 

Au cours des dernières décennies, sous l'influence des idées socialistes, la démocratisation ou règle de la majorité, c'est-à-dire en fait la politisation, s'est étendue de plus en plus à des questions qui relèvent de l'économie de marché ou de la sphère privée, telles que les conditions de travail, l'énergie, la santé ou l'agriculture, remettant ainsi en cause les droits individuels, érodant par là-même la liberté et gonflant le périmètre d'intervention de l'Etat.

 

Cette tendance à une intervention plus grande de l'Etat est une illustration de la loi d'Adolf Wagner qui prédisait l'extension des tâches de l'Etat, qui seraient toujours plus onéreuses. Cyril Parkinson, énonçait une autre loi, s'appuyant sur une formule mathématique et expliquant que les effectifs de l'administration ne peuvent qu'augmenter chaque année de 5% quelle que soit l'évolution de la quantité de travail qu'elle a à effectuer...

 

Le fait est que, même en Suisse, les recettes de l'Etat augmentent de par l'évolution de l'économie et de la population et que le jeu consiste à ne pas les laisser sans emploi(s)...

 

Il existe pourtant des moyens efficaces de limiter l'Etat, dont certains ont déjà été évoqués plus haut:

 

- Les freins institutionnels, tels que le frein à l'endettement, le frein aux dépenses publiques, la baisse automatique des taux d'imposition;

- La limite de la part de l'Etat dans le PIB à 12-15%, qui, selon la courbe de Richard Rahn, correspond aux pourcentages de dépenses publiques optimales;

- L'endiguement de l'activisme parlementaire en réduisant le nombre des sessions comme au Texas ou au Colorado, qui n'ont lieu qu'une année sur deux;

- L'endiguement de l'activisme gouvernemental en réduisant le nombre de conseillers fédéraux de 7 à 5;

- La décentralisation;

- La culture politique de la liberté.

 

De par les questions posées par l'auditoire, il semble bien que la Suisse soit paradoxalement terre de mission, comme bien d'autres pays occidentaux, pour ce qui est de la culture politique de la liberté. Des années d'Etat-providence ont bien réussi à formater les esprits d'une génération qui n'a rien connu d'autre...

 

Francis Richard

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 23:30
La journée libérale romande 2014 à Lausanne

Ce samedi 8 novembre 2014 a eu lieu, dans un hôtel de Lausanne, la première édition de La Journée libérale romande. Organisée conjointement par l'Institut libéral et le Cercle libéral de Lausanne, elle a réuni quelque 80 participants.

 

Le matin.

 

Dans une brève présentation de la Journée, Pierre Bessard, directeur de l'Institut libéral, rappelle que le libéralisme romand et la social-démocratie ne peuvent pas être confondus, ne serait-ce que parce que les valeurs éthiques du premier ne comprennent pas la moindre dose de socialisme comme c'est le cas de la seconde.

 

Puis, étant le premier intervenant d'une journée placée sous le thème Comment renouer avec les valeurs éthiques d'une société libre?, il aborde sa communication, Une constante suisse romande: le libéralisme éthique de Charles Monnard et de Louis Guisan, non sans avoir signalé que vient de paraître son livre, Charles Monnard l'éthique de la responsabilité, où sont exposées les convictions personnelles de ce dernier et les conclusions qui peuvent en être tirées de nos jours.

 

Charles Monnard (1790-1865) et Louis Guisan (1911-1998) étaient tous deux des libéraux vaudois. Charles Monnard était pasteur, professeur de littérature, journaliste, historien et homme politique (député au Grand Conseil du canton de Vaud, député à la Diète fédérale). Louis Guisan était avocat, directeur de la Gazette de Lausanne, homme politique (conseiller d'Etat du canton de Vaud, conseiller national, conseiller aux Etats).

 

Pour l'un comme pour l'autre le libéralisme est une façon d'être, dans tous les domaines de la vie. Charles Monnard était marié à une Allemande et Louis Guisan à une Grecque... Tous deux ont le souci d'approfondir leur réflexion avant d'agir en politique, Charles Monnard par la fréquentation du Groupe de Coppet, Louis Guisan par ses rencontres libérales. S'ils ont tous deux de fortes convictions, ils respectent celles des autres.

 

Charles Monnard parle de la liberté en ces termes: "La liberté est la condition d'une vie complète. la condition de la civilisation, du développement de la pensée, de l'activité, de l'industrie, des lettres, des sciences, la condition des progrès de l'humanité." Pour Louis Guisan, "l'action des libéraux n'a qu'une raison d'être, la sauvegarde des libertés personnelles".

 

Tous deux pensent que des erreurs individuelles sont moins graves que des erreurs collectives et sont en faveur d'un Etat limité. Louis Guisan dit ainsi qu' "en libéralisme pur, l'Etat n'existe pas" et que "la loi garantit l'usage des libertés". Il considère que "rien n'est plus antisocial que le prélèvement par l'Etat de sommes qui ne sont pas indispensables à son office".

 

Quant à Charles Monnard, il ironise sur les hommes politiques attirés par le pouvoir: "S'armer du sceptre de l'autorité et du glaive de la loi, étaler un luxe militaire, briller à la tête des armées, lever des impôts, puiser dans le trésor public, dispenser des faveurs, et par-dessus tout commander aux hommes: que de séductions!"

 

Louis Guisan montre - il y a quelque soixante ans déjà - la pente suivie par l'Etat-providence, qui conduit à l'infantilisation générale et au totalitarisme: "La politique sociale, si elle est laissé à elle-même, est condamnée à se développer de plus en plus jusqu'à devenir totale. A ce degré de perfection elle n'a plus de social que le nom: non seulement elle a confisqué toutes les libertés personnelles, mais encore elle a détruit les sociétés naturelles que sont la famille, l'entreprise, la commune, les unes et les autres diluées dans l'Etat totalitaire." Le remède est de mettre l'Etat à la diète...

 

Pour conclure, quels sont les critères d'une solution pour revenir aux valeurs éthiques:

1) Que les gens disposent de leur salaire plutôt que de prestations;

2) Que les prestations se fassent par les communautés naturelles;

3) Que les conditions économiques soient celles de l'économie de marché et non pas de l'étatisation.

 

Aucune question n'étant posée, Pierre Bessard passe la parole à l'intervenant suivant.

La journée libérale romande 2014 à Lausanne

La communication de Damien Theillier, philosophe, président de l'Institut Coppet, est intitulée La philosophie de la liberté et les valeurs morales.

 

A gauche comme à droite, par exemple chez Jean-Claude Michéa  comme chez Eric Zemmour, le but de l'action politique est de remodeler la société. Ce qui s'avère impossible en raison des obstacles incontournables que sont heureusement les droits individuels. Aussi, quand l'un comme l'autre parlent de la liberté, en font-ils une caricature. Ils ne voient pas que la liberté est le pilier d'une société juste.

 

L'analyse économique est insuffisante pour rendre compte de la crise actuelle. Car la crise actuelle est d'abord une crise morale.

 

Les gens de droite comme de gauche commettent l'erreur philosophique de considérer la liberté comme une valeur parmi d'autres, telles que la nation, la tradition, la solidarité, l'égalité. Ils ne voient pas que la liberté, en effet, n'est pas une valeur, mais qu'elle est transcendantale, comme l'avaient vu Aristote et Saint Thomas d'Aquin.

 

La société n'a pas de droits. Seul l'individu a des droits. Seuls les actes individuels permettent de juger d'une société qui n'existe que parce que des individus s'associent.

 

Un Etat n'a pas non plus de réalité indépendante des individus. Sinon, ce qui est immoral pour les individus pourrait ne pas l'être pour l'Etat. D'autre part, la liberté bien comprise contient en elle-même ses propres limites et le remède à ses propres excès.

 

Car la liberté bien comprise est synonyme de propriété. Que cela signifie-t-il? Que chaque homme a un droit absolu sur sa personne et sur ce qu'il a légitimement acquis. Aussi bien ne faut-il pas confondre propriété et propriété foncière. La propriété de soi implique que nul n'a le droit d'utiliser un individu sans son consentement, excepté pendant l'enfance où la propriété de soi est déléguée temporairement aux parents.

 

La propriété est un droit naturel. Il n'est pas un droit concédé par la volonté d'un individu, ni par celle de l'Etat. C'est à l'opposé de ce que pensait Jean-Jacques Rousseau, pour qui la loi créait de la propriété, pour qui la liberté résultait d'une convention.

 

Qu'est-ce qu'un crime? Une agression contre la propriété, autrement dit c'est vouloir disposer de la propriété d'autrui. Il ne faut pas confondre agression avec nuisance. Nuire ne se traduit pas par la disposition de la propriété d'autrui. Il en va ainsi de l'expression d'une opinion choquante. Ainsi la tentation est grande d'interdire une opinion choquante, ce qui revient à criminaliser la pensée et ce qui pose alors la question de la limite de la censure.

 

Etre caricaturé, par exemple, ne fait pas plaisir. Mais la solution n'est pas d'interdire, c'est de critiquer, d'ouvrir le débat public. Il n'est pas question de renoncer à ses convictions, il est question d'accepter les conséquences les plus dérangeantes de la liberté et de se lancer dans le débat.

 

Il est deux sortes de violence, la violence agressive qui est criminelle et la violence défensive qui est légitime. La solution n'est donc pas la même quand il s'agit d'une nuisance ou d'un crime.

 

De même il faut distinguer entre vice et crime. Qu'est-ce qu'un vice, sinon ce qui nuit à soi-même. Qu'est-ce qu'un crime, sinon ce qui porte atteinte à autrui. On peut tolérer les vices, mais pas les crimes.

 

Encore une fois, le fait de tolérer les erreurs des autres n'empêche pas de les combattre, mais la seule manière de le faire est la parole. Par exemple la consommation de drogues, la prostitution, ce n'est pas bien, mais ce n'est pas criminel en soi. La liberté bien comprise est la solution et consiste à porter secours à ceux qui dérivent. Mais ce n'est pas à l'Etat, comme certains le préconisent, de prendre en charge les drogués ou les prostitués.

 

Quel est le plus grand criminel de l'Histoire? L'Etat. Quand il règlemente, quand il taxe, quand il redistribue etc., il viole les droits de propriété. Des anti-libéraux pour justifier ces viols de l'Etat, objectent que la liberté est relative, qu'elle est source de désordres... Dans une société libre les droits de propriété sont protégés et permettent de dégager des ressources pour se consacrer aux autres.

 

Ayn Randt disait : "Si les hommes veulent s'opposer à la guerre, ils doivent combattre l'Etat. Aussi longtemps qu'ils soutiennent la notion tribale que l'individu est bon à être sacrifié à la collectivité, que certains hommes ont le droit de régner sur les autres par la force et qu'un « bien » (n'importe quel « bien ») peut le justifier - il ne peut pas y avoir de paix à l'intérieur d'une nation, ni de paix entre les nations."

 

Pour d'autres anti-libéraux, la liberté n'existe pas. Il n'y aurait pas d'individus mais des relations. Le fruit du travail n'appartiendrait pas à l'individu, puisqu'il n'existe pas, mais à la société. Comme l'individu existe tout de même et que chacun veut sa part du gâteau, l'activité législative va consister à faire des lois au profit des uns ou des autres... Une solution pour limiter l'inflation législative serait de diviser par 2, par 3 le nombre des législateurs...

 

Des questions sont posées sur:

- l'acceptation de salaires de misère qui ne permettraient pas de survivre: ils sont justement acceptés parce qu'ils permettent de survivre et d'améliorer sa condition.

- les ressources limitées de la planète: elles ne deviennent des ressources qu'à partir du moment où l'intelligence humaine en fait des ressources.

- la surpopulation en Suisse: les terres construites ne représentent que 6 à 7% du sol hors régions alpines...

- les biens collectifs: une solution est de privatiser pour responsabiliser, ce qui permettrait de résoudre les problèmes environnementaux.

- l'immigration: elle résulte de la pompe aspirante que représente l'Etat providence et/ou de la fuite de l'oppression et de la misère, conséquences de la détention de la propriété par un petit nombre qui empêche les autres d'y accéder.

- la distinction entre droit et loi: la loi n'a pour fonction que de protéger le droit naturel (la majorité démocratique est illégitime quand elle le viole).

- la propriété: le christianisme a concilié la destination universelle des biens avec la nécessaire appropriation individuelle.

La journée libérale romande 2014 à Lausanne

L'après-midi.

 

A l'issue d'un déjeuner-buffet, Tibère Adler, directeur romand du think tank Avenir Suisse, ancien directeur général d'Edipresse , fait part à l'assistance de ses remarques sur les Responsabilités éthiques dans les entreprises privées.

 

Préalablement l'intervenant évoque le rôle que joue l'organisation qu'il dirige. D'inspiration libérale, elle n'intervient pas dans le débat politique mais mène des études prospectives sur la Suisse et fait des propositions. Ces études sont orientées chiffres.

 

Avenir Suisse a publié par exemple des études sur l'immigration et sur la démographie et s'est intéressée à la réglementation helvétique.

 

En 50 ans la population de la Suisse est passée de 5,5 millions à 8 millions d'habitants, la même progression que la République fédérale, pendant la même période, à la différence près que cette dernière a vu sa population augmenter de celle de l'Allemagne de l'est après la réunification.

 

Quand des Suisses craignent la surpopulation de leur pays, cela fait rire les Singapouriens. En effet la densité de la population en Suisse est de 350 habitants au km2 hors régions alpines, alors qu'elle est de 7'000 habitants au km2 à Singapour...

 

Si la Suisse occupe les premiers rangs mondiaux en matière d'économie, elle se trouve entre le 20e et le 60e rang pour la réglementation: chaque année 7'000 pages s'ajoutent à la jungle réglementaire existante... Avenir Suisse propose cependant une nouvelle réglementation: celle d'un frein à la réglementation comme il en existe un à l'endettement.

 

Que doivent être les valeurs éthiques? Des valeurs librement choisies.

 

Par exemple il existe un Code suisse de bonnes pratiques en matière de gouvernance des entreprises. Ce ne sont que des recommandations, mais les entreprises qui y dérogent sont montrées du doigt. Il y a pourtant dans ce code des recommandations en matière de composition des conseils d'administration, qui, si elles étaient suivies à la lettre, conduiraient à n'avoir plus que des administrateurs incompétents...

 

En fait on assiste à un glissement des valeurs choisies au normatif, à l'analyse de façade, alors que chaque entreprise devrait choisir elle-même quels buts, en dehors du profit, elle entend poursuivre.

 

Tibère Adler remarque qu'il y a un changement de perception. Il donne pour exemple l'optimisation fiscale qui était considérée naguère comme une pratique de bonne gouvernance et qui ne l'est plus. Il regrette que des comportements anciens soient jugés à l'aune des standards actuels.

 

Tibère Adler estime donc que les valeurs éthiques doivent être choisies par les entreprises, mais qu'elles doivent être cohérentes et les respecter une fois choisies.

La journée libérale romande 2014 à Lausanne

Trois ateliers participatifs sont proposés, à choix:

 

- Libéralisme et médecine

- Libéralisme et morale

- Libéralisme et religion

 

C'est au deuxième de ces trois ateliers que j'ai assisté, avec plus d'une trentaine d'autres personnes inscrites.

 

L'introduction est faite par Romain Miceli, économiste, membre du comité du Cercle libéral de Lausanne. Sa thèse est qu'il n'est pas possible de comprendre le célèbre livre d'Adam Smith sur La richesse des nations sans lire simultanément sa Théorie des sentiments moraux. Car Adam Smith n'est pas seulement un économiste mais également un philosophe.

 

Pour Adam Smith, si l'homme est un animal égoïste, il y a dans sa nature des principes "qui le conduisent à s'intéresser à la fortune des autres et qui lui rendent nécessaire leur bonheur, quoiqu'il n'en retire rien d'autre que de les voir heureux". Ces principes, Adam Smith les nomme "sympathie", qui correspond aujourd'hui au terme d'empathie.

 

Pour expliquer l'existence d'une telle sympathie, Adam Smith fait intervenir la notion de "spectateur impartial" qui permet à l'homme de jeter un regard extérieur sur les autres et sur lui-même, qui permet à l'homme de faire preuve des trois vertus fondamentales que sont, aux yeux de Smith, la prudence, la justice et la bienveillance.

 

Victoria Curzon Price, professeur honoraire d'économie politique à l'Université de Genève, présidente du comité de l'Institut libéral, commente ce qui vient d'être présenté.

 

Thomas Hobbes disait que l'homme naît mauvais - l'homme est un loup pour l'homme - et qu'il a besoin d'un léviathan pour l'empêcher de faire du mal.

 

Francis Hutcheson disait que l'homme naît avec un compas moral, qu'il désire le bien des autres et qu'une société libre est possible.

 

Adam Smith, élève d'Hutcheson, disait que l'homme est égoïste mais que son égoïsme est tempéré par la main invisible: il crée du bien sans avoir l'intention de le créer.

 

Adam Smith estimait que l'Etat était nécessaire pour assurer la paix et l'ordre social, qui étaient plus importants à ses yeux que le soulagement des misérables: l'Etat ne devait pas s'en mêler.

 

Il y a deux façons légitimes d'acquérir des biens: l'échange et l'héritage. L'échange volontaire encourage la division du travail, ce qui revient à offrir aux autres ce qui leur manque le plus. Il n'y a rien de mieux, dans un marché, que la concurrence pour offrir des produits de qualité. La concurrence pousse dans la bonne direction, elle remplace Dieu et l'enfer...

 

La propriété n'est légitime que si elle est obtenue sans violence, sans vol, sans monopole, sans privilège, sans triche, autrement dit elle n'est légitime que si elle est obtenue en respectant les contrats, d'où l'importance de l'Etat de droit qui doit veiller à ce que les droits de propriété soient respectés.

 

La conduite juste - le spectateur impartial d'Adam Smith n'est autre que la conscience - est donc de respecter la propriété d'autrui, qu'il s'agisse de celle des personnes embauchées, des clients, des fournisseurs, de la communauté locale etc. C'est pourquoi il ne faut pas privilégier les actionnaires au détriment des autres contractants.

 

Le profit, du moins à court terme, ne doit pas être le principal moteur, ni ce qui doit inciter à l'action: il faut, au préalable, soigner tous les contrats et fournir aux clients ce qu'ils désirent. Si tout est respecté, alors le profit valide l'action et est le signal de sa réussite.

 

Aujourd'hui l'Etat de droit (que l'on doit à la chrétienté qui a mis en avant l'individu, sa responsabilité et sa liberté...) est en grand danger: une fois disparu, on ne sait comment le recréer...

 

Au cours de la discussion est évoquée la différence culturelle entre le monde germanique, pour lequel, avec Emmanuel Kant, il existe chez l'homme des pulsions bonnes et mauvaises, et le monde anglo-saxon, pour lequel, avec Adam Smith, la concurrence pousse dans la bonne direction.

 

Le principal de la discussion porte sur les relations entre développement économique, Etat de droit, droits de l'homme et démocratie.

 

N'y a-t-il pas, par exemple, de développement économique dans les Emirats, en Chine et à Singapour, sans qu'il n'y ait d'Etat de droit? Dans les deux premiers cas, l'absence d'Etat de droit se fera sentir un jour ou l'autre, car la liberté est nécessaire à la créativité réelle. Dans le cas de Singapour, s'il n'y a pas de démocratie au sens occidental, il existe tout de même un Etat de droit qui respecte et fait respecter les droits de propriété.

 

A contrario, certaines démocraties respectent-elles les droits de propriété? Et quand l'Etat intervient dans le domaine monétaire, les respecte-t-il?

 

Francis Richard

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 23:00
4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 2/2

Sous l'égide de l'Institut Economique Molinari, de 24h GOLD et du Groupe ESC Troyes en Champagne, du 10 au 12 octobre 2014 a eu lieu la 4ème édition de l'Université d'automne en économie autrichienne.

 

Plus de 60 participants ont assisté aux différentes conférences dans les locaux du Campus Brossolette du Groupe de l'ESC Troyes.

 

Samedi 11 octobre, l'après-midi

 

Nikolay Gertchev, économiste à la Commission européenne, traite de la microfinance et de la sortie de la pauvreté.

 

Le but de la microfinance est de fournir une offre de crédit, d’épargne et d’assurance aux plus démunis.

 

Muhammad Yunus aurait fondé la première institution de microcrédit pour les pauvres, la Graamen Bank. En fait ce n’est pas la première institution de ce genre dans l’histoire. Les premières sont d’inspiration chrétienne.

 

En 1670 aux Pays-Bas, en 1689 en France, Lorenzo Tonti lance les tontines rotatives, qui sont des mises en commun de petits montants, utilisés par l’ensemble des participants, à tour de rôle.

 

En 1862 Frédéric-Guillaume Raiffeisen lance des coopératives de crédit, petites banques de villages, qui donneront naissance au Crédit Mutuel en France et au groupe Raiffeisen en Allemagne, Autriche et Suisse.

 

La microfinance de la Graamen Bank, à ses débuts, ce sont des prêts de petits montants, entre 100 et 1'000$, de courte durée, de 12 à 18 mois. Il n’y a pas d’hypothèques. Ces crédits sont garantis par un groupe. Les remboursements se font chaque semaine et le groupe se réunit chaque mois pour faire le point. Les taux d’intérêt sont élevés, de 20 à 100%, mais ils couvrent les seuls coûts administratifs. Il y a peu de créances douteuses.

 

Le processus de crédit comprend trois phases : l’octroi du prêt, une activité artisanale, le remboursement. 

 

A l’origine ces prêts étaient destinés à assurer un fonds de roulement. En réalité, pour la moitié d’entre eux, ce sont des crédits à la consommation, qui financent nourriture et vêtements. Et les emprunteurs sont des femmes, dans une très grande proportion.

 

La microfinance fonctionne en partie avec des « dons » de la part des gouvernements…

 

Dans la première version de la Graamen Bank, il s’agissait de groupes d’auto-aide, avec le concours d’ONG. Les prêts se faisaient à petite échelle, à une population essentiellement rurale et féminine. Les profits s’élevaient à 1,5 million de dollars et les subventions à 16 millions de dollars (une subvention de 11 cents par dollar prêté).

 

Dans la seconde version, l’échelle du microcrédit est planétaire. Les dépôts s’élèvent à 90 milliards de dollars et les prêts à 100 milliards de dollars. La Graamen Bank II est une banque à réserves fractionnaires qui doit faire des profits comptables et qui est régulée par un organisme de contrôle.

4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 2/2

Pourquoi s’est-on orienté vers le microcrédit ? Parce que les pauvres restaient pauvres, qu’ils ne disposaient pas d’actifs, qu’ils avaient affaire à des usuriers, que le marché ne marchait pas pour eux et que l’aide au développement avait échoué. Le microcrédit présentait les avantages de leur fournir un accès au financement, de bénéficier d’une garantie collective. Il ne s’agissait pas, prétend-on, d’une politique de redistribution. La preuve, les pauvres étaient capables de rembourser…

 

La création de richesse est-elle un problème de financement ? La réponse est non. Le crédit est en effet un échange de biens présents contre des biens qui doivent encore être produits et il n’augmente pas en soi la quantité de biens disponibles.

 

D’où proviennent les ressources ?

 

S’il y a augmentation de l’épargne réelle, alors le fonds de réserves augmente, la structure de production s’élargit, les actifs sont en hausse et les remboursements se font.

 

S’il n’y a pas augmentation de l’épargne réelle et qu’il y a seulement expansion des signes monétaires, le fonds de réserves ne change pas, l’inflation se propage (effet de Cantillon), il n’y a pas davantage de biens futurs, les remboursements ne se font pas.

 

Dans le cas de microfinance, les ressources proviennent de donateurs étrangers et du crédit bancaire local. Ces ressources ne sont pas des biens physiques réels. Il s’agit de redistribution de ressources existantes : les prix augmentent, il y a un phénomène de rareté invisible, l’amélioration de la condition de certains se fait aux dépens des autres.

 

A quoi servent les ressources ?

 

A une activité productive : les produits futurs servent à rembourser le crédit et le surplus est suffisant pour entretenir l’activité ; il y a une amélioration temporaire, mais cela conduit à un endettement progressif. 

 

A une activité de consommation : Les remboursements ont pour conséquence des restrictions de consommation futures et les ressources sont détruites.

 

L’examen des 16 règles non financières de la Graamen Bank montre bien les limites inhérentes au microcrédit, puisqu’il s’agit de créer un groupe d’entraide auto-suffisant (autarcie), de réduire le nombre d’enfants (contrôle des naissances), de réduire les dépenses (restrictions), de rejeter le système des dots (l’épargne), de mettre en commun (collectivisme) pour investir. Ces règles se traduisent finalement et concrètement par davantage de travail pour les femmes et de disponibilités pour les hommes…et par des conflits dans les familles.

 

En conclusion, il n’y a pas de solution indépendante et permanente à la pauvreté. Le microcrédit permet d’alléger les conditions de certains, mais c’est aux dépens d’autres (subventions), puisqu’en réalité c’est un outil qui leur permet de profiter de l’inflation montante (création monétaire).

4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 2/2

Guido Hülsmann, professeur d’économie à l’Université d’Angers, traite de la politique économique de la finance.

 

Le mot finance vient du verbe latin finare, qui signifie terminer, finer (vieux français), finir.

 

Le rôle de la finance est de procurer les moyens nécessaires à l’achèvement de l’activité humaine. Achever nécessite du temps. L’art de l’activité humaine est d’achever.

 

Les moyens proviennent de l’épargne. Elle est nécessaire pour alimenter la consommation de ceux qui ne produisent pas eux-mêmes les produits de consommation. L’épargne est donc en lien avec la production et la consommation.

 

D’où viennent les biens de consommation qui servent à produire d’autres biens ? Ce sont ceux qui n’ont pas été entièrement détruits.

 

Si Robinson épargne, c’est-à-dire s’il réserve une partie de ses produits d’aujourd’hui pour les jours suivants, il le fait pour lui-même. Si la dépense à la consommation diminue, les producteurs de consommation diminuent leur production et doivent augmenter leur productivité. Il en résulte l’affectation de plus de personnes à la production de biens de capital (les machines, les matières premières, les composants, les fournitures, l'éclairage, le chauffage et la publicité).

 

Dans une économie libre, la monnaie naturelle provient du libre choix des uns et des autres : les monnaies marchandises (or, argent), le bitcoin (fruit d’un algorithme protégé contre les atteintes : il est difficile de l’augmenter) sont en quantité limitée, contrairement à la monnaie fiduciaire (réserves fractionnaires). Que la masse monétaire soit limitée n’est pas un obstacle à la croissance économique. Si la production, les quantités vendues augmentent, les prix baissent.

 

De quoi est faite l’épargne ? Elle provient des revenus gagnés lors de périodes précédentes pour financer les activités de la période actuelle. C’est pourquoi l’essentiel de l’épargne est constitué du chiffre d’affaires des producteurs de biens de capital, et non pas de leur autofinancement. Ces entreprises investissent, perçoivent leur revenu global, leur chiffre d’affaires et l’affectent à leur consommation ou à leur épargne. En comparaison l’épargne des ménages est très faible. Le taux d’épargne des économies développées est de l’ordre de 60%, en France comme ailleurs.

 

Pour que la division du travail ait lieu, la finance interpersonnelle prend deux formes : intentionnelle, c’est le marché financier ; non intentionnelle, c’est la thésaurisation. Dans le cas du marché financier il y a échange d’épargne contre l’espérance d’un paiement futur, qu’il s’agisse d’obligations ou d’actions. Les deux sont bénéfiques parce qu’elles permettent la coopération entre épargnants et utilisateurs de l’épargne. Les deux formes sont donc différentes : le marché financier est contractuel et rémunère l’épargne, la thésaurisation n’a pas de bénéficiaires spécifiés et sa rémunération est indéfinie.

 

La thésaurisation est intéressante en période de baisse des prix. Mais elle a des limites. En effet il est impossible de ne rien dépenser. D’autre part l’argent tangible représente la sécurité par rapport aux produits financiers. Enfin il permet d’éviter le crédit quand le pouvoir d’achat de la monnaie grandit.

 

Quand l’Etat intervient, il crée des obligations forcées : la taxation, les assurances maladie et les retraites publiques et obligatoires, les droits de succession, les pensions alimentaires etc. Les droits et les obligations financières sont plus importants que dans une économie libre. Comment les honorer sans monnaie fiduciaire ? C’est là que l’Etat intervient dans le domaine monétaire et peut créer autant de monnaie qu’il veut. Pour ce faire, il dispose d’un instrument, la banque centrale. Les obligations financières peuvent être honorées, mais le financement réel n’est pas amélioré pour autant.

 

Le processus est le suivant : les marchés financiers montent en puissance ; les prix montent ; la thésaurisation baisse ; l’autonomie des ménages est réduite ; le gaspillage de l’épargne est facilité ; l’Etat consomme plus d’épargne qu’il n’en produit ; les freins naturels sont éliminés et l’investisseur ne prend pas de précaution.

 

L’échéance est repoussée si la population est vertueuse, mais elle intervient tôt ou tard : on entre un jour dans le mur… 

4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 2/2

Pierre Desrochers, professeur agrégé au département de géographie de l'Université de Toronto Mississauga, traite d’énergie et pauvreté.

 

Deux craintes se font jour : celle de manquer de combustibles, celle du réchauffement climatique.

 

L’énergie est à l’heure actuelle assurée à 80% par le charbon, le pétrole et le gaz et à 1% par les énergies renouvelables. 15% des personnes souffrent de pauvreté énergétique et 10% de précarité et de pauvreté.

 

On vit plus longtemps et en meilleure santé, mais on utilise aussi plus d’énergie. Les proportions d’utilisation de l’énergie ont changé au cours de l’histoire. Dans le passé l’essentiel de l’énergie provenait des énergies renouvelables : l’air et le soleil sont gratuits.

 

Mais il s’est posé le problème de la disponibilité de l’énergie en tout temps. L’électricité doit être créée et livrée en temps réel, ce que ne permettent ni l’énergie éolienne, ni l’énergie solaire. La seule énergie renouvelable qui le permet est la biomasse – c’est d’ailleurs la principale source d’énergie renouvelable –, mais elle produit du CO2…

 

Quoi qu’il en soit, dans les pays sans électricité, la précarité règne. Ce n’est pas un hasard si c’est le cas de 600 millions d’Africains…

 

Les énergies renouvelables se heurtent à la réalité. Et la réalité n’est pas une option.

 

Dimanche 12 octobre, le matin

4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 2/2

Guido Hülsmann parle ce matin de l'impact de la politique monétaire sur la répartition des revenus et des patrimoines.

 

1) Evolution récente de la distribution des revenus et des patrimoines nets

 

Aux Etats-Unis, les salaires moyens des secteurs financiers étaient le double de ceux des autres secteurs il y a trente ans. Aujourd'hui ils sont le quadruple des autres. Le développement des marchés financiers s'est accompagné de celui des rémunérations des leurs acteurs.

 

Le ratio Gini de revenus des ménages était de 0,38 en 1947. Il a baissé jusqu'à 0,34 en 1968 et se trouve aujourd'hui à 0,440. Pour rappel, le ratio Gini est égal à 0 quand tous les revenus sont égaux. Plus il est élevé, plus est inégalitaire leur répartition. Il n'est pas étonnant que le ratio Gini le plus élevé le soit dans les pays les plus pauvres...

 

  Revenus moyen et médian des ménages américains   
  1969 1989 1998 2010  
Moyen 56,7 64,2 69,4 67,5  
Médian 49,8 50,8 52,0 49,4  
Ratio 1,14 1,26 1,33 1,37  

 

Le grand saut intervient dans la moitié des revenus les plus élevés. La hausse du ratio revenu moyen/revenu médian montre que ce sont les revenus les plus aisés qui ont évolué le plus fortement.

 

  Patrimoines nets moyens et médians des ménages américains
  1969 1989 1998 2007 2010
Moyen 232,5 325,8 361,5 563,8 463,8
Médian 63,6 78,2 81,2 107,8 57
Ratio 3,66 4,17 4,45 5,23 8,14

 

L'évolution du ratio patrimoine net moyen/patrimoine net médian est encore plus significative (on entend par patrimoine net la somme des patrimoines financiers et non financiers déduction faite des dettes).L'écart s'est encore plus creusé quand les vannes de la politique monétaire ont été ouvertes. Ce sont les patrimoines financiers qui en ont profité pour s'accroître et qui ont creusé l'écart.

 

  Patrimoines nets moyens et revenus moyens des ménages américains
  1969 1989 1998 2007 2010
Patrimoine net moyen 232,5 325,8 361,5 563,8 463,8
Revenu moyen 56,7 64,2 69,4 71,1 67,5
Ratio 4,10 5,07 5,21 7,93 6,87

 

Ce dernier tableau montre l'inflexion subie après la crise de 2007-2008.

 

2) L'interventionnisme et les inégalités

 

Qu'est-ce que l'interventionnisme? C'est une commande issue d'un gouvernement, qui emploie la force pour l'exécuter.

 

L'interventionnisme a pour effet d'inciter les citoyens à employer leur propriété autrement que ce qu'ils auraient fait d'eux-mêmes.

 

Comment? En taxant les revenus, en réglementant l'économie, en créant de la monnaie ex nihilo.

 

La création de monnaie fiduciaire, à la faveur de réserves fractionnaires, produit l'effet de Cantillon. Si la création monétaire est trop forte, il y a très forte désincitation à détenir des liquidités.

 

En conséquence de cette désincitation, il y a une demande supplémentaire pour les biens de patrimoine (sinon il y aurait une part de thésaurisation) et une offre supplémentaire des titres financiers. Il devient rationnel de s'endetter (en s'endettant à un taux fixe, le poids de la dette diminue quand les revenus augmentent).

 

La propension à s'endetter au-delà du raisonnable est alors le fait des particuliers, des investisseurs et des gouvernements, qui ne sont pas incités à se comporter de manière responsable. C'est ce que l'on appelle l'aléa moral.

 

En effet la banque centrale (qui crée la monnaie de base) empêche qu'il y ait effondrement des banques commerciales (qui créent la monnaie scripturaire), mais elle ne pourrait pas faire ce qu'elle veut sans les lois qui lui permettent d'imposer cours légal et cours forcé...

 

Ce mécanisme est le facteur clé, observé au cours des 40 dernières années, qui explique l'accroissement des inégalités en faveur des revenus et des patrimoines financiers.

4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 2/2

Pierre Desrochers parle de pauvreté et développement durable.

 

Selon les auteurs réactionnaires et romantiques du XIXe siècle, les ressources seraient limitées; la recherche du profit empêcherait d'avoir une vision à long terme; les bénéfices n'iraient qu'à une minorité d'individus et la pollution irait de pair avec la réduction des coûts de production. En conséquence il faudrait vivre en autarcie, d'aucuns préconisant d'ailleurs un végétarisme radical.

 

On retrouve cette nostalgie de l'âge d'or, qui n'a jamais existé, dans les années 1960 et 1970 avec le retour à la terre et aujourd'hui avec la simplicité volontaire, l'agro-écologie, la permaculture.

 

Selon ces adeptes, la décroissance serait soutenable. L'empreinte écologique permettrait de dire qu'il y a surconsommation des ressources de la planète: au rythme de consommation actuelle, 3 à 4 planètes seraient nécessaires pour l'humanité entière. Cet impact de l'homme se vérifierait par la formule I = P A T, où P est la population, A le niveau de vie et T la technologie.

 

Bref, c'était mieux avant... l'ère industrielle.

 

Or les technologies primitives étaient destructrices de l'environnement:

 

- destruction de la mégafaune (holocauste aviaire)

- déforestation (le bois servant de combustible, étant utilisé pour les constructions etc.)

- culture sur brûlis (ne permettant qu'une ou deux récoltes, étant un phénomène planétaire)

 

Au cours des 20 dernières années, au contraire il y a eu reforestation, la déforestation signifiant davantage de pauvreté... Cette reforestation - on parle de transition forestière - permet l'élaboration de produits qui sont des substituts à ceux du pétrole...

 

En réalité, les entreprises n'ont jamais aucun intérêt à gaspiller. Elles éliminent le gras mais ne se coupent pas la jambe. L'évolution de la technique leur permet de faire toujours plus et mieux en utilisant moins de ressources.

 

Les entreprises les plus florissantes sont même celles qui créent des sous-produits à partir des résidus de leur production et qui élaborent des substituts aux ressources existantes (en traitement de l'information, le cuivre a ainsi été remplacé par les fibres optiques puis par les satellites, etc.).

 

En conclusion, le développement durable, c'est faire plus avec moins. Pauvreté et stagnation sont, en fait, insoutenables. Plus on est riche, plus on peut se protéger des aléas du climat et protéger l'environnement.

 

Francis Richard

 

Episode précédent:

 

4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 1/2

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 22:30
4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 1/2

Sous l'égide de l'Institut Economique Molinari, de 24h GOLD et du Groupe ESC Troyes en Champagne, du 10 au 12 octobre 2014 a eu lieu la 4ème édition de l'Université d'automne en économie autrichienne.

 

Plus de 60 participants ont assisté aux différentes conférences dans les locaux du Campus Brossolette du Groupe de l'ESC Troyes.

 

La soirée du 10 octobre 2014

 

Dans un restaurant de la ville de Troyes, l'Université d'automne commence par une intervention de Damien Theillier, professeur de philosophie et directeur de L'Institut Coppet, à propos de l'école française d'économie, antérieure à l'école autrichienne et bien méconnue aujourd'hui.

 

2014 correspond à deux anniversaires : le tricentenaire de la mort en 1714 de Pierre de Boisguilbert et le bicentenaire de la naissance en 1814 d’un journal, Le Censeur européen, fondé par Charles Comte et Charles Dunoyer, que Pierre Daunou, Pierre Cabanis et Antoine Destutt de Tracy inspirent.

 

(Les inspirateurs de Frédéric Bastiat ont été Jean-Baptiste Say, Adam Smith, mais également Destutt de Tracy et…Le Censeur européen.)

 

En 1695, Pierre de Boisguilbert, lieutenant général, magistrat, écrit Le détail de la France. Il y dresse l’état de la France, qui est piteux. En effet y sévissent famines, vagues de froid et épidémies.

 

De dire que cet état des choses est la faute à pas de chance est une analyse fausse. Pour Boisguilbert la faute en revient à la politique menée par Colbert, politique de blocage des prix et de protectionnisme, et aux guerres entreprises par Louis XIV qui ont généré des besoins d’argent démesurés, comblés par des impôts. 

 

Un deuxième sophisme, dû à Montaigne, hélas, est de dire que le commerce est un jeu à somme nulle, qu’il y a automatiquement un gagnant et un perdant. Ce qui conduit le pouvoir politique à intervenir pour réguler. Boisguilbert montre qu’au contraire, si l’échange est libre, alors les deux parties sont gagnantes et que cela conduit à un ordre meilleur.

 

La publication du Détail de la France vaut à Boisguilbert d’être exilé en Corrèze…

 

Détail en passant, Adam Smith avait un exemplaire du Détail de la France dans sa bibliothèque…

 

En 1814, la période napoléonienne s’achève. Le Censeur européen met en relief les deux classes sociales en présence, dans une perspective qui n’est pas celle de Marx:

 

  • Les commerçants et les paysans qui produisent ;
  • L’élite, qu’elle soit guerrière, cléricale ou intellectuelle, qui consomme.

 

Pour cette élite, les modèles sont l’aristocratie militaire de l’Empire romain (qui ne vivait que de la prédation), les auteurs classiques tels que Bossuet et Fénelon, Montesquieu, hélas, qui voyait la production des lois comme remède au désordre des intérêts particuliers, le rationalisme de Descartes appliqué aux lois sociales (alors que la complexité du social ne peut être appréhendée), Rousseau qui a ouvert la voie au socialisme.

 

Samedi 11 octobre, le matin

4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 1/2

Renaud Fillieule, professeur de sociologie à l'Université de Lille 1, se livre à une analyse du Rapport du Gouvernement sur la pauvreté en France paru en décembre 2012.

 

Il y a deux définitions de la pauvreté : la pauvreté monétaire (relative) et la pauvreté en fonction des conditions de vie (absolue).

 

Comment est calculée la pauvreté monétaire ? Le seuil de pauvreté correspond à 60% de la médiane des niveaux de vie (des calculs se font en employant des pourcentages différents: 40%, 50% ou 70%).

 

Le niveau de vie correspond au rapport entre le revenu disponible et les unités de consommation. Le revenu disponible étant la somme du revenu et des prestations, diminuée des impôts directs. Le premier adulte d’un foyer correspond à une unité de consommation, les autres personnes âgées d’au moins 14 ans à 0.5 unité et celles âgées de moins de 14 ans à 0.3 unité.

 

Comment est calculée la pauvreté en fonction des conditions de vie ? 8 critères sur 27 doivent être remplis par une personne pour être considérée comme pauvre.

 

Ces critères sont classés par grandes rubriques : contraintes budgétaires (remboursements d’emprunt supérieurs à 1/3 du revenu, revenu inférieur aux dépenses courantes, absence d’épargne, nécessité de puiser dans les économies etc.), retards de paiement (factures d’électricité, loyers, impôts etc.),  restrictions dans la consommation (température du logement, meubles, vacances, vêtements etc.) différences dans équipement du logement (salle de bains, eau chaude, chauffage etc.).

 

En 2010 14,1% de la population et en 2012 13,9% se trouvaient en-dessous du seuil de pauvreté et en 2011 la population pauvre selon les conditions de vie représentait 12,6% de la population totale.

 

Le problème est qu’il n’y a pas de recouvrement exact de ces deux populations et qu’il y a en fait un halo de pauvreté de l’ordre de 20%, tenant compte des deux définitions.

 

Renaud Filleule relève alors les non-dits du Rapport :

 

  • Le rapport ne tient pas compte du roulement au sein de la catégorie des pauvres : il faudrait les suivre au long d’une vie, parce qu’il y a des entrées et des sorties, que ce ne sont pas les mêmes qui en font partie.
  • L’évolution de la pauvreté est inadéquate. En 1996 le seuil de pauvreté correspond à 835€ de 2011 et en 2010 à 984€ de 2011… (il n’est pas tenu compte des innovations)
  • Le rapport prétend que les prélèvements et les prestations réduisent la pauvreté : sans les uns et les autres la population de pauvres ne serait pas de 14% mais de 22%.

 

La réduction due aux prélèvements serait de 2%. Or, en déduisant les prélèvements du revenu qui les comprend, on n’obtient qu’une chose : l’abaissement de la médiane dans la même proportion. Il s’agit donc d’un tour de passe-passe.

 

La réduction due aux prestations (2% pour les allocations familiales, 2% pour les aides au logement et 2% pour les minima sociaux) ne peut avoir d’effet qu’à court terme. A moyen et long terme, l’effet ne peut qu’être négatif sur la production.

 

Le gouvernement, quel qu’il soit, rejette la responsabilité sur la crise économique et sur le gouvernement précédent…

 

En réalité, la pauvreté résulte des réglementations (35 heures, salaire minimum etc.) et les remèdes ne se trouvent pas dans l’incitation à recourir aux droits aux prestations (qui seraient méconnus du public), mais dans la libération de l’économie et, par là même, de la croissance.

 

Le Rapport du gouvernement sur la pauvreté en France pèche surtout par l’absence criante d’analyse économique…

4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 1/2

Gabriel Gimenez Roche, professeur associé au Groupe ESC Troyes en Champagne, traite de l’économie sociale et solidaire, qui a les faveurs d'Emmanuel Macron, l'actuel ministre français de l'Economie, et qui rassemble "les entreprises qui cherchent à concilier activité économique et utilité sociale, donnant la primauté aux personnes sur la recherche de profits".

 

Il s’agit:

 

  • des coopératives
  • des fondations
  • des associations
  • des mutuelles

 

Quelles sont les spécificités des coopératives:

 

  • les apports sont faits par les salariés
  • le décompte des voix se fait selon le principe un homme, un vote
  • les résultats sont attribués à raison de 25% minimum aux sociétaires, de 16% minimum aux réserves

 

Quels sont les avantages ?

 

  • les distributions aux sociétaires sont déductibles fiscalement
  • les attributions aux réserves sont exonérées fiscalement
  • il y a une grande dotation en fonds propres

 

Les désavantages ?

 

  • les apports sont limités
  • le développement est limité et corrélativement l’emploi l’est aussi
  • les avantages fiscaux disparaissent en cas de développement rapide, car il suppose alors de s’endetter, ce qui n’est pas autorisé pour en bénéficier

 

Les fondations sont similaires aux coopératives, avec le handicap supplémentaire d’avoir une activité spécifique, d’intérêt général, ce qui rend la substitution aux entreprises classiques difficile voire impossible.

 

Les associations n’ont pour la plupart pas de but commercial et sont des fondations en devenir.

 

Quant aux mutuelles, la différence avec les coopératives est que la gouvernance se fait par l’assemblée générale des adhérents, au lieu que ce soit par les associés.

 

Les points communs à toutes ces formes d’entreprises sont que:

 

  • ce sont des entités solides tant qu’elles respectent les règles
  • les associés (les adhérents dans le cas des associations et des mutuelles) sont protégés, ce qui n’est pas le cas des autres salariés qu’elles emploient
  • la gouvernance est différente de celle des entreprises classiques
  • le profit est reversé aux réserves
  • leur développement économique est difficile
  • leur dépendance du marché traditionnel est grande

 

Il ne faut donc pas trop espérer d'elles des créations d’emplois, comme se prend à le rêver le gouvernement actuel.

 

L’expérience des zones franches urbaines, ZFU, est beaucoup plus probante, mais ce dispositif disparaît le 31 décembre 2014…

 

Ces zones franches urbaines – au nombre d’une centaine – se situent dans des quartiers défavorisés (taux de chômage élevé, jeunes sans formation, faible potentiel fiscal…).

 

Elles se caractérisent par des exonérations de charges et d’impôts :

 

Abattement des charges patronales dans la limite de 1,4 Smic

Durée de l'abattement

Entreprise de 0 à 4 salariés

Entreprise à partir de 5 salariés

De la 1e à la 5e année

100 %

100 %

6e année

60 %

60 %

7e année

60 %

40 %

8e année

60 %

20 %

9e et 10e années

60 %

plus d'abattement

11e et 12e années

40 %

plus d'abattement

13e et 14e années

20 %

plus d'abattement

L'exonération d'impôt sur les bénéfices (impôt sur les sociétés ou sur le revenu) est fixée à hauteur de :

 

  • 100 % pendant les 5 premières années,
  • 60 % pendant les 5 années suivantes,
  • 40 % les 2 années suivantes,
  • 20 % les 2 dernières années.

 

Les entreprises peuvent bénéficier d'une exonération temporaire de cotisation foncière des entreprises (CFE):

 

  • à 100 % pendant 5 ans,
  • à 60 % la 6e année (de la 6e à la 10e année pour les entreprises de moins de 5 salariés),
  • à 40 % la 7e année (de la 11e à la 12e année pour les entreprises de moins de 5 salariés),
  • à 20 % la 8e année (de la 13e à la 14e année pour les entreprises de moins de 5 salariés).

 

La valeur ajoutée des établissements exonérés de CFE en application de la délibération d'une commune peut être, à la demande de l'entreprise, exonérée de CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) pour sa fraction taxée au profit de la commune. Si l'exonération de CFE est partielle, l'exonération de CVAE s'applique dans la même proportion.

 

Des milliers d’emplois ont été créés, dans ces ZFU, en dépit des plafonnements des exonérations et allégements, et des restrictions apportées à l'octroi des avantages, tels que:

 

  • ne pas dépasser le seuil des 50 salariés
  • n’embaucher que des résidents de la ZFU

 

Le dispositif disparaît, comme par un fait exprès, au moment où le potentiel fiscal devient consistant…

4ème Université d'automne en économie autrichienne à Troyes 1/2

Marian Eabrasu, professeur d’économie et d’éthique au Groupe ESC-Troyes en Champagne, traite des ateliers de misère.

 

Sont contre : les ONG, Michael Moore, Students against Sweatshops.

 

Sont pour : les économistes Benjamin Powell et Paul Krugman, le journaliste Nicolas Kristof.

 

Quels sont les critères:

 

  • le travail forcé
  • le travail des enfants
  • le travail pénible et/ou faiblement rémunéré

 

Sont autorisés les travaux forcés suivants, décidés par l’Etat, en vertu de la Convention internationale n° 29 du 28 juin 1930:

 

  • le service militaire obligatoire
  • les obligations civiques
  • le travail pénitentiaire

 

Ne sont pas autorisés, en vertu de la Convention internationale n°105 du 25 juin 1957, les travaux, décidés par l'Etat, où sont employés des moyens de coercition ou d’éducation politique.

 

Pour ce qui concerne le travail des enfants, c’est la Convention n°138 (1973) de l’Organisation internationale du travail, qui devrait s’appliquer, mais ce n’est souvent pas le cas dans les pays pauvres...

 

Pour ce qui concerne le travail pénible et/ou faiblement rémunéré, se pose la question de la limite: quand des gens souhaitent faire un travail pénible, c’est que l’alternative est pire…

 

La mauvaise question à poser est la suivante: aimeriez-vous avoir de meilleures conditions de travail (ou un meilleur salaire)? Tout le monde peut répondre oui.

 

La bonne question à poser est la suivante: pensez-vous obtenir un autre travail dans de meilleures conditions?

 

En Afrique du Sud, l’introduction d’un salaire minimum de 57 $ s’est traduite par la destruction d’emplois (450 entreprises ont disparu et 16'700 emplois...).

 

Car, que se passe-t-il si on ferme des ateliers de misère ? On n’améliore pas nécessairement le sort des travailleurs, mais souvent on l’empire.

 

Amazon Allemagne, par exemple, a ainsi dû délocaliser en Pologne, où tout le monde a voulu y travailler…

 

Auparavant où se trouvaient les ateliers de misère ? A Singapour, Hong-Kong, Taïwan, en Corée du Sud. Ils ont disparu alors qu’aucune législation ne les a contraints à disparaître.  

 

A contrario, en Inde ou au Bengladesh, la législation, extrêmement rigide, a engendré des conflits extrêmement violents…

 

Cela ne signifie pas que les ateliers de misère soient suffisants pour faire décoller une économie. Son décollage se fait quand les entreprises peuvent bénéficier de zones franches non localisées et quand les conditions cadre leur sont favorables.

 

Un livre, celui de Dambisa Moyo, L’aide fatale, paru chez JC Lattès, en 2009, montre que l’aide au développement accordée aux pays africains leur a été fatale…

 

Il faut donc se garder de toute confusion terminologique, de succomber à des préjugés occidentaux (qui conduisent à des critiques naïves et biaisées).

 

Les ateliers de misère ne sont certes pas la panacée, a fortiori si le cadre légal ne change pas, car, alors, le décollage ne se produit pas. Mais il faut aussi se rappeler que sortir de la pauvreté ne se fait pas du jour au lendemain...

 

Francis Richard

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 22:50
Réflexions sur l'éthique et la philosophie politique de la fiscalité

Hier soir, à Genève, L'Institut Libéral a invité Pascal Salin, professeur émérite d'économie à l'Université Paris-Dauphine, membre du Conseil académique de l'Institut Libéral, ancien président de la Société du Mont-Pèlerin (fondée par Friedrich Hayek) à faire part à son auditoire de ses "Réflexions sur l'éthique et la philosophie politique de la fiscalité".

 

Dans son introduction, Pierre Bessard, directeur de l'Institut Libéral, rappelle que les Etats ont tous tendance à grossir et que la Suisse ne fait pas exception. Au cours de la dernière décennie, les recettes fiscales y ont augmenté de 30 milliards de francs, le nombre de focntionnaires de 25'000 et le nombre de contribuables d'un million...

 

Est-ce moral, est-ce juste qu'une partie toujours plus grande des fruits du travail des hommes soit imposée? D'aucuns parlent d'optimisation fiscale agressive, mais ne devrait-on pas dire qu'elle répond à une fiscalité de plus en plus agressive?

 

Pascal Salin expose que l'impôt (TVA, cotisations sociales, impôt sur le revenu, impôt société etc.) est le résultat de la contrainte et que de ce fait il est arbitraire. En effet l'impôt ne résulte pas d'une action contractuelle, mais d'une action unilatérale de la part de l'Etat, qui, de ce fait, porte atteinte aux droits légitimes de propriété des hommes, qui sont propriétaires d'eux-mêmes et des fruits de leur travail.

 

L'impôt est non seulement arbitraire, mais il est également immoral. Il contrevient en effet à l'éthique universelle, définissable comme potentiellement acceptable par tout le monde, alors qu'il est le résultat d'une vision de la morale prévalant sur celle des autres et non consentie par eux.

 

Y a-t-il des circonstances où la contrainte est légitime? D'aucuns font valoir, par exemple, l'intérêt général, mais c'est un mythe, tout comme l'est la justice sociale. L'intérêt général, la justice sociale sont des mots qu'emploient les tenants de la social-démocratie pour imposer aux autres leur conception personnelle de la morale.

 

Les procédures de décision démocratiques ne sont-elles pas des procédures de consentement légitimes? Non, parce que ces procédures ne garantissent pas le respect des droits de propriété. La majorité des voix est en fait dictatoriale, puisqu'elle impose sa vision à la minorité et qu'elle peut la spolier légalement, ce qui ne veut pas dire légitimenent.

 

L'économiste péruvien Hernando de Soto dit que, dans son pays, l'on élit un dictateur tous les cinq ans...

 

Frédéric Bastiat disait que "l'Etat est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde"...

 

Dans une entreprise, dans une copropriété, les décisions se prennent bien à la majorité des voix, mais la grande différence avec la démocratie représentative est que les actionnaires ou les copropriétaires sont libres d'acheter ou de vendre leurs actions ou leurs immeubles, c'est-à-dire qu'ils sont libres d'entrer ou de sortir, qui du capital de la société, qui de la copropriété.

 

N'existe-t-il pas de biens publics? Pour qu'un bien soit public, il faudrait qu'il profite réellement à tout le monde, qu'il fasse l'unanimité et qu'il soit possible d'y renoncer. Or, quand l'Etat produit un tel bien, il en fait systématiquement un monopole, auquel personne ne peut échapper, ce qui prouve bien d'ailleurs qu'il n'est pas le seul à pouvoir le produire, sinon pourquoi empêcher les autres de le produire? Il est indéniable qu'il existe des besoins collectifs, mais pourquoi ne pas les satisfaire grâce à des milliards de copropriétés, dont l'existence pourraient bien remettre en cause celle de l'Etat...

 

Pour en revenir à l'impôt, non seulement il est arbitraire et immoral, mais il est aussi doublement destructeur. Il détruit les activités et les incitations productives de ceux qui créent et il détruit les incitations productives de ceux qui reçoivent gratuitement sa contrepartie: dans les deux cas, il est désincitation à faire des efforts.

 

L'impôt est aveugle: on ne sait pas qui paye l'impôt, on ne sait pas qui le reçoit. C'est le problème de l'incidence fiscale.

 

Quand, par exemple, l'Etat taxe un salaire convenu par contrat entre un employeur et un employé, qui paie l'impôt? L'employeur va peut-être dans un premier temps en assumer le poids, mais des transferts vont s'opérer, subrepticement: une partie va être répercutée sur les prix, une autre sur les salaires qui ne vont pas augmenter autant qu'ils auraient augmenté autrement etc. La fiscalité est une supercherie.

 

Il faut ajouter que les entreprises ne paient pas d'impôt. Les impôts sont toujours payés par des personnes, mais les gens ne le savent pas...

 

L'impôt a des conséquences néfastes:

- il est une source de gaspillage, puisque personne n'est responsable de son usage;

- il détermine le choix des investissements, puisque les hommes politiques l'orientent;

- il est déstabilisant, puisque l'Etat peut à tout moment créer des impôts et qu'il n'est tenu par aucun engagement;

- il diminue le rendement et accroît le risque, et l'on ne peut pas se prémunir contre le risque fiscal;

- il introduit des distorsions, puisqu'il n'est possible d'imposer que ce qui est mesurable (un repas à la maison n'est pas taxé, alors qu'un repas au restaurant l'est...).

 

Si, par hypothèse, un impôt pouvait se justifier, alors la préférence de Pascal Salin irait à la capitation, c'est-à-dire au même montant d'impôt payé par chaque individu (complètement impossible en l'état actuel des choses dans un pays comme la France, où les prélèvements obligatoires représentent près de la moitié des richessse produites... c'est tout le problème de la transition).

 

L'impôt sur le capital ne devrait pas exister (d'autant qu'il existe des distorsions là encore, puisque le capital humain n'est pas mesurable et n'est donc pas taxé). En effet il détruit l'incitation à son accumulation et l'incitation à investir, sans lesquelles il n'est pas de croissance: être épargnant, prévoir le futur sont inhérents à la nature humaine. C'est pourquoi, à défaut de capitation, l'imposition sur la dépense globale, où l'épargne serait soustraite de la base d'imposition, aurait les faveurs de Pascal Salin.

 

En tous les cas, Pascal Salin est hostile à l'impôt progressif parce qu'il s'agit là d'une redistribution autoritaire effectuée par l'Etat. Alors que tout le monde comprend que les heures supplémentaires soient payées davantage que les heures normales, parce que l'effort consenti est plus grand, au détriment des loisirs, et qu'il mérite donc une plus grande rémunération, il est paradoxal que le même raisonnement ne soit pas tenu à l'égard des créateurs de richesses et des innovateurs: on punit par l'impôt ceux qui font le plus d'efforts... A tout prendre, l'impôt proportionnel est donc préférable à l'impôt progressif.

 

Si aucun impôt n'est idéal, il en est de pires que d'autres...

 

Pascal Salin prend finalement l'exemple du beefsteak: trouverait-on normal qu'au lieu d'être vendu à tous au même prix par le boucher, son prix soit proportionnel au revenu de celui qui l'achète ou que son prix soit progressif en fonction du revenu de celui-ci? Ce qu'on trouverait anormal pour un beefsteak, n'est curieusement pas considéré de la même manière quand il s'agit d'impôt...

 

Quoi qu'il en soit, l'évasion fiscale est une réaction contre l'esclavage fiscal, et l'exil des innovateurs est une perte pour eux-mêmes (ils quittent le pays où ils sont nés et ceux qu'ils aiment) et pour les autres (ils ne bénéficient pas des innovations qui sont mises en oeuvre ailleurs), car il existe une solidarité naturelle entre les hommes.

 

L'orateur, qui n'est pas homme politique et qui n'a pas à se compromettre (il se présente comme "une boussole") conclut en disant que l'impôt est contraire à une vision correcte de la nature humaine et qu'il correspond à une vision de la répartition qui tue la création.

 

Francis Richard

 

Les derniers livres de Pascal Salin:

 

Libérons-nous (2014), Les Belles Lettres

La tyrannie fiscale (2014), Odile Jacob

Revenir au capitalisme pour éviter les crises (2010), Odile Jacob

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 23:30
6ème Week-End de la Liberté à Dax 3/3

Le 6ème Week-End de la Liberté a eu lieu cette année du 4 juillet au dîner au 6 juillet au déjeuner. Il a réuni au Caliceo de Saint Paul-lès-Dax  90 libres participants sur le thème Services privés, service public.

 

Pour l'organisation de cet événement, le Cercle Frédéric Bastiat a reçu le concours de l'ALEPS, de Contribuables Associés, de Liberté Chérie, de l'Institut Coppet, de l'IFRAP, de l'IREF et d'Alternative Libérale.

 

"L'Etat, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde."

Frédéric Bastiat

 

 

Le samedi 5 juillet, le soir.

 

Mamadou Koulibaly est Président du LIDER, Liberté et Démocratie pour la République, parti libéral ivoirien. Il a été Président de l'Assemblée nationale de la République de Côte d'Ivoire et Ministre de l'Economie et des Finances de ce pays. Cet agrégé d'économie de l'Université d'Aix-Marseille s'exprime ce soir-là sur Tradition étatiste et actuelle croissance en Afrique.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 3/3

A la une de The Economist du 13 mai 2000, l'Afrique était considérée comme Un continent sans espoir. Le 2 mars 2013, l'hebdomadaire britannique titrait: Un continent plein d'espoir.

 

Comment expliquer ce revirement? Qu'en est-il réellement?

 

Il est indéniable que l'investissement étranger augmente peu à peu en Afrique et que celle-ci connaît de la croissance dans les secteurs suivants:

- technologies, médias, télécommunication,

- vente au détail, biens de consommation,

- services financiers,

- immobilier, tourisme, construction.

Tandis que les secteurs des mines et de l'agriculture (qui représente toujours une grosse part de l'économie) reculent...

 

Les pays africains en croissance sont notamment l'Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya, le Ghana, le Mozambique, la Zambie, l'Ouganda...

 

Les signes encourageants? Les personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour ne représentent "plus que" 48,7% de la population africaine en 2013 contre 58% en 2000. La croissance est aujourd'hui en moyenne de 5,7% par an. Les coups d'Etat ont beaucoup diminué...

 

La tradition étatiste? La part du privé dans les flux financiers reste faible et les dons faits par d'autres Etats du monde aux Etats africains restent importants.

 

L'économie africaine se caractérise par:

- l'exportation de ressources naturelles,

- la forte volatilité des recettes budgétaires,

- le financement plus facile des Etats que des entreprises,

- l'éviction des PME du marché,

- le facteur de croissance que représente la toujours plus grande présence de la Chine sur le continent, qui se traduit par l'exportation de matières premières et par le financement d'infrastructures par des fonds publics chinois,

- l'augmentation de la dette souveraine.

 

Au sujet de la dette souveraine africaine, le FMI  tire la sonnette d'alarme. La cote de l'Afrique par les agences de notation est B-... En effet de nouvelles dettes sont contractées pour rembourser les dettes anciennes et la pression fiscale augmente...

 

Pourquoi parle-t-on au sujet de l'Afrique de croissance appauvrissante? Parce que le chômage continue d'augmenter en dépit de la croissance et parce que cette dernière n'empêche pas la persistance de grosses inégalités.

 

Pourquoi le chômage augmente-t-il? Parce qu'il n'y a pas d'économie de marché (par exemple le prix du cacao en Côte d'Ivoire est fixé par l'Etat, ce qui s'accompagne de corruption), parce qu'il n'y a pas de marchés financiers et que les investissements sont essentiellement publics.

 

Pour la création de richesses, le capitalisme des Etats ne peut décidément pas remplacer l'économie de marché fondée sur la propriété privée...

 

 

Le dimanche 6 juillet 2014, le matin.

 

René de Laportalière se dit libertarien. Fort de sa longue expérience (Sciences Po, Saumur, cadre dirigeant du Crédit Lyonnais, Président de Printemps 86, président de la Fondation de la liberté, fondateur de Liberté Service), il propose une stratégie de déréglementation et de privatisation des services publics.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 3/3

En préambule, l'orateur raconte l'histoire du fils aîné de famille qui était élevé dans un tonneau. Le jour où le tonneau était cassé, c'était un drame pour lui parce qu'il croyait qu'il était fait pour vivre dans un tonneau...

 

Ronald Reagan, quand il a été élu, savait que les 90 premiers jours de son mandat de Président des Etats-Unis seraient décisifs. Dans la perspective de la nomination de Jacques Chirac comme Premier Ministre, René de Laportalière a présidé Printemps 86. Cette organisation de 200 personnes a préparé 20 projets, 20 engagements, à mettre en oeuvre dans les 90 premiers jours du gouvernement.

 

Aux côtés de René de Laportalière, il y avait Michel Massenet, le doyen Georges Vedel, François Lefevre, et, parmi les conseillers, Alain Madelin, Charles Millon, Jacques Toubon et Alain Juppé... Jacques Chirac n'a été libéral qu'une semaine, celle pendant laquelle il s'est entretenu avec Pascal Salin pour Le Figaro Magazine. Au libertomètre, sur une échelle de 1 à 20, comme les 20 engagements, au bout de 90 jours, la note de 4/20 était obtenue... Ce qui n'était pas mal, mais insuffisant.

 

Fin 1986, René de Laportalière se voit confier, pendant quelques mois, la direction générale de L'Express par Jimmy Goldsmith, qui en est propriétaire. Tous les anciens journalistes sont licenciés. Le recrutement de nouveaux journalistes se fait par un chasseur de têtes qui n'est autre qu'un ancien secrétaire d'Alexandre de Marenches, l'ex-patron du SDECE... Mais Jimmy Goldsmith tombe malade et de libéral devient conservateur...

 

René de Laportalière fonde alors Liberté Service, société spécialisée dans le libertizing. Il s'agit pour le compte de clients de lutter contre les monopoles étatiques. Si le lobbying consiste à soulever le pied de la jambe de l'Etat, qui écrase un homme, pour le déplacer afin qu'il en écrase un autre, le libertizing consiste à couper la jambe de l'Etat pour qu'elle ne puisse plus nuire à personne...

 

Comme dans l'histoire du fils de famille qui est habitué à son tonneau et qui n'imagine pas vivre autrement que dedans, le tonneau de la société étatique n'est pas réformable, selon l'orateur.

 

Qu'est-ce en effet qu'un réformateur? Quelqu'un qui sait ce qui est bien et qui remplace une construction étatique par une autre. Il doit acheter des voix, jouer sur la peur et se servir d'alibis tels que le bien commun pour parvenir au pouvoir ou y rester. Comment d'ailleurs acheter des voix, sinon en augmentant la dépense publique? L'homme politique marche donc avec la main droite devant pour distribuer et la main gauche derrière pour prélever...

 

Quelques noms de réformateurs? Mikhail Gorbatchev, Raymond Barre, Michel Rocard, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon, François Hollande, Manuel Valls et, hélas, beaucoup de "libéraux"...

 

En fait, plutôt que de changer la loi, il faut avoir recours au contrat, il faut privatiser, il faut mettre les monopoles publics en concurrence avec des services privés.

 

Attaquer les monopoles de front ne sert à rien. En supprimant les subventions aux mineurs Margaret Thatcher en a fait l'expérience. Car ces subventions servaient, entre autres, à financer une école pour handicapés et les mineurs ont pu faire campagne sur le manque de coeur du Premier Ministre britannique qui voulait priver d'école les handicapés...

 

Plutôt que de supprimer le 1% du chiffre d'affaires d'EDF qui finance son Comité d'entreprise, l'orateur a suggéré à Marcel Boiteux, qui en était alors le directeur, de donner le choix aux salariés de l'affecter au Comité ou à eux-mêmes...

 

Quand René de Laportalière était à Sciences Po, deux professeurs de l'école se prétendaient pour l'économie de marché, à l'exception de... Pour Laroque, c'était à l'exception de la santé, et, pour Touchard, à l'exception de la culture. Pourquoi? Parce que, comme dans l'histoire du tonneau, quelqu'un qui ne connaît que le monopole ne sait pas qu'il existe autre chose et a peur... La justification de l'Etat, c'est la peur...

 

En 1986, il a été impossible de scinder les P et T. Mais le monopole des télécommunications a sauté quand les téléphones portables sont apparus.

 

C'est pourquoi il ne faut pas chercher à remplacer une loi par une autre, à transformer le tonneau. Il faut proposer des modèles alternatifs.

 

La réforme est possible: la preuve par l'Allemagne.

 

Alain Mathieu est ancien Président de Contribuables Associés et ancien Vice-Président de l'IFRAP. Après avoir été cadre à la Direction de la Prévision du Ministère des Finances, il est devenu chef d'entreprise et a redressé les entreprises en difficulté qu'il a dirigées. Au contraire de René de Laportalière, il est convaincu par l'exemple allemand que réformer est possible.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 3/3

Des réformes ont été entreprises qui ont permis à L'Allemagne de se trouver aujourd'hui en meilleure posture que la France.

 

Helmut Kohl a été Chancelier de 1982 à 1998. Pendant ce temps-là:

- le mur de Berlin est tombé en 1989,

- la réunification s'est faite en 1990,

- un accord a été signé en 1993 entre IG Metall et Volkswagen pour sauver l'entreprise: baisse de 12% des salaires et plus grande flexibilité,

- la concurrence dans l'assurance-maladie a été accrue,

- les indemnités de chômage ont été baissées.

 

De 1998 à 2005, Gerhard Schröder a été Chancelier:

- la retraite par capitalisation a été instituée en 2000 (rente Riester, du nom du Ministre du Travail Walter Riester),

- l'accord de Pforzheim a été signé en 2004, par lequel il est devenu possible de déroger à un accord de branche si des emplois sont préservés ou créés et s'il en résulte une amélioration de la compétitivité,

- la quatrième loi Hartz a été adoptée en 2005: les indemnités de chômage ne sont plus versées pendant 32 mois, mais pendant au maximum 12 mois, et elles sont réduites en cas de refus d'un emploi en dessous de sa qualification.

 

De 2005 à aujourd'hui, Angela Merkel est Chancelière:

- la TVA est passée de 16 à 19%, mais les cotisations sociales ont baissé,

- un salaire minimum a été adopté, mais il souffre de beaucoup d'exceptions...

 

Des privatisations ont été opérées:

- la Deutsche Post en 1995,

- la Deutsche Telecom en 1995,

- le parc de logements sociaux ne représente plus que 6% des logements (17,5% en France), après la vente de plus de 50% d'entre eux,

- les hôpitaux publics déficitaires (une centaine) ont été privatisés et les tarifs de remboursement des hôpitaux publics et privés ont convergé dès 2009 (en France, les remboursements sont de 25 à 30% inférieurs dans le privé que dans le public).

 

Les rémunérations publiques allemandes ont baissé:

- les effectifs de la fonction publique ont baissé de 2,23 millions entre 1991 et 2008, 

- les horaires des fonctionnaires sont passés de 39 à 41 heures sous Gerhard Schröder.

 

Les impôts ont baissé:

- le taux maximum de l'impôt sur le revenu est passé de 53% en 1998 à 42% en 2005,

- le taux de la première tranche du même impôt est passé de 25,9% en 1998 à 14% en 2013.

 

Le résultat est que la France, qui n'a pas engagé de réformes dans le même sens, a eu un taux de croissance plus faible que celui de l'Allemagne depuis 2005, que le taux de chômage a baissé en Allemagne (5,4% en 2012), alors qu'il augmentait en France (9,9% en 2012), qu'en France les dépenses publiques représentent 57% du PIB en 2013, alors qu'elles représentent 44,5% du PIB en Allemagne...

 

Sur la période de 1960 à 2005, le taux de croissance de la France n'a été inférieur à celui de l'Allemagne que 9 années: 1975, 1976, 1979, 1983, 1984, 1985, 1990, 1991 et 1992... Il n'y a donc pas de fatalité au déclin français. Il est possible de réformer, à condition:

- d'aller vite en recourant aux ordonnances, et en réglementant le droit de grève,

- de préparer l'opinion publique...

 

Jusqu'où peut-on aller dans la renonciation à l'Etat?

 

C'est la question à laquelle tente de répondre Jacques Garello dans la dernière intervention de ce week-end. Jacques Garello? Est-il besoin de rappeler qu'il a été le fondateur des Nouveaux Economistes en 1978, qu'il est professeur émérite d'économie de l'Université d'Aix-Marseille, qu'il est président de l'ALEPS, qu'il est administrateur de l'IREF, qu'il est ancien président européen du Lyon's Club et qu'il est surtout la figure dominante du libéralisme en France depuis des années?

6ème Week-End de la Liberté à Dax 3/3

Il y a trois ordres: l'ordre politique caractérisé par la coercition, l'ordre marchand par le contrat et l'ordre communautaire par la solidarité. Le problème est que l'on assiste à l'envahissement du premier ordre sur les deux autres.

 

Qu'est-ce que la coercition? L'obligation de faire ce qu'on n'aurait jamais fait volontairement.

 

Qu'est-ce que la solidarité? Elle peut être verticale (autrement dit la solidarité libérale: le bon usage du pouvoir, celui de la subsidiarité) ou horizontale (avec une frontière entre société civile et société politique).

 

Pour les étatistes, l'Etat doit intervenir en cas:

- d'externalités: l'activité humaine a des conséquences sur ce qui nous entoure. Elles n'existent pourtant que quand les droits de propriété ne sont pas définis;

- d'asymétrie de l'information: par exemple, le patron a des informations que le candidat à un poste n'a pas. C'est le vieux mythe du fort et du faible.

 

Hobbes disait qu'on avait besoin de l'Etat pour protéger le fils de son bourreau de père: il valait mieux être martyrisé par le gendarme que par son père...

 

Les libéraux sont optimistes et confiants. Pour eux, l'être humain est doué de raison et solidaire. Les socialistes, eux, sont pessimistes et méfiants...

 

Comment définir les biens publics?

- par la non excluabilité: il n'est pas possible de définir des droits de propriété,

- par la non rivalité: tout le monde en profite.

 

En fait, les biens publics le sont parce qu'il y a un problème d'information.

 

Deux exemples l'illustrent:

- la télévision: avant, personne ne pouvait être identifié. On faisait payer, qu'on la regarde ou non. Maintenant, on peut faire payer en fonction de la consommation. On est dans une logique marchande.

- la défense militaire: avant, la bombe ne sélectionnait pas la victime. Maintenant, on est en mesure de tuer quelqu'un individuellement...

 

On aura de plus en plus les moyens de transformer un bien public en bien privé. Aussi, si les biens publics augmentent, n'est-ce pas naturel, est-ce artificiel.

 

Deux possibilités libérales se présentent:

- l'Etat minimum

- l'Etat zéro

 

Mais il en existe une troisième: les Functional overlapping competing jurisdictions, que l'on doit au philosophe suisse Bruno Frey. Elles ouvrent un champ d'exploration extraordinaire. Les juridictions arbitrales en sont un exemple...

 

En fait on peut se passer de l'Etat dans un grand nombre de domaines:

- l'éducation (avec le chèque scolaire ce serait possible, mais en France, la règle des 80/20, proportion à respecter entre le public et le privé, empêche le développement d'un enseignement libre, à moins de créer des écoles hors contrat),

- les transports, les télécommunications,

- la culture (les musées sont privés en Allemagne),

- la santé,

- les retraites,

- le logement (deux tiers des logements sociaux anglais ont été vendus),

- la justice (il existait des prisons privées aux Etats-Unis...).

 

Il est facile de critiquer le socialisme: c'est une erreur fondamentale sur la nature de l'homme. Il l'est moins de convaincre que la solution est la liberté et qu'on peut se passer de l'Etat. Il faut donc être pédagogue et montrer qu'on n'a plus les moyens pour les privilèges et qu'on est tous victimes de l'Etat, y compris les fonctionnaires.

 

Les libéraux ne sont pas des réformateurs mais des libérateurs. Ils ne prônent pas la révolution mais la libération. Ils incarnent l'espoir.

 

Francis Richard

 

Episodes précédents:

 

6ème Week-End de la Liberté à Dax 1/3

6ème Week-End de la Liberté à Dax 2/3

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 12:15
6ème Week-End de la Liberté à Dax 2/3

Le 6ème Week-End de la Liberté a eu lieu cette année du 4 juillet au dîner au 6 juillet au déjeuner. Il a réuni au Caliceo de Saint Paul-lès-Dax  90 libres participants sur le thème Services privés, service public.

 

Pour l'organisation de cet événement, le Cercle Frédéric Bastiat a reçu le concours de l'ALEPS, de Contribuables Associés, de Liberté Chérie, de l'Institut Coppet, de l'IFRAP, de l'IREF et d'Alternative Libérale.

 

 

"La propriété, le droit de jouir du fruit de son travail, le droit de travailler, de se développer, d'exercer ses facultés, comme on l'entend, sans que l'Etat intervienne autrement que par son action protectrice, c'est la liberté."

 

Frédéric Bastiat

 

 

Samedi 5 juillet 2014, l'après-midi

 

L'école hors contrat pour les enfants défavorisés.

 

Il existe aujourd'hui 664 écoles indépendantes, hors contrat, qui sont autant d'écoles réellement libres, à distinguer des écoles privées, sous contrat. Parmi ces écoles, une a vu le jour à Montfermeil, la ville du Neuf Trois dont le maire est Xavier Lemoine.

 

Dans sa conférence, Eric Mestrallet, chef d'entreprise qui préside  la Fondation Espérance Banlieues, raconte la prodigieuse aventure de cette école parrainée par le journaliste Harry Roselmack et dénommée Alexandre-Dumas.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 2/3

Cette école pilote a été créée en 2012, à la suite de la création la même année de la Fondation Espérance Banlieues qui s'est donné pour mission de "favoriser l'accès de tous les enfants de banlieue à une instruction de qualité", c'est-à-dire plus particulièrement aux enfants défavorisés de cités sensibles.

 

Les enfants défavorisés, dont il s'agit, le sont  à plusieurs titres. Ils peuvent ainsi se trouver dans des situations "de faible niveau d'éducation et d'instruction, de grande précarité et de misère sociale".

 

Alexandre-Dumas doit servir de modèle à d'autres écoles. Une deuxième école doit ainsi voir le jour à la rentrée dans les quartiers nord de Marseille, puis une troisième à Clichy. Même modèle ne signifie pas même réponse. L'école de Clichy, par exemple, s'adressera à une population noire, tandis que celle de Montfermeil s'est adressée à une population maghrébine.

 

Quel est ce modèle? L'instruction permet d'acquérir la connaissance, de devenir libre, de s'épanouir sur tous les plans. Elle doit se faire en collaboration étroite avec les familles, qui sont les premières responsables de l'éducation et de l'avenir de leurs enfants. Elle est prodiguée par des professeurs qui sont volontaires, qui sont formés pour la banlieue et qui assurent un suivi personnalisé aux enfants qui leur sont confiés.

 

Eric Mestrallet donne l'exemple de ce jeune garçon qui a envoyé son livre de lecture à la tête de son professeur. A la fin de la classe, le professeur lui a demandé le pourquoi de son geste: il ne savait pas lire alors qu'il était censé être en cinquième... Le professeur lui a alors dispensé un cours accéléré d'apprentissage de la lecture et de l'écriture et cet enfant est devenu un des meilleurs éléments de l'école.

 

L'école doit être un cadre pour tous les enfants. C'est pourquoi l'exigence y est nécessaire.

 

Ainsi, quand des sanctions doivent être prises, elles le sont, mais la décision se fait en concertation avec les parents. Ainsi, pour que les enfants aient le sentiment d'appartenir à une communauté, portent-ils un uniforme qui en est le symbole et qu'ils doivent mériter. A Montfermeil, cet uniforme est un sweet à capuche...

 

Comme dit plus haut les professeurs sont volontaires. Ils savent qu'il leur faut former toute la personne des enfants et qu'ils ne doivent pas seulement viser leurs résultats académiques. Si le voussoiement est de rigueur entre enfants et professeurs, ils prennent leurs repas ensemble et participent à des jeux en commun. Un camp annuel permet de consolider ces liens établis entre eux.

 

Au-delà de l'instruction il s'agit de préparer les enfants à leurs responsabilités d'adultes par la sociabilité, par la transmission du sens du vrai, du beau, du bien, et par leur orientation dans la vie professionnelle en tenant compte de leurs dispositions personnelles et des réalités du marché du travail.

 

Le recrutement de tels professeurs se fait en tenant compte d'abord de leur motivation, de leur savoir-faire et de leur savoir-être en banlieue, puis de leurs compétences académiques et pédagogiques, de leur expérience de l'éducation, de leurs aptitudes aux relations interculturelles et de leur sens de la coopération avec les autres membres de l'équipe pédagogique.

 

Le suivi personnalisé est rendu possible par les faibles effectifs des classes (15 enfants par classe). Le soutien scolaire se fait au sein même de l'école. Les devoirs sont finis à l'école avant de rentrer à la maison. Les matières fondamentales sont enseignées le matin et les devoirs sur table sont effectués l'après-midi. Des plages horaires sont réservées aux activités sportives.

 

Les parents paient une scolarité de 80 € par enfant et par an. Ce qui ne couvre que 20% du coût. Le reste est assumé par la Fondation Espérance Banlieues qui reçoit la contribution d'entreprises sous la forme de taxe d'apprentissage et de mécénat. Le coût d'un enfant est de 3'750 € par an. S'il est bien inférieur au coùt de l'Education Nationale, n'est-ce pas du fait qu'il n'a pas à supporter celui d'une administration publique pléthorique?

 

Eric Mestrallet recommande enfin de voir sur YouTube, le petit film réalisé par les élèves d'Alexandre-Dumas avec leur parrain. Le voici:

Les systèmes de santé en France et ailleurs.

 

Patrick de Casanove est Président du Cercle Frédéric Bastiat et Docteur en médecine. Sa conférence a pour objet de comparer les systèmes de santé en France et ailleurs. Vaste programme. Aussi a-t-il été obligé de restreindre la comparaison du système de santé français à ceux de quelques pays emblématiques.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 2/3

Avant d'en arriver là, l'orateur présente le tableau, publié en 2014, du classement des pays opéré par l'Heritage Foundation en fonction de leur indice de liberté économique. Cet indice est calculé à partir de 10 critères classés en 4 rubriques: le respect des droits de propriété, le périmètre de l'Etat, la réglementation et l'ouverture des marchés (commerce, investissement et finance).

 

A cette aune-là, l'Inde se situe au 120e rang, la France au 70e, la Turquie au 64e, la Géorgie au 22e, l'Allemagne au 18e , les Pays-Bas au 15e, la Grande-Bretagne au 14e, les Etats-Unis au 12e, le Canada au 6e, la Suisse au 4e, l'Australie au 3e et Singapour au 2e, Hong-Kong occupant le 1er rang.

 

Il n'y a pas corrélation entre le rôle que joue la responsabilité individuelle en matière de santé et la liberté économique ou la qualité du système de santé.

 

En Inde le rôle de la responsabilité individuelle est très haut alors que la qualité du système de santé est rudimentaire. Ainsi le patient doit-il choisir entre des soins de grande qualité en clinique privée et des soins de médiocre qualité en hôpital public. Patrick de Casanove donne l'exemple d'une personne qui a préféré la première solution et qui a payé des soins dont le coût s'élevait à 6'000 roupies, c'est-à-dire à 10 mois de loyer en faisant appel à la solidarité familiale...

 

En France le rôle de la responsabilité individuelle est bas et pourtant la qualité du système de santé est très haut, même s'il se caractérise par la disparition du dialogue singulier entre patient et médecin, par la déresponsabilisation de tout le monde, par la cavalerie comme base du financement etc. Le médecin, dont la profession est dite libérale, n'a finalement plus qu'une liberté, celle de gérer son emploi du temps...

 

La Géorgie a privatisé son système de santé à partir de 2006. La corruption qui sévissait du temps de l'ère soviétique a quasiment disparu. Une centaine d'hôpitaux ont été construits par des compagnies d'assurances privées. Et les coûts du système de santé ont considérablement diminué... La qualité du système de santé est haute et le rôle de la responsabilité individuelle est très haut. Les personnes les plus pauvres bénéficient de chèques-santé.

 

En Grande-Bretagne le système de santé public, NHS, remonte à 1948. Il s'est inspiré du Rapport Beveridge qui préconisait une couverture médicale et sociale du berceau jusqu'à la tombe. La qualité du système de santé publique anglais est très haute mais ce dernier est caractérisé par des files d'attente, que l'on peut court-circuiter, à condition d'en avoir les moyens, en faisant appel au secteur privé. Ce système offre des soins gratuits et le patient doit choisir son médecin dans une liste de médecins agréés, sinon il n'est pas remboursé... Le rôle de la responsabilité individuelle y est donc très bas.

 

Aux Etats-Unis, il est difficile de parler de système de santé à l'échelle de ce pays aux 50 Etats. On peut toutefois dire que la qualité de ce système est très haute, mais que le rôle la responsabilité individuelle y est en forte baisse.

 

L'Obamacare, dont le but était d'assurer une protection médicale à tous les Américains (dont ceux qui entraient dans la vie active ne voulaient pas parce qu'elle leur coûtait plus cher que les 6 visites médicale qu'ils effectuaient en moyenne pendant leurs 14 premières années d'activité), n'a pas atteint cet objectif puisque 31 millions d'américains resteront en définitive dépourvus de toute protection sociale...

 

En fait l'Obamacare s'avère un gouffre financier et se traduit par une augmentation massive des prélèvements. Et ce sont les plus pauvres et la classe moyenne qui en font les frais puisqu'ils assument 69% de son coût... Sans compter que les tarifs sont plus chers et les prestations moindres, que le fait de ne pas s'y être inscrit avant le 1er avril dernier fait encourir au récalcitrant une amende de 100$... Ce sont tous résultats et caractéristiques classiques du socialisme...

 

Les pays qui occupent les tous premiers rangs du classement en matière de liberté économique se caractérisent par une très haute qualité de leur système de santé et par un très haut rôle qu'y joue la responsabilité individuelle.

 

En Suisse, les patients ont tous des assurances privées. Les cotisations coûtent environ deux fois et demie le prix des mutuelles françaises. Il y a une franchise à payer pour les premiers soins. Au-delà tout est pris en charge [en réalité, pour être précis, les patients contribuent à hauteur de 10% du montant de leurs soins jusqu'à un maximum de 700 CHF par an]. Les patients sans ressources bénéficient d'une aide sociale et ne paient pas leurs soins.

 

Le système de santé de Singapour comprend les 3 M: MediSave, compte épargne santé obligatoire (cotisations de 7 et 9,5% du salaire ou du revenu) pour les dépenses de santé substantielles; MediShield, complément de MediSave (les primes pouvant être payées à partir du compte MediSave) pour les cas imprévisibles de maladies graves, de séjours hospitaliers prolongés qui épuiseraient MediSave (il existe une franchise, un "ticket modérateur", ainsi qu’un plafond de prestations); MediFund, fonds d’assistance aux démunis.

 

MediFund est un filet de sûreté qu’offre l’État pour s’assurer que personne n'est laissé sans accès aux soins de santé. Le fonds ne verse que les revenus d’intérêts. Commencé en 1993 avec 200 millions de dollars de capital initial il atteignait, en 2012, 3 milliards de dollars. Du fait de la démographie un fonds supplémentaire a été créé en 2007 pour les personnes âgées nécessiteuses, doté de 500 millions de dollars.

 

Eldershield est un ajout à la structure 3M originelle, une assurance privée pour la couverture des divers handicaps causés par la vieillesse.

 

Les particuliers assument 91% des dépenses de santé à Singapour...

 

En conclusion de cette comparaison internationale, trois constantes apparaissent:

- Dans tous les systèmes de santé, l'Etat intervient peu ou prou;

- L'expertise du professionnel est ce qui incite les patients à venir le voir, quoi qu'il en coûte éventuellement;

- Les systèmes de santé qui marchent sont ceux qui font le plus appel à la responsabilité individuelle et qui sont le plus ouvert à la concurrence...

 

 

La culture, en France et aux Etats-Unis.

 

Vincent Ginocchio est Président de Liberté Chérie et membre du Conseil d'administration du Cercle Frédéric Bastiat. Pour ce 6ème Week-End de la Liberté, il a établi une comparaison entre le financement de la culture en France et aux Etats-Unis.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 2/3

Qu'est-ce que la culture? En philosophie, c'est ce qui est de l'ordre de l'acquis et non de l'inné. En sociologie, ce qui est commun à un groupe d'individus. Dans le langage courant, l'offre de pratiques et de services culturels, en particulier dans le domaine des arts et des lettres.

 

En France, l'acte de naissance de l'Etat culturel est le décret 59-212 du 3 février 1959  nommant ministre d'Etat à la tête des Affaires culturelles André Malraux, qui aurait aimé être nommé à celle de l'Education nationale:

 

"[Le ministre d'Etat] a pour mission de rendre accessibles les oeuvres capitales de l'humanité, et d'abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d'assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des oeuvres d'art et de l'esprit qui l'enrichissent."

 

Quels sont les domaines d'intervention de ce ministère? Les théâtres, l'art contemporain, avec les FRAC (Fonds régionaux d'art contemporain), les bibliothèques, les orchestres, le cinéma, avec le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC).

 

Quelques petits faits vrais sur ces domaines: la fréquentation des théâtres augmente mais les recettes restent inférieures aux dépenses; 146'000 oeuvres d'art contemporain ont été achetées au cours des trois dernières décennies, dont la plupart ne sont pas exposées au public; chaque billet de cinéma inclut 11% de taxe qui est versée au CNC.

 

Entre autres attributions le CNC a celle de décider quels films français, ou majoritairement français, bénéficieront des avances sur recettes, c'est-à-dire de la manne publique. Les choix du CNC laissent souvent perplexe.

 

L'avance sur recette a été refusée à Un long dimanche de fiançailles, dont le réalisateur est français, Jean-Pierre Jeunet, dont tous les acteurs sont français (ex.: Audrey Tautou) et dont la langue originale est le français. Elle a été accordée à The fifth element, dont le réalisateur est certes un français, Luc Besson, mais dont la langue originale est l'anglais et l'acteur principal américain. Pourquoi? Elémentaire: le premier est produit par Warner et le second par Pathé...

 

Quant aux montants ils sont... variables, c'est le moins qu'on puisse dire. Si Black Swan, avec Vincent Cassel, a bénéficié d'une avance sur recettes de 220'000 €, Mesrine, avec le même Vincent Cassel, de 22'000'000 €...

 

Les choses ne se passent pas ainsi outre-atlantique. Le financement public a tendance à diminuer avec le temps et est remplacé par du financement privé qui provient de plusieurs sources: de communautés de quartier, de fondations, telles que Carnegie ou Rockfeller, du bénévolat.

 

Il y a 90 millions de bénévoles (sic) aux Etats-Unis, dont la moitié ont moins de 25 ans... Le Musée des Beaux-Arts de Boston fonctionne avec 1'500 bénévoles qui sont... rémunérés par les pourboires...

 

Aux Etats-Unis, les intermittents du spectacle ont deux emplois et cumulent souvent deux compétences - ils sont souvent à la fois acteurs et techniciens... On sait ce qu'il en est des intermittents du spectacle français...

 

Sera-t-on surpris en apprenant que le plus haut taux de bibliothèques au monde se trouve aux Etats-Unis?

 

Le financement public est la norme en France, aux Etats-Unis, c'est l'inverse...

 

 

Ne pas confondre mille-feuille administratif et subsidiarité.

 

Jacques de Guenin est le fondateur du Cercle Frédéric Bastiat. Sa conférence a pour thème: Mille-feuille administratif ou subsidiarité.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 2/3

Pourquoi parle-t-on de mille-feuille administratif?

 

En France il y a l'Etat, 27 régions, 101 départements, 342 arrondissements, 4'052 cantons, 36'646 communes... Le problème est qu'il n'y a pas de responsable unique par échelon administratif. Ainsi 8 services s'occupent-ils de la gestion du Marais poitevin  et la ville de Besançon abrite-t-elle 3 offices du tourisme...

 

Aux Etats-Unis le gouvernement fédéral comprend 15 départements: Affaires étrangères, Défense, Intérieur, Commerce, Santé, Transports, Anciens Combattants, Sécurité intérieure, Trésor, Justice, Agriculture, Travail, Logement, Energie, Education. En France, le nombre de ministres du gouvernement varie entre 15 et 40...

 

Le parlement américain est composé de 100 sénateurs et de 435 représentants et le parlement français de près de 400 élus de plus.

 

Tout cela a évidemment un coût.

 

Il y a deux façons de répartir les responsabilités des échelons: descendante, c'est le constructivisme; ascendante, c'est la subsidiarité.

 

Dans son encyclique Quadragesimo anno, le pape Pie XI donne la définition suivante de principe de la fonction de subsidiarité:

 

"Que l’autorité publique abandonne donc aux groupements de rang inférieur le soin des affaires de moindre importance où se disperserait à l’excès son effort ; elle pourra dès lors assurer plus librement, plus puissamment, plus efficacement les fonctions qui n’appartiennent qu’à elle, parce qu’elle seule peut les remplir : diriger, surveiller, stimuler, contenir, selon que le comportent les circonstances ou l’exige la nécessité. Que les gouvernants en soient donc bien persuadés : plus parfaitement sera réalisé l’ordre hiérarchique des divers groupements selon ce principe de la fonction de subsidiarité de toute collectivité, plus grandes seront l’autorité et la puissance sociale, plus heureux et plus prospère l’état des affaires publiques."

 

En France sur plus de 36'000 communes, environ 28'000 ont moins de 1'000 habitants. Ce qui représente 14 millions d'habitants et 9 millions d'électeurs. Ces petites communes présentent 5 avantages, représentatifs de ce qu'est la fonction de subsidiarité définie par le pape Pie XI:

- L'entraide règne;

- Il n'y a pratiquement pas de vols, de meurtres ou de violences;

- Le maire est abordable;

- Il est élu pour ses capacités et non pour ses inclinations politiques;

- Les mesures collectives sont prises en fonction de la réalité et non des idéologies plus ou moins fumeuses des hommes au pouvoir. Elles sont donc beaucoup plus adaptées aux besoins réels des habitants.

 

Jacques de Guenin l'a mise en pratique dans une tour de la Défense et, en un an, cette tour, où les rapports étaient sauvages, est devenue civilisée, parce qu'il en a fait un "village vertical", à l'image de ce village des Landes dont il a été maire. Ce dernier village, du fait de sa taille, a été ainsi à même, dans le passé, de créer une société de bienfaisance, une société de secours mutuel, une école de garçons avec un régent, une école de filles avec trois religieuses...

 

Aujourd'hui les communes se regroupent plus souvent involontairement que volontairement pour réduire le mille-feuilles administratif. C'est ainsi qu'il y a en France 16'756 intercommunalités, 2'223 communautés de communes, 228 communautés urbaines et 14'305 syndicats intercommunaux...

 

Si la préférence de Jacques de Guenin va à la démarche volontaire d'associations de communes, il n'est pas hostile, dans l'immédiat, à la solution constructiviste pour réduire le mille-feuilles. Il reste admiratif devant les trois niveaux administratifs de la Suisse: Etat, cantons, communes et rappelle l'article 3 de la Constitution fédérale de la Confédération helvétique:

 

"Les cantons sont souverains en tant que leur souveraineté n'est pas limitée par la Constitution fédérale et exercent tous les droits qui ne sont pas délégués à la Confédération."

 

J'ajoute que l'article 5a de la même Constitution fait clairement référence au principe de subsidiarité pour définir le périmètre de l'Etat dans ce pays, qui est le mien:

 

"L'attribution et l'accomplissement des tâches étatiques se fondent sur le principe de subsidiarité."

 

Francis Richard

 

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6ème Week-End de la Liberté à Dax 1/3

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 16:30
6ème Week-End de la Liberté à Dax 1/3

Le 6ème Week-End de la Liberté a eu lieu cette année du 4 juillet au dîner au 6 juillet au déjeuner. Il a réuni au Caliceo de Saint Paul-lès-Dax  90 libres participants sur le thème Services privés, service public.

 

Pour l'organisation de cet événement, le Cercle Frédéric Bastiat a reçu le concours de l'ALEPS, de Contribuables Associés, de Liberté Chérie, de l'Institut Coppet, de l'IFRAP, de l'IREF et d'Alternative Libérale.

 

"La fonction publique, la fonction privée ont toutes deux en vue notre avantage. Mais leurs services diffèrent en ceci, que nous subissons forcément les uns et agréons volontairement les autres; d'où il suit qu'il n'est raisonnable de ne confier à la première que ce que la seconde ne peut absolument pas accomplir."

 

Frédéric Bastiat

 

 

Vendredi 4 juillet 2014, le soir

 

Laissez faire.

 

Damien Theillier est professeur de philosophie et préside l'Institut Coppet. Il inaugure le week-end et, pendant le dîner, traite du thème du libre choix et de la contrainte.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 1/3

En France, l'expression de laissez faire est détestée (on la confond d'ailleurs avec laisser-faire) et on adule le dirigisme. Pourtant les meilleurs auteurs qui ont défendu le laissez faire sont français.

 

Frédéric Bastiat, qui s'est exprimé dans les années 1840, était l'héritier d'une minorité de philosophes qui se sont battus pour le laissez faire, à commencer par Montesquieu, Rousseau, Condorcet. Qui, tous trois, s'étaient prononcés contre la censure et la liberté de débattre. L'idée était simple: plus on laisse les idées s'exprimer, plus les erreurs se réfutent facilement. La science progresse d'ailleurs de cette manière.

 

Ce qui est vrai pour les idées, l'est également, ou devrait l'être, pour les biens matériels. La liberté d'échanger des biens a en effet deux vertus, celle d'être efficace et celle de conduire à une juste répartition.

 

Les prédécesseurs de Frédéric Bastiat.

 

L'échange libre des biens a été défendu  par les physiocrates, tels que François Quesnay, Pierre-Paul Le Mercier de la Rivière, Anne Robert Jacques Turgot, Vincent de GournayEtienne Bonnot de Condillac, Antoine Destutt de Tracy (dont le remarquable Traité d'économie politique, qui condamnait le protectionnisme et l'expansion napoléonienne, a été traduit en anglais à la demande de Thomas Jefferson...), et par Jean-Baptiste Say.

 

Entre eux et Frédéric Bastiat, les fondateurs (en juillet 1814) du Censeur européen, Charles Comte, Charles Dunoyer et Augustin Thierry, représentent le maillon intermédiaire.

 

Si Frédéric Bastiat doit sa formation économique aux premiers, il doit sa formation philosophique et politique aux seconds.

 

Pourquoi la Révolution française a-t-elle été un échec? Pourquoi les Français attendent-ils tellement de la politique? C'est la faute à Rousseau qui a inoculé le virus socialiste...

 

Il ne faut pas opposer liberté et contrainte.

 

En effet, dès lors que l'on fait un choix, on renonce. Le choix est une contrainte. L'important est que le choix ne soit pas forcé.

 

Il y a partout des contraintes. Ainsi, dans la nature, y a-t-il des lois physiques. Il y a des contraintes temporelles, des contraintes morales (que nous nous imposons à nous-mêmes), des contraintes juridiques et politiques. La contrainte qui est imposée de l'extérieur, c'est la loi.

 

Comment faire la limite entre sphère privée et sphère publique? C'est difficile à établir. En tout cas, la loi ne doit pas s'imposer à certains objets. En fait la contrainte est illégitime quand elle s'exerce contre la volonté de l'être humain.

 

L'être humain n'est pas un animal. L'être humain - c'est un principe anthropologique - est doublement propriétaire, de manière indissociable: il s'appartient à lui-même, c'est la propriété de soi; il a un droit de propriété sur ce qu'il a acquis par son travail.

 

Aussi bien la loi, pour être légitime, ne peut-elle avoir d'autre mission que de protéger la personne et ses biens. Si on peut se passer de l'Etat, on ne peut donc pas se passer de lois.

 

Il faut entendre l'individualisme libéral dans cette acception: l'individu est la réalité première. C'est pourquoi la famille, la religion, l'Etat n'ont pas d'autre droit que l'individu. C'est pourquoi l'Etat n'a pas d'autre raison d'être que l'individu.

 

De même Ayn Rand distinguait-elle l'égoïsme rationnel, du moi opposé au tout, à l'égoïsme irrationnel, qui consiste à écraser les autres pour réussir.

 

Il existe trois philosophies: le libéralisme, le conservatisme et le socialisme.

 

Le conservatisme et le socialisme ont en commun de dire que l'être humain ne peut être libre sans corps social. Ce qui les différencie est que, pour les conservateurs, la liberté existe déjà de par l'appartenance aux corps sociaux, alors que, pour les socialistes, elle n'existe pas encore, elle est à faire, elle est à construire. Et c'est là que l'on retrouve Rousseau...

 

Que dit Rousseau? "On ne peut pas être homme sans être citoyen". Autrement dit, le petit moi doit totalement disparaître. Qu'est-ce le mal pour Rousseau? L'inégalité qui vient de la propriété, invention qui a conduit à la société corrompue. Comment l'éradiquer? Par l'éducation (voir L'Emile) et par Le contrat social.

 

A l'opposé de Rousseau qui veut éradiquer le mal, Frédéric Bastiat défend la liberté du mal et de l'erreur, sans lesquels il n'est pas de responsabilité.

 

Selon Rousseau, la propriété ne peut donc être légitime que si elle est réglementée par la loi. C'est sous son influence que la propriété ne sera considérée comme sacrée que dans les limites prévues par la loi:

 

Article 17 de La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789:

 

"Les propriétés étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité."

 

Le thème central de la spoliation.

 

A l'opposé de Rousseau, Frédéric Bastiat dit que "l'homme naît propriétaire."

 

Par là il entend qu'il est propriétaire au sens large. La loi doit être négative: elle doit empêcher que l'on empiète sur les biens. Ainsi ne doit-elle pas imposer la fraternité, l'éducation, la santé. Ce qui serait de la spoliation.

 

A Charles Comte et à Charles Dunoyer, Frédéric Bastiat a repris ce thème central, pour lui, de la spoliation, c'est-à-dire de toutes les formes de violence exercées dans la société par les forts sur les faibles, par les plus rusés, par les beaux parleurs. C'est la spoliation qui permet de comprendre l'histoire humaine.

 

Qu'est-ce que la spoliation? Transférer le bien de quelqu'un, sans compensation et sans consentement à quelqu'un d'autre. Pour l'empêcher, Augustin Thierry suggérait de la rendre plus douloureuse que le travail...

 

Quoi qu'il en soit, les hommes ont inventé un moyen de spoliation plus subtil que la guerre: la loi. C'est aujourd'hui le mode le plus pratiqué sous nos cieux...

 

 

Samedi 5 juillet 2014, le matin.

 

Les pros de la vie politique.

 

Les hommes politiques en France sont des pros.

Jean-Baptiste Léon, rédacteur en chef du bimestriel Les enquêtes du contribuable, revue de Contribuables associés, en administre la preuve dans sa conférence sur Professionnalisation de la vie politique et poids de la fonction publique.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 1/3

Ils ne font que ça: Valls en est à 28 ans de mandats politiques, Fabius à 37, Hollande à 31 et Sarkozy à 37.

 

Ils viennent de la fonction publique: 7 des 10 candidats à la dernière élection présidentielle sont des fonctionnaires. La moitié d'entre les 14 premiers ministres de la Cinquième République sont des énarques...

 

Ils sont pléthore: il y a 600'995 élus en France au 1er février 2013, soit, sans être exhaustif, 348 sénateurs, 577 députés, 74 députés européens, 1880 conseillers régionaux, 4052 conseillers généraux, 519'417 conseillers municipaux et 38'000 élus intercommunaux... Il y a donc un mandat politique pour 104 habitants, soit 4,5 fois plus qu'aux Etats-Unis, et 400 parlementaires de plus que dans ce même pays.

 

Ils ne sont pas à plaindre: si le salaire brut moyen en France est de 2'410 €, le Président de la République a un salaire brut de 14'910 €, le Premier ministre itou, un ministre 9'940 €, un sénateur 13'512 €, un député 12'870 €, un député européen 12'555 €, un maire d'une ville (de 100'000 habitants et plus) 5'512 €. Sans compter que d'aucuns cumulent et que tous bénéficient d'avantages en nature...

 

Ils peuvent couler leur retraite à l'abri du besoin: ainsi Jacques Chirac bénéficie-t-il de revenus mensuels de quelque 31'000 €, à comparer au montant moyen mensuel d'une retraite en France qui est de 1'288 €. Il touche en effet une retraite de Président de 5'250 €, de député de la Corrèze de 5'031 €, de maire de Paris de 5'000 €, de membre de la Cour des comptes de 3'500 €, et il perçoit 12'000 € par mois en qualité de membre à vie du Conseil constitutionnel, où il ne met jamais les pieds...

 

Ils cumulent des mandats. Ce qui empêche le renouvellement du personnel politique, ce qui est contraire à l'intérêt général, ce qui se traduit par de l'absentéisme, par davantage de dépenses publiques, de dettes etc. et par un empilage des rémunérations. Une loi sur le non cumul des mandats a été votée mais ne sera applicable qu'en 2017...

 

La surreprésentation des fonctionnaires parmi les élus est due à la possibilité d'être mis en disponibilité et de bénéficier d'un avancement pendant leurs mandats. Le tournant s'est opéré en 1978 avec l'arrivée d'énarques. 1981 a vu l'arrivée de professeurs et d'instituteurs. Aujourd'hui 41% des parlementaires sont des fonctionnaires: un gros tiers à l'Assemblée nationale et la moitié au Sénat.

 

Selon une étude publiée en mai de cette année et effectuée par le Cevipof, 60% des maires de villes de plus de 30'000 habitants viennent de la fonction publique...

 

En somme, fonctionnaires et pro de la vie politique, même combat...

 

Un monopole public tue.

 

Sandrine Gorreri est directrice de Société civile, le mensuel de l'IFRAP. Dans sa conférence consacrée aux transports publics, elle montre que le maintien du monopole de la SNCF sur le transport ferroviaire est mortel pour tous les transporteurs.

6ème Week-End de la Liberté à Dax 1/3

Les transports en France sont soumis à un des innombrables codes élaborés dans ce beau pays, le Code des transports, dans lequel il est énoncé, dès la première phrase, au chapitre des principes, un droit au transport:

 

"Le système des transports doit satisfaire les besoins des usagers et rendre effectifs le droit qu'a toute personne, y compris celle dont la mobilité est réduite ou souffrant d'un handicap, de se déplacer et la liberté d'en choisir les moyens ainsi que la faculté qui lui est reconnue d'exécuter elle-même le transport de ses biens ou de le confier à l'organisme ou à l'entreprise de son choix."

 

Toujours dans le chapitre des principes de ce code, est mentionnée plus bas la mission de service public:

 

"Dans la programmation des infrastructures, sont pris en compte les enjeux du désenclavement, de l'aménagement et de la compétitivité des territoires, y compris les enjeux transfrontaliers. Cette programmation permet, à partir des grands réseaux de transport, la desserte des territoires à faible densité démographique par au moins un service de transport remplissant une mission de service public."

 

En vertu de ce code juridique, la SNCF détient en fait le monopole en France des transports ferroviaires et, parmi les quelques missions de service public qu'elle devrait remplir, il y a celle d'assurer le service de dessertes locales non rentables...

 

Depuis 1997, en vertu de la loi Gayssot, elle est scindée en deux sociétés, la SNCF proprement dite  et le Réseau ferré de France, RFF. La première s'occupe de l'exploitation et la seconde des infrastructures. Cette scission a permis surtout de transférer à RFF une grande part (20 milliards d'euros) de la dette de l'ensemble qui s'élevait à l'époque à 40 milliards d'euros et qui doit bien avoisiner aujourd'hui les 50 milliards... (une part de la dette, que la SNCF est incapable de rembourser, se trouve dans la SAAD, Société annexe d'amortissement de la dette...).

 

En persistant à défendre son monopole, la SNCF a généré plusieurs problèmes, entre autres:

- la marginalisation du fret ferroviaire au profit du fret routier, auquel elle contribue d'ailleurs elle-même, via Geodis, ce qui n'a pas empêché les opérateurs privés et étrangers de prendre 20% de parts du marché français et le fret de reculer dans son ensemble en France, alors qu'il progresse dans les autres pays européens...

- elle ne gagne de l'argent qu'à l'international, où elle est confrontée à la concurrence: sa filiale Keolis a ainsi remporté cette année un gros marché dans la région de Londres...

- le statut privilégié de son personnel: le bilan social de la SNCF fait ressortir un salaire net moyen de 2'900 €, c'est-à-dire 35% supérieur au salaire net moyen dans le secteur privé, un nombre d'heures annuelles travaillées largement inférieur à la moyenne nationale, un régime spécial de retraite qui bénéficie de 3 milliards d'euros/an de subventions...

- les grèves y sont plus politiques que revendicatrices, ce qui, par exemple, serait impensable en Allemagne ou en Suède...

- sur 32 milliards d'euros de chiffre d'affaires, elle reçoit 13 milliards de subvention...

 

Malgré qu'elle en ait, la SNCF subit tout de même de plus en plus la concurrence du fret routier, du fret aérien, et, plus récemment, dans le transport des voyageurs, celle du covoiturage, qui s'est d'ailleurs développé à la faveur de la dernière grève.

 

Plutôt que de se réformer, la SNCF a augmenté ses tarifs et reçu des subventions. Ce faisant, elle a coulé le secteur français des transports, qui n'a pas acquis de savoir-faire national.

 

Est également responsable de cette déconfiture l'Etat patron qui s'est voulu planificateur... Il aurait été mieux inspiré de prendre modèle sur le Japon, dont, il y a 27 ans, le premier ministre Yasuhiro Nakasone a privatisé les chemins de fer, avec pour résultat des coûts d'exploitation de 40% inférieurs à ceux de la SNCF...

 

Les biens collectifs tels que l'eau.

 

Max Falque dirige le Groupe d'Etude Droits de Propriété et Environnement, GEDPE, et l'International Center for Research on Environmental Issues, ICREI, de l'Université d'Aix-Marseille. Dans sa conférence, il traite de l'eau...

6ème Week-End de la Liberté à Dax 1/3

L'orateur commence par une note d'humour et cite Mark Twain, pour souligner l'importance et la valeur de l'eau:

 

"Whisky is for drinking, water for fighting."

 

Max Falque se trouve aux Etats-Unis le 21 avril 1971. Ce jour-là les écologistes fêtent l'anniversaire du premier jour de la Terre, institué un an plus tôt. Ils disent stop à tout: halte à la croissance et aux droits de propriété, aux enfants (pas davantage que deux par couple, il en a trois et demande ce qu'il doit faire du troisième...).

 

Les écolos ne disent pas stop à tout, puisqu'ils veulent davantage de réglementations publiques...

 

Avec l'eau se posent deux problèmes: sa nature juridique et le traitement de sa pollution.

 

Dans Science, a paru en 1968, un article signé Garett Hardin et intitulé The tragedy of the commons. Cet article pose le problème du bien en commun qui est surexploité et détruit par les individus.

 

Il y a, semble-t-il, deux solutions à ce conflit: la propriété privée ou l'intervention de l'Etat pour sanctionner l'abus.

 

A la suite de cet article, Elinor Ostrom, en 1990, dans Governing the commons, montre que des communautés sont tout à fait capables de gérer des ressources indivisibles, à condition qu'il s'agisse d'un groupe réduit, homogène, prenant des décisions en commun. Autrement dit, il existe une troisième solution.

 

Il n'y aurait donc pas une mais deux théories pour échapper à la réglementation.

 

Quand il y a croissance, les pollutions croissent dans un premier temps, puis, quand un certain niveau de vie est atteint, les préoccupations environnementales apparaissent et augmentent.

 

Un exemple de gestion de ce bien collectif qu'est l'eau permet d'illustrer ce qui est exposé ci-dessus.

 

Une patrouille de dix personnes, scouts ou soldats, s'aventure dans le désert. Elle emporte avec elle 20 litres. Elle a trois possibilités:

 

1) Débrouillez-vous.

2) Chacun reçoit 2 litres.

3) On gère les 20 litres en commun, ce qui suppose un esprit d'équipe.

 

Quand une eau est polluée, il faut la traiter.

 

Par exemple, pour son traitement on peut installer une station d'épuration en aval de son écoulement. Cet assainissement collectif conduit à un coût élevé qui peut être réparti par tiers entre la ville, les industriels et les agriculteurs.

 

Pour traiter l'eau, il existe au moins une autre solution, qui est moins chère. Il s'agit de diminuer en amont la pollution agricole. La station d'épuration paie alors les agriculteurs pour dépolluer l'eau, alors qu'auparavant c'était les agriculteurs qui achetaient de l'eau polluée. Qu'a-t-on fait par là même? On a substitué à un assainissement collectif des assainissements individuels contre redevances.

 

Ce qui montre que l'on peut résoudre des conflits d'intérêts à partir de nouvelles formes de droits de propriété, tels que les échanges de droits à polluer ou les quotas échangeables. Mais cela heurte la croyance selon laquelle l'Etat est supérieur au marché pour les résoudre...

 

Francis Richard

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 16:25
La renaissance du libéralisme classique au XXe siècle

Hier soir, à l' ISEP, à Paris, dans ce 6e arrondissement que j'aime, l'Institut Coppet  organisait un séminaire sur le thème: La renaissance du libéralisme classique au XXe siècle. Une histoire controversée.

 

Je fais partie de ceux qui ont besoin de respirer de temps en temps des bouffées d'oxygène libéral pour ne pas suffoquer dans un monde où l'étatisme sévit partout et fait merveille. Et puis je suis passionné d'histoire, notamment d'histoire des idées.

 

C'est pourquoi je me suis rendu à ce séminaire, quittant les rives du Léman pour entendre autre chose que les habituelles antiennes à la servitude (plus ou moins) volontaire, et revoir des amis libéraux, dont j'apprécie la pluralité d'idées, ce qui est toujours enrichissant et rafraîchissant pour l'esprit.

 

 

De l’aventure du Colloque Lippmann au « néo-libéralisme » selon Michel Foucault.

La renaissance du libéralisme classique au XXe siècle

Christian Michel, que je n'avais pas revu depuis la Conférence Internationale de l' ISIL, qui s'est tenue à la fin août de l'an passé à Pully, près de Lausanne, a traité de ce vaste sujet hier soir.

 

Dans l'immédiat avant seconde guerre mondiale, alors que les idées totalitaires sont triomphantes, qu'il s'agisse du communisme, du fascisme ou du nazisme, et que le capitalisme semble en bout de course, Walter Lippmann, auteur de La cité libre, livre préfacé par André Maurois, décide de réunir des économistes et des penseurs, qui croient encore au libéralisme, pour le défendre.

 

Walter Lippmann est issu d'une famille juive aisée, qui passe ses vacances d'été en Europe. Il a fait Harvard. Il est journaliste à New Republic. Il a remporté deux fois le Pulitzer. On lui doit le sens figuré de stéréotype et la popularisation de l'expression guerre froide.

 

Ce colloque, organisé par Louis Rougier, à l'appel duquel 26 personnalités répondent, se tient à Paris du 26 août au 30 août 1938. L'assemblée est hétéroclite. S'agit-il de libéraux purs et durs? Que nenni.

 

Parmi ces intellectuels, certes, il y a Friedrich Hayek - mais les interventions se font en français qu'il ne parle pas -, Ludwig von Mises, Raymond Aron, Marcel Bourgeois (qui a publié Socialisme de Mises), Jacques Rueff ou Etienne Mantoux, mais il y a Wilhelm Röpke et Alexandre Rüstow (pour lesquels les services publics doivent échapper à la concurrence et qui tiennent pour une économie sociale de marché), Robert Marjolin (qui est pour une révolution constructive) ou André Piatier (qui fustige, déjà, l'évasion fiscale).

 

Il n'est donc pas étonnant que le colloque s'achève sur des propositions mi-chèvre mi-choux, celles d'une mythique troisième voie entre laissez-faire et socialisme. Le plus amusant est que le nom donné alors à cette voie intermédiaire est néolibéralisme (sic), qui n'a donc pas du tout la même acception que le terme, qui sert à vilipender le libéralisme d'aujourd'hui qui aurait trahi le libéralisme classique ...

 

Ce n'est qu'après guerre que de ce colloque naîtront des courants divergents tels que l'ordolibéralisme en Allemagne, la démocratie chrétienne en Italie, le néoconservatisme aux Etats-Unis, lequel subordonne la liberté individuelle à des valeurs plus hautes telles que la religion ou la nation.

 

Parallèlement, en Europe, le flambeau du libéralisme classique est repris par La Société du Mont Pèlerin, qui est fondée en 1947, à l'issue d'une conférence organisée en Suisse par Friedrich Hayek, à laquelle participent du 1er au 10 avril, 36 personnalités dont Milton Friedman, Ludwig von Mises et Karl Popper. Cinq d'entre eux obtiendront le prix Nobel...

 

Dans ses cours au Collège de France, de 1970 à 1984, Michel Foucault , ce génie, a un fil conducteur, la question de pourquoi obéit-on alors que ce n'est pas son intérêt ?.

 

La société n'existe pas. Il n'existe que des intérêts particuliers. On a inventé le contrat social - qui l'a signé? -, le droit naturel, la démocratie, la nature humaine universelle - quand on est homosexuel comme il l'est, que cela signifie-t-il nature humaine universelle?.

 

Michel Foucault se rend compte que vouloir couler les citoyens dans le même moule est oppresseur et que le néolibéralisme est un moyen de lutter contre cette oppression. Les sociétés multiculturelles fonctionnent difficilement. Elles ne peuvent coexister que par le marché, par le désir de transactions...

 

L'homo economicus est athée. Il dit au souverain, quel qu'il soit: tu ne dois pas m'imposer quoi que ce soit, parce que tu ne sais pas et que tu ne peux pas savoir...

 

En fait, Michel Foucault, cet ancien communiste, puis ancien gaulliste, puis ancien gauchiste, comprend en profondeur les libertariens, mais peut-il franchir le pas?

 

 

Rand Paul ou le réveil de l'Amérique.

La renaissance du libéralisme classique au XXe siècle

Benoit Malbranque est un jeune auteur, 22 ans, qui a déjà publié plusieurs livres - notamment Le socialisme en chemise brune  (2012), Introduction à la méthodologie économique (2013), Les économistes bretons (2014) - et contribué à plusieurs ouvrages collectifs.

 

Vient de sortir en version numérique, avant que ne sorte la version papier, son dernier opus, Rand Paul ou le réveil de l'Amérique. Qui est téléchargeable sur le site de l'Institut Coppet depuis hier.

 

Pour ceux qui l'ignorent, Rand Paul est le fils de Ron Paul, qui a participé aux dernières primaires républicaines des élections présidentielles américaines. Il pourrait faire un score, voire davantage, aux prochaines élections de 2016. D'où l'intérêt de ce livre qui prend les devants.

 

 

La révolution de la liberté aux USA. De Ludwig von Mises à Ron Paul. 

La renaissance du libéralisme classique au XXe siècle

Damien Theillier, président-fondateur de l'Institut Coppet, présente le dernier intervenant, Michael Otis. Ce dernier est venu en France faire des études. Il y a deux ans, il ne parlait pas un mot de français... Hier soir, il intervient dans la langue de Molière avec beaucoup d'aisance sur le sujet de la révolution de la liberté aux USA.

 

Ludwig von Mises, d'origine juive, est né à Lemberg en 1881. En 1912, il publie sa Théorie de la monnaie et du crédit. Entre 1919 et 1934 il anime un séminaire privé à Vienne qui est une véritable centrale des idées libérales et qui correspond à la première vague de renaissance du libéralisme classique au XXe siècle. Pendant cette période, il publie Socialisme (1922), où il démontre que sans prix de marché il est impossible de faire des calculs économiques cohérents.

 

Avec l'avènement des nazis en Allemagne, Mises part en Suisse où il enseigne à Genève à partir de 1934. Mais les pressions exercées par les nazis sont de plus en plus fortes sur les autorités helvétiques qui lui rappellent qu'il n'est au bénéfice que d'un permis de séjour annuel. Comme les aéroports sont surveillés, en juillet 1940, il quitte la Suisse en autocar par le Sud de la France, traverse l'Espagne et arrive au Portugal. A Lisbonne il embarque pour New-York, où il débarque en août 1940.

 

Ses débuts aux Etats-Unis sont très difficiles. Il n'y jouit pas de la reconnaissance qu'il peut avoir en Europe. Cependant, grâce à Lawrence Fertig et à Henry Hazzlit, il va pouvoir enseigner à l'Université de New-York, avec le soutien du Volker Fund, puis de la Foundation for Economic Education. Avec le séminaire qu'il anime, la deuxième vague de renaissance du libéralisme au XXe siècle peut avoir lieu, entre 1945 et 1957. En 1949, il publie son maître ouvrage L'Action humaine.

 

Pendant ces années d'après guerre un certain nombre de livres marquent la renaissance du libéralisme: La route vers la servitude de Friedrich Hayek (1944), La grève d'Ayn Rand (1957), Capitalime et liberté de Milton Friedman (1962).

 

La troisième vague de renaissance de libéralisme a lieu entre 1976 et 1989. Elle a été précédée de l'attribution du prix Nobel à Friedrich Hayek en 1974, de la création du Cato Institute la même année et de celle du Center for Libertarian Studies en 1976. Margaret Thatcher est au pouvoir entre 1979 et 1990 et Ronald Reagan entre 1981 et 1989.

 

Après la destruction du mur de Berlin, les idées libérales, contre toute attente, régressent. Les Etats-Unis interviennent à l'extérieur: guerre du Golfe (1990-1991) et, après le 11 septembre 2001, guerre d'Afghanistan (2001), guerre d'Irak (2003); les libertés individuelles sont gravement atteintes par le Patriot Act (2001).

 

Un médecin du Texas, Ron Paul, né en 1935, se singularise en rejetant le système de Bretton Woods adopté en 1971. Il est élu plusieurs fois à la Chambre des Représentants, de 1976 à 1977, de 1979 à 1985, de 1997 à 2013. Il est surnommé Dr No pour s'être opposé aux violations de la Constitution américaine, aux interventions de l'Etat et aux impôts confiscatoires soumis au vote de la Chambre.

 

En 1988, Ron Paul se présente aux élections présidentielles: il obtient 400'000 voix. En 2007 il brigue l'investiture du Parti républicain aux élections présidentielles et participe aux primaires. En 2009 il fait partie de ceux qui lancent le Tea Party. Grâce à lui, l'influence des idées libertariennes ne cesse de grandir: l'expansion de l'Etat, la plus grande crise, en 2008, depuis 1929, les sauvetages d'entreprises, apportent par leurs effets de ruine la preuve de leur justesse. La première vague de renaissance du libéralisme au XXIe siècle aurait-elle commencé?

 

Depuis 2010, le fils de Ron Paul, Rand, élu sénateur du Kentucky, a pris le relais du père. A les examiner de près, les idées du père et du fils semblent bien les mêmes si leurs stratégies diffèrent. Ron semble avoir privilégié la pédagogie, tandis que Rand vise la victoire. D'ici novembre 2016, il peut se passer bien des choses...

 

Francis Richard

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 23:25
"Quelles stratégies face à la surenchère fiscale?"

Quelles stratégies face à la surenchère fiscale? Tel est le thème de la conférence organisée hier soir à Genève par l'Institut Libéral, en partenariat avec l'AGEFI.

 

Dans son introduction Pierre Bessard, Directeur général de l'Institut Libéral, présente les intervenants:

 

- Jean-Philippe Delsol est avocat fiscaliste, administrateur de l'IREF, l'Institut de Recherches Economiques et Fiscales, auteur de Pourquoi je vais quitter la France et de A quoi servent les riches.

 

- Philippe Kenel est avocat spécialisé dans la planification fiscale, successorale et patrimoniale.

 

- Axel Arnoux est président du groupe Chauvin-Arnoux.

 

Les vraies raisons de l'exil

 

Jean-Philippe Delsol donne les derniers chiffres connus: 35'000 personnes par an quittent la France, dont 5'000 contribuables assujettis à l'impôt sur la fortune.

 

Pourquoi? En raison de la fiscalité, de l'instabilité juridique, de la complexité juridique et administrative.

 

La fiscalité? Elle a atteint des records en France. Les dépenses publiques représentent 57% du PIB et les contribuables à hauts revenus sont imposés à un taux de 57%.

 

Le gouvernement actuel a augmenté les impôts et s'attendait, en 2013, à des recettes fiscales supplémentaires de 10 milliards d'euros. Il a dû déchanter. Elles ont diminué de 13 milliards d'euros...Il ne connaissait vraisemblablement pas la courbe de Lafer...

 

Alors que, partout ailleurs en Europe, l'impôt sur les sociétés a baissé, il a augmenté en France et son taux record est aujourd'hui de 38%.

 

Alors que les prélèvements sociaux représentent 70 à 80% des salaires nets en France, ils ne représentent que 20 à 30% dans nombre de pays européens, dont la Suisse ou le Royaume-Uni.

 

L'instabilité juridique? Les droits sur les cessions d'actions ont changé trois fois en 2 ans. Le délai de détention d'un bien immobilier pour bénéficier de l'exonération de la taxation sur les plus-values est aujourd'hui de 22 ans après avoir été naguère de 15 ans, puis de 30 ans...

 

La complexité? Il existe en France 400'000 textes réglementaires, ce qui lui vaut d'être classée au 126e rang sur 144 pays par le World Economic Forum pour sa complexité administrative et juridique ...

 

Pour ceux qui veulent entreprendre, la France soviétisée ne fait pas rêver:

 

- Environ 50% des personnes physiques ne paient pas d'impôt sur le revenu.

- Plus de 50% des personnes actives sont payées par l'impôt.

 

Ce n'est pas une affirmation en l'air. Sur une population active de 28 millions de personnes:

 

. Le secteur public représente 5.2 millions.

. Le secteur parapublic 2 millions.

. Les associations, subventionnées à 80%, 1.08 million (=1.8X80%).

. Les contrats aidés 0.5 million.

. Les contrats d'apprentissage 0.2 million.

. Les contrats de génération 0.05 million.

. Les agriculteurs 1 million.

. Les chômeurs 3.22 millions.

. Les bénéficiaires du RSA socle 1.3 million.

 

Soit un total non exhaustif de 14.55 millions...

 

Il y a donc bien deux France:

 

Dans le secteur public on travaille en moyenne 35 heures et dans le secteur privé 39.6 heures. Dans le secteur public l'absentéisme est de 23% et dans le secteur privé de 9%. Dans le secteur public on part à la retraite en moyenne à 58 ans et dans le secteur privé à 62 ans etc.

 

Le président de la Cour des Comptes, Didier Migaud, ex-député socialiste, déclare au Monde le 11 février 2014:

 

"Dépenser plus ne garantit pas la croissance, surtout si la dépense est inefficace. Quand plus de la moitié du PIB est consacrée à la dépense publique, il est indispensable de s'interroger sur son efficacité."

 

Il n'y a pas seulement en France qu'il y a du souci à se faire. Mais ce n'est pas une consolation.

 

Dans un entretien accordé au Financial Times le 17 décembre 2013, Angela Merkel, lucide, déclare:

 

"L’Europe représente à peine 7% de la population mondiale, seulement un quart du produit intérieur brut mondial et 50% des dépenses sociales du monde."

 

Et l'Allemagne est pourtant en meilleure posture que la France...

 

Si la Suisse s'en sort mieux, c'est qu'elle a maintenu des Etats subsidiaires. Ce n'est pas la même chose d'être citoyen d'une commune et citoyen d'un Etat loin de ses préoccupations. Le frein à l'endettement lui a également permis de contenir la dette publique qui culmine à 35% du PIB...

 

Jean-Philippe Delsol conclut que la France est peut-être devenue le musée du monde, ce qui peut faire rêver les vieux, mais certainement pas les jeunes, et qu'il faudra bien qu'un jour elle en prenne conscience et y remédie.

 

"Quelles stratégies face à la surenchère fiscale?"

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Après la convention Suisse-France sur les successions

 

Philippe Kenel, avant d'aborder ce sujet, rappelle que deux initiatives dangereuses ont abouti: l'une demandant l'abolition des "forfaits fiscaux" (le 20 novembre 2013), l'autre demandant l'imposition des successions de plusieurs millions (le 12 mars 2013).

 

Il faudra donc bientôt voter sur ces objets destinés à alourdir encore la pression fiscale. La Suisse n'est pas à l'abri de la surenchère fiscale...

 

En matière de successions, chaque Etat impose l'héritier comme il veut:

 

- A son domicile

- Selon sa nationalité

- Au domicile du défunt

 

L'OCDE propose un modèle:

 

- Les biens immobiliers sont imposés à leur lieu de situation

- Les autres biens au lieu de domicile du défunt

 

En Suisse le droit des successions suit ce modèle et la plupart des cantons n'imposent pas les successions entre conjoints survivants et en ligne directe... A Genève le taux est de 6%, dans le canton de Vaud de 7%...

 

En France il y a trois possibilités:

 

- Si une personne domiciliée en France décède, tous ses biens situés en France ou hors de France sont imposés en France.

- Si une personne non domiciliée en France décède mais que son héritier est domicilié en France depuis au moins six ans, tous ses biens situés en France ou hors de France sont imposés en France.

- Si une personne non domiciliée en France décède et que son héritier n'est pas domicilié en France non plus, seuls ses biens situés en France sont imposés en France.

 

Si, en France, il n'existe pas d'imposition sur les successions entre conjoints, il faut savoir qu'au-delà de 1'805'677 € le taux d'imposition en ligne directe est de 45%...

 

Jusqu'à 2012, les relations fiscales en matière de successions entre la Suisse et la France étaient régies par la Convention conclue le 31 décembre 1953 en vue d'éviter les doubles impositions en la matière.

 

Cette convention était conforme au modèle de l'OCDE, avec, toutefois, une nuance: si les biens immobiliers situés en France étaient détenus par un défunt décédé en Suisse par le biais d'une SCI (Société civile immobilière), son héritier était imposé en Suisse.

 

Si, par hypothèse, il n'y a plus de convention du tout, de deux choses l'une:

 

- Ou l'héritier d'un défunt domicilié en Suisse n'est pas domicilié en France (ou n'a pas résidé six ans au cours des derniers dix ans) la succession est imposée dans le canton de domicile et les biens situés en France le sont également en France.

- Ou l'héritier est domicilié en France (ou y a résidé au moins six ans au cours des derniers dix ans), la Suisse impose la totalité des biens à l'exception des biens immobiliers situés en France et la France impose également tous les biens où qu'ils se trouvent.

 

Dans les deux cas, l'héritier imposé en France peut déduire les impôts payés en Suisse à l'exception des impôts relatifs aux biens situés en France, sauf qu'il n'y a pas, dans la plupart des cantons, d'imposition des successions en ligne directe...et que la plupart des successions se font entre parents et enfants.

 

La Convention 2013 diffère de celle de 1953 sur deux points:

 

- Il n'y a plus de distinction entre détention d'un bien immobilier directement ou par le biais d'une SCI.

- La France impose la totalité des biens où qu'ils se trouvent si l'héritier a résidé en France au moins 8 ans au cours des derniers dix ans.

 

En fait elle reprend le droit des successions français avec pour seule différence qu'il faut huit ans de résidence sur dix au lieu de six sur dix...

 

C'est pourquoi Philippe Kenel pense qu'il est préférable qu'il n'y ait pas de convention du tout plutôt que d'accepter une telle convention.

 

A l'argument que la France et l'Allemagne ont adopté une convention du même acabit, Philippe Kenel répond que ces deux pays ont le même système d'imposition alors que les deux systèmes suisse et français diffèrent complètement.

 

Il est curieux, souligne-t-il encore, que la convention entre la Belgique et la France ne soit pas remise en cause, alors qu'elle est similaire à celle de 1953 entre la Suisse et la France...

 

Perspective d'une entreprise multinationale et familiale d'origine française

 

Chauvin-Arnoux est un groupe qui a fêté ses 120 ans d'existence en 2013.

 

Pendant ces 120 ans, quatre générations de la même famille se sont succédé à la tête du groupe. Axel Arnoux en est l'actuel Directeur général. Il raconte qu'il a connu plus de 30 ans de crise française.

 

Le secteur d'activité des instruments de mesure est en effet passé d'un effectif de 20'000 personnes à 2'000, dont la moitié se trouve aujourd'hui chez Chauvin-Arnoux. Non seulement ce secteur industriel a disparu à 90%, mais une grande partie de ses clients...

 

Axel Arnoux peut témoigner que ce n'est pas la mondialisation qui a mis par terre l'industrie française, mais les systèmes fiscal et social français.

 

Comment le groupe Chauvin-Arnoux s'en est-il sorti?

 

D'abord la transmission d'informations de génération en génération a permis à Axel Arnoux d'anticiper. Puis, comme les clients avaient disparu en France, il a porté tous ses efforts sur l'export, qui a été multiplié par dix: dix filiales à l'étranger, des milliers de points de vente etc. Enfin il a privilégié l'innovation technologique qui a permis au groupe de rester parmi les meilleurs.

 

Une baisse inéluctable des effectifs a eu lieu en France, départs naturels et plans sociaux, mais des activités extérieures ont été créées.

 

Après s'être délocalisé lui-même en Belgique, puis en Suisse, où il est domicilié depuis 5 ans et où il est revenu après bien des années (il est diplômé de l'Institut supérieur de gestion de Montreux), il avait préparé sa succession quand tout a été remis en cause dernièrement par l'actuel gouvernement, nouvelle manifestation de l'instabilité juridique qui caractérise la France...

 

Lueurs d'espoir

 

Tous les constats qui précèdent ne sont guère réjouissants.

 

Alors que faire?

 

- Se battre sur le terrain moral: la tyrannie fiscale n'est certainement pas morale.

- Parler de ce qui a marché: la privatisation des biens publics s'est faite en trois ans en Tchéquie sous l'impulsion de son président, Vaclav Klaus; le Canada et la Nouvelle-Zélande ont su réduire drastiquement leurs dépenses publiques avant la crise etc.

- Présenter des solutions cohérentes: Jean-Philippe Delsol a été invité quatre fois sur France-Culture pour parler de la flat tax...

 

Les frondes commencent avec les bonnets rouges, les pigeons, les poussins. Cela signifie bien que toujours plus de monde est touché.

 

Philippe Kenel raconte cette histoire:

 

"Un responsable du parti communiste italien demande à un militant:

- Serais-tu prêt à faire don de ta maison au parti?

- Bien sûr.

- De ta voiture?

- Bien sûr.

- Et de ta vespa?

- Non.

- Je ne comprends pas. Tu serais prêt à donner ta maison et ta voiture au parti, mais pas ta vespa?

- Je n'ai ni maison, ni voiture, mais j'ai une vespa."

 

C'est quand beaucoup de monde sera touché que les solutions libérales auront quelque chance d'être entendues...

 

Francis Richard

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 22:25

ESC-Troyes.jpgSous l'égide de l'Institut Economique Molinari, de 24h GOLD et du Groupe ESC Troyes en Champagne, du 4 au 6 octobre 2013 a eu lieu la 3ème édition de l'Université d'automne en économie autrichienne

 

Plus de 80 participants ont assisté aux différentes conférences dans les locaux du Campus Brossolette du Groupe de l'ESC Troyes.

 

 

La soirée du 4 octobre 2013

 

Dans un restaurant de la ville de Troyes, l'Université d'automne commence par une intervention de Guido Hülsmann, professeur d'économie à l'Université d'Angers.

 

Dans cette intervention, Guido Hülsmann rappelle qu'en 1912 Ludwig von Mises a développé, pour la première fois, dans son livre Théorie de la monnaie et du crédit, une théorie correcte du cycle économique.

 

S'appuyant sur les travaux de Ricardo et  sur ceux de Carl Menger, il montre, il y a un siècle déjà, dans ce livre que les cycles économiques, d'expansions suivies de dépressions, sont dus à l'expansion du crédit monétaire, stimulée par la banque centrale et l'intervention de l'Etat, avec pour conséquences inflation et baisse artificielle du taux d'intérêt, et récession brutale quand cette expansion monétaire cesse après avoir duré longtemps. 

 

Le matin du 5 octobre 2013

 

La conférence de Renaud Fillieule, professeur de sociologie à l'Université Lille 1, a  pour thème Les régimes monétaires et leur évaluation par les Autrichiens.

 

Quels sont les systèmes monétaires?

1) Les marchandises

2) Les marchandises avec réserves fractionnaires

3) Le papier monnaie

 

1) Pour qu'une marchandise puisse jouer le rôle d'une monnaie, encore faut-il qu'elle soit liquide et qu'elle soit divisible. C'est en remplissant ces conditions qu'elle facilite la division du travail.

 

L'or et l'argent se sont révélés les plus propices pour jouer ce rôle. A l'origine, non seulement leur poids et leur teneur étaient connus mais également leur provenance. Les certificats de monnaie leur étaient matériellement incorporés. Mais il était possible également d'émettre des certificats de monnaie qui leur étaient séparés matériellement sous la forme de pièces et de billets.

 

Dans un esprit de simplification, l'Etat intervient, et soit l'or, soit l'argent, joue le rôle de monnaie. Il s'agit alors de monométallisme. Le cours est forcé, ce qui est difficilement défendable moralement. Le cours légal permet de générer une inflation institutionnalisée.

 

Quand l'or et l'argent coexistent, l'Etat intervient encore, toujours dans un esprit de simplification, pour établir un taux fixe entre eux. Il s'agit alors de bimétallisme. Le problème est que l'un va être surévalué par rapport à l'autre et va le chasser. On retrouve là les effets pervers de tout contrôle des prix.

 

Enfin, en réduisant la teneur en métal précieux, l'Etat dévalue la monnaie et rembourse plus facilement ses dettes. Ce qui est là encore moralement discutable.

 

Renaud FILLIEULE 5.10.132) En prêtant une partie de l'argent des déposants, une banque fractionne les réserves. Murray Rothbard considère qu'il s'agit d'une fraude, car la propriété privée n'est pas respectée.

 

George Selgin et Lawrence White ne sont pas de cet avis. Leur argument est que les déposants savent que les banques fractionnent les réserves, qu'il s'agit donc d'un choix volontaire et qu'il n'y a donc pas de problème éthique.

 

Il existe deux régimes de banques: quand les banques sont libres, elles sont responsables et peuvent faire faillite; quand existent des banques centrales, les banques prennent davantage de risques. Les banques centrales jouent en effet le rôle de prêteurs en dernier ressort. Leur existence a conduit successivement à la suspension de la convertibilité, à sa suppression et à la création du papier-monnaie.

 

3) La monnaie-papier décrétée par l'Etat est un système récent (1971). John Stuart-Mill disait déjà en 1848 que la monnaie-papier était un mal intolérable. Car, en abaissant sa valeur, elle permet de diminuer une dette. C'est pourquoi elle est imposée par l'Etat qui trouve là moyen de diminuer la sienne.

 

Les partisans de la monnaie-papier disent qu'elle permet une économie sur les coûts de production (ce qui est illusoire, de même que sa prétendue gratuité, parce qu'en fait beaucoup de gens y travaillent) et qu'elle permet la mise en oeuvre d'une politique monétaire.

 

Pour les Autrichiens et les libéraux classiques, il n'y a pas de création de richesses: on se contente de les redistribuer en faveur de ceux qui sont proches de la source de création de monnaie.

 

Il est possible de le faire de manière discrétionnaire (on donne carte blanche à des fonctionnaires en matière de quantité de monnaie et de taux d'intérêts), c'est le cas de la FED, ou de le faire en se donnant des règles (en matière de quantité de monnaie, de taux d'inflation, de taux de changes fixes, de PIB nominal), c'est le cas de la BCE.

 

François Facchini, professeur d'économie à l'Université Paris 11, revient, lui, sur Les causes de la crise et les politiques mises en oeuvre.

 

Quelles sont les conséquences de la crise en France? La croissance est de plus en plus faible, le chômage est fort (8 à 11%) et les Français se désintéressent de la politique (l'abstention est supérieure à 42% en 2012).

 

Qu'est-ce qu'une crise? Pour Karl Marx, c'est une caractéristique du capitalisme qui, d'une crise l'autre, finira bien par être détruit; pour Milton Friedman, c'est une turbulence dans une économie prospère; pour Keynes, c'est un défaut de régulation; pour les libéraux classiques, c'est la fin d'un cycle, avant qu'un autre ne commence.

 

Le capitalisme régulé est fragile. Plus les régulations étatiques assurent contre les défauts de paiement, plus il y a de comportements imprudents. La banque centrale favorise l'aléa moral, c'est-à-dire la prise de davantage de risques par les banques qui savent qu'elles seront sauvées en cas de défaillance.

 

François FACCHINI 5.10.13Selon Hyman Minsky, c'est le capitalisme qui est défaillant par nature en raison de par sa fragilité systémique.

 

Les capitalistes font preuve d'avidité. Ils anticipent des gains pour financer leurs dettes. C'est une structure financière à la Charles Ponzi.

 

Le moment Minsky se produit quand les investisseurs surendettés sont contraints de vendre en masse.

 

La crise serait due à un capitalisme non régulé. Or la crise des subprimes est justement le résultat d'un capitalisme régulé de par la politique étatique d'accès à la propriété et d'argent bon marché.

 

Dans un régime de banque libre, la couverture partielle des dépôts est quelque chose de marginal, alors qu'elle est généralisée dans un régime de banque centrale.

 

Dans le cas de la banque libre, soit la couverture partielle est illégale, soit la couverture est proche de 100%, en raison de la loi de l'offre et de la demande qui s'exerce en chambre de compensation.

 

Dans le cas de la banque centrale, au contraire la couverture partielle est légale. L'aléa moral joue à plein parce qu'elle est prêteur en dernier ressort (ce qui conduit à la socialisation des pertes et à la privatisation des gains).

 

Le cours légal empêche la loi de l'offre et de la demande de fonctionner. Est rendu solvable ce qui ne l'était plus. Sont favorisés les comportements malsains. De plus ce modèle, qui est un modèle de rente, s'avère moins performant que le modèle de profit.

 

Selon, le diagnostic post-keynésien, la crise provient d'un capitalisme non régulé.

 

Pour en sortir il faut donc:


1) Sauver les banques

2) Maintenir longtemps des taux d'intérêts bas, ce qui rend la crise plus profonde en bloquant le réajustement à la hausse

3) Augmenter la régulation, ce qui conduit à la contourner

4) Soutenir l'économie par la dépense publique, ce qui se traduit par une augmentation de la dette publique.

 

Dans sa Théorie de la monnaie et du crédit (1912), Ludwig von Mises disait que plus un modèle de croissance artificielle est longuement entretenu, plus la récession qui s'en suit est longue et intense...

 

Dans Monnaie, crédit bancaire et cycles économiques, Jesus Huerta de Soto propose de revenir à une couverture à 100%, de démanteler les banques centrales et de revenir à l'étalon-or...

 

L'après -midi du 5 octobre 2013

 

Nikolay Gertchev, économiste  à la Commission européenne, se propose de répondre à la question: Réforme bancaire: par où commencer?

 

1) Problème

2) Solution politico-institutionnelle

3) Propositions autrichiennes

4) Conclusion

 

1) Quel est le problème? La récurrence des cycles économiques a des conséquences sur les banques.

 

De mauvais projets d'investissements sont lancés. Les créances deviennent douteuses. Le capital des banques est consommé. De là naît une perte de confiance qui conduit à des retraits, lesquels provoquent de l'illiquidité. La contagion se répand. En présence d'un prêteur en dernier ressort, les banques ont pris des risques qu'elles n'auraient pas dû prendre. On retrouve là encore l'aléa moral.

 

Les conséquences sont la destruction de l'épargne et l'interruption du flux de crédit.

 

Il y a deux causes du point de vue autrichien:

- les réserves fractionnaires: les actifs les plus liquides ne représentent qu'une partie des actifs;

- les fonds propres sont insuffisants.

 

2) Les solutions du mainstream:

 

- Accords de Bâle III: renforcement des bilans par des ratios de couverture de liquidité et des fonds stables; renforcement du capital de base qui doit être d'au moins 4,5%

- Fonds commun de résolution des banques pour éviter que ce soit aux Etats nationaux de recapitaliser les banques.

 

Il en résulte une réglementation centralisée au lieu d'une régulation par l'intérêt individuel. A l'intérieur des banques, une agence est chargée de contrôler que cette réglementation est bien appliquée, ce qui conduit à leur bureaucratisation. Il s'agit en définitive d'une approche administrative du risque qui suppose l'existence d'une banque centrale et qui se traduit en définitive par une collectivisation des risques.

 

3) Les propositions autrichiennes:

 

- Soumettre la production de monnaie à la concurrence généralisée

- Eliminer la réglementation bureaucratique

 

Le débat est ouvert entre ceux qui sont favorables à une réserve intégrale ou non, entre ceux qui pensent que l'Etat doit jouer un rôle ou non, entre ceux qui sont favorables à une transition immédiate ou graduelle.

 

Nikolay GERTCHEV 5.10.134) Conclusion

 

Il y a plusieurs scénarios chez les Autrichiens.

 

Celui de Ludwig von Mises consiste à geler la production de monnaie, à exiger 100% des réserves; à libéraliser le marché de l'or; à décréter la convertibilité des billets en or, après stabilisation de son prix; à créer une Caisse d'émission pour remplacer les anciens billets par des nouveaux garantis à 100%.

 

Concrètement l'or servirait aux petites transactions et circulerait effectivement. Les grandes transactions se feraient avec de grandes coupures. Il n'y aurait plus d'expansion du crédit et l'on éviterait la déflation de la masse monétaire.

 

Restent en suspens les questions des pertes dues aux mauvais investissements et de la libération en totalité de l'emprise de l'Etat sur le système financier.

 

Celui de Murray Rothbard consiste à réévaluer le stock d'or; à restituer le stock public d'or; à annuler les titres de dette publique détenus par la FED; à abolir la FED.

 

Ce qui est peu clair dans ce scénario c'est comment se ferait le retour graduel des réserves à 100% (par l'amortissement naturel du crédit bancaire?) et comment le prix de l'or s'ajusterait instantanément.

 

Celui de Jesus Huerta de Soto consiste à restreindre le nationalisme monétaire par la coopération internationale; à créer des banques à réserves intégrales en séparant les dépôts et les fonds mutuels; à couvrir les dépôts par des billets garantis par le stock public d'or; à rembourser la dette publique par la richesse nette des banques; à abolir les banques centrales; à établir la liberté monétaire.

 

Ce scénario suppose la coopération de l'Etat, ce qui semble peu réaliste.

 

Celui de Friedrich Hayek consiste à réformer le système bancaire (100% de réserves); à éliminer le cours légal (liberté d'émettre du papier-monnaie et liberté de choix des monnaies-papier); à faire apparaître une monnaie dominante par la concurrence; à arrêter les crédits nouveaux pour graduellement retrouver de meilleurs taux de couverture...

 

Comme on le voit, les scénarios pour la réforme bancaire sont divers et variés chez les Autrichiens, même si les objectifs sont similaires...

 

Gabriel GIMENEZ-ROCHE 5-10.13Gabriel Giménez-Roche pose la question: Réforme du marché du travail: et s'il fallait commencer par là?

 

Dans la théorie autrichienne l'origine des crises se trouve dans le financement des investissements par le crédit. Elles ne se résolvent que par une liquidation, le plus souvent partielle, rarement totale (la liquidation de 2002 en Argentine a été suivie 2-3 ans plus tard par de l'interventionnisme).

 

Comme il n'y a pas eu de liquidation totale après 2007-2008, il y a de quoi s'inquiéter, parce que plus l'intervention est grande, plus douloureux est l'ajustement...

 

Comme toute réforme passe par l'Etat, la question à se poser est: quel est le marché qu'il faudrait réformer en premier? Or le grand problème est la population. Toute réforme devrait donc, semble-t-il, passer par le marché du travail.

 

Pourquoi?

 

- Le taux de chômage en France est de 10,4% et le chômage de longue durée représente 41,5%;

- Les Français sont productifs: du fait du chômage important ils sont peu nombreux à travailler;

- Les cotisations sont élevées et progressives;

- L'inflexibilité du marché du travail est caractérisée par le maintien des 35 heures et la refiscalisation des heures supplémentaires; 

- Les emplois les plus qualifiés et les délocalisations sont favorisés;

- Le salaire minimum est élevé, ce qui a un effet négatif sur tous les salaires;

- Les coûts de licenciement, qui augmentent avec l'ancienneté, sont prohibitifs;

- La formation technique est inadaptée (le taux de chômage pour les titulaires d'un brevet ou des non  diplômés, sortis depuis 1 à 4 ans de leur formation initiale, est de 45,7% en 2011...);

- La bureaucratie et la fiscalité sont complexes.

 

Un déblocage du marché du travail se traduirait par de nouveaux débouchés et par une hausse généralisée de la demande d'employés.

 

En fin d'après-midi du 5 octobre 2013

 

Discussion 5.10.13Une discussion avec tous les intervenants de la journée a lieu. Elle tourne autour de l'inflation et de la déflation et de leurs conséquences sur l'économie. 

 

Il ressort de cette discussion que la déflation est bonne si elle correspond à un gain de productivité et qu'elle est mauvaise si elle correspond à une baisse de la masse monétaire et qu'elle provient de la politique monétaire qui est menée par la banque centrale.   


En cas d'inflation le créancier y perd parce que son capital est dévalorisé. En cas de déflation c'est le débiteur qui y perd. Dans l'un et l'autre cas, c'est le rythme qui pose problème, c'est-à-dire s'il y a accélération.

 

En présence d'inflation, on a moins de ressources qu'on ne le croit et, en présence de déflation, on a plus de ressources qu'on ne le croit.

 

Quand il y a inflation généralisée, elle ne peut être que d'origine monétaire.

 

Le matin du 6 octobre 2013

 

Avec verve et schémas, voire formules mathématiques financières, Gabriel Giménez-Roche décrit les sept sceaux du boom qui expliquent Les bulles spéculatives dans les cycles économiques:

 

1) Il y a abondance de capital: à l'offre d'épargne réelle s'ajoute l'offre de crédit du système bancaire, ce qui a pour effet de faire passer le taux d'intérêt bancaire (taux d'intérêt de la banque centrale + prime) en-dessous du taux d'intérêt naturel qui résulterait de l'offre d'épargne réelle et de la demande de capital.

 

2) La rentabilité potentielle est augmentée: le calcul entrepreneurial est falsifié, d'autant qu'il y a incitation à emprunter de la part des institutions. Des projets non rentables le deviennent comme par enchantement. Même en utilisant ses capitaux propres, le coût du capital baisse. Il en résulte une estimation optimiste et faussée des ventes.

 

3) Les effets de Cantillon se produisent: l'injection de monnaie profite à ceux qui en sont les bénéficiaires au détriment de ceux qui ne le sont pas.

 

4) Le boom des prix des facteurs de production se produit: quand la demande est boostée et dépasse la demande de facteurs de production, l'offre de facteurs augmente. Dans un premier temps il y a réactivation de la capacité oisive, puis recours à l'immigration, ensuite délocalisations, enfin adoption accélérée de nouvelles technologies pour épargner des ressources. Car il s'agit de produire plus rapidement pour répondre à la demande. La pression inflationniste est contrecarrée par ces nouvelles technologies, mais elle n'est pas annulée. Aussi la stabilité des prix est-elle illusoire.

 

5) Les bulles se forment: dans un premier temps la demande augmente. La spéculation de demande s'ajoute à la demande initiale. Dans un deuxième temps l'offre augmente. La spéculation d'offre s'ajoute à l'offre initiale. Car la spéculation résulte de l'harmonisation des marchés, c'est-à-dire de l'offre et de la demande.

 

6) Les marchés financiers sur-performent largement par rapport aux marchés des biens et services.

 

7) Il y a redéploiement vers des processus  de production plus longs: or, tout le monde veut tout maintenant. Il y a saturation. La pression consumériste est instantanée et la production ne suit pas. La liquidation commence. Les clients des banques n'arrivent plus à rembourser leurs dettes.

 

Les keynésiens et les monétaristes ne voient qu'une partie de ces sceaux, qui, pour compliquer encore les choses, ne touchent pas tous les secteurs en même temps et ne se produisent pas dans l'ordre de cet exposé. C'est seulement quand il y a liquidation que les choses finissent par apparaître...

 

Nicolas Marques termine le cycle des conférences par un exposé sur Sécurité sociale: risques et enjeux.

 

Que recouvre la protection sociale? Les "risques" suivants:

- Assurance-maladie

- Allocations familiales

- Vieillesse

- Accidents

- Dépendance

 

Pourquoi des prélèvements obligatoires?

 

Parce que les individus sont d'incorrigibles imprévoyants. De plus, il est difficile d'anticiper. Il y a le risque de se faire berner et l'imprévoyance est maximisatrice. C'est pourquoi il faut imposer une couverture.

 

Cette couverture obligatoire et étatique est anti-sélection (le marché disparaît et les mauvais cas ne sont pas refusés...), mais elle conduit à un changement de comportement en raison de... l'aléa moral.

 

La théorie en cours est que, sur un marché, il n'y a pas ce qu'on veut. Pourtant, avant l'intervention de l'Etat, il y avait des sociétés de secours mutuel qui couvraient maladie, accident et dépendance.

 

Pourquoi cela marchait? Parce qu'un processus concurrentiel était suivi.

 

Le livret de mutualiste individualisait les couvertures:

 

- la date de mise en vigueur pouvait être différente;

- un examen médical préalable était effectué;

- les tarifs étaient différenciés suivant l'âge; 

- un calcul actuariel était effectué.

 

Ces sociétés de secours mutuel ont augmenté au cours XIXe siècle (en 90 ans le nombre des mutualistes anglais est passé de 650'000 à 6'500'000) et elles se sont développées soit géographiquement, soit professionnellement. Elles ont créé des pharmacies, salarier des médecins etc.

 

Il y avait concurrence des prestations entre les tontines, les assureurs, les mutualistes, les patrons, les caisses d'épargne, les caisses de retraite publiques etc.

 

Pourquoi ont-elles disparu? Parce que ces sociétés ont été encadrées par l'Etat: en France en 1852, en Allemagne en 1893, au Royaume-Uni en 1911.

 

Cet encadrement s'est fait en limitant leur taille, limitée à 200 personnes sous prétexte qu'elles pouvaient faire de l'agitation, ou de la propagande. Leur épargne était convoitée du fait de l'existence d'une grosse dette publique.

 

Les syndicats étaient d'ailleurs opposés à leur fusion dans une caisse publique de retraites qui aurait favorisé les hauts dignitaires aux dépens des autres.

 

Comme disait Hippolyte Taine:

 

"Presque toujours, lorsque les gouvernements mettent la main sur une institution... ils en détraquent le mécanisme; ils font d'elle un engin fiscal, électoral ou doctrinal, un instrument de règne, etc."

 

La nationalisation et l'expropriation des sociétés de secours mutuel ont été opérés en 1945. Il s'agissait de généraliser, d'uniformiser.

 

Comme disait Frédéric Bastiat:

 

"La généralisation de la prévoyance débouche sur l'imprévoyance généralisée."

 

Le principe des sociétés de secours mutuel était de mettre en commun pour anticiper, provisionner, épargner. Celui de la Sécurité sociale de 1945 sera de contrôler, de déprovisionner, de faire de l'inflation, avec pour résultat de reporter sur les générations futures la dette sociale.

 

Aujourd'hui la protection sociale étatique se caractérise par de l'insécurité économique (le déséquilibre des comptes apparaît dès 1950), par de l'insécurité juridique, par le clivage qu'elle instaure entre les jeunes et les vieux, les malades et les bien portants etc.

 

Depuis 12 ans les régimes de la Sécurité sociale enregistrent des déficits importants (13,3 milliards d'euros en 2012). Si la dette des administrations de Sécurité sociale représente 8% du PIB, les dettes implicites s'élèvent à plusieurs fois le PIB annuel... Les prélèvements obligatoires correspondant aux administrations de sécurité sociale représentent 24% du PIB ...

 

Alors que la prévoyance c'est anticiper et mutualiser ce qui ne peut être anticipé, l'imprévoyance de la Sécurité sociale c'est de remettre toujours à demain et de dire que tout ira bien s'il y a des naissances... Avec l'obligation d'assurance, la responsabilité individuelle a été perdue...

 

Les enjeux de la santé c'est:

 

- éviter le rationnement comptable (Angleterre, Canada);

- rétablir la concurrence (Suisse);

- ne pas dépenser plus que ce que l'on dispose;

- se projeter dans l'avenir;

- inciter les salariés à capitaliser;

- provisionner les retraites publiques.

 

Francis Richard

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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