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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 01:00
The bowlerIl y a 210 ans, à Bayonne, le 30 juin 2011, naissait Frédéric Bastiat. Un article du Monde, daté du 3 janvier 2011, signé Nicolas Bourcier, le qualifiait de "Français inconnu" et de "référence des ultra-conservateurs américains". Nul n'est décidément prophète en son pays...

Il existe pourtant en France plusieurs rues Frédéric Bastiat, notamment à Paris, à Mont-de-Marsan et à Mugron, dans les Landes, d'où sa famille est originaire.

A l'angle de la rue parisienne et de la rue d'Artois se trouve un pub, The bowler, qui a servi de point de rendez-vous vendredi soir dernier à des amis sur Facebook,  pour célébrer ce Français inconnu, qui a tout de même inspiré aussi bien Margaret Thatcher que Ronald Reagan, noms que Nicolas Bourcier ne doit, à l'évidence, pas connaître non plus...

En deux mots rappelons donc que Frédéric Bastiat, mort à Rome le 24 décembre 1850, était tout à la fois un économiste défenseur de la liberté des échanges et des choix économiques par les individus, un philosophe défenseur de la liberté individuelle et de la responsabilité, un homme politique défenseur du désengagement de l'Etat dans les activités pour lesquelles les individus peuvent se passer de lui.

Anniversaire BastiatAu cours des échanges de ceux qui ont commémoré l'anniversaire de Bastiat, une nouvelle réjouissante a été annoncée par l'une d'entre eux : Atlas shrugged d'Ayn Rand va être publié le 22 septembre prochain en français. Ceux qui ne lisent pas l'anglais vont enfin pouvoir répondre à la question : who is John Galt ?

Après avoir vidé quelques bières les participants [la photo ci-contre n'en montre qu'une partie] se sont rendus dans un restaurant de la rue de La Boëtie pour y partager un repas, continuer leurs échanges sur la situation économique actuelle de la France, aborder d'autres sujets et faire réellement connaissance parfois, puisque certains ne se connaissaient que via Facebook.

Le lendemain 1er juillet 2011 commençait à Saint Paul-lès-Dax Le Week-End de la Liberté organisé par le Cercle Frédéric Bastiat, dont l'objet est de "perpétuer la mémoire de Frédéric Bastiat et de propager sa philosophie de liberté, d'initiative et de responsabilités". ici.

Parti de Paris plus tard que prévu, votre serviteur n'a pas pu assister au cocktail et dîner du premier jour. Pendant les deux jours suivants il a eu le bonheur de suivre les huit conférences consacrées à La souveraineté de l'individu et [à] la coopération spontanée.
 
Bertrand Lemennicier, professeur d'économie à l'Université de Paris II Panthéon-Assas, a ouvert le feu avec une conférence suivie d'un débat sur la famille. Avec beaucoup d'humour il a expliqué que la disparition de la famille traditionnelle s'expliquait très bien par le changement des contraintes, notamment par la possibilité nouvelle donnée à la femme de travailler sans l'accord de son mari et par l'interventionnisme de l'Etat dans le financement de la famille obtenu grâce à l'électorat féminin.
 
Sur l'école, Lionel Devic, avocat, président de la Fondation pour l'Ecole a d'abord retracé l'histoire de l'école depuis les lois Ferry de 1881 et 1882 qui ont instauré l'école laïque, en passant par le principe posé en 1946 de l'éducation prérogative de l'Etat et en terminant par les lois Debré de 1959 qui ont associé l'école privée au service public. Pour retrouver un enseignement de qualité et former des élèves libres, il faut que les éducateurs soient également libres, ce qui ne peut se faire que par la création de classes hors contrat et par le chèque-éducation.

Jean-Pierre Ferro, ancien officier de la police nationale, a participé à la lutte contre le grand banditisme, la drogue, le terrorisme et le kidnapping à Paris, Bordeaux, Madrid et en Colombie. Les menaces mondiales ont augmenté, les budgets ont diminué. Au cours des quinze dernières années la sécurité privée a pris une importance considérable, sous des formes très diverses, jusqu'au point de représenter des milliers de milliards de dollars de chiffre d'affaires.

Week-end libéral DaxLa légitime défense n'est pas interprétée de la même manière dans tous les pays. En Belgique, Marc Cools, professeur de criminologie à l'Université de Bruxelles et de Gand, explique qu'elle n'est justifiée que pour les personnes et non pas pour les biens. Or de plus en plus le monopole légal de la sécurité est remis en cause du fait que les droits de propriété sont de plus en plus mal défendus. Hobbes était le plus grand menteur qui soit quand il affirmait : "L'Etat vous protège". La sécurité privée est l'alternative. D'autant que des études sur les armes menées en Irlande, en Grande-Bretagne, en Ecosse, en Australie et aux Etats-Unis, montrent que celles-ci ne sont pas un facteur d'augmentation de la criminalité.

 

Patrick Simon, avocat, montre toute la différence qui existe entre la loi, c'est-à-dire le droit décrété, et le droit naturel. La loi est édictée par l'Etat, elle impose des règles, l'autorité fait la loi, la loi est instable, elle dit le bien et le mal, elle a besoin d'un support matériel. Le droit naturel énonce des principes généraux nés de l'expérience, les règles sont spontanées, la justice fait le droit naturel, il s'agit de trancher entre un bien et un autre bien, le droit naturel évolue et résulte d'un processus de découverte, il existe sans qu'un support matériel ne soit nécessaire. Quand le droit naturel n'est pas respecté, la sanction arrive. La loi de 1948 de blocage des loyers en France s'est traduite par le fait que les propriétaires n'avaient plus intérêt à entretenir leurs biens...

 

Après un rappel historique sur la monnaie Philippe Nataf, professeur à l'Université Paris IX Dauphine, montre tout l'intérêt que représentent les banques libres. Cela suppose l'abolition du cours légal des monnaies, la liberté pour les banques d'ouvrir des comptes en or et la liberté pour elles de frapper des pièces en or.

Jacques de Guenin, fondateur du Cercle Frédéric Bastiat, rappelle qu'une entreprise résulte de contrats privés dont l'Etat ne devrait pas se mêler. Dans une économie libre les salaires devraient être librement négociés, en se souvenant qu'un salarié n'est pas employable si son coût marginal est supérieur au profit marginal que son employeur peut en retirer. Pour vivre l'entreprise doit continuellement s'adapter. C'est ainsi que le plein emploi peut être obtenu. Il n'y a pas besoin d'autorité extérieure pour répartir le temps entre le travail et les loisirs. Cela se fait par la négociation de même que la résolution des conflits.

Les interventions de l'Etat, en France, au contraire, provoquent le chômage. Le SMIC empêche l'embauche et coûte plus de deux fois ce que perçoit le salarié. Le Code du Travail empêche de se séparer des personnes qui ne font pas l'affaire et de diminuer les effectifs quand c'est nécessaire. Les 35 heures payées 39 ont peut-être créé 300 000 emplois de fonctionnaires mais ce sont autant de biens et de services dont les entrepreneurs et les consommateurs ont dû se priver. Car un emploi public est plus onéreux qu'un emploi privé, il est la plupart du temps inutile, voire nuisible, puisque rien n'empêche que sa productivité marginale soit inférieure à son coût marginal. Enfin les syndicats subventionnés par l'Etat n'existent que pour mettre de l'huile sur le feu. Dans le privé la syndicalisation est inférieure à 5%... et les conflits beaucoup plus rares que dans le public.

Quelle serait la constitution de la liberté ? C'est à cette vaste question qu'a tenté de répondre Jean-Philippe Feldman, avocat, professeur de droit à l'Université de Rennes. Pour les libertariens il n'est pas besoin de constitution. Pour les libéraux, ce n'est pas le cas. Après avoir passé en revue les différents types de démocraties, Jean-Philippe Feldman dessine le portrait de ce que devrait être, selon lui, le régime le plus à même de défendre la liberté. 

 

Il s'agirait d'une démocratie bi-camérale, où les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire seraient réellement séparés. Le scrutin devrait être majoritaire à un tour pour éviter l'instabilité et les manoeuvres entre partis. La constitution devrait être courte et simple à comprendre par ...les hommes politiques et par les citoyens. Sans être hostile à la démocratie semi-directe le conférencier évoque ses craintes en matière de souveraineté de l'individu et de la part des groupes de pression. Il n'aime pas non plus la rhétorique souvent employée dans ce cadre à l'égard de l'oligarchie.

 

Dans sa conclusion Patrick de Casanove, [voir photo ci-dessus] médecin, président du Cercle Frédéric Bastiat, cite Michel Guenaire :

"Le libéralisme c'est la morale de la liberté."

Le fait est que la loi ne crée pas la morale. C'est la morale qui doit inspirer la loi.

La morale de la liberté repose sur les six derniers des dix commandements :

- Tu aimeras ton prochain
- Tu ne tueras pas
- Tu ne voleras pas
- Tu ne convoiteras pas le bien d'autrui
- Tu ne mentiras pas
- Tu honoreras ton père et ta mère

Elle considère que les hommes sont inégaux mais également dignes.

L'Etat libéral laisse faire les bons et punit les mauvais. Il laisse faire la concurrence et le libre choix. Il est opposé à la spoliation légale, à l'arbitraire, à la soumission, à l'irresponsabilité collective, au mépris de l'individu. Tout homme a des capacités et des talents utiles à l'humanité.

La charité libre permet à l'homme de sublimer son destin dans l'amour du prochain :

"Faites aux autres ce que vous voudriez que les autres fissent pour vous" disait Frédéric Bastiat

Francis Richard
 

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 07:10

Colloque LibéralismeLe Cercle Démocratique Lausanne ici et le Liberales Institut ici ont organisé un colloque sur le libéralisme en Suisse le vendredi après-midi 12 novembre 2010 et le samedi matin 13 novembre 2010. Les interventions étaient faites en français, en allemand et en anglais.

 

Ce fut pour moi l'occasion, parmi les intervenants, de retrouver Victoria Curzon-Price, Pierre Bessard et Uli Windisch et de faire la connaissance d'Olivier Meuwly, de Pierre Weiss et de Philippe Nemo; parmi les auditeurs de renouer des liens avec des amis connus lors de la dernière Université d'été de la nouvelle économie d'Aix-en-Provence, en 2009 [voir mon article Le dissident russe Vladimir Boukovsky à l'Université d'Aix-en-Provence ].

 

Pour rendre compte des différentes interventions de ce colloque, je me suis inspiré largement des résumés mis à la disposition des participants, sans faire usage de guillemets qui auraient alourdi mon texte et qui n'auraient de toute façon pas correspondu à de réelles citations. 

 

La première demi-journée du colloque a été consacrée à l'histoire du libéralisme suisse.

 

Le premier intervenant, Alexis Keller, professeur à l'université de Genève, a parlé des sources intellectuelles du libéralisme suisse et a montré que les libéraux suisses, Usteri, Sismondi, Bellot, Zschokke, Monnard, Snell ou Cherbuliez, ont puisé leurs réflexions à trois sources principalement : la philosophie des Idéologues, la pensée politique britannique (l'utilitarisme et la culture whig écossaise) et la tradition républicaine. Ils s'inspiraient sans problèmes à la fois de Montesquieu, de Rousseau et d'Adam Smith.

 

Bela Kapossy, professeur à l'université de Neuchâtel, a montré ensuite quel rôle avaient joué les conflits internationaux dans la naissance du libéralisme suisse. Le libéralisme suisse est né au XVIIIème siècle. Il s'agissait, alors que se déroulait la guerre de Sept Ans, vers la moitié du siècle, pour les républiques de la Confédération, de trouver la meilleure manière de se défendre contre la pression économique et politique des puissances commerciales européennes. Modernisation de l'économie domestique, critique de la position privilégiée des villes, positionnement au sein de l'Europe d'une Suisse adepte de l'économie de marché ont nourri les débats des libéraux suisses dans la seconde moitié de ce siècle.

 

Karen Grossmann, professeur à l'Université de Zurich, à partir de l'étude des Constitutions successives  de la Confédération, de 1848, 1874 et 1999, constaste que la liberté absolue, présente à l'origine dans les deux premiers textes, s'est atomisée avec le troisième en libertés sectorielles et en droits fondamentaux, l'Etat limitant toujours plus la liberté et vidant de sens le rôle de contrôle du Tribunal fédéral toujours plus lié par la législation fédérale.

 

Olivier Meuwly, vice-président du Cercle Démocratique Lausanne et chargé de cours à l'Université de Genève, rappelle qu'une singularité du libéralisme suisse a été d'accepter l'Etat démocratique comme ferment d'une liberté au service du plus grand nombre. Le libéralisme suisse devra cette réconciliation avec la vocation gouvernementale au mouvement radical, au pouvoir pendant des décennies, au cours desquelles ce dernier développera l'Etat social, puis intégrera des socialistes au sein du Conseil fédéral. A la fin du XXème siècle il perdra de son influence, faute d'avoir réinventé des limites à l'Etat, au profit de l'UDC qui, certes, lui empruntera des éléments libéraux, mais assortis d'une vision conservatrice de la société.

 

Pierre Bessard, directeur du Liberales Institut et délégué de l'Institut Constant de Rebecque, évoque le rôle de refuge de la Suisse pour les libéraux pendant la Seconde Guerre mondiale sous la houlette de William Rappard, cofondateur de l'Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève qui accueillera, de 1934 à 1940, Ludwig von Mises, qui partira alors aux Etats-Unis, et, de 1937 à 1966, jusqu'à sa mort, Wilhelm Röpke. Après guerre, en 1947, la Société du Mont-Pèlerin ici, enregistrée aux Etats-Unis, mais financée par la finance et l'industrie suisses, réunira en Suisse les défenseurs de la liberté face au collectivisme. William Rappard prononcera d'ailleurs le discours inaugural. Le premier président en sera Friedrich Hayek et le second Wilhelm Röpke... 

 

Le marché et l'EtatRobert Nef, président du conseil de fondation du Liberales Institut, insiste justement sur l'actualité de Röpke. Son influence a été grande sur les décideurs qui se retrouvaient dans son éthique de l'économie de marché et adhéraient comme lui aux principes de la propriété et de la concurrence, au fédéralisme décentralisé et aux limites de l'Etat fiscal. Depuis, l'Etat providence, l'Etat redistributif et l'Etat titulaire ont pris une place démesurée, incompatible avec les idéaux de Röpke. Ce dernier, à travers ses nombreux ouvrages, gagne aujourd'hui en actualité. A ce propos son livre Au-delà de la loi de l'offre et de la demande a été réédité en français en 2009 ici.

 

Uli Windisch, professeur à l'Université de Genève, raconte plusieurs faits divers qui attestent que l'insécurité n'est pas seulement un sentiment mais une réalité. Il pose donc les deux questions liées entre elles : Faut-il un Etat fort pour assurer la sécurité ? Si oui, est-ce bien compatible avec le libéralisme ? Il expose l'exemple de la ville de New York, qui, après avoir été une des villes les plus dangereuses au monde, est devenue une des plus sûres. Il explique qu'aux habituelles prévention et répression s'est ajoutée la solution de la réparation. Le délinquant, le criminel, sont tenus de réparer les dégâts qu'ils ont commis. 

 

La seconde demi-journée du colloque a été consacrée à la philosophie et à l'économie.

 

Pour Philippe Nemo, professeur à l'ESCP-EAP ici et maître de conférence à HEC, dans l'après-guerre, le libéralisme, en tant que doctrine favorable aux libertés intellectuelles, politiques et économiques, a fait ses preuves. C'est ce qui lui a pemis de l'emporter sur le modèle communiste. Il définit d'ailleurs la liberté comme capacité de non imitation. Toutefois, selon l'intervenant, les théoriciens libéraux devraient éclairer mieux qu'ils ne le font leur réponse à ce qu'il appelle les effets du mimétisme, c'est-à-dire au phénomène des bulles. Dans les domaines de la gestion pluraliste des savoirs, des institutions politiques et juridiques, de l'économie, les théories libérales sont pleinement mûries. Mais elles doivent entreprendre d'autres chantiers sur des phénomènes (qui relèvent, d'autres disciplines, telles que la sociologie, la géopolitique, l'histoire ou la morale), tels que l'immigration, les revendications identitaires, le communautarisme ou le terrorisme.

 

Le libéralisme pourra-t-il ramener l'Etat à ses dimensions naturelles ? C'est à cette question qu'a tenté de répondre Gerhard Schwarz, directeur d'Avenir Suisse ici. L'Etat a trois dimensions : libérale, coopérative et subsidiaire. Le libéralisme ne refuse pas un tel Etat, nécessaire pour garantir la liberté et la propriété, mais il souhaite le maintenir dans des limites les plus petites possibles : "Aussi peu d'Etat que possible, autant d'Etat que nécessaire". Il n'y a cependant pas de mesure objective aux dimensions de l'Etat. On peut se donner des objectifs quantitatifs ou procéduriers pour le contenir. On peut dresser la liste de ses tâches. On peut formuler les lois de façon générale, ce qui permet de laisser la plus grande liberté à l'individu. On peut édicter des interdictions et non des commandements à agir. On peut restituer des domaines à la société civile et à l'économie de marché.

 

Victoria Curzon Price, professeur honoraire à l'Université de Genève et présidente du conseil d'administration de l'Institut Constant de Rebecque ici  fait l'éloge de la petite Suisse qui a su faire de ses handicaps des avantages en les surmontant. Les Suisses ont en effet développé depuis des lustres leur goût pour l'indépendance, l'originalité de leur offre et le commerce, toutes choses qui les ont prédisposés à échanger sur un marché extérieur devenu de plus en plus mondial. Leur refus depuis longtemps de la centralisation politique aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur est aujourd'hui pour elle un facteur important de compétitivité.

 

Vincent Valentin, maître de conférences à l'Université Panthéon-Sorbonne et à Sciences-Po, s'est attaché à montrer que le droit positif n'est pas une menace pour le libéralisme. Selon l'intervenant il faut distinguer entre science du droit et philosophie du droit. La science du droit est descriptive et ne se prononce pas sur la philosophie qui le sous-tend. Aux libéraux de faire valoir leur conception pour faire évoluer le droit.

 

Gerd Habermann, professeur honoraire à l'université de Potsdam et président exécutif de la F.A. von Hayek Stiftung ici, dresse un portrait du combat des libéraux contre l'Etat-providence depuis son apparition en Prusse au XVIIIe siècle. La critique est alors morale, esthétique, politique et économique. Elle est menée par Mirabeau, les auteurs "classiques" allemands et Emmanuel Kant. Au XIXe siècle les libéraux triomphent dans les domaines économique et politique. Mais les réformes de Bismarck viennent réduire à néant leurs efforts. Une période néolibérale s'ouvre après la Seconde Guerre mondiale, mais elle s'accommode d'un Etat providence de plus en plus égalitariste. Lueur d'espoir : les mouvements libéraux connaissent un renouveau ... à l'extérieur du Parlement.

 

Il revenait à Pierre Weiss, député au Grand Conseil genevois et vice-président du Parti Libéral-Radical, de conclure ce colloque. Le libéralisme a-t-il triomphé ? A-t-il gagné ou perdu une étape ? Difficile de répondre. L'intervenant pense que le libéralisme doit redonner toute sa place aux valeurs et à la morale, aux devoirs aussi bien qu'aux droits, qu'il doit dessiner un nouveau paysage dans lequel figurent en bonne place dignité, responsabilité et éthique.

 

Francis Richard

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 06:00

Le 25 août 2009, Vladimir Boukovsky [photo ci-contre, prise par votre serviteur], le dissident russe, a pris la parole à l'issue de la deuxième journée de la 31ème Université d'été de la Nouvelle Economie (ici) [1], qui se déroule depuis 31 ans à l'Université Paul Cézanne d'Aix-en-Provence, à l'exception de l'interruption de l'an passé. 

Sa conférence avait pour thème : Comparaison entre l'Union européenne et l'URSS, thème qui a fait l'objet de son dernier ouvrage, paru il y a quatre ans aux éditions du Rocher (ici) et intitulé L'Union européenne, une nouvelle URSS ?.

Pour les jeunes internautes il faut rappeler que Vladimir Boukovsky, avant d'être échangé par l'URSS, à l'âge de 34 ans, en 1976, contre le communiste chilien Luis Corvalan, a séjourné au total 12 ans en camp, prison et asile psychiatrique soviétiques. Il s'est rendu célèbre dans le monde libre à la faveur de la sortie son livre, au titre évocateur, Une nouvelle maladie mentale en URSS : l'opposition, publié au Seuil en 1971.

Lors de son intervention Vladimir Boukovsky a souligné les similitudes qui existent entre l'Union européenne et l'Union soviétique. Toutes deux ont la caractéristique d'être dirigées par des personnes non élues, la Commission et le Politburo, d'être contrôlées par un parlement réduit à l'impuissance, le Parlement européen et le Soviet suprême, d'être administrées par des technocraties composées de centaines de milliers de personnes jouissant de gros salaires et de privilèges exorbitants.

Si l'URSS s'est constituée par la contrainte militaire, l'UE se constitue par la contrainte économique. C'est quand l'URSS a cessé de se développer qu'elle s'est écroulée. Il est vraisemblable qu'il en sera de même avec l'Union européenne qui ne cesse de s'élargir. Avec l'Union soviétique il s'agissait de créer la nationalité soviétique, abolissant les nations, traditions et coutumes du passé. Il semble que ce soit bien le même but recherché par l'Union européenne qui veut leur substituer la nationalité européenne.

La corruption régnait en URSS, du haut vers le bas. L'Union européenne n'a rien à lui envier. Le déni de démocratie qui caractérisait la défunte URSS se retrouve de même dans l'Union européenne qui ne tient compte que des votes populaires favorables et refuse de tenir compte des votes contraires. Elle fait voter encore et encore, jusqu'à ce que les peuples fassent enfin le bon choix, celui de leur esclavage programmé.

Le politiquement correct a remplacé le goulag : il n'est pas bon aujourd'hui comme hier d'être un dissident. Vous risquez de le payer cher, d'être puni, d'être baillonné. 32 crimes ont été inventés, répertoriés pour vous condamner. Vous n'avez plus le droit, par exemple, de vous exprimer librement sur des sujets devenus tabous tels que la race ou la sexualité et encore moins d'en faire des sujets de plaisanteries. C'est le commencement de la perte de liberté et celui du goulag. C'est ainsi que l'Autriche a été frappée d'ostracisme parce que son peuple avait élu le mauvais gouvernement, aux yeux des élites de l'Union européenne.

L'Union soviétique, après s'être écroulée, est devenu un champ de ruines et le théâtre de guerres ethniques. C'est ce qui attend l'Union européenne, qui, tôt ou tard, subira le même sort. Certes, à l'Est, le communisme s'est installé violemment, et, à l'Ouest, la social-démocratie s'installe graduellement. Mais au final le résultat est le même parce que le but recherché est le même : l'instauration du paradis sur terre, bon gré, mal gré, et surtout mal gré.

Cette similitude entre l'Union européenne et l'Union soviétique n'est pas le fruit du hasard. Cette convergence a été voulue, même si elle a finalement échoué avec la réunification de l'Allemagne, qui a remis en cause les plans de Gorbatchev et des gouvernements socio-démocrates qui le soutenaient. Cette réunification a été un réel désastre pour lui. Vladimir Boukovsky pense que cette convergence se poursuit entre Vladimir Poutine et l'UE, qui paraît bien indulgente à son égard...

Vladimir Boukovsky répond alors à des questions. Pour lui  la solution, pour se sortir de ce piège, est de revenir à un espace économique européen et de renoncer désormais à toute construction politique européenne. Pour ce qui concerne le réchauffement climatique, il pense que d'en faire un problème global permet de faire croire que la solution ne peut être que globale et qu'elle ne peut être mise en oeuvre que par un gouvernement global. Alors qu'en réalité le changement climatique est en corrélation avec l'activité solaire et n'a rien à voir avec l'activité humaine.   

La veille de cette intervention qui s'est achevée par des applaudissements nourris, Vladimir Boukovsky avait reçu, dans le jardin du Pavillon Vendôme, des mains de  Jules Susini, adjoint-délégué au maire d'Aix-en-Provence, la médaille de la ville, dessinée par Paul Cézanne. A chaque Université d'été de la Nouvelle Economie il est de tradition qu'un de ses invités reçoive ainsi cette distinction de la part de cette ville d'accueil. J'ai filmé pour les internautes ce moment historique au cours duquel Monsieur Susini, sous le coup de la chaleur et de l'émotion, a fait un lapsus qui lui sera pardonné en raison de sa grande gentillesse :


En tout cas ceux qui rêvent de construire le meilleur des mondes européen feraient bien d'écouter ce héros de la liberté justement récompensé à Aix, s'ils veulent éviter que leur rêve ne se transforme en un véritable cauchemar.

Francis Richard 

[1] Lors du dîner inaugural de cette année, l'invité d'honneur était le président tchèque Vaclav Klaus. Dans son intervention ce dernier a remarqué que le titre de Nouvelle Economie n'était pas adéquat et qu'il lui faisait penser à l'économie keynésienne. Selon lui il vaudrait mieux parler d'économie éternelle. En fait ce titre de Nouvelle Economie est historique. Il avait été inventé par Jacques Garello, à une époque où l'on parlait des nouveaux philosophes et de la nouvelle cuisine, pour indiquer une rupture avec les idées économiques socialistes de l'époque.

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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