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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 21:30

Tango libyenIl serait difficile de dire que je porte Muammar Kadhafi dans mon coeur. Les articles que j'ai écrits sur ce blog le prouvent, notamment le dernier, Mouammar Kadhafi est bien un dictateur fou, un échappé d'asile .

 

Pourtant, quelque monstrueux que m'apparaisse le personnage - rien ne pourrait me réjouir davantage que soit mis fin à sa capacité de nuisance - je me demande si les pays occidentaux emmenés par Nicolas Sarkozy, David Cameron et Barack Obama, devaient pour autant intervenir en Libye [le dessin ci-contre provient d'ici].

 

La présence aux côtés de la coalition occidentale du Qatar et des Emirats Arabes Unis ne change rien à l'affaire. Elle lui sert seulement de caution pour ne pas apparaître comme étant dirigée contre le monde musulman. Ce qui ne trompera peut-être pas longtemps ce dernier.

 

La coalition s'est constituée pour protéger la population civile libyenne contre les autorités libyennes. Fort bien. A cet effet la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU ici stipule que l'espace aérien libyen devient une zone d'exclusion, qu'un embargo sur les armes et sur l'arrivée de mercenaires en Libye doivent être garantis par la communauté internationale, et que les avoirs du clan Kadhafi doivent être gelés.

 

Or les choses apparaissent plus complexes en réalité dans un pays aux plus de 150 tribus. Il n'y aurait pas d'un côté les méchants militaires libyens et de l'autre les gentils insurgés, comme on nous le présente volontiers pour mieux nous vendre l'intervention. La résistance des troupes libyennes aux assauts des insurgés en provenance de Cyrénaïque dès que ces derniers approchent de la Tripolitaine, le montre, s'il était nécessaire.

 

Kadhafi, tout dictateur fou qu'il est, a encore le soutien de la population de Tripolitaine, située à l'ouest du pays, c'est-à-dire le soutien des tribus qui y règnent dont la principale est celle des Meghara et qui s'opposent depuis longtemps à celles qui règnent à l'est du pays, en Cyrénaïque, dont la principale est celle des Warfallah, favorables à l'ancienne monarchie. 

 

La supériorité des troupes de Kadhafi en armes - fournies d'ailleurs par les principaux membres de l'actuelle coalition qui se sont naguère enrichis de ce commerce et ne s'en vantent curieusement plus aujourd'hui - n'explique en effet pas tout, même si elle explique qu'en l'absence de frappes aériennes les insurgés de l'est ne fassent pas le poids et reculent devant elles, étant certainement moins aguerris.

 

Il ne s'agit donc pas seulement d'une lutte menée par le pouvoir libyen contre l'opposition libyenne, mais d'une lutte qui oppose des tribus à d'autres tribus, sans parler des tribus qui se trouvent au sud dans le Fezzan, la troisième région du pays, et qui semblent pour le moment soutenir celles de Tripolitaine. Même si Kadhafi est abandonné par les Meghara, il n'est pas sûr que les tribus de l'ouest et du sud veuillent se soumettre dans le futur aux tribus alliées des Warfallah...

 

Dans ces conditions ce qu'écrit Richard Ebeling dans un article de portée générale sur le "droit d'ingérence" publié avant les frappes aériennes et reproduit le 24 mars dernier par l'Institut Turgot ici devrait faire réfléchir à ce qui pourrait advenir une fois que les gouvernements interventionnistes auraient réussi leur opération dans un pays où "le peuple" divisé était opprimé :

 

"Renverser l’ordre politique existant pour en imposer un nouveau ne change pas les idées, les croyances, les coutumes et les traditions du peuple. Le comportement apparent de certaines personnes pourra être affecté temporairement, mais leur vision de ce qui est bon ou mauvais, juste ou injuste, toutes ces choses essentielles qui résident dans les cœurs et les esprits ne sont pas changées sous la contrainte. La seule alternative pour le gouvernement interventionniste est alors de rester dans le pays étranger pour imposer une contrainte permanente, ce qui aggrave souvent les problèmes au lieu de les résoudre."

 

Francis Richard

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Published by Francis Richard - dans International
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Catoneo 31/03/2011 15:45



Faut-il intervenir ? Oui, sauf si l'on veut étudier concrètement la tactique imposée de l'élastique.


Celle-ci peut durer indéfiniment. Celui qui avance étire sa chaîne logistique, la rompt et doit attendre le resupply ou reculer. En reculant il la raccourcit, récupère des pièces et des munitions
et se renforce pour repartir en avant.


Qui doit intervenir ?


Les pays arabes et seulement eux, car c'est de la grande nation arabe qu'il s'agit, de Nouakchott à Bagdad.


Nous devrions arrêter les bombardements et nous en tenir à l'interdiction de vol. Cela ferait plaisir aux BRICs.



Francis Richard 31/03/2011 17:41



J'ai toujours pensé que c'était aux peuples eu-mêmes de cesser d'obéir quand ils cessent d'estimer...



Claude 31/03/2011 10:37



Complètement d'accord avec votre article et le commentaire précédent. Je crois que nous n'allons pas tarder à regretter cette intervention finalement pas très différente de celle que les
Européens ont tellement condamnée en Irak malgré la caution de l'ONU mais avec l'abstention de 5 pays importants.


 



Francis Richard 31/03/2011 17:40



Entre-temps il y a eu deux autres commentaires. Il s'agit de celui de Thierry Jallas, je présume.



LMDM 31/03/2011 10:35



Tout à fait d'accord en première approche. Mais la faillite française comme occidentale pousse l'OTAN à agir pour trouver des ressources de deux manières : en déstabilisant le cartel des
fournisseurs de pétrole-gaz, les Pays du SUD trop assistés qui coûtent cher en détournements des aides dans leurs corruptions et en s'appropriant le pétrole LiByen. Bien sûr, les Occidentaux de
la "coalition" - vieille technique de la bande de voleurs internationaux mise au point par les USA contre l'Irak - auraient préféré rester discrets en sous-mains comme le démontre les révoltes
"spontanées" dans de nombreux Pays simultanément. Mais j'étais sûr qu'il y en aurait un qui ne se laisserait pas faire : KADHAFI ! Ils ont donc, en désespoir de cause refait le coup de l'Irak
mais cette fois sans aucun alibi de soit-disant attaque d'un Pays membre de l'ONU ce qui rend les interventions militaires condamnables selon la charte même !... Pas joli tout cela. La France
obligée de voler pour survivre. Je désapprouve donc sans aucun sentiment en faveur du fou évidemment. Je suis pour le DROIT tout simplement.



Francis Richard 31/03/2011 17:38



Et vous avez raison.



Thierry Jallas 30/03/2011 23:54



Le libéral que je suis condamne cette intervention : elle est financée grâce au racket, par les gouvernants des pays de la coalition, de leurs concitoyens. Je trouve que, de façon générale, ces
gouvernants ont trop tendance à se placer en donneurs de leçons, aussi bien vis-à-vis des gouvernants comme Kadhafi, que de leurs propres citoyens (à qui ils imposent ceci et interdisent cela au
motif tacite que lesdits citoyens ne sont pas assez sages pour savoir ce qui est bon pour eux). Que ces gouvernants rendent leur liberté à leur propre peuple avant de s'occuper de de la liberté
de peuples dont ils n'ont pas la charge ! La meilleure façon de convaincre quelqu'un de changer de d'attitude, de se convertir, n'est-elle pas de donner l'exemple, plutôt que de faire de beaux
discours qui ne concordent pas avec le comportement de celui qui les prononce ?



Francis Richard 31/03/2011 06:56



Excellente argumentation !


 


Il y avait décidément beaucoup de raisons de ne pas intervenir !



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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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