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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 22:35

ArmesPour la première fois je suis venu en Suisse, depuis la France, en 1968 - eh oui je suis un soixante-huitard ... de droite - et une des singularités qui a frappé le jeune homme que j'étais à l'époque était le rôle que jouait l'armée dans la société helvétique, où l'on y retrouvait en quelque sorte la même hiérarchie qu'engendre naturellement le mérite. C'était, me semblait-il, un facteur de cohésion à nul autre pareil.

 

Puisque les militaires emportaient leurs armes chez eux, qui plus est avec leurs munitions, ce qui aurait été tout simplement impensable en France, surtout dans l'après mini-révolution de 1968, cela signifiait  que la confiance et la responsabilité régnaient à l'égard et au sein de cette armée de milice, qui se confondait avec le peuple et rendait improbables les tentations putschistes. 

 

Les hommes  n'effectuaient pas leur service en une seule fois. Ils passaient une partie de leur vie sous l'uniforme, sans que pour autant l'esprit militariste prévale, mais plutôt le sentiment d'appartenance, qui contrarie les différences sans les gommer. Après l'école de recrues ils suivaient en effet des cours de répétition, qui leur permettaient de parfaire leur formation et de continuer à pratiquer. Tant il est vrai qu'un instrument se rouille faute d'usage.

 

Pour tout dire cette armée singulière forçait mon admiration. En dépit de ses imperfections elle m'apparaissait d'une grande efficacité en comparaison des armées de conscrits du reste de l'Europe, parce que ses serviteurs étaient bien conscients de leur mission. En assurant la sécurité du pays, c'était celle des leurs et la leur qu'ils assuraient réellement.

 

Malheureusement il est des Suisses qui ont une fâcheuse tendance à l'autoflagellation. Au lieu d'être fiers de ce qu'ils sont, et de ce qui les distingue des autres, ils n'aspirent qu'à leur ressembler. Ils prennent leurs mauvais exemples chez les grands pays voisins, qui ne peuvent être que meilleurs, puisqu'ils sont plus grands. Aux singularités bienfaisantes ils préfèrent l'uniformité au risque d'être profondément ennuyeux et, surtout, de perdre leurs qualités propres.

 

Au fil du temps, sous la pression des bien-pensants, qui font profession de pacifisme - un pacifiste n'est en réalité qu'une caricature de pacifique - la confiance et la responsabilité se sont mues en soupçon et en mise sous tutelle. Quand on veut entraver les libertés, on recourt à la réglementation, ce qui est vrai dans tous les domaines, y compris celui des armes, sur lesquelles ces gens-là fantasment dur.

 

Dans leur sagesse les Romains disaient que, si on voulait la paix, il fallait préparer la guerre. Aujourd'hui les bien-pensants, qui cultivent la naïveté, quand ils ne cultivent pas le défaitisme, considèrent que cet adage est d'un autre âge et qu'ils sont plus intelligents que les Anciens. Ils pensent donc, mal, qu'une armée, a fortiori de milice, n'a plus d'objet.

 

Comme les traditions militaires suisses sont encore bien ancrées, leur attaque se fait de biais, en s'en prenant aux instruments plutôt que de s'en prendre directement à l'institution, encore debout, en dépit des fissures qui lui sont infligées de toutes parts. C'est ainsi que, sous le fallacieux prétexte de protéger la population contre elle-même, il s'agit de lui retirer les armes des mains, de la désarmer, de la traiter en enfant incapable.

 

Ce n'est pas dit comme cela, mais cela revient au même. Le titre de l'initiative sur laquelle le peuple suisse va être amené à voter le 13 février prochain en est l'illustration caricaturale : "Pour la protection face à la violence des armes" ici. Il y a là,de manière caractéristique, personnification des armes par les initiants, qu'ils qualifient de violentes, confondant l'instrument avec celui qui peut s'en servir, mais qui peut s'avérer incapable de la maîtriser.

 

Quand on va sur le site des initiants ici, on y apprend qu'il y aurait environ 2,3 millions d'armes à feu dans les foyers suisses, ce qui est effectivement impressionnant, et que "les armes militaires sont largement majoritaires : 250'000 sont détenues en prêt par des soldats d'active et 1,448 million appartiennent à d'anciens soldats". Le message est clair : ce sont les armes militaires qui sont visées et à travers elles l'armée de milice.

 

Car les autres armes, 580'000 quand même, seraient des armes de chasse et de sport, contre lesquelles les initiants n'ont rien, du moment que les chasseurs et les tireurs sportifs savent tirer - ils doivent "disposer des compétences nécessaires" -, qu'ils aiment tirer - ils doivent "exercer activement leur passion" - et qu'ils sont soigneux et prudents. Ce qui ne garantit nullement qu'ils en feront meilleur usage que les militaires et ex-militaires. La compétence et l'engouement ne peuvent-ils pas être redoutables quand ils sont au service de mauvaises intentions ?

 

Je n'ai pas vérifié ces chiffres des armes détenues, mais admettons qu'ils soient exacts. Ils permettent de relativiser d'autant plus qu'ils sont élevés l'emploi des armes à feu dans les homicides. En effet l'OFS, Office fédéral de la statistique, nous apprend qu'en 2009 il y a eu 236 homicides, y compris les tentatives d'homicides, dont 55 avec armes à feu (24 tentatives ont abouti), 523 lésions corporelles graves dont 11 avec armes à feu et 3530 actes de brigandages dont 416 avec armes à feu ici.

 

Ces chiffres sont bien évidemment à rapprocher des 2,3 millions d'armes à feu, qui, tout à fait légalement encore, se trouveraient dans les foyers suisses... Ces chiffres ne nous disent malheureusement pas quelle est la proportion d'armes à feu illégales qui ont servi à commettre ces crimes. Ils montrent a contrario qu'il y a bien plus de crimes commis sans armes à feu. Ils montrent aussi que la Suisse reste un pays sûr... malgré Schengen.

 

D'autres chiffres nous montrent que les suicides par armes à feu, en 2009, représentent 17% du total des suicides contre 20% par pendaison et 11% par précipitation dans le vide. Il n'est donc pas scientifique de dire qu'en réglementant la détention d'armes le nombre de suicides se réduirait et de le chiffrer. Car on voit qu'il y a bien d'autres méthodes, en premier lieu la pendaison, puis la précipitation dans le vide, qui peuvent se substituer facilement aux armes à feu.

 

Il faut de plus préciser de quoi l'on parle. Il faut rapprocher par exemple les 239 suicides par armes à feu de 2008 des 2,3 millions d'armes à feu qui seraient disponibles dans la population suisse. Dans un article du 29 juillet 2010, Corrélation entre possessions d'armes à feu et suicides par balle? , je montrais, d'ailleurs, à propos d'une savante étude publiée par la revue European Psychiatry qu'il était possible de faire dire aux chiffres ce qu'on voulait, par exemple qu'il était possible de diminuer le nombre de suicides en Suisse de 100 par an... en réglementant la détention d'armes.  

 

La législation sur les armes est déjà très sévère en Suisse (les armes de service par exemple sont gardées à la maison sans munitions). Or les initiants veulent encore alourdir cette législation et notamment créer un registre fédéral alors qu'existent déjà des registres cantonaux; ils veulent que les armes de service soient toutes déposées à l'arsenal [la photo ci-dessus provient d'ici]. 

 

Quand les bien-pensants veulent résoudre un problème de comportement humain, ils légifèrent, comme si la loi pouvait contrôler tous les comportements. Au lieu de prendre des mesures liberticides, ils feraient mieux de s'intéresser au pourquoi qu'au comment.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.  

 

L'initiative "Pour la protection contre la violence des armes" a été rejetée le 13 février 2011 par 56,3 % des voix du peuple suisse.

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Published by Francis Richard - dans Suisse
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commentaires

Libéralisateur 07/02/2011 18:56



Cette initiative de la gauche ne passera pas dimanche prochain. C'est une nouvelle fois à la liberté de l'individu que la gauche s'attaque. Cette liberté qui va de pair avec la responsabilité.
Les "oui" sont majoritaires en suisse romande, car "l'esprit" (?) français y est prépondérant de par déjà le fait d'y capter les chaînes de télé de ce pays dont les médias sont dans le
politiquement correct ambiant. Mais la partie allemanique de la Suisse est encore majoritaire et n'attend pas sur les autres pour vivre. J'ai eu le plaisir de vous accepter comme ami en temps
qu'admin du Réseau Liberté et je vous y souhaite la bienvenue. Ici dans le Valais c'est sur que même s'il y a un esprit "chasseur", ce n'est pas avec une arme que l'on met fin à ses jours. Cette
raison qu'avec moins d'arme il y a aura moins de suicides ou d'accidents est un faux nez manifeste de ce parti, qui a de moins en moins d'électeur. Et la Suisse (du moins ses électeurs) remercie
tous les jours la "leçon de chose" que donne la classe politique française pour montrer ce qu'il ne faut pas faire. L'entrée dans l'UE n'est pas pour demain.



Francis Richard 07/02/2011 19:09



Puissiez-vous avoir raison !



SEBASTIEN 25/01/2011 20:39



Une fois de plus on constate que la liberté des Suisses dérange.


Une personne qui souhaite se suicider peut se supprimer avec son véhicule et tuer autant de personnes qu'avec une arme automatique. Faudra t il supprimer les voitures, les couteaux de
cuisine, les cordes, les ponts ??


Une arme n'est pas dangeureuse en soi, elle le devient lorsqu'elle est manipulée par une personne qui n'est pas fiable.


Qu'on s'occupe des armes détenues illégalement et qu'on laisse les citoyens suisses tranquille !


 



Francis Richard 26/01/2011 05:46



Vous avez patfaitement raison.



Ben Palmer 21/01/2011 16:04



Un article (en allemand) au sujet de cette initiative et la perte de libertés individuelles: "Ce que dirait Friedrich Dürrenmatt au sujet de l'initiative contre les armes"


http://www.tagesanzeiger.ch/schweiz/standard/Was-Duerrenmatt-zur-WaffenInitiative-sagen-wuerde/story/11654335#kommentar



Francis Richard 22/01/2011 00:27



Pour en faciliter l'accès je mets le lien en hypertexte : 


 


http://www.tagesanzeiger.ch/schweiz/standard/Was-Duerrenmatt-zur-WaffenInitiative-sagen-wuerde/story/11654335#kommentar


 



Ben Palmer 21/01/2011 15:02



J'ai encore ces souvenirs : Chez nous toutes les affaires militaires (une carabine, un pistolet, les munitions (!), un couteau, bisquits, chocolat, spam (Spiced Ham = jambon en conserve) de mon
père se trouvait au fond d'une armoire. Mon père nous (moi et mon frère) instruisait comment nettoyer et graisser les armes et surtout comment les manipuler en tout sécurité. La leçon que j'ai
surtout retenue, à force de l'entendre à répétition : on ne pointe jamais une arme, même sécurisée et déchargée, sur une personne.


Le fait de savoir que tous les soldats suisses gardaient leur arme à la maison m'a jamais effleuré comme étant une menace, au contraire, j'étais fier de vivre dans un pays où on pouvait faire
confiance à son voisin, à son proche, à la population au point de leur confier une arme.


Je comprends bien que la tendance politique va dans le sens de désarmer le peuple pour mieux le soumettre au pouvoir suprême de l'Etat. L'Etat a le monopole des pouvoirs et il est le seul à
savoir utilisiser ce pouvoir à bon escient et pour le bien du citoyen, la marionnette de l'Etat.



Francis Richard 22/01/2011 00:14



Cette tendance est déplorable.



Catoneo 19/01/2011 12:08



La pieuvre étatique grandit chez vous aussi. Le citoyen doit être "normé" et entrer dans les cases préfabriquées de sa fonction économique. A défaut il devient dangereux pour la nomenklatura,
vote mal ou sort crier dans la rue et ça fait scandale. Que penser du même armé jusqu'aux dents ?


Il faut désarmer les idées.



Francis Richard 19/01/2011 17:28


La lutte contre l'étatisme est de tous les instants et en tous lieux...


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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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