Ça marchera le mois prochain. Voilà bientôt deux ans qu’il lui répète ces mêmes mots. Ça marchera le mois prochain. C’est pas son corps à lui qui fabrique un nid douillet pour leur bébé…
La femme et son mari ont pourtant tout prévu, une grande maison et une chambre pour leur bébé, qui doit être intimidé de se sentir tant attendu...
Alors elle culpabilise: Elle n'est pas encore mère qu'elle s'y prend déjà mal. C'est sans doute pour ça qu'aucun bébé ne vient habiter la chambre du fond.
Un jour, un homme apparaît, taiseux. Le mari lui demande de partir s'il n'a rien à dire. L'homme n'a d'yeux que pour la femme et finit par lui dire:
Ça fait des années que j'attends ce moment, que j'imagine te retrouver.
Mais elle a beau fouillé dans sa mémoire, rien ne lui rappelle quoi que ce soit. À son tour, sincèrement, elle ne peut que lui dire, sans barguigner:
Je suis désolée monsieur mais vous faites erreur, nous ne nous connaissons pas.
L'inconnu invité à s'en aller s'incruste chez eux. Comme ils ont bon coeur, ils ne se voient pas le mettre dehors sans autre forme de procès.
Les éléments du problème traité par le roman de Marion Fayolle sont posés: l'infructuosité d'avoir un enfant, de mettre dehors un importun.
Le lendemain, le mari et la femme sont étonnés qu'il les suive dans leur automobile et qu'il ne regimbe pas quand ils le déposent à un carrefour.
La femme et le mari ne sont pas au bout de leur peine. Le surlendemain, l'homme mutique réapparaît alors que le mari est parti faire ses récoltes.
Car le mari et la femme ont quitté la ville: ils ont fait le pari fou de vivre désormais de ce que la nature leur offre, de glanage et de cueillette sauvage...
Quand il revient, l'homme n'a toujours pas décampé. Au contraire il s'est installé, a commencé à gribouiller dans son carnet des dessins de la femme.
Quand l'homme se met à parler en l'absence du mari, elle ne se souvient toujours pas, même quand il prétend qu'ils se sont aimés à quinze ans:
On ne pouvait pas le garder. Tu voulais faire des études, ne pas finir comme ta mère, à t'occuper des gosses et du ménage.
Décidément, dans la vie de la femme, tout lui rappelle le Petit fruit... qui ne veut pas venir. Ainsi lors d'une soirée entre filles, l'une de ses copines confie-t-elle:
Je ne suis plus certaine d'aimer mon mari. Mes enfants me dévorent.
Où Marion Fayolle emmène-t-elle le lecteur? Ça va finir par marcher, faisons confiance en la nature. [...] Mais si Dame nature pouvait se dépêcher...
La nature a ses raisons que la raison ne connaît pas, enfin pas tout à fait. En tout cas, l'auteure imagine une issue possible, quoique incertaine, au problème...
Francis Richard
Petit fruit, Marion Fayolle, 128 pages, Gallimard

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