Longtemps, dans notre famille, cette histoire a été tue.
Alors le narrateur, après que sa mère, Suzanne, lui a laissé entendre, quelques mois avant sa disparition, qu'il pouvait faire sienne à son tour cette histoire, décide qu'est venu le temps de la réparation.
Cette histoire remonte à plus de soixante ans, à l'été 1964, quand la famille de sa mère s'est rendue en Toscane pour y passer les vacances, plus précisément à San Donato, dans une pension de famille.
La famille est composée du père, Paul Virsac, professeur d'italien au lycée Masséna à Nice, de la mère, Gabrielle, employée aux PTT, de Suzanne, dix-huit ans, et de sa petite soeur, Colette, dix ans.
La pension, de trois étages, comprend sept chambres. Tenue par Sophia, elle affiche complet. Graziella s'occupe des lits et du ménage. Sandro prépare les repas et annonce rituellement le menu du soir.
À partir de San Donato, Paul a prévu des excursions, des visites, au volant de la Peugeot 404 avec laquelle il est parti de Nice avec la famille: dimanche à Florence, lundi à San Gemignano, mardi à Sienne.
Au retour de Sienne, Gabrielle a dû s'aliter. Sandro et Paul font alors connaissance dans le jardin de la pension. C'est là que Paul a dû attraper une insolation qui le fera garder la chambre quelques jours.
Pendant ce temps-là Gabrielle, qui sait conduire, et les deux filles suivront le programme préparé par Paul. Pendant ce temps-là, le narrateur en est réduit aux conjectures, Sandro rejoindra Paul dans sa chambre...
Le narrateur, pour que le lecteur comprenne comment Paul, né en 1920, en est arrivé là, remonte à son adolescence et à son penchant, puis imagine comment s'est formé son couple rassurant avec Gabrielle.
Pour le lecteur, le narrateur replace l'été foudroyant de la Toscane dans le contexte de l'époque: On l'a oublié, mais l'homosexualité est alors érigée en fléau social, au même titre que la prostitution par exemple.
Paul voudrait garder secrète sa liaison avec Sandro, mais son corps ne l'entend pas ainsi: il est nauséeux, il est insomniaque, il demande donc à Gabrielle de poursuivre sans lui les excursions avec les filles.
Bien des années après, le narrateur recevra les confidences de plusieurs personnes, dont celles de Sandro, qui lui confirmeront les affres à travers lesquelles son grand-père aura passé et les conséquences.
L'expression été foudroyant s'expliquera par les décisions prises à Fiesole par Paul, voulant enfin s'accepter tel qu'il est, et par Gabrielle, après l'avoir écouté, qui, sans explications, traumatiseront leurs filles.
Le narrateur élucidera ce secret de famille en se rendant à San Donato cinquante ans plus tard, dix ans après la mort de son grand-père Paul, et en y rencontrant Sandro toujours vivant. Il en sera bousculé:
Parce que la révélation du basculement de mon grand-père suscite chez moi ébahissement et admiration.
Francis Richard
Une pension en Italie, Philippe Besson, 240 pages, Julliard

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