Les gens d'en bas adorent voir tomber ceux d'en haut. Leur chute rétablit l'ordre selon lequel aucune tête ne doit dépasser et chacun doit ramper au milieu de ses semblables. Les médiocres n'aspirent pas à s'élever, ils attendent simplement l'effondrement de ceux qui se pavanent au-dessus d'eux - leur manière à eux de se grandir...
Eric-Emmanuel Schmitt aurait pu mettre ce texte en épigraphe de ce roman où les deux protagonistes sont Mozart, père et fils, Léopold et Wolfgang. Mais il figure à son début, rappelant au lecteur quels maux résultent du péché capital qu'est l'envie, dont l'expression moderne est l'égalitarisme.
Mozart père et fils sont musiciens. L'expression fait penser à une petite entreprise. Avec pour devise: Un Mozart ne doit pas être médiocre. Le fait est que Wolfgang enfant veut ressembler à papa - espérant le dépasser-, au point de dire à sa soeur un matin de ses cinq ans: Juste après Dieu, il y a papa.
Léopold n'est pas seulement fier de ses enfants, Nannerl et Wolfgang, il est lucide. Il ne croit pas qu'ils sont tous deux hors du commun, il le sait. C'est pourquoi il décide de demander congé au Prince-Évêque de Salzbourg et celui-ci le lui accorde après avoir écouté religieusement le petit Wolfgang:
Dieu a honoré la principauté archiépiscopale de Salzbourg en lui donnant un prodige. Il faut proclamer ce miracle à l'univers, sinon nous nous comporterions comme les plus ingrates de Ses créatures.
Pourquoi ce congé? Parce que Wolfi a besoin de voyager, pour assimiler, progresser, rencontrer des musiciens qui lui transmettent mille secrets. Au cours de ces voyages en Europe en famille, il ne rencontre pas que des musiciens, mais également des esprits éclairés de l'époque et... la maladie.
Les enfants de Léopold et Anna-Maria s'en sortent, heureusement. Léopold veut le meilleur pour eux. Il est prêt à mourir à la tâche pour qu'ils aient ce qui lui a manqué: le savoir, les livres, les partitions, les voyages, les rencontres. En résumé, leur instruction primera toujours sur sa fatigue.
Les années passent. Léopold n'a plus rien à apprendre à Wolfgang dans le domaine musical. L'élève a dépassé le maître. Alors il joue le rôle du mentor stratégique, du diplomate, de l'homme des réseaux. Désormais, il ne lui enseigne plus la musique, mais la prudence, la patience, l'art de plaire.
Quand l'archevêque de Salzbourg meurt, son successeur n'est pas aussi accommodant et exige que Mozart père et fils soient chaque jour à son service. Il n'est plus question qu'ils s'absentent en tournée, pendant des années, des mois, ni une semaine. Avec sa mère, Wolfgang claquera la porte...
Quand, sa mère morte, Wolfgang reviendra, ce ne sera pas pour longtemps. Il aura retenu la leçon de liberté que son père lui a enseigné. Il démissionnera et partira pour Vienne où il trouvera l'amour avec Constance, la fille de sa logeuse, tandis que sa soeur se résoudra à s'occuper de leur père.
Wolfgang se sera passé du consentement de son père pour épouser Constance. Mais celui-ci s'occupera alors de marier Nannerl... À Vienne, Wolfgang connaîtra le triomphe devant Joseph Haydn qui dira à son père, après l'avoir été, qu'il est désormais le plus illustre compositeur de son époque.
Viendra le jour où Léopold mourra et ne pourra plus engueuler Wolfgang, qui ne pourra plus lui dire merci. Avant de quitter ce monde à son tour et de le rejoindre dans l'autre, Wolfgang composera le Lacrimosa de son Requiem. Ils se querelleront tendrement en s'esquivant ensemble:
- C'est toi, Mozart.
- Non, c'est toi.
- Non, toi.
- Toi.
Francis Richard
Juste après Dieu, il y a papa, Eric-Emmanuel Schmitt, 208 pages, Albin Michel
Livres précédemment chroniqués:
La nuit de feu (2015)
L'homme qui voyait à travers les visages (2016)
La Vengeance du pardon (2017)
Journal d'un amour perdu (2019)

/image%2F0932890%2F20260808%2Fob_798f21_juste-apres-dieu-schmitt.jpg)
/http%3A%2F%2Fwww.wikio.fr%2Fshared%2Fimages%2Fadd-rss.gif)

/http%3A%2F%2Fstatic.technorati.com%2Fpix%2Ffave%2Ftech-fav-1.png)