Combat toujours perdant ? Pour un non-croyant, la mort est un combat perdu d'avance.
C'est le cas de Michel Houellebecq, qui l'âge aidant, ou plutôt n'aidant pas, voit se rapprocher la fin qui sera triste.
Ce qui ne le rassérène pas, c'est que le monde occidental, autour de lui, n'en semble pas conscient, comme il n'est pas davantage conscient de l'invasion des barbares.
Or c'est la reconnaissance de la chute qui devrait inciter à renoncer à la lutte.
Est-il lucide ou pessimiste? Il semble que le premier qualificatif lui convienne mieux:
Nous avons traversé en ombres maladives
Tous les effondrements d'un monde condamné
Nous avons bien souvent regrettés d'être nés
Dans un pays maudit, une époque tardive.
Le fait est que le renoncement à la lutte est effectif:
Notre envie de vivre est partie,
A commencé sa transhumance
À la recherche de prairies
Qui ressembleraient à l'enfance.
Aussi, résigné, est-il pressé d'en finir:
Nous demandons à Dieu une mort pas trop lente.
Lucide, il l'est bien, en effet:
Comme un étang qui se referme
Une fois la barque engloutie
Ma vie approche de son terme
Comme une anecdote aplatie.
Avant que d'être âgé, il avait pourtant joui, mais en conserver même la trace n'est plus de mise:
Le plaisir que rien ne remplace
Laisse des cicatrices affreuses.
En vieillissant, il constate:
Alors voilà, ça se détraque
Un peu partout, confusément
On attend que les veines craquent
Et que se répande le sang.
Et sait bien ce qui l'attend:
Tout se terminera en petits grognements
Lit médicalisé dans une banlieue blanche
Ce sera mercredi, samedi ou dimanche,
Le corps inconsolé s'éteindra calmement.
Quand il assiste à une cérémonie funéraire catholique, il se prend à espérer, mais cela ne dure que le temps de la célébration. Toujours lucide, il remarque:
Autant la mise en terre ne peut conduire qu'à un désespoir radical, autant une visite régulière à la sépulture du mort peut conduire le survivant, s'il est suffisamment imaginatif, à développer les linéaments d'une étrange espérance.
Le plus dur précède toujours l'issue fatale:
La mort ne suffit pas, il faut que la souffrance
Grignote lentement nos chairs sacrificielles
La mort ne suffit pas, il faut que la méfiance
Détruise lentement nos croyances essentielles
Le recueil s'achève, sans surprise, par un cri de détresse:
L'image de la mort grandit sous les secondes
Dont le terne déclic résonne dans le vide,
Son visage lépreux se change en gueule avide,
Mes paroles se changent en hurlements immondes.
Et c'est ainsi que je me sépare du monde.
Francis Richard
Combat toujours perdant, Michel Houellebecq, 72 pages, Flammarion
Livres précédemment chroniqués:
Chez Flammarion:
Anéantir (2022)
Sérotonine (2019)
Soumission (2015)
Configuration du dernier rivage (2013)
La carte et le territoire (2010)
A L'Herne:
En présence de Schopenhauer (2017)

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