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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 23:30
Catholique et libéral, de Robert Sirico

Le sous-titre du livre de Robert Sirico, paru en anglais en 2012, précise l'intention de son auteur: Les raisons morales d'une économie libre. Ce sont des raisons qui ne sont pas toujours invoquées mais qui sont essentielles.

 

L'auteur n'est pas n'importe qui: il est prêtre, américain, ancien militant de gauche. C'est une incongruité en quelque sorte, car l'on se fait aujourd'hui une tout autre image d'un ecclésiastique catholique.

 

De plus il a cofondé il y a trente ans un think tank et pas n'importe lequel puisqu'il porte le nom d'un penseur de la liberté: l'Acton Institute for the Study of Religion and Liberty.

 

Pour ceux qui l'ignorent (et qui ne me lisent pas), Acton est ce lord anglais auteur de la formule: Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument.

 

Le consumérisme

 

Dans son introduction, Robert Sirico met d'emblée les choses au point: Loin d'être synonyme de capitalisme, le consumérisme rend le capitalisme inapplicable sur le long terme, dans la mesure où il rend presque impossible la formation de capital.

 

C'est élémentaire: On ne peut avoir de capitalisme durable sans capital; on ne peut obtenir de capital sans épargne; et l'on ne peut épargner si l'on s'empresse de dépenser tout ce que l'on vient de gagner.

 

Cela devrait rappeler quelque chose à ceux qui ont appris un jour certaine fable à la morale intemporelle...

 

La propriété privée

 

Il est un préalable à l'existence d'une économie libre, c'est le respect de la propriété privée, celle que Marx et consorts ont voulu supprimer, avec les résultats mirifiques que l'on sait:

 

Si le droit de propriété n'est pas garanti, le respect des autres droits de l'homme ne l'est pas non plus.

 

Robert Sirico ajoute: S'il n'est pas absolu, il demeure néanmoins un droit humain de base. Il suffit qu'il soit respecté pour voir s'épanouir les personnes et les sociétés tout entières.

 

La liberté

 

Il dit aussi et c'est fondamental:

 

Le désir ardent de liberté est inscrit dans notre ADN. Les êtres humains, comme les autres animaux, possèdent un corps. Nous sommes des corps, soumis aux lois de la physique, de la chimie et de la biologie. Mais à la différence des autres animaux, la personne humaine a la capacité de se transcender.

 

L'homme est non seulement capable de se transcender, mais aussi de transcender les choses:

 

La relation de l'homme aux choses n'est pas purement et simplement liée à la consommation. C'est aussi une relation de raison et de créativité, et c'est précisément ce qui rend possible l'institution de la propriété privée. [Ce droit] est étroitement lié à la capacité de faire usage de l'intellect sur des sujets et des idées, pour se projeter, planifier et faire bon usage de cette possession.

 

Le complément du droit de propriété, c'est la liberté de l'échanger contre une autre, ce qu'on appelle la liberté de commercer, ou le commerce. Pour éviter malentendus et promesses non tenues, le contrat a été institué et l'État de droit doit être là pour le faire respecter.

 

(Le taux d'intérêt convenu entre un emprunteur et un prêteur n'est pas immoral: il récompense ceux qui épargnent tandis qu'il applique une commission à ceux qui consomment dans l'immédiat.

 

Le travail

 

Robert Sirico s'est rendu compte que le meilleur moyen de réduire la pauvreté n'est pas d'aider les pauvres mais de créer des emplois, indéfiniment: contrairement au sophisme répandu, il n'y a pas de masse fixe de travail, comme il n'y a pas de gâteau fixe à partager.

 

Il n'est donc pas surprenant que les pays les plus pauvres soient ceux où il est le plus difficile de faire des affaires et les plus riches ceux où c'est le plus facile.

 

Robert Sirico va plus loin:

 

Le travail représente aussi une voie vers l'accomplissement personnel, le service aux autres, et la participation au dessein de Dieu pour le monde. C'est la raison pour laquelle empêcher les personnes d'exprimer leur créativité, les réduire en esclavage ou faire obstacle à la découverte de la vocation que Dieu leur a confiée en ce monde, constitue une entrave à la dignité humaine.

 

Le capitalisme

 

Le capitalisme est plus créateur que destructeur, comme le montre l'`Histoire:

 

Le capitalisme a le pouvoir de créer, même lorsqu'il remplace les formes anciennes de création et de services, avec une force et une énergie inconnues des économies centralisées et planifiées, à condition qu'il s'agisse d'un système d'entreprise gouverné par l'État de droit et le respect de la dignité et des capacités humaines.

 

Le moteur du capitalisme n'est pas l'avidité. Ce qui ne veut pas dire que des capitalistes ne puissent pas être avides: tous les hommes peuvent l'être, même des soi-disant (ou pas) altruistes...

 

C'est pourquoi il est excessivement simpliste d'associer la cupidité au profit et la générosité aux secteurs lucratifs.

 

Le profit

 

Qu'est-ce que le profit? Un terme comptable désignant la condition d'un revenu supérieur aux dépenses:

 

Les sociétés rentables sont celles qui trouvent les moyens de créer ou de fournir des produits ou des services à des prix suffisamment élevés pour couvrir leurs dépenses, mais suffisamment bas pour que les consommateurs les trouvent attractifs.

 

Il n'y a rien d'immoral à cela. A contrario, est-il moral que l'État vienne au secours de sociétés non rentables, aux dépens de celles qui le sont, et des autres contribuables?

 

Dans une économie libre, les sociétés ne peuvent faire des bénéfices excessifs, parce que, quand elles génèrent des profits élevés, d'autres sociétés se créent sur leur marché et les profits élevés ne le sont plus à long terme:

 

Dans les cas où des profits immenses persistent sur une longue période, c'est souvent le symptôme d'un manque de liberté économique. S'il n'y a pas de nouveaux producteurs sur un secteur lucratif, c'est souvent parce que l'État empêche la concurrence.

 

La personne humaine, sociale et individuelle

 

Robert Sirico rappelle que la personne humaine, dès les premiers instants de son existence, est à la fois sociale et individuelle, autonome et en relation.

 

Il n'est donc pas surprenant que les meilleurs entrepreneurs [soient] dotés d'un sens aigu des désirs - et des désirs potentiels - des gens ordinaires.

 

Cette faculté rare peut bien sûr être employée à mauvais escient, mais, pourquoi le cacher, elle est aussi souvent l'expression de vertus réelles, telles que la discipline et la loyauté, le courage et l'engagement vers l'excellence, l'effort de comprendre et d'appréhender les besoins des consommateurs.

 

L'égalité et la pauvreté

 

Le problème moral n'est pas l'écart entre les salaires, mais l'état des plus pauvres et des personnes marginalisées au sein d'une société donnée:

 

En droit, reconnaître l'égalité signifie traiter les personnes avec impartialité, sans favoritisme. Cela n'implique pas la garantie de résultats identiques.

 

Redistribuer les richesses pour égaliser ne peut se faire qu'au prix d'une injustice ou d'une iniquité, puisque n'est pas donné à chacun ce qui lui est dû:

 

On prend à celui qui a travaillé et produit un surplus de richesse [...], on donne à ceux qui ont moins produit.

 

Le bien commun

 

Pour que soit obtenu le bien commun, des conditions sont nécessaires:

- l'État de droit (qui suppose des tribunaux statuant de manière non arbitraire);

- la garantie de la propriété privée;

- une monnaie stable;

- la liberté d'entreprise;

- la liberté d'association;

- l'application des contrats;

- un commerce vivant dans et entre les nations afin de permettre le meilleur développement de la division du travail.

 

La justice et la charité

 

La pauvreté ne disparaît jamais complètement (le marché ne résout pas tout), mais elle n'a jamais été aussi présente que depuis que l'État-providence s'est substitué à la charité intelligente:

 

Les institutions de bienfaisance que nous tenons pour acquises sont toutes issues de la tradition judéo-chrétienne, qui voue un profond respect à la personne humaine.

 

La raison de l'échec de l'État-providence est que ses agents sont éloignés du problème et le traitent impersonnellement:

 

Le principe catholique de subsidiarité soutient que les besoins sont bien mieux satisfaits au niveau local, et que les personnes au sommet de l'ordre social devraient prendre soin de ne pas interférer avec les niveaux les plus bas, et de ne leur venir en aide qu'en cas de nécessité, de façon temporaire et solidaire.

 

La santé

 

Pourquoi le système de santé de l'État-providence ne fonctionne-t-il pas et se traduit-il par une augmentation indéfinie des coûts?

 

- Parce que la concurrence y est absente:

Grâce à la concurrence de marché libre, la planification ne dérive pas d'un seul intérêt, d'une unique connaissance ou autorité, mais du savoir, des besoins et des intérêts d'individus dispersés dans la société.

 

- Parce qu'il existe une séparation entre la personne qui paye et celle qui bénéficie du service:

Si ces deux sujets étaient la même personne, comme c'est le cas pour la plupart de nos achats, il y aurait de fortes incitations à baisser les prix et à améliorer le service.

 

L'environnement

 

En matière d'environnement, la sacralité de la personne humaine est au coeur du problème:

- L'homme a été créé à l'image de Dieu

- Sa noblesse est attestée par le fait que le Christ ait choisi la personne humaine pour S'incarner.

 

De là résulte que le monde a été confié à ses soins, un grand privilège, qui nous permet d'être les collaborateurs dans sa création continue.

 

Pour que les hommes puissent être ces collaborateurs, encore faut-il abandonner le sophisme du jeu à somme nulle, qui souffre de la non prise en compte d'une variable qui change tout, la créativité humaine. C'est pourquoi, se fondant sur de faux postulats, l'argument de la pénurie des ressources et de la surpopulation génère de fausses prévisions.

 

L'homme réel

 

L'homme réel n'est pas l'homo aeconomicus, même s'il partage avec lui nombre de traits. Il est plus que cela:

 

La liberté correctement saisie n'est pas une licence nous permettant de nous conduire en enfants gâtés, mais le noble droit de naissance des créatures faites à l'image de Dieu.

 

La liberté dont nous disposons l'est pour quelque chose. La liberté est un objectif instrumental:

 

En définitive, l'objectif de la liberté doit être la vérité, et plus encore la Vérité dans toute sa plénitude. Rien n'est plus digne de combler ce vide.

 

Nous donnant cet objectif, nous nous protégeons contre le relativisme moral croissant dans notre culture: le relativisme compromet l'État de droit et ouvre la porte à la tyrannie.

 

Conclusion

 

Robert Sirico est parvenu par des voies diverses au libéralisme: aussi, dans ce livre, a-t-il tenté de résumer de manière accessible le large spectre de rencontres, d'histoires, d'idées et de sources qui [l]'ont aidé à percevoir l'existence d'une vérité naturelle ancrée dans le coeur des choses et d'une harmonie dans l'univers:

 

La nature humaine, tout comme la vérité elle-même, est universelle. Et la liberté s'adresse à tout le monde.

 

Bien sûr Robert Sirico est catholique, prêtre qui plus est, mais s'il croit que le christianisme recèle la vérité la plus aboutie au sujet de la personne humaine, il sait que beaucoup d'autres traditions religieuses sont porteuses de préceptes pouvant fournir une pierre d'angle dans la reconnaissance essentielle de la dignité:

 

Cette dernière doit être ancrée et se refléter dans les institutions de marché, pour leur bon fonctionnement et l'épanouissement de la personne humaine.

 

Francis Richard

 

Catholique et libéral, Robert Sirico, 288 pages, Salvator (traduit par Solène Tadié)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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