Ceci n'est pas une oeuvre de fiction. Cependant, des modifications ont été apportées afin de préserver l'anonymat des protagonistes.
Cet avertissement est important. En effet Elisa Shua Dusapin est connue pour avoir écrit des romans, qui ont été traduits dans le monde entier. Or, cette fois, elle raconte ce qu'elle a vu et ressenti au Proche-Orient. Une fois achevé son séjour, elle passera des jours à transcrire notes et témoignages...
Au moment du 7 octobre 2023, elle se trouve au Liban, où elle participe à Beyrouth Livres. La veille, elle a été reçue dans un lycée catholique. Un parent lui a demandé ce qu'elle préférait dans son métier d'écrivaine et elle a répondu très spontanément: Ma liberté. Le 11 octobre, elle a été rapatriée.
Après ce départ, elle ne peut en rester là: L'actualité au Proche-Orient m'obsède autant que me frustre le traitement médiatique, dont je vois bien le côté fragmentaire. Tout diffère de mes perceptions sur place et des messages des Libanais avec qui j'ai gardé contact. Alors elle y retourne en août 2024.
Amman, capitale de la Jordanie, sera sa base, où elle devra créer des contacts et à partir de laquelle elle se rendra en Cisjordanie et en Israël. Pour comprendre et ressentir, elle apprend à déchiffrer l'arabe, mais, surtout, grâce à ses voisins de palier, elle découvre une coopérative de femmes plombières.
Grâce à Adam, elle participe à un groupe de parole, où, au début, elle est la seule femme, raconte pourquoi elle est là en laissant derrière [elle] des proches et [son] pays d'adoption1: elle voulait mettre des visages, des histoires sur les hommes qui avaient tiré toute la nuit autour de sa chambre au Liban.
Elle confie: Le monde dans lequel j'ai grandi prend des directions que je ne suis pas; elle précise: Je dois franchir des frontières. C'est un défi. Peut-être une insolence. Chercher à comprendre. Aller chercher. Vérifier que je suis libre. Je n'ai pas besoin d'autre raison. Je suis ivre de frontière et de liberté.
Le père d'Elisa Shua Dusapin est français, sa mère, coréenne. Elle a découvert la Corée à l'âge de treize ans, au cours d'un voyage avec ses soeurs et ses parents. Or, justement, pendant ce voyage, sa famille avait tout visité, Sauf la frontière entre le Sud et le Nord, car ses grands-parents avaient refusé...
Elle franchira des frontières, fera des allers-retours entre Amman, Jérusalem et la Cisjordanie, se rendra à Tel-Aviv... Elle restera elle-même: Le danger ne m'attire pas. J'ai peur du vide, de la vitesse, des psychotropes. Mais trop de confort et de sécurité m'angoissent. Nulle part je ne me sens chez moi.
À Noa, une artiste, elle expliquera que d'une manière générale, [elle] travaille sur les frontières, [...] insiste sur le caractère non politique de [sa] démarche; à Max, que les émotions, c'est la base de [son] travail. Aussi son regard sur le Proche-Orient, après le 7 octobre 2023, est-il à nul autre pareil...
Francis Richard
1 - La Suisse.
Sauf la frontière, Elisa Shua Dusapin, 240 pages, Zoé (parution le 27 août 2026)
Livres précédents:
Hiver à Sokcho (2016)
Les billes du Pachinko (2018)
Vladivostok Circus (2020)
Le vieil incendie (2023)

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