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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 22:55
Lacordaire - Le prédicateur, le religieux, d'Aimé Richardt

En 1215, l'Ordre des Frères Prêcheurs, Ordo Fratrum Praedicatorum, OP, est fondé par saint Dominique. En 1216 l'ordre des dominicains, puisqu'il s'agit de lui, reçoit son approbation ecclésiale définitive par le pape Honorius III.

 

Pour commémorer les 800 ans d'existence de cet ordre, Aimé Richardt consacre une biographie à Lacordaire, celui qui l'a rétabli en France, après que la Révolution l'avait supprimé en 1790...

 

Henri Lacordaire est né le 12 mai 1802, à Recey-sur-Ource, en Bourgogne, et est mort le 21 novembre 1861, à Sorèze. Pendant son existence il aura donc connu trois royautés, deux empires et une république...

 

Du déisme à la conversion

 

Baptisé catholique, il fait sa première communion en 1814, mais c'est sa dernière joie religieuse, et le dernier coup de soleil de l'âme de [sa] mère sur la sienne. Il sort de l'école à dix-sept ans avec une religion détruite et des moeurs qui n'avaient plus de frein

 

Une fois terminées ses études de droit, il monte à Paris en 1822. Sur recommandation, il entre dans le cabinet de Me Guillemin, avocat près la Cour de Cassation. Début 1824 il se rend compte que l'existence qu'il mène est vaine et confie à un ami:

 

Crois-tu que je deviens chrétien tous les jours? C'est une chose singulière que le changement progressif qui s'est fait dans mes opinions; j'en suis à croire et je n'ai jamais été plus philosophe.

 

En mai 1824, il annonce à Me Guillemin qu'il le quitte, non pas pour aller ailleurs, mais pour devenir prêtre, et sollicite son aide pour obtenir une demi-bourse, afin de ne pas peser trop lourd sur les charges de sa famille peu aisée. Une heure plus tard, l'avocat l'accompagne à l'archevêché.

 

Il reste libéral mais devient catholique

 

Le 12 mai 1824, Lacordaire entre au séminaire d'Issy, succursale du grand séminaire de Paris, dirigé par la congrégation de Saint Sulpice. Le 22 septembre 1827, il est ordonné prêtre. Il commence par être chapelain au couvent de la Visitation, puis est nommé, fin 1828, aumônier-adjoint du collège Henri IV.

 

Au printemps 1830, il rend visite à Lamennais, qu'il n'a vu que deux fois mais qui est, à ses yeux, le seul grand homme de l'Eglise de France. Quelques mois plus tard, ce sont les Trois Glorieuses, qui conduisent à l'abdication de Charles X.

 

Lacordaire vit cette révolution de 1830 sans plaisir mais sans regrets: Devenu catholique et prêtre, il était demeuré libéral, et sa fermeté dans ses convictions, qu'aucun de ses confrères ne partageait alors, le laissait isolé dans le clergé français et le rendait même un peu suspect.

 

Dieu et la liberté

 

C'est la devise de L'Avenir, le journal qu'il fonde le 15 octobre 1830 avec Lamennais et Montalembert, et qui disparaîtra le 15 novembre 1831, faute de fonds pour continuer l'aventure. Ils veulent la liberté religieuse, la liberté d'éducation, la liberté de la presse.

 

Ils veulent aussi la séparation totale de l'Eglise et de l'Etat, l'inviolabilité des églises et le droit de nommer les évêques, et non pas de la main d'un ministre qui peut être ennemi de nos croyances, parce que cela est absurde.

 

Dans un article du 27 octobre 1830, Lacordaire demande la suppression du budget du clergé et il s'adresse en ces termes aux sectateurs du XVIIIe siècle [...] qui ne conçoivent un Etat qu'avec une religion fabriquée par ses législateurs:

 

Le seul moyen qu'il leur reste d'avoir une religion légale est d'avoir une religion payée. Ils sentent qu'au fond le budget leur donne dans l'Eglise autant de pouvoir que le pape...; ils veulent avilir l'Eglise sans la persécuter, mais une Eglise sans budget ne peut être avilie...

 

Sur la liberté de la presse, il écrit le 12 juin 1831: Catholiques, croyez-moi, laissons à ceux qui n'ont foi qu'aux princes de la terre les espérances de la servitude. Laissons-les dire que tout est perdu si la presse parle...[...] la liberté ne tue pas Dieu.

 

L'apostolat et l'éducation

 

Le pape Grégoire XVI n'a pas apprécié les articles de l'Avenir sur la liberté religieuse et la séparation totale de l'Eglise et de l'Etat, et les condamne officiellement. Si Lacordaire se soumet, Lamennais rompt avec Rome. 

 

Dès lors Lacordaire va consacrer le reste de sa vie à l'apostolat: il commence par des conférences au collège Stanislas, en 1834, qui sont très suivies; il poursuit par des prédications de Carême à Notre Dame de Paris, en 1835; il entre chez les dominicains, en 1838.

 

Lacordaire publie un Mémoire pour le rétablissement en France des Frères Prêcheurs en 1839. Le 30 novembre 1840, il revient en France, portant l'habit dominicain et, de 1843 à 1851, il prêchera, ainsi vêtu, une soixantaine de conférences de Carême à Notre Dame de Paris.

 

En 1844 il achète un couvent près de Grenoble, à Chalais. Il en fait un couvent dominicain. En 1849, il fonde deux couvents, à Flavigny près de Dijon et à Paris. Il restaurera le couvent de Saint-Maximin en Provence (la crypte de l'église contenait le sarcophage qui avait servi de sépulture à Marie-Madeleine).

 

En 1850, l'Ordre des Prêcheurs est officiellement rétabli. Lacordaire nommé premier provincial de la province dominicaine de France. En 1852, il crée le tiers-ordre enseignant. Le collège d'Oullins, jusque-là tenu par des ecclésiastiques séculiers, est transféré à l'Ordre plutôt que de disparaîre avec le départ des fondateurs. En 1854, Lacordaire prend la direction de l'école de Sorèze.

 

Le député et l'écrivain

 

En février 1848, Lacordaire constate que la monarchie vient de tomber et que la république est debout: Or ce qui est debout a une chance de plus pour vivre que ce qui est à terre... Sans avoir sollicité leurs suffrages, Lacordaire est porté par sept ou huit collèges électoraux...

 

Lacordaire est élu fin avril 1848 député à l'Assemblée nationale. Il en démissionne le 18 mai 1848, après son envahissement par le peuple de Paris trois jours plus tôt. Il écrit à ses électeurs: Je compris que dans une assemblée politique, l'impartialité conduisait à l'impuissance et à l'isolement, qu'il fallait choisir son camp et s'y jeter à corps perdu. Je ne pus m'y résoudre.

 

Lacordaire, en dehors de ses Mémoires, de ses Conférences, de ses articles, dans l'Avenir, puis dans L'Ere nouvelle, dirigée par lui en 1848, a écrit une Vie de saint Dominique et un Marie Madeleine (Marie-Madeleine touche aux deux côtés de notre vie; la pécheresse nous oint de ses larmes, la sainte nous oint de sa tendresse...).

 

Le 24 janvier 1861, Lacordaire est reçu à l'Académie française, où il succède à Alexis de Tocqueville. Dans son discours de réception, faisant l'éloge de son prédécesseur, il dit de lui: Il aimait la liberté, en la regardant en lui-même, au foyer de sa conscience, comme le principe premier de l'être moral et la source d'où jaillit, à l'aide du combat, toute force et toute vertu...

 

Lacordaire ajoute: Il l'aimait dans le christianisme... Il l'aimait dans les souvenirs de la patrie, dans ces longues générations où la liberté avait fait l'honneur, où l'honneur avait fait le premier bien de la vie, et où la vie se donnait pour l'honneur, pour prouver l'amour, pour défendre la foi.

 

Aimé Richardt ressuscite, bien sûr, par d'autres traits encore, la figure insigne de ce prélat injustement méconnu, qui peut donner à d'aucuns, plus d'un siècle et demi après, des leçons de liberté et de dignité, laquelle, comme chacun sait depuis Paul Claudel, ne comporte pas de pluriel...

 

Francis Richard 

 

Lacordaire - Le prédicateur, le religieux, Aimé Richardt François-Xavier de Guibert

 

Livres précédents de l'auteur chez le même éditeur:

La vérité sur l'affaire Galilée (2007)

Calvin (2009)

Saint François de Sales et la Contre-Réforme (2013)

Jean Huss, précurseur de Luther (2013)

Bossuet, conscience de l'Eglise de France (2014)

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 12:15
Palmyre, de Paul Veyne

Le 18 août 2015, Khaled al-Assaad, 82 ans, directeur général des Antiquités de Palmyre pendant quarante ans, de 1963 à 2003, est décapité par Daech. Il ne verra pas que les monuments de l'irremplaçable trésor, auxquels il a consacré une grande partie de sa vie, seront détruits pendant les deux semaines suivantes par les barbares islamistes qui l'ont assassiné.

 

"Malgré mon âge avancé, c'était mon devoir d'ancien professeur et d'être humain de dire ma stupéfaction devant ce saccage incompréhensible et d'esquisser un portrait de ce que fut la splendeur de Palmyre qu'on ne peut plus désormais connaître que par les livres." écrit Paul Veyne, 85 ans, dans le magnifique livre qu'il vient d'écrire sur la cité antique syrienne.

 

Magnifique, ce livre, dédié à Khaled al-Assaad, l'est parce qu'écrit par un amoureux d'un des sites archéologiques gréco-romains parmi les plus somptueux du monde, avec Pompeï et Ephèse. Ce ne sont pas seulement les vieilles pierres que l'archéologue, l'historien, le professeur ressuscitent (treize photos du site figurent dans un cahier central), ce sont aussi les hommes qui les ont édifiés et ont vécu dans le voisinage de leur beauté.

 

Paul Veyne fait d'abord visiter la ville araméenne et ses habitants, en historien, c'est-à-dire, comme il le dit avec humour, en "guide de tourisme dans le temps", vers l'an 100 ou 200 de notre ère, au moment où "furent élevés les monuments d'époque romaine que nos yeux pouvaient voir encore récemment". Puis il reprend sa coiffe d'archéologue pour rappeler que Palmyre avait déjà derrière elle mille ans d'existence.

 

Enfin, en professeur, plein de sagesse, il tire des leçons de l'histoire sur la longue durée et sur l'hellénisation des Palmyréniens:

 

"Notre époque parlant beaucoup d'impérialisme culturel et d'identité, nous oublions que la modernisation par adoption de moeurs étrangères joue dans l'histoire un rôle encore plus grand que le nationalisme; la culture d'autrui est adoptée, non comme étrangère, mais comme étant la vraie façon de faire, dont on ne saurait laisser le privilège à un étranger qui n'en est que le premier possesseur."

 

Il ajoute:

 

"Ceux qui aiment à s'affliger redoutent une uniformisation; en réalité, des innovations naissent sans cesse n'importe où et se diffusent au loin."

 

C'est ce qu'ont fait les Palmyréniens. Pour eux:

 

"S'helléniser, c'était rester soi-même tout en devenant soi-même; c'était se moderniser."

 

Après avoir raconté l'épopée palmyrénienne et le rêve impérial fracassé de la reine Zénobie, reine d'Orient et vraie romaine, qui marquent la sortie de Palmyre de la grande histoire, Paul Veyne va plus loin et souligne ce qui fait le caractère propre de la seule cité de l'Empire romain, avec Edesse, "où le dialecte oriental soit demeuré une langue officielle":

 

"L'histoire de Palmyre aura été celle d'une petite société qui vivait aux frontières de la grande civilisation dont ses élites étaient plus ou moins largement imprégnées, ce qui avait abouti à une culture mixte. Elle détient un record en matière de richesse du mélange; on a beau parcourir des yeux la carte de l'Empire, on ne voit pas où auraient pu se concentrer un plus grand nombre d'influences: la vieille Mésopotamie, l'antique Syrie araméenne, la Phénicie, un peu de Perse, davantage d'Arabie; brochant sur le tout, la culture grecque et le cadre politique romain."

 

Devant la splendeur passée de Palmyre il tire cette conclusion, qui est la dernière phrase du livre:

 

"Oui, décidément, ne connaître, ne vouloir connaître qu'une seule culture, la sienne, c'est se condamner à vivre sous un éteignoir."

 

C'est pourtant ce que font les islamistes, dont il explique les actes barbares par la volonté de "nous montrer qu'ils sont différents de nous et qu'ils ne respectent pas ce que vénère la culture occidentale":

 

"Ce n'est pas de l'envie, de la jalousie pour la supériorité de l'étranger (comme l'ont été en France l'anglophobie, puis l'américanophobie), mais le désir de prouver et de se prouver qu'ils ne sont pas comme nous, qu'ils sont eux-mêmes. Car enfin, à quoi leur servent, politiquement, tactiquement, ces destructions, sans parler de tous ces attentats, ces massacres? A rompre avec nous, à montrer qu'ils sont autres. Ils ont le sentiment d'être méconnus dans leur identité (alors qu'eux seuls ont la vraie religion, les vraies coutumes) et d'être peu à peu isolés dans le vaste monde."...

 

Francis Richard

 

Palmyre - L'irremplaçable trésor, Paul Veyne, 144 pages, Albin Michel

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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 17:20
Morgarten, de Pierre Streit et Olivier Meuwly

Ce livre sur Morgarten vient à point nommé. Le 15 novembre prochain, cela fera 700 ans que cette bataille a eu lieu. Il vient d'autant plus à point nommé qu'aujourd'hui il est de bon ton de démythifier.

 

Démythifier est une bonne chose, encore faut-il ne pas tomber dans le travers d'élaborer alors une autre mythification. Car, à trop vouloir déconstruire un mythe, on construit souvent autre chose en remplacement. En quelque sorte un mythe peut en cacher un autre.

 

Le livre signé par Pierre Streit et Olivier Meuwly ne se situe pas entre mythe et histoire, comme une lecture rapide du sous-titre le donnerait à penser. En fait il détermine plutôt la ligne de partage entre mythe et histoire au sujet de Morgarten.

 

A Pierre Streit est revenue la part historique proprement dite, la plus grosse part, environ les trois quarts de l'ouvrage, sur ce que fut en vérité, et en réalité, Morgarten; à Olivier Meuwly, est revenue la part restante, épistémologique, qui ne se présente donc pas comme une simple postface.

 

De ce livre argumenté, documenté, il faut d'abord retenir que la bataille de Morgarten a bien eu lieu, contrairement à ce que prétendent certains, qui se disent historiens et qui ne cherchent dans l'histoire qu'un instrument au service d'une idéologie.

 

Il existe en effet des sources. Six textes principaux qui relatent cette défaite cuisante des Habsbourg, dont trois sont relativement proches de l'événement, s'il faut les examiner avec prudence: les chroniques de l'abbé Pierre de Zittau (1316), de Jean Victring (vers 1340) et de Jean de Winterthour (vers 1345).

 

Ce qui caractérise la bataille de Morgarten? La disproportion des forces en présence et de leur expérience militaire, le lieu favorable aux vainqueurs où elle s'est déroulée (le lieu exact et le déroulement exact restent des questions ouvertes), l'ampleur des pertes. 

 

Comme tout historien qui se respecte, et qui respecte ceux qui le lisent, Pierre Streit resitue dans quels contextes cet événement s'est produit à Schwytz et, notamment, que toute la société de l'époque est en armes en raison de l'insécurité régnante, que la noblesse locale n'y joue pas de rôle important.

 

Depuis plusieurs années il existe des tensions entre les habitants d'Uri, de Schwytz et d'Unterwald, les Waldstaetten, d'une part et les abbayes, en premier lieu celle d'Einsiedeln, de l'autre. Ces abbayes ont créé des exploitations laitières qui leur font concurrence...

 

Ces habitants de Suisse centrale jouissent de l'immédiateté impériale, c'est-à-dire qu'ils ne dépendent que de l'Empereur et qu'ils jouissent d'une grande autonomie. L'envers de la médaille est que l'Empereur ne les protège pas contre les visées des Habsbourg sur les voies de transit alpines.

 

Aussi, au cas où l'empereur serait un Habsbourg, les habitants d'Uri, de Schwytz et d'Unterwald, concluent-ils entre eux une alliance défensive en 1291. Il s'agit ni plus ni moins que d'une promesse faite entre eux de s'entraider en cas d'attaque.

 

Cette alliance n'est pas donc pas à proprement parler l'acte de fondation de la Confédération suisse - il faudra attendre la Constitution fédérale de 1848 pour cela -, elle est cependant la traduction en pacte d'une volonté, dont naîtra la Confédération, de défense des droits et de l'autonomie des Waldstaetten.

 

La commission par les Schwytzois de nombreuses exactions contre l'abbaye d'Einsiedeln, la double élection impériale de Frédéric d'Autriche, protecteur de l'abbaye, et de Louis de Bavière, soutenu par les Schwytzois, rendent la confrontation inévitable dans cette région de transit de première importance.

 

Léopold de Habsbourg prépare une expédition contre les Schwytzois, qui, renseignés, se préparent de leur côté. Ce sera cavaliers et fantassins d'un côté, contre paysans de l'autre. Ce sera une armée aguerrie contre des habitants déterminés.

 

Si les premiers sont solidement armés, les seconds n'ont que des hallebardes, mais ils ont une meilleure connaissance du terrain et, particulièrement, du lieu propice pour attaquer par surprise un adversaire supérieur en nombre...

 

Et puis, les uns et les autres n'ont pas les mêmes traditions guerrières. Le code d'honneur de la chevalerie, avec ses règles rituelles, s'avère moins efficace que le comportement au combat téméraire de l'infanterie de montagne des Waldstaetten...

 

Pierre Streit pose des questions: Est-ce que la bataille de Morgarten a été le "premier" combat des "Confédérés" pour leur liberté, un simple maraudage ou encore une fable? S'agit-il d'une vendetta ou d'une guerre économique? D'un mythe ou de la réalité?

 

Olivier Meuwly donne des éléments de réponse: Il n'y a pas a priori d'histoire "mythique" qui s'oppose à une histoire parfaitement objective. Seule l'honnêteté intellectuelle compte et permet de faire le départ entre les deux univers. Les mythes peuvent être de gauche et de droite et tous méritent de passer sous le scalpel de l'analyse.

 

Il ajoute: C'est la rencontre entre les diverses perceptions en présence qui offrira, à travers les regards qui se proposent, une esquisse d'histoire "objective", pour mieux comprendre le présent. C'est la meilleure voie vers une "désidéologisation" de l'histoire tant souhaitée par de nombreux historiens.

 

Francis Richard

 

Morgarten, Pierre Streit et Olivier Meuwly, 112 pages, Cabédita

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 22:55
Album Casanova, de Michel Delon

L'album de la Pléiade, fort de 174 illustrations (dont des reproductions du manuscrit original d'Histoire de ma vie), comportant un index détaillé, est consacré cette année à Casanova, autant dire à un homme à la fois connu et méconnu. Ainsi Casanova est devenu un substantif: "Un casanova est un homme qui enchaîne les conquêtes amoureuses." Mais connaît-on pour autant, vraiment, l'homme qu'il fut et... son oeuvre littéraire? L'album réalisé par Michel Delon comble magnifiquement cette lacune.

 

L'album commence par une citation, peut-être apocryphe. A Madame de Pompadour qui lui aurait demandé s'il était vraiment de là-bas, c'est-à-dire de Venise, Giacomo Casanova aurait répondu: "Venise n'est pas de là-bas, elle est de là-haut." Après les avoir explicitées, Michel Delon se saisit de ces deux locutions pour qualifier cet homme hors du commun: "Là-bas désigne une réalité, là-haut une fiction en laquelle Casanova a changé son histoire et un mythe qu'il est devenu lui-même."

 

La réalité est que, promis à l'Église, il abandonne vite l'habit d'abbé, qu'il ne revêt qu'un temps l'uniforme d'enseigne de vaisseau de la marine vénitienne, qu'il est en quête permanente d'un protecteur et qu'il "trouve une unité de vie dans l'art d'aimer"... Et Michel Delon évoque quelques figures qui "échappent à la simple suite de noms" d'une liste de rencontres amoureuses que le séducteur, qui se veut homme du monde et libertin, n'a jamais établie lui-même.

 

Dans ces mémoires, il raconte "ce tremblement des corps et des sentiments qui  fait échapper Histoire de ma vie à la littérature obscène et Casanova au registre grivois": "Toute la différence se situe entre une description de coït et la suggestion des émotions." Toujours est-il qu'un espion, un confidente, dénonce à l'inquisition d'État sa mécréance, son imposture, sa lascivité et sa volupté et qu'il finit aux Plombs, la prison installée au dernier étage du Palais des Doges... Dont il parvient à s'évader.

 

A Paris il apprend le français. Il y fréquente le milieu du théâtre: "Il aime l'art de la fiction, la mise en scène de soi à travers des costumes, la proximité des corps dont certains ne sont pas farouches"; celui des peintres: "Les comédiens ont besoin de décors.". Michel Delon précise: "Le théâtre aide Casanova à penser le désir comme mise en scène tandis que la peinture saisit la fixation du désir dans un moment donnant le sentiment de la durée."

 

Casanova bénéficie d'un autre réseau que ceux des comédiens et des artistes, celui de la franc-maçonnerie, à laquelle il est initié à Lyon. Cet espace est "moins strictement hiérarchisé que les diverses sociétés d'Ancien Régime": "Plusieurs rencontres capitales s'explique par cette fraternité", telles que celles du comte Branicki, du comte de Waldstein ou du prince de Ligne. Elles seront d'un grand secours à cet aventurier objet de "suspicion sociale" ou d'"admiration pour ses initiatives".

 

La loterie royale, qu'il met au point, le rend richissime, pour un temps seulement. Car il mène dès lors grand train. Pour le conserver il se lance dans une entreprise qui le ruine. Sa manufacture d'étoffes de soie peintes fait faillite. Le sérail de ses ouvrières âgées de dix-huit à vingt-cinq ans l'a ruiné. Il se voit obligé de fuir la France pour éviter la prison: "Commence une longue errance qui le mène aux quatre coins de l'Europe."

 

Durant cette errance, il se livre au jeu et à la débauche - "A chaque ville son aventure amoureuse" -, et doit fuir: "Les zigzags sur la carte d'Europe suggèrent un aventurier indésirable dans la plupart des villes, élargissant le cercle de ses investigations pour se faire accepter quelque part." Après avoir approché des souverains tels que Frédéric II ou Stanislas Auguste, roi de Pologne, "les cours se ferment ainsi les unes après les autres".

 

D'homme de cour, il devient artiste: "Il compte devenir un auteur et en vivre à la façon dont ses frères sont établis comme peintres" et "il déploie une activité d'écrivain dans tous les genres littéraires": historien, traducteur, journaliste, pamphlétaire etc... Ce dernier genre lui vaut de devoir fuir à nouveau, d'errer à nouveau, avant de devenir bibliothécaire à Dux, propriété du comte de Waldstein et de se réfugier dans l'écriture: "Comme Sade, Casanova manifeste durant ses dernières années une véritable rage d'écriture."

 

Il écrit beaucoup et achève peu: "Cet inachèvement vient sans doute de la méthode par digression. Contre les penseurs systématiques, contre les philosophes dogmatiques, Casanova exhibe l'irréductible diversité du réel. Sa façon de s'égarer dans la réflexion, de déraper d'un sujet à l'autre est le choix d'une disponibilité, conforme à son ancienne liberté de jeune homme prêt à saisir la première occasion. Comme les libertins érudits du siècle précédent, il mêle une totale indépendance d'esprit à un respect ostensible de l'autorité religieuse. De l'économie à l'esthétique, rien ne lui reste étranger."

 

Son grand oeuvre, ce sont ses mémoires, Histoire de ma vie, écrites en français, dont le manuscrit a connu de véritables aventures. Ce manuscrit a ainsi été traduit en allemand, puis retraduit en français; il a été successivement expurgé, édulcoré, toiletté. Quand le texte authentique paraît en 1960-1962, c'est un choc, mais il est "encore découpé selon une scansion étrangère à l'auteur": "On pouvait enfin lire Casanova avec son accent italien, son rythme de voix, ses détails sensuels et ses insolences."

 

Le choc n'est pas moins grand en 2010. La Bibliothèque nationale de France acquiert le manuscrit. Il est numérisé. Chacun peut avoir accès à son écriture et à son style: "Une grande édition fut lancée dans la "Bibliothèque de la Pléiade". "Bouquins" ne fut pas en reste." Et cette année 2015 est à marquer d'une pierre blanche puisque, depuis le mois de mai, de ces deux éditions, commencées en 2013, l'une, celle de La Bibliothèque de la Pléiade est maintenant entièrement disponible en trois volumes, et que l'autre, celle de Bouquins, comprend déjà deux volumes sur trois.

 

Francis Richard   

 

Album Casanova, Michel Delon, 224 pages, Gallimard

 

Albums précédents:

 

Album Duras, Christiane Blot-Labarrère, 256 pages, Gallimard (2014)

Album Cendrars, Laurence Campa, 248 pages, Gallimard (2013)

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 18:30
"Bossuet" d'Aimé Richardt

Quand on remonte le temps de quelques siècles en arrière, il est un travers dans lequel il ne faut surtout pas tomber, celui de juger les êtres et les choses à l'aune d'aujourd'hui, en commettant l'erreur de ne pas les replacer dans leur contexte. C'est malheureusement souvent le cas de nos jours, où l'anachronisme permet de se donner bonne conscience en incitant ceux qui ne vous plaisent pas à faire repentance, au nom d'une responsabilité collective, qui est une expression aporétique.

 

Aimé Richardt, qui est un éminent spécialiste des XVIe et XVIIe siècles, rappelle opportunément que "la tolérance est une invention moderne": "Bien qu'ils fussent eux-mêmes intolérants pour leurs ennemis [...], les philosophes du XVIIIe siècle ont beaucoup fait pour l'acclimater en France et en Europe [...]. Certes, le résultat immédiat fut piteux: la Terreur fut la négation du message des philosophes. Toutefois l'idée sous-jacente fit son chemin."

 

Il faut bien sûr regretter que l'Eglise ait été longue à l'adopter: "Léon XIII, ce grand précurseur, fut l'un des premiers à en parler ouvertement; le concile Vatican II, qui doit tant aux idées de ce grand pape, proclama la nécessité de l'oecuménisme et l'urgence d'une réconciliation fraternelle, respectant les différences entre les différentes familles religieuses. C'est l'une des gloires du XXe siècle."

 

Du temps de Bossuet, au XVIIe siècle, on n'en est évidemment pas là. Mais on doit à la vérité de dire que, compte tenu du contexte d'intolérance de son époque, l'évêque de Meaux, qui affûta ses armes aussi bien contre les protestants, que contre les jansénistes ou les jésuites, au cours de sa longue vie, s'est montré plus tolérant que bien d'autres, préférant pour ce qui le concerne les arguments aux attaques personnelles, l'emploi de la douceur et de la charité à la contrainte et à la haine. Le livre d'Aimé Richardt n'en est pas pour autant une hagiographie de cet esprit insigne, de cet évêque précoce et de ce grand orateur sacré.

 

Certes Bossuet ne fut jamais un courtisan, mais il dut composer plus qu'il n'aurait voulu avec les moeurs dissolues de la cour de Louis XIV. Certes il fut la conscience de l'Eglise de France, mais, à tort, il prit fait et cause pour sa version gallicane dans l'affaire de la Régale et des Quatre Articles, qui lésaient la papauté et foulaient aux pieds les coutumes locales. Dans l'affaire du quiétisme, meurtri de devoir renier Fénelon, qu'il avait considéré jusqu'alors comme son fils spirituel, il se laissa emporter par sa fougue contre lui.

 

Le rôle de Bossuet, hélas, n'a pas été mineur dans la révocation de l'Edit de Nantes par le Roi-Soleil, qui fut la catastrophe politique et économique que l'on sait et qui fut le tournant sinistre de son règne. Soucieux de rétablir l'unité de la foi et de sauver les âmes quelles qu'elles fussent, Bossuet a en effet justifié alors tous les moyens pour parvenir à cette fin, même si, dans son évêché, il a empêché que n'y soit infligée la rigueur des soudards, comme ce fut le cas ailleurs, dans le Midi ou dans l'ouest du royaume.

 

Bossuet laisse derrière lui une oeuvre morale et théologique considérable, dans laquelle ses successeurs mitrés et ecclésiastiques peuvent puiser des éléments solides pour lutter contre le libertinage des uns ou l'hérésie des autres. Cette oeuvre est certes religieuse et d'une grande hauteur de vue sur le fond, mais elle est aussi oeuvre littéraire d'une forme incomparable au service de sermons ou d'instructions épiscopales aux élégantes et fortes périodes.

 

Dans son livre biographique, Aimé Richardt en donne de nombreux exemples et l'on ne peut qu'être ébloui par son style d'une grande pureté classique. Il n'est pas étonnant que, notamment, ses oraisons funèbres soient passées à la postérité et que son génie oratoire, aux belles envolées, dans sa plénitude, y atteigne des sommets. La collection de La Pléiade a d'ailleurs consacré un de ses volumes à des oeuvres choisies parmi ces monuments de la langue classique.

 

Le livre d'Aimé Richardt se termine par quelques citations, qui "n'ont pas la prétention de résumer la pensée de M. de Meaux". Il en est une, toutefois, qui, sans la résumer, me semble tout de même emblématique de la pensée de ce chrétien exemplaire: "Les deux vices les plus ordinaires et les plus universellement étendus que je vois dans le genre humain, c'est un excès de sévérité, et un excès d'indulgence; sévérité pour les autres, et indulgence pour nous-mêmes."   

 

Francis Richard

 

Bossuet - Conscience de l'Eglise de France, Aimé Richardt, 364 pages, François-Xavier de Guibert

 

Livres précédents de l'auteur chez le même éditeur:

La vérité sur l'affaire Galilée (2007)

Calvin (2009)

Saint François de Sales et la Contre-Réforme (2013)

Jean Huss, précurseur de Luther (2013)

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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 17:45
Le poids de l'impôt, Nouvelle Revue d'Histoire n°75, Novembre-Décembre 2014

Combien de fois n'ai-je pas entendu cette expression: "Ça ne durera pas autant que les impôts". Ça? Tout. Tout serait périssable, sauf les impôts... Il faudra bien un jour en finir avec ce fatalisme, qui est l'une des marques de la servitude volontaire...

 

Dans sa dernière livraison, en couverture, La Nouvelle Revue d'Histoire , NRH, promet au lecteur de lui faire connaître "les origines de l'impôt". Ce n'est, hélas, pas une promesse réellement tenue par le bimestriel, et pour cause. Les origines de l'impôt se perdent dans la nuit des temps, avant que n'apparaissent les Etats.

 

En fait, plus modestement, il est question des "origines de l'impôt royal". La première phrase du premier article de la revue qui traite de ce sujet n'est rien moins qu'anticonformiste: "L'organisation d'un régime fiscal régulier et rigoureux témoigne généralement du degré de civilisation atteint par une société."

 

Emma Demeester, auteur de ces lignes, fait allusion à l'Empire romain dont l'effondrement se serait accompagné de la disparition de son système fiscal, "en même temps que la plupart des acquis de la civilisation antique". A cette aune-là la France d'aujourd'hui aurait atteint un degré très haut de civilisation...

 

Dans un livre lumineux, Rome - Du libéralisme au socialisme, Philippe Fabry montre qu'en fait l'Empire romain était devenu de plus en plus socialiste et qu'il est mort justement, entre autres, par la grâce de son merveilleux système fiscal.

 

Pour en revenir "aux origines de l'impôt royal", l'historienne de la revue historique montre que le périmètre de l'Etat monarchique s'est élargi quand, pour faire la guerre, le souverain ne s'est plus contenté des revenus que lui procurait son domaine personnel.

 

Au cours des siècles l'administration royale a ainsi organisé la gestion de ses ressources externes de façon de plus en plus cohérente, c'est-à-dire en opérant la spoliation par la force de manière de plus en plus efficace. La cohérence a toutefois des limites, puisque tout le monde n'était pas logé à la même enseigne et que d'aucuns, hommes ou pays, aux dépens des autres, bénéficiaient pour de bonnes raisons de privilèges ou d'exemptions, voire des deux.

 

Ce développement de l'Etat royal, donc de la pression fiscale, ne s'est pas fait sans rencontrer des résistances. Ces résistances - c'est là où l'Histoire va à l'encontre des préjugés marxistes - étaient le fait non seulement des paysans, mais des nobles. Philippe Conrad égrène la longue litanie des soulèvements, qui jalonnent le sombre XVIIe siècle (après ceux du XVIe), et mentionne celui des Bonnets rouges, en 1674, contre l'institution du papier timbré.

 

On en viendrait presque à regretter la dîme, si elle avait été le seul impôt... En effet c'était l'impôt en nature que les fidèles devaient acquitter pour subvenir aux besoins du clergé, à l'entretien des édifices religieux et au soulagement des pauvres: "Si l'on essaie d'obtenir une moyenne pour l'ensemble du royaume, le taux du treizième serait, selon l'historien René Pillorget, le plus plausible". Or 7,7%, c'est moins cher payé que la Sécu...

 

L'histoire de la gabelle ne manque pas de sel. Jean-Joël Brégeon raconte que "Colbert cherchera à rationaliser un monopole reconnu de tous comme "l'un des principaux soutiens de l'Etat", qu'il tient lui-même pour "la plus noble des fermes", "un droit de couronne indiscutable"". Ben voyons.

 

Comme, à l'époque, le sel est un produit de nécessité, c'est un instrument totalitaire pour tenir les populations en laisse, d'autant que prix et quantités minima sont déterminés au sommet de manière arbitraire et que les faux-sauniers risquent les galères au mieux, la mort au pire.

 

Jean Kappel s'émerveille: "La Ferme est [...] une extraordinaire machine financière, qui manipule des sommes énormes dont le montant ne cessera de croître tout au long du XVIIIe siécle" et cite, parmi les fermiers généraux, c'est-à-dire parmi les quarante grands percepteurs d'impôts, Claude-Adrien Helvétius et Antoine Laurent de Lavoisier. Il ajoute que c'est "pour ceux qui s'y engagent, un moyen de promotion et d'accès à l'élite sociale"... Certes, mais sur le dos des populations.

 

La Révolution devait mettre fin à la tyrannie fiscale exercée sur les populations: voeux pieux... Virginie Tanlay rend tout honneur au seigneur qui a mis bon ordre à dix années de pagaille révolutionnaire: Napoléon est "le fondateur d'un système que l'on considère comme l'une des "masses de granit" sur lesquelles il a bâti l'Etat français tel qu'il s'est développé au cours des deux derniers siècles". Elle précise que, connu encore sous le nom de Bonaparte, il a entrepris "une remise en ordre générale, fondée sur les principes militaires d'uniformité et de hiérarchie."

 

En écho, là il faut citer Philippe Fabry qui, dans l'ouvrage mentionné plus haut, écrit: "Avec Dioclétien l'Empire n'est plus romain, il est Empire tout court. Il n'est plus l'hégémonie d'une nation sur ses voisins mais la domination d'un Etat unique sur un ensemble de territoires. La bureaucratie et l'administration représentant cet Etat en tout point du monde romain s'accroît et s'organise sur le modèle de l'armée."

 

Le dossier de la NRH se termine par un article sur l'institution de l'impôt sur le revenu en 1914 et par un article sur Pierre Poujade et sa rébellion contre le fisc. Comme cette rébellion n'a été qu'un feu de paille, il n'est pas très intéressant d'y revenir. Une citation figurant dans le premier de ces deux derniers articles vaut d'être reproduite. Waldeck-Rousseau, opposant de la gauche radicale à l'impôt général sur le revenu, dit en effet avant que cette institution ne soit votée finalement par le Sénat le 15 juillet 1914:

 

"La Révolution ne s'y est pas méprise: le droit de propriété ne va pas sans l'égalité devant l'impôt. Il y a un antagonisme invincible entre le droit de propriété tel qu'il est reconnu par la Révolution et la progression de l'impôt."

 

C'est ce que ne voient toujours pas, de nos jours, nos politiciens français (et d'autres nationalités) qui sont de fervents spoliateurs sans le savoir...

 

Francis Richard

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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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