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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 22:55
Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Au Graduate Institute Geneva, Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement, du 14 au 16 avril 2016, s'est tenu un colloque sur Wilhelm Röpke (1899-1966), économiste libéral et philosophe social allemand.

 

Le cinquantenaire de sa disparition est l'occasion de faire connaissance avec ce penseur qui a vécu une trentaine d'années en Suisse au XXe siècle, qui a justement enseigné au Graduate Institute Geneva, et qui a aimé la Suisse, où le libéralisme est mis en pratique.

 

Röpke bénéficie d'une entrée dans le Dictionnaire historique de la Suisse:

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Ce colloque a été organisé par l'Institut Libéral, représenté par son directeur, Pierre Bessard, en collaboration avec le Graduate Institute Geneva, l'Aktionsgemeinschaft Soziale Marktwirtschaft, représenté par son président du Conseil, Nils Goldschmidt, le Wilhelm Röpke Institut, représenté par son vice-président, Stefan Kolev, et l'Agora - Université de Cergy-Pontoise, représentée par Patricia Commun, professeur d'études germaniques:

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Le colloque s'est déroulé en trois parties:

- le colloque proprement dit avec dix-sept interventions académiques en anglais

- une intervention publique du président de l'Institute for Liberty and Democracy, Hernando de Soto, en direct depuis le Pérou

- une conférence publique avec huit interventions (une en anglais, trois en allemand et quatre en français)

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Au terme de ces trois journées denses et fécondes, que retenir de ce qui a été dit sur Wilhelm Röpke par les différents intervenants?

 

Röpke a dû quitter l'Allemagne en 1933 lors de l'arrivée des nazis au pouvoir. Après guerre, ce combattant des idées sera tout autant opposé au totalitarisme communiste qu'il l'aura été au totalitarisme nazi. Pour des raisons similaires. Après trois ans passés à Istanbul, il s'établit à Genève.

 

Etait-il conservateur? Les réponses divergent. Sans doute parce que tout le monde ne s'accorde pas sur la définition du mot. Une chose est sûre, il accordait beaucoup d'importance aux vertus individuelles, telles que le respect, l'honnêteté, la déférence, la politesse, l'humilité dans l'échange avec les autres et s'affligeait de la perte du sens communautaire.

 

L'ensemble des intervenants s'accorde à dire qu'il était pessimiste. Mais le pessimisme ne va-t-il pas de pair avec le réalisme? En tout cas, il craignait que le collectivisme ne l'emporte dans le monde. A son époque, cette crainte n'était-elle pas fondée? Aujourd'hui, ne l'est-elle pas, d'une autre manière?

 

Röpke se situait lui-même entre le capitalisme et le communisme. Il se disait favorable à une troisième voie, mais n'était pas pour autant keynésien. Promoteur d'une économie sociale de marché, il voulait surtout donner un cadre éthique et légal au marché.

 

Etait-il interventionniste pour autant? Ludwig von Mises ne disait-il pas lui-même que soutenir et assurer la propriété privée n'étaient pas des interventions? En tout cas Röpke ne voulait pas comme Keynes que le marché soit régulé par l'Etat, par exemple par la pratique de politiques de relance.

 

Etait-il libéral? Indéniablement puisqu'il était pour un état de droit, un gouvernement limité, le respect de la propriété privée, la liberté humaine et la responsabilité qui lui est indissociable. Mais il ne croyait pas que l'économie de marché soit suffisante pour créer une société libérale.

 

Röpke pensait que le social était l'affaire de tous et non pas des pouvoirs. Il se méfiait des monopoles, quels qu'ils soient, et souhaitait leur contrôle. Il était opposé notamment à celui de la morale que s'arrogent des pouvoirs civils ou religieux.

 

A la différence d'autres libéraux - le libéralisme est polyphonique, dixit Alain Laurent -, Röpke assimilait le rationalisme à l'utilitarisme, qu'il rendait responsable de la dégradation du libéralisme et il n'avait pas de mots assez forts pour fustiger l'individualisme, ce culte de l'individu concentré sur lui-même.

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

Dans son intervention Hernando de Soto, étudiant de Röpke à Genève, a rappelé le suicide, il y a cinq ans, de Mohammed Bouazizi en Tunisie, en rapport avec l'expropriation dont il a été victime. Mais, ce qu'on ne dit pas, c'est qu'il n'était pas le seul à s'être suicidé par le feu.

 

Son institut a découvert qu'ils étaient 64 au total à avoir fait une tentative de suicide dans les deux mois qui ont suivi, dont 37 ont survécu. Son institut est allé interroger les survivants et s'est rendu compte qu'il leur avait été interdit d'acheter et de vendre...

 

A l'heure actuelle seuls 10% des habitants du monde bénéficient de droits, tels que ceux de s'associer pour entreprendre, ou de commercer. Les droits de propriété, et les marchés, sont pourtant la plus belle promesse faite aux pauvres pour sortir de leur condition.

 

Car le problème pour sortir de la pauvreté n'est pas la technologie, mais l'absence d'état de droit. C'est la grande leçon qu'Hernando de Soto retire de son expérience sur le terrain et de ce qu'il a appris avec Wilhelm Röpke.

 

Francis Richard

 

PS

Deux articles ont paru dans la presse pendant le colloque au sujet de Röpke:

- le 14 avril 2016 dans la NZZ, Neue Zürcher Zeitung, sous la plume de Gerhard Schwarz

- le 16 avril 2016 dans Le Temps, sous la signature d'Emmanuel Garessus

Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva
Colloque Wilhelm Röpke, du 14 au 16 avril 2016, au Graduate Institute Geneva

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Published by Francis Richard - dans Rencontres libérales
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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