La magnifique humanité créée par Dieu se trouve face à un choix décisif: ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l'humanité habitent ensemble.
Quand les papes se mêlent de régenter le monde plutôt que de guider les âmes, ils se trompent et trompent les fidèles...
Ainsi, sans le dire nommément, Léon XIV critique-t-il l'économie de marché, à qui il attribue le syndrome de Babel: l'idolâtrie du profit qui sacrifie les plus faibles, l'uniformité qui gomme les différences, la prétention d'un langage unique - y compris numérique - capable de tout traduire, même le mystère de la personne, en données et en performances.
Ainsi préfère-il le bien commun, qu'il définit comme la possibilité de bâtir ensemble, en transformant la diversité en ressource et en faisant de l'écoute et du dialogue le terrain d'entente sur lequel faire grandir la justice et la fraternité. Dit autrement, il s'agit de la forme sociale de la dignité reconnue à chacun.
Il n'est pas étonnant dans ces conditions qu'il ait une conception particulière de la propriété privée: Il existe un droit à la propriété privée qui possède son sens et sa fonction propres, mais subordonnée à la destination universelle des biens.
Aussi s'offusque-t-il que les biens, quels qu'ils soient, restent concentrés entre les mains de quelques-uns, sans formes adéquates de partages et d'accès.
Pour y remédier il fait appel à trois principes:
- subsidiarité
- solidarité
- justice sociale
Or ces principes, tels qu'il souhaite les mettre en oeuvre, conduisent, par détournement de sens, au socialisme.
En effet, pour ce qui est de la subsidiarité, il précise que le niveau supérieur n'est pas l'État mais chaque grand acteur économique et technologique exerçant un pouvoir de fait sur les conditions de vie en communauté. Pour mettre en oeuvre ce principe il fait donc appel ... à l'État pour garantir des règles justes et des protections efficaces 1.
En effet, pour ce qui est de la solidarité 2, il précise qu'elle doit tenir compte non seulement de l'avantage immédiat de certains, mais aussi de l'impact sur l'ensemble des peuples comme sur les générations à venir.
En effet, pour ce qui est de la justice sociale, il précise que pour l'atteindre est nécessaire le contrôle public: le critère ne doit pas être uniquement le profit, mais la dignité de chaque personne et le bien des peuples.
Selon Léon XIV, il s'agit d'éviter que ne s'aggravent les inégalités, le contrôle 3 et l'exclusion. Car le profit c'est le mal, ce qui montre à l'envi ses faibles connaissances - ou celles de ses conseillers - en matière économique...
Là où le fidèle peut être d'accord avec le souverain pontife, c'est quand il dit que l'intelligence artificielle peut être une aide précieuse tout en nécessitant une approche mesurée et vigilante. Mais cela s'applique à toutes les technologies, dont l'usage peut être bénéfique ou non. Là encore, il souligne que des formes publiques - normes, institutions, pratiques - sont capables de limiter la force et de défendre les plus vulnérables...
Là où le souverain pontife est plus convaincant, parce qu'il est dans son rôle, c'est quand il oppose aux promesses techniques (que sont le transhumanisme et le posthumanisme) la possibilité de se transcender par la grâce de Dieu; quand il oppose à l'amour de soi, l'amour de Dieu et du prochain.
Pour ce qui concerne les réseaux sociaux, le souverain pontife cède à la tentation législative, par exemple pour limiter l'accès en fonction de l'âge, ce qui revient à un accroissement du contrôle public sur tous. Il est plus convaincant quand il souligne le rôle central de l'école, c'est-à-dire de l'instruction, et de l'éducation, pour inciter à rechercher la vérité et à développer l'esprit critique.
Plus loin, il confirme son ignorance en matière économique - ou celle de ses conseillers - et son inclination au socialisme - qui échoue parce qu'il n'est ni moral ni juste - quand il écrit:
Il faut certes des lois justes et des instruments de redistribution qui corrigent les déséquilibres, notamment par le biais de systèmes fiscaux qui allègent la charge pesant sur les plus faibles et exigent davantage de ceux qui disposent de ressources plus importantes.
Des citations telles que celle-ci le lecteur pourra en relever un grand nombre. Encore une fois, ce faisant, Léon XIV apporte sa caution à un système qui a échoué, qui échoue de nos jours et qui échouera toujours. La France actuelle en est un exemple que feraient bien de ne pas suivre d'autres pays qui sont encore quelque peu préservés.
Léon XIV termine son encyclique par une condamnation sans appel de la guerre, que les fameuses institutions publiques, vantées par lui, ont été, et sont, bien en peine d'empêcher. Mais il est bien dans son rôle quand il écrit: Ne nous lassons pas de prier pour la paix et de nous engager à la réaliser dans nos relations et dans la société.
Il conclut, reprenant décidément son rôle de croyant parmi les croyants:
Le Seigneur continue de faire toutes choses nouvelles 4 et maintient ouverte, pour chaque époque, la possibilité de devenir une histoire de salut à la lumière de l'Incarnation. Je confie ce désir à la Mère du Christ, la femme du Magnificat, pour qu'elle accompagne nos pas dans ce présent en mutation et garde en nous la confiance en l'Évangile, afin que nous puissions témoigner de la beauté d'une magnifique humanité habitée par Dieu.
Francis Richard
1 - Celui-ci se contente rarement de garantir l'état de droit mais se met inévitablement à élaborer des tas de lois...
2 - Collective, alors que la charité est individuelle.
3 - Le contrôle public ne le gêne pas, le contrôle privé, si.
4 - Allusion à l'encyclique Rerum novarum de son prédécesseur Léon XIII.
Magnifique humanité, Léon XIV, 224 pages, Les éditions du Cerf

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