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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 23:30
Atemnot (Souffle court), de Marina Skalova

Aucune langue ne suffit vraiment pour dire ce qu'il y aurait à dire.

 

Marina Skalova s'exprime ainsi dans l'introduction de son recueil bilingue de courts poèmes, Atemnot (Souffle court)

 

Elle a choisi d'écrire dans deux langues, le français et l'allemand (sans majuscules aux noms...), qui ne sont pas pour elle des langues maternelles. Cette écriture à deux langues lui permet de réduire les insuffisances de l'une et de l'autre pour exprimer ce qu'elle a à dire.

 

Elle précise, d'ailleurs, toujours dans l'introduction:

 

Le recours à la traduction permet, pour moi, de mettre en résonance les langues, en introduisant toujours de légères variations, tout en ne s'installant réellement dans aucune d'entre elles.

 

Elle laisse donc libre le lecteur d'interpréter comme il l'entend ce qu'elle dit - ce que, de toute façon, il fait -, mais elle lui balise davantage les pistes qu'il empruntera pour la comprendre, même si son intention n'est pas celle-là, puisqu'elle veut montrer qu'il n'y a pas de langue juste: les variations, malgré qu'elle en ait, comme le mouvement brownien, finissent par donner une forme.

 

Le recueil détaille en quatre parties ce qui fait manquer de souffle:

- Figures du corps

- Nuit(s)

- Ceux qu'on foule aux pieds

- Territorien (c'est le seul titre qui ne soit pas bilingue)

 

Dans Figures du corps, le corps s'effrite, la peau se poussière, la chair s'émiette, et Marina dessine en peu de mots, dans un des poèmes, ce que peut être la défloration chez la femme, cet autre morcellement corporel. Elle ne traduit pas alors deux vers essentiels qui disent brûlure ressentie et moment inoublié:

 

weggeätz

         hier soir

 

chaque langue venant à la rescousse de l'autre, pour dire sa part de l'indicible.

 

La Nuit, qui peut être plurielle, est pour elle l'expérience de l'étrangeté, de ce qui en reste:

 

juste l'empreinte

d'une courbe

 

dans des draps

pas à moi

 

ou

 

ce qui restera

 

la terre, le ruisseau

les murs de bois

 

le blanc entre les mots

 

Et quand vient le jour il faut bien:

 

déplier les silences

 

séparer

ce que l'on ne peut pas dire

 

de ce qui doit rester tu

 

Ceux qu'on foule aux pieds, ce sont les corps. Cette fois, il ne s'agit plus de nuit, au singulier ou au pluriel, mais d'une plus longue durée, de quelque chose de tragique qui s'installe:

 

craindre la mort

à chaque inspiration

 

la peur qu'elle s'intercale

comme un verrou

 

Et les Territorien sont ceux qui apparaissent sur les corps eux-mêmes où des lignes délimitent des frontières, telle celle qui part de la tête jusqu'au bas du dos:

 

du crâne à la ligne

des fesses

 

seul le tracé

vertical

 

d'une cicatrice

vertébrale

 

Car les frontières sont enjeux de batailles, de corps à corps...

 

En peu de mots beaucoup de choses sont dites. Mais ce qui est dit coupe le souffle par l'intensité qu'ils peuvent prendre, en dépit ou peut-être à cause de la concision des phrases qu'ils composent.

 

Francis Richard

 

Atemnot (Souffle court), Marina Skalova, 64 pages, Cheyne

 

Mis à jour le 20.12.2016

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Published by Francis Richard - dans Lectures poétiques
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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