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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 22:15
L'auteur est encore un jeune homme, mais il a tout de même vécu en Roumanie jusqu'en 1990. Par comparaison, il sait donc de quoi il parle quand il s'agit de capitalisme, lui, le fils de dissident roumain, qui a surtout bénéficié, contraint et forcé, des  bienfaits du socialisme oriental européen dans sa jeunesse.

Comme le nom l'indique, ce livre, publié aux Editions First (ici), est un plaidoyer pour le capitalisme libéral. Il n'est pas destiné aux convaincus, mais à tous ceux - et ils sont pléthore - qui se laissent bercer par les sirènes de l'interventionnisme de l'Etat ou par les détracteurs de l'économie de marché, qui bien souvent s'en prennent à sa caricature.

Dans ce livre didactique l'auteur montre qu'en réalité le capitalisme remonte à la nuit des temps. Au cours des siècles, l'humanité a dû son développement phénoménal, qui s'est accéléré avec la révolution industrielle, aux libertés économiques, c'est-à-dire au libéralisme.  

Il serait plus juste d'ailleurs de parler de libéralismes au pluriel, ce qui révèle bien la richesse de la pensée libérale. L'auteur distingue ainsi le libéralisme constitutionnel, l'économie politique "du droit naturel", l'économie politique "de l'utilité", le libéralisme social et le libéralisme radical. Mais tous ces courants se retrouvent dans la primauté donnée à la liberté, considérée comme un facteur fondamental d'accomplissement moral et social.

Que serait la liberté sans responsabilité ?

Les libéraux ne connaissent que les droits individuels et rejettent toute idée de droits collectifs.

De même la liberté et la propriété privée ne vont pas l'une sans l'autre:

La propriété privée constitue le meilleur support et la meilleure expression possible de la liberté individuelle dans un contexte concurrentiel.

Il est de bon ton de mettre devant le terme de libéralisme des préfixes, dans le but de le discréditer :

Le néolibéralisme est une invention des adversaires du libéralisme. Il n'y a jamais eu de "néo" ni d'"ultra" libéralisme. Comme il n'existe pas de "néostalinisme" ou de "néonazisme". On est stalinien ou non. On est fasciste ou on ne l'est pas.

Au contraire du fascisme ou du communisme, le libéralisme n'est pas une idéologie. L'auteur cite Jean-François Revel, qui dans La Grande Parade, écrivait :

Le libéralisme n'a jamais eu l'ambition de bâtir une société parfaite. Il se contente de comparer les diverses sociétés qui existent ou qui ont existé et de retenir les leçons à tirer de l'étude de celles qui fonctionnent ou ont fonctionné le moins mal.

Le libéralisme serait-il responsable de la crise économique que nous connaissons ? Les lecteurs de ce blog savent qu'il n'en est rien. Nicolas Lecaussin rappelle à son tour que c'est l'Etat américain qui a mis en place une politique d'accès à la propriété totalement insensée et qui a mené une politique monétaire risquée et imprévisible, en pratiquant tantôt des taux trop élevés, tantôt trop bas.

Nicolas Lecaussin a également beau jeu de tourner en ridicule l'accusation selon laquelle les déboires de l'agriculture seraient dus au libéralisme, alors que c'est le secteur le plus subventionné, par conséquent le plus éloigné du libéralisme.

Nicolas Lecaussin n'a aucun mal non plus à montrer que l'économie américaine est très réglementée, ce qui n'a pas empêché, au contraire, la crise d'y éclater :

Les réglementations aux Etats-Unis représentent plus de 75 000 pages d'écriture chaque année dans le Federal Register, 238 351 fonctionnaires (une hausse de 63% depuis 1980) et 40,8 milliards de dollars de dépenses fédérales. Rien que le contrôle des banques et du marché financier phagocyte un budget de 2,3 milliards de dollars par an.

Plutôt que le libéralisme c'est en fait l'étatisme qu'il faudrait mettre en accusation.

L'exemple de la France est particulièrement éloquent. Avec plus 6 millions de fonctionnaires (25% de la population active), la France est un des pays les plus étatisés d'Europe. Et les résultats sont loin d'être mirobolants.

Le taux de chômage y est de 10% en moyenne depuis la fin des années 1970, avec des pics à 14% et un creux à un peu moins de 8%. La France étatisée s'appauvrit :

Notre Etat qui confisque la moitié des richesses créées par les Français compte 11% de pauvres, 1 million d'enfants pauvres, 3 millions de personnes en manque de soins réguliers et 2,6 millions de personnes ayant besoin d'une aide alimentaire.

Comment l'Etat utilise-t-il la moitié des richesses du pays qu'il confisque ? 

Pour partie il joue à l'entrepreneur. Nicolas Lecaussin évoque le désastre de Bull (coût : 6 milliards d'euros), celui du Crédit Lyonnais quand il était encore aux mains de l'Etat (coût : 15 milliards d'euros), les pertes de France Telecom entre 1995 et 2002 (cumul de 68 milliards d'euros de pertes) et... la participation des salariés de la SNCF à des bénéfices qui n'existent pas puisque l'entreprise est sous perfusion permanente (subventions annuelles : 11 milliards d'euros).

Pour partie il gère mal et dilapide l'argent public - les collectivités locales ne valent d'ailleurs guère mieux. En se basant sur les rapports de la Cour des comptes et des chambres régionales, l'addition estimée atteint au bas mot 100 milliards d'euros.

Dans ces conditions il n'est pas étonnant que la dette du pays culmine officiellement en 2008 à 1'200 milliards d'euros, soit 67% du PIB. Ce que ne dit pas le livre, c'est que, de l'aveu même de François Fillon, le Premier ministre français, la dette atteindra bientôt officiellement 84% du PIB. Or les chiffres officiels ne sont même pas fiables. Traduction :

Un jeune homme de 20 ans aujourd'hui peut se dire qu'il aura encore à rembourser la dette de 2008 lorsqu'il aura 70 ans...

Enfin Nicolas Lecaussin fait quelques rappels sélectifs des scandales de corruption politique qui ont émaillé les trente dernières années, au fur et à mesure de l'étatisation massive initiée par les socialistes français au pouvoir dès 1981.

Le comportement de l'Etat français soulève donc le doute sur son aptitude à même remplir ses tâches dites régaliennes telles que la sécurité, la justice et la défense.

Pour sortir de la crise Nicolas Lecaussin prend le contre-pied de tout ce qui se dit ici ou là :

Remettre l'Etat à sa place, voilà l'une des premières solutions. Mais un Etat réduit au minimum. Ce qu'il faut aujourd'hui c'est moins d'Etat interventionniste et moins de dépenses publiques. Sinon, le scénario risque de se répéter.

La conclusion de l'auteur résume l'ouvrage qu'il faut lire pour se désintoxer si besoin est :

"Pour détruire l'Occident, il suffira de pervertir sa monnaie", disait Lénine. Ce ne sont pas les communistes qui ont réussi à la pervertir (la monnaie), mais les mauvaises politiques publiques et monétaires. La meilleure réglementation est faite par le marché lui-même. C'est l'offre et la demande qui régulent l'environnement économique et financier. Et c'est l'innovation et la création des individus qui font vivre l'économie. N'en déplaise à ses détracteurs, aucune intervention de l'Etat ne pourra se substituer à (ou compenser) la vitalité créatrice de l'individu qui a besoin d'un marché libre et concurrentiel.

Francis Richard 


Alternative Libérale (ici) a posté sur Dailymotion un entretien avec Nicolas Lecaussin que je me fais un plaisir de mettre à la disposition de l'internaute :


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commentaires

Ben Palmer 22/06/2009 07:41

"presque impossible d'énoncer en France que la crise des subprimes trouve son origine dans les manipulations du crédit"
Pas uniquement en France ! Il est tellement plus facile d'attibuer la faute à quelqu'un ou quelque chose qu'on déteste. Et pour pouvoir détester, il faut désigner, voir créer, l'objet de la haine.

La discussion autour des salaires et des boni des managers montre bien que même nos politiciens se laissent volontiers dévier du sujet principal, pour ramener le sujet sur un terrain où ils se sentent surs et ne peuvent pas se tromper: le salaire des riches est plus élevé que le salaire des autres. A défaut de pouvoir atteindre les mêmes niveaux de salaire, on revendique le nivellement vers le bas ... et la crise est réglée, oubliée, l'égo est satisfait.

On peut recommettre les mêmes erreurs la prochaine fois, parce que'on n'a rien compris ni appris.

Francis Richard 22/06/2009 19:31


On effface tout et on recommence ! Errare humanum est, perseverare diabolicum !


Catoneo 18/06/2009 15:14

Il est presque impossible d'énoncer en France que la crise des subprimes trouve son origine dans les manipulations du crédit par les administrations Clinton et Bush. Le système international de fluidification des finances a certes propagé le virus, mais n'en est pas l'origine.
Pour tout le monde, les hommes politiques et la plupart des soi-disant journalistes, c'est le libéralisme sauvage qui a tout faux, et le socialisme français le seul bouclier reconnu.
Il faudra comme à chaque fois plusieurs années avant que ne se diffuse la vérité. D'ici là l'Etat pachydermique et toute sa ménagerie collatérale aura pris encore plus de poids.

Francis Richard 21/06/2009 22:32


Vous avez hélas raison !


Ben Palmer 18/06/2009 08:17

Encore un autre angle de vu:
Le libéralisme n'est pas un mouvement, il n'a ni destination, ni direction. Dès lors il n'a pas besoin de "leader" ou d'autre figure charismatique, pas besoin de manifeste, de "livre rouge" ou de "bible".
Contrairement à une idéologie, on ne peut pas rassembler toute une population pour manifester pour le libéralisme en général. Le libéralisme se défend à travers la défense des droits individuels.

Francis Richard 21/06/2009 22:32


C'est on ne peut plus juste.


Ben+Palmer 18/06/2009 07:51

Pour moi, la phrase clé est: "... le libéralisme n'est pas une idéologie."
Il ne peut pas être une idéologie parce qu'il n'impose pas de règles, de comportements, de contraintes, de directions. Il permet une multitude de comportements et des décisions individuels en fonction de situations particulières plutôt que d'imposer des ordres de marche et des comportements collectifs qui ne peuvent tenir compte de situations particulières.

Francis Richard 21/06/2009 22:31


Votre précision est bien venue !

A Madrid ces quatre derniers jours je n'ai pas pu publier vos deux derniers commentaires avant aujourd'hui...


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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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