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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 23:50

L'amour nègre JM OlivierLe mot nègre figurant dans le titre du livre pourrait paraître un brin provocateur. Peut-être l'est-il, mais je ne le pense pas, sincèrement, même si ce qualificatif désuet, et aujourd'hui lourd de sens, peut au fond s'avérer vendeur... parce que tabou.

 

Pour en avoir fait mésusage et lui avoir finalement donné une connotation plus que péjorative, l'homme blanc est en effet totalement disqualifié pour employer ce mot, qui lui écorche maintenant les lèvres. Il en fait un véritable complexe et le considère comme un gros mot, qu'il refuse même d'entendre prononcer, fût-ce par ceux qu'il pourrait désigner ... 

 

Le narrateur du livre de Jean-Michel Olivier, publié aux Editions de Fallois/ L'Age d'Homme ici est justement un jeune noir, qui va revendiquer ce mot et tomber par moment dans l'autodérision quand il l'utilise pour parler de lui-même. Après tout, un célèbre et fin lettré, feu Léopold Sédar Senghor, naguère président du Sénégal et de surcroît Académicien français, ne parlait-il pas de négritude ? 

 

Au début de L'amour nègre, conte qui, par le ton et par le sujet, fait immanquablement penser au Candide de Voltaire, ce que ne manque pas de souligner la quatrième de couverture du livre, le héros, qui est heureux, et sera d'ailleurs "heureux partout", tout au long de l'histoire, en dépit des vicissitudes, s'appelle encore Moussa. Il a douze ans. Il habite un village d'Afrique. Il a un père et une ribambelle de mères :

 

"Dans mon village, les mères s'appellent les Reines. Elles sont libres et farouches. Elles ont souvent un mauvais caractère. Les hommes les vénèrent et les craignent. Ils doivent les honorer régulièrement. Les couvrir de cadeaux. Combler tous leurs caprices."

 

Un couple d'étrangers américains en visite au village vante les mérites de l'écran plat qui est, en Amérique, un signe extérieur de richesse et de ... puissance. Le père de Moussa, qui est aussi le chef de la tribu, veut en posséder un, comme un chef ... Il échange donc ce fils, choisi parmi son innombrable progéniture, contre un écran plat [sic !].

 

Matt et Dolorès Hanes, tous deux acteurs de cinéma à Hollywood, adoptent Moussa, qui va se prénommer désormais Adam et va vivre avec ses nouveaux parents à Los Angeles, pardon à L.A., et connaître là-bas la vie factice menée par un petit monde plein aux as, qui boit, qui se drogue, qui baise, qui soigne son image, qui disparaît derrière cette image, qui ne peut pas vivre sans psy, qui est en fait malheureux comme les pierres, englué dans l'abondance matérielle.

 

Dolorès a-t-elle bon coeur ou a-t-elle mauvaise conscience ? Toujours est-il que lors de ses déplacements à travers le monde, elle ne peut s'empêcher d'adopter une ribambelle d'enfants qu'elle ramène à l'hacienda californienne au grand dam de Matt, qui n'en demande pas tant.

 

Quand lors d'une sauterie, dans tous les sens du terme, un invité, aidé de deux comparses, tente de violer sa soeur Ming, adoptée comme lui, et qui appelle au secours, le sang d'Adam ne fait qu'un tour. Il se saisit de sa machette, qu'il garde toujours à portée de main, et il tranche la main du type juchée sur sa soeur, main qui vient à tort de sortir un flingue de sous le lit.

 

Adam, qui est déjà bien monté pour son âge, pousse son bambou un peu trop loin. Il fricote avec sa soeur Ming et arrive à la mettre en cloque. C'en est trop. Matt et Dolorès expédient Ming dans une école helvétique, au bord d'un lac, quoi de plus banal, et se débarrassent de l'encombrant jeune homme. Ils le confient à leur vieil ami, et néanmoins acteur, Jack Malone, connu communément pour être "le" type aux capsules de café. Qui vit sur une île de l'Océanie, Sainte Alice, dont il est propriétaire.

 

Jack semble mener une vie paisible, d'ours mal léché, loin des paillettes du monde. Il montre à Adam, que, dans la vie, il est d'autres occupations que de passer sa journée à regarder la télé ou à faire des jeux vidéo sur une console. Ils écoutent ensemble le bruit des vagues. Ils regardent les poèmes dans le ciel. Jack conseille même à Adam la lecture, qui fait rêver, et notamment celle des écrivains suisses. Les Suisses ?

 

Ils parlent quelle langue ?

- Le hic, c'est qu'ils en parlent plusieurs...

- Ils n'ont pas de langue propre ?

- Non. Ils parlent l'allemand, le français et l'italien, mais à leur manière...

- C'est-à-dire ?

- Ils inventent des mots, des expressions nouvelles... Ils tordent la langue pour en tirer quelque chose de très différent de la langue usuelle..

- Et les lecteurs comprennent ?

- Pas toujours. D'ailleurs, les Suisses ne se comprennent pas entre eux..."

 

Mais, quand on est une star, si vous n'allez pas aux journalistes, ce sont les journalistes qui viennent à vous. Une équipe de télévision vient donc pour tourner sur place le script d'une idylle qui a été convenue, moyennant espèces très sonnantes et très trébuchantes, entre Jack et Yasmine. Les deux tourtereaux cependant sont imprévisibles. Ils ne respectent pas le script. De plus Jack chasse l'équipe manu militari. Mal lui en prend. Un incendie se déclenche dans la propriété. Dans lequel il périt. Adam, accusé à tort du sinistre, ne doit son salut qu'à la fuite, à bord du hors-bord de Jack.

 

Avec cet esquif Adam échoue une semaine plus tard, en Asie, sur l'île de Maputa, la bien nommée, puisqu'elle est réputée pour son tourisme sexuel. Après quelques tribulations Adam rencontre Gladys, la femme d'un banquier suisse, qui y passe de chaudes vacances au soleil, qui n'a pas d'enfant, qui aimerait en avoir, qui trouve décidément ce jeune noir bien monté et décide d'en devenir la monture éphémère.

 

Les vacances de Gladys s'achèvent. En guise de cadeau d'adieu, ce qu'il ne sait pas encore, elle procure un passeport à croix blanche à son protégé. Adam devient Aimé Clerc :

 

"ça ne fait pas un peu bizarre pour un nègre ?

- Adam, on ne dit pas nègre...

- Je veux dire un Africain.

- No problem, dit Gladys, qui veut faire djeune."

 

En Europe, à Genève, les choses ne se passent pas comme espéré pour Adam, mais il aura accompli un périple sur tous les continents, ce qui est banal à l'heure de la globalisation et il aura conquis sa liberté de manière somme toute hétérodoxe. 

 

Partout Adam aura pu voir des femmes vêtues uniformément de minijupes et de tops griffés, juchées sur des chausssures à talons de vingt centimètres de haut, tout aussi griffées. Il aura pu contempler leurs corps remodelés, liposucés, siliconnés, et leur donner du plaisir avec son bambou toujours prêt. Il aura pu entendre les musiques anglo-saxonnes que le monde entier fredonne. Il aura pu avoir plusieurs pères et plusieurs mères, plusieurs frères et plusieurs soeurs, adoptés tout comme lui.  

 

Il aura aimé, été aimé, puis été rejeté à chaque fois. Devra-t-il rejeter à son tour ses éventuels rejetons ? Est-ce cela l'amour nègre ?

 

Francis Richard

 

Le 16 novembre 2010 le jury Interallié a décerné son prix à ce livre.

 

 Article précédent : 

 

"L'Amour fantôme" de Jean-Michel Olivier       

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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commentaires

Catoneo 19/11/2010 12:01



Excellent votre billet. Pur plaisir du texte.



Francis Richard 19/11/2010 12:03



Merci !



MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS 16/11/2010 09:18



NON ! "L"HOMME BLANC" n'a jamais donné de "connotation raciste" au mot nègre, il s'agit uniquement de désigner un fait. En effet, ni moi ni personne de ma connaissance n'a jamais admis cela,
donc, il ne faut en aucune façon généraliser. Tant qu'il y aura encore un "homme blanc" pour nier ce que certains seulement font, et non pas la généralité dailleurs, en plus, il est impossible
dire que "Lhomme blanc" a fait ceci ou cela; Seulement certains "hommes blancs", culpabilisateurs professionnels ! Il ne peut y avoir d'état de fait généralisé quand ceci comporte une exception,
une seule et a fortiori la multitude qui n'a jamais admis cette "connatation" ni cette culpabilisation. Il faut toujours se garder de généraliser ce qui illégal pour les Juifs ou autres, l'est
aussi pour l'Européen...



Francis Richard 16/11/2010 09:31



Je suis d'accord seulement sur un point avec vous. Je n'aurais pas dû employer une expression aussi générale qu'"homme blanc". Encore une fois c'est le contraste littéraire des couleurs qui m'a
guidé.


 


Cela ne change rien au fait que le mot nègre a pris une connotation raciste dans le langage français courant. Que vous le vouliez ou non, que je le veuille ou non. Ni vous ni moi ne sommes
maîtres du langage.


 


C'est bien pourquoi son emploi ou non fait réagir, avec passion, comme vous le faites d'ailleurs vous-même...



MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS 16/11/2010 08:29




Désolé, mais le préambule très lourd m'a dissuadé de lire jusqu'au bout.

Aucune généralisation n'est tolérable.

"L'homme blanc" est une expression raciste.

Certains humains de race indo-européenne dite "blanche", ont utilisé des êtres, considérés comme non humains, ou s'ils l'étaient, pour certains dits de la "race noire" de l’espèce humaine, comme
esclaves. Certains ont donc, notamment des Anglo-saxons, des Espagnols et des Portugais, et non pas TOUS LES X ou Y, acheté aux arabo-musulmans des êtres déclarés réductibles en esclavage à
l’instar des animaux, selon le jugement de VALLADOLID à la place des Indiens d'Amérique reconnus humains car sauvés par le Sacrifice de Jésus-Christ. Par exemple, les aborigènes d'Australie ont
été reconnus humains en 1961 seulement, après un procès comparable. Les êtres dits "humains" de race noire : JAMAIS ! De Facto oui, mais De Jure, non !

Les seuls esclavagistes connus sont les arabo-musulmans, depuis le petit MUHAMAD, gestionnaire de caravane en faillite, guerrier et pillard, parmi toutes les races de la Terre, de même que les
Vikings lors de leurs conquêtes européeo-américaines ( Les Trois « Sagas » ). Ces arabo-musulmans et autres « dhimmis » continuent de plus belle de nos jours avec des noirs et des asiatiques,
même encore quelques « blanc(he)s »...

Les Européens, dits "Blancs", ont été longtemps pillés, massacrés et réduits en esclavage, vendus par les Vikings aux musulmans de Suleïman 1er avec la complicité à titre onéreux du Roi de
Navarre. Par conséquent, les "Blancs" en général n'ont en rien à se culpabiliser ! Les seuls à devoir renoncer à leurs sales pratiques sont les arabo-musulmans dont le livre de chevet doit être
brûlé en place de grève, solennellement, et ensuite interdit partout.

En tant qu'Européen de race indo-européenne, et plus particulièrement Gaulois et Français, non seulement je ne me sens coupable de rien du tout, mais même je me sens plus que victime, surtout à
la lumière de tous les massacres de chrétiens, blancs mais aussi de toutes races par extension de la haine esclavagiste musulmane. Par ici, St-VINCENT de PAUL a été réduit en esclavage et racheté
par une Dame à titre privé, de ses deniers ! En aucun cas, si peu même que ce soit, je n'admets la culpabilisation débile et outrancière en vigueur et la combat ! L’Homme BLANC doit rester fier
de son œuvre civilisatrice ! La France a même donné au MONDE une civilisation qui est reconnue partout comme la plus belle du monde dans tous les domaines, celle de l’honneur et du panache, de la
science, de la Chrétienté, certes ternie par la Révolution génocidaire.

En conséquence, si certains gauchistes, radico-socialistes ou l’inverse, tentent de nous culpabiliser : opposons-leur farouchement la LIBERTE de vocabulaire, surtout désignant des FAITS
HISTORIQUES incontestables comme la négritude qui n’a jamais été le fait des Français. Je rappelle que le Code dit « Noir » prévoyait que tout esclave débarquant d’un bateau dans un port français
était immédiatement LIBRE ! C’est dailleurs pourquoi les bateaux anglais à Bordeaux ne débarquaient jamais leur « camelote » des bateaux faisant escale ! Car les « Nègres » entassés qui auraient
pris l’air sur le quai devenaient immédiatement DE FACTO d et même ici DE JURE des HOMMES LIBRES, sujets du Roi de France !

Voilà une mise au point qui s’impose en tout lieu et en toutes circonstances.



Francis Richard 16/11/2010 08:58



Tout ce que vous dites est bien bel et bon, mais j'ai le regret de vous dire que vous êtes hors sujet.


 


En effet il ne s'agit pas dans mes propos liminaires de culpabiliser quiconque. Il s'agit de souligner que le mot nègre a changé de sens parce que détourné de son étymologie. Il a
pris, qu'on le veuille ou non, une connotation raciste.


 


S'il a pris cette connotation c'est bien parce que celui que j'appelle "l'homme blanc" par contraste de couleur, sans autre intention que celle-là, en a fait une injure.


 


Dans son livre Jean-Michel Olivier redonne en quelque sorte au mot ses lettres de noblesse.



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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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