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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 23:30

Les laids CANTEROLa nature ne fait pas toujours bien les choses. Aussi d'aucuns essayent-ils de redresser ses torts et de s'occuper de donner du bonheur à ses laissés pour compte du corps et de l'esprit.

 

L'intention est louable, mais le risque est de tomber de Charybde en Sylla et de "contrôler les pensées et les actes" de ceux que l'on ambitionne de soulager, voire de guérir.

 

Les laids est une fiction qui raconte une telle tentative utopique. C'est l'histoire d'un institut médical de traitement et de recherche qui se donne pour objet de procurer du bonheur à des malmenés de l'existence, qui sont laids dans leurs corps et/ou dans leurs esprits.

 

Cet institut va donc recevoir une petite vingtaine de patients, entre 1983 et 2000 - leurs fiches médicales figurent au milieu de l'ouvrage. Il a été fondé par le professeur Hermann Waldherr, dont on fête en 2013 le centenaire de la naissance.

 

Au cours du temps, deux docteurs en médecine vont se succéder pour dialoguer avec les patients, leur prescrire les médicaments dont ils ont besoin, suivre leur évolution, faire des ajustements en fonction des résultats obtenus ou encore opérer des greffes: Nenad Grabic, puis Juan Huarte.

 

En principe tous les patients sont volontaires et forment avec le personnel de l'établissement une petite communauté rurale auto-suffisante, hormis l'approvisionnement de matériel médical, même s'il existe un laboratoire où sont élaborés des médicaments pour les divers traitements.

 

Le livre se compose de 13 chapitres, qui comportent chacun une introduction sous forme de description du domaine situé au milieu d'une forêt et qui semble alors vide d'habitants. Après cette introduction, 11 d'entre eux reproduisent en partie les scripts de cassettes audio. Dans un bureau de l'institut déserté, en effet, se trouvent des cartons:


"Un des cartons contient une multitude de cassettes de bande magnétique, chacune dans son étui en plastique sur la tranche duquel est inscrit un code de deux lettres (la seconde étant toujours A, B, C ou D) et d'un nombre entre 1 et 13, puis une date et enfin un ou plusieurs prénoms complétés par une initiale. Elles sont dans un parfait désordre, entassées pêle-mêle."

 

Et Serge Cantero reproduit les scripts dans ce joyeux désordre. A la fin de l'ouvrage, toutefois, une page indique l'ordre chronologique avec les numéros des pages correspondantes...

 

Ce procédé me rappelle mon DVD de Mulholland Drive de David Lynch qui comporte une version aléatoire des chapitres...

 

Les scripts partiels de ces cassettes reproduisent les dialogues des patients avec l'un des deux docteurs, mais également des dialogues entre des membres du personnel, dont le professeur-fondateur. Car, à l'institut, tout le monde est surveillé...et enregistré.

 

Le livre est illustré de quarante dessins à l'encre de Chine, qui auraient inspiré à l'auteur cette fiction, mais qui n'ont pas de rapport direct avec l'histoire, encore qu'ils se trouvent dans une des chambres en désordre de l'institut:

 

"Il y a aussi un cartable contenant une quarantaine de portraits de personnages difformes, effrayants ou grotesques, un bloc-notes vierge à couverture noire et deux stylos-billes, un rouge et un noir."...

 

L'introduction descriptive d'un des chapitres est suivie du journal, tenu épisodiquement par Emilie, la fille d'un des membres du personnel. Celle de l'avant-dernier chapitre est suivie par un texte du professeur-fondateur qui éclaire toute l'histoire et qui en est en quelque sorte l'épilogue, permettant de reconstituer l'ensemble du puzzle.

 

Il va sans dire que ce livre est non seulement original de par sa composition - le lecteur inattentif peut s'y perdre un peu -, mais également de par le micocosme qu'il dépeint avec toutes les relations, parfois conflictuelles, parfois sexuelles, entre les membres de cette petite communauté isolée, sous surveillance technique et médicale.

 

La fin de l'aventure confirme que l'enfer est toujours bien pavé de bonnes intentions...

 

Francis Richard

 

Les Laids, Serge Cantero, 238 pages, L'Age d'Homme

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Published by Francis Richard - dans Lectures d'aujourd'hui
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commentaires

serge cantero 04/01/2014 12:49


Cher monsieur Francis Richard,


c'est par un ami, François Schaller, à qui vous avez facilité l'accès de mon labyrinthe et qui s'est fait l'écho de vos notes de lecture sur son propre blog hébergé par l'Hebdo,
que j'ai eu connaissance de vos commentaires.


Je vous en remercie vivement, car ne vous ayant jamais rencontré, je suis persuadé de la sincérité de vos propos et comblé par la clarté de vos analyses d'une œuvre parfois percue comme
incompréhensible par certains lecteurs peu persévérants.


J'espère que votre éclaircissement en aidera d'autres à se balader avec plaisir dans la forêt de mes laids.

Francis Richard 04/01/2014 20:57



Votre livre m'a effectivement beaucoup intéressé et je vous en remercie en tant lecteur amoureux à la fois des textes et des dessins.


 


Je suis flatté que François Schaller - dont j'ai rendu compte du livre intitulé L'esprit de résistance (http://www.francisrichard.net/article-l-esprit-de-resistance-suivi-de-la-question-suisse-de-fran-ois-schaller-105868361.html)
- se soit fait l'écho de ma recension de votre livre sur son blog de l'Hebdo.


 


Il est moins énigmatique pour moi que je ne le suis pour lui, même si nous nous sommes croisés l'an passé lors d'une conférence de l'Institut Libéral (http://www.francisrichard.net/article-conference-de-l-institut-liberal-sur-souverainete-et-concurrence-des-systemes-115831033.html).


 


Puisse donc ma recension aider d'autres lecteurs à se balader au milieu de vos laids... Ils y prendront alors, j'en suis convaincu, autant de plaisir que moi.



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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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