Quand elle a entendu le grondement, cet immense grondement dans toute la montagne, elle a levé la tête pour voir d'où il venait. Mais à peine avait-elle levé la tête qu'un énorme nuage blanc déferla sur elle.
Elle, c'est l'auteure, une survivante, qui raconte dans ce récit la chute, qu'elle fit, entraînée par une avalanche, et dont elle aurait pu ne pas réchapper:
Plus tard, on lui dira que ce furent trois cents mètres de dénivelé...
Si elle emploie la troisième personne, c'est peut-être pour prendre de la distance avec elle-même. En tout cas, le résultat est là: le lecteur comprend qu'il ne s'agit pas de tirer la couverture à elle, mais de témoigner.
Que faisait-elle en montagne? C'est son père qui l'a initiée:
Il l'aimait tant, la montagne, et c'est grâce à lui qu'elle l'aime, elle aussi: un amour qui lui vient de son amour pour lui.
Le lecteur peut être surpris par son prénom. Elle répond à son interrogation: son père, exilé aux États-Unis, dans les années 1950, pour se spécialiser, sans revoir sa mère, avait choisi de lui donner à elle le prénom de sa mère, Zahia. Une transmission. Une décision sans appel.
Bien. Mais pourquoi Zaza? Sa mère à elle préféra l'appeler Zaza. Tout autant sans appel.
D'où venait cet amour du père pour la montagne? Du Liban, où il était retourné, études faites. C'était d'ailleurs un passionné de sport, été comme hiver.
Son père a écrit un livre, intitulé très simplement Ma vie1 :
Elle aime le lire et le relire, en particulier les pages où il parle d'elle. Et maintenant elle écrit ce livre, pour parler de lui, pour échanger avec lui.
Le Liban? L'été de ses quinze ans, la guerre faisait rage dans le pays. Ce qui permet au lecteur d'apprendre que Zaza est née au début des années 1960... et qu'elle a connu alors un autre grondement, celui des bombardements, venus d'en-haut.
Aujourd'hui encore elle ne comprend toujours pas le pourquoi de cette guerre2:
Il n'y eut finalement ni vainqueur, ni vaincu. Il y eut la guerre et la mort.
Les vies du père et de la fille sont tellement liées que c'est lui qui l'opérera à Beyrouth, à plus de soixante-quinze ans, quand, à la suite de sa chute, furent constatées de multiples fractures compliquées à l'une de ses jambes.
Le lecteur n'est pas au bout de ses surprises. Il découvrira comment Zaza, puisque Zaza il y a, sait devenir autre, c'est-à-dire surmonter cette épreuve, celles passées et à venir, par l'ascension:
- L'art, une ascension. Telle l'ascension de la montagne. Une montagne d'art. Une ascension vers la beauté.
- L'ascension est une pratique spirituelle et elle vit le carême comme une ascension:
Croyante, pratiquante, elle entretient avec la Vierge une relation particulière qu'elle n'arrive pas à définir avec précision, alors même qu'elle la vit au quotidien.
Cela ne veut évidemment pas dire qu'elle n'ait pas peur de perdre au jeu de la vie - de perdre la vie. Alors cette femme mariée, et mère de quatre enfants, s'encourage:
Il faut monter encore.
Francis Richard
1 - Une petite recherche sur la Toile permet d'apprendre que ce livre d'Émile Riachi (1926-2014) est paru en 2008.
2 - La guerre actuelle en est, hélas, une répétition.
Elle, Zaza Riachi Jabre, 64 pages, BSN Press

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