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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 20:30

Dans la nuit du 7 au 8 août les troupes géorgiennes attaquent l’Ossétie du sud. Le président de la Géorgie, Mikheil Saakachvili, compte sur l’ouverture des JO de Pékin pour bénéficier d’un effet de surprise. Il pense naïvement que Moscou ne réagira pas, Poutine se trouvant loin du théâtre des opérations et Medvedev n’ayant pas forcément la même trempe que son premier ministre. Il se trompe.

Contesté dans son pays où il n’a recueilli que 52% des suffrages à l’élection présidentielle en janvier de cette année, et encore en se livrant à des tripatouillages électoraux, Saakachvili croit pouvoir redorer son blason et obtenir qu’une union nationale se forme derrière lui en se lançant maintenant dans une guerre aventureuse. Encore une fois il se trompe.

Certes le pays tout entier est bien derrière lui, mais au lieu de redorer son blason, cette guerre montre à l’envi qu’il est un chef d’Etat velléitaire et sans aucune vision. Gouverner c’est prévoir. Il ne prévoit pas que la réaction de la Russie sera aussi rapide et aussi victorieuse. Encore une fois il se trompe.

Il fait partie du camp « occidental » – pour la seule et mauvaise raison qu’il s’oppose à la Russie – et s’est rapproché des Etats-Unis et de l’UE. Il a le soutien de Bush. Il n’aura peut-être pas celui de son successeur. Il pense avoir le soutien unanime des membres de l’UE. Certes la Pologne et la Suède, ennemies héréditaires de la Russie, ont des mots très durs envers cette dernière, mais les autres pays adoptent une attitude prudente. Sur l’UE, et sur son président en exercice, encore une fois il se trompe.

Le président Saakachvili, après la riposte meurtrière russe, parle de folie de la guerre qu’il a lui-même déclenchée. Il n’est pas crédible. Il joue le rôle de l’agresseur agressé. Le président Bush n’ose pas parler d’agression de la part de la Russie, même si son représentant à l’ONU emploie le mot, mais il parle tout de même de riposte disproportionnée, comme s’il existait un étalon de la riposte à une guerre d’agression au cours de laquelle des dizaines de villages ossètes sont rayés de la carte en une heure de temps.

Les Etats-Unis, de même que 44 autres pays de la planète, sont mal placés pour donner des leçons à la Russie. En effet ils ont tous reconnu l’indépendance du Kosovo, qui fait réellement partie intégrante de la Serbie, même si ses habitants serbes, à la faveur d’une immigration massive d’origine albanaise, se retrouvent aujourd’hui minoritaires dans cette province où se situent les plus beaux monastères serbes.

L’Ossétie du sud est intégrée à la Géorgie en 1922 par un Géorgien célèbre, un nommé Staline, qui lui accorde l’autonomie, car il sait très bien que ses habitants n’ont rien à voir avec les Géorgiens. C’est pourquoi d’ailleurs, à la faveur de l’effondrement de l’Union soviétique, les Ossètes font sécession de la Géorgie, après que celle-ci, devenue indépendante en 1991, veut supprimer l’autonomie dont cette enclave hétérogène jouit depuis des décennies.

Les Etats-Unis sont encore plus mal placés que les autres pour donner des leçons à la Russie et condamner les bombardements russes sur Gori et Tbilissi. Ils oublient que, sans mandat spécifique de l’ONU, à la tête de leurs alliés de l’OTAN, ils bombardent Belgrade en 1999, pour contraindre la Serbie à refluer du Kosovo, où elle a envoyé ses troupes, et ils n’y vont pas avec le dos de la cuiller pour faire plier Milosevic.

Au contraire de l’imprévoyant Saakachvili, Medvedev et Poutine – les Russes sont excellents joueurs d’échecs – ont prévu parmi leurs hypothèses que le président géorgien pourrait péter les plombs et qu’alors le compte à rebours se déclencherait pour lui. Ils cesseront les hostilités sans doute rapidement maintenant – il faut savoir arrêter une guerre – quand ils seront assurés d’avoir toutes les pièces dans leur jeu pour imposer une paix à leur avantage.

Francis Richard

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commentaires

V
Votre article est clair, argumenté et cohérent. Cependant, ce qui m'inquiète, c'est sa finalité. En effet, dans un tel conflit, connaître le responsable est bien évidemment utile. Comprendre les mécanismes déclencheurs de cette crise également. Mais malgré tout, l'objectif ne devrait-il pas être pour chacun d'entre nous, européens (membres de l'UE ou non), de promouvoir l'arrêt des conflits entre Géorgiens et Russes car nous savons très bien, vous comme moi, que les Russes ne feraient qu'une bouchée des Géorgiens si le conflit devait persister.<br /> <br /> Or le but à mon sens, moi qui suis également catholique, est avant tout pour moi de privilégier la piste la moins meurtrière. Or, comme dans le cas du conflit israélo-palestinien où les Européens s'arrachent les cheveux à défendre de façon souvent radicale soit Israël soit la Palestine, ils cherchent absolument à « trouver de quel côté » ils vont se mettre .<br /> <br /> Je crois que ce n'est pas notre conflit et je crois qu'en revanche, en tant que puissances importantes dans la géopolitique mondiale, les puissances européennes doivent imposer la paix dans ce conflit et non leur point de vue personnel. <br /> <br /> Ceci est d'ailleurs également valable pour les Etats-Unis. Car leur force militaire est dissuasive et il leur suffirait de lever le bras pour que tout s'arrête. On ne trouvera pas une solution au conflit en Ossétie (comme dans aucun conflit d'ailleurs) dans le sang mais bien dans la discussion diplomatique.<br /> <br /> Pour malgré tout soulager quelque peu la responsabilité des EU dans leur intervention dans les Balkans. Je n'étais pas assez vieux pour avoir vécu les événements et m'en souvenir mais j'ai appris que ce sont les Européens qui avaient appelé les EU lors des conflits bosniaque et croate. Je n'en sais rien en ce qui concerne celui du Kosovo. Mais je pense qu'on récolte simplement ce que l'on sème. Les EU sont non seulement la 1ère puissance mondiale sur le plan militaire (2 fois le budget militaire des 10 pays qui suivent les EU au classement des pays allouant le plus d'argent au développement militaire) mais ils sont également la 1ère puissance diplomatique car c'est ce que les pays du monde en ont fait. On dit souvent, assez stupidement je pense, que les EU se "prennent" pour les gendarmes du monde mais combien de fois, nous, Européens de tous horizons, leur avons lancé un appel au secours réclamant de leur part ce statut ? réclamant leur aide, leur appui, leur force ?
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F
<br /> <br /> La<br /> finalité de cet article est de montrer que la Géorgie n’est pas toute blanche et que la Russie n’est pas toute noire, que Saakachvili n’est pas un agneau, mais un dirigeant dangereux, qui pète<br /> les plombs et s’est cru très malin. A contrario, ce que mon article ne dit pas, mais que je pense, c’est que Poutine n’est pas le grand méchant loup, mais un homme d’Etat qui contrôle ses nerfs<br /> et maîtrise la situation. <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Cette analyse est loin d’être celle des médias<br /> occidentaux qui à l’unisson, à quelques rares exceptions près, condamnent sans réserve la Russie qui ne serait pas un pays démocratique alors que la Géorgie le serait. En réalité on peut se poser<br /> la question qui de Poutine et de Saakachvili est le dirigeant le plus légitime dans son pays.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> L’UE ne doit pas imposer la paix, elle doit offrir sa<br /> médiation aux parties antagonistes, c’est ce qu’ont d’ailleurs fait Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy, au grand dam des journalistes conformistes, systématiquement antirusses, et antiserbes,<br />  qui les interrogent, comme j’ai pu le constater sur France 2 il y a quelques jours.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Quant au rôle des EU ils ont assez affaire avec l’Irak –<br /> où les choses se présentent mieux depuis quelques mois, mais qui en parle ? – et en Afghanistan. D’être la première puissance dans bien des domaines ne signifie pas qu’ils aient toujours<br /> raison, au contraire de ce que dit La Fontaine. Loin s’en faut. De plus il ne faut pas croire qu’ils peuvent intervenir partout et que c’est même souhaitable.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Je ne suis pas de ceux qui croient que l’aide soit un<br /> véritable cadeau pour celui qui est aidé.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Enfin les EU croient naïvement que la démocratie à<br /> l’américaine est un modèle universel, à imposer partout, comme si tout le monde devait être régi par les mêmes institutions sans tenir compte des singularités et des traditions propres à chaque<br /> peuple.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
F
Sur ce sujet je recommande l'entretien fort intéressant qu'Eric Hössli a accordé au Temps du 12.08.08 :<br /> <br /> http://www.letemps.ch/template/tempsFort.asp?page=3&article=237470
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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