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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 22:20
Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Ce 13 juin 2015, dans la Campagne du Château, au Grand-Saconnex, les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde sont commémorés en présence de représentants des communautés vietnamiennes, qui sont venus de divers pays d'Europe et, même, pour certains, des Etats-Unis; en présence des autorités locales suisses, cantonales et communales.

 

2015 est en fait un triple anniversaire, celui de cet exil, à la suite de la chute de Saïgon le 30 avril 1975 et, à partir de cette date funeste, de l'extension du pouvoir communiste sur tout le territoire du Vietnam; ceux subséquents de la création du Comité Suisse-Vietnam, Cosunam, en 1990, et de l'érection d'une stèle au Grand-Saconnex, dans la République et Canton de Genève, en mémoire des boat-people, en 2005.

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

La cérémonie du jour se fait autour de cette stèle, la première en Europe. Précédemment deux stèles avaient été érigées en Malaisie et en Indonésie, mais elles avaient été détruites le 15 juin 2005 à la demande pressante des autorités communistes du Vietnam... Il existe aujourd'hui deux autres stèles, l'une à Liège, en Belgique, l'autre à Troisdorf, en Allemagne.

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Sur cette stèle, on peut lire, en anglais sur une face, en français sur l'autre: 

 

En souvenir de l'exode

des boat-people

dans le monde

1975-2005

Les réfugiés vietnamiens

remercient la Suisse

et les pays d'accueil.

Nous sommes heureux de vivre

dans cet espace de paix, de liberté

et de démocratie.

Le Vietnam, pays de nos ancêtres,

restera à jamais dans nos coeurs.

 

Ce qui est inscrit sur cette stèle montre quelles sont les deux attitudes adoptées par les Vietnamiens exilés, attitudes qui forcent le respect: ils sont animés par la mémoire et par la reconnaissance. Il ne s'agit pas d'oublier quelles sont leurs origines ni ce qu'ils ont enduré - deux millions d'entre eux ont quitté le Vietnam entre 1975 et 1995 et plus de 500'000 ont péri en mer -, il s'agit d'être reconnaissant envers tous ceux qui les ont accueillis dans leur exil, les pays comme les familles.

 

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Madame Elizabeth Böhler était membre à ce moment-là du Conseil administratif du Grand-Saconnex, lequel n'a pas hésité à donner son accord. La communauté vietnamienne lui est reconnaissante de l'avoir aidée à accomplir toutes les difficiles démarches administratives qu'il a fallu entreprendre à l'époque. Elizabeth Böhler souhaite aujourd'hui une belle fête aux personnes présentes. Elle a toutefois une pensée pour les nouveaux boat-people d'aujourd'hui qui ne sont plus en mer d'Asie mais en Méditerranée...

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Suit une cérémonie religieuse à l'autel, installé à côté de la stèle. Le père qui officie pense à celles et ceux qui sont morts en mer et termine en disant: "J'ai aussi des collègues, des amis qui ont péri en mer. Aujourd'hui nous sommes là et nous sommes bénis par le Très-Haut, car il fait très très beau." Chacun vient se recueillir, l'un après l'autre, devant l'autel avec un bâton d'encens...

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Pendant ce temps-là, Madame Tuyet Phan, venue de Belgique, chante "40 năm vong quốc", c'est-à-dire "40 ans loin de mon pays".

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Lui succède Monsieur Nguyen Phuc Ngoc Hai, résidant en Suisse, qui, pour la circonstance, a composé un poème intitulé "40 năm không ngủ", c'est-à-dire "40 ans privé de sommeil".

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Monsieur Rolin Wavre, qui est devenu, il y a quelques mois, président du Cosunam, salue les délégations de Vietnamiens d'Allemagne, de Belgique, du Danemark, des Etats-Unis, de France, de Norvège...

 

Après avoir rappelé que le Cosunam lutte pour un Vietnam "ouvert, accueillant, libre et démocratique", il souligne que:

 

"La communauté vietnamienne est un double modèle pour nous. Elle a su admirablement s'intégrer en Suisse dans le respect des traditions du pays hôte, mais aussi, c'est le second point, elle a su conserver des traditions et une belle culture, riche, vivante, pour les jeunes et pour les anciens"...

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Monsieur Tran Huu Kinh, représentant de la communauté vietnamienne en Suisse, en regardant le chemin parcouru en 40 ans, peut dire:

 

"Nous avons pris la bonne décision. Nous avons dû quitter la terre de nos ancêtres pour nous libérer de l'emprise d'un régime totalitaire. C'est pour la liberté, la dignité humaine, l'avenir de nos enfants que nous avons pris le chemin de l'exil. Mes chers amis, après 40 ans nous pouvons être fiers de ce qui a pu être réalisé sur toutes ces terres d'accueil au plan culturel, économique, scientifique, commercial, technique ou encore militaire. De nombreux visages montrent que nous contribuons activement à la réussite de notre nouvelle patrie."

 

Après avoir rendu hommage à l'oeuvre historique du Cosunam pour les réfugiés politiques vietnamiens, il ajoute que "la stèle érigée est un marqueur indélébile":

 

"Elle pointe du doigt le mal causé par le régime communiste vietnamien. Elle dit au monde et à l'Histoire que ce régime est responsable de la mort en mer de plus d'un demi-million de personnes. C'est pourquoi ce régime-là, dont la représentation se trouve à vol d'oiseau à 200m d'ici a cherché à tout faire pour empêcher qu'elle soit érigée. Mais en vain [...] Cette stèle exhorte à agir pour les nonante millions de compatriotes qui sont encore au Vietnam afin qu'ils puissent bientôt se lever et renverser ce régime lâche avec l'ennemi et sans pitié pour le peuple."

 

Il exprime enfin la profonde reconnaissance des Vietnamiens exilés envers le HCR, le CICR et tous les pays libres pour leur accueil et pour tout ce qu'ils ont fait pour eux.

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Madame Hat Suong Khuya interprète une chanson pleine d'émotion: "Tự Do! Tự Do ôi Tự Do", c'est-à-dire: "Liberté, liberté ô liberté!", dont le refrain est en vietnamien:

 

Vì đâu ra khơi trốn thoát

Mất quê hương, xa người thương,

Chịu đau ngàn muôn mất mát

Liều thân chết cho Tự Do! Tự Do ôi Tự Do…

 

et en français:

 

Le Mal Rouge nous a fait fuir

Quittant terre, laissant foyer

Nous savons qu’il faut souffrir

Pour t’avoir, Liberté! Liberté, ô Liberté…

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Le Maire et Conseiller administratif du Grand-Saconnex, Jean-Marc Comte, accueille tous les participants de cette commémoration dans ce parc du Château de sa commune:

 

"Avec près de la moitié de sa population de communautés étrangères et plus de 125 nationalités représentées, notre petite ville a toujours constitué un lieu d'échanges et de partages, partage de cultures, partage de religions, partage d'idées ou de politiques. Quel meilleur endroit donc pour célébrer à la fois la mémoire des boat-people et leur reconnaissance pour ceux qui les ont accueillis! Ce petit coin du Grand-Saconnex abrite à la fois la stèle qui commémore ce drame et, depuis plus longtemps, des vestiges du mur de Berlin, situés sur le terrain voisin du Conseil Oecuménique des Eglises. Symboliquement, c'est en 2010 que nous avons inauguré la Promenade des Libertés qui les relie et sur laquelle nous nous trouvons."

 

Il rappelle les mots qu'il avait prononcés à cette occasion et notamment sur la liberté qui les lie l'une aux autres:

 

"Cette liberté qui les lie, c'est l'image d'un incroyable courage, que d'innombrables personnes ont eu pour escalader un mur ou monter dans une barque, en pleine nuit, au péril de leur vie. Cette liberté, c'est la liberté de la pluralité et le respect de la dignité humaine."

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Monsieur Serge Dal Busco, Conseiller d'Etat de la République de Genève, après avoir rappelé à son tour le drame qu'ont vécu les boat-people, insiste sur le fait que "de nombreuses populations sont toujours victimes de dictatures et de guerres":

 

"A Genève, vous le savez, chers amis, nous y sommes particulièrement sensibles et notre canton vit depuis très longtemps une longue tradition d'accueil des personnes qui sont persécutées, en particulier pour des raisons politiques, parce qu'elles se battent pour la liberté. De plus, notre canton soutient les peuples contraints à l'exil d'une façon universelle. Nous avons la chance et l'honneur d'avoir sur notre territoire, des institutions aussi prestigieuses et essentielles, telles que le CICR ou le Haut Commissariat aux réfugiés. Il est essentiel d'apporter un appui constant à ceux qui renoncent à leur patrie tout simplement pour pouvoir survivre."

 

Il ajoute: "Par bonheur l'exode de très nombreux Vietnamiens en 1975 n'a pas toujours débouché sur des tragédies. Certains d'entre eux, fort heureusement, sont arrivés à bon port, notamment dans notre pays et dans notre canton. Et je voudrais relever combien les Vietnamiens de Suisse sont particulièrement bien intégrés à notre société et vous savez que je suis très sensible à cette question de l'intégration. J'en ai moi-même directement bénéficié. Et c'est d'autant plus important de réussir une bonne intégration lorsque l'on peut conserver et enrichir sa propre culture. Et, de cette manière, chers amis, on contribue non seulement à notre richesse et à notre diversité, mais on contribue également, et c'est essentiel, à maintenir la tradition des origines."

 

Aussi Monsieur Dal Busco exprime-t-il sa reconnaissance, en son nom et en celui du gouvernement de la République et Canton de Genève, aux organisations vietnamiennes pour l'aide exemplaire qu'elles ont apportée à leurs membres pour réussir aussi bien leur intégration.

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Le père de Monsieur Nguyen Minh Son, en tant que pasteur, a participé à la prière pour l'inauguration de la stèle. Dix ans plus tard, c'est avec beaucoup d'émotion, que, dans son sillage, il se présente pour dire quelques mots:

 

"Dans l'univers de la bible, 40 ans veut dire une longue durée. Pour le peuple juif, après la libération de l'esclavage, ce fut 40 ans de marche dans le désert avant d'entrer en terre promise. 40 ans, c'est ce qui nous sépare du 30 avril noir.

 

Mais, pour nous, où était donc cette terre promise? Est-elle ici ou là-bas? Permettez-moi de vous partager ce qui est pour moi la terre promise.

 

Ma terre promise est un devoir de mémoire. Ne jamais oublier celles et ceux qui ont sacrifié leur vie dans les combats, dans les camps de torture ou dans cet exode sans précédent sur de frêles embarcations.

 

Ma terre promise est dans la reconnaissance, la reconnaissance du Tout Autre et de toutes ces personnes qui nous ont accueillis.

 

Ma terre promise est un combat, le combat pour la liberté, le combat pour les droits de l'Homme.

 

Aujourd'hui, ici, nous venons de tous les horizons et nous sommes rassemblés grâce à l'engagement sans faille du Cosunam. Ensemble, nous résistons contre l'oubli. Ensemble, nous disons notre reconnaissance. Ensemble, nous crions notre attachement à la liberté et aux droits de l'Homme. Aujourd'hui, ici, 40 ans, par ce rassemblement, nous pouvons entrer dans la terre promise..."

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

La cérémonie autour de la stèle se termine par deux morceaux de cor des Alpes, dans la plus pure tradition helvétique... Le drapeau jaune à trois bandes rouges du Vietnam, qui se trouve derrière les joueurs de cor, symbolise le peuple du Vietnam et les trois régions du Tonkin, de l'Annam et de la Cochinchine...

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Sur cette photo, de gauche à droite, les personnalités suisses qui ont participé à la cérémonie autour de la stèle: les Conseillers d'Etat genevois Luc Barthassat et Serge Dal Busco, le Maire du Grand-Saconnex, Jean-Marc Comte, et Rolin Wavre, Président du Cosunam.

 

Dans un film diffusé en soirée, d'autres personnalités ont chacune adressé un message témoignant de leur attachement à la cause défendue par la diaspora vietnamienne et l'ont félicité de son intégration:

 

- François Longchamp, Président du Conseil d'Etat genevois

- Pierre Maudet, Vice-Président du Conseil d'Etat genevois

- Guillaume Barazzone, Vice-Président du Conseil administratif de Genève

- Michel Rossetti, ancien Maire de Genève 

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex
Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex
Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex
Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

Ci-dessus des exemples de spécialités vietnamiennes proposées par le restaurant Thé Ô D'Or aux quelques trois cents convives de la soirée...

 

Les festivités peuvent commencer...

Association des Jeunes Vietnamiens de Paris

Association des Jeunes Vietnamiens de Paris

Association des Jeunes Vietnamiens de Paris

Association des Jeunes Vietnamiens de Paris

Chorale Favic composée d'Européens chantant en vietnamien...

Chorale Favic composée d'Européens chantant en vietnamien...

Nhât Lâm et Y Phuong - Asia, Etats-Unis

Nhât Lâm et Y Phuong - Asia, Etats-Unis

Au milieu des festivités, a lieu la remise de tableaux de Reconnaissance et Message des Amis du Vietnam.

 

- Pour les 40 ans de l'exil de la communauté, ont été ainsi remerciés :
 
  1. feu M.Pierre Marti pour son Action Indochine genevoise (remis à sa veuve)
  2. M. Werner Roost pour son dévouement aux réfugiés vietnamiens de Suisse alémanique
  3. Le HCR en la personne de Mme Anja Klug, directrice pour la Suisse.
  4. le CICR en la personne de Mme Valérie Aubert, chef-adjointe des opérations en Asie du Sud-Est et Pacifique
  5. Bernard Kouchner et son bateau-hôpital Ile des Lumières
  6. Ruppert Neudeck (qui a enregistré un message audio-visuel) et son bateau Cap Anamur II
  7. L'équipage danois du bateau Clara Maersk
 
Pour les 25 ans du Cosunam ont été nominés :
 
  1. feu M. Pierre Marti , membre d'honneur du Cosunam depuis 1993 (remis à sa veuve)
  2. Mme Tang Lam The-Hong, surnommée Mme Communauté, cheville ouvrière pour le comité
  3. Mme Anne- Marie von Arx, députée genevoise PDC, ardente défenseur des prisonniers politiques et de conscience au VN.
  4. M. Tran Xuan Son , président de l'Association des Vietnamiens libres de Lausanne
Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

En raison d'un fort orage et d'une pluie diluvienne, les relais de la flamme de la Liberté entre Paris et Genève, puis entre Genève et Oslo, se déroulent sous tente...

Les 40 ans d'exil des Vietnamiens dans le monde, au Grand-Saconnex

C'est cette dernière image qu'il convient d'emporter avec soi au terme de la soirée: au premier plan, la reconnaissance de la jeunesse envers le HCR, le CICR ou MSF, et, en fond de tableau, la mémoire illustrée par les portraits, derrière des barreaux, de victimes de la répression du régime communiste toujours en place au Vietnam.

 

Francis Richard

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 13:55
Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

Pendant des années le Cosunam, Comité Suisse-Vietnam, a fêté le Têt à la salle des Avanchets. En 2013, l'association des jeunes vietnamiens de Genève, Huong Viêt, a pris le relais, d'abord aux Avanchets cette année-là, puis en 2014 à Collonge-Bellerive.

 

2015 voit le retour de la fête du Têt aux Avanchets, qui s'est donc déroulée hier soir à Genève, cette fois sous l'égide d'une nouvelle association, le Cercle culturel Làng Viêt,  avec le soutien du Cosunam, de l'Association des Vietnamiens libres de Lausanne et de la Loterie Romande.

 

2015, année de la chèvre, n'est pas une année comme les autres. Elle correspond à l'anniversaire de la chute de Saïgon le 30 avril 1975, événement douloureux parce que le régime totalitaire du Nord s'est étendu au Sud, événement heureux tout de même un peu parce que le pays des trois fleuves a été réuni...

Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

Làng Viêt entend non seulement perpétuer les fêtes populaires annuelles de la communauté vietnamienne en Suisse, mais aussi renforcer "certains aspects culturels de la société civile notamment littéraires, pédagogiques, musicaux, affaires publiques et historiques".

 

Ces aspects seront renforcés pour toutes les générations et pour tous ceux qui aiment le Vietnam, natifs, descendants et amis. Le logo adopté par Làng Viêt est explicite du sens qu'il convient de donner au but de cette nouvelle association.

 

Ce logo représente une maison, celle des pères, bâtie avec peine et amour. Elle abrite un bol de riz et un livre, nourritures matérielle et spirituelle, surmontée d'une carte de la Suisse qui englobe le Vietnam, dont la superficie est pourtant huit fois plus grande...

 

 

Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

En guise de nourritures terrestres, les participants ont eu le choix, hier soir, entre plusieurs plats à déguster avant et pendant le spectacle:

 

- soupe à la mode Hué

- riz brisé, porc grillé, omelette à la vapeur

- riz au poulet grillé à la citronelle

- nouilles sautées aux crevettes et au boeuf

- nouilles sautées aux légumes

- rouleaux de printemps au porc

- rouleaux d'été (crevettes et porc)

- crêpe de riz à la vapeur, mortadelle de porc

- brioche à la vapeur au porc

- bánh giò

- sandwich vietnamien

Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

Les desserts n'étaient pas moins appétissants pour les amateurs:

 

- riz gluant et soja blanc

- gâteau moelleux au lait de coco

- dessert aux marrons

- beignet au sésame

- beignet au soja et au sésame

- boule de tapioca fourrée au soja

Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng ViêtTêt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

Au début du spectacle, le rideau s'ouvre sur un autel des ancêtres, qu'il est naturel de célébrer, comme est naturel l'attachement à ses origines.

 

La rituelle danse de la Licorne est exécutée par The funky Lions Dancers de Lausanne. Elle demande beaucoup d'énergie à ceux qui se trouvent sous son enveloppe, car le rythme est rapide qu'ils doivent suivre au son du tambour.

Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng ViêtTêt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

Des enfants de Genève dansent avec bonheur la ... Danse des Tambourins.

 

La Chorale de Lucerne chante et danse La rencontre des Trois Fleuves, le Fleuve Rouge à Hanoï, la Rivière des Parfums à Hué, la Rivière Saïgon à ... Saïgon. Bref les fleuves des trois régions qui constituent le pays, et qui jadis s'appelaient Tonkin, Annam et Cochinchine...

Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng ViêtTêt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

La Chorale de Lucerne chante et danse La Flûte Céleste, dans un chatoiement de soies et une harmonie des sons, voix et musique, qui sont des ravissements pour les sens.

Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng ViêtTêt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

Ne Viens Pas! est une danse interprétée par des membres de l'Association des Jeunes Vietnamiens de Paris. Elle évoque les premiers émois de la jeunesse...

 

Des élèves de l'Ecole Van-Kiep, de Plainpalais, font une Démonstration de Viet Vo Dao, l'art martial vietnamien, qui procure d'autres émotions à celles ou ceux qui le pratiquent...

 

Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng ViêtTêt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

Des membres de l'Association des Jeunes Vietnamiens de Paris, qui n'ont connu rien d'autre que l'exil, comprennent en chantant et en dansant ce qu'ont vécu leurs parents, mais ne peuvent Et Pourtant le ressentir.

 

Au cours des fêtes du Têt, pendant les décennies précédentes, Miss Ao dài était élue. L'Ao Dài est la tunique traditionnelle vietnamienne, ce long vêtement élégant qui se porte en toutes occasions par les femmes et pour les grandes occasions par les hommes. Hier soir a donc lieu une rétrospective de ces grands moments d'élection des plus belles jeunes femmes et des plus belles tuniques, dans leurs versions traditionnelles ou revisitées par des stylistes actuels inspirés.

Têt  2015 aux Avanchets, organisé par le Cercle culturel Làng Viêt

La soirée se termine par La Chanson de la Jeunesse, entonnée par tous les artistes, petits et grands, hymne à l'âme du Vietnam, éternelle... et par la tombola, dont le premier prix est un vol au-dessus des Alpes en avion privé pour deux personnes.

 

Ont honoré de leur présence des personnalités politiques du canton de Genève, toutes membres du PDC ou du PLR, telles que Michel Rossetti, ancien maire de Genève, fidèle parmi les fidèles, qui a prononcé un discours vibrant et émouvant.

 

Francis Richard

 

Deux événements à venir:

 

- L'Association des Vietnamiens libres de Lausanne organise une Kermesse pour le Têt 2015, le samedi 7 mars 2015, de 11:00 à 23:00, entrée libre, Salle des spectacles de Chisaz, 5 route de Carrière à Crissier, 1023.

 

- Le Cosunam, qui fête ses 25 ans d'existence, organise une Commémoration des 40 ans d'exil 1975-2015 des Vietnamiens en Suisse et dans le monde, le samedi 13 juin 2015, dans la Campagne du Château du Grand-Saconnex (Genève), où se trouve la stèle, érigée il y a dix ans, en 2005, en mémoire des boat people.

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 18:30
"Deux pays dans le coeur - Les Vietnamiens de Suisse" sur YouTube

Il y a bientôt un an et demi, le 23 avril 2013, le Cosunam, Comité Suisse-Vietnam, organisait à la Ferme Sarasin, au Grand-Saconnex, dans le Canton de Genève, la projection en avant-première d'un court-métrage sur les Vietnamiens de Suisse, intitulé Deux pays dans le coeur.

 

Ce film, posté quelques mois plus tard sur YouTube, le 31 juillet 2013, a été vu à ce jour par près de 15'000 personnes, dont quelques centaines au Vietnam même.

 

Des personnalités suisses y figurent, telles qu'Anne-Marie Von Arx-Vernon, député au Grand Conseil de Genève, Jean-Marc Comte, conseiller administratif de la ville du Grand-Saconnex, Serge Dal Busco, député au Grand Conseil de Genève, Michel Rossetti, ancien maire de la ville de Genève, ou Rolin Wavre, ex-secrétaire général du Parti Radical genevois.

 

Ces personnalités donnent leurs témoignages sur la communauté vietnamienne de Suisse, environ 15'000 personnes sur les 3 millions d'exilés du Vietnam. Il ressort de ces témoignages que les Vietnamiens de Suisse se sont remarquablement intégrés à leur pays d'accueil tout en restant très attachés à la culture et aux traditions de leur pays d'origine. Ils font tous preuve d'une grande faculté d'adaptation et se passent de l'aide sociale pour s'en sortir...

 

Ce court-métrage montre également des images du Vietnam actuel où se sont rendues ces personnalités. Le pays apparaît animé d'un grand dynamisme, qui s'est traduit par un réel boom économique, stoppé cependant depuis 2007 par la crise internationale. Mais ce boom économique profite surtout aux membres du parti unique (20% de la population). Sans la carte du parti il est en effet illusoire d'ambitionner une quelconque réussite sociale.

 

De fortes inégalités sont le résultat du régime politique corrompu en place, qui n'a rien de libéral et tout d'une dictature. Il y a ainsi une concentration de voitures de luxe qui ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde...

 

A côté de cela, la misère n'épargne pas des pans entiers des populations des villes et des campagnes, victimes bien souvent d'atteintes aux droits de propriété. Les expropriations pour construire des complexes touristiques sont monnaie courante sans qu'il n'y ait de dédommagements en rapport avec les préjudices subis.

 

Alors qu'en Suisse la circulation est très prévisible et que le code de la route est très bien observé dans l'ensemble, les images de circulation dans les grandes villes vietnamiennes donnent le tournis. Et le spectateur ne peut que se demander comment il se fait qu'il y ait aussi peu d'accidents dans ce fourmillement de deux roues, qui sont les moyens de transport les plus utilisés, parce qu'à la portée du plus grand nombre.

 

Des membres de la diaspora vietnamienne en Suisse apportent également leurs témoignages sur les raisons qui les ont amenés à quitter leur beau pays pour s'installer en Suisse et pourquoi ils ne veulent pas y retourner. D'autres, plus jeunes, nés en Suisse, y ont été, mais ne sont pas davantage enclins à y vivre. Car, si le Vietnam connaît une ouverture touristique et économique, pour le reste, c'est la fermeture, qu'il s'agisse des domaines politique, culturel ou social. L'omniprésence du parti communiste en est la cause.

 

Tous les intervenants du film ont cependant le mot d'espoir à la bouche. Ils ont l'espoir que le Vietnam évolue un jour vers une démocratie pluraliste et le respect effectif des droits individuels par les autorités.

 

Le succès de ce court-métrage sur Internet, résultat surtout d'un bouche-à-oreille, n'est-il pas de bon augure?

 

Francis Richard

 

Deux pays dans le coeur - Les Vietnamiens de Suisse, sur YouTube:

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 14:58
La fête du Têt avec l'association Huong Viet à Collonge-Bellerive

Hier après-midi, je quittais Lausanne peu après 18 heures 15. Quelques gouttes de pluie tombaient, puis ce fut l'averse.

Elle ne devait plus me lâcher jusqu'à ma destination, la maison communale de Collonge-Bellerive, de l'autre côté de la rade de Genève.

Je fus surpris en passant sur le pont du Mont-Blanc d'être le seul à l'emprunter avec ma voiture, un samedi soir, à 19 heures...

Huong Viet est l'association des jeunes Vietnamiens de Genève. Depuis 2012, c'est elle qui a repris le flambeau de la fête du Têt à Genève, que lui a transmis le Cosunam, Comité Suisse-Vietnam, qui en était l'organisateur depuis 1999. La lutte pour le respect des droits humains et des principes de la démocratie pour le Vietnam restant la priorité de cette dernière association.

La fête du Têt avec l'association Huong Viet à Collonge-Bellerive
La fête du Têt avec l'association Huong Viet à Collonge-Bellerive

Lors de cette fête du Têt 2014, l'année du cheval dans le calendrier vietnamien, comme lors des éditions précédentes, se déroulaient sur scène des danses traditionnelles: la danse de la licorne, la danse des éventails flamboyants, la danse de la baie d'Halong, la danse des enfants - des petites filles de 5 à 6 ans! -, la danse des tambours...

 

La fête du Têt avec l'association Huong Viet à Collonge-Bellerive
La fête du Têt avec l'association Huong Viet à Collonge-Bellerive

Des démonstrations spectaculaires de Vovinam, l'art martial vietnamien, dont la voie est le Viet Vo Dao, étaient présentées par les élèves de l'Ecole de Tan Rousset.

Une démonstration tout aussi spectaculaire, cette fois de break dance, était exécutée par KFM.

La fête du Têt avec l'association Huong Viet à Collonge-Bellerive

Le spectacle avait lieu devant quelque 150 convives qui ont eu le plaisir de déguster un repas de spécialités vietnamiennes succculentes.

Jugez-en par le menu:

 

Potage de crabe et d'asperges

Rouleaux de printemps

Salade vietnamienne au poulet

Nouilles sautées aux crevettes de mangrove accompagnées de porc laqué

Salade de fruits exotiques

 

Pour accompagner ce délicieux, repas je dois à une de mes voisines asiatiques d'avoir plus que goûté un gamay genevois, l'Ecrivain-Poète , de l'année 2012, qui m'a permis de partir à cheval sur le vin au pays qui ressemble au Vietnam...

 

 

 

 

La fête du Têt avec l'association Huong Viet à Collonge-Bellerive

Dans la rituelle pochette-surprise qui était offerte aux convives en guise de cadeau de Nouvel-An, il y avait un proverbe poétique:

Les étoiles sont lointaines, et pourtant elles brillent.

 

Il ne me restait plus qu'à rentrer à Lausanne, mes 5 sens comblés: les yeux pleins de couleurs scintillantes, les narines satisfaites des fumets du repas et de l'arôme du vin, les papilles frétillantes sous les mets raffinés, les oreilles vibrantes de musiques asiatiques et les mains ravies d'en avoir serré bien d'autres.

Pour le retour je retrouvais la pluie qui m'accompagna sans cesse jusque chez moi. Quand je suis passé sur le pont du Mont-Blanc, à 23 heures 15, il était tout aussi désert qu'à l'aller.

Je me disais que toutes ces larmes de pluie étaient semblables à la vraie vie, où nos larmes précèdent et suivent nos instants de bonheur...

Francis Richard

 

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 19:00

Pétition VietnamDans 15 jours, le 10 décembre 2012, a lieu comme chaque année, à même date, la Journée mondiale des droits de l'homme. C'est la date anniversaire de l'adoption par l'Assemblée générale des Nations Unies de la Déclaration universelle des droits de l'homme en 1948.

 

Le Vietnam s'était engagé lors de l'examen périodique universelle de 2009 de respecter la liberté d'expression dans le pays. Les condamnations récentes de blogueurs montrent, entre autres, que ces belles promesses ne sont pas tenues (voir mon récent article Si j'étais blogueur vietnamien). 

 

Les organisations vietnamiennes qui luttent de manière non-violente pour la démocratie et la liberté au Vietnam lancent une pétition à l'occasion de cette journée. Je m'en fais bien volontiers ici le relais.

 

Sur le site Democracy for Vietnam on peut lire que cette pétition a déjà recueilli plus 100'000 signatures. Il en faut bien davantage. Voici donc le texte de cette pétition qui peut être téléchargée ici sur le site du Cosunam (Comité Suisse-Vietnam)

 

Droits de l'homme au Vietnam

 

Lettre ouverte à :

  • Madame Laura Dupuy Lasserre, Présidente du Conseil des Droits de l’Homme auprès des Nations-Unies
  • Madame Catherine Ashton, Haute Représentante de l'Union Européenne pour les Affaires Etrangères et la Politique de Sécurité
  • Madame Barbara Lochbihler, Présidente de la sous-commission des Droits de l’Homme, Parlement Européen
  • Monsieur Bob Carr, Ministre des Affaires Etrangères, Australie
  • Monsieur John Baird, Ministre des Affaires Etrangères, Canada
  • Monsieur Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères, France
  • Monsieur Guido Westerwelle, Ministre Fédéral des Affaires Etrangères, Allemagne
  • Monsieur Kōichirō Genba, Ministre des Affaires Etrangères, Japon
  • Monsieur Uri Rosenthal, Ministre des Affaires Etrangères, Pays-Bas
  • Monsieur Espen Barth Eide, Ministre des Affaires Etrangères, Norvège
  • Monsieur Didier Burkhalter, Chef du Département Fédéral des Affaires Etrangères, Suisse
  • Monsieur William Hague, Ministre des Affaires Etrangères, Royaume-Uni
  • Madame Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat, Etats-Unis

 

Face aux revendications croissantes du peuple vietnamien pour un changement politique, le gouvernement de la République Socialiste du Vietnam accentue sa politique d’oppression en radicalisant les censures sur l’internet, en multipliant les détentions arbitraires suivis d’innombrables simulacres de procès. Il espère que son entrée dans le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU pourrait lui permettre de relativiser et de mettre en sourdine la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et le Pacte International des Droits Civils et Politiques dont il est lui-même signataire.

 

À l'occasion de la Journée Internationale 2012 des Droits de l'Homme, nous appelons la communauté internationale à apporter son soutien aux Voix de la conscience du Vietnam: les blogueurs Dieu Cay (alias Nguyen Van Hai), Ta Phong Tan, Paulus Lê Son; les militants pour la démocratie: Nguyen Quoc Quân, Tran Huynh Duy Thuc; les artistes auteurs-compositeurs: Viet Khang, Tran Vu Anh Binh; le défenseur des droits de l’homme, l’avocat Cu Huy Ha Vu et le révérend père Nguyen Van Ly. Ce ne sont là que quelques noms parmi tant d’autres patriotes qui expriment leur opinion de manière tout à fait pacifique et qui ont choisi la voie de la non-violence pour demander plus de démocratie, plus de liberté religieuse et plus de justice sociale.

 

Beaucoup de prisonniers de conscience au Vietnam sont confrontés à des conditions de détention extrêmes: travaux forcés, violences physiques, interdiction de soins médicaux. D’après les organisations internationales de défense des droits de l'homme, deux cas particulièrement tragiques concernent des femmes prisonnières politiques: l'activiste des droits fonciers Tran Thi Thuy et la syndicaliste Do Thi Minh Hanh.

 

Par cet appel, nous demandons au Conseil des Droits de l'homme de L'ONU, à l'Union Européenne et aux gouvernements des pays libres:

 

1. d’envoyer des rapporteurs spéciaux et des représentants de leur ambassade pour obtenir des informations sur les arrestations arbitraires, sur les conditions de détention inhumaines et les absences de procédure juridique au Vietnam.

 

2. de demander au gouvernement vietnamien de respecter la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et d’abroger les lois arbitraires sur la sécurité nationale telles les articles 79 et 88 du Code pénal vietnamien qui sont utilisés pour justifier les arrestations et les détentions arbitraires.

 

3. d’exiger du gouvernement vietnamien la libération immédiate de tous les prisonniers politiques.

 

Au nom des militants pacifiques détenus au Vietnam, nous demandons à la communauté internationale de tenir les autorités vietnamiennes pour responsables de la privation arbitraire de liberté de ces honorables personnes et de leur déplorable condition de détention.

 

Le comité Suisse-Vietnam COSUNAM soutient cette pétition et sollicite votre signature.

Renvoyez la signée à info@cosunam.ch

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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 16:15

Trois-blogueurs-vietnamiens.jpgSi j'étais blogueur vietnamien, pourrais-je critiquer le Conseil fédéral quand il s'attaque à un droit de l'homme tel que le secret bancaire?

 

Si j'étais blogueur vietnamien, pourrais-je critiquer le Conseil fédéral quand il se soumet aux desiderata d'un pays étranger tel que les Etats-Unis?

 

Si j'étais blogueur vietnamien, pourrais-je m'insurger contre l'expropriation des terres envisagée par d'aucuns pour construire des logements sociaux?

 

Si j'étais blogueur vietnamien, pourrais-je défendre ma religion et, au premier chef, le pape parce que, sorti de son contexte, ce qu'il dit est tourné en dérision et qu'il est attaqué ad hominem?

 

Si j'étais blogueur vietnamien, pourrais-je assumer seul ce que j'écris, sans crainte de représailles contre mes proches?

 

Si j'étais blogueur vietnamien, pourrais-je fustiger les privilégiés de l'Etat-providence, qui devrait d'ailleurs s'appeler l'Etat-calamité?

 

Si j'étais blogueur vietnamien, pourrais-je ne pas adhérer à un parti politique pour conserver ma totale indépendance d'esprit et de parole?

 

Si j'étais blogueur vietnamien, pourrais-je être sûr que le moindre de mes faits et gestes ne porte pas en lui-même ma propre condamnation?

 

Je ne pourrais rien faire de tout cela. Parce qu'au Vietnam il y a un article merveilleux, l'article 88 du code pénal, qui prévoit de punir la liberté d'expression sous toutes ses formes.

 

L'article 88 réprime la propagande contre la République socialiste du Vietnam. Autrement dit ceux qui font de la propagande contre l'administration du peuple, la diffament ou déforment la vérité sur elle; ceux qui font de la guerre psychologique ou répandent de fausses nouvelles pour semer la confusion dans le peuple; ceux qui fabriquent, conservent, font circuler des documents ou des articles culturels dont le contenu est dirigé contre la République socialiste du Vietnam. Les contrevenants encourent des peines de 3 à 20 ans de prison.

 

L'interprétation de cet article est très large. C'est cela qui en fait une merveille juridique à la disposition du pouvoir totalitaire vietnamien.

 

Cinq blogueurs vietnamiens ont ainsi, récemment, été condamnés à des peines de prison en vertu de cet article ad hoc.

 

Le blogueur Dinh Dang Dinh a été condamné le 8 août 2012 à 6 ans de prison, le blogueur Le Thanh Tung, militant au sein du Bloc 8406 (mouvement pro-démocratique né sur Internet le 8 avril 2006) a été condamné le 11 août 2012 à 5 ans de prison.

 

Le 24 septembre 2012, le blogueur Nguyen Van Hai a été condamné à 12 ans de prison, la blogueuse Ta Phong Tan a été condamnée à 10 ans (sa mère s'est immolée par le feu) et le blogueur Phan Thanh Hai, seul à plaider coupable, n'a été condamné qu'à 4 ans de prison...[leur photo à tous trois illustre cet article et provient d'ici]

 

A cette aune-là je devrais être condamné en France à la peine maximum de 20 ans, ne serait-ce que pour avoir décrit par anticipation, sur lesobservateurs.ch, il y a cinq mois jour pour jour, l'avenir radieux, qui se concrétise de plus en plus, que promet le règne de François II, président français.

 

Qu'ont donc fait ces malheureux pour mériter tant de réclusion? Sur leurs blogs, ils ont critiqué le pouvoir communiste, ses atteintes aux droits de l'homme, particulièrement ses détentions illégales et ses parodies de justice, sa sounission à la Chine, ses expropriations de terres de paysans pour construire des complexes touristiques de luxe, ses persécutions contre les catholiques et les bouddhistes, son parti unique qui est le sésame pour les postes intéressants et à responsabilités.

 

Bref, ils se sont exprimés librement comme il est ou devrait être possible de le faire dans une démocratie véritable. Ils ont eu tort. La preuve par l'emprisonnement. Ils ont détruit la confiance du peuple en l'Etat: quelle horreur!

 

De plus ce régime communiste, l'un des derniers de son genre à sévir sur la planète avec Cuba, la Chine ou la Corée du Nord, s'en est pris à des proches de deux des trois blogueurs condamnés le 24 septembre: la femme de Nguyen Van Hai et la soeur de Ta Phong Tan. Le 16 septembre 2012 elles ont été arrêtées et maltraitées, ainsi qu'un prêtre, le père Anton Le Ngoc Thanh, pour avoir provoqué un accident de circulation en se déplaçant à pied (sic).

 

Dans les prisons du Vietnam croupissent au moins 5 journalistes et 19 net-citoyens. Ce qui vaut à ce beau pays de figurer au troisième rang après la Chine et l'Iran pour la détention de blogueurs et de cyberdissidents...

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 21:00

Pham Minh Hoang-copie-2Viet Tan, Parti pour la réforme du Vietnam ici, qui se bat pour la démocratie, a déposé le 9 juin 2011 une requête ici auprès du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire ici. Après examen de cette requête ce groupe de travail a rendu public, le 28 novembre 2011, un avis ici, n°46/2011, dans lequel il considère comme arbitraire la détention de sept membres et sympathisants de ce parti, condamnés à des peines de prison lors d'un procès qui s'est tenu le 30 mai 2011 à Hanoï.

 

Dans sa requête Viet Tan dénonce l'emploi abusif par le gouvernement du Vietnam de l'article 79 du Code pénal vietnamien pour réprimer des activités parfaitement légales selon le droit international telles que la libre expression et les manifestations pacifiques. Il démontre que les droits de la défense ont été violés, de même que le droit à un procès équitable.

 

Que dit l'article 79 du Code pénal vietnamien ? "Ceux qui mènent des activités, qui fondent ou qui rejoignent des organisations, visant à renverser le gouvernement du peuple, encourent les peines suivantes : les organisateurs, les instigateurs, les participants actifs ou ceux qui occasionnent de sévères conséquences, seront condamnés à une peine de 12 à 20 ans de prison, à la détention à perpétuité, voire à la peine capitale, et leurs complices à des peines de 5 à 15 ans de prison".

 

Dans son avis le Groupe de travail des Nations Unies souligne que les prévenus ont été arrêtés et condamnés pour leur lien avec le Parti pour la réforme du Vietnam, un parti d'opposition, que l'article 79, qui leur a été appliqué, est contraire aux libertés publiques, que leurs libertés d'association et de s'intéresser aux affaires publiques n'ont pas été respectées, que tout procès équitable leur a été refusé, et qu'en conséquence ils doivent non seulement être libérés immédiatement mais dédommagés.    

 

Dans un communiqué de presse du 14 décembre 2011, Viet Tan exhorte les Nations Unies envoyer un rapporteur spécial au Vietnam pour demander la libération de tous les individus détenus en vertu de l'article 79 et sous d'autres charges politiques".

 

L'avis des Nations Unies, en premier lieu, sera-t-il seulement suivi d'effet ? On demande à voir. Il faut toutefois garder espoir, les dirigeants communistes vietnamiens étant, semble-t-il, sensibles à l'opinion internationale. Je n'en veux pour preuve que la récente décision en appel dont vient de bénéficier le professeur franco-vietnamien Pham Minh Hoang [voir mes articles du 31 août 2010 ici et du 1er août 2011 ici].

 

En effet, condamné à 3 ans de prison ferme et 3 ans d'assignation à résidence le 10 août 2011, en vertu de l'article 79, pour avoir signé des pétitions, Pham Minh Hoang [dont la photo à son procès provient d'ici] a vu, le 29 novembre 2011, sa peine de prison réduite à 17 mois sous la pression internationale, ses 3 ans d'assignation à résidence étant cependant maintenus. Il devrait être libéré le 13 janvier 2012 selon son avocat.

 

Francis Richard

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 06:00

Sur ce blog j'ai raconté,Pham Minh Hoang-copie-1 le 31 août 2010, l'histoire édifiante de Pham Minh Hoang ici.

Voilà un professeur franco-vietnamien qui décide de retourner au Vietnam, après une trentaine d'années passées en France, où il a réussi sa carrière d'ingénieur informaticien.

 

Il aurait pu continuer à vivre tranquillement, sans histoires, se bornant à aider des personnes de la communauté vietnamienne en difficultés.

 

Pourquoi retourne-t-il au Vietnam ? Parce que, lors d'une visite à ses parents demeurés là-bas, il se rend compte des difficultés tant matérielles qu'intellectuelles dans lesquelles se débat son pays natal et qu'il veut contribuer à son redressement. Il va donc enseigner les mathématiques appliquées à l'Ecole Polytechnique de Ho Chi Minh Ville.

Seulement il ne se contente pas de former l'élite du pays. Il tient un blog sur lequel il prend position sur un certain nombre de questions relatives à la marche du pays. Ce qui serait banal dans un pays démocratique et libre, ne l'est pas évidemment  pas dans un pays anti-démocratique comme le Vietnam. D'autant qu'il ne va pas se contenter de faire des analyses pertinentes sur son blog.

Pham Minh Hoang va en effet commettre deux crimes. Il va signer deux ... pétitions. L'une demandant l’arrêt du projet d’exploitation de la bauxite sur les hauts plateaux, l’autre s’opposant à la cession à la Chine des archipels Paracels et Spratlys, respectivement Hoang Sa et Truong Sa pour les Vietnamiens. Pour ces crimes il sera arrêté le 13 août 2010.

En signant ces deux pétitions il a enfreint l’article 79 du Code pénal vietnamien. Or l'article 79 réprime ceux qui mènent des activités, qui fondent ou qui rejoignent des organisations, visant à renverser le gouvernement du peuple. Les contrevenants encourent des peines de 12 à 20 ans de prison, la détention à perpétuité, voire la peine capitale, et leurs complices des peines de 5 à 15 ans de prison.

Signer une ou des pétitions peut être considéré au Vietnam comme de l'activisme visant à renverser le gouvernement du peuple, alors qu'en Suisse, en vertu de l'article 33 de la Constitution fédérale, "toute personne a le droit, sans qu’elle en subisse de préjudice, d’adresser des pétitions aux autorités."

On mesure la différence qu'il y a entre un pays respectueux des droits de l'homme, qui fête aujourd'hui son Pacte de 1291, et un pays qui les foule au pied : d'un côté aucun préjudice encouru, de l'autre des peines de prison, voire la peine capitale.

Le site de Democracy for Vietnam  [d'où provient la photo] propose ici d'envoyer un courriel à Monsieur Alain Juppé, Ministre français des Affaires étrangères et à Madame Catherine Ashton, Ministre européen des Affaires étrangères, pour qu'ils obtiennent la libération de ce ressortissant français et européen et son rapatriement en France avec sa famille.

Francis Richard

 

 

Note du 20 août 2011:

 

Pham Minh Hoang, citoyen français, a finalement été condamné le 10 août 2011 à trois ans de prison de prison ferme, suivies de trois ans de résidence surveillée ici : au Vietnam l'expression est libre uniquement si l'on ne critique pas le régime populaire [sic]de parti unique !

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 19:45

Tran Khai Thanh Thuy et sa filleLe traitement que le régime communiste vietnamien a réservé à l'écrivain Tran Khai Thanh Thuy montre bien que ce régime a encore beaucoup de chemin à parcourir en matière de respect de la personne humaine.

  

Tran Khai Thanh Thuy a d'abord connu la prison pendant 9 mois en 2007, pour "trouble à l'ordre public". Puis le 8 octobre 2009 elle a été arrêtée pour les "coups et blessures" qu'elle a reçus, ce qui est, il faut bien l'admettre, un motif de poursuite judiciaire tout à fait inédit.

  

Ce jour-là cette femme redoutable, d'un mètre cinquante-deux, 50 ans aujourd'hui,  a en effet eu la mauvaise idée de vouloir assister au procès de six militants pro-démocratie. Arrêtée une première fois, elle est libérée et rentre chez elle. Elle et son mari, Do Ba Tan, y sont alors agressés par un inconnu, un certain Diep.

  

La police arrive peu après le départ de l'agresseur, sur plainte de ce dernier, qui accuse le couple de "coups et blessures". Pour preuve une photo, montrant leur "victime blessée", datée du ... 28 février 2005, prise donc plus de quatre ans avant les fameux "coups et blessures". 

Le 5 février 2010, au terme d'un simulacre de procès, tout aussi bidon que le chef d'accusation, Tran Khai Thanh Thuy et son mari Do Ba Tan sont condamnés respectivement à 42 mois d'emprisonnement et à 24 mois d'assignation à résidence.

Ces dissidents courageux font alors appel de ce jugement et la sentence tombe le 16 avril 2010 à l'issue d'un procès qui n'aura pas duré quatre heures : leurs condamnations sont bien sûr confirmées, ce qui ne surprendra personne, dans un pays où l'arbitraire règne.

 

Après l'inauguration du Chemin des Libertés, le 30 avril 2010 ici, l'assistance se rend à la mairie du Grand-Saconnex pour un verre de l'amitié. Au cours de cette réunion une toute jeune fille, étudiante à Montpellier, prend la parole.

 

Cette jeune fille, Do Thuy Tien, s'adresse au maire, Jean-Marc Comte, pour lui demander d'intercéder auprès du Ministre suisse des Affaires étrangères en faveur de sa mère, Tran Khai Thanh Thuy, condamnée à trois et demi de prison pour délit d'opinion, maquillé en violence grâce à un montage digne des heures soviétiques les plus sombres.

 

A la suite de cette réunion Jean-Marc Comte, dépose un dossier complet à la Mission du Vietnam auprès des Nations-Unies. En Suisse, avant cette condamnation, comme le rappelle un communiqué du Cosunam ici, daté du 26 juin 2011, "à l'initiative du Cosunam et du Viet Tan, de nombreuses personnalités politiques sont intervenues en sa faveur auprès des représentants de Hanoi".

Le communiqué du Cosunam rappelle aussi qu'"en octobre 2010, le secrétaire général du parti Radical genevois Rolin Wavre s'est rendu au Vietnam pour rendre visite à sa famille et à son mari et obtenir un droit de visite".

Ces interventions, de même que la pression internationale, ont porté leurs fruits, puisque, le 23 juin 2011, Tran Khai Thanh Thuy a été libérée de prison et expulsée aussitôt vers les Etats-Unis "pour des raisons humanitaires". Elle est arrivée le même jour à San Francisco avec sa fille de 14 ans [la photo provient d'ici].

S'ils ne respectent pas la dignité humaine, les régimes totalitaires ont un souci de respectabilité fort intéressée... C'est pourquoi ils n'aiment pas les campagnes d'opinion internationales qui montrent que leur progrès en matière de droits de l'homme n'est qu'une façade. Ces campagnes pourraient remettre en cause des relations internationales indispensables à leur survie.

En expulsant Tran Khai Thanh Thuy les dirigeants vietnamiens savaient ce qu'ils faisaient. Il y a quelques années, en 2007, après sa première libération, cette femme courageuse s'était refusée à quitter le pays :

"Les complaintes d’un oiseau en cage, avait-elle dit alors, ont plus de chance d’être entendues que celles d’un oiseau qui s’envole parmi tant d’autres."

Francis Richard

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 09:35

Têt 2011Le Cosunam, Comité Suisse-Vietnam ici, fête chaque année le Têt à Genève. Cette année nouvelle est particulière au moins à deux titres pour votre serviteur.

 

Tout d'abord cette année dans le calendrier vietnamien est celle du chat, et non pas celle du lapin comme dans le calendrier chinois, et il se trouve que je suis né une année du chat... Les internautes l'auront peut-être remarqué, c'est justement un chat, en l'occurrence une chatte, que j'ai choisi comme animal totem pour illustrer ce blog. 

 

Ensuite le secrétaire général du Cosunam, mon ami Nguyen Tang Luy, m'a fait le grand honneur de me demander d'écrire un mot pour figurer dans le programme de cette manifestation afin d'évoquer ce que fut le vingtième anniversaire de l'association l'an passé.

 

C'est ce texte, que j'ai mis sous embargo jusqu'à aujourd'hui, que je me propose de partager avec les internautes maintenant :

 

Sur le chemin des libertés

Le Cosunam a mis en exergue cette phrase magnifique sur son site Internet : « Quand les hommes sont libres de choisir, ils choisissent la liberté ».

Le Cosunam, fondé il y a 20 ans, ne se contente pas de mots, il met en pratique. Il est l’union de libres citoyens suisses bien décidés à défendre cet idéal de liberté dans les deux pays où se trouvent leurs racines, la Suisse et le Vietnam. Le Vietnam est toutefois le pays où les libertés sont les plus réduites et où les contraintes multiples exercées sur la population ne sont rien moins que naturelles. Elles empêchent le pays de se développer comme il devrait, économiquement, socialement, culturellement.   

Depuis deux décennies donc le Cosunam s’emploie inlassablement à défendre les libertés au Vietnam, à y instaurer une démocratie où elles pourraient réellement s’exercer. Chaque année le Cosunam mène des actions pacifiques pour ce faire, en alertant l’opinion publique sur les atteintes à la liberté qui sont pratiquées par le régime de parti unique au pouvoir. Les libertés d’expression, de culte, de réunion, d’association y sont bafouées en tout ou partie et les récalcitrants, les dissidents, arrêtés, punis sévèrement, sous forme d’emprisonnement, d’assignation à résidence ou de mises à l’épreuve, à l’issue de procès arrangés à l’avance. 

L’année 2010 a été marquée de trois pierres blanches sur le chemin des libertés vietnamiennes.

La fête du Têt, le Nouvel An vietnamien, organisée par le Cosunam, a été l’occasion, renouvelée chaque année, de montrer, en toute liberté, ce qu’il y a de meilleur dans la culture vietnamienne, par les chants, les danses, les arts martiaux, les spécialités culinaires et la bonne humeur dans les vicissitudes; De plus, lors de cette soirée, le Cosunam, créé le 5 juillet 1990, a célébré ses 20 ans par le partage d’un gigantesque gâteau d’anniversaire entre les 500 convives.  

Dans le parc du château du Grand-Saconnex  la « Promenade des libertés » a été inaugurée le 30 avril 2010 par Jean-Marc Comte, Conseiller administratif de la ville, et par François Longchamp, Président du Conseil d’Etat de la République de Genève, en commémoration de la chape de plomb communiste qui s’est abattue le 30 avril 1975 sur tout le pays.

En octobre 2010, le Secrétaire général du Parti radical genevois, Rolin Wavre, ancien délégué du CICR,  s’est rendu au Vietnam pour prendre contact avec des opposants au régime appartenant au parti de la réforme Viet Tan et avec les familles de trois personnes qui y sont détenues pour raisons politiques, pour qu’ils sachent que, dans le monde, des milliers de personnes pensent à eux et les soutiennent. Tous ces contacts lui ont confirmé les violations des libertés opérées par le régime, qu’il faut absolument relayer à l’extérieur.

L’année 2011 verra d’autres actions menées par le Cosunam pour la défense de la liberté au Vietnam.  L’exemple que d’autres peuples en quête de liberté et de démocratie montrent ces derniers mois, tant au Maghreb qu’au Moyen-Orient, est de bon augure. Il confirme qu’en surmontant leur crainte des dictatures les peuples parviennent à les abattre.

Francis Richard

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 20:45

Liberté pour les membres de Viet TanViet Tan ici, le Parti pour la Réforme du Vietnam, est considéré comme l'ennemi à abattre par le régime dictatorial communiste au pouvoir. Ce régime à parti unique a du mal à admettre qu'un autre parti, dont l'influence grandit dans tous les milieux du pays, puisse s'exprimer librement, le critique et défende les libertés individuelles.

 

Il faut dire que ce régime ne se gêne pas pour les bafouer les libertés individuelles, contrairement à ses engagements internationaux. Pour se maintenir au pouvoir, il lui faut absolument condamner les militants de Viet Tan pour l'exemple, les mettre hors d'état de nuire en les incarcérant pendant de longues années, d'abord préventivement, puis après des simulacres de procès.

 

Comme je le rappelais en début de cette année ici deux articles du Code Pénal vietnamien sont invoqués pour ce faire :

 

"L'article 88 réprime la propagande contre la République socialiste du Vietnam. Autrement dit ceux qui font de la propagande contre l'administration du peuple, la diffame ou déforme la vérité sur elle; ceux qui font de la guerre psychologique ou répandent de fausses nouvelles pour semer la confusion dans le peuple; ceux qui fabriquent, conservent, font circuler des documents ou des articles culturels dont le contenu est dirigé contre la République socialiste du Vietnam. Les contrevenants encourent des peines de 3 à 20 ans de prison.

L'article 79 du Code pénal vietnamien réprime ceux qui mènent des activités, qui fondent ou qui rejoignent des organisations, visant à renverser le gouvernement du peuple. Les contrevenants encourent des peines de 12 à 20 ans de prisonla détention à perpétuité, voire la peine capitale, et leurs complices des peines de 5 à 15 ans de prison."

 

Le problème pour le régime est que les militants de Viet Tan, aussi bien dans la diaspora que sur place, ne veulent pas instaurer la démocratie à la faveur d'un coup d'Etat ou par la force. Ils veulent le faire de manière pacifique et non-violente, à l'instar de ce qui s'est passé dans d'autres pays communistes de l'est européen. Du coup les accusations proférées contre eux tombent et les jugements des tribunaux aux ordres du pouvoir perdent toute légitimité. 

 

Qui sont donc en effet les dangereux militants de Viet Tan que le régime vient de mettre en prison, en juillet et en août derniers, pour avoir "enfreint" l'article 79 du Code pénal vietnamien ? Un professeur, M. Pham Minh Hoang, 55 ans[voir mon article du 31 août Un professeur arrêté au Vietnam pour avoir signé des pétitions... ], un religieux, le Pasteur Duong Kim Khai, 52 ans, une commerçante, Mme Tran Thi Thuy, 39 ans, un agriculteur, M. Nguyen Thanh Tam, 57 ans.

 

Qu'ont fait ces grands criminels pour être poursuivis en vertu l'article 79 du Code pénal vietnamien?

 

Le professeur Pham Minh Hoang a signé des pétitions..."l’une demandant l’arrêt du projet d’exploitation de la bauxite sur les hauts plateaux, l’autre s’opposant à la cession à la Chine des archipels Paracels et Spratlys, respectivement Hoang Sa et Truong Sa pour les Vietnamiens." [voir mon article cité plus haut].

 

Le pasteur Duong Kim Khai a aidé des agriculteurs expropriés dans les provinces Ben Tre et Dong Trap à déposer plaintes contre l'Etat spoliateur. La commerçante Tran Thi Thuy et l'agriculteur Nguyen Thanh Tam ont eu le tort de faire campagne contre l'injustice faite à ces mêmes agriculteurs expropriés.

  

Que disent les articles 19 et 20 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 ici ?

  

Article 19

Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

Article 20

1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.
2. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association.

En 1977 le régime communiste du Vietnam a adhéré à l'ONU et s'est donc engagé à respecter ses textes fondamentaux, dont sa Déclaration universelle des droits de l'homme. Il est évident qu'en ne permettant pas aux libertés d'opinion, d'expression, de réunion et d'association - qui font l'objet des articles 19 et 20 de la déclaration - de s'exercer, il ne la respecte pas.

Compte tenu des persécutions dont sont l'objet les fidèles et les religieux de toutes confessions, le régime ne respecte d'ailleurs pas davantage l'article suivant de cette même déclaration :

Article 18 

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. 

Les Vietnamiens sont donc fondés à exiger de leurs autorités qu'ils puissent s'exprimer sur leurs blogs, pratiquer leur religion, avoir des activités politiques, comme par exemple se réunir ou adhérer à un parti tel que Viet Tan, qui, en dépit des provocations, se comporte pacifiquement et sans violence.   


Une pétition a été lancée pour demander la libération des 4 militants de Viet Tan ici. Toute pétition internationale telle que celle-là est d'une grande utilité, parce que, curieusement, les dirigeants vietnamiens tiennent à leur réputation de personnes respectueuses des droits de l'homme, même si elle est largement usurpée.

 

Francis Richard

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 09:10

Pham Minh HoangLe 13 août 2010 un professeur de mathématiques de l’Ecole Supérieure Polytechnique de Saigon est arrêté. Il s’appelle Pham Minh Hoang. Il a 55 ans. Il est marié à Le Thi Kieu Oanh, 46 ans. Ils ont une petite fille, Tram Anh, qui vient tout juste d’avoir 6 ans [la photo du professeur avec sa fille provient d’ici].

 

Pham Minh Hoang est parti faire ses études en France en 1973, avec le ferme espoir de revenir un jour au pays pour y enseigner. Resté en France, après ses études, il y enseigne et se dévoue à la communauté vietnamienne qui y réside au travers d’activités sociales et culturelles.

 

A la fin des années 90 il rend visite à ses parents et se rend compte des difficultés aussi bien matérielles qu’intellectuelles auxquelles sont confrontés les étudiants vietnamiens. Il décide d’abandonner le confort auquel il est parvenu en France pour rentrer définitivement au Vietnam où il enseigne depuis plus de 10 ans maintenant.

 

Pham Minh Hoang est revenu au Vietnam parce qu’il aime foncièrement son pays. Il est préoccupé – on l’a vu – par les questions d’éducation de la jeunesse,  mais aussi par les problèmes de corruption et de pollution de l’environnement, qui y sévissent, et qui le rongent.

 

Pourquoi a-t-il été arrêté le 13 août 2010 ? Parce qu’il aurait enfreint l’article 79 du Code pénal vietnamien. Or  l'article 79 réprime ceux qui mènent des activités, qui fondent ou qui rejoignent des organisations, visant à renverser le gouvernement du peuple. Les contrevenants encourent des peines de 12 à 20 ans de prisonla détention à perpétuité, voire la peine capitale, et leurs complices des peines de 5 à 15 ans de prison.

 

S’il a enfreint l’article 79, Pham Minh Hoang est donc un grand criminel. Qu’a-t-il donc commis de grave pour encourir de telles peines de prison, voire la peine de mort ? Il a, horresco referens, signé … des pétitions, l’une demandant l’arrêt du projet d’exploitation de la bauxite sur les hauts plateaux, l’autre s’opposant à la cession à la Chine des archipels Paracels et Spratlys, respectivement Hoang Sa et Truong Sa pour les Vietnamiens.

 

Pourquoi le professeur Pham est-il opposé à l’exploitation de la bauxite sur les hauts plateaux ? On sait que par électrolyse la bauxite peut être transformée en aluminium. Mais il y a au moins un écueil et une conséquence néfaste. Cette opération nécessite beaucoup d’énergie électrique et le Vietnam souffre déjà de pénurie. Cette opération produit un déchet, la boue rouge, qui détruit toute végétation, donc toutes cultures.

 

Quels seraient les clients de l’aluminium vietnamien ? Les Chinois…

 

Pourquoi le professeur Pham est-il opposé à la cession à la Chine des archipels vietnamiens ? Parce que ces archipels sont vietnamiens depuis des siècles. En vertu de quoi les Chinois les revendiquent-ils ? Pour obtenir leur soutien, en 1958, le premier ministre du Nord Vietnam communiste de l’époque, Pham Van Dong, dans un courrier diplomatique daté du 14 septembre, a approuvé la récente déclaration de son homologue chinois Zou En Lai, dans laquelle ce dernier affirmait que la Mer de Chine était un lac intérieur chinois.

 

A l’époque les archipels Paracels et Spratlys, selon les accords de Genève, sont du ressort du Sud Vietnam, puisqu’ils se trouvent au-dessous du 17ème parallèle. Pham Van Dong dispose donc alors de territoires qui n’appartiennent pas à son pays. Ce courrier diplomatique n’engage donc pas le Vietnam d’aujourd’hui. En tout cas les Vietnamiens se souviennent que, le 19 janvier 1974, 53 marins et soldats vietnamiens ont perdu la vie lors de l’attaque par la Chine de l’archipel des Paracels qu’ils défendaient.

 

Qui seraient les bénéficiaires des ressources en pétrole et gaz que renfermeraient ces deux archipels ? Les Chinois…

 

Comme on le voit le crime qu’a commis le professeur Pham est très grave. En signant deux pétitions il a souligné la trahison des autorités vietnamiennes communistes, qui préfèrent se maintenir au pouvoir à l’aide de leurs alliés chinois que de défendre les intérêts de leur pays.

 

Francis Richard

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 20:55

Tran Khai Thanh ThuyLe 3 février dernier j'écrivais sur ce blog un article intitulé Des peines de plusieurs années de prison pour les dissidents vietnamiens . Ces derniers étant condamnés par la justice vietnamienne sous des motifs bidons, tels que propagande contre la sacro-sainte République socialiste du Vietnam ou volonté incroyable de concurrencer le sacro-saint parti unique par la création d'autres organisations, destinées, cela va de soi, à renverser le régime.

  

En réalité dans nos pays nous dirions que ces écrivains, ces blogueurs, ces avocats, ces journalistes, bref ces criminels extrêmement dangereux, se battent pacifiquement pour les libertés de pensée et d'expression et pour la démocratie.

 

Dans cet article du 3 février dernier j'évoquais in fine le cas de la romancière Tran Khai Thanh Thuy et de son mari Do Ba Tan. Les accusations portées contre les deux époux ressemblaient à s'y méprendre aux accusations montées de toutes pièces qui caractérisaient le régime soviétique russe de sinistre mémoire.

 

Voici ce que j'écrivais ce jour-là à leur propos :

 

 "Le 5 février 2007, ce sera au tour de l'écrivain Tran Khai Thanh Thuy, 48 ans, d'être jugée, sous une accusation encore plus inédite, par un tribunal de Hanoi. Cette écrivain a déjà connu la prison pendant 9 mois, en 2007, pour "trouble à l'ordre public". Cette fois elle a été arrêtée le 8 octobre 2009 pour les "coups et blessures" qu'elle a reçus (sic).
 
Madame Tran Khai Thanh Thuy ce même 8 octobre 2009 avait voulu assister au procès de six militants pro-démocratie. Arrêtée une première fois, elle est libérée et rentre chez elle. Elle et son mari, Do Ba Tan [photo ci-dessus qui provient d'
ici], y sont agressés par un inconnu, un certain Diep. La police arrive peu après le départ de l'agresseur, sur plainte de ce dernier, qui accuse le couple de coups et blessures. Pour preuve une photo montrant leur victime blessée, photo qui date du ... 28 février 2005. La ficelle est grosse, mais, que voulez-vous, le régime doit bien s'en contenter, faute de mieux.

Membre de l'English Pen
ici, lauréate du prix Hellman/Hammett 2007 ici, Tran Khai Thanh Thuy encourt une peine de 3 ans de prison. Il est vraisemblable que les juges "indépendants" du tribunal de Hanoi ne se montreront pas cléments à l'égard de cette récidiviste... qui nargue le pouvoir du haut de son mètre cinquante-deux."

 

Dans ces procès écrits d'avance, qui ne sont que des simulacres de justice, il n'y a pas beaucoup de surprises à attendre. Le 5 février 2010 Tran Khai Thanh Thuy et son mari Do Ba Tan étaient donc condamnés respectivement à 42 mois d'emprisonnement et à 24 mois d'assignation à résidence.

Ces dissidents courageux ont fait appel de ce jugement et la sentence est tombée le 16 avril dernier à l'issue d'un procès qui n'aura pas duré quatre heures : leurs condamnations ont été confirmées, ce qui ne surprendra personne, dans un pays où l'arbitraire règne.

 

Une dépêche de l'AFP, datée du 16 avril 2010 ici, précise les conditions dans lesquelles les "débats" ont eu lieu :

 

"Dès l'ouverture du procès, qui, délibérations comprises, a duré un peu moins de quatre heures, Mme Thuy s'est dite "innocente".

"Je suis une victime, je ne suis pas une accusée", a-t-elle déclaré, avant de se voir intimer l'ordre de se taire et d'être emmenée quelques minutes hors de la salle d'audience.

"Moi et mon mari avons été battus et blessés mais, finalement, nous sommes accusés d'avoir blessé d'autres personnes", a ajouté un peu plus tard l'écrivain, avant d'être une nouvelle fois temporairement sortie de la salle."

 

Il faut dire qu'il est inconvenant de se prétendre innocent quand on a reçu des coups...

 

Tous les régimes totalitaires ont peur des témoins directs. Il n'est donc pas surprenant que la presse étrangère et les diplomates occidentaux n'aient pas été admis dans l'enceinte de la Cour de Hanoï ce 16 avril 2010, comme le rapporte la même dépêche de l'AFP :

 

"La presse étrangère a été autorisée à suivre les débats, pas dans la salle d'audience mais dans une salle à part, sur un écran de télévision en circuit fermé. A l'énoncé du verdict, quand Mme Thuy a crié "Je proteste", cette télévision a été coupée.

Les diplomates occidentaux se sont totalement vu refuser l'accès à la cour."

 

Il paraît que la vaillante République socialiste du Vietnam a fait des progrès en matière de droits de l'homme...

 

Francis Richard

 

Nous en sommes au 

 

639e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

 

Max Göldi

 

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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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