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31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 17:45
Fordlandia, de Jean-Marie Warêgne

John habillé de son costume en coton beige et Inès revêtue de sa robe claire aux motifs floraux délicatement brodés avaient fait des adieux rapides aux nouveaux arrivants. Ceux-ci, à peine débarqués du cargo de la compagnie Ford, étaient plutôt étonnés de les voir quitter la ville alors qu'eux, arrivant de Belém do Para, venaient tout juste de mettre pied sur l'embarcadère endommagé du port.

 

Ainsi commence le roman, basé sur une histoire vraie, de Jean-Marie Warêgneéconomiste de formation et ancien diplomate belge.

 

La date de ce départ de John et Inès se situe en 1931. Quatre ans plus tôt, en 1928, à Détroit, ville qui s'est enrichie avec l'automobile, et quelques pages plus loin, le lecteur retrouve John, mais cette fois avec une autre femme, Mary, au Michigan, le palais à la gloire du cinématographe et de la ville.

 

Après la séance, où John et Mary ont vu un film avec l'ineffable Buster Keaton, ils se dirigent vers la Tin Lizzie de John, le nom familier donné à la fameuse Ford T, pour rentrer chez eux. John ne dira à Mary que plus tard pourquoi, ingénieur agronome, il a été engagé par le constructeur automobile.

 

John l'a été sur base de ses résultats universitaires brillants et sur le fait qu'il était fils d'agriculteurs - cela ne pouvait que plaire au grand patron - et sa première tâche a été, pendant un mois, de s'absorber dans la lecture des trois rapports édités par le Département du Commerce des États-Unis:

 

Les autorités américaines, lassées manifestement par le coût exorbitant du caoutchouc anglais provenant de Malaisie, s'étaient résolues, fin 1922 et au début de l'année 1923 à approcher le gouvernement brésilien afin de mettre sur pied une mission commune de recherche et d'exploration des terres les plus propices à l'implantation de l'hévéa, sachant que l'arbre se trouvait à l'état naturel notamment [...] dans la forêt amazonienne en territoire brésilien...

 

L'auteur, qui s'est beaucoup documenté pour son roman, où tous les personnages sont fictifs sauf ceux qui sont indispensables au cadre historique réel, précise, pour l'information du lecteur, que les trois quarts de la production mondiale de caoutchouc trouvaient leur débouché en Amérique du Nord... 

 

Dans ce projet, qui est en fait phénoménal, la tâche de John consiste à déterminer, et donc à suggérer, les endroits les plus propices pour faire des plantations d'arbres à caoutchouc dans la forêt amazonienne et à effectuer une synthèse des connaissances en la matière, accompagnée de tableaux chiffrés. 

 

John n'est pas seul à travailler sur ce projet, car Henry Ford a décidé de bâtir une nouvelle ville, Fordlandia, au lieu choisi pour les plantations. Ainsi y travaillent Stanley, architecte, Robert, ancien officier mécanicien, William, ingénieur électricien, David, médecin, ancien dirigeant d'un hôpital au Panama. 

 

Une des suggestions de John, une parcelle au bord du Rio Tapajos, à Boa Vista, est retenue et le projet a un commencement d'exécution avec l'envoi de Einar sur place pour établir un ponton, dégager toute la forêt en coupant tous les arbres sur tout l'espace requis pour l'édification des constructions.

 

Il n'est pas inutile de préciser que Henry Ford est un patron soucieux du bien-être de ses employés et de leur santé, mais, en contrepartie, qu'il déteste le principe même du syndicat ouvrier, ce qui aura son importance pour expliquer le comportement de ses cadres quand le moment sera venu dans le récit.

 

John arrivera à Bélem en mai 1929 et repartira donc du Brésil en 1931. Mary l'y aura rejoint fin 1930, temporairement. Entre-temps beaucoup d'eau du Tapajos aura coulé et tout ne se sera pas passé comme prévu dans les bureaux de Détroit et sur place. Le lecteur comprendra pourquoi l'épigraphe:

 

Un homme est grand non parce qu'il n'a pas échoué; un homme est grand parce que l'échec ne l'a pas arrêté.

Confucius

 

Francis Richard

 

Fordlandia, Jean-Marie Warêgne, 272 pages, L'Harmattan

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commentaires

F
Bonjour Francis! L'écrivain Jean-Claude Derey s'était également intéressé à ce sujet; il en est résulté un roman qui porte le même titre que celui de M. Warêgne. J'en parlais ici: https://fattorius.blogspot.com/2017/09/fordlandia-quand-jean-claude-derey.html <br /> Bonne semaine à toi!
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F
Bonsoir Daniel ! Je ne connais pas cet écrivain. Merci pour l'info ! Bonne semaine à toi !

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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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