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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 06:00

De-rouille-et-d-os.jpgAli, Matthias Schoenaerts, a un fils de cinq ans, Sam, Armand Verdure. C'est bien tout ce qu'il "possède" et encore il vient seulement de devoir commencer à s'en occuper, en l'absence de la mère, sans trop bien savoir comment s'y prendre. 

 

Ali n'a personne d'autre que Sam dans sa vie, excepté une soeur qui habite sur la Côte d'Azur. Il ne sait pas faire grand chose, sinon faire le coup de poing. Il est plutôt du genre brut de décoffrage.

 

Stéphanie, Marion Cotillard, est belle. Elle a un mec. Elle travaille comme dresseuse d'orques au Marineland. Elle aime susciter le désir des hommes. Elle n'a aucune peine à y parvenir. Elle a tout ce qu'il faut pour cela.

 

Ali descend du Nord pour rejoindre sa soeur Anna, Corinne Masiero, qui est caissière dans un grand magasin. Anna ne roule pas sur l'or, mais elle a un toit, qu'elle partage avec son compagnon. Ali et Sam vont y trouver refuge.

 

C'est Anna qui trouve du boulot à Ali. Comme il sait se battre, il est embauché comme videur dans une discothèque, L'Annexe. C'est là, à la sortie de cette boîte, qu'il fait la rencontre de Stéphanie à qui il porte secours: elle a dû allumer les types qui s'en prenaient à elle.

 

En effet Ali n'est pas autrement surpris qu'elle ait eu des ennuis, avec sa jupe courte qui dévoile ses belles gambettes. Elle a une voiture. Ali la raccompagne en prenant le volant du véhicule. Comme il a son franc-parler il lui dit tout de go qu'elle est habillée comme une pute et que ce qui lui est arrivé n'est donc pas étonnant...

 

Arrivé au bas de chez elle, il lui demande s'il peut monter. Dans la bagarre il s'est blessé à la main et aimerait mettre de la glace dessus. Le mec de Stéphanie n'apprécie pas qu'il soit monté, mais il s'écrase mollement devant la musculature d'Ali, qui, au cas où, laisse son numéro de mobile à Stéphanie, dont le mec ne lui donnera plus d'ordres.

 

Les semaines passent. Entre-temps Ali a quitté L'Annexe. Il est devenu agent de sécurité dans les magasins d'une zone commerciale. Un jour Stéphanie est victime d'un accident au Marineland. Quand elle se réveille à l'hôpital, elle n'a plus ses deux belles gambettes. Elles ont été amputées juste au-dessus du genou. 

 

L'univers de Stéphanie s'écroule. Elle veut mettre fin à ses jours. Elle en est empêchée. Elle se souvient d'Ali et l'appelle. D'un bon naturel celui-ci vient à son secours, comme la première fois. La brute s'occupe de la belle comme si de rien n'était, avec une certaine délicatesse.

 

Il l'emmène à la plage et elle se baigne avec lui, ses réticences vaincues. Il lui fait l'amour pour lui rendre service, pour qu'elle sache si "tout" fonctionne normalement. Il suffit qu'elle lui demande s'il est "opé", opérationnel, pour qu'il lui rende ce service bien naturel chez lui, complètement dissocié qu'il est de tout sentiment.

 

Comme il se sait se battre, de fil en aiguille, il est embringué dans une affaire de paris clandestins sur des combats organisés par un autre agent de sécurité - qui espionne les employés pour les patrons -, en cheville avec un gitan. Stéphanie assiste dans la voiture à ces combats furieux. Parallèlement elle s'accoutume assez vite à marcher sur des jambes artificielles. 

 

Ali vit sans se poser de questions, comme une bête. Les sentiments ne l'étouffent pas. Cela semble être sa force. C'est ainsi qu'il fait l'amour sans amour, avec Stéphanie ou avec d'autres, qu'il joue avec son fils, comme avec un petit camarade de jeu, qu'il est parfois d'une muflerie inconsciente avec Stéphanie et d'une brutalité inconsciente avec son fils.

 

Mais cela n'a qu'un temps. Tout costaud qu'il est, il est vulnérable, parce que, sous cette épaisse carapace, il y a un homme, qui ne peut pas ignorer indéfiniment les sentiments que les autres ont pour lui et qu'il a, sans s'en rendre compte, pour ces mêmes autres. Il lui faudra toutefois quelques avanies avant de s'en rendre compte. Il sera alors au bord de l'abîme. L'épilogue laisse croire qu'il y a un dieu pour les brutes innocentes...

 

Avec ce film noir, qui fait pourtant rire par moments tellement il y a de décalage entre ce qu'un "homme civilisé" ferait et le comportement d'Ali, Jacques Audiard signe une oeuvre au final très humaine, sans janais tomber dans la complaisance ni le pathos. 

 

Au sortir de la salle le spectateur est éprouvé certes mais ragaillardi: un handicap, aussi terrible soit-il, peut être surmonté; l'amour peut exister chez des êtres qui ne semblaient pas y être prédisposés. Les acteurs l'ont aidé à parvenir à ce résultat en incarnant leurs personnages.

 

Bref, on dérouille, mais il n'y a pas d'os...

 

Francis Richard  

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 07:45

L'enfant d'en hautLe 28 mars 2012 Ursula Meier est l'invitée de Simon Matthey-Doret dans Le Journal du Matin sur La 1ère. Cette jeune cinéaste franco-suisse - 40 ans - a été récompensée au 62e Festival de Berlin, où l'Ours d'Argent lui a été décerné pour L'enfant d'en haut.

  

Ce que dit Ursula Meier lors de cette émission radio est une jolie incitation à aller voir son film, du moins à mes yeux, plus habitués à lire qu'à regarder passivement des images défiler sur grand écran.

  

S'agit-il d'un film d'auteur suisse, ennuyeux au possible, intello, engagé, largement subventionné, dont le public tient dans une cabine téléphonique, bref qui ne donne pas envie? Apparemment non.

  

Son film précédent, Home, que je n'ai pas vu, a eu du succès et "fait" 100'000 entrées en Suisse, ce qui est énorme pour un film suisse... en Suisse. Ursula, à l'inverse de certains de ses confrères ou consoeurs, ne crache pas dédaigneusement sur la fréquentation:

  

"Je fais vraiment des films pour toucher le plus grand nombre. Je ne fais pas des films que pour moi, pour mon ego, en me regardant le ventre. Vraiment pas du tout. Je suis toujours émue quand une salle est remplie [...]. Je fais vraiment des films pour le public [...]. Le jour où je commencerai à faire peu d'entrées en salle, vraiment je me remets en question."

  

Ces propos sont de bon augure. De même que ses attachements triangulaires: née en France, de père suisse, elle vit en Belgique où elle a fait ses études. C'est un bon coquetel (othographe certifiée Jacques Perret...). J'en sais quelque chose...

  

Dans cette disposition d'esprit, hier soir, je suis allé voir L'enfant d'en haut, c'est-à-dire longtemps après la sortie en salle, qui a eu lieu le 4 avril dernier. Et j'ai été déçu en bien.

  

Simon, Kacey Mottet Klein, est un enfant de 12 ans, une jolie petite tête blonde. Il vit avec sa soeur tout aussi blonde que lui, Louise, Léa Sedoux, dans une tour au milieu de nulle part, dans les faubourgs d'une ville du Valais, située au bas d'une station de ski luxueuse.

 

En haut, dans la station luxueuse, Simon vole du matériel et de la nourriture aux riches touristes, qui ont les moyens de les remplacer aussitôt. Du moins est-ce ce qu'il se dit pour se donner bonne conscience. Il revend à bon prix les objets volés, paires de ski, gants, lunettes solaires à d'autres enfants et il consomme avec sa soeur sandouiches et canettes.

 

Simon rapporte de l'argent à la maison. Louise le dépense surtout, avec des copains aux voitures poussives. Que fait cette dernière dans la vie? L'histoire ne le dit pas. Les petits camarades de Simon pensent sans preuve qu'elle fait la pute... parce qu'elle est bien gaulée. Il est vraisemblable qu'elle vit de petits boulots éphémères.

 

Le film bascule quand le spectateur apprend la vérité par la bouche de l'enfant. Contre le gré de Louise, Simon est monté avec elle dans la voiture du dernier copain en date. Et il crache le morceau, que ne laissaient nullement présager les rapports entre lui et Louise. Simon est en fait le fils de Louise. Ce qui, au figuré, fait fuir à toutes jambes le copain en question puisqu'il laisse Louise et Simon au bord de la route...

 

Louise ne voulait pas de Simon. Tout son entourage la pousse alors à se débarrasser de ce fardeau encombrant, sans doute le fruit d'amours précoces, qui rendra plausible la fable de la grande soeur et du petit frère. Mais elle tient. Rien que pour les emmerder tous...Avec pour conséquence les conditions précaires dans lesquelles ils se trouvent tous deux.

 

Après cette révélation les choses ne sont plus comme avant. Les déceptions succèdent aux déceptions jusqu'au dénouement final...

 

Inutile de dire que ce film émeut. Il nous parle parce qu'il nous raconte une histoire de notre époque, au coeur de laquelle un enfant se débat comme il peut avec toute son intelligence et sa débrouille, qu'il met au service de ses vols de survie.

 

L'enfant d'en haut donne de la Suisse une image différente de celle communément admise, le pays des banques, du chocolat et des exilés fiscaux. Comme si la Suisse était un pays où il ne se passait rien et où les existences étaient toujours lisses, sans histoires et sans peines de coeur.

 

Ursula Meier a réalisé là un film émouvant, qui, au-delà, de la peinture sociale, met en lunière les relations d'une mère et d'un fils dans des circonstances bien particulières. Par là-même ce film singulier touche paradoxalement à l'universelle condition humaine. 

 

Kacey Mottet Klein et Léa Seydoux sont criants de vérité humaine. Les pincements de guitare de la musique de John Pardish ponctuent les pincements de coeur que le spectateur ne peut manquer d'éprouver. Les dialogues épurés, souvent chuchotés, invitent à devenir les intimes de Simon et Louise et de leurs déchirements.

 

Ce film mérite de faire beaucoup d'entrées, ce qui évitera à l'auteur de se remettre en question pour ce motif-là, et d'être largement diffusé de par le monde.

 

Francis Richard

 

Ursula Meier lors de l'émission du 28 mars 2012 sur la RTS :

 

 

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 12:25

Minuit à ParisQuel amoureux de la Ville-Lumière ne serait pas conquis par le dernier film de Woody Allen ?

 

En effet celui-ci dans Minuit à Paris promène sa caméra dans les lieux mythiques de la capitale française et nous invite à la revisiter en remontant le temps jusqu'aux Années folles et même jusqu'à la Belle Epoque.

Le personnage principal, Gil Pender, Owen Wilson, est un jeune écrivain en visite à Paris avec sa fiancée, Inez, Rachel McAdams, et ses futurs beaux-parents, venus pour affaires. Ce véritable artiste figure un vilain petit canard au milieu de ces Américains argentés, pragmatiques et sans la moindre once de romantisme.

Tandis qu'Inez ne songe qu'à s'amuser, à courir les boutiques de luxe et à danser, Gil bat la semelle dans les rues et avenues de la cité capitale, qui n'est jamais si envoûtante que lorsqu'il se met à pleuvoir et que le ciel d'ensoleillé devient tourmenté.

 

Aux douze coups de minuit la magie parisienne opère, mais elle ne le fait qu'auprès de ceux qui y sont prédisposés. Une vieille peugeot s'arrête dans une courbe d'une rue pavée qui monte une colline de Paname. A l'invitation des occupants Gil monte à bord pour un voyage au pays des artistes, des poètes et des écrivains d'un autre temps.

La première fois il est transporté dans le Paris des Années folles et rencontre Francis Scott Fitzgerald et sa femme Zelda, Ernest Hemingway, Cole Porter et Pablo Picasso, qui trompe effrontément sa femme avec la belle Adriana, Marion Cotillard, qui a tout de suite un penchant pour Gil, quand elle entend les premières lignes de son roman lues par Gertrude Stein [la photo ci-dessus d'Adriana et de Gil provient d'ici].

Les nuits se suivent. Tandis que Gil remonte le temps, Inez reste bien ancrée dans le présent. Le couple, petit à petit, se disloque. Inez et Gil n'étaient visiblement pas faits l'un pour l'autre. Leurs différences, au lieu de les rendre complémentaires, les éloignent gentiment l'un de l'autre.

Après les Années folles d'un Paris interlope, où ils ont approché Salvador Dali, Juan Belmonte ou encore Joséphine Baker, Adriana et Gil se retrouvent après un autre minuit à la Belle époque et côtoient Gauguin, Degas et Toulouse-Lautrec. Mais ils ne vont pas continuer la route ensemble.

 

Adriana pense avoir trouvé l'âge d'or, alors que Gil sait fort bien qu'il n'existe pas, même s'il a une forte propension à se complaire dans une vie rêvée, ce qui est le lot des vrais romanciers. Il retourne donc tout seul dans le temps présent.

 

Gabrielle, Léa Seydoux, rencontrée au marché aux puces, où il lui a acheté un microsillon de Cole Porter, le rencontre sur un pont au-dessous duquel coule la Seine, et très naturellement s'éloigne avec lui sous la pluie qui baptise leur idylle naissante.

Hier soir, je suis sorti de la salle de cinéma, aux alentours de minuit. Même si j'étais loin du Paris de mon enfance et de ma prime adolescence, j'avais les yeux remplis de ces lieux jadis arpentés et le coeur réchauffé à la pensée de tous ceux qui ont oeuvré dans la littérature, dans l'art ou la poésie à son insigne rayonnement.

 

Francis Richard 

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 20:50

The ghost writerIl n'était pas politiquement correct de traduire en français le titre du dernier film de Roman Polanski. C'est sans doute pourquoi les diffuseurs, en France comme en Suisse, ont préféré conserver le titre original. Il faut dire qu'en anglais la fonction est plus valorisante qu'en français. A tout prendre il est préférable d'être l'ombre de quelqu'un que son nègre. Une éminence spectrale est mieux connotée qu'un sombre travailleur.

Le film de Roman Polanski est tiré d'un livre de Robert Harris, adapté conjointement par l'auteur et par le réalisateur. Originellement le titre du livre était The ghost, ce que Plon a sagement traduit en français par L'homme de l'ombre, ce qui donne une tout autre tonalité, puisque les hommes de l'ombre sont souvent , dans le langage courant, des espions, dont le parangon est un certain James ... James Bond. Les anglo-saxons, là encore, sont plus valorisants puisqu'à leur propos ils parlent d'intelligence...

Ce thriller comporte tous les ingrédients du genre. On ne s'ennuie pas une minute. Les événements se succèdent à un rythme endiablé. Le suspense est maintenu jusqu'au dénouement. L'atmosphère est tendue non seulement parce que les personnages s'y affrontent tour à tour violemment ou à fleurets mouchetés, mais parce que le plus clair de l'action se passe sur une île américaine, dans une demeure isolée, située au bord d'une plage sauvage et sévèrement gardée, battue par la pluie et le vent, où le monde extérieur s'invite tout de même via téléphones mobiles, Internet, clés USB et GPS.

Ewan McGregor, le Nègre, est embauché pour prendre la suite de Mike McAra, assistant d'Adam Lang quand il occupait le 10 Downing Street et qui a rédigé un premier jet des mémoires du Premier ministre britannique, que campe Pierce Brosnan. McAra a été retrouvé noyé sur une plage de l'île et sa voiture vide retrouvée sur le ferry qui la relie au continent. Amelia Bly, proche collaboratrice d'Adam Lang, interprétée par Kim Cattrall, accueille le nouveau nègre et lui fait connaître les strictes règles du jeu.

Ruth, la femme d'Adam Lang, interprétée par Olivia Williams, a suivi son ex-Premier ministre de mari, sur cette île-refuge. Ils y attendent que l'orage médiatique déchaîné contre ce dernier se calme. En effet Adam Lang est accusé d'avoir eu, quand il était au pouvoir, des complaisances coupables avec les services d'intelligence de ses grands amis américains qui lui ont fourni ce havre de paix... qui ne le restera pas longtemps. Toute ressemblance avec un certain Tony Blair ne serait que fortuite...

L'intrigue s'articule autour de ces deux éléments que sont la mort mystérieuse du premier nègre et les liens qu'entretiendrait Adam Lang avec la CIA. Le Nègre a été choisi par l'éditeur parce qu'il veut faire parler le coeur  de ceux pour le compte de qui il écrit. Pour ce faire il va aller au fond des choses, remuer le passé et mettre à jour certains secrets qui n'étaient certainement pas suffisamment enfouis, qui se sont déjà révélés mortels et qui continueront de l'être.

Pierce Brosnan est un Premier ministre britannique époustouflant de vérité; il en a la prestance et le toupet. Ewan McGregor incarne magistralement un écrivain très britannique, plein d'humour, mais un peu trop curieux. Olivia Williams donne une étrange profondeur à son rôle d'épouse et d'égérie à multiples facettes. Kim Cattrall personnifie avec justesse et autorité la collaboratrice dévouée corps et âme à son patron. 

Servi par une magnifique distribution, que ne déparent pas de solides seconds rôles, sans être un chef-d'oeuvre, même s'il a obtenu l'Ours d'argent au dernier festival de Berlin, ce film est dans la lignée de Frantic, ce qui le classe parmi les meilleures réalisations du cinéaste Polanski.

Francis Richard

Voici la bande annonce, in English, of course :
 


Nous en sommes au

597e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi




  

          

 

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 20:50

Il y a une quinzaine d'années, lors de vacances que je passais à Saint Palais-sur-Mer, j'avais pris l'habitude d'aller courir dans la forêt de la Coubre, toute proche, qui, peuplée de pins maritimes, de chênes verts et d'arbousiers, et d'une faune de cerfs, de chevreuils et de sangliers, suit la Côte Sauvage, dont elle retient le sable dans son filet végétal.

Un jour, tandis que je me livrais à cette activité, mon pied a incidemment heurté un portefeuille, partiellement recouvert d'aiguilles de pins. Une fois de retour à Paris, grâce au minitel, j'ai pu localiser la propriétaire et lui adresser un colis postal contenant son objet perdu, aussi bien enterré que son espoir de le revoir. Pour remerciement, je recevais par la poste, quelque temps plus tard, une boîte de chocolats... dont je suis friand et qui ont subi un sort rapide, sans être funeste.

Immanquablement Les herbes folles d'Alain Resnais m'ont fait penser à cet incident, depuis longtemps enfoui dans ma mémoire. Car, dans le film de Resnais, l'histoire commence un peu de la même manière.

Une femme, Marguerite Muir (Sabine Azema) [photo ci-contre en provenance d'Allociné ici], à la chevelure rousse et vaporeuse, et la cinquantaine gaillarde, entre dans une boutique de chaussures, dont la vendeuse a le don de lui prendre son pied en lui procurant un vague plaisir.

Au sortir de la boutique un jeune homme, monté sur roulettes, lui arrache son sac et ne demande pas son reste. Dans ce sac se trouve un portefeuille. Au pied d'une voiture, partiellement engagé sous une roue, dans un parking de centre commercial, ce portefeuille sera retrouvé, un peu plus tard, vidé de ses espèces, mais non pas de ses cartes, par un homme un tantinet plus âgé que la dame, un certain Georges Palet (André Dussolier).

C'est avec cet incident que l'histoire commence, alors que la mienne s'était terminée une fois la boîte de chocolats vidée de son contenu. En effet Georges , [photo ci-contre en provenance d'Allociné ici] va tout de suite être obsédé par la dame, pour laquelle il va se prendre de passion, avant même de la connaître, au point de devenir bizarre pour son entourage, qui ne comprend goutte à sa métamorphose.

Au lieu de retourner le portefeuille de cette dame par la poste et de recevoir en retour une boîte de chocolats, il va déposer l'objet perdu au commissariat du coin, ce qui nous vaut une scène d'anthologie avec Bernard (Mathieu Amalric) [photo ci-dessous en provenance d'Allociné ici] qui campe un improbable agent de police, capable de consternation, puis de compassion.

Pour remercier Georges, Marguerite lui téléphone et se fait maltraiter par ce dernier de manière complètement incompréhensible. Pour se faire pardonner, ce mufle ne trouve rien de mieux que de la harceler de plus en plus, puis quand il se rend compte qu'il lui est impossible de parvenir à ses fins, de couper les ponts, non sans avoir communiqué à Marguerite son obsession maladive, contagieuse comme une grippe épidémique.

A la fin la dentiste - Marguerite n'enlève pas ses pétales mais des dents, tout comme son associée, et confidente, Josepha (Emmanuelle Devos) - et le désoeuvré - la femme de Georges, Suzanne (Anne Consigny), lui laisse chaque matin une liste de tâches à accomplir, avant de partir travailler - vont s'envoyer au septième ciel de manière inattendue, mais, somme toute, prévisible, ce qui n'a aucune importance.

Ce film aurait dû s'intituler L'incident comme le livre de Christian Gailly dont il s'inspire, mais Resnais lui a préféré Les herbes folles :

"Cela me semblait correspondre à ces personnages qui suivent des pulsions totalement déraisonnables, comme ces graines qui profitent d'une pente dans l'asphalte en ville ou dans un mur de pierre à la campagne pour pousser là où on ne les attend pas".

Il ne faudrait pas savoir que Resnais a 87 printemps. Mais nous l'oublions très vite parce que ce réalisateur fait avec sa caméra des prises juvéniles et tourbillonnantes, parce que la voix off d'Edouard Baer berce, avec des mots scintillants, le rêve éveillé, au royaume de l'inconscient, dans lequel nous sommes transportés, parce que les dialogues font mouche avec une grande simplicité et une grande économie de mots, parce que nous passons du calme à la tempête, et retour, ce qui nous laisse tout de même un peu étourdis.

Quoi de neuf ? Resnais.

Francis Richard

Extraits du film et d'une conférence de presse donnée par Resnais :

    
Nous en sommes au

502e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 23:15

Le Centre d'Animation Cinématographique Voltaire (ici), qui est une des associations culturelles de la Maison des Arts du Grütli à Genève, s'est distingué hier soir à 19 heures. Devant un parterre de 150 à 200 personnes, Katyn, le film magistral d'Andrzej Wajda  y a été projeté - merci aux organisateurs ! - à l'occasion de la sortie du livre "Katyn et la Suisse",  publié aux Editions Georg (ici). 

Ce livre est en fait le recueil des actes d'un colloque qui s'est tenu du 18 au 21 avril 2007 à l'Université de Genève et qui était organisé par les facultés de lettres, de médecine et de droit (ici). A partir du cas de François Naville, les participants au colloque se sont penchés sur les problèmes qui se posent aux humanitaires  et aux experts médicaux quand ils se trouvent confrontés à des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.  

François Naville, "directeur de l'Institut de médecine légale du canton [de Genève] entre 1934 et 1960" [voir l'article de Sylvie Arsever dans Le Temps du 16 novembre 2009 ici], avait été appelé par les Allemands, en 1943, à enquêter sur le massacre de Katyn, découvert par les Allemands, et avait conclu, éléments probants à l'appui, recueillis sur place, que ce massacre s'était produit au printemps 1940 et que les Soviétiques russes en étaient responsables.  

En 1946, François Naville avait été "mis en cause devant le Grand Conseil genevois par le communiste Jean Vincent", lequel, à la tête de la plus forte représentation de cette assemblée, demandait rien de moins que son exclusion de l'Université de Genève. Grâce au soutien du directeur libéral de l'Instruction publique genevoise de l'époque, Albert Picot, qui avait salué sa probité et sa "mission positive" effectuée à Katyn, François Naville avait fini par être laissé tranquille par la gauche genevoise. Entre-temps le Procès de Nüremberg s'était terminé sans que le massacre de Katyn ne soit attribué aux Nazis, au grand dépit des Soviétiques...qui l'avaient ajouté pourtant à l'acte d'accusation.

En 1967, j'étais lycéen, à Henri IV, à Paris. Je venais de lire le livre qu'Henri de Montfort avait consacré au Massacre de Katyn: crime russe ou crime allemand ? et où il faisait le point de toutes les connaissances de l'époque sur le sujet. Il concluait qu'il s'agissait bien d'un crime russe. On ne savait pas, alors, que le bureau politique du Parti communiste russe avait donné l'ordre écrit, le 5 mars 1940, d'assassiner 25 700 responsables polonais, parmi lesquels les 4 400 officiers, retrouvés dans les fosses de Katyn, ce que l'ouverture des archives soviétiques devait nous apprendre plus de 30 ans plus tard. Un de mes condisciples ne supportait pas que j'impute ce crime à ses chers camarades russes... et me traitait de tous les noms d'oiseaux que les communistes savent proférer dans de telles circonstances.

Comme je le disais dans ma recension du livre de Stéphane Courtois, intitulé "Communisme et totalitarisme" il est un tabou qu'il est encore difficile d'enfreindre aujourd'hui. Interdiction est en effet toujours faite de comparer nazisme et communisme. C'est sans doute pourquoi la diffusion du film de Wajda est demeurée confidentielle en France, inexistante en Suisse, si elle a été un grand succès en Pologne. En effet le film n'est sorti en France que dans une quinzaine de salles en avril dernier, pendant un court laps de temps, qui ne m'a pas permis d'aller le voir. Hormis hier soir, il n'est pas du tout sorti en Suisse...

Or, en voyant le film de Wajda, dont le père a péri à Katyn, il est frappant de voir que les Polonais ne portent dans leur coeur pas davantage les communistes que les nazis, qui ont d'ailleurs commencé, ensemble, par se partager les dépouilles de leur pays en 1940. Les Allemands ont fait prisonniers les soldats, les Russes les officiers. A un moment donné, deux de ces officiers parlent de la présence des armées des deux régimes totalitaires sur le sol de la Pologne. L'un d'eux, Jerzy, qui ne veut pas perdre espoir, dit qu'"ils auront besoin de nous". L'autre, Andrzej, lui répond par une question : "Lesquels ?".

A un autre moment les Allemands accusent les Russes d'avoir commis le massacre. Ils soulignent que la méthode employée pour les exterminer - les prisonniers entravés reçoivent une balle dans la nuque - est caractérique du NKVD. Après que les troupes russes, quelques mois plus tard, ont repris la région de Smolensk, où se trouve la forêt de Katyn, une commission d'enquête russe cette fois est constituée de personnalités, uniquement russes, qui concluent, comme il se doit, que le massacre a été commis... par les Allemands et que la méthode employée est caractéristique de la Gestapo... Deux régimes criminels qui s'accusent mutuellement : ce n'est pas moi c'est lui. Sauf que, cette fois, l'un, le communiste, mentait, de manière éhontée, et l'autre, le nazi, pas... pour une fois.

Aujourd'hui la vérité historique n'est plus à établir. En se basant sur le roman Post Mortem d'Andrzej Mularczyk, Andrzej Wajda a cherché à nous restituer une autre vérité, tout aussi importante, la vérité humaine, qui ne peut se comprendre que par des destinées singulières, plus proches de nous. Trois familles ont ainsi vécu le drame de Katyn dans leur chair, en versant des larmes et du sang, et n'ont jamais accepté le mensonge du crime allemand, que les autorités "populaires" polonaises voulaient leur imposer, au besoin par la violence, contre toute vraisemblance. 

Le capitaine Andrzej, qui a un haut sens du devoir et de sa dignité d'officier, va finir ses jours dans une des fosses de Katyn et son père, professeur à l'université de Cracovie, dans un camp nazi. Sa femme, Anna, ne croira qu'il est mort à Katyn que lorsque la preuve lui en sera apportée plusieurs années plus tard sous la forme d'un agenda, où le supplicié a tout noté, jusqu'à son dernier jour, avant les pages blanches.

Agniezska, la soeur d'un pilote, lieutenant mort à Katyn un chapelet à la main, fait réaliser une pierre tombale où est inscrit 1940, comme année de son décès, ce qui lui vaut d'être emprisonnée par le régime communiste polonais pour avoir voulu contester la vérité officielle, édictée par le grand frère russe. Sa soeur, qui dirige une école, ne croit pas que la Pologne puisse un jour redevenir libre. Elle s'accommode de la situation, au contraire d'Agniezska, qui refuse de faire des concessions.

Le général est mort avant tous ses hommes, dans une sordide pièce, où son sang répandu sur le sol a été évacué, partiellement, à grandes giclées de seau d'eau. Puis il a été jeté, comme les autres, dans une des fosses de la forêt de Katyn. Sa femme, Roza, est d'une grande dignité. Elle aussi regimbe contre "la vérité" de la  "démocratie populaire" polonaise, à la remorque de la russe, qui attribue son forfait à l'Allemagne, vaincue et flétrie, alors que ses crimes sont blanchis par son statut de vainqueur.

A la fin du film, quand le générique est apparu sur l'écran, j'ai ressenti que je venais de vivre un moment exceptionnel, sans doute dû aux images que seul un grand artiste est capable de nous offrir. Un débat devait suivre la projection, un coquetel devait se tenir encore après. Cependant je ne suis pas resté, parce que je devais retourner à Lausanne bien sûr, mais aussi parce que j'avais le besoin impérieux de conserver en moi, pendant quelque temps du moins, l'émotion qui m'avait gagné, de méditer sur le sort de ces milliers de victimes polonaises, oubliées parmi des millions d'autres victimes, que les totalitarismes du XXe siècle auront sacrifié sur l'autel de leurs idéologies funestes.

Francis Richard

Extraits du film publiés sur Daily Motion :



Nous en sommes au

486e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 08:20

Regardez cette magnifique voiture. C'est le modèle Gran Torino 1972 de Ford. Il donne son nom au dernier film de Clint Eastwood.

Walt Kowalski vient de perdre sa femme et le film commence par l'enterrement de cette dernière. Lui, le vétéran de Corée, l'ancien ouvrier de chez Ford, se retrouve donc seul dans la vie, avec sa vieille chienne Daisy et ... sa voiture, le fameux modèle Gran Torino, qu'il bichonne comme son bien le plus précieux.

Walt Kowalski est de la vieille école, la bannière étoilée flottant à l'entrée de sa maison. Il ne supporte pas bien la génération de ses petits-enfants qu'il trouve négligée et irrespectueuse, ses propres fils qu'il trouve embourgeoisés (l'un d'entre eux commercialise même des voitures japonaises !), ses voisins de quartier, qui s'est transformé en ghetto peuplé d'asiatiques, de latinos et d'afro-américains. Il a son franc-parler, qui va de pair avec sa conception de l'homme, qui doit toujours être prêt à en découdre pour se défendre, et défendre ceux auxquels s'en prennent des bandes de voyous, au besoin à l'aide de son fusil ou de son pistolet, qui restent à portée de sa main. Il faut savoir se faire respecter.

Le jeune prêtre - le père Janovitch - qui a assisté sa femme dans les derniers jours et lui a promis d'amèner Walt à confesse l'indispose. Pour lui c'est un jeune puceau, qui ne connaît rien à la vie ni à la mort. Alors que lui a fait la guerre de Corée, a tué des hommes, a fondé une famille, a eu des enfants. Bref il le met dehors sans ménagements. Tout au long du film le jeune curé va pourtant avec persévérance tenter de tenir une promesse que, selon Walt, il n'aurait pas dû faire.  

 

Ses voisins d'à côté ne lui plaisent pas non plus. Ce sont des Hmong, qui sont réfugiés aux Etats-Unis et qui ont fui le paradis communiste vietnamien. Il ne se prive pas de les injurier et de leur interdire l'accès à la pelouse qui se trouve devant chez lui :  propriété privée, on ne passe pas ! Cependant toute la vie de ce misanthrope atrabilaire et malotru va basculer le jour où son jeune voisin Thao va tenter de voler son cher modèle Gran Torino.  Il s'agissait en fait pour Thao d'accomplir un vol initiatique, préalable à son intronisation au sein du gang de ses cousins.

Ce gang, un autre jour, piètine les plates-bandes de Walt en voulant enlever Thao. Walt chasse les gangsters en les menaçant de son fusil. Toute la famille de Thao, à commencer par sa soeur Sue, le considère dès lors comme un héros, qu'elle n'a de cesse de remercier pour sa bravoure.

Thao a des remords de s'être laissé entraîner à voler le Gran Torino. Par leur obstination Sue et sa mère vont finir par convaincre Walt de le prendre avec lui pour accomplir pour lui tous travaux qu'il jugera nécessaires. Au début Walt a une piètre opinion de Thao qui n'est à ses yeux qu'un bon à rien et un couard. Au fil des jours, la bonne volonté du garçon le décide à le prendre sous son aile, à lui apprendre comment il faut se comporter pour être un homme et même à lui trouver du travail.

Le gang des cousins s'en prend à Thao sur le chemin du retour du chantier où Walt a réussi à le faire embaucher et l'un d'eux écrase même une cigarette sur sa joue gauche. Quand Walt l'apprend, son sang ne fait qu'un tour. Il se rend aussitôt chez lesdits cousins et bât le coupable comme plâtre en lui intimant de ne plus jamais s'en prendre à Thao, ou alors il aura  affaire à lui. Cette expédition punitive aura de terribles conséquences. La violence engendre toujours la violence. Walt trouvera une solution à sa manière pour que le gang soit mis hors d'état de nuire. Et le modèle Gran Torino fera partie de l'épilogue.

Ce film est magistralement réalisé par Clint Eastwood. Son interprétation de Walt est époustouflante : on lit sur son visage, sans qu'il ait besoin de s'exprimer en paroles, les différentes humeurs du personnage. Elle laisse pourtant une grande place à Sue (Ahney Her) et  à Thao (Bee Vang) qui sont criants de vérité. Le père Janovitch (Christopher Carley) n'est pas éclipsé pour autant : il apparaît d'une fraîcheur juvénile qui finalement n'est pas pathétique.

Cette histoire montre que la vie est plus complexe que nous ne l'imaginons, qu'il y a en nous des zones d'ombres et des zones de lumières, que nous ne comprenons pas les autres la plupart du temps parce que nous ne les connaissons pas, ou ne voulons pas les connaître. Elle me confirme que sous une grosse écorce il y a bien souvent un coeur plus tendre. Mais le fin fond de cette histoire, me semble-t-il, est que la mort est bien douce-amère comme le prêche au début du film le père Janovitch lors de l'enterrement de la femme de Walt : amère pour ceux qui restent et pour ceux qui s'en vont, douce par la rédemption à laquelle elle permet d'atteindre. Ceux qui ont vu le film, ou le verront, me comprendront.

Francis


Voici l'Official Content du film :

 

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 19:40

Le titre de ce film, pour qui ne l'a pas vu, peut paraître bien étrange. En réalité il s'explique très bien. Il reprend tout simplement les noms des trois héroïnes de ce film singulier dû au talent multiforme de Woody Allen : Vicky l'intello, son amie Cristina, et Barcelona, la capitale catalane, qui sert de décor à la parenthèse de leur vie qui va s'y dérouler, et dont l'atmosphère chaude et sensuelle semble imprégner tous ceux qui s'y meuvent.

Le regard de Woody Allen sur les êtres et les choses est particulièrement aiguisé, ce qui ne l'empêche pas de les peindre avec doigté et de suggérer plutôt que d'imposer. Un film ne se raconte pas vraiment - il faut le voir. Une histoire oui. Or l'histoire que Woody Allen nous fait vivre est une histoire de notre époque, qui, en tant que telle, en est un véritable témoignage, avec son absence de repères et son abandon aux plaisirs, qui ne rendent pas plus heureux les gens que cela. 

Vicky (Rebecca Hall), la brune ci-dessus, et Cristina (Scarlett Johannson), la blonde ci-dessus, ont été invitées par un couple d'américains qui sont de lointains parents de la première, et qui vivent à Barcelona, cette ville exotique, pour des américaines. Vicky est venue pour étudier très sagement les moeurs catalanes avant de se marier, Cristina pour oublier une toute fraîche déception sentimentale et courir la prétentaine. 

Les deux femmes sont dissemblables. Parce qu'elle est brune on s'attendrait à ce que Vicky ait un tempérament de feu : elle est simplement raisonnable comme son prénom anglo-saxon ; et à l'inverse, parce qu'elle est blonde, on s'attendrait à ce que Cristina soit rangée : elle est simplement nature, sans inhibitions, et elle a du tempérament comme le laisse entendre son prénom latin.

Leur rencontre avec Juan Antonio (Javier Bardem), un bel espagnol, ténébreux et mal rasé, artiste peintre de son état, va bouleverser cette belle ordonnance. C'est Cristina qui l'a remarqué la première dans une galerie d'art, mais c'est Vicky la première qui va succomber à ses charmes. Cela se fera à la faveur d'une indisposition qui cloue au lit Cristina lors d'une escapade du trio à Oviedo.

Lors de la rencontre, dans un restaurant, Juan Antonio, de prime abord, leur a tout de go proposé d'y voir les beautés de la ville, d'y boire du bon vin et d'y faire l'amour. Pour la plus grande joie de Cristina et le plus grand effroi de Vicky, qui s'y est tout de même laissée entraîner, parce que c'est pendant un week-end et que son amie l'en a supplié.

Vicky se reprend très vite, mais, dans le même temps, elle ne peut pas oublier cette passade, qui a dû éveiller ses sens d'une tout autre manière que son boy-scout de fiancé. Cristina recouvre la santé et toute son ardeur pour les plaisirs du lit avec Juan Antonio. C'est l'irruption de l'ex-femme de Juan Antonio, la volcanique Maria Elena (Penelope Cruz), qui va chambouler les choses. Après un premier orage, le calme revient, temporairement. Un fragile équilibre se crée entre Maria Elena, Cristina et Juan Antonio, qui finissent par pratiquer l'amour à trois.

Bientôt, intuitivement, Cristina sent que cette situation de ménage à trois consenti ne peut pas durer et, d'elle-même, elle prend le large. Les rapports violents entre Maria Elena et Juan Antonio, qui avaient conduit à leur rupture, reprennent de plus belle après sont départ. Les circonstances font que Vicky a l'opportunité de se retrouver seule avec Juan Antonio. Alors qu'elle est sur le point de succomber une seconde fois, Maria Elena surgit comme une furie, revolver au poing, et dans la bagarre qui s'ensuit blesse Vicky à la main. Le charme est définitivement rompu.

L'épilogue de cette histoire, racontée comme un conte moral, avec voix off, est que le cours initial des choses reprend. Les deux américaines repartent aux Etats-Unis, Vicky au bras de son mari, Doug, ennuyeux en comparaison de Juan Antonio, mais tellement plus rassurant, Cristina, seule à nouveau mais sachant ce qu'elle ne veut surtout pas. La parenthèse catalane est refermée. La démonstration est faite, volontairement ou pas, que le moralement correct de notre époque, décrit fort bien par Jean Sévillia (1) n'est de loin pas satisfaisant.

Francis Richard

(1) Moralement correct, 2008, Tempus (édition augmentée en format de poche). N'hésitez pas à visiter le site de l'auteur (ici )

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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