La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch est l'oeuvre la plus connue de l'écrivain autrichien. Dans ce
roman, un homme, Séverin, est amoureux d'une statue marmoréenne de Vénus, qui se trouve dans un jardin public.
Dans ce jardin, il rencontre un jour une femme hors du commun, Wanda, qui ne s'est donné qu'une règle, celle de n'obéir qu'aux lois du plaisir.
Séverin se lie et conclut avec Wanda un contrat par lequel il se soumet entièrement à elle: il sera son valet, son esclave, son
jouet. Le masochisme ne vient-il pas de Masoch...
En contre-partie, Wanda se vêtira d'une seule fourrure et sera alors pour lui d'une animalité divinement érotique.
David Ives, qui a fait une adaptation pour le théâtre de ce roman, a écrit le scénario du film de Roman Polanski.
Le film se passe à huis clos. De l'extérieur n'est montré que le théâtre délabré dans lequel il se déroule et qui se situe sur
un boulevard arboré de Paris, qui n'est pas sans rappeler le boulevard des Batignolles où se trouve le théâtre Hébertot.
Thomas (Mathieu Amalric) est dans la salle de ce théâtre. Il téléphone à sa compagne Marie-Cécile. Il est abattu. Il vient d'auditionner de jeunes comédiennes pour incarner le rôle de Wanda dans son adaptation au théâtre de La Vénus à la fourrure et n'a pas trouvé chaussure à son pied.
Vanda (Emmanuelle Seigner) arrive en retard pour l'audition. Pour Thomas il n'est d'abord pas question de l'auditionner. C'est trop tard. Mais Vanda, au prénom prédestiné pour le rôle, arrive à l'entortiller tant et si bien qu'il consent à lui donner la réplique pour les trois premières pages de la partition. Dont Vanda s'est procuré un exemplaire original on ne sait trop comment.
Thomas a mis le doigt dans un engrenage. L'audition ne se limite pas aux trois premières pages. Car, finalement, Vanda connaît encore mieux le texte de la pièce que son auteur et le joue de manière époustouflante.
A chaque interruption, Vanda ne se prive pas de faire des réflexions sur le personnage qu'elle incarne et sur celui de Séverin et s'insurge contre le caractère sexiste de l'oeuvre, que confirme l'épigraphe de la partition, tirée du Livre de Judith:
Et le Tout-Puissant le frappa.
Et le livra aux mains d'une femme.
Thomas se défend faiblement: cette épigraphe se trouve dans le roman de Sacher-Masoch. Puis, il explose et lui dit qu'elle n'y comprend rien. Ce qui le surprend d'autant plus qu'elle joue merveilleusement bien la Vénus à la fourrure...
Peu à peu, Vanda improvise et, comme dans le roman et la pièce, exerce sa domination physique sur Thomas, qui perd complètement
le contrôle de la situation... La fiction théâtrale devient réalité.
Les scènes ont vite été sensuelles.
Je pense notamment à cet instant où Vanda fait mine de ranger le contrat qui la lie à Thomas en le glissant dans son soutien-gorge et en dévoilant l'aréole d'un sein...
Et elles sont même devenues très sensuelles.
Je pense au moment où Séverin enfile de longues bottes, qui n'en finissent pas de se refermer par fermeture-éclair, sur les longues jambes de Wanda et au moment où Wanda parvient à mettre des chaussures à talons aiguilles aux pieds trop grands de Séverin...
Je pense à tous ces moments où les lèvres de Wanda et de Séverin sont près de s'effleurer et s'écartent tout soudain comme si
elles se trouvaient au bord d'un acmé et s'y refusaient pour maintenir le désir...
Emmanuelle Seigner passe d'un registre à l'autre avec maestria. Elle est tantôt Wanda, tantôt Vanda, deux personnalités très différentes habitant un même corps.
Mathieu Amalric est de même tantôt Séverin, tantôt Thomas. Physiquement on dirait un double de Roman Polanski, en plus jeune. Ce qui est d'autant plus troublant qu'Emmanuelle Seigner est Madame Polanski à la ville...
Le film de Roman Polanski ravira les amateurs de théâtre et de cinéma par ses dialogues et son déroulement. Il ravira tous ceux
qui s'interrogent sur les rapports troubles de soumission-domination entre hommes et femmes...
Francis Richard
Ce film, sorti la semaine dernière en Suisse alémanique, sort la semaine prochaine en Suisse romande.
En voici la bande-annonce:

Un immense acteur peut-il prendre sa retraite? Rien n'est moins sûr.
Reynald Secher a publié deux livres dont j'ai rendu compte sur ce blog: La
désinformation autour des guerres de Vendée et du génocide vendéen
Ali, Matthias Schoenaerts, a un fils de cinq ans, Sam, Armand Verdure. C'est bien tout ce qu'il "
Le 28 mars 2012 Ursula Meier est l'invitée de Simon Matthey-Doret dans Le Journal du Matin sur La
1ère. Cette jeune cinéaste franco-suisse - 40 ans - a été récompensée au 62e Festival de Berlin, où l'Ours
d'Argent lui a été décerné pour L'enfant d'en haut.
Quel amoureux de la Ville-Lumière ne serait pas conquis par le dernier film de Woody Allen ?
Il n'était pas politiquement correct de traduire en français le titre du dernier film de Roman Polanski. C'est sans doute pourquoi les diffuseurs, en
France comme en Suisse, ont préféré conserver le titre original. Il faut dire qu'en anglais la fonction est plus valorisante qu'en français. A tout prendre il est préférable
d'être l'ombre de quelqu'un que son nègre. Une éminence spectrale est mieux connotée qu'un sombre travailleur.
Il y a une quinzaine d'années, lors de vacances que je passais à Saint Palais-sur-Mer, j'avais pris l'habitude d'aller courir dans la forêt de la
Coubre, toute proche, qui, peuplée de pins maritimes, de chênes verts et d'arbousiers, et d'une faune de cerfs, de chevreuils et de sangliers, suit la Côte Sauvage, dont elle retient le
sable dans son filet végétal.
Une femme, Marguerite Muir (Sabine Azema) [photo ci-contre
en provenance d'Allociné
C'est avec cet incident que l'histoire commence, alors que la mienne s'était
terminée une fois la boîte de chocolats vidée de son contenu. En effet Georges , [photo ci-contre en provenance d'Allociné
Pour remercier Georges, Marguerite lui téléphone et
se fait maltraiter par ce dernier de manière complètement incompréhensible. Pour se faire pardonner, ce mufle ne trouve rien de mieux que de la harceler de plus en plus, puis quand il se
rend compte qu'il lui est impossible de parvenir à ses fins, de couper les ponts, non sans avoir communiqué à Marguerite son obsession maladive, contagieuse comme une grippe épidémique.
Ce film aurait dû s'intituler L'incident comme le
livre de Christian Gailly dont il s'inspire, mais Resnais lui a préféré Les herbes folles :
Le Centre d'Animation Cinématographique Voltaire (
François Naville, "
En 1967, j'étais lycéen, à Henri IV, à Paris. Je venais de lire le livre
qu'Henri de Montfort avait consacré au Massacre de Katyn: crime russe ou crime allemand ? et où il faisait le point de toutes les connaissances de
l'époque sur le sujet. Il concluait qu'il s'agissait bien d'un crime russe. On ne savait pas, alors, que le bureau politique du Parti communiste russe avait donné l'ordre écrit, le 5 mars
1940, d'assassiner 25 700 responsables polonais, parmi lesquels les 4 400 officiers, retrouvés dans les fosses de Katyn, ce que l'ouverture des archives soviétiques devait
nous apprendre plus de 30 ans plus tard. Un de mes condisciples ne supportait pas que j'impute ce crime à ses chers camarades russes... et me traitait de tous les noms d'oiseaux que les
communistes savent proférer dans de telles circonstances.
Or, en voyant le film de Wajda, dont le père a péri à
Katyn, il est frappant de voir que les Polonais ne portent dans leur coeur pas davantage les communistes que les nazis, qui ont d'ailleurs commencé, ensemble, par se
partager les dépouilles de leur pays en 1940. Les Allemands ont fait prisonniers les soldats, les Russes les officiers. A un moment donné, deux de ces officiers parlent de la présence
des armées des deux régimes totalitaires sur le sol de la Pologne. L'un d'eux, Jerzy, qui ne veut pas perdre espoir, dit qu'"
Aujourd'hui la vérité historique n'est plus à établir. En se
basant sur le roman Post Mortem d'Andrzej Mularczyk, Andrzej Wajda a cherché à nous restituer une autre vérité, tout aussi importante, la
vérité humaine, qui ne peut se comprendre que par des destinées singulières, plus proches de nous. Trois familles ont ainsi vécu le drame de Katyn dans leur chair, en versant des
larmes et du sang, et n'ont jamais accepté le mensonge du crime allemand, que les autorités "populaires" polonaises voulaient leur imposer, au besoin par la violence, contre toute
vraisemblance.
Agniezska, la soeur d'un pilote, lieutenant mort à Katyn un
chapelet à la main, fait réaliser une pierre tombale où est inscrit 1940, comme année de son décès, ce qui lui vaut d'être emprisonnée par le régime communiste polonais pour avoir voulu
contester la vérité officielle, édictée par le grand frère russe. Sa soeur, qui dirige une école, ne croit pas que la Pologne puisse un jour redevenir libre. Elle s'accommode de la
situation, au contraire d'Agniezska, qui refuse de faire des concessions.
Ses voisins d'à côté ne lui plaisent pas non plus. Ce sont des Hmong, qui sont réfugiés aux Etats-Unis et qui ont fui le paradis communiste vietnamien. Il ne se prive pas
de les injurier et de leur interdire l'accès à la pelouse qui se trouve devant chez lui : propriété privée, on ne passe pas ! Cependant toute la vie de ce misanthrope
atrabilaire et malotru va basculer le jour où son jeune voisin Thao va tenter de voler son cher modèle Gran Torino. Il s'agissait en fait pour Thao
d'accomplir un vol initiatique, préalable à son intronisation au sein du gang de ses cousins.
Le gang des cousins s'en prend à Thao sur le chemin du retour du
chantier où Walt a réussi à le faire embaucher et l'un d'eux écrase même une cigarette sur sa joue gauche. Quand Walt l'apprend, son sang ne fait qu'un tour. Il se rend aussitôt chez lesdits
cousins et bât le coupable comme plâtre en lui intimant de ne plus jamais s'en prendre à Thao, ou alors il aura affaire à lui. Cette expédition punitive aura de
terribles conséquences. La violence engendre toujours la violence. Walt trouvera une solution à sa manière pour que le gang soit mis hors d'état de nuire. Et le modèle Gran
Torino fera partie de l'épilogue.
Le titre de ce film, pour qui ne l'a pas vu, peut paraître bien étrange. En réalité
il s'explique très bien. Il reprend tout simplement les noms des trois héroïnes de ce film singulier dû au talent multiforme de Woody Allen : Vicky l'intello, son amie Cristina, et Barcelona, la
capitale catalane, qui sert de décor à la parenthèse de leur vie qui va s'y dérouler, et dont l'atmosphère chaude et sensuelle semble imprégner tous ceux qui s'y meuvent.
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