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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 20:25

Avant de parler de ce groupe de comploteurs, dont l'existence a été révélée ce dimanche dans la presse alémanique ( ici ) - la NZZ am Sonntag et le Sonntag - il est bon de rappeler ce qu'est la démocratie de concordance en Suisse. Certes la démocratie de concordance n'est plus respectée au niveau du Conseil fédéral depuis le 12 décembre 2007 - depuis bientôt un an -, mais elle est heureusement encore - plus ou moins - en vigueur dans nombre d'institutions du pays.

 

Que lit-on dans le Dictionnaire Historique de la Suisse à « démocratie de concordance » ( ici )? «Dans la démocratie de concordance, la prise de décision ne se fonde pas (comme dans la démocratie majoritaire ou "démocratie de concurrence") sur le principe de majorité, mais sur la recherche d'accords à l'amiable et de compromis largement acceptés. Tous les partis importants sont impliqués dans le processus et se voient attribuer des fonctions politiques et des postes à responsabilité dans l'administration, l'armée et la justice, proportionnellement à leur force électorale.»

 

La démocratie de concordance est certainement ce qui a permis, depuis les années 1930, d'éviter à la Suisse de se couper en deux blocs antagonistes comme c'est le cas dans l'ensemble des démocraties occidentales avec les résultats douteux, et les déchirements, que l'on sait.

 

Ce modèle de démocratie n'est pas parfait - rien n'est parfait en ce monde, la démocratie y compris - mais il permet de tenir compte de toutes les sensibilités et de ne rejeter aucune minorité importante. L'esprit de la démocratie de concordance  a ainsi permis au parti socialiste de figurer au gouvernement à majorité bourgeoise - à partir du moment où il a renoncé à la lutte des classes - c'est-à-dire depuis bien plus d'un demi-siècle, avec un premier siège au gouvernement en 1943 et un second en 1959. Il ferait bien de ne pas l'oublier.

 

Cet esprit correspond bien à la nécessaire mentalité que doit avoir la Suisse si elle veut continuer d'exister et d'être une réelle démocratie, c'est-à-dire qui fait participer les différentes composantes du pays à leur avenir.

 

La Suisse n'est gouvernable que parce qu'elle a, avec le temps, su surmonter les clivages religieux - entre catholiques et protestants - linguistiques - il y a quatre langues nationales - et régionaux - il y a 26 cantons et demi-cantons qui sont autant d'états subsidiaires - et su trouver les compromis intelligents qui ne plaisent pas complètement, mais ne déplaisent pas complètement non plus, et se révèlent d'une grande sagesse.

 

C'est un de ces singularités qui permettent à la Suisse d'éviter les pièges idéologiques et de progresser - lentement aux yeux de certains - mais de progresser tout de même, en élaborant des solutions pragmatiques et originales.

 

C'est ce modèle qu'un groupe de parlementaires comploteurs veut changer en pratiquant l'ostracisme à l'égard de près de 30% d'électeurs. Ce groupe, qui s'appelle « Groupe 13 », existe sournoisement depuis un an. Il a vu le jour le lendemain de l'éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral par les parlementaires, le lendemain du fameux 12 décembre 2007.

 

Selon certains il doit son nom ésotérique à « la somme inversée de 12.12.07 », selon d'autres à la date du 13 décembre 2007 qui a vu l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf, selon d'autres encore au nombre de comploteurs, qui pourraient pourtant être une vingtaine. Dans tous les cas, du nombre 13 émane un parfum tenace de trahison, trahison des électeurs et de l'esprit démocratique propre à la Suisse.

 

Le « Groupe 13 » n'est ni secret, ni transparent. On en connaît quelques figures . De gauche à droite : les verts Antonio Hodgers et Ueli Leuenberger, les socialistes Alain Berset, Andreas Gross (la tête pensante du groupe) et Roger Nordmann, les radicaux Christine Egerzegi, Kurt Fluri, Christa Markwalder et Dick Marty, les démocrates-chrétiens Lucrezia Meier-Schatz, Jacques Neirynck (le chantre de l'eau du robinet voir mon article Jacques Neirynck aime l'eau du robinet, grand bien lui fasse ! ) et Chiara Simoneschi (qui a reconnu avoir assisté à la première réunion de ce groupe, mais démenti ce matin continuer d'y appartenir, dans l'émission de Pascal Décaillet sur Radio-Cité ici).

 

Alors que la plupart des parlementaires bourgeois se disent prêts à élire tout UDC à l'exception de Christoph Blocher, les membres bourgeois du « Groupe 13 » vont plus loin : ils veulent faire barrage à l'élection de tout UDC de la ligne blochérienne, ligne pourtant majoritaire à l'UDC. Ce qui veut dire qu'Ueli Maurer (à droite sur la photo) ne vaut pas mieux pour eux que Christoph Blocher (à gauche sur la photo). Le premier ne serait que la copie du premier, qualifié d'original. On n'est pas plus aimable...

 

Si les comploteurs du « Groupe 13 » parvenaient à leurs fins, comme je l'écrivais vendredi dernier (voir mon article Le ticket Blocher plus Maurer est un ticket gagnant, dans tous les cas ), cela signifierait que la Suisse abandonnerait une nouvelle fois la démocratie de concordance au niveau du gouvernement fédéral et continuerait de rejeter le représentant de près de 30% des électeurs dans l'opposition. Pour l'UDC ce ne serait pas dramatique. Cela pourrait même lui permettre de poursuivre plus haut son irrésistible ascension, mais ce serait bien dommageable pour le pays et pour son avenir institutionnel.

 

Francis Richard

PS

Le socialiste Alain Berset a démenti faire partie du "Groupe 13" ( ici )

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Published by Francis Richard - dans Suisse
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), je travaille dans les ressources humaines et m'intéresse aux arts et lettres.
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