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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 13:15
Journal décalé d'octobre, en Valais

Quand un ami médecin libéral, dans les deux acceptions du terme, m'invite à participer à un séminaire socratique, je lui réponds oui, sans bien savoir à quoi cela m'engage. C'est je crois le substantif séminaire et l'adjectif socratique qui ont, de prime abord, déterminé ma réponse, expression qui relie la conception à l'accouchement. Je suis décidément un littéral, sinon un littéraire. Et puis ce séminaire se déroule en Valais, à Sierre, au Château Mercier.

 

Vendredi 23 octobre 2015

 

Il fait grand beau. Le trafic est fluide. Parti suffisamment tôt de Lausanne, j'arrive à destination avant neuf heures trente, prends possession de ma chambre, y dépose mes bagages et file nager à la piscine Guillamo, toute proche. Comme elle ouvre à dix heures et que l'accueil au séminaire ne commence qu'à onze, j'ai tout le temps devant moi pour accomplir ma nage quotidienne, sans laquelle mon corps impétueux est en manque - j'en ai eu maintes fois la confirmation et ce n'est certainement pas fini.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Dans séminaire, il y a semence. Et j'éprouve un besoin irrépressible d'être ensemencé d'idées. Dans socratique, il y a Socrate et la maïeutique (du grec ancien μαιευτική), qui lui est connotée. Et je me pose toujours plus de questions, avide et heureux de connaître quelles réponses les autres y apportent, dans leurs livres comme dans les échanges que je peux avoir avec eux, répondant volontiers en retour et sans détour à leurs propres interrogations.

 

En dépit de ma timidité et de mon émotivité, et peut-être pour les dépasser une fois de plus, je ne demande donc pas trop à Alphonse en quoi ce séminaire peut et va consister. Il me suffit qu'il soit organisé par lui, et par cet autre ami qu'est Pierre, pour que j'accepte. Avec eux deux, j'ai en effet des relations de confiance, qui jurent avec les relations que mes frères humains entretiennent d'ordinaire entre eux.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Il faut croire en effet qu'une société de plus en plus collectivisée, désincarnée, est antinomique d'une société de confiance. La méfiance règne sans doute parce qu'il s'agit d'y défendre âprement, sous contrainte généralisée, ses intérêts, matériels aussi bien que spirituels, aux dépens de personnes anonymes, la solidarité forcée détruisant alors, inévitablement, les solidarités naturelles. Alors que dans une société libre les échanges ne peuvent qu'être personnels, de gré à gré, humains somme toute.

 

Le Château Mercier a été construit entre 1906 et 1908, par Jean-Jacques Mercier de Molin, quatrième Jean-Jacques du nom, descendant d'une famille protestante orignaire de l'Aveyron, réfugiée à Lausanne vers 1740 et ayant fait fortune dans la tannerie en pays de Vaud. Jean-Jacques Mercier de Molin est un grand entrepreneur et un grand philanthrope, ce qui va souvent de pair, comme, aujourd'hui encore, en administrent la preuve des entrepreneurs tels que Bill Gates.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Entrepreneur, Jean-Jacques Mercier transforme en hôtel le château d'Ouchy qu'il restaure et, n'attendant pas Brélaz, construit le funiculaire qui relie Ouchy à la gare de chemins de fer de Lausanne. Philanthrope, il est un grand mécène dans les domaines artistique et social. Le quart de l'hôpital de Sierre est ainsi financé par lui. Pour ses largesses il se voit décerner le titre de Docteur honoris causa de l'Université de Lausanne et Sierre en fait un bourgeois d'honneur. La charité bien ordonnée commence par soi-même avant de s'étendre aux autres.

 

La famille Mercier a fait donation du château éponyme, qui fut sa résidence d'été pendant un demi-siècle, à l'Etat du Valais. En contrepartie les jardins sont accessibles au public et le château est affecté à des buts culturels, artistiques et de relations publiques. Ce magnifique lieu de rencontres est géré par le Canton du Valais, la commune de Sierre et la Fondation de famille de Jean-Jacques Mercier de Molin.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Samedi 24 octobre 2015

 

Les participants au séminaire sont au nombre de dix-huit, y compris les deux animateurs, Pierre et Alphonse. Si, à partir de la gauche, dans le sens des aiguilles d'une montre, je fais le tour de la table, installée dans une salle annexe du château, autour de laquelle nous sommes assis pendant une journée et demie, je rencontre Michèle, Fabienne, Lucie, un premier Marc, un deuxième Marc, Romain, Frédéric, Olivier, Niklaus, Paolo, Sonia, moi-même, Nicoleta, Cédric, Sophie (fille d'Alphonse), Vanessa. Nous sommes tous à l'évidence d'horizons et d'âges différents.

 

Nous ne sommes pas un échantillon représentatif. Qu'est-ce que cela veut dire d'ailleurs? Nous sommes tout simplement des femmes et des hommes épris de liberté, qui ont beaucoup de plaisir et de bonheur à échanger sans restriction mentale sur un même thème, Médecine et économie, artisans, à des degrés divers, les uns de la médecine, les autres de l'économie. De nos conversations d'une grande franchise naît un ordre spontané, qui a sa cohérence, comme si une main invisible guidait nos pas sur la route de la vérité humaine...

Journal décalé d'octobre, en Valais

Nous ne sommes pas de purs esprits. Au château, tout en poursuivant nos débats, nous goûtons à de succulentes nourritures terrestres et partageons les dîner et souper préparés par Antonio. Autant les organisateurs nous ont disposés dans un ordre délibéré autour de la table du séminaire, autant nous nous installons au petit bonheur autour de la table des repas. Aussi bien au dîner ou au souper qu'au déjeuner, cette liberté permet aux commensaux de se connaître les uns les autres de manière plus informelle.

 

Le séminaire se termine. La partie récréative commence. Trois d'entre nous, ayant d'autres obligations, s'en vont. Les autres se rendent en bus aux Caves de la Colline de Géronde. Un des deux maîtres de céans, Dominique Rouvinez, nous y accueille. L'entrée des Caves a été transformée en 2008 en espace d'accueil didactique. Les différents domaines de la maison y sont mis en valeur avec leur nom, leur cépage, leur superficie, la couleur de leur vin. Et j'apprends plus en une heure de temps sur la vigne en Valais que toutes les lectures que j'ai pu faire sur le sujet.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Domaines Rouvinez est une affaire de famille. Elle a été créée en 1947 par Bernard, puis développée par ses deux fils, Dominique, le technicien, et Jean-Bernard, le gestionnaire. Aujourd'hui la famille Rouvinez exploite 24 domaines, de Loèche à Martigny. Ce qui représente 110 hectares sur les quelque 5'300 hectares de vignes du Valais. C'est l'exemple typique d'une entreprise qui est partie de peu de choses et qui a connu un développement phénoménal grâce à l'intelligence et à l'amour de leur métier de ses dirigeants.

 

Dans l'espace d'accueil, nous faisons connaissance avec les différents vins maison et Dieu sait qu'ils sont divers. Les meilleurs d'entre eux sont de création récente. Ce sont des assemblages de blancs et de rouges. Au début des vendanges, Dominique et une équipe de vendangeurs choisissent les meilleures grappes de raisin des différents domaines, qui les constitueront, avant que les vendanges ne commencent.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Ce qui ressort de ce que nous dit Dominique Rouvinez, c'est la grande technicité que le métier requiert: la nature des sols et des sous-sols (le Valais en comporte une très grande variété, comme nulle part ailleurs), les cépages qui ne doivent être plantés que dans tel ou tel sol, les vignes correspondantes qui ne doivent être exposées que de telle ou telle manière, suivant l'humidité ambiante ou souterraine (le Valais est un des lieux où tombe le moins de pluie en Europe).

 

Nous dégustons deux vins blancs en guise d'apéritif, un Heida (ou Païen) et un Petite Arvine. Dominique Rouvinez les commente en connaisseur. Ce qu'il dit est bien vrai, mais une fois qu'il l'a dit... Le béotien que je suis aurait été bien incapable de l'exprimer par lui-même, si ses papilles et son nez notent bien leurs différences. De même, quand il montre comment différencier un raisin d'un autre, par la dimension du grain, par la forme des feuilles ou des tiges, je réalise à quel point ce métier nécessite d'expérience et de savoir.

 

La partie récréative se poursuit avec un repas valaisan, assiette de charcuterie, suivie d'une raclette... L'esprit du vin délie celui des convives. Assis à côté d'Alphonse, avec lequel je n'ai pas eu tant de temps que ça de discuter depuis le début du séminaire, je le remercie chaleureusement de m'avoir fait l'honneur de m'inviter. Je ne sais pas encore que je vais devoir le remercier davantage pour la solidarité naturelle que lui et d'autres participants vont bientôt me témoigner.

 

 

Journal décalé d'octobre, en Valais

Sur le chemin du retour dans les Caves, j'avise les lieux où satisfaire un besoin naturel. Quand je sors de ces lieux, je m'aperçois que tout le monde a déjà dû regagner le bus et que je suis en retard comme je l'ai été lors de la session du matin. Au bout d'un couloir une porte vitrée est ouverte.  J'accélère impétueusement le pas avant qu'elle ne se referme, mais à ma grande surprise elle se referme justement au moment où je m'apprête à en franchir le seuil.

 

Je heurte la porte de front - c'est le cas de le dire. Mon front s'ouvre sous le choc . Je pars à la renverse. Par réflexe, au dernier moment, je me reçois sur les avant-bras et me retourne aussitôt vers le sol pour voir des gouttes de sang s'y répandre abondamment. Ma première pensée est que je ne pourrai pas nager à Sion cet après-midi comme j'en avais l'intention...

 

Tant bien que mal, sonné par ce dernier round du séminaire au cours duquel je n'ai tout de même pas été mis KO, mais qui m'a rappelé quelques randori épiques, je regagne le groupe, tamponnant mon front avec le seul petit mouchoir que j'ai en poche. Arrivé au bus, je provoque un attroupement. Dans mon petit malheur j'ai la chance d'être entouré de nombreux médecins, qui s'occupent aussitôt de moi.

 

Retourné au château avec Alphonse et sa fille Sophie, Antonio, qui n'a pas seulement des talents culinaires, me fait un premier pansement. Puis, Alphonse et Sophie m'accompagnent à une pharnacie en ville. La pharmacienne remplace mon pansement par des stéri-strips. Elle le fait bien volontiers m'évitant d'aller aux urgences, avec tous les aléas que cela aurait peut-être comporté. La solidarité naturelle a du bon...

 

Olivier, dont j'ai bien apprécié les bons mots pendant ces journées, en me quittant pour aller prendre son train, me glisse, en substance, ce dernier, pour la route: "Avant de s'en aller, il ne faut pas manquer, en Valais, de prendre un dernier verre"... En attendant de recouvrer complètement mes esprits et de faire le trajet de Sierre jusqu'à Lausanne, je téléphone à mon fils aîné à qui je raconte mes deux jours, tout en contemplant la vigne qui jouxte le château.

 

Francis Richard

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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 22:55
Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Prendre des notes au jour le jour, de préférence dans un cahier d'écolier à spirales, est contre ma nature indisciplinée. C'est pourquoi j'ai tant d'admiration pour les diaristes. Ils font ce que je suis incapable de faire. Je ne suis capable que d'écrire après coup: je rédige alors quelques pages, non pas sur le moment ni sur le lieu même, mais en décalage avec le temps et l'espace.

 

En 1961, le maire de Saint Jean-de-Luz, Pierre Larramendy, institue une grande semaine de septembre, pendant laquelle, sur un thème choisi, sont donnés des concerts, des représentations de pièces de théâtre, des conférences. Cette semaine culturelle de septembre n'existe plus, elle n'aura duré qu'une décennie, mais j'ai pris le pli d'aller me ressourcer là-bas, chaque année, pendant une semaine de ce mois-là.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Depuis six ans, je passe ma semaine de septembre dans la maison que j'ai acquise sur la colline de Sainte Barbe. Pour être exact, il faudrait dire demi-maison, puisque je ne dispose que de deux niveaux sur quatre de cette demeure basque. Qui s'appelle Etche Alegera, ce qui signifie maison heureuse. Le fait est que j'ai beaucoup de bonheur à y passer quelques jours, plusieurs fois par an, dès que j'en ai le loisir.

 

Je pars donc là-bas la semaine qui suit le Jeûne fédéral. Ce qui correspond au changement de saison, à l'équinoxe, et à de grandes marées. A cette époque-là de l'année, le temps est encore plus incertain que d'habitude au Pays Basque, ce qui n'est pas peu dire, mais cela m'est égal. Car ce n'est pas le soleil que je recherche, c'est la mer baudelairienne, variation salée de mon lac préféré.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Lundi 21 septembre 2015

 

Cette année, l'eau est déjà froide. Du moins, pour ma chétive personne. La température de l'eau est en effet de 20°C. Ayant perdu près de 20% de ma masse initiale au cours des derniers dix-huit mois et n'ayant plus que des muscles sur mes os, je suis désormais moins résistant au froid que je ne l'étais naguère, surtout après avoir nagé durant 40 minutes.

 

Aussi me suis-je équipé cette année d'une combinaison dans un magasin dont l'enseigne évoque une discipline combinant dix épreuves sportives. Je l'étrenne aujourd'hui. Cette combinaison est en fait du genre de celles qui sont utilisées par les surfeurs. Elle permet d'être dans l'eau pendant tout le temps que l'on veut, à des températures comprises entre 17 et 22°C. Je pourrai nager dans l'océan atlantique en automne et au printemps.

 

Enfant, j'étais rachitique, ce que je ne suis pas. A quatorze ans, je ne pesais guère plus de trente-cinq kilos... Et je me souviens que je grelottais, en plein été, quand j'allais avec mes parents me baigner à la plage de Socoa, toute proche.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Mardi 22 septembre 2015

 

Demain matin, c'est l'équinoxe d'automne. Aujourd'hui le vent souffle en rafales. Pour aller à la Grande Plage de Saint Jean-de-Luz, je revêts un coupe-vent. Le bas de mes jeans est trempé. La pluie tombe presque à l'horizontale. Pour me changer je crois être à l'abri sous l'auvent d'une cabane de location de planches pour le paddle et le surf. Je me trompe. Mon ticheurte trempé rejoint mes jeans tout aussi trempés dans mon cornet du Livre sur les quais -> Morges.

 

S'il y avait une surveillance, le drapeau rouge flotterait sur cette marmite... Je n'en ai cure. Et j'ai tort. La mer est houleuse. Je me mets à l'eau. Je commence à nager. Très vite, je bois la tasse que me servent les vagues. Une fois. Deux fois. Trois fois. Péniblement je parviens à faire la moitié de mon parcours habituel, l'aller et retour entre la digue aux chevaux et la digue de l'entrée du port. A la quatrième tasse, j'abandonne le crawl pour la brasse et refais le chemin inverse, frustré.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Georges Brassens, dans sa Supplique pour être enterré à la plage de Sète, évoque Le cimetière marin de Paul Valéry, lequel commence par ces vers célèbres: 

 

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,

Entre les pins palpite, entre les tombes;

Midi le juste y compose de feux

La mer, la mer, toujours recommencée

O récompense après une pensée

Qu'un long regard sur le calme des dieux!

 

Brassens exprime ainsi sa dernière volonté:

 

Déférence gardée envers Paul Valéry,

Moi l'humble troubadour, sur lui je renchéris,

Le bon maître me le pardonne,

Et qu'au moins si ses vers valent mieux que les miens,

Mon cimetière soit plus marin que le sien,

Et n'en déplaise aux autochtones.

 

Alors que je me trouve dans la tourmente, seul dans la baie luzienne, je pense à un autre écrivain, Pierre Benoit. Il est lui enterré à Ciboure et son cimetière est aussi marin que celui de Paul Valéry. Sur sa tombe est sculpté un réceptacle avec cette inscription:

 

L’eau de la pluie se rassemble au fond de cette coupe et sert à désaltérer l’oiseau du ciel.

 

Je me dis que, si je sombrais aujourd'hui dans les abîmes océaniques du golfe de Gascogne, mon cimetière serait plus marin que les leurs et que je nourrirais les poissons (mon signe zodiacal); qu'il serait davantage encore marin que celui envisagé par Brassens au bord du golfe du Lion, mais qu'il serait moins source de fantasmes que le sien:

 

Et quand, prenant ma butte en guise d'oreiller,

Une ondine viendra gentiment sommeiller

Avec moins que rien de costume,

J'en demande pardon par avance à Jésus,

Si l'ombre de ma croix s'y couche un peu dessus

Pour un petit bonheur posthume.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Mercredi 23 septembre 2015

 

La coupe du monde de rugby se déroule ces jours-ci. Au Pays Basque, c'est un sport qui est pratiqué dès le plus jeune âge. En passant devant la vitrine de Quinze, la boutique de vêtements de Serge Blanco, en haut de la rue Gambetta, un peu avant le boulevard Thiers, je pense avec émotion à ce meilleur joueur français de rugby de tous les temps. Sa mère était basque...

 

Ce soir la France affronte la Roumanie...

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Jeudi 24 septembre 2015

 

Je me trouve à Bayonne, pour mon pèlerinage rituel à la maison où est né Frédéric Bastiat, plus connu aux Etats-Unis qu'en France. Ce qui vérifie l'adage que nul n'est prophète en son pays. Depuis le temps que je me rends dans cette ville, qui a donné son nom aux baïonnettes, fabriquées jadis dans son arsenal, j'ignore qu'il y existe un jardin botanique.

 

C'est en me promenant tout près du Château Vieux, au pied de ce qui reste des remparts de la ville , que je découvre ce jardin précieux, qui m'évoque celui de Monaco. Il occupe une situation particulière puisqu'il est justement juché sur un des remparts. On y cultive des espèces rares et il s'y trouve des constructions en bois inspirées des jardins japonais, ponts et portiques...

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Vendredi 25 septembre 2015

 

Près du Grand Hôtel de Saint Jean-de-Luz, je m'attarde dans la contemplation d'une sculpture d'art contemporain, placée là, en 2006, par la ville, au milieu de palmiers. C'est une oeuvre du luzien Edouard Solorzano, 78 ans, qui n'est pas seulement sculpteur, mais peintre, potier, poète...

 

Cette sculpture porte le titre d'Ama Lur, ce qui signifie Terre Mère. Ama Lur est une entité de la mythologie basque. C'est un ventre, symbole d'énergie, qui enfante chaque jour du soleil, Iguzki, et de la lune, Ilargi...

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Samedi 26 septembre 2015

 

La plage d'Hendaye me fait penser aux plages de la Mer du Nord, celles d'Ostende ou de Knokke-le-Zout. C'est une plage de sable fin, longue de trois kilomètres. Il faut marcher indéfiniment dans l'eau, à marée basse, pour avoir de l'eau jusqu'à la taille.

 

Cette plage me fait également penser au plat pays qui est le mien et où je suis né. Comme mon lieu de naissance, Uccle, fait aujourd'hui partie de la région Bruxelles-Capitale, il est officiellement bilingue.

 

Mon grand-père maternel, qui était flamand, me considérait comme un zinneke, c'est-à-dire comme quelqu'un d'origines mélangées, ma mère étant donc flamande et mon père français. A l'origine, les chats bâtards étaient appelés ainsi. On les noyait dans la Senne, qui traverse Bruxelles, pour s'en débarrasser...

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Dimanche 26 septembre 2015

 

Dans l'église Saint Jean-Baptiste de Saint Jean-de-Luz, où s'est marié le roi Louis XIV avec l'infante d'Espagne Marie-Thérèse, j'assiste à la messe du soir. Mon oeil est irrésistiblement attiré par les bannières de la confrérie des corsaires de la ville. Et, cette fois, je pense inévitablement aux pirates d'Ouchy...

 

On est pourtant prié de ne pas confondre corsaires et pirates. Les premiers seraient légaux, observeraient les lois de la guerre et attaqueraient, uniquement en temps de guerre, les navires battant pavillons ennemis. Les seconds seraient de purs et méchants bandits... Il n'empêche que les deux sont des prédateurs...

 

A la fin de la messe, le chant de sortie basque, dédié à Marie mère du ciel, est rythmé par ce refrain mélodieux:

 

Agur Maria, dena grazia, miresgarria, zoin ederra,

Gure bihotzak hobenetarik, garbi garbia, zuk begira.

 

Francis Richard

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 22:30
La société des écrivains suicidésLa société des écrivains suicidésLa société des écrivains suicidés
La société des écrivains suicidésLa société des écrivains suicidésLa société des écrivains suicidés

Le 21 mai 2013, un peu après 16 heures, Dominique Venner se donnait la mort en se tirant une balle dans la bouche devant l'autel de la cathédrale Notre Dame de Paris. Il y a un an donc, jour pour jour.

 

A l'occasion de signatures de livres, je l'avais rencontré et avais discuté avec lui. Au-delà de nos divergences de points de vue, nous avions une admiration commune pour Ernst Jünger et partagions le même intérêt pour l'histoire sur la longue durée, qui permet de discerner les permanences.

 

Sa mort volontaire m'a douloureusement frappé. C'était le premier écrivain suicidé que j'avais approché dans la vraie vie. Le lendemain de sa mort, outré par les commentaires qui dénaturaient son geste, j'y répondais en rappelant son intention de protestation, par devoir élémentaire envers la vérité.

 

Ce n'était pas pour autant le premier écrivain suicidé dont les textes avaient exercé de l'influence sur moi. L'anniversaire de sa mort et d'avoir frôlé l'abîme récemment ont fait remonter en moi les souvenirs de ces écrivains que j'aime.

 

C'est mon père qui m'a parlé de Gérard de Nerval, lequel s'est pendu rue de la Vieille-Lanterne à Paris, à l'aube du 26 janvier 1855, Ma plus jeune soeur porte le prénom titre d'un des livres de cet auteur, objet de la dévotion littéraire paternelle.

 

Ce n'est pas sans émotion que je lis et relis son épitaphe, écrite par lui-même, en songeant à lui et à mon père qui l'appréciait tant:

 

Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet,
Tour à tour amoureux insoucieux et tendre,
Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre.
Un jour il entendit qu'à sa porte on sonnait.

 

C'était la Mort! Alors il la pria d'attendre
Qu'il eût posé le point à son dernier sonnet;
Et puis sans s'émouvoir, il s'en alla s'étendre
Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.

 

Il était paresseux, à ce que dit l'histoire,
Il laissait trop sécher l'encre dans l'écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n'a rien connu.

 

Et quand vint le moment où, las de cette vie,
Un soir d'hiver, enfin l'âme lui fut ravie,
Il s'en alla disant: "Pourquoi suis-je venu?"

 

Dans mon adolescence fascinée, j'ai lu tous les livres de Pierre Drieu La Rochelle, cet autre écrivain suicidé, qui a fait son entrée dans la collection de La Pléiade en 2012.

 

Au matin du 16 mars 1945, dans l'appartement que lui a prêté Colette, rue Saint-Ferdinand, ne voulant vraisemblablement pas tomber aux mains des épurateurs, Drieu La Rochelle agonise après avoir avalé trois tubes de Gardénal et ouvert le gaz.

 

En 1951, année de ma naissance, paraît, post mortem, Récit secret, dans lequel il raconte que l'idée du suicide lui est venue dès ses six-sept ans et qu'il n'y est revenu qu'après ses vingt ans. Par la suite, avant de passer au dernier acte, il lui est venu au cours de son existence bien des envies de suicide, notamment lors de la plus violente passion pour une femme qu'il ait jamais connue...

 

En 1993, je commence à pratiquer un art martial, le karate-do shotokan. C'est à peu près à ce moment-là, intéressé par tout ce qui est nippon, que je lis Mort et vie de Mishima d'Henry Scott-Stokes et que j'apprends que le plus grand écrivain japonais de l'époque de mes vingt ans, Yukio Mishima, s'est fait seppuku, le 25 novembre 1970. Je décide de lire toutes ses oeuvres et, en particulier, sa tétralogie, La mer de la fertilité.

 

Dans Le Japon moderne et l'éthique samouraï, Mishima dit l'influence qu'a eue sur lui le Hagakuré  de Jocho Yamamoto et il termine ce court essai en parlant de la mort en ces termes:

 

Nous nous réfugions dans l'illusion que nous sommes capables de mourir au nom d'une croyance ou d'une théorie. Ce que nous dit le Hagakuré, c'est que même une mort sans gloire, une mort futile qui ne porte ni fleur ni fruit, a une dignité en tant que mort d'un être humain.

 

La mort d'Henry de Montherlant, le 21 septembre 1972, me surprend. Pour un journal étudiant suisse, auquel je contribue, je compte obtenir de lui un entretien. A son domicile, 25 quai Voltaire,  à Paris, il a avalé une capsule de cyanure, puis s'est tiré une balle dans la bouche, par sécurité. En vieux romain, il a mis fin à ses jours, parce qu'il était devenu aveugle et ne voulait pas être à charge.

 

J'aimais surtout son théâtre - Le Maître de Santiago, La Reine morte, La Ville dont le Prince est un enfant, Le Cardinal d'Espagne, Port-Royal - et ses essais, et plus particulièrement Le Treizième César. Peu m'importait la vie que cet hypersensible avait pu mener. C'est l'écrivain au style incomparable que j'aimais.

 

Comme un clin d'oeil au mécréant que je suis, il écrit dans ses Carnets (1971):

 

On peut se suicider et avoir la foi.

 

Sans mon fils aîné qui fait de hautes études littéraires, aurais-je connu Gilles Deleuze? Vraisemblablement pas, tellement j'avais de préjugés à son encontre. Je n'ai d'ailleurs rien lu de lui jusqu'à présent, mais cela ne saurait tarder. Après avoir vu La Vénus à la fourrure de Roman Polanski, j'ai fait l'acquisition de sa Présentation de Sacher-Masoch. Il attend mon bon vouloir, sur ma table, en compagnie de dizaines d'autres livres...

 

Souffrant d'une insuffisance respiratoire, Deleuze a fini par se défenestrer le 4 novembre 1995...

 

Si je n'ai pas lu d'ouvrages de Deleuze, j'ai regardé les trois DVD de son Abécédaire et les regarde régulièrement. Il s'agit d'entretiens qu'il a eus en 1988 avec Claire Parnet et qui ont été filmés par Pierre-André Boutang.

 

A la lettre L, comme Littérature, il dit que des grands romans il en a lus toute sa vie, qu'il en lit de plus en plus, et que cela lui sert dans la philosophie.

 

A la lettre M, comme Maladie, il dit qu'il n'a jamais eu une santé immense:

 

Une santé fragile favorise l'écoute de la vie [...]. A partir du moment où j'étais tuberculeux, j'acquérais tous les droits d'une santé fragile.

 

Comment ne puis-je pas trouver de correspondances, au sens baudelairien, dans la fréquentation de la société des écrivains suicidés, du moins de celle de ces six-là?

 

Francis Richard

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 00:15

Paul MEURISSEMon père avait raison. Ce sont ces quatre mots qui me viennent à l'esprit quand je pense à mon père mort il y a tout juste trente ans, le 5 novembre 1983.

 

Mon père avait raison de m'envoyer avec ma mère au Pays-Basque, trois semaines après ma naissance dans le plat pays qui est le mien et celui de Jacques Brel. Il m'a sauvé la vie.

 

Mon père avait raison de rire en lisant un de mes premiers poèmes, écrit à douze ans et intitulé Le soir. Il m'a permis de comprendre que je serai toujours un piètre poète, incapable d'émouvoir.

 

Mon père avait raison de me faire quitter à quatorze ans  Notre-Dame de Boulogne pour terminer mes études secondaires au Lycée Henri IV. Il m'a permis de côtoyer l'élite et de subir l'intolérance réservée aux talas par les autres... Ce qui m'a donné de la graine.

 

Mon père avait raison en 1968 de m'expédier hors de France, où je m'opposais à tout le monde, et de me permettre de poursuivre des études supérieures à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Il m'a ainsi permis d'acquérir de la rigueur intellectuelle et, longtemps après, de devenir suisse.

 

Mon père avait raison de m'apprendre la vie professionnelle à ses côtés et de me confronter à la réalité du monde. Il m'a ainsi permis de ne pas être utopiste.

 

Mon père avait raison de me donner le goût des belles lettres et du théâtre. Il m'a ainsi permis de continuer à avoir envie de vivre les quelques temps qui me restent.

 

Mon père avait raison de me faire apprécier les bonnes choses. Il m'a ainsi permis de les distinguer des autres.

 

Mais mon père n'avait pas raison au sens que Sacha Guitry donne à sa pièce. Il ne m'a pas appris la futilité. Elle fait heureusement partie de ma nature et... il m'en aura plutôt écarté pendant longtemps.

 

Habitant à côté, rue de Tocqueville, j'ai eu le privilège de voir cette pièce au Théâtre Hébertot, cinq ans avant la mort de mon père.  

 

Paul Meurisse, qui devait mourir sur scène, peu de temps après, en jouant cette pièce, y tenait le rôle de Bellanger père puis de Bellanger fils. Il était à quelques années près contemporain de mon père. Il lui ressemblait un peu et, surtout, son timbre de voix était similaire.

 

Charles Bellanger, fils d'Adolphe Bellanger, se rend compte que son père avait raison et que la futilité est encore ce qu'il y a de plus précieux quand on est au soir de sa vie:

 

"Par raison, par devoir, je n'ai pas utilisé tout ce qu'il y avait en moi... de jeunesse..."

 

Il compte bien dès lors se rattraper. C'est ce que je m'efforce de faire maintenant à mon tour...

 

Francis Richard

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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