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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 13:15
La Piscine de Montchoisi à Lausanne: un monument d'importance régionale

11 septembre 2016

 

La Piscine de Montchoisi ferme aujourd'hui. La saison aura tout juste duré quatre mois, du 11 mai 2016 au 11 septembre 2016.

 

J'y aurai nagé 93 fois, parcouru 186 kilomètres. Cela me fait donc tout drôle de penser qu'il me faudra attendre huit mois avant d'y retourner... si Dieu me prête vie, bien entendu, le pire, ou le meilleur, n'étant jamais sûr.

 

Le 11 septembre 2016 n'est pas seulement le jour de fermeture de cette piscine, idéalement située à proximité de mon bureau et de mon domicile, mais aussi une des deux Journées européennes du patrimoine dont le thème cette année est Oasis des villes, oasis des champs. Ce qui aurait fait plaisir au fabuliste...

 

Aussi, après avoir nagé une dernière fois de la saison, participé-je à une visite guidée des lieux. Notre guide est Carole Schaub, historienne de l'art. Et c'est donc par un peu d'histoire que la visite commence.

Piscine de Montchoisi

Piscine de Montchoisi

La Piscine de Montchoisi: le bassin olympique et la pataugeoire

La Piscine de Montchoisi: le bassin olympique et la pataugeoire

En 1933, des entrepreneurs ont la riche idée, trop riche, de vouloir créer ici un parc des sports comprenant une patinoire, transformée l'été en piscine, une piscine couverte, un restaurant, des tribunes, des dépôts frigorifiques et des immeubles d'habitation.

 

Le problème est en effet de financer un tel projet, alors que la Suisse n'est pas épargnée par la crise des années 1930. Mussolini est même sollicité, sans suite, par le consortium constitué par les architectes Gaston Gorjat et Robert Baehler.

 

En 1936, un projet moins ambitieux est présenté à l'enquête publique. La commune de Lausanne se porte garante, d'autant plus volontiers qu'un troisième architecte s'est associé au projet, James Ramelet, et, surtout, que l'ingénieur Alexandre Sarrasin, connu pour ses réalisations en béton, est mandaté pour dimensionner gradins, couverture et plongeoir (il a été rasé après un accident...).

 

Mais cette garantie est assortie de conditions: il n'y aura pas de piscine couverte et le prix des entrées sera le double de celui des entrées de Bellerive-Plage, qui vient d'être inaugurée, pour ne pas lui faire concurrence...

 

Faute de moyens financiers, seule la patinoire ouvre en 1938, pour le grand bonheur des patineurs et des hockeyeurs, qui, sinon, devaient glisser à Sauvabelin ou au Chalet à Gobet quand les conditions météo le permettaient.

 

Les entrepreneurs font faillite. Aussi la commune de Lausanne rachète-t-elle l'édifice inachevé. Et le 19 mai 1942, la plus grande piscine olympique de Suisse peut enfin être inaugurée, gradins et couverture en porte-à-faux compris.

La machine à glace (alimentation à l'ammoniac)

La machine à glace (alimentation à l'ammoniac)

La machine à glace (alimentation au CO2)

La machine à glace (alimentation au CO2)

Eléments de l'échafaudage pour combler la piscine et la transformer en patinoire

Eléments de l'échafaudage pour combler la piscine et la transformer en patinoire

Une des caractéristiques de la Piscine de Montchoisi, c'est qu'elle se transforme en patinoire l'hiver. Pendant six semaines et quelque, à partir de demain, des travaux seront entrepris. Le bassin sera vidé, un sol reposant sur des échafaudages sera monté (les éléments sont stockés en été sous la dalle de béton du solarium), des tuyaux de refroissement seront disposés sur toute la surface.

 

La machine à glace fonctionnait à l'ammoniac. Six tonnes étaient nécessaires. Aujourd'hui elle fonctionne à l'ammoniac (deux tonnes) et au CO2 (eh oui...). L'ouverture des deux pistes de la patinoire (60X25 m à l'emplacement des bassins et 65X18 m à l'emplacement du solarium) est prévue cette année le mercredi 26 octobre.

Schéma de la machine à vagues

Schéma de la machine à vagues

Mécanisme de la plateforme qui produit les vagues

Mécanisme de la plateforme qui produit les vagues

Outillage de la machine à vagues

Outillage de la machine à vagues

Une autre caractéristique de la Piscine de Montchoisi, c'est sa machine à vagues. Hormis les courroies d'entraînement, tout le mécanisme de montées et descentes de la plateforme, qui produit les vagues à travers une grille, est d'origine...

 

L'après-midi les lignes de nage disparaissent et ne réapparaissent qu'après les dernières vagues. Les vagues sont déclenchées: à 13:30, 14:15, 15:00, 15:50 et 16:45. Il faut oublier de pouvoir nager à ce moment-là.

Machines de filtrage de l'eau

Machines de filtrage de l'eau

Couloir le long du bassin de 50 m

Couloir le long du bassin de 50 m

Vue subaquatique du bassin de 50 m

Vue subaquatique du bassin de 50 m

Comme dans toute piscine digne de ce nom, l'eau de la Piscine de Montchoisi est traitée et filtrée.

 

Le long du bassin de 50 m sont disposés des hublots à travers lesquels on a une vue subaquatique. Tous les deux hublots, un spot permet de l'éclairer quand il fait sombre.

Portillon avec les lettres M, P, P, L

Portillon avec les lettres M, P, P, L

Le restaurant

Le restaurant

La décoration de la Piscine de Montchoisi est minimaliste. Hormis un portillon avec les lettres M, P, P, L, pour, je suppose, Montchoisi, Piscine, Patinoire, Lausanne, il ne faut pas s'attendre à des ornements.

 

Dans le restaurant, les degrés des gradins ne sont pas dissimulés, non plus que les sommiers arqués qui les supportent, gradins dont la couverture est suspendue à des sommiers inversés et équilibrée par de fins piliers inclinés, comme le précise le prospectus de visite.

 

Cette visite qui aura duré environ trois quarts d'heure aura été instructive. J'aurai retenu notamment que la Piscine de Montchoisi, baptisée Parc de Montchoisi sur sa façade, obtient la note 2, dans le classement des Monuments et sites, c'est-à-dire qu'il s'agit d'un monument d'importance régionale, la note 1 étant attribuée aux monuments d'importance nationale...

 

Francis Richard

La Piscine de Montchoisi à Lausanne: un monument d'importance régionale

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 22:55
Iglesia de los Jeronimos

Iglesia de los Jeronimos

3 septembre 2016

 

Il est deux heures du matin. Deux messages m'apprennent que ma soeur Chantal est décédée à Madrid dans l'après-midi de la veille. Je suis un petit dormeur, mais cette fois je ne dors pas de la nuit et je ne lis pas pour peupler mon insomnie. Éveillé, je me souviens...

 

Je me souviens d'abord que je l'ai appelée en juillet pour lui dire que je viendrai la voir à l'automne, parce que l'été madrilène est vraiment trop caniculaire pour moi. Ironie du sort, je vais m'y rendre maintenant, malgré que j'en aie, pour lui dire un dernier adieu.

 

Des quatre soeurs et frère que nous étions, nous étions deux, elle et moi, à être nés à l'étranger, en Belgique, à Uccle; à avoir fait des études à l'étranger, elle en Espagne - elle a fait un petit bout en Suisse, mais a arrêté par amour...-, moi en Suisse; à nous être exilés, elle à Madrid, moi à Lausanne.

 

Chantal et moi nous sommes toujours bien entendus et soutenus, sans doute parce que nous n'avons eu ni l'un ni l'autre la vie facile, pour des raisons complètement différentes d'ailleurs. Des raisons de santé, des raisons amoureuses et professionnelles.

 

Si j'ai toujours eu une bonne mauvaise santé et que ma vie n'a tenu qu'à un fil pendant les premières année de mon existence (j'ai quand même maintenant une épée de Damoclès au-dessus de la tête...), la sienne n'a pas été bonne du tout dans les dernières années de son existence au point d'être devenue invalide.

 

Si ma vie professionnelle a été cahotique et qu'à un moment j'étais vraiment à quia, la sienne a toujours été précaire et difficile matériellement, alors qu'elle avait connu tout comme moi une enfance et une adolescence dorées... Mais elle ne se plaignait jamais...

El Retiro

El Retiro

4 septembre 2016

 

Mon avion décolle de Genève à 8:15. Même si, tous les jours, je suis réveillé de bonne heure et lis alors pendant des heures, je mets un temps infini à me préparer. Ce matin, je rate le train que j'avais prévu de prendre à 6:18. Première contrariété.

 

Je prends le train suivant, celui de 6:42, qui arrive à 7:27. Le temps de gagner le guichet d'Ibéria il est bien 7:45. J'ai heureusement emporté un bagage réduit et n'ai pas à l'enregistrer pour la soute, mais il y a un contrôle de police avant de pouvoir embarquer.

 

Comme cela fait un moment que je n'ai pas voyagé en avion, je ne me souviens pas qu'il faut sortir l'ordinateur du bagage, qu'il ne faut pas avoir plus de 100 ml de liquide. Or j'ai un gel douche, un gel de rasage (tout neuf) et un shampooing médical...

 

Mes trois produits sont refusés (je n'ai pas d'ordonnance pour le shampooing). On me donne le choix entre faire enregistrer mon bagage en soute ou mettre mes contenants à la poubelle. Vu l'heure, je n'ai pas vraiment le choix. Ils y finissent donc tous trois... Deuxième contrariété.

 

Parti précipitamment, n'ayant pas de plan de Madrid, ni de son métro. Je me trompe et descends plusieurs stations trop tôt. Je ne parle pas espagnol et demande mon chemin à plusieurs reprises. Les Madrilènes sont très gentils, mais ils ne connaissent pas la rue où se trouve mon hôtel... Troisième contrariété.

 

Après m'être adressé à plusieurs passants, je tombe sur Angel - cela ne s'invente pas. Ce bon ange est délégué commercial d'une entreprise de transports. A l'aide de son smartphone, il m'indique l'itinéraire. Lui, sa compagne et moi faisons un bout de chemin ensemble.

 

Arrivé à midi à l'hôtel, ma chambre n'est pas prête. Elle ne le sera qu'à 13:00 et j'ai rendez-vous à 13:15, tout à côté, pour se rendre au crématorium du cimetière choisi par le compagnon de ma soeur. Quatrième contrariété. Heureusement que j'ai emporté quelques livres avec moi...

 

A 13:00, ma chambre est prête mais la clé ne fonctionne pas quand je m'y rends... Cinquième contrariété. Je reçois des SMS de ma famille... qui m'attend. Finalement je n'ai que que trois ou quatre minutes de retard...

 

Après la cérémonie, qui a lieu une demi-heure plus tard, après avoir dit adieu à Chantal, nous nous retrouvons pour dîner (déjeuner, si vous préférez) dans un petit restaurant, tout proche de mon hôtel, en milieu d'après midi, à l'espagnole...

Restaurant El Botanico

Restaurant El Botanico

Après ce repas arrosé, j'ai la mauvaise idée de vouloir aller nager pour me détendre et me remettre de mes émotions... Sur Internet, rentré à l'hôtel à près de 18:00, j'ai repéré une piscine ouverte le dimanche jusqu'à 20:30. Elle se situe entre les stations Menendez Pelayo et Pacifico, sur la ligne 1, que je compte prendre à Atocha.

 

Ce que j'ignore, c'est que la ligne 1 est fermée pour travaux. Je me rends donc à pied, par 35°C à l'ombre, pour trouver cette piscine miraculeuse. Au bout d'une heure de vaines recherches, j'abandonne. Ce qui n'est pas mon genre. Sixième contrariété.

 

En fait il me faut bénir le Ciel. Car toutes ces contrariétés m'ont fait penser à autre chose qu'à la perte irréparable de ma soeur, que, pour un tas de raisons (qui ne sont pas toujours bonnes, hélas), je n'aurai pas revue depuis des années, depuis sa visite à ma maison de Saint Jean-de-Luz.

Instalacion deportiva municipal - Casa de Campo
Instalacion deportiva municipal - Casa de Campo

Instalacion deportiva municipal - Casa de Campo

5 septembre 2016

 

Cette journée commence sous de meilleurs auspices. J'ai enfin trouvé une piscine, qui plus est ouverte le matin, à Casa de Campo. C'est une piscine de 25 m. Elle ouvre à 8:30, mais toutes les lignes d'eau - il y en a sept - sont prises par des cours à cette heure-là.

 

A 9:00 deux lignes ouvrent pour les nageurs libres. Comme le bonnet est obligatoire et que je n'en ai pas emporté avec moi, une monitrice m'en prête aimablement un. Et je peux faire mes deux kilomètres habituels avec une seule autre personne dans ma ligne... Le bonheur.

 

Avant de repartir pour Lausanne, je fais un tour en ville. Il faut bien sûr oublier d'aller voir Jérôme Bosch au Prado. La file des visiteurs est impressionnante et dissuasive. En 2008, j'avais vu avec Chantal, celle des oeuvres de Francisco Goya, consacrées à la guerre.

Museo del Prado

Museo del Prado

Alors quoi de plus naturel que de faire un tour dans le Parque de el Retiro. C'est un parc dans lequel je m'étais déjà promené à deux reprises et qui m'avait enchanté. Evidemment il ne faisait pas aussi chaud qu'aujourd'hui. Il n'y avait pas non plus cette lumière qui brûle les yeux, même protégés par des lunettes noires.

 

 

El Retiro - Coupe des arbres et arrosage du gazon (à midi)
El Retiro - Coupe des arbres et arrosage du gazon (à midi)

El Retiro - Coupe des arbres et arrosage du gazon (à midi)

Dans ce parc, il y a aussi une petite merveille, le Palacio de Cristal. Il se situe au bord d'une pièce d'eau. Et j'ai pu voir fonctionner, à l'intérieur, le pendule, de quoi faire rêver n'importe quel ingénieur mécanicien.

Palacio de Cristal
Palacio de Cristal

Palacio de Cristal

Une dernière visite s'imposait pour le catholique que je suis. Après avoir prié tout en nageant et tout en marchant, il me fallait prier dans la maison de Dieu, en l'occurrence l'Iglesia de los Jeronimos, qui veille en quelque sorte sur le Museo del Prado.

 

Pendant ces deux jours passés à Madrid, j'ai pensé avec reconnaissance à toutes celles et à tous ceux qui m'ont témoigné leur sympathie et leur amitié pour le deuil qui me frappe douloureusement quand je les ai rencontrés samedi dernier au Livre sur les quais de Morges et quand je leur ai dit que je ne pourrais pas venir le lendemain.

 

Toutes et tous, je vous remercie vraiment du fond du coeur - et il est profond même s'il est défectueux - parce que, en me parlant, ou en ayant la gentillesse de m'écouter, parfois longuement, vous m'avez donné du courage pour affronter cette épreuve et pour continuer à lire les livres que vous écrivez ou que vous éditez. 

 

De plus en plus, dans ma vie, je ne peux que faire mienne cette phrase de Marcel Proust:

 

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.

 

Francis Richard

Intérieur de l'Iglesia de los Jeronimos

Intérieur de l'Iglesia de los Jeronimos

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 05:00
Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

William Shakespeare est donc mort il y a tout juste quatre cents ans, le 23 avril 1616, selon le calendrier julien, c'est-à-dire aujourd'hui 3 mai, selon le nôtre.

 

Noël 1965

 

Mon grand-père maternel, Arthur Philomène Van Poucke, héros belge, et britannique, des deux guerres mondiales du XXe siècle, m'offre un cadeau qui serait singulier dans toute autre famille que la mienne

 

Daddy (nous l'appelons tous ainsi, à commencer par ma mère) est mon parrain. Il parle couramment le flamand (sa langue maternelle), le français, l'allemand et l'anglais, et il m'offre ce jour-là, en un volume et en version originale, les oeuvres complètes du dramaturge et poète élisabéthain.

 

Il me le dédicace en anglais, of course:

With all my love to Francis

Christmas 1965

et signe de son patronyme...

 

Comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, Daddy s'est procuré l'ouvrage chez W.H. Smith & Son, 248 rue de Rivoli à Paris... A l'époque, nous habitons Auteuil, l'un des trois ghettos, avec Neuilly et Passy, que chanteront Les Inconnus un quart de siècle plus tard. C'est dire que nous menons grand train, dont nous ne pouvons que descendre un jour, égalitarisme oblige...

Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

Cette réédition de 1965 des Complete Works de William Shakespeare, réalisée en 1906 par W.J. Craig, du Trinity College de Dublin, a été publiée par l'Oxford University Press.

 

L'orthographe a été modernisée par l'auteur et la ponctuation revue par lui. En fin de volume, se trouvent un court glossaire des mots devenus archaïques, un index des personnages et un index de la première ligne de passages connus des trente-sept pièces. Le dessin de couverture, de C. Walter Hodges, représente une reconstitution du Fortune Theatre, tel qu'il était en 1600.

 

C'est dans ce volume, en tout cas, que je lis Macbeth, que nous étudions au lycée Henri IV de Paris, que j'ai intégré, en seconde, à l'automne 1965, justement, et où j'apprends - j'ai encore un peu de mémoire à l'époque - le célèbre monologue de Lady Macbeth, qui commence ainsi:

 

Is this a dagger which I see before me,

The handle toward my hand? Come, let me clutch thee:

I have thee not, and yet I see thee still.

 

Dans ces mêmes années 1960, j'assiste, pour la première fois, à Saint Jean-de-Luz, lors d'une semaine de septembre organisée par le maire Pierre Larramendy, au théâtre de verdure, à une représentation de Roméo et Juliette... et, en 1969, je lis Le voyage de Shakespeare, le fabuleux roman de Léon Daudet, que Gallimard vient de rééditer...

Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

Été 1998

 

A Londres pour six semaines d'affilée, je fais un premier pèlerinage à la tombe de Karl Marx à Highgate, tout près de Muswell Hill où je réside. Ce qui ne manque pas de sel pour le libéral, admirateur de Frédéric Bastiat, que je suis... Mais, comme il faut payer une livre pour avoir le privilège de contempler la sépulture de l'auteur du Capital, je renonce à verser cet écot...

 

Le second pèlerinage me conduit au Shakespeare's Globe Theatre sur l'autre rive de la Tamise. Il vient d'être reconstruit à l'identique. Après un incendie en 1613, il avait été une première fois reconstruit l'année suivante, mais, sous Cromwell, le puritain, il a été fermé, en 1642, et détruit, en 1644, pour construire des logements en lieu et place...

 

Dans mes bagages pour Londres, j'ai emporté les cent cinquante-quatre Sonnets de Shakespeare. Car j'aime tout autant le poète des poèmes que celui des pièces. En anglais, comme en français, le mot de sonnet désigne un poème de douze vers. Mais, au contraire du modèle français, le sonnet shakespearien comporte sept rimes au lieu de cinq.

 

Ce sont pourtant les sonnets de Shakespeare qui m'ont donné l'envie, pour meubler mes nuits d'insomnie, de renouer un jour avec la forme française, plus exigeante, dont le résultat est incomparable quand il s'agit de parler d'amour...

Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

Été 2007

 

Vivant depuis 2001 à Lausanne, il ne m'a pas été possible en 2007-2008 de voir les trente-quatre pièces de mon auteur préféré, jouées au Théâtre du Nord-Ouest, que dirige l'ami Jean-Luc Jeener. J'y revois cependant, avec bonheur, Roméo et Juliette et surtout Comme il vous plaira, où la fameuse tirade de Jacques commence ainsi:

 

                                 All the world’s a stage,

And all the men and women, meerely players:

They have their exits and their entrances;

And one man in his time plays many parts,

His acts being seven ages.

 

Shakespeare reprenait en fait dans cette tirade l'épigraphe de l'enseigne du Globe, représentant Hercule portant le monde sur les épaules:

 

Totus mundus agit histrionem

Quatre cents ans après la mort de William Shakespeare

Quelques années plus tard

 

Un des plus beaux cadeaux qui m'ait été fait par mes proches est The Shakespeare Collection, en 37 DVD, produite par la BBC il y a quelque trente ans (elle a été tournée entre 1978 et 1984). Quand le spectacle du monde m'indispose un peu trop, je me réconforte en le regardant dans ce miroir éternel qui en reproduit toutes les facettes.

 

Pour en revenir au cadeau que Daddy m'a fait il y a quelque cinquante ans, ce serait certainement le livre que j'emporterais sur une île déserte, si le choix m'était donné. Cet univers de Shakespeare, contenu en un seul volume, m'a éduqué, dessillé les yeux sur l'existence et ouvert l'esprit à un âge qui était pourtant seulement le double de l'âge de raison.

 

Pétri des classiques français, Corneille, Molière et Racine, qui, en comparaison, paraissent bien sages, dans la tragédie comme dans la comédie, je découvrais tout soudain la démesure, l'étrange, le grandiose. Les règles explosaient. Les limites étaient dépassées. Shakespeare se permettait tout, les clichés comme les néologismes, et pouvait se le permettre, parce qu'il était tout simplement génial.

 

Shakespeare s'inspirait d'auteurs grecs et latins qui me sont chers, tels que Virgile ou Sénèque, de l'histoire de son pays, comme j'aime que l'on s'inspire de l'histoire des pays qui m'ont vu vivre, ou où je vis. Sa langue puisait aussi bien aux sources populaires que savantes, comme je me repais aussi bien de la langue de Céline que de celle de Proust.

 

Mais, surtout, je me rendais compte, et je ne reçois toujours pas de démenti quand je le relis cinquante ans plus tard, que Shakespeare cherchait à tout comprendre des êtres et des choses, qu'il se gardait bien de prononcer des jugements, qu'il se contentait d'observer et de dire, sans réserves, d'une manière très libre qui, décidément, me plaît.

 

Un dernier trait de lui me touche. L'heure ultime venue, il aurait demandé à recevoir les derniers sacrements, qui lui auraient été administrés par un curé récusant. Il est en fait de plus en plus probable qu'il était catholique...comme le déclarait l'ancien chef de l'Eglise anglicane, Rowan Williams, lors du Hay Festival, en 2011.

 

Il n'est pas sûr du tout que je voie ma fin venir, qu'elle soit aussi sereine que la sienne et que je reçoive la même grâce que lui avant de partir, mais, en attendant, en ce petit matin frais de mai, où le printemps se laisse désirer, je lui suis éternellement reconnaissant, par le truchement de Daddy, de m'avoir en quelque sorte façonné comme je suis.

 

Francis Richard

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 20:00
Piscine de St Jean-de-Luz

Piscine de St Jean-de-Luz

Ceux qui me connaissent ne seront pas surpris d'apprendre que j'ai nagé le jour de la Saint Sylvestre 2015. C'était à St Jean-de-Luz où j'aime terminer l'année, depuis quelques années, et où, peut-être, si Dieu le permet, je terminerai mes jours, de préférence accidentellement, pour reposer auprès de ma mère...

 

Depuis l'épreuve de quatorze, qui est peut-être ce qui m'est arrivé de meilleur dans ma vie, j'ai trouvé dans la nage (libre) un moyen d'équilibre pour ma santé, mentale et corporelle. Si en 2014 j'ai parcouru 587 km en nageant, dans le même exercice j'ai enregistré 639 km à mon compteur en 2015.

 

Cette distance millésimée, je l'ai parcourue en dépit de deux accidents - l'un au genou, l'autre au front -, qui m'ont éloigné, momentanément, des bassins et de la mer. C'est dire que la natation occupe désormais une place de choix délibéré dans ma vie.

 

Un jour récent de cette année, un maître-nageur d'une piscine de la banlieue lausannoise que je fréquente, après m'avoir observé nager mes 2000 mètres d'une traite, me demande:

- Vous êtes un ancien nageur?

- Oui. Mais il y a longtemps...

- Parce que vous donnez l'impression de glisser sur l'eau...

- Je ne nage pourtant plus comme à l'époque. On nageait alors avec la tête redressée, l'eau au milieu du front; on passait ses bras en dessous du ventre; et on commençait seulement à virer en faisant une culbute... ce que je n'ai jamais appris à faire, en proie que j'étais aux sinusites...

 

Brevet de 25 m nage libre en 1962

Brevet de 25 m nage libre en 1962

Brevet de 500 m nage libre en 1964

Brevet de 500 m nage libre en 1964

Brevet de 1500 m nage libre en 1965

Brevet de 1500 m nage libre en 1965

Cet échange, libre bien entendu, m'a fait souvenir de quand j'étais nageur dans le sillage de Jo Bernardo. Car, si je ne nage pas trop mal, je le dois à ce champion (aujourd'hui oublié) de la natation française.

 

A Monte-Carlo, nous habitions un appartement, avenue Princesse Charlotte, dans le voisinage de Radio Monte-Carlo, dans une résidence, Le Roqueville, disposant, au milieu du U formé par l'immeuble, d'un parc de palmiers où une fontaine monumentale apportait quelque fraîcheur en été.

 

Habitaient dans cette résidence somptueuse l'écrivain Pierre Nord, dans la même aile que nous, et, dans l'aile d'en face, en attique, l'armateur grec Stavros Niarchos, mort à Lausanne... Tous les appels téléphoniques passaient par un standard. La standardiste avait une voix suave. Mon père voulut un jour en avoir le coeur net et faire sa connaissance. La déception fut à la hauteur du fantasme qu'il avait nourri...

 

Quand l'Hôtel de Paris a ouvert une piscine avec terrasse donnant sur le port de Monaco, mes parents, mes trois soeurs et moi, avons été les premiers clients de cet établissement de luxe. A ce titre nous bénificiions d'un tarif familial... sans lequel mon père aurait de toute façon payé les entrées de toute la famille.

 

Le maître-nageur de la Piscine de l'Hôtel de Paris était Jo Bernardo. C'est lui qui m'a appris à nager le crawl, la nage libre que choisissent en fait les nageurs pour les épreuves de cette discipline. C'est lui qui m'a fait faire des entraînements intensifs dans la piscine olympique du port de Monaco, sous la houlette de Monique Berlioux, qui s'est éteinte l'été dernier...

 

Jo Bernardo avait notamment été médaillé de bronze aux Jeux Olympiques de Londres (1948) et d'Helsinki (1952) dans le relais 4 fois 200 m nage libre. Dans le 1500 m nage libre il avait été champion de France en 1949, 1952, 1953 et 1954, médaille de bronze au championnat d'Europe de 1950...

Piscine des Thermes Marins de Monte-Carlo

Piscine des Thermes Marins de Monte-Carlo

La piscine des Thermes marins de Monte-Carlo d'aujourd'hui n'est plus tout à fait celle de l'Hôtel de Paris. Bien sûr elle est toujours ovale avec au plafond une gigantesque coquille Saint-Jacques, mais il n'y a plus de bar, plus de machines à sous (les enfants devaient se taire quand un joueur du Casino avait essuyé de grosses pertes...), plus de repas servis sur la terrasse dès le printemps venu.

 

Au bord de cette piscine j'ai discuté avec un grand Monsieur, très gentil, dont je n'ai su le nom, par une employée, qu'en regagnant ma cabine, Jacques Brel. La princesse Grace venait de temps en temps avec Caroline et Albert. Je chahutais souvent dans l'eau avec une certaine Christina Onassis, de quelques mois plus âgée que moi...

 

Quand les Ballets russes se produisaient, la troupe venait nager dans cette piscine et j'admirais la musculature et la beauté de ces femmes et de ces hommes athlétiques. André Cayatte y a tourné une scène de bagarre incroyable dans un de ses films, Le glaive et la balance (1963), avec Anthony Perkins, Jean-Claude Brialy et Renato Salvatori.

 

Bref, cette piscine singulière est pour moi, aujourd'hui encore, un endroit mythique.

L'affiche du film d'André Cayatte, "Le glaive et la balance"

L'affiche du film d'André Cayatte, "Le glaive et la balance"

Ces années 1960 ont donc été celles de ma carrière éphémère de nageur. Entré au Lycée Henri IV, à Paris, à la rentrée de 1965, j'ai intégré l'équipe de natation. Nous allions à la Piscine de Pontoise, rue de Pontoise, dans le cinquième, ou à la piscine de l'Hôtel Lutétia, qui se trouvait en sous-sol, et qui a été transformée un temps, par la suite, en boutique de mode...

 

Les compétitions inter-lycées se déroulaient au Centre Sarrailh, en haut du boulevard Saint-Michel. Une fois nous nous sommes déplacés en car près de Fontainebleau, dans une base américaine: l'atterrissage d'hélicoptères tout à côté de la piscine, où était servi un goûter à l'issue des épreuves, avait quelque chose de surréaliste.

 

Mon plus grand exploit, somme toute modeste, aura été de terminer cinquième lors des épreuves régionales d'Ile de France, en 1967, au stade Georges-Vallerey, à côté du SDECE, devenu depuis la DGSE... L'année suivante, les compétitions n'ont pas eu lieu, pour cause d'événements...

Port de Monaco par Francisco (1960)

Port de Monaco par Francisco (1960)

A ma carrière éphémère de nageur a correspondu une carrière non moins éphémère de peintre. De toutes les toiles que j'ai peintes pendant cette période, il ne m'en reste que quelques-unes dans ma maison de Chatou.

 

L'une d'elles représente le port de Monaco. Elle date de 1960, je crois. Je l'ai peinte en extérieur. Le petit bonhomme que j'étais était entouré alors par de nombreux badauds qui le regardaient incrédules en train de donner des couleurs à cette toile fixée sur un chevalet, à partir d'une palette sur laquelle il les avait mélangées. Cette toile est signée par mon alter ego, Francisco.

 

Quelques mois plus tôt, à partir de la couverture d'El Ruedo, un magazine de tauromachie espagnol, j'avais représenté un taureau entrant dans des arènes. Sans me demander mon avis, mon père l'avait proposée à un de ses amis, un afficionado, Jean S., qui, voulant l'exposer en Espagne, avait souhaité qu'elle soit signée d'un nom hispanique. Avant de lui donner la toile, j'y avais donc apposé Francisco, cette signature, dont sont affligés tous mes tableaux suivants...

 

Francis Richard   

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 05:00
Journal décalé de novembre, au Vésinet et à Lausanne

Il n'est pas besoin de chercher très loin l'origine du mot nord-américain qui désigne l'automne, Fall.

 

Cette photo, prise ce 11 novembre, au début du chemin qui mène à ma maison d'Ouchy, n'est-elle pas suffisamment explicite?

 

Pablo

Pablo

8 novembre 2015

 

Il fait beau ce dimanche matin. Disciple dissipé de Paul Morand, en littérature comme dans ma vie personnelle, je me rends en homme pressé (ce qui me joue souvent des tours...) au Château de Croissy-sur-Seine (je garde une mâle cicatrice au front de ma rencontre empressée avec une porte en verre à Sierre...). Le fils d'un de mes condisciples de l'EPFL y a accroché quelques unes de ses toiles, peintes au cours de la dernière décennie.

Pablo

Pablo

Le chabbat

Le chabbat

Raoul Dehé est un homme de goût, à tous les points de vue. Il est en effet peintre à ses heures et il a, en juillet 2014, repris avec Julien Naudin, le restaurant vésigondin dont l'enseigne, Le Bel Ami, se réfère au roman de Guy de Maupassant. Ce bel écrivain, dont Morand a écrit une vie, fréquentait la Maison Fournaise, chère à Auguste Renoir, située sur l'île des Impressionnistes, île toute proche et joyau de ma bonne ville de Chatou...

La Suisse

La Suisse

Rêves de dos

Rêves de dos

Raoul est un peintre éclectique, comme le maître Pablo, sous l'ombre tutélaire de laquelle il s'est mis et dont il a fait un portrait d'hommage affectueux. Ce tableau figure en toile de fond de l'affiche de son exposition Emotions, qui se tient dans l'Espace Chanorier du château, du nom du dernier seigneur de ces lieux. Raoul est binational, franco-suisse, né d'une mère suisse et d'un père français. Je ne peux qu'avoir avec lui des correspondances toutes baudelairiennes...

Raphaël Aubert, Chevalier dans l'Ordre des Arts et Lettres

Raphaël Aubert, Chevalier dans l'Ordre des Arts et Lettres

9 novembre 2015

 

Aujourd'hui des mains de Michaël de Saint-Chéron, Chevalier de la Légion d'Honneur, dans le Salon bleu du Casino de Montbenon à Lausanne, en présence notamment d'Odile Soupison, Consule Générale de France à Genève, de Grégoire Junod, Municipal de la ville de Lausanne, de Monique Rey, Présidente de l'Alliance française de Fribourg, l'ami Raphaël Aubert, reçoit les insignes de Chevalier dans l'Ordre des Arts et Lettres, à la suite de sa nomination dans cet ordre par Fleur Pellerin, Ministre française de la Culture et de la Communication.

 

Au cours de ses remerciements, Raphaël fait remarquer que la décoration, qui vient de lui être remise et qui est constituée d'une croix à huit branches à l'avers, est la seule décoration française à comporter l'effigie de la République au revers... Ces insignes sont la récompense de sa contribution au rayonnement des Arts et Lettres, en France et dans le monde. Ils l'obligent et l'engagent, comme il le dit si bien...

Raphaël Aubert avec Carole Dubuis, la présidente de Tulalu!?, association littéraire dont il est le parrain

Raphaël Aubert avec Carole Dubuis, la présidente de Tulalu!?, association littéraire dont il est le parrain

Quand il s'agit de décorations, je pense inévitablement à celles décernées à mon parrain, mon grand-père maternel, Arthur Van Poucke. Ancien combattant et invalide de guerre 1914-1918, condamné à mort par les Allemands en 1917, Résistant A.R.A. (Agent de renseignement et d'action) de la guerre 1940-1945, décoré de l'Ordre de Léopold, il s'est vu décerner le Distinguished Service Order britannique (j'ai hérité du diplôme de cette décoration prestigieuse, signé de la main de Winston Churchill et daté du 1ermars 1919...).

 

Un de mes premiers souvenirs de ce monde remonte à mes deux ans et quelque. Ma mère vient d'accoucher de ma soeur cadette. Je suis sur le balcon de l'appartement de mes grands-parents à Bruxelles. Ce balcon donne sur une place de la capitale belge. En bas des voitures passent. Sur le balcon je trottine et traîne derrière moi un fil auquel sont accrochées toutes les décorations de mon grand-père qui forment une théorie d'insolites wagons métalliques...

Journal décalé de novembre, au Vésinet et à Lausanne

15 novembre 2015

 

L'église Saint-François d'Asssise à Renens est comble. Elle est ce soir, comme la veille, le théâtre d'un spectacle musical hors du commun, intitulé L'amour, le vrai. Il y a un an, les 11 et 12 octobre, pour le centenaire de l'église, ce spectacle a déjà été donné, avec succès: à l'époque, 800 billets ont été vendus...

 

Depuis 2012, une idée trotte dans la tête d'un des fidèles paroissiens de cette église, Matteo Monti, médecin au CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois). Il aimerait bien monter un spectacle pour cet anniversaire des cent ans, et, compte tenu des nombreux talents qu'il connaît dans la paroisse et qui pourraient ainsi s'exprimer, entreprendre avec eux quelque chose d'ambitieux.

 

C'est alors qu'il tombe, dans une librairie luganaise, sur le texte d'une comédie musicale en italien... Le but commun susceptible de mobiliser les paroissiens est trouvé: cette comédie musicale, qui sera traduite en français, hormis quelques chants, retrace en effet, en vingt-deux scènes, la vie de Claire et de François d'Assise, le saint patron de l'église. De plus, depuis 2013, le pape s'appelle François...

Silvano Gnesin (François) dans L'amour, le vrai

Silvano Gnesin (François) dans L'amour, le vrai

Matteo Monti peut compter sur le soutien du curé de cette paroisse catholique renanaise, Don Thierry Schelling. Pour la mise en scène il fait appel à un professionnel, Romain Micelli, qui se lance volontiers dans cette aventure. Car c'est une véritable aventure: ils partirent à quatre et se virent cent trente bénévoles en arrivant au but... et de tous les âges, de 14 à 86 ans (une plage plus vaste que les lecteurs de Tintin...).

 

Le projet est mené par un comité de pilotage d'une douzaine de personnes. Les trente-quatre personnages de la comédie sont interprétés par plus d'une vingtaine de comédiens. La chorale comprend quarante chanteurs. L'orchestre une dizaine de musiciens. Les danseuses sont au nombre de onze. Sans compter les couturières, les costumières, les maquilleuses, les décorateurs, les techniciens des sons et lumières etc.

Clara Vienna (Claire) dans L'amour, le vrai

Clara Vienna (Claire) dans L'amour, le vrai

Deux jours après les attentats sanglants perpétrés à Paris, ce spectacle donne un tout autre visage de l'humanité, un visage chrétien, catholique, c'est-à-dire étymologiquement universel... Comment ne pas être heureux d'ailleurs que soit reproduite dans le programme de L'amour, le vrai, la prière de saint François, mon saint patron, que je ne relis et ne redis jamais sans émotion?

 

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,

Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.

Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l’union.

Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

 

O Seigneur, que je ne cherche pas tant

à être consolé... qu’à consoler,

à être compris... qu’à comprendre,

à être aimé... qu’à aimer.

 

Car

c’est en se donnant... qu’on reçoit,

c’est en s’oubliant... qu’on trouve,

c’est en pardonnant... qu’on est pardonné,

c’est en mourant... qu’on ressuscite à l’éternelle vie.

 

Francis Richard

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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 13:15
Journal décalé d'octobre, en Valais

Quand un ami médecin libéral, dans les deux acceptions du terme, m'invite à participer à un séminaire socratique, je lui réponds oui, sans bien savoir à quoi cela m'engage. C'est je crois le substantif séminaire et l'adjectif socratique qui ont, de prime abord, déterminé ma réponse, expression qui relie la conception à l'accouchement. Je suis décidément un littéral, sinon un littéraire. Et puis ce séminaire se déroule en Valais, à Sierre, au Château Mercier.

 

Vendredi 23 octobre 2015

 

Il fait grand beau. Le trafic est fluide. Parti suffisamment tôt de Lausanne, j'arrive à destination avant neuf heures trente, prends possession de ma chambre, y dépose mes bagages et file nager à la piscine Guillamo, toute proche. Comme elle ouvre à dix heures et que l'accueil au séminaire ne commence qu'à onze, j'ai tout le temps devant moi pour accomplir ma nage quotidienne, sans laquelle mon corps impétueux est en manque - j'en ai eu maintes fois la confirmation et ce n'est certainement pas fini.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Dans séminaire, il y a semence. Et j'éprouve un besoin irrépressible d'être ensemencé d'idées. Dans socratique, il y a Socrate et la maïeutique (du grec ancien μαιευτική), qui lui est connotée. Et je me pose toujours plus de questions, avide et heureux de connaître quelles réponses les autres y apportent, dans leurs livres comme dans les échanges que je peux avoir avec eux, répondant volontiers en retour et sans détour à leurs propres interrogations.

 

En dépit de ma timidité et de mon émotivité, et peut-être pour les dépasser une fois de plus, je ne demande donc pas trop à Alphonse en quoi ce séminaire peut et va consister. Il me suffit qu'il soit organisé par lui, et par cet autre ami qu'est Pierre, pour que j'accepte. Avec eux deux, j'ai en effet des relations de confiance, qui jurent avec les relations que mes frères humains entretiennent d'ordinaire entre eux.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Il faut croire en effet qu'une société de plus en plus collectivisée, désincarnée, est antinomique d'une société de confiance. La méfiance règne sans doute parce qu'il s'agit d'y défendre âprement, sous contrainte généralisée, ses intérêts, matériels aussi bien que spirituels, aux dépens de personnes anonymes, la solidarité forcée détruisant alors, inévitablement, les solidarités naturelles. Alors que dans une société libre les échanges ne peuvent qu'être personnels, de gré à gré, humains somme toute.

 

Le Château Mercier a été construit entre 1906 et 1908, par Jean-Jacques Mercier de Molin, quatrième Jean-Jacques du nom, descendant d'une famille protestante orignaire de l'Aveyron, réfugiée à Lausanne vers 1740 et ayant fait fortune dans la tannerie en pays de Vaud. Jean-Jacques Mercier de Molin est un grand entrepreneur et un grand philanthrope, ce qui va souvent de pair, comme, aujourd'hui encore, en administrent la preuve des entrepreneurs tels que Bill Gates.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Entrepreneur, Jean-Jacques Mercier transforme en hôtel le château d'Ouchy qu'il restaure et, n'attendant pas Brélaz, construit le funiculaire qui relie Ouchy à la gare de chemins de fer de Lausanne. Philanthrope, il est un grand mécène dans les domaines artistique et social. Le quart de l'hôpital de Sierre est ainsi financé par lui. Pour ses largesses il se voit décerner le titre de Docteur honoris causa de l'Université de Lausanne et Sierre en fait un bourgeois d'honneur. La charité bien ordonnée commence par soi-même avant de s'étendre aux autres.

 

La famille Mercier a fait donation du château éponyme, qui fut sa résidence d'été pendant un demi-siècle, à l'Etat du Valais. En contrepartie les jardins sont accessibles au public et le château est affecté à des buts culturels, artistiques et de relations publiques. Ce magnifique lieu de rencontres est géré par le Canton du Valais, la commune de Sierre et la Fondation de famille de Jean-Jacques Mercier de Molin.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Samedi 24 octobre 2015

 

Les participants au séminaire sont au nombre de dix-huit, y compris les deux animateurs, Pierre et Alphonse. Si, à partir de la gauche, dans le sens des aiguilles d'une montre, je fais le tour de la table, installée dans une salle annexe du château, autour de laquelle nous sommes assis pendant une journée et demie, je rencontre Michèle, Fabienne, Lucie, un premier Marc, un deuxième Marc, Romain, Frédéric, Olivier, Niklaus, Paolo, Sonia, moi-même, Nicoleta, Cédric, Sophie (fille d'Alphonse), Vanessa. Nous sommes tous à l'évidence d'horizons et d'âges différents.

 

Nous ne sommes pas un échantillon représentatif. Qu'est-ce que cela veut dire d'ailleurs? Nous sommes tout simplement des femmes et des hommes épris de liberté, qui ont beaucoup de plaisir et de bonheur à échanger sans restriction mentale sur un même thème, Médecine et économie, artisans, à des degrés divers, les uns de la médecine, les autres de l'économie. De nos conversations d'une grande franchise naît un ordre spontané, qui a sa cohérence, comme si une main invisible guidait nos pas sur la route de la vérité humaine...

Journal décalé d'octobre, en Valais

Nous ne sommes pas de purs esprits. Au château, tout en poursuivant nos débats, nous goûtons à de succulentes nourritures terrestres et partageons les dîner et souper préparés par Antonio. Autant les organisateurs nous ont disposés dans un ordre délibéré autour de la table du séminaire, autant nous nous installons au petit bonheur autour de la table des repas. Aussi bien au dîner ou au souper qu'au déjeuner, cette liberté permet aux commensaux de se connaître les uns les autres de manière plus informelle.

 

Le séminaire se termine. La partie récréative commence. Trois d'entre nous, ayant d'autres obligations, s'en vont. Les autres se rendent en bus aux Caves de la Colline de Géronde. Un des deux maîtres de céans, Dominique Rouvinez, nous y accueille. L'entrée des Caves a été transformée en 2008 en espace d'accueil didactique. Les différents domaines de la maison y sont mis en valeur avec leur nom, leur cépage, leur superficie, la couleur de leur vin. Et j'apprends plus en une heure de temps sur la vigne en Valais que toutes les lectures que j'ai pu faire sur le sujet.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Domaines Rouvinez est une affaire de famille. Elle a été créée en 1947 par Bernard, puis développée par ses deux fils, Dominique, le technicien, et Jean-Bernard, le gestionnaire. Aujourd'hui la famille Rouvinez exploite 24 domaines, de Loèche à Martigny. Ce qui représente 110 hectares sur les quelque 5'300 hectares de vignes du Valais. C'est l'exemple typique d'une entreprise qui est partie de peu de choses et qui a connu un développement phénoménal grâce à l'intelligence et à l'amour de leur métier de ses dirigeants.

 

Dans l'espace d'accueil, nous faisons connaissance avec les différents vins maison et Dieu sait qu'ils sont divers. Les meilleurs d'entre eux sont de création récente. Ce sont des assemblages de blancs et de rouges. Au début des vendanges, Dominique et une équipe de vendangeurs choisissent les meilleures grappes de raisin des différents domaines, qui les constitueront, avant que les vendanges ne commencent.

Journal décalé d'octobre, en Valais

Ce qui ressort de ce que nous dit Dominique Rouvinez, c'est la grande technicité que le métier requiert: la nature des sols et des sous-sols (le Valais en comporte une très grande variété, comme nulle part ailleurs), les cépages qui ne doivent être plantés que dans tel ou tel sol, les vignes correspondantes qui ne doivent être exposées que de telle ou telle manière, suivant l'humidité ambiante ou souterraine (le Valais est un des lieux où tombe le moins de pluie en Europe).

 

Nous dégustons deux vins blancs en guise d'apéritif, un Heida (ou Païen) et un Petite Arvine. Dominique Rouvinez les commente en connaisseur. Ce qu'il dit est bien vrai, mais une fois qu'il l'a dit... Le béotien que je suis aurait été bien incapable de l'exprimer par lui-même, si ses papilles et son nez notent bien leurs différences. De même, quand il montre comment différencier un raisin d'un autre, par la dimension du grain, par la forme des feuilles ou des tiges, je réalise à quel point ce métier nécessite d'expérience et de savoir.

 

La partie récréative se poursuit avec un repas valaisan, assiette de charcuterie, suivie d'une raclette... L'esprit du vin délie celui des convives. Assis à côté d'Alphonse, avec lequel je n'ai pas eu tant de temps que ça de discuter depuis le début du séminaire, je le remercie chaleureusement de m'avoir fait l'honneur de m'inviter. Je ne sais pas encore que je vais devoir le remercier davantage pour la solidarité naturelle que lui et d'autres participants vont bientôt me témoigner.

 

 

Journal décalé d'octobre, en Valais

Sur le chemin du retour dans les Caves, j'avise les lieux où satisfaire un besoin naturel. Quand je sors de ces lieux, je m'aperçois que tout le monde a déjà dû regagner le bus et que je suis en retard comme je l'ai été lors de la session du matin. Au bout d'un couloir une porte vitrée est ouverte.  J'accélère impétueusement le pas avant qu'elle ne se referme, mais à ma grande surprise elle se referme justement au moment où je m'apprête à en franchir le seuil.

 

Je heurte la porte de front - c'est le cas de le dire. Mon front s'ouvre sous le choc . Je pars à la renverse. Par réflexe, au dernier moment, je me reçois sur les avant-bras et me retourne aussitôt vers le sol pour voir des gouttes de sang s'y répandre abondamment. Ma première pensée est que je ne pourrai pas nager à Sion cet après-midi comme j'en avais l'intention...

 

Tant bien que mal, sonné par ce dernier round du séminaire au cours duquel je n'ai tout de même pas été mis KO, mais qui m'a rappelé quelques randori épiques, je regagne le groupe, tamponnant mon front avec le seul petit mouchoir que j'ai en poche. Arrivé au bus, je provoque un attroupement. Dans mon petit malheur j'ai la chance d'être entouré de nombreux médecins, qui s'occupent aussitôt de moi.

 

Retourné au château avec Alphonse et sa fille Sophie, Antonio, qui n'a pas seulement des talents culinaires, me fait un premier pansement. Puis, Alphonse et Sophie m'accompagnent à une pharnacie en ville. La pharmacienne remplace mon pansement par des stéri-strips. Elle le fait bien volontiers m'évitant d'aller aux urgences, avec tous les aléas que cela aurait peut-être comporté. La solidarité naturelle a du bon...

 

Olivier, dont j'ai bien apprécié les bons mots pendant ces journées, en me quittant pour aller prendre son train, me glisse, en substance, ce dernier, pour la route: "Avant de s'en aller, il ne faut pas manquer, en Valais, de prendre un dernier verre"... En attendant de recouvrer complètement mes esprits et de faire le trajet de Sierre jusqu'à Lausanne, je téléphone à mon fils aîné à qui je raconte mes deux jours, tout en contemplant la vigne qui jouxte le château.

 

Francis Richard

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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 22:55
Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Prendre des notes au jour le jour, de préférence dans un cahier d'écolier à spirales, est contre ma nature indisciplinée. C'est pourquoi j'ai tant d'admiration pour les diaristes. Ils font ce que je suis incapable de faire. Je ne suis capable que d'écrire après coup: je rédige alors quelques pages, non pas sur le moment ni sur le lieu même, mais en décalage avec le temps et l'espace.

 

En 1961, le maire de Saint Jean-de-Luz, Pierre Larramendy, institue une grande semaine de septembre, pendant laquelle, sur un thème choisi, sont donnés des concerts, des représentations de pièces de théâtre, des conférences. Cette semaine culturelle de septembre n'existe plus, elle n'aura duré qu'une décennie, mais j'ai pris le pli d'aller me ressourcer là-bas, chaque année, pendant une semaine de ce mois-là.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Depuis six ans, je passe ma semaine de septembre dans la maison que j'ai acquise sur la colline de Sainte Barbe. Pour être exact, il faudrait dire demi-maison, puisque je ne dispose que de deux niveaux sur quatre de cette demeure basque. Qui s'appelle Etche Alegera, ce qui signifie maison heureuse. Le fait est que j'ai beaucoup de bonheur à y passer quelques jours, plusieurs fois par an, dès que j'en ai le loisir.

 

Je pars donc là-bas la semaine qui suit le Jeûne fédéral. Ce qui correspond au changement de saison, à l'équinoxe, et à de grandes marées. A cette époque-là de l'année, le temps est encore plus incertain que d'habitude au Pays Basque, ce qui n'est pas peu dire, mais cela m'est égal. Car ce n'est pas le soleil que je recherche, c'est la mer baudelairienne, variation salée de mon lac préféré.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Lundi 21 septembre 2015

 

Cette année, l'eau est déjà froide. Du moins, pour ma chétive personne. La température de l'eau est en effet de 20°C. Ayant perdu près de 20% de ma masse initiale au cours des derniers dix-huit mois et n'ayant plus que des muscles sur mes os, je suis désormais moins résistant au froid que je ne l'étais naguère, surtout après avoir nagé durant 40 minutes.

 

Aussi me suis-je équipé cette année d'une combinaison dans un magasin dont l'enseigne évoque une discipline combinant dix épreuves sportives. Je l'étrenne aujourd'hui. Cette combinaison est en fait du genre de celles qui sont utilisées par les surfeurs. Elle permet d'être dans l'eau pendant tout le temps que l'on veut, à des températures comprises entre 17 et 22°C. Je pourrai nager dans l'océan atlantique en automne et au printemps.

 

Enfant, j'étais rachitique, ce que je ne suis pas. A quatorze ans, je ne pesais guère plus de trente-cinq kilos... Et je me souviens que je grelottais, en plein été, quand j'allais avec mes parents me baigner à la plage de Socoa, toute proche.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Mardi 22 septembre 2015

 

Demain matin, c'est l'équinoxe d'automne. Aujourd'hui le vent souffle en rafales. Pour aller à la Grande Plage de Saint Jean-de-Luz, je revêts un coupe-vent. Le bas de mes jeans est trempé. La pluie tombe presque à l'horizontale. Pour me changer je crois être à l'abri sous l'auvent d'une cabane de location de planches pour le paddle et le surf. Je me trompe. Mon ticheurte trempé rejoint mes jeans tout aussi trempés dans mon cornet du Livre sur les quais -> Morges.

 

S'il y avait une surveillance, le drapeau rouge flotterait sur cette marmite... Je n'en ai cure. Et j'ai tort. La mer est houleuse. Je me mets à l'eau. Je commence à nager. Très vite, je bois la tasse que me servent les vagues. Une fois. Deux fois. Trois fois. Péniblement je parviens à faire la moitié de mon parcours habituel, l'aller et retour entre la digue aux chevaux et la digue de l'entrée du port. A la quatrième tasse, j'abandonne le crawl pour la brasse et refais le chemin inverse, frustré.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Georges Brassens, dans sa Supplique pour être enterré à la plage de Sète, évoque Le cimetière marin de Paul Valéry, lequel commence par ces vers célèbres: 

 

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,

Entre les pins palpite, entre les tombes;

Midi le juste y compose de feux

La mer, la mer, toujours recommencée

O récompense après une pensée

Qu'un long regard sur le calme des dieux!

 

Brassens exprime ainsi sa dernière volonté:

 

Déférence gardée envers Paul Valéry,

Moi l'humble troubadour, sur lui je renchéris,

Le bon maître me le pardonne,

Et qu'au moins si ses vers valent mieux que les miens,

Mon cimetière soit plus marin que le sien,

Et n'en déplaise aux autochtones.

 

Alors que je me trouve dans la tourmente, seul dans la baie luzienne, je pense à un autre écrivain, Pierre Benoit. Il est lui enterré à Ciboure et son cimetière est aussi marin que celui de Paul Valéry. Sur sa tombe est sculpté un réceptacle avec cette inscription:

 

L’eau de la pluie se rassemble au fond de cette coupe et sert à désaltérer l’oiseau du ciel.

 

Je me dis que, si je sombrais aujourd'hui dans les abîmes océaniques du golfe de Gascogne, mon cimetière serait plus marin que les leurs et que je nourrirais les poissons (mon signe zodiacal); qu'il serait davantage encore marin que celui envisagé par Brassens au bord du golfe du Lion, mais qu'il serait moins source de fantasmes que le sien:

 

Et quand, prenant ma butte en guise d'oreiller,

Une ondine viendra gentiment sommeiller

Avec moins que rien de costume,

J'en demande pardon par avance à Jésus,

Si l'ombre de ma croix s'y couche un peu dessus

Pour un petit bonheur posthume.

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Mercredi 23 septembre 2015

 

La coupe du monde de rugby se déroule ces jours-ci. Au Pays Basque, c'est un sport qui est pratiqué dès le plus jeune âge. En passant devant la vitrine de Quinze, la boutique de vêtements de Serge Blanco, en haut de la rue Gambetta, un peu avant le boulevard Thiers, je pense avec émotion à ce meilleur joueur français de rugby de tous les temps. Sa mère était basque...

 

Ce soir la France affronte la Roumanie...

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Jeudi 24 septembre 2015

 

Je me trouve à Bayonne, pour mon pèlerinage rituel à la maison où est né Frédéric Bastiat, plus connu aux Etats-Unis qu'en France. Ce qui vérifie l'adage que nul n'est prophète en son pays. Depuis le temps que je me rends dans cette ville, qui a donné son nom aux baïonnettes, fabriquées jadis dans son arsenal, j'ignore qu'il y existe un jardin botanique.

 

C'est en me promenant tout près du Château Vieux, au pied de ce qui reste des remparts de la ville , que je découvre ce jardin précieux, qui m'évoque celui de Monaco. Il occupe une situation particulière puisqu'il est justement juché sur un des remparts. On y cultive des espèces rares et il s'y trouve des constructions en bois inspirées des jardins japonais, ponts et portiques...

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Vendredi 25 septembre 2015

 

Près du Grand Hôtel de Saint Jean-de-Luz, je m'attarde dans la contemplation d'une sculpture d'art contemporain, placée là, en 2006, par la ville, au milieu de palmiers. C'est une oeuvre du luzien Edouard Solorzano, 78 ans, qui n'est pas seulement sculpteur, mais peintre, potier, poète...

 

Cette sculpture porte le titre d'Ama Lur, ce qui signifie Terre Mère. Ama Lur est une entité de la mythologie basque. C'est un ventre, symbole d'énergie, qui enfante chaque jour du soleil, Iguzki, et de la lune, Ilargi...

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Samedi 26 septembre 2015

 

La plage d'Hendaye me fait penser aux plages de la Mer du Nord, celles d'Ostende ou de Knokke-le-Zout. C'est une plage de sable fin, longue de trois kilomètres. Il faut marcher indéfiniment dans l'eau, à marée basse, pour avoir de l'eau jusqu'à la taille.

 

Cette plage me fait également penser au plat pays qui est le mien et où je suis né. Comme mon lieu de naissance, Uccle, fait aujourd'hui partie de la région Bruxelles-Capitale, il est officiellement bilingue.

 

Mon grand-père maternel, qui était flamand, me considérait comme un zinneke, c'est-à-dire comme quelqu'un d'origines mélangées, ma mère étant donc flamande et mon père français. A l'origine, les chats bâtards étaient appelés ainsi. On les noyait dans la Senne, qui traverse Bruxelles, pour s'en débarrasser...

Journal décalé de septembre, au Pays Basque

Dimanche 26 septembre 2015

 

Dans l'église Saint Jean-Baptiste de Saint Jean-de-Luz, où s'est marié le roi Louis XIV avec l'infante d'Espagne Marie-Thérèse, j'assiste à la messe du soir. Mon oeil est irrésistiblement attiré par les bannières de la confrérie des corsaires de la ville. Et, cette fois, je pense inévitablement aux pirates d'Ouchy...

 

On est pourtant prié de ne pas confondre corsaires et pirates. Les premiers seraient légaux, observeraient les lois de la guerre et attaqueraient, uniquement en temps de guerre, les navires battant pavillons ennemis. Les seconds seraient de purs et méchants bandits... Il n'empêche que les deux sont des prédateurs...

 

A la fin de la messe, le chant de sortie basque, dédié à Marie mère du ciel, est rythmé par ce refrain mélodieux:

 

Agur Maria, dena grazia, miresgarria, zoin ederra,

Gure bihotzak hobenetarik, garbi garbia, zuk begira.

 

Francis Richard

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 22:30
La société des écrivains suicidésLa société des écrivains suicidésLa société des écrivains suicidés
La société des écrivains suicidésLa société des écrivains suicidésLa société des écrivains suicidés

Le 21 mai 2013, un peu après 16 heures, Dominique Venner se donnait la mort en se tirant une balle dans la bouche devant l'autel de la cathédrale Notre Dame de Paris. Il y a un an donc, jour pour jour.

 

A l'occasion de signatures de livres, je l'avais rencontré et avais discuté avec lui. Au-delà de nos divergences de points de vue, nous avions une admiration commune pour Ernst Jünger et partagions le même intérêt pour l'histoire sur la longue durée, qui permet de discerner les permanences.

 

Sa mort volontaire m'a douloureusement frappé. C'était le premier écrivain suicidé que j'avais approché dans la vraie vie. Le lendemain de sa mort, outré par les commentaires qui dénaturaient son geste, j'y répondais en rappelant son intention de protestation, par devoir élémentaire envers la vérité.

 

Ce n'était pas pour autant le premier écrivain suicidé dont les textes avaient exercé de l'influence sur moi. L'anniversaire de sa mort et d'avoir frôlé l'abîme récemment ont fait remonter en moi les souvenirs de ces écrivains que j'aime.

 

C'est mon père qui m'a parlé de Gérard de Nerval, lequel s'est pendu rue de la Vieille-Lanterne à Paris, à l'aube du 26 janvier 1855, Ma plus jeune soeur porte le prénom titre d'un des livres de cet auteur, objet de la dévotion littéraire paternelle.

 

Ce n'est pas sans émotion que je lis et relis son épitaphe, écrite par lui-même, en songeant à lui et à mon père qui l'appréciait tant:

 

Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet,
Tour à tour amoureux insoucieux et tendre,
Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre.
Un jour il entendit qu'à sa porte on sonnait.

 

C'était la Mort! Alors il la pria d'attendre
Qu'il eût posé le point à son dernier sonnet;
Et puis sans s'émouvoir, il s'en alla s'étendre
Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.

 

Il était paresseux, à ce que dit l'histoire,
Il laissait trop sécher l'encre dans l'écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n'a rien connu.

 

Et quand vint le moment où, las de cette vie,
Un soir d'hiver, enfin l'âme lui fut ravie,
Il s'en alla disant: "Pourquoi suis-je venu?"

 

Dans mon adolescence fascinée, j'ai lu tous les livres de Pierre Drieu La Rochelle, cet autre écrivain suicidé, qui a fait son entrée dans la collection de La Pléiade en 2012.

 

Au matin du 16 mars 1945, dans l'appartement que lui a prêté Colette, rue Saint-Ferdinand, ne voulant vraisemblablement pas tomber aux mains des épurateurs, Drieu La Rochelle agonise après avoir avalé trois tubes de Gardénal et ouvert le gaz.

 

En 1951, année de ma naissance, paraît, post mortem, Récit secret, dans lequel il raconte que l'idée du suicide lui est venue dès ses six-sept ans et qu'il n'y est revenu qu'après ses vingt ans. Par la suite, avant de passer au dernier acte, il lui est venu au cours de son existence bien des envies de suicide, notamment lors de la plus violente passion pour une femme qu'il ait jamais connue...

 

En 1993, je commence à pratiquer un art martial, le karate-do shotokan. C'est à peu près à ce moment-là, intéressé par tout ce qui est nippon, que je lis Mort et vie de Mishima d'Henry Scott-Stokes et que j'apprends que le plus grand écrivain japonais de l'époque de mes vingt ans, Yukio Mishima, s'est fait seppuku, le 25 novembre 1970. Je décide de lire toutes ses oeuvres et, en particulier, sa tétralogie, La mer de la fertilité.

 

Dans Le Japon moderne et l'éthique samouraï, Mishima dit l'influence qu'a eue sur lui le Hagakuré  de Jocho Yamamoto et il termine ce court essai en parlant de la mort en ces termes:

 

Nous nous réfugions dans l'illusion que nous sommes capables de mourir au nom d'une croyance ou d'une théorie. Ce que nous dit le Hagakuré, c'est que même une mort sans gloire, une mort futile qui ne porte ni fleur ni fruit, a une dignité en tant que mort d'un être humain.

 

La mort d'Henry de Montherlant, le 21 septembre 1972, me surprend. Pour un journal étudiant suisse, auquel je contribue, je compte obtenir de lui un entretien. A son domicile, 25 quai Voltaire,  à Paris, il a avalé une capsule de cyanure, puis s'est tiré une balle dans la bouche, par sécurité. En vieux romain, il a mis fin à ses jours, parce qu'il était devenu aveugle et ne voulait pas être à charge.

 

J'aimais surtout son théâtre - Le Maître de Santiago, La Reine morte, La Ville dont le Prince est un enfant, Le Cardinal d'Espagne, Port-Royal - et ses essais, et plus particulièrement Le Treizième César. Peu m'importait la vie que cet hypersensible avait pu mener. C'est l'écrivain au style incomparable que j'aimais.

 

Comme un clin d'oeil au mécréant que je suis, il écrit dans ses Carnets (1971):

 

On peut se suicider et avoir la foi.

 

Sans mon fils aîné qui fait de hautes études littéraires, aurais-je connu Gilles Deleuze? Vraisemblablement pas, tellement j'avais de préjugés à son encontre. Je n'ai d'ailleurs rien lu de lui jusqu'à présent, mais cela ne saurait tarder. Après avoir vu La Vénus à la fourrure de Roman Polanski, j'ai fait l'acquisition de sa Présentation de Sacher-Masoch. Il attend mon bon vouloir, sur ma table, en compagnie de dizaines d'autres livres...

 

Souffrant d'une insuffisance respiratoire, Deleuze a fini par se défenestrer le 4 novembre 1995...

 

Si je n'ai pas lu d'ouvrages de Deleuze, j'ai regardé les trois DVD de son Abécédaire et les regarde régulièrement. Il s'agit d'entretiens qu'il a eus en 1988 avec Claire Parnet et qui ont été filmés par Pierre-André Boutang.

 

A la lettre L, comme Littérature, il dit que des grands romans il en a lus toute sa vie, qu'il en lit de plus en plus, et que cela lui sert dans la philosophie.

 

A la lettre M, comme Maladie, il dit qu'il n'a jamais eu une santé immense:

 

Une santé fragile favorise l'écoute de la vie [...]. A partir du moment où j'étais tuberculeux, j'acquérais tous les droits d'une santé fragile.

 

Comment ne puis-je pas trouver de correspondances, au sens baudelairien, dans la fréquentation de la société des écrivains suicidés, du moins de celle de ces six-là?

 

Francis Richard

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 00:15

Paul MEURISSEMon père avait raison. Ce sont ces quatre mots qui me viennent à l'esprit quand je pense à mon père mort il y a tout juste trente ans, le 5 novembre 1983.

 

Mon père avait raison de m'envoyer avec ma mère au Pays-Basque, trois semaines après ma naissance dans le plat pays qui est le mien et celui de Jacques Brel. Il m'a sauvé la vie.

 

Mon père avait raison de rire en lisant un de mes premiers poèmes, écrit à douze ans et intitulé Le soir. Il m'a permis de comprendre que je serai toujours un piètre poète, incapable d'émouvoir.

 

Mon père avait raison de me faire quitter à quatorze ans  Notre-Dame de Boulogne pour terminer mes études secondaires au Lycée Henri IV. Il m'a permis de côtoyer l'élite et de subir l'intolérance réservée aux talas par les autres... Ce qui m'a donné de la graine.

 

Mon père avait raison en 1968 de m'expédier hors de France, où je m'opposais à tout le monde, et de me permettre de poursuivre des études supérieures à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Il m'a ainsi permis d'acquérir de la rigueur intellectuelle et, longtemps après, de devenir suisse.

 

Mon père avait raison de m'apprendre la vie professionnelle à ses côtés et de me confronter à la réalité du monde. Il m'a ainsi permis de ne pas être utopiste.

 

Mon père avait raison de me donner le goût des belles lettres et du théâtre. Il m'a ainsi permis de continuer à avoir envie de vivre les quelques temps qui me restent.

 

Mon père avait raison de me faire apprécier les bonnes choses. Il m'a ainsi permis de les distinguer des autres.

 

Mais mon père n'avait pas raison au sens que Sacha Guitry donne à sa pièce. Il ne m'a pas appris la futilité. Elle fait heureusement partie de ma nature et... il m'en aura plutôt écarté pendant longtemps.

 

Habitant à côté, rue de Tocqueville, j'ai eu le privilège de voir cette pièce au Théâtre Hébertot, cinq ans avant la mort de mon père.  

 

Paul Meurisse, qui devait mourir sur scène, peu de temps après, en jouant cette pièce, y tenait le rôle de Bellanger père puis de Bellanger fils. Il était à quelques années près contemporain de mon père. Il lui ressemblait un peu et, surtout, son timbre de voix était similaire.

 

Charles Bellanger, fils d'Adolphe Bellanger, se rend compte que son père avait raison et que la futilité est encore ce qu'il y a de plus précieux quand on est au soir de sa vie:

 

"Par raison, par devoir, je n'ai pas utilisé tout ce qu'il y avait en moi... de jeunesse..."

 

Il compte bien dès lors se rattraper. C'est ce que je m'efforce de faire maintenant à mon tour...

 

Francis Richard

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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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